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CONFERENCES DE PRESSE - Page 7

  • "Renoir" de Gilles Bourdos: concours (5x2 places), critique et conférence de presse

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    Conférence de presse avec Michel Bouquet, Gilles Bourdos, Vincent Rottiers, Christa Théret

    Après avoir découvert le film au dernier festival Paris Cinéma en juillet dernier, la semaine dernière, j'ai eu le plaisir d'assister à une conférence de presse du film à laquelle étaient présents le réalisateur du film Gilles Bourdos ainsi que les comédiens Michel Bouquet, Christa Théret, Vincent Rottiers. Un très beau moment illuminé par la présence de Michel Bouquet, comédien exceptionnel, passionné, passionnant, érudit, à l'oeil d'éternel enfant malicieux, curieux grâce à la passion vivace du théâtre et du cinéma.  La conférence s'est rapidement transformée en leçon de théâtre...

    Actuellement au théâtre dans "Le roi se meurt" de Ionesco, il dit continuer par "attachement au public, aux autres", qu'il continue à apprendre, visiblement toujours fasciné par les chefs d'oeuvre qu'il joue au théâtre et par la magie du cinéma: "Au théâtre, on se remet en cause tous les jours. On essaie de trouver des accords ou des désaccords avec ses partenaires. C'est complètement réel alors que le cinéma est magique". Il a aussi évoqué son amour de la peinture: "Je vis avec la peinture depuis l'âge de 17 ans. J'employais  tout l'argent que j'avais gagné, à aller voir  la peinture". Il nous a ainsi parlé de son émotion devant les fresques de Fra Angelico à Florence et devant les portraits de Renoir "peintre de portraits extraordinaire."  Il dit aussi être parfois "obligé de réapprendre une réplique toute une journée parfois pour être sûr qu'elle vient."

    Pour Gilles Bourdos "il ne s'agissait pas de faire des citations de Renoir. C'est un film que je voulais du côté de la volupté, du sensoriel", "le film qui m'a le plus influencé, c'est le fleuve.", "Tout a fonctionné par imprégnations successives.", "S'il y a une école de cinéma au monde pour les acteurs, c'est les Dardenne". A propos d'Auguste Renoir: "Je pense que sa peinture était une réponse absolue à la douleur."

     La suite dans l'enregistrement sonore de la conférence de presse à retrouver ici prochainement. 

     

    Critique de "Renoir" de Gilles Bourdos

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    Renoir. Un nom illustre, mondialement célèbre grâce à deux immenses artistes, le père et le fils, un peintre et un cinéaste, Auguste et Jean. En 1915, sur la Côte d’Azur, au crépuscule de sa vie, Auguste Renoir (Michel Bouquet) continue à se consacrer à son art malgré de vives douleurs dues à son grand âge, malgré la perte récente de son épouse et le chagrin causé par l’absence de ses fils Pierre et Jean, engagés et blessés à la guerre. C’est dans ce contexte qu’arrive Andrée (Christa Théret), éclatante de vie et de beauté, qui sera le dernier modèle du peintre, « le Patron ». C’est alors que Jean (Vincent Rottiers) revient, blessé à la guerre, passer sa convalescence dans la maison familiale. Andrée changera à jamais son existence…

    Les premiers plans nous plongent dans cette nature saisissante d’authenticité et de beauté à l’image de celle que nous suivrons quelques minutes plus tard : Andrée, pétillante, flamboyante, naturelle, libérée. La mise en scène de Gilles Bourdos (dont c’est ici le 4ème long-métrage) ne cherche à rivaliser ni avec la beauté impressionniste des peintures du père ni avec la virtuosité des films du fils, et cet académisme sied finalement au film, synonyme ici d’humilité devant ces deux grands maîtres dans leurs arts respectifs malgré quelques tentatives de capter dans l’œil de la caméra la beauté impressionniste des toiles de Renoir (un bonheur, d'ailleurs, d'en voir défiler quelques unes) comme lorsque ce dernier somnole et qu’une vision évanescente de la nature lui apparait. Bourdos avec son (ou plutôt ses) Renoir ne peut de toutes façons en aucun cas rivaliser avec le « Van Gogh » de Pialat.

    Le scénario est certes parfois un peu trop elliptique et inégal, avec quelques lenteurs et longueurs, mais le récit n’en demeure pas moins passionnant, en grande partie grâce à l’interprétation époustouflante de Michel Bouquet (mais qui en aurait douté ?) et face à lui celle de Vincent Rottiers qui crève littéralement l’écran, interprétant avec une justesse étonnante le mélange de velléité, de courage, de maturité et d’innocence de Jean. Nous découvrons comment ce jeune homme velléitaire et courageux deviendra un jeune cinéaste grâce à celle qui deviendra sa femme et notamment l’interprète de « La Chienne », Andrée, future Catherine Hessling. Dernière muse d’Auguste Renoir, la vitalité, le naturel et la flamboyance d’Andrée prennent ici les traits de la pétillante Christa Théret (aussi remarquable dans "L'Homme qui rit" de Jean-Pierre Améris que je vous recommande vivement).

    Plane aussi l’ombre de « La Grande illusion » avec la guerre à la fois si lointaine du jardin d’Eden du cinéaste et si proche, avec ces gueules cassées qui contrastent avec cette nature éblouissante. Une silhouette, l’espace d’un instant, rappelle celle d’Erich von Stroheim dans « La grande illusion » et nous laisse entendre où Renoir fils a puisé son inspiration.

    Le film devrait ainsi intéresser les inconditionnels du père et du fils, le peintre aux 6000 tableaux et le cinéaste de chefs d’œuvre inoubliables comme « La Règle du jeu » et donner aux autres envie d’en savoir davantage sur ces deux immenses artistes. « La chair, c’est l’essentiel », « La couleur fait tout dans une toile », « Je suis comme le bouchon qui se laisse porter par le courant»: en quelques citations s’esquisse aussi le portrait de ce maître des couleurs, cet amoureux des femmes, de l’art et de la nature qui se refusait à « broyer du noir ».

