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  • Marion Cotillard, présidente du Grand jury du Festival du Film de Cabourg 2017

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    Swann d’Or de la Révélation Féminine pour le film de Sarah Lévy, Du bleu jusqu’en Amérique en 2000, puis Swann d’Or de la Meilleure Actrice pour La Môme d’Olivier Dahan en 2007, Marion Cotillard entra sept mois plus tard dans la légende des actrices en remportant un Oscar, un César, un Bafta et un Golden Globe. Elle présidera le Grand Jury du 31e Festival du Film de Cabourg du 14 au 18 juin 2017. Quel meilleur choix que celui-ci pour le 31ème Festival du Film de Cabourg ! Cela promet à nouveau une édition exceptionnelle.

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    Découvrez également la très belle affiche du Festival du Film de Cabourg 2017 tirée, comme chaque année, d'un film de l'édition précédente, en l'espèce de "Tanna", mon coup de cœur de l'édition 2016 (qui a d'ailleurs reçu le prix du scénario au Festival Cinéma & Musique de Film de La Baule 2016), un film dans lequel la justesse des interprètes est sidérante. Les images sont d’une beauté à couper le souffle. La musique procure un souffle épique à l’ensemble. L’histoire, celle d’un amour impossible, est tragique et bouleversante. Hymne à la liberté, à la nature, ce film aux accents de Roméo et Juliette, plus qu’un coup de cœur est un coup au cœur.

    Un festival que j'affectionne tout particulièrement depuis ma participation à son jury des courts-métrages en 2002, deux nouvelles de mon recueil sur les festivals de cinéma "Les illusions parallèles" se déroulent d'ailleurs dans son cadre. Et un chapitre de mon premier roman "L'amor dans l'âme" s'y déroule également.

    Retrouvez également mon compte rendu du Festival du Film de Cabourg 2016, ici.

    Rendez-vous du 14 au 18 juin pour suivre ici le  Festival du Film de Cabourg 2017.

    Pendant 5 jours, les festivaliers y retrouveront comme chaque année :

    - Des rencontres et des débats avec les réalisateurs, acteurs, actrices et compositeurs à l’issue de leurs films.

    - Des talents à l’attitude romantique qui participent aux photocalls sur la plage et aux tapis rouges sur la Promenade Marcel Proust.

    - Des conférences, dédicaces et soirées thématiques...

    - Des Ciné-Swann pour voir ou revoir les succès romantiques de l’année sur les transats à la nuit tombante face à la mer, à Cap Cabourg.

  • Critique - JUSTE LA FIN DU MONDE de Xavier Dolan (disponible en DVD/Blu-ray et VOD ce 7 février 2017)

     

     

    L'annonce de la date de sortie du film en DVD, Blu-ray, VOD est pour moi l'occasion de vous parler de ce film magistral qui figure dans mon top 3 de l'année 2016, un top de 10 films (ou un peu plus) que je vous livrerai très bientôt...

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    Il y a des films, rares, qui possèdent ce supplément d’âme, qui exhalent cette magie indescriptible (la vie, au fond,  cette « vitalité » que François Trufffaut évoquait à propos des films de Claude Sautet) qui vous touchent en plein cœur, qui vous submergent d’émotion(s). Au-delà de la raison. Oui, c’est cela : un tourbillon d’émotions dévastatrices qui emportent notre raison avec elles. Comme un coup de foudre…Un coup de foudre cinématographique est ainsi comme un coup de foudre amoureux. Il anesthésie notre raison, il emporte notre rationalité, nous transporte, nous éblouit, et nous procure une furieuse envie d’étreindre le présent et la vie.

    Voilà ce que j’écrivais il y a deux ans à propos de Mommy en sortant de sa projection cannoise, film pour lequel Xavier Dolan avec obtenu le Prix du Jury du Festival de Cannes 2014. Voilà ce que je pourrais tout aussi bien écrire à propos Juste la fin du monde qui a reçu le Grand Prix du Festival de Cannes 2016 -dont vous pouvez lire mon  bilan en cliquant ici- (mais aussi le prix du jury œcuménique dont le but est de récompenser des films « aux qualités humaines qui touchent à la dimension spirituelle »). « Cette récompense est inattendue et extrêmement appréciée » a ainsi déclaré Xavier Dolan à propos de son Grand Prix lors de la conférence de presse des lauréats après la clôture du festival.

