In the mood for news 17 : actualité cinématographique de la semaine du 6 février 2008
Les sorties de la semaine
Le film de la semaine recommandé par « In the mood for cinema »
« Le Bannissement » : Un film d’Andrei Zviaguintsev avec Konstantin Lavronenko, Maria Bonnevie-Durée : 2H30-
Pitch : Un homme, sa femme et leurs deux enfants, quittent une cité industrielle pour la campagne d'où est originaire le mari et s'installent dans la vieille maison du père de celui-ci.
L’acteur principal (Konstantin Lavronenko) a reçu le prix d’interprétation masculine pour ce film au Festival de Cannes 2007. Voir ma critique sur mon blog consacré au Festival de Cannes 2007 : http://inthemoodforcannes.hautetfort.com
Les autres films de la semaine
(Je n’ai vu aucun des autres films qui sortent cette semaine pour l'instant, critique du film « Les liens du sang » à venir prochainement sur « In the mood for cinema »)
« John Rambo » : Un film américain de Sylvester Stallone avec Sylvester Stallone, James Brolin, Kim Dickens, Rey Gallegos, Jake La Botz, Tim Kang, Paul Schulze, Bruno Campos, Julie Benz, Matthew Marsden, et Graham McTavish-Genre : Action - Durée : 1H30 mn
« Ca se soigne ? » : Un film français de Laurent Chouchan avec Thierry Lhermitte, Julie Ferrier, Michel Vuillermoz, Gérard Jugnot, Isabelle Gélinas, François-Xavier Demaison, Elisabeth Quin, et Stéphane Freiss-Genre : Comédie - Durée : 1H42 mn
« Les Liens du Sang » : Un film français de Jacques Maillot avec François Cluzet, Guillaume Canet, Marie Denarnaud, Luc Thuillier, Olivier Perrier, Sarah Grappin, Clotilde Hesme, Mehdi Nebbou, et Carole Franck-Genre : Policier - Durée : 1H46 mn
« Cloverfield » : Un film américain de Matt Reeves avec Michael Stahl-David, Mike Vogel, Jessica Lucas, T.J. Miller, Odette Yustman, et Lizzy Caplan- Genre : Science Fiction - Durée : 1H30 mn
« Les Faussaires » : Un film allemand et autrichien de Stefan Ruzowitzky avec Karl Markovics, August Diehl, Devid Striesow, Sebastian Urzendowsky, Andreas Schmidt, Tilo Pruckner, Martin Brambach, August Zirner, et Veit Stubner - Genre : Drame - Durée : 1H38 mn
“PS : I Love You”: Un film américain de Richard LaGravenese avec Hilary Swank, Gerard Butler, Lisa Kudrow, Gina Gershon, Jeffrey Dean Morgan, Dean Winters, Anne Kent, James Marsters, Kathy Bates, et Harry Connick Jr. -Genre : Comédie romantique - Durée : 2H06 mn « Juno » : Un film américain de Jason Reitman avec Ellen Page, Michael Cera, Jennifer Garner, Jason Bateman, Rainn Wilson, Lucas MacFadden, Candice Accola, Olivia Thirlby, J.K. Simmons, et Allison Janney - Genre : Comédie - Durée : 1H31 mn
« L'esprit de la ruche » : Un film espagnol de Victor Erice avec Fernando Fernan Gomez, Teresa Gimpera, Ana Torrent, Isabel Telleria, José Villasante, Juan Margallo, Laly Soldevila, Ketty de la Camara, et Estanis Gonzalez - Genre : Drame - Durée : 1H38 mn
« Muksin » : Un film malaisien de Yasmin Ahmad avec Mohd Syafie Naswip, Sharifah Aryana, Yuhang Ho, Sharifah Aleya, Amira Nasuha, Choo Seong Ng, Adibah Noor, Norkhiriah, Rozie Rashid, et Sharifah Amani-Genre : Drame - Durée : 1H34 mn
« Brave Story » : Un film japonais de Kôichi Chigira avec les voix en VO de Takako Matsu, Tarô Ishida, Shirô Itô, Ayako Kawasumi, Eiji Wentz, Miki Imai, Kirin Kiki, Yo Oizumi, Katsumi Takahashi, Yoshiko Tanaka, Chiwa Saito, et Rie Shibata-Genre : Animation - Durée : 1H53 mn
« La Fabrique des sentiments » : Un film français de Jean-Marc Moutout avec Elsa Zylberstein, Bruno Putzulu, Jacques Bonnaffé, Hiam Abbass, Anne-Katerine Normant, Jean Segani, Octave Novel, et Josiane Stoléru-Genre : Comédie dramatique - Durée : 1H44 mn
Les prix de la semaine
Le jury du “Prix Jacques Prévert du scénario” 2008 sous la présidence de Danièle Thompson a remis ses prix cette semaine.
