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Théâtre - Page 2

  • Découvrez l’humoriste Ben au Grand point virgule Montparnasse, le dimanche, à 17H30 - Critique

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    Un dimanche glacial et sombre (presque pléonasme) de novembre, direction le quartier Montparnasse pour découvrir l’humoriste/acteur Ben ET Le Grand Point Virgule ouvert depuis peu, fin 2012 pour être (im)précise, en complément du célèbre Point Virgule créé en 1975 par Martin Lamotte, Gérard Lanvin et Anémone, Grand Point Virgule où l’accueil est jovial et sympathique…mais je digresse…mais, finalement, en digressant je ne digresse pas tant que ça, Ben étant lui-même spécialiste de la digression…qu’il pratique avec parcimonie, au contraire de l’humour absurde qu’il pratique avec bonheur (qui n’est certes pas un antonyme de parcimonie) et abondance (nous y voilà).

    Si je vais souvent au théâtre, je l’avoue humblement : Ben est le premier humoriste ou « one man show » que je vais voir en spectacle, ma curiosité n’en était donc que plus aiguisée et, déjà, mon admiration, naissante, devant la folie et/ou l’inconscience et/ou le courage qu’il faut pour, ainsi,  se donner en spectacle devant une centaine de personnes. D’ailleurs, ici, il s’agit de donner un spectacle et non se donner en spectacle… Ben étant visiblement un artiste plus généreux que (démesurément) égocentrique.

    Une partie du public semble connaître l’artiste (et donc l’apprécier, j’imagine, pour être là…) notamment grâce à ses chroniques sur France Inter. L’artiste arrive, sur scène, tout en paraissant y passer par mégarde, dans une atmosphère presque recueillie où il me semble que le moindre sourire/soupir/bâillement (je ne pense pas qu’il y en ait eu concernant ce dernier au contraire des deux autres, me concernant en tout cas) peut être perçu par l’artiste, tant la scène est proche et la salle relativement exigüe, en tout cas conviviale. Je retiens donc mon souffle pas tant à cause de la peur de me faire remarquer que par celle que j’imagine être celle de l’artiste (oui, je suis une personne simple) devant tous ces regards a priori empathiques mais aussi potentiellement critiques, carnassiers. Mais je digresse à nouveau… Et, alors, le spectacle, vous demandez-vous certainement, las de mes digressions sur les digressions.

    Une découverte ! Une très belle découverte. Celle d’un univers, caractéristique des vrais artistes que d’en avoir un. Un artiste sur le fil, peut-être grâce ou à cause de l’audace des timides qu’il dit être dans le spectacle et dont il ne serait, finalement pas étonnant qu’il le soit (mais qui ne l’en rend que plus admirable)… La découverte aussi d’un excellent acteur (Ben vient d’être prénommé comme meilleur espoir masculin aux César pour son rôle dans « Superstar » que j’avais lamentablement manqué au moment de sa sortie, appréciant pourtant beaucoup le travail de Xavier Giannoli, je vous promets de rattraper ça prochainement.) Il joue admirablement des silences (l’affiche dit, vrai, même ses silences sont drôles), avec le décor, avec le comique de répétition, et la répétition du comique de répétition, et la répétition de la répétition du comique de répétition… Il se moque du public mais pour finalement mieux se moquer de lui-même. Son humour est caustique, sans être agressif, joyeusement décalé sans jamais être méchant…et c’est avant tout ce qui m’a ravie…Il semblerait que, pour beaucoup de comiques (et de critiques d’ailleurs), la méchanceté soit un moyen d’être distingué, en faisant ainsi rire aux dépends des autres pour, peut-être, sans doute, masquer une certaine vacuité (il faudrait leur recommander « Ridicule » de Patrice Leconte…).

    Au contraire, l’écriture de Ben est grinçante et réjouissante grâce à une manière singulière de faire rebondir les idées et de jongler avec les mots même si « L’écriture est un fléau moins dangereux que l’alcool ». C’est à mon avis quand il va et ose vraiment dans l’absurde, aux frontières d’une folie douce et communicative, qu’il est le meilleur, et vraiment irrésistible, et quand il va sur des sentiers battus (la religion) et certaines facilités qu’il est moins intéressant. Parfois, aussi, une seconde, la faille affleure (la mélancolie, même, ne semble pas bien loin), pour nous toucher l’espace d’un instant avant que le rire ne reprenne ses droits.