    Un hymne à la nature, à la beauté et la force de l’art qui manque certes parfois de la vitalité et de la flamboyance d’Andrée (en particulier dans le traitement de son histoire d’amour avec Jean) et de celles des peintures du maître, mais la musique du prolifique Alexandre Desplat et surtout les interprétations de Michel Bouquet et Vincent Rottiers en font un film agréable et instructif, même émouvant dans une très belle scène d’adieux qui les réunit, les enlace même.

    CONCOURS: 5x2 places à gagner

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    A l'occasion de la sortie du film en salles, le 2 janvier 2013 et en partenariat avec Cinefriends, je vous propose de remporter 5x2 places pour celui-ci. Pour cela, soyez parmi les 5 premiers à reconnaître les oeuvres suivantes et envoyez vos réponses avant le 2 janvier 2013, minuit, à inthemoodforcinema@gmail.com avec, pour intitulé de votre email "Concours Renoir" et en n'oubliant pas de joindre vos coordonnées pour l'envoi des places. Seuls les gagnants seront contactés.

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    BONUS: Critique de "La règle du jeu" de Jean Renoir

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    La Règle du jeu: le clairvoyant "drame gai" de Jean Renoir (1939)

     

    Souvent classé comme le meilleur film de tous les temps, c’est en tout cas incontestablement un chef d’œuvre de l’Histoire du cinéma…

     

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    La règle du jeu : le constat désespéré et la métaphore cynique d’une société en crise

     

    Au premier rang de ces nombreux films qui, avant-guerre, dépeignaient une société en crise se trouve La règle du jeu, qui, derrière son apparente légèreté, établit un constat cynique et désespéré de la décomposition morale de la France et qui en fit un chef d’œuvre annonciateur d’un avenir inéluctable. Le dernier film d’avant-guerre de Renoir est aussi le film annonciateur de la guerre. Les successions de styles auxquels recourt Renoir, entre vaudeville, satire et tragédie ne sont pas utilisées gratuitement mais contribuent à créer une véritable peinture sociale.

     

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    Une alliance subtile de vaudeville, satire et tragédie

     

    Dès le départ le cadre est planté, Renoir sous-titrant son film « fantaisie dramatique » et en définissant ainsi l’atmosphère. Tout comme son synopsis le film échappe à toute définition, Renoir prenant néanmoins soin de nous préciser au préalable que « ce divertissement dont l’action se passe à la veille de la guerre de 1939 n’a pas la prétention d’être une étude de moeurs. Les personnages qu’il présente sont purement imaginaires. » Ces personnages ce sont d’abord André Jurieux (Roland Toutain), le film débutant par l’atterrissage de son avion au Bourget. Celui-ci vient en effet de battre un record après avoir traversé l’Atlantique. Ovationné il ne pense qu’à Christine de La Chesnaye ( Nora Grégor), une femme du monde avec qui il avait une eu liaison platonique et qu’il s’attendait à voir à son retour. Il crie son désespoir à la radio puis tente de se suicider en voiture. Afin d’arranger les choses son ami Octave (Jean Renoir), également ami des La Chesnaye, le fait inviter à une partie de chasse que ceux-ci donnent dans leur propriété en Sologne, à La Colinière. Les terres sont surveillées par l’ombrageux Schumacher, qui surprend en flagrant délit de braconnage Marceau (Carette). Amusé le marquis le prend alors à son service. Christine découvre par hasard la liaison de son mari avec une de leurs amies Geneviève de Marras (Mila Parély). Par dépit elle répond aux avances du fade Saint-Aubin (Pierre Nay)…mais Octave aussi est amoureux d’elle. Une fête costumée va alors devenir le cadre d’un véritable vaudeville où maîtres et valets vont s’entrecroiser, Jurieux se battant avec Saint-Aubin, puis le marquis avec Jurieux, Schumacher courant après Marceau l’ayant surpris dans les bras de sa femme, Lisette (Paulette Dubost). Alors que tout s’apprêtait à rentrer dans l’ordre, Schumacher (Gaston Modot) se méprend en croyant Lisette dans les bras d’Octave alors qu’il s’agissait de Christine et abusé par un échange de costumes, il tue Jurieux d’un coup de carabine. Les Chesnaye après ce « déplorable accident » vont sauver la face après le salut final… Comme au théâtre tout le monde revient saluer à la fin. On passe du vaudeville à la satire. Les personnages paraissent en effet de prime abord fantasques, au début le film s’apparente à un vaudeville même s’il commence avec un ton tragique et la tentative de suicide d’André Jurieu. Le vaudeville est d’ailleurs annoncé dès l’exergue avec la citation de Beaumarchais : « Si l’amour porte des ailes, n’est-ce pas pour voltiger ».Dans ce vaudeville les couples s’échangent et les portes claquent. Renoir avait d’ailleurs songé à appeler son film Les caprices de Marianne. C’est même le burlesque qui succède au vaudeville lorsqu’Octave ne parvient pas à enlever sa peau d’ours et lorsque tout le monde passe devant lui sans prendre le temps de la lui enlever. On repasse ensuite à la tragédie : les personnages sincères, comme Octave ou Jurieu, sont écartés du jeu. Mais c’est la satire qui prédomine : les personnages deviennent alors odieux. Tous les styles de récit se mêlent sans que cela jamais ne paraisse incohérent. Le ton est annoncé dès le début par La Chesnaye : « nous jouerons la comédie, nous nous déguiserons », mais ce déguisement là n’est pas seulement vestimentaire c’est aussi celui derrière lequel se dissimule l’hypocrisie des personnages.

