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diane kruger

  • Critique de IN THE FADE de Fatih Akin

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    Diane Kruger interprète ici Katja dont la vie s’effondre lorsque son mari et son fils meurent dans un attentat à la bombe. Après le deuil et l’injustice, viendra le temps de la vengeance.

    Si le réalisateur allemand d’origine turque s’inspire ici des attentats commis contre des immigrés par le trio néonazi de la NSU, entre 2000 et 2007, son film est terriblement actuel et surtout passionnant dans son traitement de l’après. L’après attentat. L’après deuil. L’après drame.  Après un drame quel qu’il soit. La solitude et le sentiment d’incompréhension dans lesquels s’enferment les victimes. L’oubli auquel on souhaite les contraindre. Et en cela il est terriblement universel.

    C’est la première fois que l’actrice allemande joue dans sa langue maternelle.  Elle fait magistralement évoluer son personnage de la félicité au malheur et à la douleur, absolues, démontrant toute l’étendue et la finesse de son jeu. Cela démarre par une séquence de mariage en prison. Comme une métaphore de ce qui l’attend. Cette prison de souffrance dans laquelle le drame va ensuite l’enfermer.

    Le film est divisé en trois parties. Trois étapes du drame. Deuil. Injustice. Vengeance. Jusqu’au point de non retour. Un film aux accents de film noir avec cette pluie qui, rageuse, tombe continuellement.

    Si Fatih Akin tombe dans certaines facilités scénaristiques (il avait pourtant obtenu le prix du scénario en 2007 pour « De l’autre côté »), il n’en dresse pas moins un  poignant portrait de femme, dévorée par la douleur. Et lorsque, sur les côtes grecques, la nature et son corps même semblent la rappeler vers la vie, comment ne pas être bouleversée par son refus de celle-ci, moins une apologie (et encore moins une justification) de la vengeance que lui ont reproché ses détracteurs (les critiques n’ont pas toujours été tendres) que l’acte désespéré d’une femme que la douleur du deuil étouffe et terrasse.

    L’utilisation de la musique du groupe de rock américain Queens of the Stone Age achève ce tableau dramatique auquel il est difficile de rester indifférent, notamment grâce à la performance parfaite de Diane Kruger au service de ce personnage désarmé face à tant d’injustice et d’indifférence et qui, seule, doit faire face à l’insoutenable.

  • 42ème Festival du Cinéma Américain de Deauville: films d'ouverture et de clôture

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    Nous savions déjà que le Festival du Cinéma Américain de Deauville aurait pour président de son jury Frédéric Mitterrand et qu'un hommage serait rendu à Michael Moore. Nous connaissons aussi désormais les films d'ouverture et de clôture (le dernier vous intéressera certainement d'autant plus que je vous ferai ici prochainement gagner des places pour découvrir celui-ci lors de la clôture et donc aussi pour assister à la cérémonie de clôture du festival).

    C'est le film INFILTRATOR de Brad Furman qui fera l'ouverture du festival, un film avec Bryan Cranston, Diane Kruger, John Leguizamo, Benjamin Bratt, Yul Vasquez ... distribué par ARP Sélection. Et surtout un beau divertissement en perspective, idéal pour l'ouverture.

    Ce film raconte l'histoire de l'agent fédéral Bob Mazur qui a pour mission d'infiltrer le cartel de drogue de Pablo Escobar. Son but : faire tomber 85 barons et une banque internationale. Son plan : s'inventer un passé, une identité, une fiancée. Son risque : le moindre faux pas lui serait fatal.

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    Le film de clôture sera WAR DOGS de Todd Phillips, un film avec Jonah Hill, Miles Teller, Ana de Armas, Bradley Cooper.

    Le film sera distribué par Warner Bros et raconte l'histoire de deux copains âgés d'une vingtaine d'années, vivant à Miami Beach à l'époque de la guerre en Irak et qui profitent d'un dispositif méconnu du gouvernement fédéral, permettant à de petites entreprises de répondre à des appels d'offres de l'armée américaine. Si leurs débuts sont modestes, ils ne tardent pas à empocher de grosses sommes d'argent et à mener la grande vie. Mais les deux amis sont totalement dépassés par les événements lorsqu'ils décrochent un contrat de 300 millions de dollars destiné à armer les soldats afghans. Car, pour honorer leurs obligations, ils doivent entrer en contact avec des individus très peu recommandables… dont certains font partie du gouvernement américain…

     

  • Critique-« Mr. Nobody » de Jaco van Dormael

     

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    Comment ne pas être curieux de découvrir un film dont l'écriture du scenario a nécessité plus de 7 ans, dont le réalisateur n'a rien tourné depuis 13 ans ? Surtout quand le synopsis est aussi prometteur que le suivant : un enfant, Nemo, dont les parents se séparent se retrouve sur le quai d'une gare à devoir choisir. Entre son père et sa mère. Entre deux vies possibles. Premier choix déterminant. Le train est sur le point de partir. Partira-t-il avec son père ou sa mère ? Quelle voie choisira-t-il ? Plutôt que d'effectuer un choix entre ces deux possibles, Jaco van Dormael imagine et filme les deux situations et la multitude de vies possibles qui découlent de celles-ci. Ces vies ce sont celles (vécues et/ou inventées et/ou sorties de l'imagination de l'adolescent qu'il fut) qu'un vieil homme dernier mortel, sur le point de mourir, raconte à un journaliste.