    Quoiqu’il en soit, une danse délicieuse des sons (enfin, plutôt des mots, c’était pour l’allitération en s et faire raisonner la forme et le fond) et des idées, un spectacle réjouissant, drôle, savoureusement absurde et la découverte d’une belle écriture grinçante et d’un acteur à suivre très attentivement !

    Ben au Grand Point Virgule, le dimanche à 17H30.  8 bis rue de l’Arrivée – 75015 Paris Montparnasse- http://www.lepointvirgule.com/content/ben-au-grand-point-virgule

     

  • Théâtre – Critique – « La Compagnie des spectres » avec Zabou Breitman – Théâtre de la Gaîté Montparnasse

    Comment ai-je pu délaisser le théâtre pendant si longtemps ? La dernière fois que j’y suis allée, c’était en début d’année, pour « Les Liaisons dangereuses » de Choderlos de Laclos mises en scène par John Malkovich, au théâtre de l’Atelier, un vertige sensuel, cruel, intemporel, une mise en scène singulière qui donnait envie de redécouvrir ce texte bouleversant de lucidité, de beauté, de cruauté. Pour l’occasion, j’avais eu le plaisir de réaliser une interview impromptue de John Malkovich (une interview et une critique à retrouver, ici).

    C’est aussi notamment avec cette volonté de faire redécouvrir un texte que Zabou Breitman signe la mise en scène et l’interprétation seule en scène du livre éponyme de Lydie Salvayre, spectacle créé il y a deux ans au théâtre Sylvia Montfort qu’elle reprend ici. Déjà, à peine arrivée rue de la Gaîté, me voilà plongée dans cette atmosphère réjouissante, paradoxalement festive et recueillie, symptomatique des théâtres, dans un ailleurs proche, à la fois dans l’essence même de ce qui fait la vie parisienne (ou son image d’Epinal pour moi, jeune provinciale quand j’y ai débarqué il y a 10 ans) et plus tout à fait Paris.

    La Gaîté Montparnasse est un petit théâtre où l’accueil est aussi chaleureux que le lieu qui sied parfaitement à cette pièce et à son décor : un petit appartement dans lequel vivent, recluses, une mère et sa fille. Au centre de leur vie et de l’appartement décoré d’objets simples, voire kitchs, un téléviseur qui diffuse « Questions pour un champion ». Parmi l’amas d’objets indéfinis, nous découvrons un corps apparemment sans vie, peut-être une marionnette, dont le visage est recouvert d’un masque. Soudain, le masque tombe. Le visage apparaît et le corps bouge. Une femme commence alors à nous raconter dans une langue belle et soignée et au passé simple, une histoire à la fois complexe et banale : celle des spectres qui hantent son existence. Son existence et celle de sa mère, surtout de sa mère.

    Ce jour-là, un huissier de justice vient procéder à l’inventaire de leurs biens avant saisie. Il va devenir l’interlocuteur, bien malgré lui, de ces femmes hantées par les spectres de leur histoire et de l’Histoire. La mère prend l’huissier pour Darnand. La fille, affolée, essaie d’éviter un nouveau drame et, pendant l’état des lieux qui est finalement aussi celui d’une vie,
    la fille raconte sa mère qui raconte sa propre mère, remontant deux générations jusqu’à ce drame familial sous l’Occupation et le régime de Vichy, qui perdurera jusqu’à aujourd’hui, soixante-sept ans plus tard…

    Le très beau premier film de Zabou réalisatrice s’intitulait « Se souvenir des belles choses » et traitait déjà de la mémoire, la mémoire évanescente quand ici il est question de mémoire sélective, quand il est question de « se souvenir des terribles choses », une période à la fois révolue et omniprésente pour la mère qui ressasse sans cesse le drame de son existence, l’histoire des jumeaux Jadre (beauté cruelle de la langue qui fait résonner l’allitération en J comme une terrible litanie) et de la mort de son frère. La mémoire est ici celle de l’histoire (personnelle) et de l’Histoire (collective), de leur poids redoutable. Une pièce qui montre aussi la nécessité du recul pour appréhender l’histoire et la nécessité de la mémoire, une autre mémoire, quand celle personnelle se fait au contraire parfois trop pesante et présente.

