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Avant-première- « Largo Winch » de Jérôme Salle : film d’aventure à l’Européenne ou les tribulations sans répit de l’héritier iconoclaste

 

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Philippe Francq, Tomer Sisley, Jérôme Salle, Julien Rappeneau, hier soir. Photo "In the mood for cinema"

bd.jpgDans le cadre du Club 300 d’Allociné, avait lieu hier soir l’avant-première de l’adaptation cinématographique de Largo Winch réalisée par Jérôme Salle à la suite de laquelle l’équipe du film (le comédien Tomer Sisley, le réalisateur Jérôme Salle, le scénariste Julien Rappeneau,  le dessinateur Philippe Francq, la productrice Nathalie Gastaldo) a  longuement débattu avec le public, une équipe visiblement aussi fébrile que désireuse de défendre ce film avec enthousiasme et passion.  Une adaptation (essentiellement de l’album intitulé « L’Héritier », mais pas seulement) très attendue des aventures du héros de BD inventé par Jean Van Hamme et dessiné par Philippe Francq alors que le tome XVI de la série, « La Voie et la Vertu », tiré à 450000 exemplaires est actuellement en tête des ventes avec près de 40000 albums vendus en librairie, en 4 jours.

Contestataire, iconoclaste, bagarreur, Largo  Winch (Tomer Sisley) se retrouve, à 26 ans, à la tête d’un empire de dix milliards de dollars. Son père, le milliardaire Nerio Winch (Miki Manojilovic),  fondateur et principal actionnaire du puissant et tentaculaire groupe W (rien à voir avec un personnage puissant et tentaculaire dont Oliver Stone a tiré un film éponyme…quoique…), vient en effet d’être retrouvé noyé. Qui va hériter de cet empire économique ? Officiellement Nerio n'avait pas de famille. Personne ou presque ne connaissait en effet ce fils adopté dans un orphelinat bosniaque. Seul problème, ce jeune héritier vient d'être jeté dans une prison du fin fond de l'Amazonie. Accusé de trafic de drogue, il clame son innocence. Nerio assassiné, Largo emprisonné : et si ces deux affaires faisaient partie d'un seul et même complot visant à prendre le contrôle de l'empire Winch ?

Le pari n’était pas gagné d’avance, et finalement plutôt audacieux même si une adaptation s’imposait pour ce personnage intrinsèquement cinématographique : un acteur qui ne ressemble physiquement pas du tout au héros de la BD, de surcroît ne figurant pas encore dans la sacro-sainte liste des acteurs bankable (terme que j’abhorre par ailleurs, mais c’est là la dure loi du marché cinématographique) ;  une BD au succès colossal et ses inconditionnels sans doute aussi impatients que potentiellement sévères ; un réalisateur dont c’était seulement  le second long-métrage (le premier étant « Anthony Zimmer » que j’avais par ailleurs beaucoup apprécié pour son influence hitchcockienne, son rythme soutenu et ses rebondissements, et avec lequel la critique n’avait pourtant pas toujours été très tendre)  forcément attendu au tournant.

Ne faisant pas partie desdits inconditionnels de la BD c’est donc sans a priori que je me suis plongée dans les mésaventures du milliardaire iconoclaste. Peut-être est-ce aussi la raison pour laquelle j’ai d’emblée été embarquée par ce personnage dans le rôle duquel Tomer Sisley marie habilement force et fêlures, une dichotomie que l’on retrouve d’ailleurs dans les décors entre noirceur et lumière : ceux de l’Europe d’une luminosité enchanteresse d’un côté (la Serbie dans le scénario, en réalité la Sicile, la Serbie, Malte…), ceux d’une modernité glaciale de Hong Kong de l’autre (le réalisateur a expliqué avoir choisi de remplacer le New York de la BD par Hong Kong, plus en adéquation avec l’actualité économique, le centre névralgique de l’économie mondiale se trouvant aujourd’hui en Asie).  Les premiers sont associés à l’enfance de Largo Winch, à ses racines, les seconds à l’âge adulte et sa dure réalité, au déracinement. Ce sont aussi ces contradictions qui fondent l’intérêt et la dualité du personnage : entre rébellion et acceptation de l’héritage paternel dont un couteau est d’ailleurs le tranchant symbole.  Une existence commencée comme un conte qui se transforme en thriller. Il aurait d’ailleurs peut-être gagné à être encore plus ambivalent, à sembler davantage tiraillé entre ces désirs et mondes contradictoires.

