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CONFERENCES DE PRESSE - Page 7

  • Avant-première- "Abel" de Diego Luna: vidéos de la conférence de presse à Deauville

    C'est le 12 janvier que sortira en salles le 1er film de l'acteur Diego Luna en tant que réalisateur. Si je vous en parle dès maintenant, c'est parce que ce film, présenté en compétition du dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville, en est malheureusement reparti bredouille et aurait à mon sens, davantage que "Mother and child", mérité de figurer au palmarès.

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     Abel est ainsi un enfant de 9 ans qui ne parle plus depuis que son père a quitté la maison. Un jour il retrouve la parole et se prend pour son père. Tout le monde se plie à ses volontés et joue le jeu jusqu’au jour où le père d’Abel réapparait. (Vous trouverez ci-dessus deux vidéos de la conférence de presse dans laquelle Diego Luna explique la genèse du film).  « Abel » a été présenté hors compétition dans le cadre du dernier Festival de Cannes. Filmé la plupart du temps à hauteur d’Abel, le regard, frondeur, déterminé, si touchant du petit garçon, nous saisit dès le début pour ne plus nous quitter et pour, finalement, arracher au nôtre quelques larmes. Avec beaucoup de pudeur et de drôlerie, parfois pour désamorcer des scènes qui auraient pu se révéler glauques, Diego Luna nous embarque dans son histoire qu’il filme et conte avec beaucoup de tendresse, nous surprend avec ce qu’on attend. Tendresse pour ce petit garçon, un peu celui qu’il a été comme il l’a expliqué en conférence de presse, mais aussi d’une certaine manière pour cette mère, aimante et courageuse, à laquelle son film rend hommage (Diego Luna a perdu sa mère dans sa petite enfance) à travers le personnage de la mère d’Abel. Pour son premier film, Diego Luna a réussi sans doute ce qu’il y a de plus compliqué : donner l’apparence de la simplicité à une histoire qui est loin de l’être et susciter l’émotion, sans jamais la forcer, par le ton du film, burlesque et poignant, par la puissance du sujet et de son (réellement extraordinaire) jeune acteur principal dont, en conférence de presse, Diego Luna a ainsi souligné à quel point (presque effrayant) il avait un comportement adulte, voire paternaliste, à l’image du personnage qu’il a incarné. Pour en savoir plus, retrouvez mon premier bilan de la compétition sur In the mood for Deauville.

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  • Conférence de presse du film "Encore un baiser" avec Gabriele Muccino, Stefano Accorsi, Vittoria Puccini...

    En attendant, demain, de nouvelles critiques de films en avant-première, je vous propose aujourd'hui deux vidéos et quelques photos de la conférence de presse du film "Encore un baiser" de Gabriele Muccino, à l'hôtel Royal Monceau, et en présence d'une grande partie de l'équipe du film, conférence de presse à laquelle j'ai eu le plaisir d'assister grâce à Cinefriends. Vous pourrez bien entendu retrouver ma critique de ce film à sa sortie, le 29 décembre 2010.

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  • Vidéos: Sofia Coppola présente "Somewhere"

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    En attendant que soient publiées d'autres vidéos du débat avec Sofia Coppola et Stephen Dorff et ma critique, regardez Sofia Coppola présenter son nouveau film "Somewhere", avant la projection, puis évoquer la genèse du film, après la projection.

  • Vidéos de Denzel Washington: conférence de presse de "Unstoppable" de Tony Scott

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    Hier, à l'hôtel Bristol, avait lieu la conférence de presse de Denzel Washington pour "Unstoppable" de Tony Scott, un film qui sort en salles la semaine prochaine et dont je vous reparlerai à cette occasion. Ci-dessous, vous trouverez la première de mes 8 vidéos de cette conférence. Dans les suivantes prochainement mises en ligne, vous pourrez notamment l'entendre parler d'Audiard et d'Obama même si beaucoup de questions (il est vrai parfois consternantes et apparemment très "françaises") l'ont laissé plutôt perplexe, ce dernier étant finalement plus bavard quand il s'agissait de parler de politique que de cinéma, mais néanmoins très habile pour tenter de tout ramener à "Unstoppable", un film dont il avait aimé le scènario qu'il avait d'ailleurs apporté à Tony Scott.

    Mes autres vidéos seront prochainement publiées ici. Retrouvez également ma vidéo de Denzel Washington évoquant Barack Obama en cliquant ici.