    Zabou Breitman interprète à la fois cette fille écrasée par le passé de sa mère, cette mère étouffée par ses souvenirs, l’huissier, ces « bons français » odieux d’autant plus qu’ils le sont avec le sourire et une criminelle affabilité…toute une galerie de personnages, de « mémoires », de spectres, qu’elle interprète avec un brio, une énergie, une présence absolument époustouflants, pendant plus d’une heure trente, que ces personnages soient touchants ou médiocres, mais souvent armés ou désarmés de folie plus ou moins douce, plus ou moins meurtrière. Des spectres du passé qui hantent et assombrissent le présent dans ce décor à la fois rassurant et malmené, d’une inquiétante banalité. La beauté triste de la pièce culmine le temps d’une danse qui montre encore une fois l’étendue du talent de Zabou, qui s’improvise marionnettiste, dans un duo terrible et sublime avec Pétain, scène d’une cruelle, cynique et sinistre drôlerie, d’une naïveté redoutable, et d’une beauté violente.

    Jamais dans la performance, mais toujours subtile et sur le fil, Zabou, aidée par la précision cruelle et le rythme à la fois impitoyable et ensorcelant des mots de Lydie Salvayre, passe d’une émotion et d’un personnage à l’autre avec un talent incontestable…et nous fait entrer dans l’histoire (et l’Histoire) comme si elle se jouait réellement sous nos yeux nous faisant oublier son visage angélique, juvénile même encore, pour nous y faire projeter l’image des personnages qu’elle interprète sans qu’il soit besoin de nul masque pour nous y faire croire, grâce à son interprétation rare et remarquable mais aussi à des variations subtiles de lumières et grâce à l’utilisation du décor comme un cirque dont elle serait le clown mélancolique. Sa robe des années 40, la pièce : tout semble ainsi à la fois figé dans le passé et intemporel.

    Jamais larmoyante, la pièce est caustique, tendre parfois, cruelle, lucide, drôle, poignante, et nous emporte dans son tourbillon pour nous laisser bouleversés, songeant à nos propres spectres, à la nécessité, parfois, de laisser ou faire tomber les masques et surtout, malgré leur poids, à la nécessité de « se souvenir des terribles choses », nous laissant aussi avec en tête, le souvenir de cette interprétation exceptionnelle et bouleversante de Zabou Breitman (et qui m’a éblouie et terrassée), ce tourbillon de colère, de vie, de folie, de révolte et, enfin, avec le souvenir d’une citation comme une note d’espoir désenchantée : «Vous pouvez tout emporter, vous n’emporterez jamais nos désirs ! ».

    Fêtes de fin d’années :
    – Dimanche 23 décembre : 16h,
    – Lundi 24 décembre : relâche,
    – Mardi 25 décembre : relâche,
    – Mercredi 26 décembre : 19h,
    – Jeudi 27 décembre : 19h,
    – Vendredi 28 décembre : 19h,
    – Samedi 29 décembre : 19h
    – Dimanche 30 décembre à 16h

    Janvier 2013 :
    - mercredi 2 janvier à 19h
    - jeudi 3 janvier à 19h
    - vendredi 4 janvier à 19h
    - samedi 5 janvier à 19h
    - dimanche 6 janvier à 16h

    Zabou BREITMAN
    D’après le roman de Lydie SALVAYRE
    Mise en scène et adaptation de Zabou BREITMAN

    Jusqu’au 6 janvier 2013
    Du mardi au samedi : 19h
    Matinée le dimanche : 16h (sauf 25 novembre)

    36 € (1ère Cat.)
    28 € (2e Cat.)
    18 € (3e Cat.)

    Retrouvez également cette critique sur mon blog http://inthemoodforcinema.com et découvrez et éventuellement soutenez mon projet littéraire sur My Major Company, ici.

