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IN THE MOOD FOR CINEMA - Page 63

  • Sortie en VOD de MATTHIAS ET MAXIME de Xavier Dolan : critique

    La sortie VOD de MATTHIAS ET MAXIME de Xavier Dolan a été avancée de quelques semaines. Il est désormais disponible. Je vous donne quelques bonnes raisons de le découvrir, ci-dessous. Cette critique a été écrite suite à la projection du film dans le cadre du Festival de Cannes 2019.

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    L’émotion était au rendez-vous ce 22 Mai 2019 à Cannes dans le Grand Théâtre Lumière, pendant le film, et a fortiori lorsque la lumière s’est rallumée.  Comme le veut la nouvelle tradition à la fin de chaque projection officielle, un micro a été tendu au réalisateur pour qu’il prononce quelques mots. En larmes, Xavier Dolan, s’est ainsi exprimé : « Je ne pense pas que je pourrai parler longuement car je suis très ému. Cela fait tout de même 10 ans que je débarquais à Cannes avec « J’ai tué ma mère » et depuis cela a été tellement enrichissant, tellement de rencontres, tellement de moments comme ceux-ci…et merci, c’est tout… ». En larmes, je l’étais aussi après ce film pétri de tendresse, d’émotions, de vérité, d’audace. Et de talent.

    Présenté en compétition du 72ème Festival de Cannes, ce huitième film de Xavier Dolan est aussi son sixième présenté à Cannes. Ce huitième film de Xavier Dolan est reparti de Cannes sans prix. Il aurait pourtant pu prétendre à plusieurs d’entre eux, à commencer par celui du scénario. Cannes et Xavier Dolan, c’est déjà une longue histoire jalonnée de récompenses. En 2009, il réalise et produit à seulement vingt ans son premier long-métrage, « J’ai tué ma mère » présenté à la Quinzaine des Réalisateurs où il suscite un incroyable engouement en repartant avec 3 prix.  Suivront « Les amours imaginaires » et « Laurence anyways » en compétition à Un Certain Regard en 2010 et 2012. En 2013, « Tom à la ferme » ne sera pas à Cannes mais il reçoit le Prix Fipresci à la Mostra de Venise. « Mommy » a reçu le Prix du Jury du Festival de Cannes en 2014 et le César du meilleur film étranger. « Juste la fin du monde » en compétition en 2016 a reçu le Grand Prix.

    Très prolifique, Xavier Dolan, quelques mois avant le Festival de Cannes sortait le magnifique « Ma vie avec John F. Donovan ». Un film intime et universel. Passionné et passionnant. Épique et personnel. Moderne et intemporel. Sensible et fougueux. Mélancolique et enivrant. Un film dans lequel la sincérité affleure, comme dans tous les films de Xavier Dolan d’ailleurs, et nous touche en plein cœur. Un long métrage qui nous dit que les rêves et les mensonges peuvent sauver (tuer parfois, aussi). Quel plus bel hommage encore au cinéma que cette nouvelle mise en abyme ? La forme épouse le fond et ceux qui n'y ont vu qu'esbroufe sous-estiment Dolan, les mensonges du personnage de Donovan s'illustrant ainsi magistralement dans cette flamboyance hypnotique. La correspondance est comme un miroir, un révélateur entre ces enfances. Ce sont donc des êtres qui se répondent et réfléchissent, les affres de l'un condamnées à l'ombre éclairant finalement la vie de l'autre. Ce film, comme les précédents de Dolan, brasse de multiples thèmes chers à l'auteur et recèle de nombreuses scènes d'anthologie poignantes et/ou électrisantes, une fois de plus : sous la pluie, dans une salle de bain ou lorsque la ville semble comme survolée par un super héros et vue par le prisme d'un enfant rêveur. Avec, comme toujours dans les films de Dolan, une BO remarquable au service de l'émotion.

    Changement d’univers avec « Matthias et Maxime ». Deux amis d’enfance, Matthias (Gabriel d’Almeida Freitas) et Maxime (Xavier Dolan) s’embrassent pour les besoins d’un court métrage amateur. Matthias a une brillante carrière d’avocat devant lui, des airs de gendre idéal. Maxime a une vie plus chaotique. Ils viennent de milieux différents et une profonde amitié les lie. Suite à ce baiser d’apparence anodine, un doute récurrent s’installe, confrontant les deux garçons à leurs préférences, bouleversant l'équilibre de leur cercle social et, bientôt, leurs existences. 

    Le film commence ainsi par une longue scène de soirée entre amis, bouillonnante, débordante de vie, soirée de joyeuse confusion lors de laquelle les plaisanteries fusent. Immédiatement notre attention est captée par le naturel de la scène. Subrepticement s’y glissent des regards fuyants, une sensation de non-dit, le sentiment impalpable qu’une dissonance va venir briser l’harmonie, que les silences qui ponctuent cette cacophonie sont peut-être annonciateurs d’un orage. Erika, la sœur d’un de leurs amis, Rivette, jeune fille survoltée veut réaliser un petit film pour son école. Il faut trouver deux remplaçants aux deux amis qui se sont désistés et qui devaient interpréter les rôles. Les remplaçants, ce seront donc Matthias et Maxime. La scène du baiser ne nous est alors pas montrée mais alors que Matthias, en couple avec Sarah, semble ne pas y avoir accordé d’importance, pour Maxime, plus rien ne semble pareil. A quelques jours de son départ pour deux ans pour l’Australie, la confusion est désormais celle des sentiments.

    Le plan du début, d’un panneau publicitaire, montrant une famille soi-disant parfaite;, annonçait d’emblée que ce schéma ne serait pas si facile à briser, que cela ne serait pas sans heurts et sans blessures.

