Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

CONFERENCES DE PRESSE - Page 4

  • "Renoir" de Gilles Bourdos: concours (5x2 places), critique et conférence de presse

    renoir10.jpg

    Conférence de presse avec Michel Bouquet, Gilles Bourdos, Vincent Rottiers, Christa Théret

    Après avoir découvert le film au dernier festival Paris Cinéma en juillet dernier, la semaine dernière, j'ai eu le plaisir d'assister à une conférence de presse du film à laquelle étaient présents le réalisateur du film Gilles Bourdos ainsi que les comédiens Michel Bouquet, Christa Théret, Vincent Rottiers. Un très beau moment illuminé par la présence de Michel Bouquet, comédien exceptionnel, passionné, passionnant, érudit, à l'oeil d'éternel enfant malicieux, curieux grâce à la passion vivace du théâtre et du cinéma.  La conférence s'est rapidement transformée en leçon de théâtre...

    Actuellement au théâtre dans "Le roi se meurt" de Ionesco, il dit continuer par "attachement au public, aux autres", qu'il continue à apprendre, visiblement toujours fasciné par les chefs d'oeuvre qu'il joue au théâtre et par la magie du cinéma: "Au théâtre, on se remet en cause tous les jours. On essaie de trouver des accords ou des désaccords avec ses partenaires. C'est complètement réel alors que le cinéma est magique". Il a aussi évoqué son amour de la peinture: "Je vis avec la peinture depuis l'âge de 17 ans. J'employais  tout l'argent que j'avais gagné, à aller voir  la peinture". Il nous a ainsi parlé de son émotion devant les fresques de Fra Angelico à Florence et devant les portraits de Renoir "peintre de portraits extraordinaire."  Il dit aussi être parfois "obligé de réapprendre une réplique toute une journée parfois pour être sûr qu'elle vient."

    Pour Gilles Bourdos "il ne s'agissait pas de faire des citations de Renoir. C'est un film que je voulais du côté de la volupté, du sensoriel", "le film qui m'a le plus influencé, c'est le fleuve.", "Tout a fonctionné par imprégnations successives.", "S'il y a une école de cinéma au monde pour les acteurs, c'est les Dardenne". A propos d'Auguste Renoir: "Je pense que sa peinture était une réponse absolue à la douleur."

     La suite dans l'enregistrement sonore de la conférence de presse à retrouver ici prochainement. 

     

    Critique de "Renoir" de Gilles Bourdos

    renoir4.jpg

     

    Renoir. Un nom illustre, mondialement célèbre grâce à deux immenses artistes, le père et le fils, un peintre et un cinéaste, Auguste et Jean. En 1915, sur la Côte d’Azur, au crépuscule de sa vie, Auguste Renoir (Michel Bouquet) continue à se consacrer à son art malgré de vives douleurs dues à son grand âge, malgré la perte récente de son épouse et le chagrin causé par l’absence de ses fils Pierre et Jean, engagés et blessés à la guerre. C’est dans ce contexte qu’arrive Andrée (Christa Théret), éclatante de vie et de beauté, qui sera le dernier modèle du peintre, « le Patron ». C’est alors que Jean (Vincent Rottiers) revient, blessé à la guerre, passer sa convalescence dans la maison familiale. Andrée changera à jamais son existence…

    Les premiers plans nous plongent dans cette nature saisissante d’authenticité et de beauté à l’image de celle que nous suivrons quelques minutes plus tard : Andrée, pétillante, flamboyante, naturelle, libérée. La mise en scène de Gilles Bourdos (dont c’est ici le 4ème long-métrage) ne cherche à rivaliser ni avec la beauté impressionniste des peintures du père ni avec la virtuosité des films du fils, et cet académisme sied finalement au film, synonyme ici d’humilité devant ces deux grands maîtres dans leurs arts respectifs malgré quelques tentatives de capter dans l’œil de la caméra la beauté impressionniste des toiles de Renoir (un bonheur, d'ailleurs, d'en voir défiler quelques unes) comme lorsque ce dernier somnole et qu’une vision évanescente de la nature lui apparait. Bourdos avec son (ou plutôt ses) Renoir ne peut de toutes façons en aucun cas rivaliser avec le « Van Gogh » de Pialat.

    Le scénario est certes parfois un peu trop elliptique et inégal, avec quelques lenteurs et longueurs, mais le récit n’en demeure pas moins passionnant, en grande partie grâce à l’interprétation époustouflante de Michel Bouquet (mais qui en aurait douté ?) et face à lui celle de Vincent Rottiers qui crève littéralement l’écran, interprétant avec une justesse étonnante le mélange de velléité, de courage, de maturité et d’innocence de Jean. Nous découvrons comment ce jeune homme velléitaire et courageux deviendra un jeune cinéaste grâce à celle qui deviendra sa femme et notamment l’interprète de « La Chienne », Andrée, future Catherine Hessling. Dernière muse d’Auguste Renoir, la vitalité, le naturel et la flamboyance d’Andrée prennent ici les traits de la pétillante Christa Théret (aussi remarquable dans "L'Homme qui rit" de Jean-Pierre Améris que je vous recommande vivement).

    Plane aussi l’ombre de « La Grande illusion » avec la guerre à la fois si lointaine du jardin d’Eden du cinéaste et si proche, avec ces gueules cassées qui contrastent avec cette nature éblouissante. Une silhouette, l’espace d’un instant, rappelle celle d’Erich von Stroheim dans « La grande illusion » et nous laisse entendre où Renoir fils a puisé son inspiration.

    Le film devrait ainsi intéresser les inconditionnels du père et du fils, le peintre aux 6000 tableaux et le cinéaste de chefs d’œuvre inoubliables comme « La Règle du jeu » et donner aux autres envie d’en savoir davantage sur ces deux immenses artistes. « La chair, c’est l’essentiel », « La couleur fait tout dans une toile », « Je suis comme le bouchon qui se laisse porter par le courant»: en quelques citations s’esquisse aussi le portrait de ce maître des couleurs, cet amoureux des femmes, de l’art et de la nature qui se refusait à « broyer du noir ».

    Un hymne à la nature, à la beauté et la force de l’art qui manque certes parfois de la vitalité et de la flamboyance d’Andrée (en particulier dans le traitement de son histoire d’amour avec Jean) et de celles des peintures du maître, mais la musique du prolifique Alexandre Desplat et surtout les interprétations de Michel Bouquet et Vincent Rottiers en font un film agréable et instructif, même émouvant dans une très belle scène d’adieux qui les réunit, les enlace même.

    CONCOURS: 5x2 places à gagner

    renoir14.jpg

     

    A l'occasion de la sortie du film en salles, le 2 janvier 2013 et en partenariat avec Cinefriends, je vous propose de remporter 5x2 places pour celui-ci. Pour cela, soyez parmi les 5 premiers à reconnaître les oeuvres suivantes et envoyez vos réponses avant le 2 janvier 2013, minuit, à inthemoodforcinema@gmail.com avec, pour intitulé de votre email "Concours Renoir" et en n'oubliant pas de joindre vos coordonnées pour l'envoi des places. Seuls les gagnants seront contactés.

    1.

    renoir1.jpg

    2.

    renoir2.jpg

    3.

    renoir3.jpg

    4.

    renoir4.jpg

    5.

    renoir5.jpg

    6.

    renoir6.jpg

    7.

    renoir8.jpg

    BONUS: Critique de "La règle du jeu" de Jean Renoir

    règle2.jpg

     

     

     

    La Règle du jeu: le clairvoyant "drame gai" de Jean Renoir (1939)

     

    Souvent classé comme le meilleur film de tous les temps, c’est en tout cas incontestablement un chef d’œuvre de l’Histoire du cinéma…

     

    règle3.jpg

     

    La règle du jeu : le constat désespéré et la métaphore cynique d’une société en crise

     

    Au premier rang de ces nombreux films qui, avant-guerre, dépeignaient une société en crise se trouve La règle du jeu, qui, derrière son apparente légèreté, établit un constat cynique et désespéré de la décomposition morale de la France et qui en fit un chef d’œuvre annonciateur d’un avenir inéluctable. Le dernier film d’avant-guerre de Renoir est aussi le film annonciateur de la guerre. Les successions de styles auxquels recourt Renoir, entre vaudeville, satire et tragédie ne sont pas utilisées gratuitement mais contribuent à créer une véritable peinture sociale.

     

    règle4.jpg

     

    Une alliance subtile de vaudeville, satire et tragédie

     

    Dès le départ le cadre est planté, Renoir sous-titrant son film « fantaisie dramatique » et en définissant ainsi l’atmosphère. Tout comme son synopsis le film échappe à toute définition, Renoir prenant néanmoins soin de nous préciser au préalable que « ce divertissement dont l’action se passe à la veille de la guerre de 1939 n’a pas la prétention d’être une étude de moeurs. Les personnages qu’il présente sont purement imaginaires. » Ces personnages ce sont d’abord André Jurieux (Roland Toutain), le film débutant par l’atterrissage de son avion au Bourget. Celui-ci vient en effet de battre un record après avoir traversé l’Atlantique. Ovationné il ne pense qu’à Christine de La Chesnaye ( Nora Grégor), une femme du monde avec qui il avait une eu liaison platonique et qu’il s’attendait à voir à son retour. Il crie son désespoir à la radio puis tente de se suicider en voiture. Afin d’arranger les choses son ami Octave (Jean Renoir), également ami des La Chesnaye, le fait inviter à une partie de chasse que ceux-ci donnent dans leur propriété en Sologne, à La Colinière. Les terres sont surveillées par l’ombrageux Schumacher, qui surprend en flagrant délit de braconnage Marceau (Carette). Amusé le marquis le prend alors à son service. Christine découvre par hasard la liaison de son mari avec une de leurs amies Geneviève de Marras (Mila Parély). Par dépit elle répond aux avances du fade Saint-Aubin (Pierre Nay)…mais Octave aussi est amoureux d’elle. Une fête costumée va alors devenir le cadre d’un véritable vaudeville où maîtres et valets vont s’entrecroiser, Jurieux se battant avec Saint-Aubin, puis le marquis avec Jurieux, Schumacher courant après Marceau l’ayant surpris dans les bras de sa femme, Lisette (Paulette Dubost). Alors que tout s’apprêtait à rentrer dans l’ordre, Schumacher (Gaston Modot) se méprend en croyant Lisette dans les bras d’Octave alors qu’il s’agissait de Christine et abusé par un échange de costumes, il tue Jurieux d’un coup de carabine. Les Chesnaye après ce « déplorable accident » vont sauver la face après le salut final… Comme au théâtre tout le monde revient saluer à la fin. On passe du vaudeville à la satire. Les personnages paraissent en effet de prime abord fantasques, au début le film s’apparente à un vaudeville même s’il commence avec un ton tragique et la tentative de suicide d’André Jurieu. Le vaudeville est d’ailleurs annoncé dès l’exergue avec la citation de Beaumarchais : « Si l’amour porte des ailes, n’est-ce pas pour voltiger ».Dans ce vaudeville les couples s’échangent et les portes claquent. Renoir avait d’ailleurs songé à appeler son film Les caprices de Marianne. C’est même le burlesque qui succède au vaudeville lorsqu’Octave ne parvient pas à enlever sa peau d’ours et lorsque tout le monde passe devant lui sans prendre le temps de la lui enlever. On repasse ensuite à la tragédie : les personnages sincères, comme Octave ou Jurieu, sont écartés du jeu. Mais c’est la satire qui prédomine : les personnages deviennent alors odieux. Tous les styles de récit se mêlent sans que cela jamais ne paraisse incohérent. Le ton est annoncé dès le début par La Chesnaye : « nous jouerons la comédie, nous nous déguiserons », mais ce déguisement là n’est pas seulement vestimentaire c’est aussi celui derrière lequel se dissimule l’hypocrisie des personnages.