Dans son premier film déjà, Jérôme Salle avait fait preuve d’une étonnante maîtrise dans sa mise en scène, probablement  est-ce aussi ce qui a rassuré les financiers quant à sa capacité à diriger un film d’un budget de 24 millions d’euros. Le rythme est indéniablement haletant, le montage nerveux (sans être vertigineux et finalement insipide comme dans certains films américains) est l’atout du film avec ses flashbacks savamment dosés, et le personnage principal et celui qui l’incarne ont un charme et une capacité à susciter l’empathie incontestables.

Me suis-je ennuyée ? Voilà probablement la principale question à se poser suite à la projection de ce genre de film (même si après tout on pourrait aussi y voir une réflexion sur la mondialisation et les multinationales tentaculaires, qu’il aurait d’ailleurs peut-être été intéressant de creuser davantage, mais je suis bien d’accord : ce serait alors là un tout autre type de film). La réponse est non. Non, je ne me suis pas ennuyée. . La multiplicité des décors et des scènes d’action (brillamment menées par  Tomer Sisley qui a lui-même effectué toutes les cascades, une véritable gageure notamment au regard d’une scène de plongeon que je vous laisse découvrir, réellement impressionnante) ne nous laissent guère de répit, et c’est tant mieux. Tomer Sisley, qui a d’ailleurs déclaré hier soir être passé au one man show, faute de scénarii intéressants, avoir refusé de nombreuses comédies (préférant à l’avenir, au théâtre,  jouer un Shakespeare plutôt que du Boulevard…), a bien fait d’être exigeant et de patienter, ce rôle étant sans nul doute pour lui une carte de visite en or pour la carrière internationale à laquelle il semble aspirer…

Un film ambitieux au rythme incontestablement soutenu dont le seul vrai défaut est peut-être, au-delà de son identité visuelle peut-être moins forte que dans « Anthony Zimmer » (alors que justement cette adaptation aurait pu davantage s’y prêter), de ne pas suffisamment développer les personnages secondaires et de les cantonner à être des stéréotypes finalement là pour servir le personnage principal, et si nous le suivons avec plaisir, la résolution de l’intrigue n’en devient finalement elle aussi que secondaire, voire anecdotique. Dommage : le personnage de la magnétique Mélanie Thierry et son ambiguïté auraient mérité d’être approfondies, de même que celui de la talentueuse Anne Consigny ou de Gilbert Melki (trop balafré pour être tout à fait malhonnête). Sinon, chaque personnage a évidemment le regard (un peu trop) vague, énigmatique, ombrageux qui sied à ce style de film faisant de chacun un potentiel traitre.

Un film d’aventure à l’Européenne (terme employé par le réalisateur lui-même qui redoute plus que tout que son film soit qualifié de « James Bond à la française », l’idée ne me serait d’ailleurs pas venue…) qui a la vocation et la capacité à pénétrer le marché international : caractère polyglotte, décors internationaux, montage et rythme frénétiques, et sujet dans l’air du temps –OPA et guerre économique avec le traditionnel Russe mystérieux et trouble-, savant dosage entre action et humour. C’est tout le mal que nous pouvons lui souhaiter. Les Américains auraient déjà proposé la réalisation d’un remake, proposition refusée par la production qui préférerait la réalisation d’un Largo Winch 2 pour lequel toute l’équipe présente hier soir semblait partante, et à laquelle la fin nous prépare d’ailleurs. Une suite que j’irais voir sans aucun doute si elle avait lieu : c’est déjà en soi un signe de réussite.