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    Conférence de presse des lauréats du 69ème Festival de Cannes

    Juste la fin du monde est déjà le sixième film du jeune cinéaste québécois et marque déjà sa cinquième sélection cannoise : après J’ai tué ma mère, son premier film, sélectionné à la Quinzaine des Réalisateurs en 2009, après Les Amours imaginaires dans la sélection Un Certain Regard en 2010 puis en 2012 dans cette même sélection avec Laurence Anyways avant ses sélections en compétition officielle, en 2014 pour Mommy et en 2016 pour  Juste la fin du monde (avant lequel il avait aussi sorti Tom à la ferme).

    Adapté de la pièce de théâtre éponyme de Jean-Luc Lagarce, le film se déroule sur une après-midi. Un jeune auteur, Louis (incarné par Gaspard Ulliel), après 12 ans d’absence, retrouve sa famille pour lui annoncer sa mort prochaine. Il y a là sa mère (Nathalie Baye), son frère aîné (Vincent Cassel), sa petite soeur (Léa Seydoux) et sa belle-sœur qu’il rencontre pour la première fois (Marion Cotillard).

    Dès les premiers plans, dans cet avion qui emmène Louis vers sa famille et dès les premières notes et la chanson de Camille (dont le titre résonne comme un poignant avertissement, Home is where it hurts), une fois de plus, Dolan m’a embarquée dans son univers si singulier, m’a happée même, m’a enfermée dans son cadre. Comment ne pas l’être quand à la force des images et de la musique s’ajoute celle des mots, avec la voix de Louis qui, off, nous annonce son funeste programme : « leur annoncer ma mort prochaine et irrémédiable. En être l’unique messager. […] Me donner, et donner aux autres, une dernière fois, l’illusion d’être responsable de moi-même et d’être‚ jusqu’à cette extrémité‚ mon propre maître. » Tout ce qu’il ne parviendra jamais à dire, une annonce qui place les 1H35 qui suivent sous le sceau de la fatalité, et nous mettent dans la situation rageuse et bouleversante de témoin impuissant.

    J’ai eu la sensation de retenir mon souffle pendant 1H35, un souffle suspendu aux mots de Louis et de sa famille, et plus encore à leur silence, et de ne recommencer à respirer que bien après cette fin et ce dernier plan, sans aucun doute le plus beau de ce 69ème Festival de Cannes.

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    Louis est un auteur, un homme des mots et pourtant, ici, ses mots sont vains. Ils ne servent qu’à cacher, qu’à taire ce que les silences semblent crier avec éloquence. Sur le chemin qui  mène Louis vers sa famille, une pancarte entrevue sur le côté de la route interroge « Besoin de parler ? ». Oui, certainement, mais comment quand les logorrhées des uns et des autres l’en empêchent, quand sa famille ne sait communiquer que dans l’ironie, la colère ou l’invective ?

    Certains, peut-être, diront qu’il ne se passe rien. Sans doute n’auront-ils rien vu de tout ce que sous-entendent les regards, les silences, les excès, les cris, le bruit et la fureur. C’est pourtant hitchcockien. Un regard, un souffle, un mot de travers, un silence paralysant et tout semble pouvoir basculer dans l’irréversible. Le spectateur est à l’affut du moindre souffle, du moindre murmure, du moindre frémissement. Le MacGuffin, ce sont ces mots prononcés dans l’avion à l’attention du spectateur et qui attendent d’être délivrés et de s’abattre. Menace constante. « Le plus prenant c’est la nervosité et la prolixité de tous les personnages qui expriment des choses profondément superficielles, nerveuses, inutiles sauf ce qu’ils devinent être la raison de la venue de Louis » a ainsi expliqué Xavier Dolan lors de la conférence de presse des lauréats du festival.