     

    jeu7.jpg

     

    La volonté satirique de Renoir

     

    Renoir annonce donc ambitionner de faire « une description exacte des bourgeois de notre époque ». Le jeu annoncé par le titre est pourtant le jeu social et dans ce jeu-là Renoir n’épargne personne qu’il s’agisse des riches ou des pauvres... et les deux seuls personnages qui échappent à ce règlement de comptes se retrouveront hors du jeu, qu’il s’agisse de l’aviateur André Jurieu qui sera assassiné ou Octave, évincé, après avoir rêvé un moment de pouvoir partir avec Christine. Les femmes ne sont pas épargnées, elles y sont aussi cyniques. Tel Beaumarchais, Renoir raille les manèges mondains, La Règle du jeu étant empreinte de l’esprit du 18ème siècle, ne serait-ce que l’exergue empruntée au Mariage de Figaro. La volonté satirique est par ailleurs flagrante comme à travers cette réplique dont la censure exigea la suppression : « On est à une époque où tout le monde ment : les prospectus des pharmaciens, les gouvernements, le cinéma, la radio, les journaux…Alors pourquoi veux-tu que nous autres les simples particuliers, on ne mente pas aussi ? ». Le monde dépeint par Renoir est un spectacle dans lequel chacun a ses raisons d’endosser un rôle. C’est avant tout la violence de la société que dénonce Renoir, une société pour qui tout peut rentrer dans l’ordre après une mort comme tout rentre dans l’ordre après la mort de Jurieu, une société qui vient saluer comme si de rien n’était après ce « déplorable accident ». Les personnages ne sont pas spontanés et malgré les sentiments qu’il éprouve pour Christine, Jurieu veut avoir une conversation avec La Chesnaye : «Christine tout de même il y a des règles. » Chacun affecte le respect des convenances sociales et le respect d’autrui. Ainsi La Chesnaye fait l’éloge de la liberté : « Sur cette terre il y a quelquechose d’effroyable, c’est que chacun a ses raisons. » « D’ailleurs je suis pour que chacun les expose librement (…) contre les barrières. » Quant aux domestiques ils ne sont pas épargnés : ils réinventent une société à l’image de celle des maîtres qu’ils critiquent. Les employés singent leurs maîtres comme lors de cette scène de repas. Ils semblent libres mais sont en réalité totalement assujettis, La Chesnaye signifiant ainsi à Schumacher qu’il n’a pas le droit d’être dans le château, que ce n’est pas son domaine, qu’il doit se cantonner à l’extérieur. Le mépris des uns pour les autres est également fustigé : « Au contraire, il faut bien que ces gens-là s’amusent comme les autres. » Les différentes classes font donc preuve de la même hypocrisie et ont les mêmes défauts, les mêmes faiblesses.

     

    règle6.jpg

     

    Un chef d’œuvre-testament : le film annonciateur d’un avenir inéluctable

     

    Dans La règle du jeu, Renoir fait preuve d’une réelle virtuosité technique qui presque 70 ans après, reste encore un véritable modèle. Cette virtuosité n’est pas une simple démonstration ostentatoire et gratuite mais elle est au service d’un véritable propos dont l’acuité est, aujourd’hui encore, sidérante.

     

    La virtuosité technique de l’œuvre

     

    La règle du jeu est ainsi d’une force plastique saisissante. Ce qui apparaît d’abord, c’est le goût du théâtre ou plutôt de la théâtralité à travers les déguisements, les chassés croisés. Le final est d’ailleurs très théâtral et annoncé par la citation de Beaumarchais du début. Mais si les références au théâtre sont multiples La règle du jeu est loin d’être une pièce filmée. La caméra semble voguer au hasard et dissimule en réalité un brio inégalé grâce à une profondeur et une largeur de champ si signifiantes. Les dialogues semblent être improvisés, les situations semblent se chevaucher. On a l’impression de voir la rapidité et la confusion d’images réelles même si pour Bazin « toute image cinématographique est réaliste par essence. » Le travail sur le son est admirable provenant tantôt de la TSF, du phono, de la poupée mécanique, des instruments etc. La musique n’est pas non plus anodine, elle révèle la fausseté des sentiments comme ces grenouilles qui coassent à la fin du film. La virtuosité technique de l’œuvre notamment grâce à la profondeur de champ ajoute encore à la complexité de l’œuvre et à celle du propos qui, derrière le vaudeville, dissimule la gravité.

     

    règle8.jpg

     

    La virtuosité observatrice de l’œuvre : un regard clairvoyant sur une société aveugle et aveuglée

     

    Cette virtuosité technique n’est donc pas innocente mais au contraire utilisée au service d’un propos. Ce qui pourrait n’être qu’une comédie virevoltante est en réalité un des films qui observent et décryptent le mieux sa société et les causes de la guerre. Renoir dépeint en effet la fin d’un monde dont l’aveuglément permet l’émergence du fascisme. La tension est d’ailleurs à son comble pendant le tournage, Hitler ayant envahi la Tchécoslovaquie au mois de Mars. Le marquis, qui est d’origine juive, se fait ainsi traiter dans son dos de « métèque » par un des domestiques, ce à quoi le cuisinier réagit vivement : « A propos de juif, La Chesnaye, tout métèque qu’il est… » L’antisémitisme et le racisme y sont latents, les domestiques insistent ainsi sur le fait que « La mère de La Chesnaye avait un père qui s’appelait Rosenthal et qui arrivait tout droit de Francfort ». On y parle « des histoires de nègres » et il est question de « parasites ». Le film n’est pas prémonitoire mais révélateur de la dégradation de la société que Renoir a minutieusement observée. Les réactions que suscita le film à ce sujet furent d’ailleurs tout aussi révélatrices d’un état d’esprit comme celui de Brasillach qui estima que c’était inquiétant « d’oser montrer pour la première fois un juif sympathique », estimant que « de La Chesnaye est plus juif que jamais…Une autre odeur monte de lui du fond des âges, une autre race qui ne chasse pas, qui n’a pas de château, pour qui la Sologne n’est rien… Jamais peut-être l’étrangeté du juif n’avait été aussi fortement, aussi brutalement montrée. » C’est pourtant le film que sera fustigé et non ces propos outrageants. La scène de la chasse est par ailleurs particulièrement révélatrice du climat de l’époque. Les tireurs, hommes ou femmes, tuent avec froideur. La mort est d’ailleurs omniprésente comme lorsque les personnages sont déguisés en squelettes : la mort danse, les fantômes rodent autour d’eux. C’est le spectre de la guerre qui rôde. C’est une époque où « c’est assommant les gens sincères. » Etre sincère c’est voir la réalité, et dans la réalité le monde est à la veille de la guerre. Et même derrière les lieux communs, on perçoit la crainte de l’avenir, et la noirceur du présent. Ainsi pour Marceau : « Dans notre partie, c’est comme dans tout y a la crise. » Rien n’est laissé au hasard. Ainsi Marceau justement est le nom du plus grand général républicain de la Révolution Française. La véritable terreur pour La Chesnaye et ses invités c’est le Front Populaire. Dans La Marseillaise, La Chesnaye est d’ailleurs un défenseur ultraroyaliste… L’œuvre de Renoir devient en quelque sorte une véritable Comédie humaine où les mêmes personnages ou du moins les mêmes noms et caractéristiques se retrouvent de films en films. Quand la société se donne en spectacle les tenues ne sont pas innocentes : ils sont déguisés en tyroliens et chantent une chanson ultranationaliste, un hymne boulangiste à la gloire de l’armée française. Les idéaux d’avant sont tournés en dérision et ceux qui sont mis en avant laissent présager un avenir inquiétant. Comme la société qu’il retranscrit le film oscille constamment entre le drame et la tragédie… et cette audace à une période où on ne pouvait plus rire de tout fut certainement une des causes de l’échec commercial que connut La règle du jeu. Qu’il s’agisse d’un « drame gai » ou d’une « fantaisie dramatique », la qualification demeure antithétique à l’image de cette société de paradoxes que Renoir décrit. Si le film se présente comme une comédie frivole en dehors de l’actualité, c’est en donc réalité une comédie grinçante qui en démontre subtilement les travers. « On sait jamais, y a rien d’impossible. » dit Marceau à de La Chesnaye, oui rien semble vouloir nous dire Renoir : pas même l’horreur qui se profile aux portes de la France…, pas même l’aveuglement de la société face au danger imminent qui la menace.