     

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    La volonté satirique de Renoir

     

    Renoir annonce donc ambitionner de faire « une description exacte des bourgeois de notre époque ». Le jeu annoncé par le titre est pourtant le jeu social et dans ce jeu-là Renoir n’épargne personne qu’il s’agisse des riches ou des pauvres... et les deux seuls personnages qui échappent à ce règlement de comptes se retrouveront hors du jeu, qu’il s’agisse de l’aviateur André Jurieu qui sera assassiné ou Octave, évincé, après avoir rêvé un moment de pouvoir partir avec Christine. Les femmes ne sont pas épargnées, elles y sont aussi cyniques. Tel Beaumarchais, Renoir raille les manèges mondains, La Règle du jeu étant empreinte de l’esprit du 18ème siècle, ne serait-ce que l’exergue empruntée au Mariage de Figaro. La volonté satirique est par ailleurs flagrante comme à travers cette réplique dont la censure exigea la suppression : « On est à une époque où tout le monde ment : les prospectus des pharmaciens, les gouvernements, le cinéma, la radio, les journaux…Alors pourquoi veux-tu que nous autres les simples particuliers, on ne mente pas aussi ? ». Le monde dépeint par Renoir est un spectacle dans lequel chacun a ses raisons d’endosser un rôle. C’est avant tout la violence de la société que dénonce Renoir, une société pour qui tout peut rentrer dans l’ordre après une mort comme tout rentre dans l’ordre après la mort de Jurieu, une société qui vient saluer comme si de rien n’était après ce « déplorable accident ». Les personnages ne sont pas spontanés et malgré les sentiments qu’il éprouve pour Christine, Jurieu veut avoir une conversation avec La Chesnaye : «Christine tout de même il y a des règles. » Chacun affecte le respect des convenances sociales et le respect d’autrui. Ainsi La Chesnaye fait l’éloge de la liberté : « Sur cette terre il y a quelquechose d’effroyable, c’est que chacun a ses raisons. » « D’ailleurs je suis pour que chacun les expose librement (…) contre les barrières. » Quant aux domestiques ils ne sont pas épargnés : ils réinventent une société à l’image de celle des maîtres qu’ils critiquent. Les employés singent leurs maîtres comme lors de cette scène de repas. Ils semblent libres mais sont en réalité totalement assujettis, La Chesnaye signifiant ainsi à Schumacher qu’il n’a pas le droit d’être dans le château, que ce n’est pas son domaine, qu’il doit se cantonner à l’extérieur. Le mépris des uns pour les autres est également fustigé : « Au contraire, il faut bien que ces gens-là s’amusent comme les autres. » Les différentes classes font donc preuve de la même hypocrisie et ont les mêmes défauts, les mêmes faiblesses.

     

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    Un chef d’œuvre-testament : le film annonciateur d’un avenir inéluctable

     

    Dans La règle du jeu, Renoir fait preuve d’une réelle virtuosité technique qui presque 70 ans après, reste encore un véritable modèle. Cette virtuosité n’est pas une simple démonstration ostentatoire et gratuite mais elle est au service d’un véritable propos dont l’acuité est, aujourd’hui encore, sidérante.

     

    La virtuosité technique de l’œuvre

     

    La règle du jeu est ainsi d’une force plastique saisissante. Ce qui apparaît d’abord, c’est le goût du théâtre ou plutôt de la théâtralité à travers les déguisements, les chassés croisés. Le final est d’ailleurs très théâtral et annoncé par la citation de Beaumarchais du début. Mais si les références au théâtre sont multiples La règle du jeu est loin d’être une pièce filmée. La caméra semble voguer au hasard et dissimule en réalité un brio inégalé grâce à une profondeur et une largeur de champ si signifiantes. Les dialogues semblent être improvisés, les situations semblent se chevaucher. On a l’impression de voir la rapidité et la confusion d’images réelles même si pour Bazin « toute image cinématographique est réaliste par essence. » Le travail sur le son est admirable provenant tantôt de la TSF, du phono, de la poupée mécanique, des instruments etc. La musique n’est pas non plus anodine, elle révèle la fausseté des sentiments comme ces grenouilles qui coassent à la fin du film. La virtuosité technique de l’œuvre notamment grâce à la profondeur de champ ajoute encore à la complexité de l’œuvre et à celle du propos qui, derrière le vaudeville, dissimule la gravité.

     

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    La virtuosité observatrice de l’œuvre : un regard clairvoyant sur une société aveugle et aveuglée

     

    Cette virtuosité technique n’est donc pas innocente mais au contraire utilisée au service d’un propos. Ce qui pourrait n’être qu’une comédie virevoltante est en réalité un des films qui observent et décryptent le mieux sa société et les causes de la guerre. Renoir dépeint en effet la fin d’un monde dont l’aveuglément permet l’émergence du fascisme. La tension est d’ailleurs à son comble pendant le tournage, Hitler ayant envahi la Tchécoslovaquie au mois de Mars. Le marquis, qui est d’origine juive, se fait ainsi traiter dans son dos de « métèque » par un des domestiques, ce à quoi le cuisinier réagit vivement : « A propos de juif, La Chesnaye, tout métèque qu’il est… » L’antisémitisme et le racisme y sont latents, les domestiques insistent ainsi sur le fait que « La mère de La Chesnaye avait un père qui s’appelait Rosenthal et qui arrivait tout droit de Francfort ». On y parle « des histoires de nègres » et il est question de « parasites ». Le film n’est pas prémonitoire mais révélateur de la dégradation de la société que Renoir a minutieusement observée. Les réactions que suscita le film à ce sujet furent d’ailleurs tout aussi révélatrices d’un état d’esprit comme celui de Brasillach qui estima que c’était inquiétant « d’oser montrer pour la première fois un juif sympathique », estimant que « de La Chesnaye est plus juif que jamais…Une autre odeur monte de lui du fond des âges, une autre race qui ne chasse pas, qui n’a pas de château, pour qui la Sologne n’est rien… Jamais peut-être l’étrangeté du juif n’avait été aussi fortement, aussi brutalement montrée. » C’est pourtant le film que sera fustigé et non ces propos outrageants. La scène de la chasse est par ailleurs particulièrement révélatrice du climat de l’époque. Les tireurs, hommes ou femmes, tuent avec froideur. La mort est d’ailleurs omniprésente comme lorsque les personnages sont déguisés en squelettes : la mort danse, les fantômes rodent autour d’eux. C’est le spectre de la guerre qui rôde. C’est une époque où « c’est assommant les gens sincères. » Etre sincère c’est voir la réalité, et dans la réalité le monde est à la veille de la guerre. Et même derrière les lieux communs, on perçoit la crainte de l’avenir, et la noirceur du présent. Ainsi pour Marceau : « Dans notre partie, c’est comme dans tout y a la crise. » Rien n’est laissé au hasard. Ainsi Marceau justement est le nom du plus grand général républicain de la Révolution Française. La véritable terreur pour La Chesnaye et ses invités c’est le Front Populaire. Dans La Marseillaise, La Chesnaye est d’ailleurs un défenseur ultraroyaliste… L’œuvre de Renoir devient en quelque sorte une véritable Comédie humaine où les mêmes personnages ou du moins les mêmes noms et caractéristiques se retrouvent de films en films. Quand la société se donne en spectacle les tenues ne sont pas innocentes : ils sont déguisés en tyroliens et chantent une chanson ultranationaliste, un hymne boulangiste à la gloire de l’armée française. Les idéaux d’avant sont tournés en dérision et ceux qui sont mis en avant laissent présager un avenir inquiétant. Comme la société qu’il retranscrit le film oscille constamment entre le drame et la tragédie… et cette audace à une période où on ne pouvait plus rire de tout fut certainement une des causes de l’échec commercial que connut La règle du jeu. Qu’il s’agisse d’un « drame gai » ou d’une « fantaisie dramatique », la qualification demeure antithétique à l’image de cette société de paradoxes que Renoir décrit. Si le film se présente comme une comédie frivole en dehors de l’actualité, c’est en donc réalité une comédie grinçante qui en démontre subtilement les travers. « On sait jamais, y a rien d’impossible. » dit Marceau à de La Chesnaye, oui rien semble vouloir nous dire Renoir : pas même l’horreur qui se profile aux portes de la France…, pas même l’aveuglement de la société face au danger imminent qui la menace.