  • Première – Critique – « Une journée ordinaire » avec Anouchka Delon et Alain Delon au théâtre des Bouffes Parisiens

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    Ce soir, au théâtre des Bouffes Parisiens (ce n’est pas un hasard, ce théâtre appartenait à Jean-Claude Brialy, grand ami d’Alain Delon) a eu lieu la première de la pièce « Une journée ordinaire ».  Une pièce qui met en scène Alain Delon n’a de toute façon rien d’ordinaire et le titre, déjà, est d’une délicate dérision. Cela n’a rien d’ordinaire parce que Tancrède, Roch Siffredi, Jeff Costello, Corey, Robert Klein, Roger Sartet, Gino…, tout un pan de l’histoire du cinéma accompagne celui qui les a immortalisés. Cela n’a rien d’ordinaire parce que Delon est seulement pour la septième fois au théâtre. Cela n’a rien d’ordinaire parce que cette pièce a été écrite par Eric Assous à la demande de Delon pour sa fille Anouchka.

    Emportée par le doux tourbillon de la vie parisienne, je réalise que la dernière pièce de théâtre à laquelle j’ai assisté c’était aussi une pièce avec Alain Delon, "Love letters" et auparavant « Sur la route de Madison », pourtant les premières années à Paris, j’allais très souvent au théâtre pour voir des pièces classiques, plus avant-gardistes ou populaires, ou les trois. Et pourtant j’ai toujours tant aimé ce frémissement, ce murmure, ce frisson avant le lever de rideau, avant cette rencontre palpitante qui nous plonge à la fois hors de la réalité et pleinement dans l’instant présent qui se joue face à nous. J’ai toujours aimé, aussi, observer le spectacle qui se joue dans la salle, intemporel ballet de la vie parisienne,  réminiscence de mes lectures balzaciennes favorites et qui fait que lors d’une première comme celle-ci se croisent un chanteur aux allures de poète d’un autre temps, un écrivain aux allures de chanteur lui aussi –décidément, le décalage était à la mode- d’un autre temps, un présentateur de jeux télévisés, un mythe du cinéma, une actrice qui aurait aimé l’être, sans doute, ce mythe,  et tant d’autres qui se croisent, s’observent et souvent feignent de s’ignorer ou s’adorer avec la même application. Fascinant ballet dont chacun est à la fois danseur, chorégraphe et spectateur. Mais là n’était pas l’essentiel, juste ce qui permettait de se distraire en l’attendant.

    L’essentiel a eu lieu quand le rideau s’est levé et que j’ai oublié tout le reste, alors insignifiant. Quand le rideau s’est levé sur Anoucka Delon/Julie allongée dans un canapé et Alain Delon/Julien de dos. De dos pour que les premiers regards, sans doute, ne soient pas dirigés vers lui mais vers celle que cette pièce est destinée à mettre en lumière. Ce qui m’a marquée d’abord, c’est la justesse éclatante d’Anouchka Delon (tout comme cela m’avait déjà marquée dans « Le Lion »). Sa voix parfaitement posée. Sa prestance. Son assurance (pas une seule fois elle ne trébuchera). Et puis Delon, dans ce costume trop petit pour lui.

    « Une journée ordinaire », c’est l’histoire d’une fille de vingt ans qui n’ose pas annoncer à son père avec qui elle vit seule qu’elle va le quitter pour vivre avec son amoureux mais Une journée ordinaire c’est surtout l’histoire d’un homme qui aime profondément, follement sa fille, qui s’éclipse pour la laisser vivre sa vie. Un duo, presque un couple comme en témoigne la gémellité de leurs prénoms (qui n’est pas sans rappeler celle de ceux des interprètes).  Un homme fier, nostalgique, mélancolique, d’une malice parfois enfantine, d’une dureté fugace et finalement attendrissante. Un personnage qui se confond avec son interprète. Certains diront que Delon devrait plutôt jouer de grands textes d’auteurs classiques mais quand on est soi-même un « personnage shakespearien » pour reprendre les termes de Pascal Jardin, quand on promène avec soi une telle mythologie, nul besoin de jouer Shakespeare pour toucher ou émouvoir.

    Alors bien sûr n’importe quel costume serait trop petit pour Delon qui a eu les plus beaux rôles qu’un acteur puisse désirer (pour ceux qui douteraient –si, il paraît qu’il y en a- de la diversité et de la -dé-mesure de son talent, regardez -notamment- « Monsieur Klein », « Le Professeur », « Le Guépard », « Plein soleil », « Le cercle rouge », "La Piscine", et dîtes-moi quel acteur pourrait interpréter avec la même apparente facilité des rôles si différents et si magistraux ) si bien qu’au début de la pièce il m’est apparu presque effacé mais au fur et à mesure que la pièce avançait le costume gagnait en élégance, en taille (au propre comme au figuré) pour finalement nous le laisser voir presque à nu, à vif, pour que la fiction rejoigne le mythe et la réalité.