     

    règle9.jpg

     

    Un échec commercial : une société qui refuse de se reconnaître

     

    Tout comme la réalité et le destin échappent au déserteur du Quai des brumes, il échappe au bourgeois et à l’aristocrate de La règle du jeu, pourtant la réussite du premier fut tout aussi retentissant que l’échec du second. Même après que Renoir ait réduit son film de 23 minutes, La règle du jeu suscite un rejet unanime de la part du public. On cassait même les fauteuils dans certaines salles. Il provoqua également le rejet de la critique même s’il fut moins unanime, Georges Sadoul le qualifiant ainsi « d’incohérence ». Renoir songea même à abandonner le cinéma, il se résolut finalement à l’exil. A la veille de la seconde guerre mondiale on ne peut en effet applaudir une telle fantaisie, aussi dramatique soit-elle, ou peut-être justement parce-qu’elle fut aussi dramatique. On ne supporta pas la dénonciation de l’hypocrisie sociale de ce petit monde « dansant sur un volcan. » Renoir disait en effet avoir voulu « peindre une société qui danse sur un volcan » . Est-ce là l’origine du mal qui progresse et menace l’Europe ? Renoir semble le sous-entendre. On ne pardonna pas non plus à Renoir d’avoir utilisé un juif pour manifester un semblant d’humanité. L’amitié même n’y est qu’un leurre…et « c’est la fatalité qui a voulu qu’André Jurieu soit victime de cette erreur. »« Au contraire, il faut bien que ces gens-là s’amusent comme les autres. » La caricature y est plus visible que dans les autres films de Renoir et le public ne l’admet pas tout comme ce drame gai aux portes d’un drame, un drame imminent rappelé par les danses macabres : spectres armés de lanternes précédant le squelette de la mort au son de la Danse macabre de Saint-Saens. La fête permet d’oublier que l’on est aux portes d’une catastrophe et on ne pardonnera pas à Renoir de l’avoir interrompue. Les remous suscités par la première projection furent tels que Renoir se hâta de préciser qu’il n’avait pas eu la prétention de faire une étude de mœurs ; les personnages étant « purement imaginaires. » Quand le film ressortit en copie complète dans les ciné-clubs en 1960 il fut pourtant reconnu comme un chef-d’œuvre incontesté…
     
  • Avant-première, conférence de presse et critique de "To Rome with love" de Woody Allen

     

    woodya.jpg

     

    Lundi dernier, j’ai eu le plaisir de voir deux fois le nouveau film de Woody Allen « To Rome with love », et notamment lors de l’avant-première parisienne (vidéo ci-dessus) mais aussi de faire partie des heureux privilégiés à assister à sa conférence de presse (enregistrement en bas de cet article), en petit comité, dans une suite de l’hôtel Bristol.

    Si, lors de la conférence de presse, ses sourires et ses regards vers l’assistance étaient plus que parcimonieux (il n’aime pas particulièrement cet exercice promotionnel et semble surtout très timide, comme le démontrait aussi le geste machinal de ses mains se tordant nerveusement, mais qui pourrait l’en blâmer, surtout au regard de l’incongruité de certaines questions… ?), ses réponses étaient toujours intéressantes. Et en attendant d’avoir (qui sait ?) un jour l’opportunité de l’interviewer en tête-à-tête, cette conférence en petit groupe était déjà un moment rare que je suis heureuse de vous faire partager.

    Un nouveau film de Woody Allen, aussi prolifique soit-il (45 films et quasiment un par an), est toujours et invariablement la garantie d’un moment d’évasion jubilatoire et tout invariablement d’une réflexion plus ou moins légère sur le sens de la vie. Après Londres, Barcelone, Paris ; il poursuit ses pérégrinations européennes avec la ville éternelle dont le joyeux désordre, l’effervescence et la vitalité communicative semblent si bien lui convenir et nous offre aussi le plaisir de le retrouver en tant qu’acteur, six ans après « Scoop », le dernier film dans lequel il a joué. Ville incandescente, bruyante, effervescente, agitée mais aussi imprégnée d’Histoire, de musique et de cinéma : Woody Allen ne pouvait pas ne pas poser sa caméra à Rome…

    Les hasards et coïncidences auxquels se prête une ville majestueuse constamment en mouvement comme Rome sont prétextes à suivre quatre histoires, quatre rencontres : celle d’un jeune architecte américain (Jesse Eisenberg) avec la meilleure amie (Elle Page) de sa copine (et accessoirement la rencontre de celui-ci devenu adulte incarné par Alec Baldwin avec le jeune homme ou l’image du jeune homme qu’il fut) ; celle de Phyllis (Judy Davis) et Jerry (Woody Allen) avec les parents et le fiancé italien de leur fille ; celles de deux jeunes époux de province débarquant à Paris, rencontrant, pour l’un, une prostituée exubérante (Penelope Cruz) que sa famille prendra pour son épouse, pour l’autre une star du cinéma et enfin un père de famille « normal » (Roberto Benigni) qui, sans savoir pourquoi, suscitera l’intérêt des médias et l’hystérie à chacune de ses sorties…. Quatre histoires, quatre destins qui vacillent doucement lors de ces vacances romaines avant de retrouver leur « droit » chemin enrichis ou nostalgiques de ces rencontres impromptues.

    Amoureux de Rome, du cinéma italien (il l’avait déjà montré dans « Stardust memories »), Woody Allen s’imprègne ici de la gaieté désordonnée et de la folie douce de l’un et l’autre, et sait comme personne partager cet amour (et son amour de l’amour) et surtout sait écrire et vous plonger dans une intrigue immédiatement avec une facilité (apparente) remarquable. Ici, cela commence avec un carabinieri romain qui s’adresse directement aux spectateurs (procédé cher à Woody Allen) et qui lui présente cette ville où vont se croiser ces regards, ces destins, ces désirs.

    Une jeune touriste américaine demande son chemin à un charmant avocat italien et en quelques plans, Woody Allen nous raconte leur rencontre, les prémisses de leur histoire d’amour, leur mariage proche alors que d’autres y auraient consacré des minutes inutiles (là aussi procédé déjà utilisé par Woody Allen, notamment dans « Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu »). Chacun de ses films, qu’ils soient graves ou plus légers comme celui-ci, sont ainsi des modèles d’écriture.

    Il sait mêler comme personne légèreté et gravité, histoires d’amour et questionnements sur la mort (le père de la future fiancée travaille… dans les pompes funèbres). Comme il le dit dans le documentaire qui lui est consacré (et que je vous recommande vivement !), « Woody Allen, un documentaire » de Robert E.Weide, pour se distraire des questions sur le sens de la vie il réalise… des films sur le sens de la vie. Le miracle ou le talent ou l’élégance (sans doute les trois) proviennent du fait que, tout en nous renvoyant à nos propres questionnements, il nous (en) distrait aussi.

    Certains lui ont reproché la légèreté de cette promenade romaine malgré les vicissitudes économiques et politiques de l’Italie, mais telle n’était pas l’ambition de Woody Allen que de faire un film social ; il cherche au contraire à nous divertir, ce qu’il réussit brillamment avec des dialogues caustiques, des personnages finalement touchants dans leurs faiblesses ou leurs défauts (l’égocentrisme ou les mensonges des acteurs) et les travers de notre société (la célébrité qui devient une aspiration et une qualité en soi. « Reality » de l’Italien Matteo Garrone, grand prix du jury du dernier Festival de Cannes, traite d’ailleurs aussi magistralement du sujet). Chacun de ses personnages dépend du regard que leur portent celui, celle ou ceux qui les aiment et le regard enamouré travestit souvent la réalité à son avantage et toute la malice de Woody Allen est, soit par la manière de poser la caméra, soit par la manière dont se croisent les histoires, de nous dévoiler leurs vrais visages sans les rendre vraiment antipathiques. Et évidemment de ce décalage de regards proviennent (aussi) les situations comiques.

    Comme avec « Minuit à Paris », il revendique d’idéaliser et de jouer avec les fantasmes de Rome, sublimée ici par la photographie de Darius Khondji.

    Comme d’habitude, le casting est remarquable, notamment Penelope Cruz en prostituée mais aussi des acteurs moins connus comme le jeune Fabio Armiliata qui emprunte au cinéaste les traits et mimiques du personnage lunaire que ce dernier incarne habituellement (tout comme d’ailleurs Jesse Eisenberg). Des personnages que nous quittons avec regrets, un peu de frustration aussi de ne pas les voir davantage, tant chacune des 4 histoires pourrait se prêter à un film entier mais le sentiment distrayant de légèreté provient justement de cet heureux mélange.

    Nous retrouvons bien entendu ses thématiques de prédilection : questionnement sur la mort, l’absurdité de l’existence, goût pour l’opéra (évidemment d’autant plus à Rome, lequel opéra donne lieu à une scène mémorable), infidélité, hasards…mais à ceux qui lui reprochent de faire toujours le même film je répondrai que, d’un côté, au contraire, chacun de ses films fourmille d’inventivité, de nouveautés, que « Match point », par exemple, est aussi différent que possible de ses derniers films, et montre à quel point il est à l’aise dans n’importe quel genre (je mets quiconque au défi de deviner qu’il s’agit d’un film de Woody Allen s’il l’ignore au préalable) et que, d’un autre côté, le signe distinctif d’un grand cinéaste est justement que ses films possèdent des points communs qui rendent son style immédiatement identifiable comme des dialogues savoureux ou la lucidité joyeusement mélancolique, pour Woody Allen.

    Si « To Rome with love » n’atteint pas le niveau de « Manhattan », « La Rose poupre du Caire », « Match point » (pour moi un modèle d’écriture scénaristique, le scénario parfait dont vous pouvez retrouver ma critique en cliquant ici ainsi que de 7 autres films de Woody Allen dans le « dossier » que je lui ai consacré), Woody Allen une nouvelle fois a l’élégance de nous distraire en nous emmenant dans une promenade réjouissante qui nous donne envie de voyager, de vivre, de prendre la gravité de l’existence avec légèreté, de tomber amoureux, de savourer l’existence et ses hasards et coïncidences, et surtout de voir le prochain film de Woody Allen et de revoir les précédents. C’est sans doute la raison pour laquelle, avec notamment Claude Sautet, il fait partie de mes cinéastes de prédilection car, comme les films de ce dernier, ses films « font aimer la vie ».

    Alors, si Woody Allen avoue ne pas savoir envoyer d’emails, chacun de ses films n’en est pas moins, à l’image de ceux d’ Alain Resnais, la preuve de sa modernité, de la jeunesse de son regard et de son esprit. Embarquez dès à présent pour ces vacances romaines qui prouvent une nouvelle fois que le cinéma, que son cinéma, est une évasion salutaire « dans une époque bruyante et compliquée » (ainsi était-elle qualifiée dans « Minuit à Paris ») .

    « To Rome with love » est un peu comme ces pâtisseries dégustées en l’attendant pour la conférence de presse, des pâtisseries au goût sucré, vous procurant un plaisir immédiat et en apparence éphémère, mais vous en laissant le souvenir tel, malgré leur douceur, que vous n’avez qu’une envie : les déguster à nouveau. Un film en salles le 4 juillet prochain.

    “J’ai fait 45 films. Il y en a entre 6 et 8 que je trouve merveilleux: « La rose pourpre du Caire », « Maris et femmes », « Match point » a-t-il déclaré lors de la conférence de presse. « Je n’ai pas d’ambition particulière sauf de faire un grand film. Mon but est de faire un magnifique film. J’ai 76 ans maintenant. Je ne pense pas que ça va arriver mais je continue d’essayer… « Le voleur de bicyclette ». « 8 ½. » « Le septième sceau. » « La grande illusion. » Ces films sont supérieurs à la plupart des films. Je voudrais faire un film qui entre dans cette catégorie. »

    Je vous laisse écouter le reste…Désolée pour la mauvaise qualité du son qui n’entachera en rien, je pense, celle des propos du cinéaste, parfaitement audibles (attendre environ 20 secondes pour que la conférence débute)…

    Enregistrement audio de la conférence de presse de Woody Allen, cliquez ci-dessous

    Enregistrement audio de la conférence de presse de Woody Allen pour « To Rome with love »

    Rendez-vous sur Cinefriends pour en savoir plus sur les sorties cinéma.