Le prix Jacques Prévert du scénario dans la catégorie “scénario original” a été décerné à Julie Delpy pour “2 days in Paris”
Le prix Jacques Prévert du scénario dans la catégorie “adaptation” a été décerné à Ronald Harwood pour “Le scaphandre et le papillon”. (voir critique en cliquant ici) "Le scaphandre et le papillon" est également nommé pour le César de la meilleur adaptation.
Le festival de la semaine
Le Festival International du Premier Film d’Annonay dont j’étais membre du jury l’an passé (voir récit ici) fête cette année ses 25 ans. Un festival dont la compétition met à l’honneur les premiers films sans distributeurs. Un festival qui se veut découvreur de talents. Le grand prix de notre jury 2007 « Mouth to mout » (je vous en reparlerai à cette occasion) sortira d’ailleurs sur les écrans au premier trimestre 2008. Jérôme Boivin préside cette année le jury et Bernard Blancan préside le jury des lycéens. Site officiel du Festival : http://annonaypremierfilm.org
Pour lire le compte-rendu 2008 en direct (ou presque) du Festival du Cinéma d'Annonay 2008, par une autre ancienne jurée annonéenne, rendez-vous "Sur la route du cinéma".
Les chiffres de la semaine
Les chiffres de la semaine concernent bien entendu Astérix et son budget olympique… 78 millions d’euros, le plus gros budget du cinéma français, une sortie dans 6000 salles en Europe dont 1074 écrans en France. Une sortie dans 30 pays. Seule la Grande-Bretagne a « résisté » à cette invasion gauloise. Pour que le film soit rentabilisé, 6 à 7 millions d’entrées seront nécessaires et 1 million de DVD vendus. Le producteur (et co-réalisateur) Thomas Langmann espère 20 à 25 millions d’entrées en Europe. 1600 plans truqués, 2500 figurants pour les scènes de foules…et surtout 22Millions d’euros de budget promotion. 453200 entrées le jour de sa sortie. Au regard du résultat, on se demande dans quoi est passé le budget (salaires, trucages…?) tant la mise en scène est plate et tant le sujet aurait pu se prêter a des décors plus spectaculaires. Le scénario est quasiment inexistant (sans oublier une scène finale qui tombe comme un cheveu sur la soupe, prétexte à mettre en scène ou plutôt à mettre en images des sportifs connus dans le monde entier et donc assurés de susciter l’attrait d’un public international) mais il faut néanmoins l’avouer : les répliques et le long monologue d’Alain Delon qui apparaît sur la musique d’ « Il étais une fois dans l’Ouest » et (« Il y a un guépard de trop dans cette pièce » etc ) qui se moque de lui-même avec beaucoup de talent et de plaisir nous le transmet et les prestations de Benoît Poelvorde (obséquieux et fourbe au possible) et Gérard Depardieu (plus Obélix que nature) sont aussi remarquables et nous arrachent quelques sourires et regards attendris. Etions-nous en droit d’en attendre plus d’un film qui se revendique comme un film de producteurs et non un film d’auteurs, destiné à créer des entrées et espérons-le du divertissement…à défaut d’art (nous n’en demandions évidemment pas tant) ?