    Sa caméra, par les gros plans dont est majoritairement composé le film, entoure, enserre, emprisonne, englobe les visages, au plus près de l’émotion, pour capter le mensonge, le non dit, pour débusquer ce qui se cache derrière le masque, derrière l’hystérie. Elle les asphyxie, isole Louis dans sa solitude accablante, absolue, les met à nu, les déshabille de ces mots vains, déversés, criés qui ne sont là que pour empêcher l’essentiel d’être dit. Comme un écho au format 1:1 qui, dans Mommy, par ce procédé et ce quadrilatère, mettait au centre le visage -et donc le personnage-, procédé ingénieux, qui décuplait notre attention. Dans Les Amours imaginaires, la caméra de Xavier Dolan était aussi au plus près des visages, ignorant le plus souvent le cadre spatial à l’image de cet amour obsédant qui rendait les personnages aveugles au monde qui les entourait. La mise en scène non seulement y épousait déjà le propos du film mais devenait un élément scénaristique : puisque les protagonistes s’y « faisaient des films » (l’un se prenant pour James Dean, l’autre pour Audrey Hepburn), et étaient enivrés par leur fantasmagorie amoureuse, par ce destructeur et grisant vertige de l’idéalisation amoureuse, le film en devenait lui-même un vertige fantasmatique.

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    Mais revenons à Juste la fin du monde. Que de douleur, de beauté, de significations dans les silences comme lors de cette scène, sublime, quand Louis prend sa mère dans les bras, qu’il s’y blottit, et qu’une petite parcelle de lumière caresse son visage en grande partie dans la pénombre, et que la musique sublime l’instant, qu’il regarde le vent qui s’engouffre dans les rideaux comme un appel de la vie qui s’enfuit. Que de choses la sensible Catherine dit-elle aussi dans ses silences, dans son flot de phrases absconses, dans ses hésitations, dans ses répétitions, elle qui semble dès le début savoir, et implorer une aide, elle que tout le monde semble mépriser et qui a compris ce que tous ignorent ou veulent ignorer ? Marion Cotillard, dans un rôle radicalement différent de celui de cette femme sauvagement vivante, enfiévrée, en quête d’absolu, qu’elle incarne dans le film de Nicole Garcia Mal de pierres (également en compétition officielle de ce Festival de Cannes 2016), est une nouvelle fois parfaite et semble converser dans ses silences.  « Sa parole était presque un silence sonore » a-t-elle dit lors de la conférence de presse, à propos de Catherine, son personnage, choisissant ses mots avec soin pour évoquer son rôle, toujours justes et d’une étonnante précision. "L'essentiel est que les gens entendent le murmure de la souffrance de chacun des personnages" a ainsi déclaré Xavier Dolan en conférence de presse. C’est indéniablement réussi. Cette souffrance étouffée tranche chacun des silences.

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    Nathalie Baye, comme dans  Laurence Anyways incarne la mère, ici volubile, outrancièrement maquillée, comme pour mieux maquiller, masquer, cette vérité qu’il ne faut surtout pas laisser éclater. « Dans ces imperfections, j’ai vu l’occasion de travailler avec des acteurs que j’admire pour leur demander d’exprimer ces imperfections humaines », a ainsi expliqué Xavier Dolan en conférence de presse. Gaspard Ulliel, remarquable dans le rôle du « roi » Louis, quant à lui, apporte au personnage une infinie douceur, et dans la lenteur de chacun de ses gestes, dans la tendresse mélancolique de chacun de ses regards et dans chacun de ses silences semble crier sa détresse indicible.

    Le langage est d’ailleurs au centre du cinéma de Xavier Dolan. Suzanne Clément, dans Mommy, mal à l’aise avec elle-même, bégayait, reprenant vie au contact de Diane et de son fils, comme elle, blessé par la vie, et communiquant difficilement, par des excès de violence et de langage, déjà. Et dans Laurence Anyways, Laurence faisait aussi de la parole et de l’énonciation de la vérité une question de vie ou de mort : « Il faut que je te parle sinon je vais mourir » disait-il ainsi.

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    Placé sous le sceau de la mort et de la fatalité, Juste la fin du monde n’en est pas moins parsemé de scènes étincelantes. Ainsi, quand Louis s’évade dans le passé, tout s’éclaire et rend le présent encore plus douloureux. La musique, de Gabriel Yared, somptueuse, apporte une note romanesque à l’ensemble, et des musiques judicieusement choisies et placées, souvent diégétiques, constituent des entractes musicaux et des échappées belles et lumineuses, presque oniriques, qui nous permettent de respirer comme cette chorégraphie de la mère et de la sœur de Louis sur un tube d’O-Zone ou lors de réminiscences d’un amour passé sublimé par le souvenir.