  • Conférence de presse et programme de la sélection officielle du 65ème Festival de Cannes

    confcannes2012 024.JPG

    confcannes2012 015.JPG

    Ce matin, la rue Scribe se donnait des airs de Croisette. Au Grand Hôtel Intercontinental où se déroulait la conférence de presse du 65ème Festival de Cannes, les médias du monde entier s’étaient donné rendez-vous pour écouter l’annonce tant attendue de la sélection par le Président du festival, Gilles Jacob, et par son délégué général, Thierry Frémaux. La campagne électorale s’est éclipsée quelques heures pour laisser place à cette autre compétition, moins rude mais tout aussi palpitante et qui, sans doute, nous en dira au moins aussi long sur l’état du monde et de notre société, sur ses maux, ses craintes, ses révoltes, ses aspirations. Ce sera déjà mon 12ème Festival de Cannes et pourtant l’impatience est la même, accrue par la fébrilité et l’effervescence qui règnaient dans la majestueuse salle de l’Intercontinental et qui, dans une délicieuse confusion de mon imaginaire galopant et impatient, m’ont donné l’impression d’être déjà un peu à Cannes…

    L’annonce de la sélection a été précédée d’un discours de Gilles Jacob présentant notamment « ce petit travail d’artisan » comme il l’a humblement défini, cette Histoire de Festival numéro 4, un documentaire sur l’anniversaire des 60 ans du festival qui sera présenté le jour de l’anniversaire du festival (65 ans cette fois), sous le titre Une journée particulière, un documentaire que je suis d’autant plus impatiente de découvrir que j’avais vécu cette journée parmi les festivaliers et que j’en garde le souvenir d’un moment magique. Le titre est bien entendu un clin d’œil à Ettore Scola mais aussi à la particularité de cette journée pour laquelle les 35 réalisateurs de « Chacun son cinéma » (et non des moindres !) étaient venus à Cannes en 2007. C’est le 20 mai en salle Debussy que sera projeté ce film prometteur.

    « À nous d’affirmer la persistance d’un cinéma différent cher au Président du Jury comme à celui du Festival» a ensuite poursuivi Gilles Jacob « car ce qui n’a pas changé et ne changera pas, c’est ce que sont les créateurs qui font Cannes et non pas l’éphémère ni l’écume des choses. Dans ce monde qui sacrifie au superficiel, au zapping, à la banalisation, à la fin du débat d’idées par indifférence, ce qui compte, ce qui fait notre force, c’est l’enracinement dans une passion pour le cinéma et pour ceux qui la portent : les grands auteurs. » Et il est vrai que, à Cannes, le rythme devient tout autre. Les débats passionnés et passionnants, exaltés et exaltants, s’inscrivent dans un temps que l’on voudrait éternité qui nous donne à voir des auteurs dont la singularité, la lenteur parfois salutaire, nous rassurent dans une course souvent carnassière et vaine aux images.

    « La chance de Cannes, c'est sa faculté de rassembler dans l’instant privilégié de la découverte d'un film. Un film qui, en un clin d'oeil, invente, réveille, bouleverse, consacre. On vient du monde entier pour retrouver l'élan créateur, cette concentration magique irremplaçable. Les nouvelles technologies, Internet, le piratage, les sorties mondiales simultanées, les nouveaux formats, et tout ce qui viendra ensuite, n'y pourront rien car la passion collective réunificatrice est logée là, c'est ainsi» a-t-il conclu.

    « Concentration magique irremplaçable » et « passion collective réunificatrice », voilà qui définit parfaitement cette atmosphère particulière qu’est celle de Cannes qui brouille délicieusement nos repères censés habituellement distinguer le cinéma de la réalité, qui nous plonge dans un bain cinématographique réconfortant (ou parfois salutairement choquant, dérangeant), dans un cinéma éclectique qui concilie et réconcilie cinéphiles et amateurs d’un cinéma plus grand public et de glamour que symbolise aussi Cannes (comme s’il fallait d’ailleurs les opposer.) Et cette année ne devrait pas déroger à la règle… Il se pourrait même qu’elle égale voire surpasse la surprenante et magnifique édition 2011 qui a vu éclore tant de grands films.

    Thierry Frémaux (qui a terminé sa sélection -dont on imagine à quel point elle doit être un passionnant casse-tête- la nuit dernière !) a ensuite annoncé la sélection officielle tout en spécifiant au préalable que « Quiconque fait un film sur cette planète peut postuler au Festival de Cannes", voilà qui devrait faire taire ceux qui estiment que les mêmes sont toujours sélectionnés (16 des 22 sélectionnés de cette année ont déjà concouru pour la palme d’or et 4 l’ont d’ailleurs déjà obtenue –Mungiu, Haneke, Loach, Kiarostami- mais, après tout, comment ne pas sélectionner un film d’Haneke ou Kiarostami alors que ce sont toujours ou presque de grands films ?) . Il a également précisé que « Le festival ne décide jamais préalablement de donner telle ou telle couleur à la sélection mais reflète état de la création".

    Plus de films ont été soumis au festival cette année : 1779 (1715 l’an passé). 26 pays représentés. 54 longs-métrages ont ainsi été annoncés aujourd’hui. D’autres seront annoncés la semaine prochaine (trois ou quatre). Peut-être le film de François Ozon, par exemple, dont certains regrettent l’absence ? 22 films sont ainsi en lice pour la palme d’or. Pour l’annonce du jury, il faudra attendre quelques jours, en début de semaine prochaine.

    Thierry Frémaux a également souligné que « le cinéma américain revient en force résumé ni à un cinéma indépendant ni à un cinéma de studio ».

    Trois films de réalisateurs français sont en lice pour la Palme d'or : "Vous n'avez encore rien vu" de Alain Resnais, "De rouille et d'os" de Jacques Audiard et "Holly Motors" de Leos Carax. Deux films français figurent également dans la section "Un certain regard": "Le grand soir" de Benoît Delépine et Gustave Kervern, et "Confessions d'un enfant du siècle" de Sylvie Verheyde.

    La conférence de presse s’est achevée par quelques questions. Une journaliste a ainsi demandé pourquoi Wong Kar Wai n’était pas sélectionné, ce à quoi Thierry Frémaux à répondu « Wong Kar Wai met du temps à terminer les films, c'est pourquoi nous n'avons pas pu le voir" .

    Une alléchante sélection entre nouveaux cinéastes et, surtout, cinéastes confirmés qui ne devraient pas moins nous surprendre, selon Thierry Frémaux qui a ainsi paraphrasé le titre du film d’Alain Resnais, « Vous n’avez encore rien vu ».

    Enfin, c’est le scénariste et réalisateur américain Philip Kaufman, qui donnera la leçon de cinéma après Martin Scorsese, Stephen Frears, Nanni Moretti, Wong Kar Wai ou Sydney Pollack. A cette occasion, le Festival présentera son nouveau film : Hemingway & Gellhorn, présenté en Sélection Officielle Hors Compétition, un film produit par HBO, avec Nicole Kidman et Clive Owen qui relate l’histoire passionnée et tumultueuse du grand écrivain et de sa troisième épouse, célèbre correspondante de guerre.

    Nombreux sont les films que j’attends avec énormément d’impatience : le film de Catherine Corsini à Un Certain Regard que Thierry Frémaux a défini comme un " film policier qu'on pourrait dire inspiré par Claude Sautet ». Evidemment le film d’Alain Resnais (accessoirement un de mes cinéastes de prédilection) qui avec « Les herbes folles » avait montré la jeunesse, la vitalité, l’inventivité de son cinéma, la curiosité aiguisée de son regard et qui avec « Vous n’avez encore rien vu » devrait à nouveau le démontrer. Evidemment, j’attends avec impatience « Like someone in love » de Kiarostami (compétition officielle) après un de mes grands chocs cinématographiques que fut son « Copie conforme » (pour lequel Juliette Binoche avait reçu un prix d’interprétation amplement mérité), le nouveau film de Jacques Audiard « De rouille et d’os » ( de retour à Cannes après son grand prix du jury avec « Un Prophète » au Festival de Cannes 2009), le film du petit génie Xavier Dolan « Laurence Anyways » après sa grisante fantasmagorie « Les amours imaginaires » déjà en sélection à Un Certain Regard, le film de Andrew Dominik « Killing them softly » de nouveau avec Brad Pitt déjà époustouflant dans le chef d’œuvre de ce même cinéaste « L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford », le nouveau film de Michael Haneke « Amour » , de retour en compétition officielle trois ans après sa palme d’or pour l'oeuvre austère, cruelle, dérangeante, convaincante, et surtout impressionnante qu’est « Le Ruban blanc ». « Après la bataille » de Yousry Nasrallah sur le printemps égyptien s’annonce également passionnant, et tant d’autres entre lesquels il me sera bien difficile de choisir… et à vrai dire je pourrais vous citer tous les films ou presque de cette sélection même si, sans doute, attendrai-je un peu moins la « comédie musicale violente japonaise », en séance de minuit, de Takeshi Miike qui prouve néanmoins une nouvelle fois l’éclectisme de cette sélection.

    Les amateurs de montées des marches pourront se réjouir d’y voir (probablement) Nicole Kidman, Brad Pitt, Marion Cotillard, Robert Pattinson, Kristen Stewart, Bérénice Béjo, Pete Doherty, Tom Hardy, Jessica Chastain, Kylie Minogue, Eva Mendès… parmi tant d’autres.

    Précisons encore que le film de Wes Anderson dont nous savions qu’il ferait l’ouverture du festival sera également en compétition, que « Thérèse Desqueyroux », l’adaptation du roman éponyme par Claude Miller fera la clôture du festival, que Bérénice Béjo présentera les cérémonies d’ouverture et de clôture, que Nanni Moretti est toujours président du jury, Tim Roth celui du jury Un Certain Regard, que Jean-Pierre Dardenne est président du jury de la Cinéfondation et des courts-métrages, un jury composé de cinq personnalités du cinéma et de la littérature : Arsinée KHANJIAN (actrice canadienne), Karim AÏNOUZ (réalisateur et scénariste brésilien), Emmanuel CARRÈRE (écrivain, scénariste et réalisateur français) et YU Lik-wai (directeur de la photographie et réalisateur chinois).