Il y a des films comme ça, rares, qui vous cueillent, vous embarquent, vous emprisonnent délicieusement dans leurs univers, douloureux et, puis, lumineux, dès la première seconde, pour ne plus vous lâcher. C’est le cas d’ « Il y a longtemps que je t’aime », premier film en tant que réalisateur de l’auteur des « Ames grises » (Prix Renaudot 2003 adapté par Yves Angelo) et du « Rapport de Brodeck » qui a également signé le scénario. La bienveillance de son regard sur ces âmes grises, blessées, insondables, parcourt tout le film. Tous ces personnages, libres en apparence, sont enfermés à leur manière : le grand-père muet à la suite de son accident cérébral est muré dans son silence, la mère de Juliette et Léa est enfermée dans son oubli après l’avoir été dans son aveuglement, le capitaine est enfermé dans sa solitude, Michel –Laurent Grévil- (un professeur qui enseigne dans la même faculté que Léa et qui va s’éprendre de Juliette) est enfermé dans ses livres, Léa est enfermée dans ce passé qu’on lui a volé, et Juliette est encore enfermée dans cette prison à laquelle on ne cesse de l’associer et la réduire. La caméra ne s’évade que très rarement des visages pour mieux les enfermer, les scruter, les sculpter aussi, les disséquer dans leurs frémissements, leurs fléchissements, leurs fragilités : leur humanité surtout. La ville de Nancy où a été tourné le film est quasiment invisible. Nous sommes enfermés. Enfermés pour voir. Pour distinguer les nuances, dans les visages et les regards. Comme cette jeune fille que Michel vient sans cesse voir au musée, enfermée dans son cadre, et qui ressemble à un amour déçu et dont il se venge ainsi parce qu’elle ne peut pas s’échapper. Nous ne pouvons nous enfuir guidés et hypnotisés par le regard captivant, empli de douleur et de détermination, de Juliette. Nous n’en avons pas envie.
Kristin Scott Thomas trouve là un personnage magnifique à la (dé)mesure de son talent, au prénom d'héroïne romantique qu'elle est ici finalement, aimant inconiditionnellement, violemment. A côté d’elle le jeu d’Elsa Zylberstein nous paraît manquer de nuances mais après tout la violence de la situation (le passé qui ressurgit brusquement) justifie celle de ses réactions. Au contact l’une de l’autre elles vont reconstituer le fil de l’histoire, elles vont renaître, revivre, et illuminer la toile.


























Un bilan délibérément désordonné de ce salon du cinéma 2008 à l’image de ce qu’a été ce dernier malgré une initiative très louable et de nombreux aspects positifs. Peut-être est-ce après tout un hommage artistique à la Nouvelle Vague que de superposer ainsi les voix, les sons … laquelle superposition créait une cacophonie tantôt risible, tantôt agaçante, principal défaut de ce salon résultant de la typographie des lieux (un hall impersonnel, glacial, et résonant –et aspirant pourtant surtout à faire raisonner- du parc des expositions). L’autre défaut résulte de l’organisation de l’espace professionnel dont l’initiative est là aussi très louable, notamment dans le désir de permettre aux jeunes auteurs (condition d’inscription : une sélection d’un film en festival), notamment par le biais de l’espace ciné-connexion et d’ateliers, de rencontrer des professionnels et de permettre aux professionnels de réfléchir et débattre sur leurs professions mais en raison de changements d’horaires de dernière minute, du manque de lisibilité du site internet officiel du salon, et d’un espace professionnel à l’accès labyrinthique, je me suis ainsi retrouvée seule avec trois intervenants notamment du CNC à une conférence sur les aides à l’écriture (qui aurait dû en intéresser plus d’une, et à laquelle je n’étais d’ailleurs pas la seule inscrite !), laquelle, ou plutôt lequel entretien particulier, s’est néanmoins avéré pour moi passionnant.