    Une fois de plus Xavier Dolan nous envoûte, électrise, bouleverse, déroute. Sans doute le film le plus intense de ce Festival de Cannes 2016, mais aussi le plus intense de Xavier Dolan, dans lequel chaque seconde, chaque mot ou plus encore chaque silence semblent vitaux ou meurtriers. J’en suis ressortie épuisée, éblouie, en larmes, après une fin en forme de valse de l’Enfer qui nous embrasse dans son vertige étourdissant et éblouissant, un paroxysme sans retour possible. Comme une apothéose : une fin du monde. Comme le bouquet final d’une démonstration implacable sur la violence criminelle de l’incommunicabilité. Tellement symptomatique d’une société qui communique tant et finalement si mal, incapable de dire et d’entendre l’essentiel ( ce qu’avait aussi si bien exprimé un film primé du prix de la mise en scène à Cannes, en 2006, Babel).

    Xavier Dolan se fiche des modes, du politiquement correct, de la mesure, de la tiédeur et c’est ce qui rend ses films si singuliers, attachants, bouillonnants de vie, lyriques et intenses. Que, surtout, il continue à filmer  les personnages en proie à des souffrances et des passions indicibles, qu'il continue à les filmer ces passions (et à les soulever), à préférer leur folie à « la sagesse de l’indifférence », c’est si rare... Surtout qu’il continue à laisser libre cours à sa fougue contagieuse, à son talent éclatant et iconoclaste, à nous emporter, nous happer dans son univers, et à nous terrasser d’émotions dans ses films et sur scène, comme lors de son discours de clôture, grand et beau moment qui a marqué la fin de ce 69ème Festival de Cannes :

    « L’émotion ce n’est pas toujours facile, il n’est pas toujours facile de partager ses émotions avec les autres.   La violence sort parfois comme un cri. Ou comme un regard qui tue ». « J’ai tenté au mieux de raconter les histoires et les émotions de personnages parfois méchants ou criards mais surtout blessés et qui vivent comme tant d’entre nous dans le manque de confiance dans l’incertitude d’être aimé. Tout ce qu’on fait dans la vie on le fait pour être aimé, pour être accepté. » […] « Plus je grandis plus je réalise qu’il est difficile d’être compris et paradoxalement plus je grandis et plus je me comprends et sais moi-même qui je suis. Votre témoignage, votre compréhension me laissent croire qu’il faut faire des films qui nous ressemblent, sans compromis, sans céder à a facilité, même si l’émotion est une aventure qui voyage parfois mal jusqu’aux autres, elle finit toujours par arriver à destination. J’étais ici il y a deux ans et je vivais un événement déterminant dans ma vie et en voici un autre qui changera encore mon existence. La bataille continue. Je tournerai des films toute ma vie qui seront aimés ou non et comme disait Anatole France, je préfère la folie des passions à la sagesse de l’indifférence. »

    Le film sortira en salles le 21 septembre 2016. Sans aucun doute y retournerai-je pour, à nouveau, être étourdie d’émotions par ce film palpitant. Merci Xavier Dolan et surtout continuez à oser, à délaisser la demi-mesure, la frilosité ou la tiédeur, à vous concentrer sur ceux qui voient ce que dissimulent le masque, la fantasmagorie, l’excès, la flamboyance et à ignorer ceux que cela aveugle et indiffère… et, surtout, continuez à nous foudroyer de vos coups que vous nous portez au cœur. En plein cœur.

    Remarque : le film a été produit par Nancy Grant à qui on doit notamment la production de Mommy mais aussi du  très beau Félix et Meira de Maxime Giroux.

  • En direct de la Cérémonie des Prix Lumières 2017 : le palmarès

     

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    Alors que, au même moment, se déroulait au Lido la cérémonie des Globes de Cristal qui a semble-t-il été un véritable fiasco (ne manquez pas l'irrésistible vidéo de Fabrice Luchini), au Théâtre de la Madeleine avait lieu la 22ème cérémonie des Prix Lumières à laquelle j'ai eu le plaisir d'assister comme chaque année.

    L’Académie des Lumières est composée d’une centaine de correspondants représentant plus de vingt pays.