    Je vous donne rendez-vous chaque jour jusqu’au festival sur http://www.inthemoodforcannes.com mais aussi sur http://www.inthemoodforcinema.com et http://inthemoodlemag.com pour découvrir mes articles sur le festival.

    Sur inthemoodforcannes, chaque jour, je vous présenterai un film de la sélection en détails. Bien entendu, vous y trouverez prochainement le jury et la suite de la sélection…en attendant d’y suivre le festival en direct du 16 au 27 mai.

     

    En Compétition

    Film d'ouverture

       
         

    Wes ANDERSON

    MOONRISE KINGDOM

    1h34

         
     

    ***

     
         

    Jacques AUDIARD

    DE ROUILLE ET D'OS

    1h55

         

    Leos CARAX

    HOLY MOTORS

    1h50

         

    David CRONENBERG

    COSMOPOLIS

    1h45

         

    Lee DANIELS

    THE PAPERBOY

    1h41

         

    Andrew DOMINIK

    KILLING THEM SOFTLY

    1h40

         

    Matteo GARRONE

    REALITY

    1h50

         

    Michael HANEKE

    AMOUR

    2h06

         

    John HILLCOAT

    LAWLESS

    1h55

         

    HONG Sangsoo

    DA-REUN NA-RA-E-SUH
    (IN ANOTHER COUNTRY)

    1h28

         

    IM Sang-soo

    DO-NUI MAT

    (THE TASTE OF MONEY)

    1h53

         

    Abbas KIAROSTAMI

    LIKE SOMEONE IN LOVE

    1h49

         

    Ken LOACH

    THE ANGELS' SHARE
    (LA PART DES ANGES)

    1h46

         

    Sergei LOZNITSA

    V TUMANE

    (DANS LA BRUME)

    2h07

         

    Cristian MUNGIU

    BEYOND THE HILLS

    2h35

         

    Yousry NASRALLAH

    BAAD EL MAWKEAA

    (APRES LA BATAILLE)

    1h56

         

    Jeff NICHOLS

    MUD

    2h15

         

    Alain RESNAIS

    VOUS N'AVEZ ENCORE RIEN VU

    1h55

         

    Carlos REYGADAS

    POST TENEBRAS LUX

    1h40

         

    Walter SALLES

    ON THE ROAD

    (SUR LA ROUTE)

    2h20

         

    Ulrich SEIDL

    PARADIES : Liebe
    (PARADIS : Amour)

    2h00

         

    Thomas VINTERBERG

    JAGTEN

    (THE HUNT)

    1h46

         
         
     

    ***

     

    Film de clôture

       
         

    Claude MILLER

    THÉRÈSE DESQUEYROUX (H.C.)

    1h50

    Un Certain Regard

    Ashim AHLUWALIA

    MISS LOVELY 1er film

    1h50

         

    Juan Andrés ARANGO

    LA PLAYA 1er film

    1h30

         

    Nabil AYOUCH

    LES CHEVAUX DE DIEU

    1h55

         

    Catherine CORSINI

    TROIS MONDE

    1h40

         

    Brandon CRONENBERG

    ANTIVIRAL 1er film

    1h50

         

    Benicio DEL TORO,
    Pablo TRAPERO,
    Julio MEDEM,
    Elia SULEIMAN,
    Juan Carlos TABIO,
    Gaspard NOÉ et
    Laurent CANTET

    7 DIAS EN LA HABANA

    2h05

         

    Benoit DELÉPINE,
    Gustave KERVERN

    LE GRAND SOIR

    1h32

         

    Xavier DOLAN

    LAURENCE ANYWAYS

    2h41

         

    Michel FRANCO

    DESPUÉS DE LUCIA

    1h33

         

    Joachim LAFOSSE

    À PERDRE LA RAISON

    1h54

         

    Darezhan OMIRBAYEV

    STUDENT

    1h30

         

    Moussa TOURE

    LA PIROGUE

    1h27

         

    Pablo TRAPERO

    ELEFANTE BLANCO

    2h00

         

    Sylvie VERHEYDE

    CONFESSION OF A CHILD OF THE CENTURY
    (CONFESSION D'UN ENFANT DU SIECLE)

    2h05

         

    Koji WAKAMATSU

    11.25 THE DAY HE CHOSE HIS OWN FATE

    2h00

         

    LOU Ye

    MYSTERY

    1h30

         

    Benh ZEITLIN

    BEASTS OF THE SOUTHERN WILD 1er film
    (LES BÊTES DU SUD SAUVAGE)

    1h32

         

     


    Hors Compétition

     

    Bernardo BERTOLUCCI

    IO E TE

    1h37

         

    Eric DARNELL, Tom MCGRATH

    MADAGASCAR 3, EUROPE'S MOST WANTED

    (MADAGASCAR 3, BONS BAISERS D'EUROPE)

    1h30

         

    Philip KAUFMAN

    HEMINGWAY & GELLHORN

    2h34

         
         

    Séances de minuit

       
         

    Dario ARGENTO

    DARIO ARGENTO'S DRACULA

    1h46

         

    Takashi MIIKE

    AI TO MAKOTO

    2h14

         
         

    65e anniversaire

       
         
     

    UNE JOURNÉE PARTICULIÈRE de Gilles Jacob

    et Samuel Faure

    53'

     


    Séances Spéciales

    Fatih AKIN

    DER MÜLL IM GARTEN EDEN

    1h25

         

    Laurent BOUZEREAU

    ROMAN POLANSKI : A FILM MEMOIR

    1h34

         

    Ken BURNS,
    Sarah BURNS,
    David MCMAHON

    THE CENTRAL PARK FIVE

    2h00

         

    Sébastien LIFSHITZ

    LES INVISIBLES

    1h55

         

    Claudine NOUGARET,
    Raymond DEPARDON

    JOURNAL DE FRANCE

    1h40

         

    Nelson
    PEREIRA DOS SANTOS

    A MUSICA SEGUNDO TOM JOBIM

    1h30

         

    Gonzalo TOBAL

    VILLEGAS 1er film

    1h36

         

    Apichatpong
    WEERASETHAKUL

    MEKONG HOTEL
  • Conférence de presse du 65ème Festival de Cannes, le 19 avril 2012, en direct

    confca23.jpg

    Comme l'an passé, j'aurai le plaisir d'assister à la conférence de presse d'annonce de la sélection du Festival de Cannes par Thierry Frémaux et Gilles Jacob, jeudi de la semaine prochaine (19 avril), à 11H, à l'Hôtel Intercontinental de Paris.

    J'essaierai de vous faire suivre cette conférence en direct sur twitter sur mon compte twitter principal (http://twitter.com/moodforcinema ) mais surtout je vous livrerai un compte-rendu complet ici, sur mon blog consacré au festival et sur http://inthemoodlemag.com .

    Rendez-vous donc jeudi prochain!

  • Interview de Jeff Domenech, réalisateur de "Belmondo, itinéraire..."

    AFFICHE BLACK.jpg

    couv-belmondo-final.jpg

    Même si j'ai décidé de continuer à développer les interviews vidéo comme celle de John Malkovich (à propos, il est encore temps d'aller voir son adaptation des "Liaisons dangereuses", retrouvez mon interview et ma critique en cliquant ici) ou Anthony Delon récemment (une interview que vous pouvez retrouver là, même si la pièce pour laquelle je l'ai interviewé "Panik" est malheureusement arrêtée prématurément), je n'abandonne pas pour autant les interviews écrites et j'ai le plaisir de publier aujourd'hui celle de Jeff Domenech. Si ce nom ne vous dit peut-être rien, en revanche certainement avez-vous entendu parler de son documentaire "Belmondo, itinéraire..." projeté lors du mémorable hommage que lui a rendu le Festival de Cannes 2011 ( un documentaire par ailleurs diffusé à la télévision le même jour). Ce passionné de cinéma (et de Belmondo) au parcours atypique qui a d'abord réussi dans la restauration rapide à Grasse, très cinéphile, est parvenu, avec Vincent Perrot, à monter ce projet que certains auront sans doute jugé complètement fou et utopique.

     Moi qui n'en suis pas avare de projets fous et qui sais à quel point la route est semée d'embûches autant que passionnante, j'avais envie de connaître son regard sur cette aventure, d'en savoir plus sur sa cinéphilie et ses projets.

    Je le remercie d'avoir accepté de répondre à ces questions.

    Pour le plaisir, en bonus, après l'interview, vous trouverez la fameuse scène de l'étonnement d'"Itinéraire d'Un Enfant gâté", mon article sur l'hommage mémorable du Festival de Cannes à Jean-Paul Belmondo et mes commentaires sur le documentaire de Jeff Domenech, et la critique de "La Sirène du Mississipi" de François Truffaut, avec Jean-Paul Belmondo.

     Les photos qui illustrent l'interview appartiennent Jeff Domenech. Celles qui illustrent le compte-rendu de l'hommage sont celles que j'ai prises lors de cet évènement .

    INTERVIEW DE JEFF DOMENECH

    3.jpg

     

    .       Votre propre histoire qui vous a mené à « Belmondo, itinéraire… »,  c’est finalement aussi, l’« itinéraire d’un enfant gâté » ?
     

     Oui on peut le résumer ainsi ... meme si le parcours pour monter un tel projet n'a pas été simple . On peut dire que j'ai réalisé mon rêve ... L'image la plus symbolique , c'est cette photo que mon père a prise de moi en Mai 1985 , lors de ma premiere visite au festival de Cannes.
    Je pose devant une l'affiche du film "Hold-up"   ( mon père me disant : "profites-en c'est la seule fois où tu pourras approcher Belmondo ! " )

    021.JPG


    Et me voila 26 ans plus tard  tout en haut des marches dans ce meme festival , aux côtés de mon idole pour venir présenter le film que je lui ai consacré ... Avec a l'issue de cette projection , la remise d'une palme d'or ... 

    CANNES.jpg

    Copyright Christophe Geral

     

     C'est une belle histoire et un beau clin d'oeil du destin. Je résume d'ailleurs tout ce parcours et cette histoire assez incroyable dans mon livre "Belmondo du rève à la réalité " . Et si  cela peut donner des envies à certains d'aller au bout de leur rêves les plus fous ... j'en serai très fier.

     
    2.        Quel souvenir gardez-vous de la projection cannoise,  cet hommage bouleversant, en présence d’un incroyable générique ?
     