     Eric Assous (sur une mise en scène de Jean-Luc Moreau)  joue intelligemment du parallèle entre ce personnage dont la fille est "l’ambition", qui porte son "deuil comme une légion d’honneur" et Delon, l’homme qui se définit comme nostalgique, passéiste et dont l’ambition est de faire des Delon une « dynastie d’acteurs ». Je n’ai pu m’empêcher de repenser à cet instant à la fois magique et mélancolique, en mai dernier, au Festival de Cannes, lorsque devant moi Claudia Cardinale et Alain Delon se voyaient sur l’écran dans « Le Guépard », cet écran qui racontait la déliquescence d’un monde et  le renouveau d’un autre tandis qu’eux-mêmes revoyaient une époque révolue sans doute avec douleur et bonheur.  Ce soir le prince de Salina, le « Guépard » c’était Delon et Tancrède c’était Anouchka.

    On rit beaucoup, aussi, du décalage entre cette fille et ce père qui refuse de la voir grandir. De la crainte qu’il inspire. La crainte qu’inspire le personnage du père comme le mythe Delon mais l’un comme l’autre laissent affleurer par instants leurs failles, et même un soupçon d’enfance dont le surgissement, soudain, n’en est que plus bouleversant. Cette pièce qui se qualifie de « comédie moderne » vaut pour moi davantage pour les moments d’émotions qui la traversent même si certains qui l’ignorent encore seront sans doute étonnés que Delon les fasse rire autant (et la salle riait, beaucoup, moi la première, à tel point qu'il était parfois impossible d'entendre certaines répliques) comme ce fut le cas dans « Les montagnes russes » (une pièce également signée Eric Assous) où il déployait déjà sa force comique. Et puis lui qui aimait tant Gabin célèbre pour ses scènes de colère est aussi tellement impressionnant quand il se met en colère, mais aussi quand sa voix se fait plus posée, fragile. La virtuosité avec laquelle il fait passer le public du rire aux larmes est sidérante, de même que celle avec laquelle il passe de la tristesse à la colère en passant par la dérision.

     Ce que j’ai préféré ce sont néanmoins ces trop rares instants où Delon s’exprime face à la salle où, en un quart de seconde, il parvient à nous bouleverser, où la solitude de ce père face à nous fait écho à celle de l’acteur. Delon dit que « le comédien joue, l’acteur vit » et c’était aussi sans doute ce qui était si bouleversant cette impression qu’il donnait la sensation de vivre devant nous. C’était ce qui était beau, troublant et qui suspendait le souffle de la salle. Une salle debout à la fin de cette pièce trop courte qui se confondait étrangement avec la réalité quand Delon, l’acteur, le père enlaçait sa fille et la poussait au devant de la scène pour qu’elle récolte les applaudissements. Amplement mérités.  Quel bonheur pour lui sans doute qui rêvait de jouer avec sa fille de voir son nom sur l’affiche, à côté du sien, tout en haut. Quel bonheur de voir qu’au milieu de la pièce c’était son apparition à elle qui était applaudie. A signaler également la présence d’Elisa Servier (dans le rôle de l’amie de Julien,  juste et émouvante)  et Christophe de Choisy (très drôle en petit ami terrorisé): deux rôles trop courts mais dans lesquels l'un et l'autre excellent.

    Cette fin de journée a été pour moi tout sauf ordinaire. Un beau moment. L’émotion d’un acteur extraordinaire. L'émotion d'une salle debout. L’éclosion d’une actrice.  La complicité d’un père et sa fille. Un troublant écho entre la réalité et la fiction. Entre l’homme et le mythe. Il m’a fallu pas mal de temps après pour retrouver le chemin de la réalité, pour faire retomber  l’émotion de cette dernière « image », poignante,  et puis je me suis mise à rêver que cette lettre transmise à la fin de la pièce dans laquelle j’évoquais mon scénario arrive à son destinataire et qu’un jour il incarne ce rôle écrit pour lui et que cette journée décidément soit extraordinaire.  