     

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    Un échec commercial : une société qui refuse de se reconnaître

     

    Tout comme la réalité et le destin échappent au déserteur du Quai des brumes, il échappe au bourgeois et à l’aristocrate de La règle du jeu, pourtant la réussite du premier fut tout aussi retentissant que l’échec du second. Même après que Renoir ait réduit son film de 23 minutes, La règle du jeu suscite un rejet unanime de la part du public. On cassait même les fauteuils dans certaines salles. Il provoqua également le rejet de la critique même s’il fut moins unanime, Georges Sadoul le qualifiant ainsi « d’incohérence ». Renoir songea même à abandonner le cinéma, il se résolut finalement à l’exil. A la veille de la seconde guerre mondiale on ne peut en effet applaudir une telle fantaisie, aussi dramatique soit-elle, ou peut-être justement parce-qu’elle fut aussi dramatique. On ne supporta pas la dénonciation de l’hypocrisie sociale de ce petit monde « dansant sur un volcan. » Renoir disait en effet avoir voulu « peindre une société qui danse sur un volcan » . Est-ce là l’origine du mal qui progresse et menace l’Europe ? Renoir semble le sous-entendre. On ne pardonna pas non plus à Renoir d’avoir utilisé un juif pour manifester un semblant d’humanité. L’amitié même n’y est qu’un leurre…et « c’est la fatalité qui a voulu qu’André Jurieu soit victime de cette erreur. »« Au contraire, il faut bien que ces gens-là s’amusent comme les autres. » La caricature y est plus visible que dans les autres films de Renoir et le public ne l’admet pas tout comme ce drame gai aux portes d’un drame, un drame imminent rappelé par les danses macabres : spectres armés de lanternes précédant le squelette de la mort au son de la Danse macabre de Saint-Saens. La fête permet d’oublier que l’on est aux portes d’une catastrophe et on ne pardonnera pas à Renoir de l’avoir interrompue. Les remous suscités par la première projection furent tels que Renoir se hâta de préciser qu’il n’avait pas eu la prétention de faire une étude de mœurs ; les personnages étant « purement imaginaires. » Quand le film ressortit en copie complète dans les ciné-clubs en 1960 il fut pourtant reconnu comme un chef-d’œuvre incontesté…
     
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  • Conférence de presse d'Harvey Keitel au Festival du Cinéma Américain de Deauville 2012

     
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  • Avant-première, conférence de presse et critique de "To Rome with love" de Woody Allen

     

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    Lundi dernier, j’ai eu le plaisir de voir deux fois le nouveau film de Woody Allen « To Rome with love », et notamment lors de l’avant-première parisienne (vidéo ci-dessus) mais aussi de faire partie des heureux privilégiés à assister à sa conférence de presse (enregistrement en bas de cet article), en petit comité, dans une suite de l’hôtel Bristol.

    Si, lors de la conférence de presse, ses sourires et ses regards vers l’assistance étaient plus que parcimonieux (il n’aime pas particulièrement cet exercice promotionnel et semble surtout très timide, comme le démontrait aussi le geste machinal de ses mains se tordant nerveusement, mais qui pourrait l’en blâmer, surtout au regard de l’incongruité de certaines questions… ?), ses réponses étaient toujours intéressantes. Et en attendant d’avoir (qui sait ?) un jour l’opportunité de l’interviewer en tête-à-tête, cette conférence en petit groupe était déjà un moment rare que je suis heureuse de vous faire partager.

    Un nouveau film de Woody Allen, aussi prolifique soit-il (45 films et quasiment un par an), est toujours et invariablement la garantie d’un moment d’évasion jubilatoire et tout invariablement d’une réflexion plus ou moins légère sur le sens de la vie. Après Londres, Barcelone, Paris ; il poursuit ses pérégrinations européennes avec la ville éternelle dont le joyeux désordre, l’effervescence et la vitalité communicative semblent si bien lui convenir et nous offre aussi le plaisir de le retrouver en tant qu’acteur, six ans après « Scoop », le dernier film dans lequel il a joué. Ville incandescente, bruyante, effervescente, agitée mais aussi imprégnée d’Histoire, de musique et de cinéma : Woody Allen ne pouvait pas ne pas poser sa caméra à Rome…

    Les hasards et coïncidences auxquels se prête une ville majestueuse constamment en mouvement comme Rome sont prétextes à suivre quatre histoires, quatre rencontres : celle d’un jeune architecte américain (Jesse Eisenberg) avec la meilleure amie (Elle Page) de sa copine (et accessoirement la rencontre de celui-ci devenu adulte incarné par Alec Baldwin avec le jeune homme ou l’image du jeune homme qu’il fut) ; celle de Phyllis (Judy Davis) et Jerry (Woody Allen) avec les parents et le fiancé italien de leur fille ; celles de deux jeunes époux de province débarquant à Paris, rencontrant, pour l’un, une prostituée exubérante (Penelope Cruz) que sa famille prendra pour son épouse, pour l’autre une star du cinéma et enfin un père de famille « normal » (Roberto Benigni) qui, sans savoir pourquoi, suscitera l’intérêt des médias et l’hystérie à chacune de ses sorties…. Quatre histoires, quatre destins qui vacillent doucement lors de ces vacances romaines avant de retrouver leur « droit » chemin enrichis ou nostalgiques de ces rencontres impromptues.