    Dès le départ de ce projet , j'ai eu deux idées en tête. La première :réunir un casting  multi générationel ( où chacun nous parlerait de "son Belmondo") et la seconde de présenter le film au festival de  Cannes. Deux idées ambitieuses et pas si simples à réaliser ... Mais là encore j'ai fait preuve de culot et de tenacité et j'ai réussi a aller au bout de mes rêves ... Pour le casting on retrouve Delon, Cardinale, Rochefort, Marielle, Galabru, Cardinale, Lelouch, Lautner, Blier, Besson...  mais aussi la jeune génération Cassel, Dujardin, G. lellouche, Cornillac, Dupontel, Paradis, Marceau ... Et deux  clins d'oeil l'un du DJ Bob Sinclar et le deuxieme de Zinedine Zidane ... Concernant le festival de Cannes, Thierry Fremaux et Gilles Jacob se sont montrés immédiatement très enthousiastes a l'idée de célèbrer la carrière de Belmondo lors d'une soirée spéciale . Restait quand meme le  challenge le plus difficile, celui de réaliser un film à la hauteur de l'immense carrière de Jean-Paul.

     
    3.       Si vous deviez définir Jean-Paul Belmondo en trois adjectifs tel que vous l’imaginiez avant de le connaître et en trois adjectifs tels que vous le définiriez après l’avoir rencontré ?
     

    Avant de connaitre Jean Paul , je le voyais avec les yeux d'un fan pour son idole ... Héroïque.  Magnifique. Charismatique.
    A présent qu'il est devenu un ami intime je vous répondrais ... Généreux , fidèle et ... déconneur !

     
    4.       Qu’avez-vous retiré de cette expérience que j’imagine humainement et cinématographiquement particulièrement enrichissante …et peut-être d’ailleurs parfois aussi déstabilisante?
     

    Lorsque vous évoluez dans un monde qui n'est pas le vôtre vous commencez par faire profil bas et observer les soit-disants "professionnels de la profession". Mais je me suis vite rendu compte que la franchise , la sincérité , et la loyauté ne sont sont pas des valeurs très présentes dans ce milieu ( je ne parle pas des artistes ) . Pourtant dès le départ Belmondo , Lautner et meme Michèle Mercier m'avaient affranchis en me parlant des pièges de ce métier , et des personnes mal intentionnées qui gravitent tout autour . Alors au départ j'ai fait des erreurs que j'ai payé très cher ( dans tous les sens du terme ! ). Si l'on dit souvent que l'on paye pour apprendre ... alors on va dire que j'ai énormément appris en 3 ans . J'ai dû abandonner mon premier projet de film sur Belmondo , pour en monter un second avec Vincent Perrot qui lui a reussi a mener ce projet a son terme de facon rigoureuse et professionnelle .

     
    5.        Y a-t-il des extraits que vous auriez souhaité mettre dans le documentaire mais que vous n’avez pas pu inclure pour des raisons de droits ou d’autres raisons ? Y a-t-il des interviews que vous auriez aimé ajouter au documentaire et que vous n’avez pas eu l’opportunité de réaliser ?
     

    En général, j'évite de regarder en arrière pour justement éviter d'avoir des regrets  ... le seul refus d'interview que j'ai eu c'est Godard. Sinon je regrette de ne pas avoir pu utiliser les interviews de certains acteurs pourtant présents dans le premier projet . ( Romain Duris, Edouard Baer , Richard Anconina , Laurent gerra ou Michele Mercier) . Mais je regrette surtout de ne pas avoir pu réaliser la scène finale que j'avais écrite et dont je rêvais ... En fait pour conclure le film, on revoyait la scène culte d' " A bout de souffle"  ou Belmondo remonte les Champs Elysées aux cotés de Jean Seberg. Il lui rend son journal en lui disant
     " Tiens je te le rends , il ya pas d'horoscope " ... Seberg lui demande
    " C'est quoi l'horoscope ? " ... Belmondo réplique :
    " L'horoscope c'est l'avenir , j'ai envie de savoir l'avenir..."
     
    Et a la suite de cela , on faisait un fondu enchainé sur Jean Paul avec sa fille Stella  au même endroit sur les Champs Elysées mais de nos jours ...
    Avec Stella qui dit a son père ...
     " Mais papa , c'est quoi l'avenir ?"    et Jean Paul baisse son regard sur elle en lui disant :
    " l'avenir ... c'est toi. "
     
    Voila comment j'avais imaginé la scène finale ... Donc si je devais avoir un regret ca serait celui de ne pas avoir pu filmer cette scène .

     
     
    6.        Quel est le témoignage qui vous a le plus surpris et celui qui vous a le plus touché et pourquoi ?

     Difficile de ressortir un seul témoignage ... Je peux quand même vous dire que Jean-Paul  a été très touché par la lettre de son ami Bruno Cremer  ( décédé peu de temps près ) et il a été aussi très sensible aux témoignages de la jeunes génération , et surpris de l'influence qu'il a pu avoir sur eux .

     
    7.        Si vous ne deviez choisir qu’un seul film de Jean-Paul Belmondo, quel serait-il et pourquoi  (même s’il y a sans doutes de grandes chances pour qu’il s’agisse du « Professionnel ») ?  Et si vous ne deviez choisir qu’une seule scène d’un film avec Jean-Paul Belmondo, (peut-être celle qui le représente le mieux ou que vous préférez), quelle serait-elle ?
     

    J'ai souvent demandé a Jean Paul quel était son film préféré ... et il m'a toujours répondu très justement , que ses films c'était comme ses enfants il est impossible d'en préférer un plutot qu'un autre.
    Je me souviens qu'un jour, mon pote Albert Dupontel m'as dit une chose très juste ... " A chaque moment de notre vie on a un Belmondo qui nous correspond" 
    Alors sur ce postulat je dirais que mes préférences pour le  début de sa carrière vont vers  "A bout de souffle", "Un nommé la Rocca"," Un singe en hiver" et "Pierrot le fou "
    Dans les années 70 " Peur sur la ville" " Le magnifique " et surtout " l'incorrigible" où Jean Paul est en totale liberté !
    Puis evidement " Le professionnel" dont j'ai usé à l'époque la bande vhs  ... Mais là ou Jean Paul arrive au sommet de son art c'est bien évidemment sous l'oeil de Claude Lelouch dans " Itineraire d'un enfant gâté" .
     La scène du face à face avec  Anconina restera a jamais dans l'histoire du 7 ième art.

     
    8.       Pouvez-vous nous parler de votre prochain projet. Celui-ci ne vous a-t-il pas donné envie de passer à la réalisation de fictions ?
     

    C'est pas les projets ni les idées qui me manquent ... mais après une telle aventure j'ai eu besoin de faire un break.  Mais J'ai quand même pris le temps d'écrire un programme court destiné au petit ecran , et je suis en préparation d'un nouveau film documentaire. Et concernant la réalisation d'un long metrage , c'est dans un coin de ma tête depuis des années.

     
    9.       Si une baguette magique vous permettait de réaliser un documentaire sur trois personnalités que vous admirez (mortes ou vivantes), quelles seraient-elles ?

     Sans hésitation  faire un face a face " De niro vs Pacino" en retracant leur parcours et leur carrière en parallèle ... Concernant la troisième personne , vous le saurez très prochainement ...
     
     
    10.   En mettant de côté les films de Jean-Paul Belmondo, quels sont les 5 films que vous considérez comme vos films de prédilection ?
     
    C'est pas simple ...
     Pour les films francais : 37, 2 le matin , Série Noire , Irreversible , Bernie , Le père noel est une ordure.
    Pour les films americains : Raging Bull , Voyage au bout de l'enfer, Pulp fiction , Il etait une fois en amerique, Apocalyse now.

    COMPTE-RENDU DE L'HOMMAGE A JEAN-PAUL BELMONDO - FESTIVAL DE CANNES 2011

     

    belmondo4.jpg

    belmondo5.jpg

    belmondo6.jpg

    belmondo7.jpg

    belmondo8.jpg

    belmondo9.jpg

    belmondo10.jpg

    belmondo3.jpg

    belmondo2.jpg

    belmondo1.jpg

    Le festival s’achève dans 5 jours déjà, et les journées (et les soirées) se succèdent à un rythme joyeux et vertigineux sans que je trouve le temps de vous raconter tout ce que je souhaiterais (mais je le ferai après le festival), mais je ne pouvais pas ne pas vous parler de l’incroyable émotion qui s’est emparée de Cannes hier soir, un de ces moments qui resteront sans aucun doute comme un des plus beaux de la mémoire du festival, et de ma mémoire de festivalière. Devant la salle Debussy où s’est déroulé l’hommage, l’affluence n’était étrangement pas au rendez-vous, beaucoup de festivaliers ayant préféré, sans doute, assister à la montée des marches, une montée des marches qui a bouleversé l’assistance, les photographes français et internationaux ayant exceptionnellement déposé leurs appareils photos, non pas en signe de protestation comme avec Isabelle Adjani il y a quelques années mais pour applaudir Jean-Paul Belmondo (sur la musique de Chi Mai, composé par Ennio Morricone , sublime musique du film « Le Professionnel ») comme nous l’a raconté Thierry Frémaux en arrivant dans la salle, précisant que le présentateur de la montée des marches en avait même perdu la voix.

    Pendant ce temps, dans la salle Debussy, de plus en plus fébrile, tandis qu’arrivaient les premiers invités (Faye Dunaway, l’indétrônable Jack Lang…), nous attendions l’arrivée de cet acteur qui a su concilier cinéma d’auteur et cinéma populaire, et qui ne s’est jamais pris pour la star incontestable qu’il est. Belmondo n’était pas venu à Cannes depuis l’hommage à Gérard Oury en 2001 (auquel je me souviens d’avoir assisté, dans la salle Bunuel, avec, là aussi, une incroyable assistance), sa dernière sélection en compétition remontant à 1974 pour « Stavisky » d’Alain Resnais.

    Puis est arrivé le moment tant attendu avec la montée sur scène d’un formidable générique où se mêlaient des acteurs ayant tourné avec lui, ses amis du Conservatoire (leur présence étant la première chose souhaitée par Belmondo lorsque cet hommage lui a été annoncé) , des réalisateurs pour lesquels il a tourné etc : Claudia Cardinale, Marielle, Rochefort, Vernier, Charles Gérard, Guy Bedos, Claudia Cardinale, Claude Lelouch, Albert Dupontel, Samy Naceri, Richard Anconina, Xavier Beauvois, Michel Hazanavicius, Nicole Calfan… Puis « Il » est arrivé, descendant aussi rapidement que lui permettait son état de santé, acclamé par la salle Debussy et ses amis sur scène. Quand, comme moi, on a aimé le cinéma avec « Borsalino », « Le Doulos », « La Sirène du Mississippi » mais aussi tous ces films populaires et jubilatoires et évidemment « A bout de souffle » impossible de ne pas être bouleversée par cet homme qui a incarné tous ces rôles et qui cheminaient vers la scène avec tant de difficultés mais avec un imperturbable sourire d’enfant, et sous les acclamations d’un public particulièrement ému.