    Retrouvez également la bande-annonce du film, ci-dessous.

     

  • Interview de Bernard Blancan (prix d’interprétation du Festival de Cannes 2006 pour « Indigènes »)

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    Ce Festival de Cannes 2010 aura été pour moi particulièrement mouvementé et avant tout riche de belles rencontres. Derrière la superficialité, la frénésie, le bal des vanités et des masques que Cannes est aussi, il y a tous ceux qui font leur métier avec enthousiasme, le défendent avec passion, humilité, conviction à l'image de Bernard Blancan, présent cette année à Cannes pour « Hors-la-loi » de Rachid Bouchareb.

    Je vous ai déjà dit ce que Cannes évoquait pour moi (ici) mais à cette définition il faudrait aussi ajouter la versatilité et le caractère souvent grégaire des médias traditionnels. Ainsi, vous vous souvenez sans doute du prix d'interprétation collectif reçu par les acteurs d' « Indigènes » en 2006 (Jamel Debbouze, Samy Naceri, Sami Bouajila, Roschdy Zem et Bernard Blancan). Qui a oublié ce grand moment d'émotion de la clôture 2006 quand ils entonnèrent le chant des tirailleurs sénégalais ?

    J'aime autant et aussi passionnément le cinéma et Cannes que j'en exècre d'autres aspects comme cette capacité à se laisser éblouir par un miroir aux alouettes, des personnalités excentriques dissimulant par cette esbroufe la vacuité de leur talent mais c'est aussi le jeu, parfois cruel, absurde, et injuste, de Cannes.

     Pourquoi Bernard Blancan qui a au moins autant de talent que les autres, a reçu le prix d'interprétation exactement au même titre, a au moins autant de choses à dire et de l'avis général est exceptionnel dans « Hors-la-loi » comme il l'était dans « Indigènes », a-t-il été privé de conférence de presse et de montée des marches avec ses acolytes ? Pourquoi aucun journaliste ou presque n'a-t-il eu la curiosité de s'intéresser à son travail ?  Pourquoi le festival, la production et la distribution du film ont-ils permis qu'il soit ainsi évincé de la promotion ? Mystère... Certes il ne répète pas deux fois la même plaisanterie douteuse pour attirer l'attention (ceux qui auront suivi Le Grand Journal et la conférence de presse comprendront). C'est d'autant plus absurde que son rôle est essentiel, qu'il en « impose » dans ce rôle du colonel Faivre (notamment lors d'un dialogue passionnant et une scène particulièrement forte avec Sami Bouajila) et qu'il l'impose avec beaucoup de force, de rigueur, de droiture. L'humilité et la simplicité ne font pas toujours bon ménage avec l'exubérance cannoise où Paris Hilton est précédée d'une nuée de photographes quand un acteur talentueux les voit l'ignorer.

     Je vous reparlerai de « Hors-la-loi » dont j'ai écrit une première courte critique, ici et qui mérite beaucoup mieux que cette polémique absurde (le massacre sujet à polémique fait 6 minutes dans le film et se justifie par le point de vue qui est celui des Algériens).

    Enfin avant de laisser place à l'interview, je voulais remercier l'équipe de touscoprod, une autre belle rencontre de ce festival dont je vous conseille vraiment de regarder les excellents reportages souvent faits (dans le cadre de tousàCannes) dans l'urgence mais avec enthousiasme et un vrai souci de bien faire et de s'intéresser REELLEMENT au cinéma et aux talents dans la lumière mais aussi dans l'ombre.

     De mon côté, je pense renouveler sur le blog ces interviews pour donner la parole à ceux qui ne l'ont pas suffisamment et le méritent.

      Je vous recommande également le blog de Bernard Blancan sur lequel vous pourrez notamment lire son point de vue sur son expérience cannoise mais aussi sur son métier de comédien pour lequel il vit et vibre et sur lequel vous constaterez là aussi une nouvelle fois que l'humilité est la marque du talent mais aussi la diversité de ce talent (one man show etc).

     Alors que le marché du film commençait à être démonté, que Bernard Blancan repartait aussitôt après pour un tournage en Corse  (je le remercie à nouveau de nous avoir accordé cette interview), rencontre sur une plage cannoise et sous un soleil éblouissant.