    Plus de 80 films concouraient pour les nominations aux Lumières. Après avoir incorporé la musique et le documentaire l’an passé, les Lumières de la presse internationale, créées en 1995 à l’initiative de Daniel Toscan du Plantier et du journaliste américain Edward Behr, ont réservé un prix pour la première fois au cinéma d’animation.

    La cérémonie a rendu un hommage spécial à la comédienne Marion Cotillard et au délégué général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux, pour leur contribution au rayonnement mondial du cinéma français.

     Les lauréats ont reçu une médaille en bronze florentin gravée, Toujours plus haut, sur le thème de l’envol et la liberté, offerte par la Monnaie de Paris.

     En préambule de la cérémonie, présentée par Laurie Cholewa et Pierre Zeni, l’Académie a souhaité attirer l’attention, par la musique de Didier Lockwood et les portraits du photographe Etienne Chognard, sur la situation des migrants mineurs arrivés seuls à Calais, affrontant désormais un avenir plus qu’incertain.

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    Je dois avouer en revanche avoir été déçue du palmarès, notamment de l'absence de "Frantz" de François Ozon (également reparti bredouille des Globes de Cristal), pourtant LE film de l'année 2016 alors que "Elle", de Paul Verhoeven, a été plébiscité avec les prix du meilleur film, de la mise en scène et de la meilleure actrice, pour Isabelle Huppert. L'enthousiasme que suscite ce film me laisse totalement perplexe malgré la remarquable interprétation d'Isabelle Huppert.

    Je me réjouissais également des nombreuses nominations pour "Mal de pierres" dont je vous avais dit tout le bien que j'en pensais lors de sa projection cannoise suite à laquelle le film avait été injustement méprisé. Là aussi, le film ést reparti bredouille.

    Le prix du meilleur acteur est allé à Jean-Pierre Léaud, pour "La mort de Louis XIV", de Albert Serra, film primé également pour son image, signée Jonathan Ricquebourg.

    Le film "Divines", de Houda Benyamina, a été distingué dans la catégorie du premier long métrage, et ses comédiennes Oulaya Amamra et Déborah Lukumuena se sont imposées comme révélations féminines. Damien Bonnard a été primé comme révélation masculine dans "Rester vertical", de Alain Guiraudie.

     Bertrand Tavernier a été distingué pour son documentaire "Voyage à travers le cinéma français", et "Ma vie de Courgette", de Claude Barras, a reçu les prix de l’animation, qui été décerné cette année pour la première fois, et du scénario (Céline Sciamma).

    Le prix du Film francophone est allé à "Hedi", du tunisien Mohamed Ben Attia, et Ibrahim Maalouf a remporté le prix de la Musique pour le magnifique film "Dans les forêts de Sibérie", de Safy Nebbou dont vous pouvez retrouver ma critique, ici.

    Cliquez sur leurs titres pour lire mes critiques des films nommés suivants.

    "Frantz" de François Ozon

    "Juste la fin du monde" de Xavier Dolan

    "Mal de pierres" de Nicole Garcia

    "L'Odyssée" de Jérôme Salle

     

    Liste des nommés:

    Film

    Elle, de Paul Verhoeven

    La mort de Louis XIV, de Albert Serra

    Nocturama, de Bertrand Bonello

    Les ogres, de Léa Fehner

    Rester vertical, de Alain Guiraudie

    Une vie, de Stéphane Brizé

     

    Réalisateur

    Bertrand Bonello - Nocturama

    Stéphane Brizé - Une vie

    Léa Fehner - Les ogres

    Alain Guiraudie - Rester vertical

    Albert Serra - La mort de Louis XIV

    Paul Verhoeven - Elle

     

    Actrice Judith Chemla - Une vie

    Marion Cotillard - Mal de pierres

    Virginie Efira - Victoria

    Isabelle Huppert - Elle

    Sidse Babett Knudsen

    - La fille de Brest

    Soko - La danseuse

     

    Acteur Pierre Deladonchamps - Le fils de Jean

    Gérard Depardieu - The End

    Nicolas Duvauchelle - Je ne suis pas un salaud

    Jean-Pierre Léaud - La mort de Louis XIV

    Omar Sy et James Thierrée - Chocolat

    Gaspard Ulliel - Juste la fin du monde

     