    Avec lui, c’était tout un pan du cinéma français qui se déplaçait vers la scène, dans un lent, magnifique et douloureux flashback. Thierry Frémaux et Gilles Jacob ont rivalisé d’humour et d’élégance, visiblement eux aussi émus, Gilles Jacob lui disant « vous avez réussi ce soir votre plus belle cascade ». Puis ce dernier lui a remis un palme d’or pour sa carrière, une distinction reçue avant lui par Jeanne Moreau, Catherine Deneuve, Clint Eastwood et Gérard Oury. Pour Gilles Jacob : "l'étendue du registre de Bébel, le charisme de sa personnalité, la précision de son jeu, la gouaille de ses propos, l'aisance de son allure en ont fait avec Jean Gabin et Michel Simon, l'un des plus grands comédiens français de tous les temps". « Je suis très ému par cette Palme qui me va droit au coeur. Je veux remercier tous ceux qui sont ici, ceux que je connais et ceux que je ne connais pas. Un grand merci du fond du coeur !" a alors déclaré Jean-Paul Belmondo, avant que la salle, toujours debout, ne l’acclame à nouveau.

    A ses côtés, son fils Paul arborait un visage grave, peut-être pour contenir son émotion, Claude Lelouch et Richard Anconina ne pouvaient retenir leurs larmes, à l’image d’une grande partie de l’assistance. Enfin, Vincent Perrot et Jeff Domenech ont pris la parole, ce dernier n’oubliant pas d’adresser une pensée pour Marie-France Pisier (qui aurait dû être là…) et pour celle qui fut sa costumière pendant plus de 50 ans.

    A ensuite débuté la projection du documentaire que vous avez pu également voir sur France 2…sans entendre néanmoins les applaudissements de la salle Debussy qui ont ponctué la projection : lors des cascades impressionnantes de Belmondo (notamment celles du « Guignolo » à Venise), lors de la lecture d’une lettre d’amitié de Bruno Crémer, lors de l’apparition à l’écran de Marie-France Pisier, lors de scènes inoubliables (comme celle d’ « Itinéraire d’un enfant gâté », une de mes préférés, ou comme celle de la fin du « Professionnel » avec Robert Hossein)...ou lorsque Delon dit que la différence entre eux se résume au fait que si Belmondo passe sa tête hors du train tout le monde rit, et reste impassible s’il s’agit de lui.

    Le documentaire fait défiler sa carrière à travers des extraits de ses films mêlés avec les témoignages d’acteurs de sa génération et d’aujourd’hui, le tout accompagné par une voix-off signée Jean Dujardin, le film commençant par Belmondo qui va assister lui-même au film de sa vie d’acteur (et le documentaire s’y cantonne strictement et c’est tant mieux), étrange mise en abyme puisque nous-mêmes voyions le film en sa compagnie. De temps, à autre, je ne pouvais m’empêcher de me retourner pour voir ses réactions, deux rangs derrière moi, assis à côté de Claudia Cardinale, comme l’était Alain Delon, dans cette même salle, pour la projection de la version restaurée du « Guépard » l’an passé. Tandis que, l’un, l’année dernière, Alain Delon, avait le visage grave et soucieux, Belmondo avait à nouveau ce visage d’enfant ébloui et amusé de ses propres blagues, échangeant des sourires complices avec Claudia Cardinale, radieuse. Que pouvait-il bien penser, en voyant défiler tous ces témoignages d’amitié, en se voyant effectuer les cascades les plus improbables, en revoyant tous ces extraits sans doute associés pour lui à tant de souvenirs ? Que pouvait bien penser Claudia Cardinale, voyant ce film, qui d’une certaine manière, à l’image du « Guépard » de Visconti, l’an passé, lui montrait l’évanouissement d’un monde, la fin d’une époque ? C’était à la fois joyeux (le festival voulait faire de cet hommage une fête et il l’a été) et douloureux, au souvenir de sa lente montée vers la scène qui contrastait tellement avec ses cascades spectaculaires sur l’écran, et qui résonnait parfois comme un hommage posthume à cet acteur qui, aujourd’hui encore incarne tellement la vie, « foudroyant de vie et d’amitié ». Comment ne pas être nostalgique aussi en revoyant tous ces comédiens comme Gabin dans l’inénarrable scène de « Un singe en hiver »… ?

    Cannes ne pouvait pas ne pas rendre hommage à celui qui résume finalement ce festival qui sait concilier cinéma d’auteur et cinéma populaire. Un grand moment, vraiment. Merci Cannes. Merci M.Belmondo. Merci Jeff Domenech (qui, auparavant travaillait dans la restauration rapide à Grasse, très cinéphile et proche de Lautner et qui, avec Vincent Perrot a monté ce projet que leur envie certainement plus d’un réalisateur) pour ce documentaire qui m’a replongée dans le cinéma que j’aime et qui m’a fait aimer le septième art, un documentaire malheureusement trop court (les extraits donnant envie de revoir tous ses films !). Je crois que je garderai longtemps le souvenir de ce géant du cinéma au regard et au sourire d’un enfant malicieux qui n’a pas dit son dernier mot et qui semble déjà songer à sa prochaine blague ou pirouette. En revoyant ces archives Belmondo aurait déclaré à Vincent Perrot que cela lui avait donné envie de remonter sur scène. Si seulement…

    Pour clore cet hommage, cliquez ici pour retrouver ma critique de « Borsalino » de Jacques Deray et retrouvez ma critique de la Sirène du Mississippi, ci-dessous.

    Critique de"La Sirène du Mississipi" de François Truffaut (1969): entre joie et souffrance...

    sirene5.jpg
    sirene2.jpg
     
    sirene1.jpg

    Après « Baisers volés » (1969) et « La Femme d’à côté » (1981), pour cet hommage à Jean-Paul Belmo,do, je poursuis également le cycle consacré à François Truffaut sur inthemoodforcinema.com, en remontant un peu dans le temps, avec « La Sirène du Mississipi », un film sorti en 1969. Dédié à Jean Renoir, adapté, scénarisé et dialogué par Truffaut d’après un roman de William Irish intitulé « Waltz into Darkness » (pour acquérir les droits François Truffaut dut emprunter à Jeanne Moreau, Claude Lelouch et Claude Berri), c’est davantage vers le cinéma d’Alfred Hitchcock, que lorgne pourtant ce film-ci, lequel Hitchcock s’était d’ailleurs lui-même inspiré d’une nouvelle de William Irish pour « Fenêtre sur cour ». Truffaut avait lui-même aussi déjà adapté William Irish pour « La mariée était en noir », en 1968.

     

    Synopsis : Louis Mahé (Jean-Paul Belmondo) est fabriquant de cigarettes à La Réunion. Il doit épouser Julie Roussel qu’il a rencontrée par petite annonce et dont il doit faire la connaissance le jour du mariage. Lorsqu’elle débarque à La Réunion, d’une beauté aussi froide que ravageuse, elle ressemble peu à la photo qu’il possédait d’elle. Elle lui affirme ainsi lui avoir envoyé un faux portrait, par méfiance. Peu de temps après le mariage, l’énigmatique Julie s’enfuit avec la fortune de Louis. Louis engage alors le solitaire et pointilleux détective Comolli (Michel Bouquet) pour la rechercher, et il rentre en France. Après une cure de sommeil à Nice, il retrouve Julie qui se nomme en réalité Marion (Catherine Deneuve) par hasard, elle travaille désormais comme hôtesse dans une discothèque. Il est déterminé à la tuer mais elle l’apitoie en évoquant son enfance malheureuse et ses sentiments pour lui qui l’aime d’ailleurs toujours… Commence alors une vie clandestine pour ce singulier couple.

     

    sirene4.jpg

     

    Ce film connut un échec public et critique à sa sortie. Truffaut expliqua ainsi cet échec : « Il est aisé d’imaginer ce qui a choqué le monde occidental. La Sirène du Mississipi montre un homme faible (en dépit de son allure), envoûté par une femme forte (en dépit de ses apparences) ». Voir ainsi Belmondo ravagé par la passion qui lui sacrifie tout explique pour Truffaut l’échec du film. C’est vrai que ce film peut dérouter après « Baisers volés », quintessence du style Nouvelle Vague. Son romantisme échevelé, sombre, voire désespéré (même si Doinel était déjà un personnage romantique) mais aussi son mélange des genres (comédie, drame, film d’aventures, film noir, policier) ont également pu dérouter ceux qui voyaient avant tout en Truffaut un des éminents représentants de la Nouvelle Vague.

     

    Comme chacun de ses films « La Sirène du Mississipi » n’en révèle pas moins une maîtrise impressionnante de la réalisation et du sens de la narration, des scènes et des dialogues marquants, des références (cinématographiques mais aussi littéraires) intelligemment distillées et le touchant témoignage d’un triple amour fou : de Louis pour Marion, de Truffaut pour Catherine Deneuve, de Truffaut pour le cinéma d’Hitchcock.

     

    Truffaut traite ainsi de nouveau d’un de ses thèmes de prédilections : l’amour fou, dévastateur, destructeur. Malgré la trahison de la femme qu’il aime, Louis tue pour elle et la suit au péril de sa propre existence… Après les premières scènes, véritable ode à l’île de La Réunion qui nous laisse penser que Truffaut va signer là son premier film d’aventures, exotique, le film se recentre sur leur couple, la troublante et trouble Marion, et l’amour aveugle qu’elle inspire à Louis. Truffaut traitera ce thème de manière plus tragique, plus subtile, plus précise encore dans « L’Histoire d’Adèle.H », dans « La Peau douce » (réalisé avant « La Sirène du Mississipi) notamment ou, comme nous l’avons vu, dans « La Femme d’à côté », où, là aussi, Bernard (Gérard Depardieu) emporté par la passion perd ses repères sociaux, professionnels, aime à en perdre la raison avec un mélange détonant de douceur et de douleur, de sensualité et de violence, de joie et de souffrance dont « La sirène du Mississipi » porte déjà les prémisses.

     

    Bien qu’imprégné du style inimitable de Truffaut, ce film est donc aussi une déclaration d’amour au cinéma d’Hitchcock, leurs entretiens restant le livre de référence sur le cinéma hitchcockien (si vous ne l’avez pas encore, je vous le conseille vivement, il se lit et relit indéfiniment, et c’est sans doute une des meilleures leçons de cinéma qui soit). « Les Oiseaux », « Pas de printemps pour Marnie », « Sueurs froides», « Psychose », autant de films du maître du suspense auxquels se réfère « La Sirène du Mississipi ». Et puis évidemment le personnage même de Marion interprétée par Catherine Deneuve, femme fatale ambivalente, d’une beauté troublante et mystérieuse, d’une blondeur et d’une froideur implacables, tantôt cruelle, tantôt fragile, empreinte beaucoup aux héroïnes hitchcockiennes, à la fois à Tippie Hedren dans « Pas de printemps pour Marnie » ou à Kim Novak dans « Sueurs froides » notamment pour la double identité du personnage dont les deux prénoms (Marion et Julie) commencent d’ailleurs comme ceux de Kim Novak dans le film d’Hitchcock- Madeleine et Judy-.