    C’était la cinquième fois que je voyais Delon au théâtre après « Variations énigmatiques », «  Les Montagnes russes », « Sur la route de Madison », « Love letters » et je n’espère vraiment pas la dernière. En tout cas pas la dernière fois qu’un(e) Delon montait sur scène. La dynastie des acteurs Delon n’est pas prête de s’éteindre. Une nouvelle étoile est née, lors d’une journée faussement ordinaire. Un moment de théâtre mais surtout de vie extraordinaire et à ne pas manquer mais dépêchez-vous car ne sont (pour l'instant) prévues que 100 représentations exceptionnelles, jusqu'au 12 mars 2011.

    Il est (très) tard. Ce sont mes premières réactions, un peu désordonnées et imprécises, encore sous le coup de l’émotion de la pièce et de l’instant  mais j’y reviendrai. En tout cas, je crois que vous l’aurez compris, je vous recommande cette pièce qui vous fera passer du rire aux larmes, du mythe à la réalité (et inversement) et un excellent moment, je vous le garantis.

     En attendant, cliquez ici pour retrouver tous mes articles du cycle Delon publié sur ce blog.

    Renseignements: Théâtre des Bouffes Parisiens/ 4 rue Monsigny/75002 Paris.

  • Dernière Master Class Jean-Laurent Cochet de l'année le 14 décembre

    cochet5.jpgLe 14 décembre, de 20H à 22H aura lieu la dernière Master Class de Jean-Laurent Cochet de l'année, comme d'habitude, au théâtre de la Pépinière Opéra (7 rue Louis-le-Grand, Paris 2ème- Métro Opéra- Tél: 01-42-61-44-16). Cette master class étant exceptionnellement plus tardive (de 20H à 22H et non de 18H à 20H  comme c'est le cas habituellement), c'est l'occasion pour ceux qui n'avaient pas encore pu y assister pour cause de travail de découvrir ces jubilatoires instants de théâtre.

    Pour en savoir plus, je vous renvoie à mes précèdents articles sur le sujet (liens ci-dessous).

    Dès demain: le retour des critiques de films sur inthemoodforcinema.com avec de nombreuses avant-premières  mais aussi de nouvelles critiques littéraires, des critiques de films à l'affiche et même un concert.

    -Article du 7 octobre 2008: http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2008/10/07/repr...

    -Article du 21 novembre 2005 : http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2005/11/21/cour...

    -Article du 11 Avril 2006 : http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2006/04/11/prol...

    -Article du 21 septembre 2006 : http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2006/09/21/repr...

    -Article du 13 décembre 2006 : http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2006/12/13/repr...

  • Les Master Classes de Jean-Laurent Cochet: en attendant de se jeter à l'eau...

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    Cela faisait bien quelques mois que je ne vous en avais pas parlé et que je n'y suis pas retournée: les fameuses master classes (cours publics) de Jean-Laurent Cochet!

    En attendant d'avoir le courage ou l'inconscience d'oser m'inscrire à ses cours destinés aux "amateurs"...un jour...peut-être (des volontaires pour se jeter à l'eau-qui peut-être glaciale:-))- avec moi?), je retournerai vraisemblablement à l'un des ses prochains cours publics qui sont toujours des moments uniques et des sources incroyables d'enrichissement culturel chaque fois jalonnés de moments de magie théâtrale. 

    D'ailleurs, si vous connaissez d'autres cours de théâtre pour débutants (je ne considère pas mes quelques heures de torture cours avec Martine Amsili comme me permettant d'être autrechose que débutante) amateurs souhaitant le rester et avant tout apprendre des textes classiques, dans le centre de Paris (oui, je sais ce sont des exigence de diva:-)), n'hésitez pas à me transmettre l'information dans les commentaires de cette note ou à inthemoodforcinema@gmail.com .

     Je vous ai déjà longuement et de nombreuses fois parlé des cours Cochet alors pour achever de vous convaincre, je vous renvoie à mes précèdents articles et comptes rendus de ses cours publics (auxquels j'assiste, par intermittence, depuis 2005!).