    Un schéma qui, comme le cadre, ce cadre, semble  enfermer Matthias et Maxime. Malgré les plaisanteries qu’ils partagent, Matthias et Maxime semblent  soudain étrangers à eux-mêmes, seuls, ailleurs, dans une bulle chacun de leur côté puisque Dolan ensuite nous les fait suivre, les séparant, les montrant si fébriles chacun de leur côté. Ils sont distraits par ce désir irrépressible et inattendu dont Dolan filme magnifiquement les moindres vacillements. Matthias qui aime reprendre les fautes sémantiques des autres semble soudain sans voix, ne plus trouver les mots pour exprimer cette confusion des sentiments qu’il fuit.

    "J'ai toujours préféré la folie des passions à la sagesse de l'indifférence" disait Xavier Dolan citant Anatole France dans son discours, lyrique et émouvant, en recevant son Grand Prix pour "Juste la fin du monde". Avec "Matthias et Maxime", il prouve une nouvelle fois qu'il est le cinéaste des élans du cœur, qu'ils soient passionnés, amicaux, filiaux, à la fois fidèle à son univers si singulier et se réinventant sans cesse.

    Avec ce film dont le titre avec ces deux prénoms juxtaposés fait penser à ceux de Claude Sautet (cinéaste qu'il cite souvent et notamment "Un cœur en hiver", un de mes films préférés dont je vous parle souvent et dont je vous propose aussi la critique ici), - sans compter que le surnom de Maxime est Max, autre surnom indissociable du cinéma de Claude Sautet. Comme Claude Sautet, Xavier Dolan filme comme personne l'amitié, les regards éludés, la passion contenue, puis qui explose. Ardente. Sublime. Un film électrique comme cette scène alors que règne l’orage à l’extérieur (ou est-ce seulement dans mon imaginaire, en écrivant cette critique plus d'un mois après avoir vu le film). Comme cette  pluie qui, dans les films de Sautet, accélère et exacerbe l’expression des sentiments. Tant pis pour les haineux systématiques (qui lui donnent tort avant même de le voir ou l'entendre, qui ne supportent pas le talent a fortiori allié à l'enthousiasme et la jeunesse), Xavier Dolan est mon Claude Sautet des années 2000 et chacun de ses films m'envoûte et m'émeut autant. Infiniment.

    Comme Claude Sautet, Xavier Dolan a construit de magnifiques personnages, émouvants, attachants, vibrants de vie, à l’image de Maxime,  jeune homme en mal d’amour qui fuit sa mère et en même temps recherche son amour, un rôle de mère complexe et irascible qui incombe une nouvelle fois à Anne Dorval, à l’opposé de la mère de son ami Matthias, son autre famille.

     Sur la tombe de Claude Sautet est écrit "Garder le calme devant la dissonance". Dolan filme aussi la dissonance avec maestria.  Comme Claude Sautet, il filme ses beaux personnages, Matthias, Maxime et les autres, avec sensibilité et empathie, pour signer une "histoire simple", en apparence, si profonde en réalité, chaque seconde, même en apparence anodine, semble suspendue et contenir le désir impalpable qui remet tout en question.

    Dans une société du cynisme dans laquelle elles sont souvent méprisées, Xavier Dolan n’a pas pleur de laisser les émotions prendre le dessus et surtout de rester fidèle aux siennes, ou encore pour les souligner d'utiliser une chanson de l'Eurovision, qui sied parfaitement à l'émotion de la scène, dont le choix est déjà décrié par les pseudo-détenteurs du politiquement correct et du bon goût.

    Une fois de plus Xavier Dolan nous envoûte, électrise, bouleverse, déroute.  Il se fiche des modes, du politiquement correct, de la mesure, de la tiédeur et c’est ce qui rend ses films si singuliers, attachants, bouillonnants de vie, lyriques et intenses.  Surtout, qu’il continue à filmer les personnages en proie à des souffrances et des passions indicibles, qu'il continue à les soulever ces passions, à préférer leur folie à « la sagesse de l’indifférence », c’est si rare…  Qu’il continue à oser, à délaisser la demi-mesure, la frilosité ou la tiédeur, à se concentrer sur ceux qui voient ce que dissimulent le masque, la fantasmagorie, l’excès, la flamboyance et à ignorer ceux que cela aveugle et indiffère. Qu’il continue à toujours exalter ainsi la force de la passion et de l'imaginaire, et de faire de chacun de ses films une déclaration d'amour fou au cinéma, ce cinéma qui permet d'affronter les désillusions de l'existence et à chaque fois de prouver comme il le disait à Cannes que "tout est possible à qui rêve, ose, travaille et n’abandonne jamais ».

    La réussite doit beaucoup aux choix de Gabriel D’Almeida Freitas et Xavier Dolan dans les rôles respectifs de Matthias et Maxime, dans leurs différences (dans l’apparence, la manière de parler, bouger) qui semblent aussi les rendre complémentaires et dans le choix d'Anne Dorval, une nouvelle fois dans un rôle de "Mommy".

    Un film empreint de beaucoup de douceur et de tendresse, de passion aussi, d’audace visuelle et sonore, jalonné de ces scènes fortes indissociables des films de Dolan qui imprègnent notre mémoire comme ce plan final. Un moment suspendu. Un moment à retenir son souffle.  Et à continuer à vivre avec Matthias et Maxime dans nos imaginaires que Xavier Dolan sait tant titiller et enrichir. Un film enfiévré et mélancolique, électrique et nostalgique, porteur d’illusions et d’espoirs, comme une amitié amoureuse, ou comme un été qui s’achève, cet été qui s’achève.

    Il vous faudra patienter jusqu'au 16 octobre 2019 pour le découvrir en salles en France.

    A lire aussi :

    1/Festival de Cannes 2019 - LES PLUS BELLES ANNEES D’UNE VIE de CLAUDE LELOUCH - critique du film et conférence de presse

    2/Festival de Cannes 2019 - Master class d’Alain Delon et remise de sa Palme d’or d’honneur. Récit.