     

    A Deneuve, qui vient d'accepter le film, Truffaut écrivit : « Avec La Sirène, je compte bien montrer un nouveau tandem prestigieux et fort : Jean-Paul, aussi vivant et fragile qu'un héros stendhalien, et vous, la sirène blonde dont le chant aurait inspiré Giraudoux. » Et il est vrai qu’émane de ce couple, une beauté ambivalente et tragique, un charme tantôt léger tantôt empreint de gravité. On retrouve Catherine Deneuve et Jean-Paul Belmondo dans des contre-emplois dans lesquels ils ne sont pas moins remarquables. Elle en femme fatale, vénale, manipulatrice, sirène envoûtante mais néanmoins touchante dont on ne sait jamais vraiment si elle aime ou agit par intérêt. Lui en homme réservé, follement amoureux, prêt à tout par amour, même à tuer.

     

    A l’image de l’Antiquaire qui avait prévenu Raphaël de Valentin dans « La Peau de chagrin » à laquelle Truffaut se réfère d’ailleurs, Louis tombant par hasard sur le roman en question dans une cabane où ils se réfugient ( faisant donc de nouveau référence à Balzac après cette scène mémorable se référant au « Lys dans la vallée » dans « Baisers volés »), et alors que la fortune se réduit comme une peau de chagrin, Marion aurait pu dire à Louis : « Si tu me possèdes, tu possèderas tout, mais ta vie m'appartiendra ».

     

    Enfin ce film est une déclaration d’amour de Louis à Marion mais aussi et surtout, à travers eux, de Truffaut à Catherine Deneuve comme dans cette scène au coin du feu où Louis décrit son visage comme un paysage, où l’acteur semble alors être le porte-parole du cinéaste. Le personnage insaisissable, mystérieux de Catherine Deneuve contribue largement à l’intérêt du film, si bien qu’on imagine difficilement quelqu’un d’autre interprétant son rôle.

    sirene3.jpg

     

    Comme souvent, Truffaut manie l’ellipse avec brio, joue de nouveau avec les temporalités pour imposer un rythme soutenu. Il cultive de nouveau le hasard comme dans « Baisers volés » où il était le principal allié de Doinel, pour accélérer l’intrigue.

     

    Alors, même si ce film n’est pas cité comme l’un des meilleurs de Truffaut, il n’en demeure pas moins fiévreux, rythmé, marqué par cette passion, joliment douloureuse, qui fait l’éloge des grands silences et que symbolise si bien le magnifique couple incarné par Deneuve et Belmondo. Avec « La Sirène du Mississipi » qui passe brillamment de la légèreté au drame et qui dissèque cet amour qui fait mal, à la fois joie et souffrance, Truffaut signe le film d’un cinéaste et d’un cinéphile comme récemment Pedro Almodovar avec « Les Etreintes brisées ».

     

    « La Sirène du Mississipi » s’achève par un plan dans la neige immaculée qui laisse ce couple troublant partir vers son destin, un nouveau départ, et nous avec le souvenir ému de cet amour fou dont Truffaut est sans doute le meilleur cinéaste.

     

    Dix ans plus tard, Catherine Deneuve interprétera de nouveau une Marion dans un film de Truffaut « Le dernier métro », et sera de nouveau la destinataire d’ une des plus célèbres et des plus belles répliques de Truffaut, et du cinéma, que Belmondo lui adresse déjà dans « La Sirène du Mississipi »:

     

    « - Quand je te regarde, c'est une souffrance.

    - Pourtant hier, tu disais que c'était une joie.

    - C'est une joie et une souffrance.''

     

    Sans doute une des meilleures définitions de l’amour, en tout cas de l’amour dans le cinéma de Truffaut… que nous continuerons à analyser prochainement avec « L’Histoire d’Adèle.H ». En attendant je vous laisse méditer sur cette citation et sur le chant ensorcelant et parfois déroutant de cette insaisissable « Sirène du Mississipi ».

    couv-belmondo-final.jpg

    Le communiqué de presse sur le livre "Du rêve la réalité" de Jeff Domenech:

    C’est l’histoire d’un gamin de Marseille qui réalise son rêve à quarante ans.

    C’est l’histoire d’un fan qui entre dans le cercle intime de l’une des plus grandes stars du cinéma français.

    C’est l’histoire d’un ancien serveur dans une chaine de fast-food qui devient auteur et produc­teur d’un documentaire diffusé en prime-time sur France 2.

    Jeff Domenech est depuis toujours incondition­nel de Jean-Paul Belmondo. Il aime autant sa décontraction insolente dans À bout de souffle que son goût des cascades dans Peur sur la ville ou son tempérament comique dans L’as des as. Il a toujours rêvé de le rencontrer. Il va faire mieux : le convaincre de participer à un film retraçant sa carrière.

    Rien ne le prédisposait pourtant à pareille réussite : entré comme serveur chez Mc Donald’s, devenu directeur de la succursale de Grasse, dans les Alpes Maritimes, il n’avait aucun rapport avec le monde du cinéma. Mais Jeff Domenech est de ces hommes qui savent saisir les opportunités : il deviendra ami avec le réalisateur Georges Lautner qui lui présentera son légendaire interprète de Flic ou voyou.

    Comment devient-on ami avec une star ? Comment vit Jean-Paul Belmondo au quotidien ? Quel homme est-il ? Comment réussit-on à convaincre les plus grands stars françaises de participer à un tel projet ? A travers les coulisses d’un documentaire exceptionnel, ce livre est une manière de découvrir Jean-Paul Belmondo dans son intimité et sa simplicité chaleureuse. Une manière aussi pour Jeff Domenech de dire : tout est possible, il suffit d’y croire.

    L’auteur

    Entré comme serveur en 1989 au Mc Donald’s de Marseille, Jeff Domenech a gravit tout les échelons de responsabilités de la chaîne internationale de restauration rapide jusquà diriger le restaurant de Grasse qu’il quittera en Janvier 2011 pour se consacrer exclusivement à l’écriture et à la production audiovisuelle.

    Son premier documentaire en tant qu’auteur et producteur avec Vincent Perrot qui en est aussi le réalisateur, Belmondo, Itinéraire est projeté au Festival de Cannes, dans le cadre d’un hommage à Jean-Paul Belmondo, le mardi 17 mai et diffusé le même jour en prime time dans le cadre d’une soirée spéciale Jean-Paul Belmondo sur France 2.

  • Conférence de presse des Deauville Green Awards: un nouveau festival de cinéma à Deauville, consacré au développement durable

    green2.jpg

     

    deauvillegreenawards 003.JPG

    Avant-hier, à la Société Civile Des Auteurs Multimédias, à Paris, avait lieu la conférence de presse des Deauville Green Awards, troisième festival de cinéma deauvillais (après le Festival du Cinéma Américain dont ce sera cette année la 38ème édition et après le Festival du Film Asiatique dont ce sera cette année la 14ème édition, deux festivals que je vous ferai par ailleurs suivre ici et sur In the mood for Deauville, en direct comme chaque année), ce qui tombe d'autant mieux que la thématique 2012 de Deauville, comme je vous l'annonçais avant-hier, sera le cinéma.

    Jean-Charles Pentecouteau, président des Deauville Green Awards, Georges Pessis, son délégué général, François Morgant, son vice-président et enfin, Philippe Augier, le Maire de Deauville ont ainsi présenté cette nouvelle belle manifestation, qui verra le jour à Deauville les 11 et 12 avril prochains, dont l'ambition est de valoriser les bonnes pratiques dans le domaine du développement durable mais aussi les échanges professionnels. Ce sera ainsi le premier festival international du film corporate pour l'écologie et le développement durable avec une compétition professionnelle tournée vers l'international mais aussi un véritable forum de rencontres et de débats pour les professionnels de la communication audiovisuelle.

    Philippe Augier a ainsi expliqué les raisons pour lesquelles le soutien de la ville de Deauville était naturel:

    -d'abord parce que Deauville est une ville de festivals, de rencontres, de partages

    -ensuite, parce que Deauville a mis en place une charte du développement durable avec des mesures telles que le renouvellement progressif du parc automobile mais aussi des actions de sensibilisation auprès des populations.

    -enfin parce que Deauville est la ville du cinéma, a  fortiori cette année puisque ce sera la thématique de cette année 2012, Deauville "renforçant ainsi sa capacité évènementielle avec une thématique par année". Deauville est par ailleurs une ville de tournage.

    Près de 40% des films présentés viendront de l'étranger: Belgique, Suède, Allemagne, Suisse, Australie, Arabie Saoudite... Ils ne se cantonneront pas à l'environnement puisque le développement durable concerne aussi les problèmes sociétaux ou économiques.

    Les jurés  (le jury est composé d'experts de la communication et du développement durable) jugeront les films à domicile selon 5 critères:

    1. La réalisation

    2. L'image/ Les effets visuels

    3.La musique/ Le son

    4.La pertinence de l'information

    5. L'efficacité du message

    Une séance publique permettra aux Deauvillais de voir les films primés, la contrepartie demandée par la ville, même si ce festival sera avant tout destiné aux professionnels.

    Si cela vous intéresse, si vous avez réalisé un film d'entreprise sur le développement durable, vous avez jusqu'au 1er mars pour l'inscrire (avec un surcoût pour l'inscription après le 15 février). Tout film est accepté y compris venant de la publicité. Le film doit traiter de l'entreprise mais ne doit pas forcément venir de l'entreprise. 22 catégories et 11 thématiques sont prévus.

    Le trophée du festival sera une Asteria, une étoile de mer, symbole de l'eau, de l'air, du feu, de la terre, du temps des Grecs. Dans la mythologie grecque, Astéria est la fille du Titan Coéos et de sa sœur Phébé et que, selon Hésiode, Astéria est la mère d'Hécate, qu'elle conçut avec Persès le Titan. Elle fut aimée et poursuivie par Zeus. Pour lui échapper, elle se transforma en caille et plongea dans la mer et à cet endroit apparut l'île d'Astérie plus tard nommée Délos.

    Pour en savoir plus sur ce festival, pour inscrire vos films: http://www.deauvillegreenawards.com / contact@deauvillegreenawards.com /