    Amoureux de Rome, du cinéma italien (il l’avait déjà montré dans « Stardust memories »), Woody Allen s’imprègne ici de la gaieté désordonnée et de la folie douce de l’un et l’autre, et sait comme personne partager cet amour (et son amour de l’amour) et surtout sait écrire et vous plonger dans une intrigue immédiatement avec une facilité (apparente) remarquable. Ici, cela commence avec un carabinieri romain qui s’adresse directement aux spectateurs (procédé cher à Woody Allen) et qui lui présente cette ville où vont se croiser ces regards, ces destins, ces désirs.

    Une jeune touriste américaine demande son chemin à un charmant avocat italien et en quelques plans, Woody Allen nous raconte leur rencontre, les prémisses de leur histoire d’amour, leur mariage proche alors que d’autres y auraient consacré des minutes inutiles (là aussi procédé déjà utilisé par Woody Allen, notamment dans « Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu »). Chacun de ses films, qu’ils soient graves ou plus légers comme celui-ci, sont ainsi des modèles d’écriture.

    Il sait mêler comme personne légèreté et gravité, histoires d’amour et questionnements sur la mort (le père de la future fiancée travaille… dans les pompes funèbres). Comme il le dit dans le documentaire qui lui est consacré (et que je vous recommande vivement !), « Woody Allen, un documentaire » de Robert E.Weide, pour se distraire des questions sur le sens de la vie il réalise… des films sur le sens de la vie. Le miracle ou le talent ou l’élégance (sans doute les trois) proviennent du fait que, tout en nous renvoyant à nos propres questionnements, il nous (en) distrait aussi.

    Certains lui ont reproché la légèreté de cette promenade romaine malgré les vicissitudes économiques et politiques de l’Italie, mais telle n’était pas l’ambition de Woody Allen que de faire un film social ; il cherche au contraire à nous divertir, ce qu’il réussit brillamment avec des dialogues caustiques, des personnages finalement touchants dans leurs faiblesses ou leurs défauts (l’égocentrisme ou les mensonges des acteurs) et les travers de notre société (la célébrité qui devient une aspiration et une qualité en soi. « Reality » de l’Italien Matteo Garrone, grand prix du jury du dernier Festival de Cannes, traite d’ailleurs aussi magistralement du sujet). Chacun de ses personnages dépend du regard que leur portent celui, celle ou ceux qui les aiment et le regard enamouré travestit souvent la réalité à son avantage et toute la malice de Woody Allen est, soit par la manière de poser la caméra, soit par la manière dont se croisent les histoires, de nous dévoiler leurs vrais visages sans les rendre vraiment antipathiques. Et évidemment de ce décalage de regards proviennent (aussi) les situations comiques.

    Comme avec « Minuit à Paris », il revendique d’idéaliser et de jouer avec les fantasmes de Rome, sublimée ici par la photographie de Darius Khondji.

    Comme d’habitude, le casting est remarquable, notamment Penelope Cruz en prostituée mais aussi des acteurs moins connus comme le jeune Fabio Armiliata qui emprunte au cinéaste les traits et mimiques du personnage lunaire que ce dernier incarne habituellement (tout comme d’ailleurs Jesse Eisenberg). Des personnages que nous quittons avec regrets, un peu de frustration aussi de ne pas les voir davantage, tant chacune des 4 histoires pourrait se prêter à un film entier mais le sentiment distrayant de légèreté provient justement de cet heureux mélange.

    Nous retrouvons bien entendu ses thématiques de prédilection : questionnement sur la mort, l’absurdité de l’existence, goût pour l’opéra (évidemment d’autant plus à Rome, lequel opéra donne lieu à une scène mémorable), infidélité, hasards…mais à ceux qui lui reprochent de faire toujours le même film je répondrai que, d’un côté, au contraire, chacun de ses films fourmille d’inventivité, de nouveautés, que « Match point », par exemple, est aussi différent que possible de ses derniers films, et montre à quel point il est à l’aise dans n’importe quel genre (je mets quiconque au défi de deviner qu’il s’agit d’un film de Woody Allen s’il l’ignore au préalable) et que, d’un autre côté, le signe distinctif d’un grand cinéaste est justement que ses films possèdent des points communs qui rendent son style immédiatement identifiable comme des dialogues savoureux ou la lucidité joyeusement mélancolique, pour Woody Allen.

    Si « To Rome with love » n’atteint pas le niveau de « Manhattan », « La Rose poupre du Caire », « Match point » (pour moi un modèle d’écriture scénaristique, le scénario parfait dont vous pouvez retrouver ma critique en cliquant ici ainsi que de 7 autres films de Woody Allen dans le « dossier » que je lui ai consacré), Woody Allen une nouvelle fois a l’élégance de nous distraire en nous emmenant dans une promenade réjouissante qui nous donne envie de voyager, de vivre, de prendre la gravité de l’existence avec légèreté, de tomber amoureux, de savourer l’existence et ses hasards et coïncidences, et surtout de voir le prochain film de Woody Allen et de revoir les précédents. C’est sans doute la raison pour laquelle, avec notamment Claude Sautet, il fait partie de mes cinéastes de prédilection car, comme les films de ce dernier, ses films « font aimer la vie ».