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  • Un peu de lecture... : 8 de mes textes à découvrir dont 6 gratuits et en accès libre

    Un peu de lecture(s) ...L’écriture et la lecture sont plus que jamais des évasions salvatrices en ces jours dramatiquement historiques alors je vous propose quelques textes  :

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    1/8 Je viens ainsi de participer à l’appel à textes du site Short Édition avec pour consignes d’écrire un texte de moins de 8000 signes et en moins de 72 heures sur le thème "Un peu d'air", et de ne pas parler du coronavirus (la tentation était certes grande). Une nouvelle qui s’intitule « L’air suffisant » à lire ici (gratuite et en accès libre) :
    https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/lair-suffisant.
    Et si cela vous amuse, vous pouvez bien entendu commenter sur Short Édition, sous la nouvelle, et/ou voter.

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    2/8  Vous pouvez toujours lire ma nouvelle sélectionnée pour le Grand Prix du Court de Short Édition. Une nouvelle qui s’intitule « L’homme au gant », qui m'a été inspirée notamment par le tableau éponyme du Titien mais aussi par des lieux parisiens où m’embarquent souvent mes flâneries rêveuses (enfin m'embarquaient) et que je trouve si romanesques :  le Jardin du Palais Royal, la rue de Furstenberg, l'Académie française, le Louvre...Une nouvelle également gratuite en accès libre à lire ici : https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/lhomme-au-gant.

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    3/8 Vous pouvez également toujours lire ma nouvelle sélectionnée par l'Institut Curie et Short Édition suite à l’appel à textes sur le cancer lancé l’an passé avec pour condition de s’exprimer autour de cette citation, plus que jamais d’actualité, « La vie, ce n’est pas d’attendre que l’orage passe, c’est d’apprendre à danser sous la pluie. » : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/la-voleuse-de-reves-2

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    4/8 Vous pouvez également toujours lire mon recueil de 16 nouvelles sur le cinéma "Les illusions parallèles" : https://www.editionsdu38.com/fiction-contemporaine/les-illusions-parall%C3%A8les/

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    5/8 Vous pouvez encore découvrir  "Une bouteille à la mer", ma nouvelle lauréate du concours Nouveaux talents des Éditions J'ai Lu présente dans le recueil "Sur un malentendu, tout devient possible" avec celles deux 10 autres lauréats (Editions J'ai Lu, 2019) : https://livre.fnac.com/a13706952/Collectif-Sur-un-malentendu-tout-devient-possible
     
    6/8 Toujours en ligne et gratuite ma nouvelle "Faits divers" présente sur le site Short Édition (prix du jury et aussi présente dans un des recueils de Short Édition) : https://short-edition.com/fr/oeuvre/nouvelles/faits-divers-10
     
    7/8 Également toujours en ligne, ma nouvelle "L'être romanesque", prix du jury, aussi présente dans un des recueils de Short Édition, en accès libre ici : https://short-edition.com/fr/oeuvre/tres-tres-court/l-etre-romanesque
     
    8/8 Vous pouvez aussi me retrouver en feuilleton de 6 épisodes dans le Quotidien du médecin. J'y rends hommage aux infirmières en soins palliatifs auxquelles je pense plus que jamais en ce moment.
     
    Et en guise de bonus, une courte interview (photo ci-dessous) dans laquelle je vous parle de mes goûts littéraires, à lire dans le magazine Tranzistor. Évidemment, l'"animal lectrice" que je suis aurait voulu  citer beaucoup d'autres auteurs et livres ! Pour ma critique complète du dernier livre que j'évoque dans l'interview, c'est ici : http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2016/10/24/litterature-un-homme-cruel-de-gilles-jacob-grasset-5865065.html
     

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    Bonnes lectures et surtout RESTEZ CHEZ VOUS !!
     
     
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  • Ma sélection de films à 0,99 euros à regarder sur UniversCiné pendant le confinement

     

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    Je vous ai déjà parlé ici du site UniversCiné qui vous permet de découvrir des films en VOD avec une large sélection de films récents mais aussi de classiques du cinéma. 7000 films au total.

    Ce mois-ci, pour vous faire passer le temps en ces jours dramatiquement singuliers et historiques, UniversCiné a lancé UniverSolidaire avec plus de 200 films à 0,99 euros, tous classés en différentes catégories, disponibles grâce à la coopération des distributeurs Haut et Court, Rézo Films, Sophie Dulac, KMBO, Pyramide, StudioCanal, Memento, Epicentre, Alfama, Outplay et Le Pacte.

    Je vous ai donc fait ma petite sélection parmi ces 200 films en vous précisant dans quelle catégorie ils apparaissent. Vous pourrez trouver mes critiques des films en question ci-dessous afin de vous donner envie de les découvrir. Il y en a de nombreux autres de cette liste que je vous recommande tout autant : Taxi Téhéran, Jimmy’s hall, Jusqu’à la garde, Au bout du conte, Ressources humaines, Drôle de drame, La chambre du fils, Reality, The lunchbox, Le moineau, Numéro une, I feel good, Le géant égoïste…

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  • Critique de CELLE QUE VOUS CROYEZ de Safy Nebbou ce soir à 21H sur Canal +

    Critique de Celle que vous croyez de Safy Nebbou et affiche.jpg

    Cette critique a été publiée lors de la sortie du film...

    C’est avec impatience que j’attendais ce film : parce qu’il est réalisé par Safy Nebbou dont j’avais tant aimé l’adaptation du livre éponyme de Sylvain Tesson, « Dans les forêts de Sibérie » et apprécié les précédentes réalisations, parce qu’il s’agit d’une adaptation (du livre éponyme de Camille Laurens), parce qu’un film avec Juliette Binoche n’est jamais synonyme de déception mais plutôt synonyme de choix clairvoyants et audacieux. Après « Comme un homme » en 2012 et « Dans les forêts de Sibérie » en 2016, le nouveau long-métrage de Safy Nebbou est ainsi une nouvelle adaptation après l’adaptation libre du récit de l'aventurier Sylvain Tesson.