    FILMOGRAPHIE  DE BERNARD BLANCAN (vous avez également pu le voir dans de nombreuses séries tv ) :

     Les Nuits de Sister Welsh  de Jean-Claude Janer - Prochainement

     Quand la guerre sera loin (TV)de Olivier Schatzky - 2010

     Carmen  2010

     Hors-la-loi  de Rachid Bouchareb - 2010

    La Robe du soir  de Myriam Aziza - 2010  

     Louise Michel la rebelle  de Solveig Anspach - 2010

     London River  de Rachid Bouchareb - 2009

     No Pasaran  de Emmanuel Caussé, Eric Martin - 2009

    Léger tremblement du paysage  de Philippe Fernandez - 2009

     Partir  de Catherine Corsini - 2009

    Adieu Gary  de Nassim Amaouche - 2009

     Charlotte Corday (TV)  de Henri Helman - 2008

     Le Voyage de la Veuve (TV)  de Philippe Laik - 2008

     Le Voyage aux Pyrénées  de Jean-Marie Larrieu, Arnaud Larrieu - 2008

     Les Insoumis  de Claude-Michel Rome - 2008  

     Capitaine Achab  de Philippe Ramos - 2008

     Les Hauts murs  de Christian Faure - 2008

     Résistance aux tremblements  de Olivier Hems - 2007

     Tel père, telle fille  de Sylvie Ballyot - 2007

      Indigènes  de Rachid Bouchareb - 2006

     Un jour d'été (TV)  de Franck Guérin - 2006

    La Chasse à l'homme (Mesrine) (TV)  de Arnaud Selignac - 2006

    Lettres de la mer rouge (TV)  de Eric Martin, Emmanuel Caussé - 2006

    Un an  de Laurent Boulanger - 2006

     Cache-cache  de Yves Caumon - 2006

     Les Mâtines  de Annick Raoul - 2005

     La Maison de Nina  de Richard Dembo - 2005

      La Ravisseuse  de Antoine Santana - 2005

     Connaissance du monde (drame psychologique)  de Philippe Fernandez - 2004  

     Je suis un assassin  de Thomas Vincent - 2004

    Inguelezi  de François Dupeyron - 2004

     Rencontre avec le dragon  de Hélène Angel - 2003

      L'Etang  2002

     A cause d'un garçon  de Fabrice Cazeneuve - 2002

     Le Chignon d'Olga  de Jérôme Bonnell - 2002

     Un moment de bonheur  de Antoine Santana - 2002

     Fais-moi des vacances  de Didier Bivel - 2002

     Amour d'enfance  de Yves Caumon - 2001

     Un dérangement considérable  de Bernard Stora - 2000

     Peau d'homme, coeur de bête  de Hélène Angel - 1999

    Réflexion  de Philippe Fernandez - 1999

      La Beauté du monde de Yves Caumon - 1998

     Conte philosophique (la caverne)  de Philippe Fernandez - 1998

      Le Cri de Tarzan  de Thomas Bardinet - 1996

      Antonin  de Yves Caumon - 1989

     

     

  • Mon interview de Nader T.Homayoun , réalisateur de "Téhéran"

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    nader.jpgIl y a quelques semaines, on me proposait de rencontrer le réalisateur de "Téhéran", Nader T.Homayoun, pour l'interviewer. A mon grand regret, j'ai dû décliner l'invitation à la dernière minute mais ce dernier a eu la gentillesse de répondre à mes questions par écrit. Je l'en remercie de nouveau vivement et je vous conseille vraiment de lire ses réponses qui apportent un bel éclairage à ce film que je vous recommande d'ailleurs. Je vous rappelle au passage que "Téhéran" figure en compétition du 2ème Festival du Film Policier de Beaune, catégorie "sang-neuf".

    Cliquez ici pour lire ma critique du film.

     Quel a été l'élément déclencheur de votre projet ? L'envie de faire un film sur Téhéran ? De montrer un autre visage de cette ville ? Ou bien de réaliser un « thriller social » ?

     Il est plus facile de répondre à cette question après coup. Au départ, votre projet de film oscille entre plusieurs désirs. Vous allez un peu dans toutes les directions pour trouver le ton et la forme adéquates. Je voulais d'abord faire un film de genre. Je trouvais que le cinéma iranien ne donnait pas assez d'importance au cinéma de genre, et que cette omission devenait même préjudiciable, car elle nous enfermait dans une certaine forme de cinéma qui commençait à sentir le formalisme. Néanmoins, je tenais à ce que le récit se passe à Téhéran. Et pour filmer Téhéran, je souhaitais être au plus proche de la température de la ville. Capter sa fièvre plus exactement, car Téhéran est pour moi une ville malade, elle a une infection. Ces deux approches à la fois sociale - presque sociologique - et urbaine, et en même temps très cinématographique devaient trouver une forme. La veine « thriller social » est donc apparue au fur et à mesure du développement du projet tant à l'écriture  qu'au moment des repérages, puis évidemment au tournage.  