    Scénario

    David Birke - Elle

    Léa Fehner, Catherine Paillé et Brigitte Sy - Les ogres

    Emilie Frèche et Marie-Castille Mention-Schaar - Le ciel attendra

    Alain Guiraudie - Rester vertical François Ozon - Frantz

    Céline Sciamma - Ma vie de Courgette

     

    Image

    Christophe Beaucarne - Mal de pierres

    Benoît Debie - La danseuse

    Antoine Héberlé - Une vie

    Léo Hinstin - Nocturama Pascal Marti - Frantz

    Jonathan Ricquebourg - La mort de Louis XIV

     

    Révélation masculine

    Damien Bonnard - Rester vertical

    Corentin Fila et Kacey Mottet Klein - Quand on a 17 ans

    Finnegan Oldfield - Bang Gang Toki Pilioko - Mercenaire

    Sadek - Tour de France

    Niels Schneider - Diamant noir

     

    Révélation féminine

    Oulaya Amamra et Déborah Lukumuena - Divines

    Paula Beer - Frantz

    Lily Rose Depp - La danseuse Manal Issa - Peur de rien

    Naomi Amarger et Noémie Merlant - Le ciel attendra

    Raph - Ma Loute

     

    Premier film Apnée, Jean-Christophe Meurisse

    La danseuse, Stéphanie di Giusto

    Diamant noir, Arthur Harari

    Divines, Houda Benyamina

    Gorge cœur ventre, Maud Alpi

    Mercenaire, Sacha Wolff

     

    Film francophone Belgica, Felix van Groeningen

    La fille inconnue, Jean Pierre et Luc Dardenne

    Hedi, Mohammed Ben Attia

    Juste la fin du monde, Xavier Dolan

    Mimosas, Oliver Laxe

    Les Premiers, les Derniers, Bouli Lanners

     

    Film d'animation

    La jeune fille sans mains, Sébastien Laudenbach

    Louise en hiver, Jean-François Laguionie

    Ma vie de Courgette, Claude Barras

    La tortue rouge, Michael Dudok de Wit

    Tout en haut du monde, Rémi Chayé

     

    Documentaire

    Le bois dont les rêves sont faits, Claire Simon

    Dernières nouvelles du cosmos, Julie Bertuccelli

    Merci Patron !, François Ruffin

    La sociologue et l’ourson, Etienne Chaillou et Mathias Théry

    Swagger, Olivier Babinet

    Voyage à travers le cinéma français, Bertrand Tavernier

     

    Musique

    Sophie Hunger - Ma vie de Courgette

    Ibrahim Maalouf - Dans les forêts de Sibérie

    Laurent Perez del Mar - La tortue rouge

    ROB - Planétarium

    Philippe Rombi - Frantz

    Gabriel Yared - Juste la fin du monde

     

  • Critique de THE IMMIGRANT de James Gray à 20H55 sur Arte

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    Projeté en compétition officielle du 66ème Festival de Cannes, The Immigrant de James Gray décidément à l’honneur cette année-là puisqu’il est aussi le coscénariste de  "Blood ties" réalisé par Guillaume Canet (également présenté à Cannes) est, seulement, le cinquième long-métrage du cinéaste américain ( après Little Odessa, The Yards, La Nuit nous appartient, Two lovers) et nous avons bien du mal à le croire tant chacun de ses films précédents était déjà maîtrisé, et James Gray comptant, déjà, comme un des plus grands cinéastes américains contemporains. The Immigrant a apparemment déçu bon nombre de ses admirateurs alors que, au contraire, c’est à mon sens son film le plus abouti, derrière son apparente simplicité. Il s’agit en effet de son film le plus sobre, intimiste et épuré mais quelle maîtrise dans cette épure et sobriété!

    On y retrouve les thèmes chers au cinéaste: l’empreinte de la Russie, l’importance du lien fraternel, le pardon mais c’est aussi son film le plus personnel puisque sa famille d’origine russe est arrivée à Ellis Island, où débute l’histoire, en 1923.