    Nous suivons ici Claire Millaud (Juliette Binoche), 50 ans, qui, pour épier son amant Ludo (Guillaume Gouix), crée un faux profil sur les réseaux sociaux et devient Clara, une magnifique jeune femme de 24 ans. Alex (François Civil), l’ami de Ludo, est immédiatement séduit. Claire, prisonnière de son avatar, tombe éperdument amoureuse de lui. Si tout se joue dans le virtuel, les sentiments sont bien réels. Une histoire vertigineuse où réalité et mensonge se confondent.

    Le film débute avec Juliette Binoche qui s’immerge dans sa baignoire.  Puis, nous la retrouvons chez sa nouvelle psychiatre (Nicole Garcia) à laquelle, la voix chevrotante et le regard perdu dans le vide, elle livre sa (première) version de sa tortueuse histoire.

    Si le film est bien sûr une réflexion sur les jeux de manipulation et les « Liaisons dangereuses » (Claire est professeure de littérature comparée à l'université et étudie d’ailleurs l’œuvre de Laclos avec ses élèves) qui peuvent se nouer sur internet et à travers les réseaux sociaux, c’est aussi une habile réflexion sur la place que la société accorde aux femmes qui n’ont plus vingt ans, a fortiori dans une société qui en glorifie l’image, et sur cet ogre impitoyable : le temps. Les phrases de Duras que Claire cite dans un de ses cours résument d’ailleurs très bien cela : « Très vite, dans ma vie, il a été trop tard. Cette poussée du temps qui vous frappe quelquefois alors qu'on traverse les temps les plus célébrés de la vie ».

    Safy Nebbou et Julie Peyr, sa coscénariste, ont réalisé un habile travail d’adaptation pour aboutir à ce film qui, d’une certaine manière, dépeint une facette de notre époque qui répond à celle décrite dans « Dans les Forêts de Sibérie ». Raphaël Personnaz y incarnait en effet Teddy, un chef de projet multimédia qui, pour assouvir un besoin de liberté, décide de partir loin du bruit du monde, et s’installe seul dans une cabane, sur les rives gelées du lac Baïkal, en Sibérie loin de ce monde virtuel dans lequel, au contraire, Claire dans « Celle que vous croyez » va se réfugier, se (re)trouver et se perdre. Dans « Dans les Forêts de Sibérie », nous vivons avec Teddy cette expérience hors du temps, hors de nos réalités, presque hors de notre époque où notre attention est constamment sollicitée, où le silence et l’espace deviennent des luxes suprêmes là où au contraire Claire nous ramène à cette réalité, nous et s’y enferme.

    Safy Nebbou, à chaque film, explore, un univers différent et prouve ainsi l’étendue de son talent même si on peut y retrouver des thématiques ou éléments récurrents comme l'importance des mots, ceux de Dumas et ceux de Gilles Taurand  dans « L'Autre Dumas » ou encore l’idée de double, d’altérité qui est d’autant plus présente ici que Claire incarne aussi une autre version d’elle-même, comme un personnage de fiction qu’elle aurait créé.

     « Maitriser le temps, vivre intensément chaque instant » entendait-on comme un leitmotiv dans « Dans les Forêts de Sibérie ». Un véritable défi dans une société ultra connectée qui nous procure souvent le rageant sentiment d’avoir perdu la capacité à vivre et saisir l’instant présent alors que, paradoxalement, nous ne l’avons jamais autant immortalisé. Et surtout un leitmotiv qui pourrait aussi être celui de Claire.

    Claire vit dans un appartement dont les grandes baies ouvrent sur la ville d’une modernité froide et impersonnelle. Un peu à l’image de ce qu’est devenue son existence.  Claire, après avoir failli se noyer dans la dépression, va se noyer dans ce monde virtuel qu’elle se crée, qui devient pour elle comme une drogue qui lui fait perdre toute notion de réalité : « Pour les gens comme moi, c'est à la fois le naufrage et le radeau, les réseaux sociaux, on surnage dans le virtuel. » Plusieurs scènes le montrent ainsi. Lorsqu’elle est au téléphone avec Alex, elle est dans une sorte d’ailleurs qui la coupe du monde. Qu’elle soit au supermarché ou dans une bibliothèque, elle parle fort comme s’ils étaient seuls au monde, comme si elle était isolée du monde.

    Ainsi dit-elle : « Quand j'étais avec lui je me sentais vivante. Je ne me suis jamais sentie aussi vivante. Je ne faisais pas semblant d'avoir 24 ans. J'avais 24 ans. » Ou encore « ce n’était pas une autre vie » mais « la mienne, enfin ». Il fallait une actrice à l’étendue du talent, immense, comme celui de Juliette Binoche pour incarner Claire/Clara. Ses attitudes, sa voix, ses gestes, son énergie, ses espoirs fous qui illuminent son regard sont soudain ceux d’une jeune femme de 24 ans. Puis elle redevient devant sa psy la femme de cinquante ans, blessée par la vie, épuisée, désillusionnée. Comme dans le chef-d’œuvre de Kiarostami « Copie conforme » dans lequel elle incarnait un personnage certes très différent mais dont le jeu si riche et habité pouvait se prêter à plusieurs interprétations.

    Le film de Safy Nebbou met en scène un magnifique portrait de femme de 50 ans, loin des stéréotypes, une femme dévorée de désirs, d’envies, de rêves, de blessures aussi, une femme « hors du rôle prédéfini par la société », qui refuse de se « soumettre aux normes dans lesquelles on nous enferme » et la singularité de ce personnage, hors des cadres et clichés habituels qui ne font pas souvent honneur à la complexité de l'âme féminine, fait un bien fou, un personnage « trop passionné » qui a cru « mourir de chagrin ». Une femme à la fois libre et enchaînée à ses douleurs et sa solitude. Une femme qui a droit aux rêves, d’écrire sa vie certes pour « l’illusion d’éternelle jeunesse », pour « s’éloigner » de la « perspective » de « la mort ».