    Alors, si Woody Allen avoue ne pas savoir envoyer d’emails, chacun de ses films n’en est pas moins, à l’image de ceux d’ Alain Resnais, la preuve de sa modernité, de la jeunesse de son regard et de son esprit. Embarquez dès à présent pour ces vacances romaines qui prouvent une nouvelle fois que le cinéma, que son cinéma, est une évasion salutaire « dans une époque bruyante et compliquée » (ainsi était-elle qualifiée dans « Minuit à Paris ») .

    « To Rome with love » est un peu comme ces pâtisseries dégustées en l’attendant pour la conférence de presse, des pâtisseries au goût sucré, vous procurant un plaisir immédiat et en apparence éphémère, mais vous en laissant le souvenir tel, malgré leur douceur, que vous n’avez qu’une envie : les déguster à nouveau. Un film en salles le 4 juillet prochain.

    “J’ai fait 45 films. Il y en a entre 6 et 8 que je trouve merveilleux: « La rose pourpre du Caire », « Maris et femmes », « Match point » a-t-il déclaré lors de la conférence de presse. « Je n’ai pas d’ambition particulière sauf de faire un grand film. Mon but est de faire un magnifique film. J’ai 76 ans maintenant. Je ne pense pas que ça va arriver mais je continue d’essayer… « Le voleur de bicyclette ». « 8 ½. » « Le septième sceau. » « La grande illusion. » Ces films sont supérieurs à la plupart des films. Je voudrais faire un film qui entre dans cette catégorie. »

    Je vous laisse écouter le reste…Désolée pour la mauvaise qualité du son qui n’entachera en rien, je pense, celle des propos du cinéaste, parfaitement audibles (attendre environ 20 secondes pour que la conférence débute)…

    Enregistrement audio de la conférence de presse de Woody Allen, cliquez ci-dessous

    Enregistrement audio de la conférence de presse de Woody Allen pour « To Rome with love »

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  • Conférence de presse et programme de la sélection officielle du 65ème Festival de Cannes

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    Ce matin, la rue Scribe se donnait des airs de Croisette. Au Grand Hôtel Intercontinental où se déroulait la conférence de presse du 65ème Festival de Cannes, les médias du monde entier s’étaient donné rendez-vous pour écouter l’annonce tant attendue de la sélection par le Président du festival, Gilles Jacob, et par son délégué général, Thierry Frémaux. La campagne électorale s’est éclipsée quelques heures pour laisser place à cette autre compétition, moins rude mais tout aussi palpitante et qui, sans doute, nous en dira au moins aussi long sur l’état du monde et de notre société, sur ses maux, ses craintes, ses révoltes, ses aspirations. Ce sera déjà mon 12ème Festival de Cannes et pourtant l’impatience est la même, accrue par la fébrilité et l’effervescence qui règnaient dans la majestueuse salle de l’Intercontinental et qui, dans une délicieuse confusion de mon imaginaire galopant et impatient, m’ont donné l’impression d’être déjà un peu à Cannes…

    L’annonce de la sélection a été précédée d’un discours de Gilles Jacob présentant notamment « ce petit travail d’artisan » comme il l’a humblement défini, cette Histoire de Festival numéro 4, un documentaire sur l’anniversaire des 60 ans du festival qui sera présenté le jour de l’anniversaire du festival (65 ans cette fois), sous le titre Une journée particulière, un documentaire que je suis d’autant plus impatiente de découvrir que j’avais vécu cette journée parmi les festivaliers et que j’en garde le souvenir d’un moment magique. Le titre est bien entendu un clin d’œil à Ettore Scola mais aussi à la particularité de cette journée pour laquelle les 35 réalisateurs de « Chacun son cinéma » (et non des moindres !) étaient venus à Cannes en 2007. C’est le 20 mai en salle Debussy que sera projeté ce film prometteur.

    « À nous d’affirmer la persistance d’un cinéma différent cher au Président du Jury comme à celui du Festival» a ensuite poursuivi Gilles Jacob « car ce qui n’a pas changé et ne changera pas, c’est ce que sont les créateurs qui font Cannes et non pas l’éphémère ni l’écume des choses. Dans ce monde qui sacrifie au superficiel, au zapping, à la banalisation, à la fin du débat d’idées par indifférence, ce qui compte, ce qui fait notre force, c’est l’enracinement dans une passion pour le cinéma et pour ceux qui la portent : les grands auteurs. » Et il est vrai que, à Cannes, le rythme devient tout autre. Les débats passionnés et passionnants, exaltés et exaltants, s’inscrivent dans un temps que l’on voudrait éternité qui nous donne à voir des auteurs dont la singularité, la lenteur parfois salutaire, nous rassurent dans une course souvent carnassière et vaine aux images.

    « La chance de Cannes, c'est sa faculté de rassembler dans l’instant privilégié de la découverte d'un film. Un film qui, en un clin d'oeil, invente, réveille, bouleverse, consacre. On vient du monde entier pour retrouver l'élan créateur, cette concentration magique irremplaçable. Les nouvelles technologies, Internet, le piratage, les sorties mondiales simultanées, les nouveaux formats, et tout ce qui viendra ensuite, n'y pourront rien car la passion collective réunificatrice est logée là, c'est ainsi» a-t-il conclu.

    « Concentration magique irremplaçable » et « passion collective réunificatrice », voilà qui définit parfaitement cette atmosphère particulière qu’est celle de Cannes qui brouille délicieusement nos repères censés habituellement distinguer le cinéma de la réalité, qui nous plonge dans un bain cinématographique réconfortant (ou parfois salutairement choquant, dérangeant), dans un cinéma éclectique qui concilie et réconcilie cinéphiles et amateurs d’un cinéma plus grand public et de glamour que symbolise aussi Cannes (comme s’il fallait d’ailleurs les opposer.) Et cette année ne devrait pas déroger à la règle… Il se pourrait même qu’elle égale voire surpasse la surprenante et magnifique édition 2011 qui a vu éclore tant de grands films.