    L’histoire est centrée sur le personnage féminin d’Ewa interprétée par Marion Cotillard. 1921. Ewa et sa sœur Magda quittent leur Pologne natale pour la terre promise, New York. Arrivées à Ellis Island, Magda, atteinte de tuberculose, est placée en quarantaine et Ewa, seule et désemparée, tombe dans les filets de Bruno, un souteneur sans scrupules. Pour sauver sa sœur, elle est prête à tous les sacrifices et se livre, résignée, à la prostitution.  L’arrivée d’Orlando (Jeremy Renner), illusionniste et cousin de Bruno (Joaquin Phoenix), lui redonne confiance et l’espoir de jours meilleurs. Mais c’est sans compter sur la jalousie de Bruno…

    James Gray a écrit le rôle en pensant à Marion Cotillard (très juste et qui aurait mérité un prix d’interprétation) qui ressemble ici à une actrice du temps du cinéma muet, au visage triste et expressif. The Immigrant est ainsi un mélo assumé qui repose sur le sacrifice de son héroïne qui va devoir accomplir un véritable chemin de croix pour (peut-être…) accéder à la liberté et faire libérer sa sœur. Les personnages masculins, les deux cousins ennemis, sont  en arrière-plan, notamment Orlando. Quant à Bruno interprété par l’acteur fétiche de James Gray, Joaquin Phoenix, c’est un personnage complexe et mystérieux qui prendra toute son ampleur au dénouement et montrera aussi à quel point le cinéma de James Gray derrière un apparent manichéisme est particulièrement nuancé et subtil.

    Le tout est sublimé par la photographie de Darius Khondji (qui avait d’ailleurs signé la photographie de la palme d’or du Festival de Cannes 2012, Amour de Michael Haneke) grâce à laquelle certains plans sont d’une beauté mystique à couper le souffle.

    James Gray a par ailleurs tourné à Ellis Island, sur les lieux où des millions d’immigrés ont débarqué de 1892 à 1924, leur rendant hommage et, ainsi, à ceux qui se battent, aujourd’hui encore, pour fuir des conditions de vie difficiles, au péril de leur vie. C’est de dos qu’apparaît pour eux la statue de la liberté au début du film. C’est en effet la face sombre de cette liberté qu’ils vont découvrir, James Gray ne nous laissant d’ailleurs presque jamais entrevoir la lumière du jour. Si le film est situé dans les années 1920, il n’en est pas moins intemporel et universel. Une universalité et intemporalité qui, en plus de ses très nombreuses qualités visuelles, ne lui ont pas permis de figurer au palmarès cannois auquel il aurait mérité d’accéder.

    Tout comme dans La Nuit nous appartient qui en apparence opposait les bons et les méchants, l’ordre et le désordre, la loi et l’illégalité, et semblait au départ très manichéen, dans lequel le personnage principal était écartelé,  allait évoluer,  passer de l’ombre à la lumière, ou plutôt d’un univers obscur où régnait la lumière à un univers normalement plus lumineux dominé par des couleurs sombres, ici aussi le personnage de Bruno au cœur qui a « le goût du poison », incarne toute cette complexité, et le film baigné principalement dans des couleurs sombres, ira vers la lumière. Un plan, magistral, qui montre son visage à demi dans la pénombre sur laquelle la lumière l’emporte peu à peu, tandis qu’Ewa se confesse, est ici aussi prémonitoire de l’évolution du personnage. L’intérêt de Two lovers  provenait avant tout des personnages, de leurs contradictions, de leurs faiblesses. C’est aussi le cas ici même si le thème du film et la photographie apportent encore une dimension supplémentaire. James Gray s’est inspiré des photos « quadrichromes » du début du XXe  siècle, des tableaux qui mettent en scène le monde interlope des théâtres de variétés de Manhattan. Il cite aussi comme référence Le Journal d’un curé de campagne, de Robert Bresson.

    James Gray parvient, comme avec Two lovers, à faire d’une histoire a priori simple un très grand film d’une mélancolie d’une beauté déchirante et lancinante qui nous envahit peu à peu et dont la force ravageuse explose au dernier plan et qui nous étreint longtemps encore après le générique de fin. Longtemps après, en effet, j’ai été  éblouie par la noirceur de ce film, une noirceur de laquelle émerge une lueur de clarté sublimée par une admirable simplicité et maitrise des contrastes sans parler du dernier plan, somptueux, qui résume toute la richesse et la dualité du cinéma de James Gray et de ce film en particulier.