    C’est aussi un hommage sublime à la littérature, au pouvoir des mots, comme l’étaient aussi « Dans les forêts de Sibérie » et « L’autre Dumas ». Des mots qui libèrent et emprisonnent, des mots qui évadent (elle dit ainsi « J'ai repris mon ancienne vie comme on referme un roman »), des mots en apparence futiles mais dangereux, des mots qui pourraient la trahir (quand elle emploie un vocabulaire de sa génération qui n’est pas celui d’Alex). Elle lui lit d’ailleurs « Lettres à un jeune poète » de Rilke (au passage aussi cité dans « Le grand bain » de Gilles Lellouche). Rilke pour qui la création artistique était l’acceptation de soi mais aussi l’expérience de la solitude, de l'amour, de la mélancolie qui sont aussi à l’œuvre ici.

    C’est en effet aussi un film sur le pouvoir de l’imaginaire, prison et évasion, qui est illustré par cette magnifique phrase qu’elle prononce devant sa psychiatre : « Il n'y a pas d'âge pour être petite. J'avais besoin qu'on s'occupe de moi, qu'on me berce, même d'illusions. »  « Dans un monde imaginaire où vous voulez vous blesser encore et encore » luit dit aussi cette dernière.

    Nicole Garcia, parfaite, comme toujours, incarne une psychiatre dont le retrait et la distance apparents se fragilisent peu à peu quand son empathie envers cette femme l’emporte sur la frontière professionnelle qui se fissure progressivement. « Je ne suis que le dépositaire provisoire de message qui ne m'est pas directement destiné. », « On apprend quelque chose de nous-mêmes avec tous nos patients » affirme-t-elle ainsi, pourtant lorsqu’elle dit « vous seriez surprise par ce qui me passe par la tête », par son intonation, entre fougue et retenue, on image aisément une femme aussi passionnée et complexe que Claire.

    Il est d’ailleurs amusant de retrouver l’actrice/réalisatrice dans ce film après son splendide « Mal de Pierres », autre adaptation, cette fois du roman éponyme de l’Italienne Milena Agus. Marion Cotillard y incarne Gabrielle, une jeune femme qui a grandi dans la petite bourgeoisie agricole de Provence. Elle ne rêve que de passion. Elle livre son fol amour à un instituteur qui la rejette. On la croit folle, son appétit de vie et d’amour dérange, a fortiori à une époque où l’on destine d’abord les femmes au mariage. « Elle est dans ses nuages » dit ainsi d’elle sa mère.   Nicole Garcia une fois de plus se penchait sur les méandres de la mémoire et la complexité de l’identité comme dans le sublime « Un balcon sur la mer ». Cette digression pour souligner que ces thèmes sont aussi au cœur de ce film de Safy Nebbou comme la force créatrice et ardente des sentiments, les affres de l’illusion amoureuse. Ces deux films ont en commun de sublimer les pouvoirs magiques et terribles de l’imaginaire qui portent et dévorent, comme un hommage au cinéma.  Ici Claire est à la fois démiurge du personnage qu’elle se construit, mais aussi victime de cet imaginaire.

    François Civil, même s’il a un rôle moins « physiquement » présent arrive néanmoins à imposer son magnétisme, et sa fragilité.

    Tout comme « Dans les forêts de Sibérie », Gilles Porte est le directeur de la photographie et apporte ce qu’il faut de mystère, de lumière et de froideur à ce film remarquable, qui lorgne du côté d’Hitchcock et de Truffaut, entre drame intime et thriller psychologique, un détonant et prestigieux mélange qui donne un film qui se joue des apparences et de la réalité jamais finalement telle « que vous croyez », palpitant de la première à la dernière seconde notamment grâce à Juliette Binoche et au personnage, magnifique et troublant, complexe, inquiétant et séduisant qu’elle incarne à la perfection procurant d’autant plus toute sa force au pouvoir de l’imaginaire que le film exalte. De son imaginaire et de notre imaginaire.

     

  • Quelques mots sur ALICE ET LE MAIRE de Nicolas Pariser

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    Même si l'écriture romanesque occupe désormais plus mon temps que ce blog (en attendant de nouveaux romans publiés, vous pouvez découvrir mon nouveau texte en ligne et en lice sur Short Edition, ici), je demeure plus que jamais attentive à l'actualité cinématographique.

    Les polémiques et l’actualité ont éclipsé le César 2020 de la meilleure actrice attribué (à juste titre) à Anaïs Demoustier, ainsi que son discours enthousiaste et brillant sur la scène de Pleyel. C’est déjà au moins une bonne raison pour vous parler de cette fable politique de Nicolas Pariser (a fortiori à quelques jours des élections Municipales), lequel avait déjà notamment réalisé le prenant « Grand jeu ».

    Alice et le Maire. Voilà un titre qui résonne comme celui d’une Fable de La Fontaine. Ou comme un titre d’un film de Rohmer.  Ou comme un titre d’un film de Claude Sautet. Il y a un peu de toutes ces influences dans ce film qui nous embarque à Lyon où le Maire, Paul Théraneau, va mal. Son problème ? Un manque violent, étourdissant, abyssal d’idées. Il ne parvient plus à penser. Il se sent vide. Alors, il demande à une jeune femme, Alice Heiman, de l’aider. Elle est à peu près aussi velléitaire que lui qui, les yeux dans le vague, le bâillement au bord des lèvres, et le sommeil au bord des yeux, écoute distraitement les délibérations du conseil municipal et ânonne machinalement ses réponses. Elle ne sait pas bien ce qu’elle veut faire de sa vie. Leurs échanges vont ébranler leurs certitudes et un peu plus encore leurs incertitudes.