    Thierry Frémaux (qui a terminé sa sélection -dont on imagine à quel point elle doit être un passionnant casse-tête- la nuit dernière !) a ensuite annoncé la sélection officielle tout en spécifiant au préalable que « Quiconque fait un film sur cette planète peut postuler au Festival de Cannes", voilà qui devrait faire taire ceux qui estiment que les mêmes sont toujours sélectionnés (16 des 22 sélectionnés de cette année ont déjà concouru pour la palme d’or et 4 l’ont d’ailleurs déjà obtenue –Mungiu, Haneke, Loach, Kiarostami- mais, après tout, comment ne pas sélectionner un film d’Haneke ou Kiarostami alors que ce sont toujours ou presque de grands films ?) . Il a également précisé que « Le festival ne décide jamais préalablement de donner telle ou telle couleur à la sélection mais reflète état de la création".

    Plus de films ont été soumis au festival cette année : 1779 (1715 l’an passé). 26 pays représentés. 54 longs-métrages ont ainsi été annoncés aujourd’hui. D’autres seront annoncés la semaine prochaine (trois ou quatre). Peut-être le film de François Ozon, par exemple, dont certains regrettent l’absence ? 22 films sont ainsi en lice pour la palme d’or. Pour l’annonce du jury, il faudra attendre quelques jours, en début de semaine prochaine.

    Thierry Frémaux a également souligné que « le cinéma américain revient en force résumé ni à un cinéma indépendant ni à un cinéma de studio ».

    Trois films de réalisateurs français sont en lice pour la Palme d'or : "Vous n'avez encore rien vu" de Alain Resnais, "De rouille et d'os" de Jacques Audiard et "Holly Motors" de Leos Carax. Deux films français figurent également dans la section "Un certain regard": "Le grand soir" de Benoît Delépine et Gustave Kervern, et "Confessions d'un enfant du siècle" de Sylvie Verheyde.

    La conférence de presse s’est achevée par quelques questions. Une journaliste a ainsi demandé pourquoi Wong Kar Wai n’était pas sélectionné, ce à quoi Thierry Frémaux à répondu « Wong Kar Wai met du temps à terminer les films, c'est pourquoi nous n'avons pas pu le voir" .

    Une alléchante sélection entre nouveaux cinéastes et, surtout, cinéastes confirmés qui ne devraient pas moins nous surprendre, selon Thierry Frémaux qui a ainsi paraphrasé le titre du film d’Alain Resnais, « Vous n’avez encore rien vu ».

    Enfin, c’est le scénariste et réalisateur américain Philip Kaufman, qui donnera la leçon de cinéma après Martin Scorsese, Stephen Frears, Nanni Moretti, Wong Kar Wai ou Sydney Pollack. A cette occasion, le Festival présentera son nouveau film : Hemingway & Gellhorn, présenté en Sélection Officielle Hors Compétition, un film produit par HBO, avec Nicole Kidman et Clive Owen qui relate l’histoire passionnée et tumultueuse du grand écrivain et de sa troisième épouse, célèbre correspondante de guerre.

    Nombreux sont les films que j’attends avec énormément d’impatience : le film de Catherine Corsini à Un Certain Regard que Thierry Frémaux a défini comme un " film policier qu'on pourrait dire inspiré par Claude Sautet ». Evidemment le film d’Alain Resnais (accessoirement un de mes cinéastes de prédilection) qui avec « Les herbes folles » avait montré la jeunesse, la vitalité, l’inventivité de son cinéma, la curiosité aiguisée de son regard et qui avec « Vous n’avez encore rien vu » devrait à nouveau le démontrer. Evidemment, j’attends avec impatience « Like someone in love » de Kiarostami (compétition officielle) après un de mes grands chocs cinématographiques que fut son « Copie conforme » (pour lequel Juliette Binoche avait reçu un prix d’interprétation amplement mérité), le nouveau film de Jacques Audiard « De rouille et d’os » ( de retour à Cannes après son grand prix du jury avec « Un Prophète » au Festival de Cannes 2009), le film du petit génie Xavier Dolan « Laurence Anyways » après sa grisante fantasmagorie « Les amours imaginaires » déjà en sélection à Un Certain Regard, le film de Andrew Dominik « Killing them softly » de nouveau avec Brad Pitt déjà époustouflant dans le chef d’œuvre de ce même cinéaste « L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford », le nouveau film de Michael Haneke « Amour » , de retour en compétition officielle trois ans après sa palme d’or pour l'oeuvre austère, cruelle, dérangeante, convaincante, et surtout impressionnante qu’est « Le Ruban blanc ». « Après la bataille » de Yousry Nasrallah sur le printemps égyptien s’annonce également passionnant, et tant d’autres entre lesquels il me sera bien difficile de choisir… et à vrai dire je pourrais vous citer tous les films ou presque de cette sélection même si, sans doute, attendrai-je un peu moins la « comédie musicale violente japonaise », en séance de minuit, de Takeshi Miike qui prouve néanmoins une nouvelle fois l’éclectisme de cette sélection.

    Les amateurs de montées des marches pourront se réjouir d’y voir (probablement) Nicole Kidman, Brad Pitt, Marion Cotillard, Robert Pattinson, Kristen Stewart, Bérénice Béjo, Pete Doherty, Tom Hardy, Jessica Chastain, Kylie Minogue, Eva Mendès… parmi tant d’autres.

    Précisons encore que le film de Wes Anderson dont nous savions qu’il ferait l’ouverture du festival sera également en compétition, que « Thérèse Desqueyroux », l’adaptation du roman éponyme par Claude Miller fera la clôture du festival, que Bérénice Béjo présentera les cérémonies d’ouverture et de clôture, que Nanni Moretti est toujours président du jury, Tim Roth celui du jury Un Certain Regard, que Jean-Pierre Dardenne est président du jury de la Cinéfondation et des courts-métrages, un jury composé de cinq personnalités du cinéma et de la littérature : Arsinée KHANJIAN (actrice canadienne), Karim AÏNOUZ (réalisateur et scénariste brésilien), Emmanuel CARRÈRE (écrivain, scénariste et réalisateur français) et YU Lik-wai (directeur de la photographie et réalisateur chinois).