     Votre film comporte aussi un aspect documentaire ? La fiction était-elle votre choix d'emblée ou avez-vous hésité  à réaliser un documentaire sur Téhéran ?

     Faire un documentaire sur ou à Téhéran ne m'intéressait pas. Je sortais justement d'un documentaire qui m'avait pris 4 ans (Iran, une révolution cinématographique), et j'avais une véritable envie de fiction. Pour moi, il s'agissait de faire un film de genre qui aurait une dimension documentaire. La forme documentaire est presque pour moi dans ce film un exercice de style, dans le sens le plus noble du terme. Une forme qui permet au spectateur de plonger plus aisément dans la chaudière de Téhéran.   

     J'ai lu que vous étiez parti d'une rumeur selon laquelle des mendiants voleraient des bébés pour les accompagner dans leur mendicité. Avez-vous reçu des témoignages en ce sens depuis la réalisation du film ?

     Je n'ai pas fait de recherches particulières dans ce sens-là, car je ne voulais pas brider mon fantasme, qui est aussi un fantasme collectif en Iran. Tout le monde est à peu près sûr en Iran que les bébés que l'on voit dans les bras des mendiants ne leur appartiennent pas. Mes recherches étaient de tout ordre, et elles se sont recentrées sur les ambiances urbaines, les choix des quartiers et des rues, les choix de la figuration, des passants, des « gueules » comme on dit dans le jargon, mais aussi dans le vocabulaire des dialogues.  

     Vous avez choisi de ne jamais montrer les forces de l'ordre mais finalement il me semble que cette absence rend l'Etat encore plus présent  et surtout sa responsabilité encore plus présente, la pauvreté en étant une conséquence mais aussi le cynisme qui s'empare d'une partie de la société. Etait-ce un choix délibéré de votre part de ne jamais les montrer ?

     Oui, tout à fait, je ne voulais pas mêler l'Etat à ça. Je trouvais que cette absence rendait la société iranienne plus dangereuse, plus inquiétante, « laissée pour compte ». Il y a un coté rassurant dans l'apparition de la police à la fin de certains films. Comme si on essayait de nous dire : « ne vous inquiétez pas, au final, ils sont toujours là pour vous sauver » ; un peu à l'image de l'arrivée de la cavalerie à la fin des westerns. Or, dans Téhéran, vous sentez la présence de la police et des forces de l'ordre, mais elle n'est pas rassurante. Vous ne vous sentez pas à l'aise. Tout est possible avec eux.

    Il y avait aussi une autre raison pour laquelle j'ai évité de montrer les forces de l'ordre. Souvent dans les films, cette présence est un gage donné à l'état pour faire passer le film à travers les mailles de la censure. Je veux dire plus précisément que la présence des forces de l'ordre à la fin des films, et la fait que le dénouement de l'histoire passe par eux, est une garantie de la moralité du film. Leur absence dans le film est aussi un acte politique.         

     Pensez-vous que faire du cinéma en Iran est aujourd'hui une forme de résistance ? Je pense à votre film mais aussi à un autre très beau film « Les chats persans » de Bahman Ghobadi qui s'est également heurté à beaucoup de difficultés.

     Faire des films partout dans le monde est devenu un acte de résistance. Face à la montée de la consommation d'images faciles et face à cette espèce de cannibalisme ou plus exactement face à cet aspect fast-food des images, quand un cinéaste essaye de faire un cinéma différent, avec une durée et un style différent, forcément il fait acte de résistance. Faire des films en Iran est difficile, mais je crois qu'on peut dire la même chose pour un cinéaste français ou américain... Les dangers ne sont pas les mêmes, mais il faut  prendre des risques.

    Ce que l'on peut dire en revanche pour les cinéastes iraniens, c'est qu'ils ont une double mission. La première est de faire des images et raconter des histoires, ils la partagent avec tous les cinéastes du monde. En revanche, un cinéaste iranien a aussi pour mission d'éveiller le regard du monde, même de façon très modeste, sur ce qui se passe dans son pays, car l'image de l'Iran n'appartient plus depuis longtemps aux Iraniens. Et les cinéastes iraniens sont devenus malgré eux les ambassadeurs de leur pays.         