    Peut-être moins mordant que l’irrésistible « Quai d’Orsay » même si l’adjectif « mordant » est ici souvent employé, « Alice et le Maire » n’en est pas moins une critique, passionnante et acerbe, non pas tant des politiques d’ailleurs puisque le maire est ici sincèrement engagé («  J'ai tout sacrifié à ma passion ». « La politique c’est comme la musique ou la peinture, c’est tout le temps ou rien » déclare-t-il ainsi à Alice) que des communicants qui les entourent. Alice est une ex-étudiante en littérature et philosophie, qui n’appartient pas au cénacle, nullement impressionnée par les ors de la République dans le décor desquels elle déambule en jeans, avec assurance. La première note de la toute nouvelle collaboratrice du Maire est consacrée à la nécessité de la modestie. Tout un programme.


    Malgré cela ou grâce à cela, Alice devient peu à peu indispensable pour le Maire pour qui elle est « une tête pensante brillante, pas dans le prêt-à-penser », jusqu’à même recueillir ses confidences, et susciter ainsi la jalousie de son entourage. Le rôle et les paroles parfois ubuesque des communicants sont savamment croqués, et les dialogues souvent savoureux. D’un mot ou d'un regard, on souligne la mysoginie ou la condescendance dont Alice est l'objet.

    Ajoutez à cela la musique de Debussy , les rêveries (partagés) du promeneur solitaire, la rencontre furtive et marquante de deux solitudes égarées, un long plan séquence où la magie opère où tout est dit au-delà des mots dans les gestes, des dialogues chorégraphiés dans un mouvement constant, une absence salutaire de cynisme et vous obtiendrez un film d’une ironie tendrement cruelle, qui nous captive, porté par une comédienne d’une rare justesse qui incarne un magnifique personnage qui (comme ce film) sort des cases et des cadres. En effet loin du prêt-à-penser. Comme ce film là aussi. Qui invite au dialogue, à la confrontation des idées. Et dans une époque sourde et assourdissante, cela fait un bien fou !

  • Festival Toute la mémoire du monde 2020 : CASABLANCA de Michael Curtiz le 8 mars à la Cinémathèque

    Dans le cadre du Festival "Toute la mémoire du monde" à la Cinémathèque, à Paris, le dimanche 8 mars 2020, à 14H30, salle George Franju sera projeté le chef-d'oeuvre de Michael Curtiz, Casablanca, une séance exceptionnelle présentée par Isabella Rossellini. L'occasion pour moi de vous parler à nouveau de ce film remarquable.
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    On ne présente plus « Casablanca » ni Rick Blaine (Humphrey Bogart), le mystérieux propriétaire du bigarré Café Américain. Nous sommes en 1942, à Casablanca, là où des milliers de réfugiés viennent et échouent des quatre coins de l’Europe, avec l’espoir fragile d’obtenir un visa pour pouvoir rejoindre les Etats-Unis. Casablanca est alors sous le contrôle du gouvernement de Vichy. Deux émissaires nazis porteurs de lettres de transit sont assassinés. Ugarte (Peter Lorre), un petit délinquant, les confie à Rick alors qu’il se fait arrêter dans son café.  C’est le  capitaine Renault (Claude Rains), ami et rival de Rick, qui est chargé de l’enquête tandis qu’arrive à Casablanca un résistant du nom de Victor Laszlo (Paul Henreid). Il est accompagné  de sa jeune épouse : la belle Ilsa (Ingrid Bergman). Rick reconnaît en elle la femme qu’il a passionnément aimée, à Paris, deux ans auparavant…

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    Casablanca est un film qui contient plusieurs films, plusieurs histoires potentielles esquissées ou abouties, plusieurs styles et tant de destins qui se croisent.

    Plusieurs films d’abord. Casablanca est autant le portrait de cette ville éponyme, là où tant de nationalités, d’espoirs, de désespoirs se côtoient, là où l’on conspire, espère, meurt, là où la chaleur et l’exotisme ne font pas oublier qu’un conflit mondial se joue et qu’il est la seule raison pour laquelle des êtres si différents se retrouvent et parfois s’y perdent.

    C’est ensuite évidemment l’histoire de la Résistance, celle de la collaboration, l’Histoire donc.

    Et enfin une histoire d’amour, sans doute une des plus belles qui ait été écrite pour le cinéma.

    De ces trois histoires résultent les différents genres auxquels appartient ce film : vibrante histoire d’amour avant tout évidemment, mais aussi comédie dramatique, film noir, mélodrame, thriller, film de guerre.

    Peu importe le style auquel il appartient, ce qui compte c’est cette rare alchimie. Cette magie qui, 70 ans après, fait que ce film est toujours aussi palpitant et envoûtant.

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    L’alchimie provient d’abord du personnage de Rick, de son ambiguïté.  En apparence hautain, farouche individualiste, cynique, velléitaire, amer, il se glorifie ainsi de « ne jamais prendre parti », de  « ne prendre de risque pour personne » et dit qu’ « alcoolique » est sa nationalité ; il se révèle finalement patriote, chevaleresque, héroïque, déterminé, romantique. Evidemment, Humphrey Bogart avec son charisme, avec son vieil imper ou son costume blanc (qui reflètent d’ailleurs le double visage du personnage), sa voix inimitable, sa démarche nonchalante, ses gestes lents et assurés lui apporte un supplément d’âme, ce mélange de sensibilité et de rudesse qui n’appartient qu’à lui. Un personnage aux mille visages, chacun l’appelant, le voyant aussi différemment.