    Je vous donne rendez-vous chaque jour jusqu’au festival sur http://www.inthemoodforcannes.com mais aussi sur http://www.inthemoodforcinema.com et http://inthemoodlemag.com pour découvrir mes articles sur le festival.

    Sur inthemoodforcannes, chaque jour, je vous présenterai un film de la sélection en détails. Bien entendu, vous y trouverez prochainement le jury et la suite de la sélection…en attendant d’y suivre le festival en direct du 16 au 27 mai.

     

    En Compétition

    Film d'ouverture

       
         

    Wes ANDERSON

    MOONRISE KINGDOM

    1h34

         
     

    ***

     
         

    Jacques AUDIARD

    DE ROUILLE ET D'OS

    1h55

         

    Leos CARAX

    HOLY MOTORS

    1h50

         

    David CRONENBERG

    COSMOPOLIS

    1h45

         

    Lee DANIELS

    THE PAPERBOY

    1h41

         

    Andrew DOMINIK

    KILLING THEM SOFTLY

    1h40

         

    Matteo GARRONE

    REALITY

    1h50

         

    Michael HANEKE

    AMOUR

    2h06

         

    John HILLCOAT

    LAWLESS

    1h55

         

    HONG Sangsoo

    DA-REUN NA-RA-E-SUH
    (IN ANOTHER COUNTRY)

    1h28

         

    IM Sang-soo

    DO-NUI MAT

    (THE TASTE OF MONEY)

    1h53

         

    Abbas KIAROSTAMI

    LIKE SOMEONE IN LOVE

    1h49

         

    Ken LOACH

    THE ANGELS' SHARE
    (LA PART DES ANGES)

    1h46

         

    Sergei LOZNITSA

    V TUMANE

    (DANS LA BRUME)

    2h07

         

    Cristian MUNGIU

    BEYOND THE HILLS

    2h35

         

    Yousry NASRALLAH

    BAAD EL MAWKEAA

    (APRES LA BATAILLE)

    1h56

         

    Jeff NICHOLS

    MUD

    2h15

         

    Alain RESNAIS

    VOUS N'AVEZ ENCORE RIEN VU

    1h55

         

    Carlos REYGADAS

    POST TENEBRAS LUX

    1h40

         

    Walter SALLES

    ON THE ROAD

    (SUR LA ROUTE)

    2h20

         

    Ulrich SEIDL

    PARADIES : Liebe
    (PARADIS : Amour)

    2h00

         

    Thomas VINTERBERG

    JAGTEN

    (THE HUNT)

    1h46

         
         
     

    ***

     

    Film de clôture

       
         

    Claude MILLER

    THÉRÈSE DESQUEYROUX (H.C.)

    1h50

    Un Certain Regard

    Ashim AHLUWALIA

    MISS LOVELY 1er film

    1h50

         

    Juan Andrés ARANGO

    LA PLAYA 1er film

    1h30

         

    Nabil AYOUCH

    LES CHEVAUX DE DIEU

    1h55

         

    Catherine CORSINI

    TROIS MONDE

    1h40

         

    Brandon CRONENBERG

    ANTIVIRAL 1er film

    1h50

         

    Benicio DEL TORO,
    Pablo TRAPERO,
    Julio MEDEM,
    Elia SULEIMAN,
    Juan Carlos TABIO,
    Gaspard NOÉ et
    Laurent CANTET

    7 DIAS EN LA HABANA

    2h05

         

    Benoit DELÉPINE,
    Gustave KERVERN

    LE GRAND SOIR

    1h32

         

    Xavier DOLAN

    LAURENCE ANYWAYS

    2h41

         

    Michel FRANCO

    DESPUÉS DE LUCIA

    1h33

         

    Joachim LAFOSSE

    À PERDRE LA RAISON

    1h54

         

    Darezhan OMIRBAYEV

    STUDENT

    1h30

         

    Moussa TOURE

    LA PIROGUE

    1h27

         

    Pablo TRAPERO

    ELEFANTE BLANCO

    2h00

         

    Sylvie VERHEYDE

    CONFESSION OF A CHILD OF THE CENTURY
    (CONFESSION D'UN ENFANT DU SIECLE)

    2h05

         

    Koji WAKAMATSU

    11.25 THE DAY HE CHOSE HIS OWN FATE

    2h00

         

    LOU Ye

    MYSTERY

    1h30

         

    Benh ZEITLIN

    BEASTS OF THE SOUTHERN WILD 1er film
    (LES BÊTES DU SUD SAUVAGE)

    1h32

         

     


    Hors Compétition

     

    Bernardo BERTOLUCCI

    IO E TE

    1h37

         

    Eric DARNELL, Tom MCGRATH

    MADAGASCAR 3, EUROPE'S MOST WANTED

    (MADAGASCAR 3, BONS BAISERS D'EUROPE)

    1h30

         

    Philip KAUFMAN

    HEMINGWAY & GELLHORN

    2h34

         
         

    Séances de minuit

       
         

    Dario ARGENTO

    DARIO ARGENTO'S DRACULA

    1h46

         

    Takashi MIIKE

    AI TO MAKOTO

    2h14

         
         

    65e anniversaire

       
         
     

    UNE JOURNÉE PARTICULIÈRE de Gilles Jacob

    et Samuel Faure

    53'

     


    Séances Spéciales

    Fatih AKIN

    DER MÜLL IM GARTEN EDEN

    1h25

         

    Laurent BOUZEREAU

    ROMAN POLANSKI : A FILM MEMOIR

    1h34

         

    Ken BURNS,
    Sarah BURNS,
    David MCMAHON

    THE CENTRAL PARK FIVE

    2h00

         

    Sébastien LIFSHITZ

    LES INVISIBLES

    1h55

         

    Claudine NOUGARET,
    Raymond DEPARDON

    JOURNAL DE FRANCE

    1h40

         

    Nelson
    PEREIRA DOS SANTOS

    A MUSICA SEGUNDO TOM JOBIM

    1h30

         

    Gonzalo TOBAL

    VILLEGAS 1er film

    1h36

         

    Apichatpong
    WEERASETHAKUL

    MEKONG HOTEL
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