    Parfois il suffit d'une feuille d'arbre, d'une goutte d'eau, d'une phrase pour incliner notre destin dans un sens ou dans un autre. Qui ne s'est jamais demandé « et si » ? Qui n'a jamais imaginé ce qu'aurait été son existence si une décision n'avait pas été prise ou prise différemment ? On se demande donc comment, avec un sujet aussi universel, une telle distance s'instaure entre ce qui se passe sur l'écran et ce que ressent le spectateur, du moins ce que j'ai ressenti, essentiellement de l'ennui et de l'agacement. La faute d'abord à cette structure en flash back, à ce vieillard avec son rire mi sardonique mi ridicule qui, pour une raison que l'on ignore, parvient  à raconter ses histoires à un journaliste qui réussit à pénétrer dans sa chambre d'une manière que l'on ignore également... Les allers et retours entre le présent et le passé n'apportent rien à l'intrigue, si ce n'est des digressions fatigantes et qui hachent la (non) linéarité de l'ensemble et un décor futuriste remarquable qui nous frustre encore davantage nous montrant ce que aurait pu être ce film.

     Mélanger les genres (science fiction, drame, comédie romantique...) , les effets de style pour différencier les vies et les possibles, faire coïncider la forme et le fond était une bonne idée mais trop d'effets de style accroissent encore davantage la distance avec le spectateur. Certaines scènes sont d'une naïveté (pourtant plutôt habituellement un compliment pour moi) accablante tant le peu de temps consacré à chaque histoire (évidemment sans quoi le film aurait duré 10h) les rend superficielles et conduit à réduire les dialogues à l'essentiel, et parfois à la mièvrerie. Pas une seconde je n'ai été touchée, ce qui est d'autant plus étonnant avec un sujet conceptuellement aussi poétique, avec un réalisateur qui dans le « Huitième jour » avait montré combien il savait être poétique sans être mièvre.

    Il faut reconnaître que les transitions sont habiles, que les décors sont sublimes et inventifs (d'ailleurs récompensés à la 66ème Mostra de Venise), que les différentes vies sont visuellement extrêmement bien différenciées procurant une limpidité qui n'était pas gagnée d'avance aux histoires. D'où cette sensation d'un possible qui n'a pas abouti, d'un sujet en or et très (trop ?) ambitieux auquel on a fait prendre la mauvaise voie. A l'image de son personnage principal, le film manque d'identité pour en avoir trop endossé, s'égarant lui aussi dans ses multiples possibles mis en scène.

    L'effet papillon donne de belles idées de montage (mais dans ce domaine « Babel » restera pour moi la référence inégalée), un montage qui a d'ailleurs nécessité une année. Jaco van Dormael égratigne au passage des vies standardisées, monocordes, monotones et un potentiel futur pas si lointain où la vie deviendrait aseptisée, où la notion même d'amour (très souvent malheureux en l'occurrence dans les vies passées de Nemo) appartiendrait à la préhistoire, où la mort même serait vécue en direct.

    A force de conduire son film et ses personnages dans toutes les directions, Jaco Van Dormael ne nous conduit nulle part, si ce n'est à l'idée que mieux vaut se laisser porter par le destin telle une feuille portée par le vent, un choix n'étant finalement pas meilleur qu'un autre et toutes les vies méritant d'être vécues... Un film qui plaira peut-être aux amateurs du cinéma de Gondry (dont je ne suis pas) qui, avec une structure assez alambiquée, ne parvient pas à masquer une intrigue finalement mince. Restent des acteurs remarquables (Jared Leto, Diane Kruger, Sarah Polley), le décor ingénieux,  la photographie de Christophe Beaucarne  somptueuse et magnifiquement adaptée à chaque vie, à chaque genre et une belle idée de fable d'anticipation sur les hasards et coïncidences, sur la complexité et la multiplicité des choix. Une belle esquisse. Un beau gâchis. Un bel objet froid comme le futur désincarné et aseptisé ici mis en scène. Ce (capitaine) Nemo l ne m'a pas embarquée dans son Odyssée...