    Auparavant surtout connu pour ses rôles de gangsters et de détectives, Humphrey Bogart était loin d’être le choix initial (il fut choisi après le refus définitif de George Raft) tout comme Ingrid Bergman d’ailleurs (Michèle Morgan, notamment, avait d’abord été contactée), de même que le réalisateur Michael Curtiz n’était pas le choix initial de la Warner qui était William Wyler. On imagine désormais mal comment il aurait pu en être autrement tant tous concourent à créer cette alchimie…

    Ensuite, cette alchimie provient évidemment du couple que Bogart forme ici avec Ingrid Bergman qui irradie littéralement l’écran, fragile, romanesque, nostalgique, mélancolique  notamment grâce à une photographie qui fait savamment briller ses yeux d’une tendre tristesse. Couple romantique par excellence puisque leur amour est rendu impossible par  la présence du troisième personnage du triangle amoureux qui se bat pour la liberté, l’héroïque Victor Laszlo qui les place face à de cruels dilemmes : l’amour ou l’honneur. Leur histoire personnelle ou l’Histoire plus grande qu’eux qui  tombent « amoureux quand le monde s’écroule ». L’instant ou la postérité.

    Et puis il y a tous ces personnages secondaires : Sam (Dooley Wilson), le capitaine Renault, … ; chacun incarnant un visage de la Résistance, de la collaboration ou parfois une attitude plus ambiguë à l’image de ce monde écartelé, divisé dont Casablanca est l’incarnation.

    Concourent aussi à cette rare alchimie ces dialogues, ciselés, qui, comme le personnage de Rick oscillent entre romantisme noir et humour acerbe : « de tous les bistrots, de toutes les villes du monde c’est le mien qu’elle a choisi ». Et puis ces phrases qui reviennent régulièrement comme la musique de Sam, cette manière nonchalante, presque langoureuse que Rick a de dire « Here’s looking at you, kid » .

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    Et comme si cela n’était pas suffisant, la musique est là pour achever de nous envoûter. Cette musique réminiscence de ces brefs instants de bonheur à Paris, entre Rick et Ilsa, à « La Belle Aurore » quand l’ombre ne s’était pas encore abattue sur le destin et qu’il pouvait encore être une « belle aurore », ces souvenirs dans lesquels le « Play it again Sam » les replonge lorsque Ilsa implore Sam de rejouer ce morceau aussi célèbre que le film : « As time goes by » ( la musique est signée Max Steiner mais As time goes by a été composée par Herman Hupfeld en 1931 même si c’est Casablanca qui l’a faîte réellement connaître).

    Et puis il y a la ville de Casablanca d’une ensorcelante incandescence qui vibre, grouille, transpire sans cesse de tous ceux qui s’y croisent, vivent de faux-semblants et y jouent leurs destins : corrompus, réfugiés, nazis, collaborateurs… .

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    Des scènes d’anthologie aussi ont fait entrer ce film dans la légende comme ce combat musical, cet acte de résistance en musique (les partisans des Alliés chantant la Marseillaise couvrant la voix des Allemands chantant Die Wacht am Rhein, et montrant au détour d’un plan un personnage changeant de camp par le chant qu’il choisit) d’une force dramatique et émotionnelle incontestable.  Puis évidemment la fin que les acteurs ne connaissaient d’ailleurs pas au début et qui fut décidée au cours du tournage, cette fin qui fait de Casablanca sans doute une des trois plus belles histoires d’amour de l’histoire du cinéma.

    Le tournage commença ainsi sans scénario écrit et Ingrid Bergman ne savait alors pas avec qui son personnage partirait à la fin, ce qui donne aussi sans doute à son jeu cette intrigante ambigüité. Cette fin ( jusqu’à laquelle  l’incertitude est jubilatoire pour le spectateur) qui rend cette histoire d’amour intemporelle et éternelle. Qui marque le début d’une amitié et d’un engagement (le capitaine Renault jetant la bouteille de Vichy, symbole du régime qu’il représentait jusqu’alors) et est clairement en faveur de l’interventionnisme américain, une fin qui est aussi  un sacrifice, un combat pour la liberté qui subliment l’histoire d’amour, exhalent et exaltent la force du souvenir (« nous aurons toujours Paris ») et sa beauté mélancolique.

    La réalisation de Michael Curtiz est quant à elle élégante, sobre, passant d’un personnage à l’autre avec beaucoup d’habileté et de fluidité, ses beaux clairs-obscurs se faisant l’écho des zones d’ombre  des personnages et des combats dans l’ombre et son style expressionniste donnant des airs de film noir à ce film tragique d’une beauté déchirante. Un film qui comme l’amour de Rick et Ilsa résiste au temps qui passe.

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    Le tout concourant à ce romantisme désenchanté, cette lancinance nostalgique et à ce que ce film soit régulièrement classé comme un des meilleurs films du cinéma mondial. En 1944, il fut ainsi couronné de trois Oscars (meilleur réalisateur, meilleur scénario adapté, meilleur film) et l’American Film Institute, en 2007, l’a ainsi classé troisième des cents meilleurs films américains de l’Histoire derrière l’indétrônable Citizen Kane et derrière Le Parrain.

    Le charme troublant de ce couple de cinéma mythique et le charisme ensorcelant de ceux qui les incarnent, la richesse des personnages secondaires,  la cosmopolite Casablanca, la musique de Max Steiner, la voix de Sam douce et envoûtante chantant le nostalgique As time goes by, la menace de la guerre lointaine et si présente, la force et la subtilité du scénario (signé Julius et Philip Epstein d’après la pièce de Murray Burnett et Joan Alison Everybody comes to Rick’s), le dilemme moral, la fin sublime, l’exaltation nostalgique et mélancolique de la force du souvenir et de l’universalité de l’idéalisme (amoureux, résistant) et du combat pour la liberté font de ce film un chef-d’œuvre…et un miracle quand on sait à quel point ses conditions de tournage furent désastreuses.