Précisons enfin que, contrairement à la rumeur, Philippe Francq et Jean Van Hamme sont pleinement satisfaits de cette adaptation cinématographique, le premier en donnant d’ailleurs pour preuve sa présence hier soir. Il a également précisé que jamais Largo Winch ne donnerait lieu à un dessin animé, l’extrême fidélité au personnage étant pour lui dans ce cadre alors primordiale et difficilement réalisable.

Liens :

Site officiel du film

Blog du film

Dans l’article ci-dessous, sous celui consacré à « Match point », vous pouvez visionner la bande-annonce du film.

 Sandra.M

Commentaires

  • Mais il est nul, ce film. Nul de chez nul. Si vous voulez faire de la critique, arrêtez d'être aussi complaisante. Si vous voulez un jour gagner votre vie par ce biais, c'est mal parti. Si vous voulez devenir scénariste, ce que vous n'êtes visiblement pas, je ne crois pas que ce soit en lêchant de cette façon les mains de tous les réalisateurs français que vous y arriverez. Faites gaffe également à votre syntaxe: "le premier étant « Anthony Zimmer » que j’avais par ailleurs beaucoup apprécié pour son influence hitchcockienne" - vous essayez de dire que le film est SOUS influence hitcockienne, je suppose, ce qui n'est pas tout à fait ce que vous avez écrit. Relisez-vous.

  • Cher et très sympathique LeMo de Belgique,
    Ne vous en déplaise ce n'est pas parce qu'un film ne vous plait pas qu'il est nul ou si tel est le cas j'aimerais savoir qui est l'éminente personne à qui je m'adresse qui, contrairement à moi, sur ce blog, ne s'exprime pas à visage découvert. Ce n'est pas non plus parce qu'un film me plait que je suis complaisante: je le réaffirme, j'ai passé un excellent moment en voyant ce film. Contrairement à vous, je ne dis jamais qu'un film est nul (puisque vous semblez tout savoir vous devez aussi savoir l'investissement personnel que représente un projet cinématographique) mais je ne dirai jamais non plus d'un film qu'il est bien si je ne l'ai pas aimé. Par ailleurs, même si ça va à l'encontre du cynisme ambiant (qui s'apparente parfois à de la mauvaise foi), j'ai pour parti pris sur ce blog de ne parler que des films que j'ai aimés (et non de dire que j'ai aimé des films que je n'aurais pas appréciés), parce que pour le reste, des gens comme vous s'en chargent très bien. Puisque vous savez également tout vous devriez savoir qu'un scénariste s'adresse à un producteur et non à un réalisateur quand il propose son projet et donc que si je vous parais complaisante, c'est simplement que je respecte le travail des réalisateurs certes mais aussi de toute l'équipe qui s'investit sur un projet, mais je vous rassure (puisque ce sujet semble vous inquiéter au point de prendre sur votre précieux temps pour y consacrer un commentaire) s'il y a bien un défaut que je suis certaine de ne pas avoir (même en n'atteignant évidemment pas votre degré de perfection) et ce dont je suis fière ( car pour détourner une célèbre citation de Molière je dirais que -"c'est un vice à la mode et tous les vices à la mode passent pour vertu"), c'est l'opportunisme que j'abhorre par dessus tout. Quant à ma syntaxe, sur les très nombreuses notes qui figurent sur ce blog, il m'arrive évidemment de laisser passer quelques erreurs mais au moins je n'emploie jamais d'expressions appartenant au langage familier du style "faites gaffe" et je ne mets pas d'accent circonflexe sur le verbe lécher (mais je n'ai évidemment pas votre savoir). Pour le reste, tout grand connaisseur de tout et tout le monde que vous semblez vous dire, vous êtes bien mal informé...:-) Sinon, j'adore votre ton professoral: vous avez une grande carrière devant vous (Derrière vous plutôt. Vous ne devez pas être bien jeune pour être aussi aigri... ou alors c'est inquiétant) dans l'enseignement.

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