    -Article du 7 octobre 2008: http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2008/10/07/reprise-des-master-class-jean-laurent-cochet-le-rendez-vous.html

    -Article du 21 novembre 2005 : http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2005/11/21/cours-publics-d’interpretation-de-jean-laurent-cochet-quand.html

    -Article du 11 Avril 2006 : http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2006/04/11/prol...

    -Article du 21 septembre 2006 : http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2006/09/21/repr...

    -Article du 13 décembre 2006 : http://www.inthemoodforcinema.com/archive/2006/12/13/repr...

    Informations pratiques: Les prochains cours auront lieu le lundi 16 novembre,  le 30 novembre, de 18h à 20H et  le  14décembre (exceptionnellement de 20H à 22h). Si la première année de la mise en place de ces cours publics, le public était (au début) clairsemé, les cours affichent désormais souvent complets. Je vous conseille donc vivement de réserver.

    Théâtre de la Pépinière Opéra. 7 rue Louis-le-Grand- 75002 - Paris- Tel: 01-42-61-44-16 - Métro Opéra - Location ouverte du mardi au samedi de 11h à 18h, et le lundi de 12hà 18h.

    Plein tarif: 15€, Tarif étudiant: 11€, Tarif 5 cours: 55 € 

    Site internet: http://www.jeanlaurentcochet.com

     

  • Le palmarès des Molières 2009

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    Présidée par Bernard Giraudeau et Frédéric Mitterrand, la 23ème Nuit des Molières,  hier soir, au Théâtre de Paris et en direct sur France 2, a dévoilé son palmarès.

    On notera les deux prix reçus par Zabou Breitman (Molière de l'Adaptateur et Molière du théâtre privé pour le Petit Montparnasse) pour son adaptation de Raymond Depardon "Des gens" (Zabou Breitman dont je vous recommande plus que vivement le dernier film, "Je l'aimais" qui sort en salles le 6 mai) ainsi que les Molières du meilleur comédien et de la meilleure comédienne, ayant déjà tous deux laissé des rôles inoubliables au cinéma, dans "Je ne suis pas là pour être aimé" de Stéphane Brizé pour Patrick Chesnais, dans "Le Goût des autres" pour Anne Alvaro.

    Molière du comédien : Patrick Chesnais dans «Cochons d'Inde»

    Molière de la comédienne : Anne Alvaro dans «Gertrude (le cri)»

    Molière du comédien dans un second rôle : Roland Bertin dans «Coriolan»

    Molière de la comédienne dans un second rôle : Monique Chaumette dans «Baby Doll»

    Molière du metteur en scène : Christian Schiaretti pour «Coriolan»

    Molière de la révélation théâtrale : Aude Briant dans «Le Journal à quatre mains»

    Molière de la révélation théâtrale masculine : David Lescot dans «La Commission centrale de l'enfance» 

    Molière de l'auteur francophone vivant : Jean-Claude Grumberg pour «Vers toi terre promise»

    Molière de l'adaptateur : Zabou Breitman pour «Des gens», d'après «Urgences» et «Faits divers»
    Molière du décorateur/scénographe : Catherine Bluwal pour «Le Diable rouge»

    Molière du créateur costumes : Claire Risterucci pour «Madame de Sade»

    Molière du créateur lumières : Marie-Hélène Pinon pour «Le Diable rouge»

    Molière du théâtre public : «Coriolan» au TNP de Villeurbanne
    Molière des compagnies : «L'oral et hardi», cie Faisan

    Molière du théâtre privé : «Des gens», au Petit Montparnasse

    Molière de la pièce comique : «Cochons d'Inde», de Sébastien Thiéry et Anne Bourgeois

    Molière du théâtre musical : «L'Opéra de Sarah», au théâtre de l'Œuvre.
  • Dernière de "Love letters" avec Alain Delon et Anouk Aimée, au théâtre de la Madeleine, ce 29 novembre

    loveletters.jpgCe samedi 29 novembre 2008, au théâtre de la Madeleine, aura lieu la dernière de "Love letters", la pièce de A.R. Gurney dont  Anouk Aimée et Alain Delon ont donné 20 représentations exceptionnelles.

    Cliquez sur le lien suivant pour lire mon article consacré à la Première de "Love letters" avec Anouk Aimée et Alain Delon sur lequel vous trouverez également tous les renseignements pratiques pour assister à la pièce. Il reste encore des places pour demain et après-demain...