     Votre film et celui précédemment évoqué ont d'ailleurs en commun d'avoir Téhéran pour protagoniste, une ville bouillonnante, tentaculaire mais aussi victime de ségrégation sociale. Dans quelle mesure cette ville est-elle pour vous différente des autres capitales ?

     Téhéran ressemble à beaucoup d'égard aux autres mégapoles du monde, avec les mêmes problématiques connues et reconnues dans ce genre de cité. Mais ce qui change en Iran, c'est qu'en plus des difficultés sociales, les habitants de Téhéran souffrent d'un autoritarisme religieux et politique. Votre liberté individuelle n'est pas la même à Téhéran qu'à Mexico, même si à beaucoup d'égard, ces deux mégapoles endurent des mêmes maux. Un exemple simple : un ouvrier iranien ne peut à la fin de sa journée, se payer une bière pour se détendre.

    Téhéran m'intéressait aussi parce que c'est la ville où tous les espoirs sont possibles, ou en tout cas, les gens de province ont ce fantasme. La capitale est devenue une ville très hétéroclite où l'on peut trouver des gens des quatre coins du pays. En somme Téhéran, vues sa dimension et sa population, est un micro-Iran, et devient par conséquent une métaphore du pays.          

     Finalement le sentiment d'urgence lors des conditions de tournage est le même que celui ressenti par Ebrahim et ces difficiles conditions de tournage donnent aussi l'impression de servir le sujet. Y a-t-il des scènes auxquelles vous avez dû renoncer ? Ou, au contraire, d'autres scènes sont-elles nées de ces contraintes ?

     Je suis allé sur le plateau avec un scénario flottant. Je veux dire que rien n'était figé, tout pouvait changer sur le plateau notamment pour faire face aux contraintes du quotidien. J'ai beaucoup d'exemples. Pêle-mêle, il me vient à l'esprit la scène du concessionnaire. J'étais censé tourner la scène dans une boutique de vêtements très chics à Téhéran, mais le propriétaire nous a lâché à la dernière minute. Un ami d'un ami d'un ami connaissait un concessionnaire. Nous avons réécrit les dialogues en fonction du nouveau décor et du nouveau métier. Cerise sur le gâteau, les murs étaient couverts de miroirs. Un bonheur pour moi, un calvaire pour le chef'op. la scène a pris, je trouve plus de poids. Le concessionnaire vend des bébés comme des voitures.  

     Ce qui m'a aussi frappée, c'est  votre vision sombre de l'Iran, « Téhéran » montre un peuple désenchanté qui, à l'image de la dernière scène,  suffoque et meurt. La caméra s'éloigne alors comme si on regardait cela de loin, avec une relative indifférence. Partagez-vous ce pessimisme ou votre film reflète-t-il le sentiment général du peuple iranien ?

     La dernière scène du film reflète très bien ma vision des choses pendant le tournage et la raison pour laquelle j'ai réalisé ce film : l'impuissance. Le peuple iranien n'est pas indifférent mais reste impuissant face à ce qu'on lui impose et ne réagit pas ou pas assez. Les choses ont beaucoup changé depuis les dernières élections et tant mieux. Il y a eu un sursaut national, une renaissance qui n'a pas l'air de faiblir. Le placement de la caméra dans la dernière scène n'est pas un éloignement par rapport à la réalité de la vie, elle évoque au contraire notre impuissance à prendre notre destinée en main, comme si on nous gardait à distance. Nous restons spectateur et non pas acteur de la pièce dans laquelle nous sommes censés jouer le rôle principal.      

     Pensez-vous que votre film pourra sortir en Iran ?

     Je ne sais toujours pas. J'aimerais beaucoup. Je vais très prochainement envoyer une copie du film, avec un dossier de presse. La balle sera ainsi dans le camp du Ministère de la Culture et de l'Orientation Islamique. 

     Avez-vous d'autres projets ? Pensez-vous qu'il sera encore plus difficile pour vous de tourner en Iran après ce film ?

     J'ai  un autre projet que j'aimerais tourner cet hiver en Iran. Une comédie romantique à Téhéran, un film très différent dans la forme et dans le fond. Je vais me battre pour faire ce film en Iran, comme tout le monde. Pour le moment, je me concentre sur l'écriture. À chaque jour suffit sa peine. On ne sait pas de quoi demain est fait. 

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