    La magie du cinéma, tout simplement, comme le dit Lauren Bacall : « On a dit de Casablanca que c’était un film parfait évoquant l’amour, le patriotisme, le mystère et l’idéalisme avec une intégrité et une honnêteté que l’on trouve rarement au cinéma. Je suis d’accord. Des générations se plongeront dans le drame du Rick’s Café Américain. Et au fil du temps, le charme de Casablanca, de Bogey et de Bergman continuera à nous ensorceler. C’est ça, la vraie magie du cinéma ».

    Un chef-d’œuvre à voir absolument. A revoir inlassablement. Ne serait-ce que pour entendre Sam (Dooley Wilson)  entonner As time goes by et nous faire chavirer d’émotion …

     
     
    Préventes complètes. Pour les abonnés Libre Pass, quota disponible sur place 1h avant. Pour les non-abonnés Libre Pass : file d'attente en billetterie 1h avant le début de la séance.
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  • Quand le Champagne devient un allié du septième art

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    Le Champagne, acteur de l’émerveillement

    « Le Champagne aide à l’émerveillement » écrivit George Sand. A l’heure à laquelle la morale dicte parfois sa loi aux sujets des films ou à leur traitement (de façon plus ou moins heureuse, il est vrai cependant que revoir certains films, notamment des années 1970, même des comédies, fait réaliser le fossé qui s’est creusé entre cette génération et la nôtre), le Champagne , synonyme souvent de glamour et de chic, n’a pas encore disparu de nos écrans. Peut-être en est-ce aussi une des raisons, donc : il aide à l’émerveillement. Il est par ailleurs d’autant plus indissociable du cinéma que nombreux sont les festivals de cinéma à avoir des marques de Champagnes pour partenaires de leurs soirées à l’exemple de la plus ancienne maison de Champagne fondée en 1729 (Ruinart) ou encore à l’exemple de la Maison Veuve Clicquot fondée, elle, en 1772.

    Il m’a donc amusée de répertorier les films dans lesquels ce luxueux breuvage joue un rôle primordial, ceux dans lesquels les scènes n’auraient pas la même saveur sans celui-ci, ceux auxquels nous songeons immédiatement quand nous clamons gaiement « Champagne ! ». D’ailleurs, dans l’imaginaire collectif, ces films ont-ils très certainement contribué à cette association dans notre esprit entre glamour et champagne. On ne compte plus les scènes dans lesquelles servir ce précieux breuvage permet d’accélérer l’action ou de marquer un temps ou encore de signifier l’embarras ou l’ennui d’un personnage (qui le noie dans son verre) ou sa désinvolture ou son snobisme ou son cynisme. Parfois même tout cela à la fois ! Il peut être alors adjuvant ou ennemi d’un personnage. Et de combien de films n’a-t-on pas dit qu’ils étaient pétillants comme une bulle de champagne ! Je songe ainsi à ce film avec Audrey Tautou « Hors de Prix » de Pierre Salvadori pour lequel on a employé ce qualificatif et dans lequel cette boisson joue d’ailleurs un rôle non négligeable.

    Les films dans lesquels le Champagne joue un rôle central

    Le premier film qui m’est venu à l’esprit est un long-métrage dont je vous parle souvent ici c’est « Casablanca » (à revoir absolument le 8 mars prochain dans le cadre du festival "Toute la mémoire du monde" à la Cinémathèque Française, séance en plus présentée par Isabella Rossellini), le film de Michael Curtiz. Comment oublier ces scènes magiques lors desquelles Ingrid Bergman et Humphrey Bogart plongées dans les yeux l’un de l’autre sirotent leurs coupes de Champagne. Rien qu’en me remémorant cette scène, il me semble entendre Rick (Humphrey Bogart) prononcer son inénarrable « Here’s looking at you, kid !. » Le deuxième qui m’est venu à l’esprit est un film d’Hitchcock, un autre chef-d’œuvre du cinéma, et un autre film avec Ingrid Bergman qui avait cette fois pour partenaire non pas Bogart mais Cary Grant. Il s’agit du film « Les Enchaînés » dont vous pouvez également retrouver ma critique ici. Le champagne joue même un rôle crucial et contribue à l’évolution de l’intrigue et à exacerber le suspense et la tension omniprésents. En 1928, Hitchcock avait même réalisé un film muet intitulé… « Champagne ». Dans ce film, une jeune femme, habituée au luxe, doit trouver du travail après que son père lui a dit avoir perdu tout son argent.

    Evidemment, quand on pense élégance et verre à la main, difficile de ne pas visualiser James Bond (nous venons d’ailleurs d’apprendre que la sortie du prochain James Bond serait repoussée à novembre 2020). James Bond est avant tout un amateur de Dom Pérignon. Par ailleurs, pour le 35ème anniversaire d’association entre Bollinger et James Bond, un coffret tiré en 207 exemplaires avait été dessiné par le designer Eric Berthès.

    Il faudrait encore citer « Le Retour du grand blond » qui me vient immédiatement à l’esprit et notamment cette fameuse scène dans laquelle le grand blond le plus maladroit de la terre voit sa vie sauver par …un bouchon de champagne qui atterrit en plein dans l’œil du tueur qui l’avait dans sa ligne de mire. Il faudrait également citer « Sept ans de réflexion » dans lequel le champagne est aussi prétexte à une célèbre scène de comédie ou encore cette scène de « La garçonnière » dans laquelle Shirley McLaine pense au suicide du personnage de Jack Lemmon quand elle entend le bruit de la bouteille de champagne que ce dernier débouche. Et tant d'autres !

    Les exemples de scènes célèvres avec du Champagne foisonnent en effet mais ceux qui précèdent sont indéniablement entrés dans l’inconscient collectif et ont contribué à immortaliser le champagne comme acteur de l’émerveillement. Celui que le cinéma ne cessera jamais de susciter.

    L’abus d’alcool est dangereux pour la santé.

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