51e Festival du Cinéma Américain de Deauville (Première) - Critique LE SON DES SOUVENIRS d’Oliver Hermanus (11/09/2025)

Il existe des films qui frappent d'emblée et d'autres qui semblent s'installer discrètement en nous avant de révéler, bien après la dernière image, toute leur puissance. Le Son des souvenirs appartient à cette seconde catégorie. Oliver Hermanus compose une œuvre qui ne cherche jamais à provoquer les larmes. Elle préfère déposer, presque imperceptiblement, une émotion qui grandit à mesure que les souvenirs se déploient.
Synopsis : Lionel, jeune chanteur talentueux originaire du Kentucky, grandit au son des chansons que son père chantait sur le perron de leur maison. En 1917, il quitte la ferme familiale pour intégrer le Conservatoire de Boston, où il fait la rencontre de David, un étudiant en composition aussi brillant que séduisant, mais leur lien naissant est brutalement interrompu lorsque David est mobilisé à la fin de la guerre. En 1920, réunis le temps d’un hiver, Lionel et David sillonnent les forêts et les îles du Maine pour collecter et préserver les chants folkloriques menacés d’oubli. Cette parenthèse marquera à jamais Lionel. Au cours des décennies suivantes, Lionel connaît la reconnaissance, la réussite, et d’autres histoires d’amour au fil de ses voyages à travers l’Europe. Mais ses souvenirs avec David le hantent encore, jusqu’au jour où une trace de leur œuvre commune ressurgit et lui révèle combien cette relation a résonné plus fort que toutes les autres.
Le titre pourrait laisser croire que la musique constitue le véritable sujet du film. Elle en est plutôt la matière invisible. Chez Hermanus, les chansons ne servent pas seulement à accompagner les images : elles deviennent des lieux où le passé continue de vivre.
L'histoire d'amour entre Lionel et David ne s'écrit jamais dans les grandes déclarations. Elle se construit dans les silences, dans les regards retenus, dans ce que les conventions de l'époque empêchent d'exprimer. Cette retenue donne paradoxalement davantage de poids à leurs sentiments. L'absence devient une présence constante, et le temps, loin d'effacer les blessures, leur confère une profondeur nouvelle.
Paul Mescal et Josh O'Connor trouvent un équilibre remarquable entre pudeur et intensité. Leur complicité ne repose jamais sur l'emphase. Quelques gestes, quelques hésitations, quelques sourires suffisent à faire exister un attachement dont les répercussions se prolongeront durant toute une vie.
La nature participe pleinement au récit. Les paysages du Maine, les forêts enneigées, les rivages battus par le vent semblent conserver les traces de ceux qui les ont parcourus avant nous. Ils deviennent les gardiens silencieux d'une histoire que les personnages eux-mêmes peinent parfois à raconter.
Ce qui bouleverse le plus dans Le Son des souvenirs réside peut-être dans sa manière de montrer que certaines rencontres continuent de façonner une existence bien longtemps après leur disparition. Nous croyons avancer, multiplier les expériences, aimer de nouveau, alors qu'une part essentielle de nous demeure secrètement accordée à une émotion ancienne.
Oliver Hermanus construit son film avec une grande confiance envers son spectateur. Il refuse les effets démonstratifs et laisse les résonances naître d'elles-mêmes. Ce choix exige de se laisser porter par son rythme, mais il trouve sa pleine justification dans un dernier mouvement d'une remarquable justesse.
Car ce sont finalement les sons qui viennent réveiller cette nostalgie enfouie au plus profond de nous. Et cette ultime note, aussi inévitable que bouleversante, éclaire soudain tout ce qui l'a précédée. Comme si la vie entière de Lionel n'avait été qu'une longue variation autour d'une rencontre fondatrice, dont l'écho continue de vibrer longtemps après que la musique s'est tue.
Sortie en salles le 29 octobre 2025.
14:45 Écrit par Sandra Mézière | Lien permanent | Commentaires (0) |
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