Quelques informations, observations, remarques glanés au fil de mes déambulations coupables (oui, coupable : coupable de zapper ainsi entre les stands tel un spectateur glouton et consumériste mais je vous rassure, je ne me suis pas laissée aller à manger du pop corn dont la présence m’a quelque peu enragée, je vous rassure de nouveau, je n’ai pas côtoyé les bêtes sauvages présentes au salon pour les démonstrations des dresseurs ensuite et ne leur ai pas transmis, ma rage donc, et encore moins les pop corns) entre les 
-Un partie de l’équipe du film de « Faubourg 36 », le second long-métrage de Christophe Barratier après « les Choristes » (la jeune comédienne Nora Arnezeder, le scénariste Julien Rappeneau et le réalisateur Christophe Barratier) était également présente. C’est avec beaucoup de passion que le cinéaste a présenté son film et surtout qu’il a défendu le scénario (ça fait plaisir !), et son attachement à celui-ci qu’il estime essentiel, se positionnant en digne héritier du cinéma de Duvivier, Carné et Prévert ou Charles Spaak. Pour lui « Le cinéma, avant d’être de la pellicule, ce sont d’abord des écrits », prenant ainsi pour exemple la grève des scénaristes (qui se poursuit) aux Etats-Unis : « Quand les scénaristes ne travaillent plus, la production entière est paralysée. » Même s’il faut apporter un bémol à ces propos, la situation française étant différente de la situation américaine de par la tradition, héritée de la Nouvelle vague, de l’auteur réalisateur. Puis Christophe Barratier revient à « Faubourg 36 » qui, comme les films des réalisateurs et scénaristes précités, se déroule pendant le Front Populaire empruntant son style à plusieurs genres différents : film noir, comédie dramatique, comédie musicale, histoire d’amour... Il se réfère ainsi à « La belle équipe »
-Puis, un passage à l’espace professionnel pour assister à la conférence « Pourquoi le scénario est-il le parent pauvre du cinéma ? » dont l’intitulé provocateur même a suscité le débat et la controverse. Une conférence passionnante sur les différentes manières d’appréhender ce métier qui se revendique (oui, on a beaucoup revendiqué à ce salon) de plus en plus comme tel, ou plutôt à être légalement reconnu comme tel (le scénariste n’a pas de statut juridique). Pendant ce temps pour la énième fois avec une sonnerie et une voix d’aéroport, on annonçait qu’un aigle royal allait survoler nos têtes (qu’est- ce que vient faire un aigle royal là-dedans me direz-vous, je ne vous le fais pas dire). On apprendra notamment que c’est une « profession aventureuse », (on peut peut-être trouver finalement un lien avec l’aigle royal) un terme qui n’est pas pour me déplaire, et que le scénario est l’âme d’un film.
-Je me rends ensuite au stand « Grand forum » où ont lieu les rencontres avec les équipes de film. Une femme intemporelle dubitative devant les intervenants avance le nom de Lelouch (parce qu’il a les cheveux gris bouclés, dit-elle) . En fait de Lelouch c’est Charles Berling (qui a bien des cheveux mais ni vraiment gris, ni vraiment bouclés), Bruno Putzulu, une partie de l’équipe de « Père et fils » dans lequel ils avaient tourné avec Noiret, interprétant ses fils dans le film de Michel Boujenah également présent, et Frédérique Noiret pour un hommage à son père Philippe Noiret. Beaucoup de tendresse émane de ce quatuor et beaucoup d’émotion et d’admiration pour l’acteur récemment décédé. Passant du Sans-souci humble, pudique, talentueux et d’une grande dignité. Les anecdotes pleuvent. L’un raconte comment devant l’émotion de Rochefort de le voir si malade Noiret avait rétorqué « Pas de
sentimentalité entre nous, ce n’est pas notre emploi ». Berling raconte comment dans le restaurant d’un hôtel où ils s’étaient retrouvés, éberlués, entourés de personnes âgées Noiret, si jeune d’esprit, avait maugréé « Y a que des vieux » avant de réaliser qu’il en faisait partie, lequel Berling a fumé un cigare pendant toute la rencontre en signe d’anticonformisme, un peu sans doute, d’hommage à Noiret, beaucoup surtout (« Ce cigare brûle pour lui. Ce n’est pas Charles Berling qui fume mais Philippe Noiret » a-t-il répondu à un spectateur extrêmement perspicace qui lui demandait ce qu’il pensait de la loi anti-tabac). Sa fille a évoqué un homme qui, même malade, était « à terre » mais « jamais malade ou affaibli ». Pour les autres en tout cas. « Sur une scène de théâtre il avait la sensation que la mort n’avait pas le dernier mot » évoquant ainsi à quel point il arrivait à transcender la maladie sur scène notamment dans « Love letters » sa dernière pièce. Magie du jeu. Magie du théâtre. Magie de l’acteur, plus fort que l’homme, que la mort qui rôde. Ses comparses de cinéma évoquent aussi sa pudeur, comment dans un restaurant il dira « je me régale » alors qu’il ne sentait plus le goût des aliments ou son humour et sa distance caustique en toute circonstance, comme lorsqu’il devait tomber dans une tombe pour une scène de « Père et fils » et qu’il avait déclaré « Je fais des repérages ».

