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16/11/2008

"Match point" de Woody Allen: ce soir, sur France 2, à 20H50

A l'occasion de la programmation de "Match point" de Woody Allen, ce soir, à 20H50, sur France 2, je vous propose de nouveau ma critique de ce film (écrite au moment de sa sortie), un film au scénario magistral et à la réalisation exemplaire que je vous recommande vivement. A ne manquer sous aucun prétexte! Je vous recommande également "Vicky Cristina Barcelona", toujours à l'affiche.

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Un film de Woody Allen c’est un peu comme l’étaient les films de Melville, de Sautet, de Hitchcock et de quelques autres, aussi diamétralement opposés que soient leurs styles, qu’ils soient excellents (ils le sont presque toujours) ou un peu moins, nous savons d’avance dans quel genre de film, dans quelle forme filmique nous allons nous plonger, avec délectation d’ailleurs, car c’est aussi, surtout, pour cela que nous y allons : le signe distinctif d’un cinéaste immédiatement reconnaissable. Cette fois pourtant, tout en excellant dans son domaine, plus que d’habitude encore peut-être, Woody Allen réussit à nous surprendre, en s’affranchissant des quelques « règles » qui le distinguent habituellement : d’abord en ne se mettant pas en scène, ou en ne mettant pas en scène un acteur mimétique de ses tergiversations existentielles, ensuite en quittant New York qu’il a tant sublimée. Cette fois, il a en effet quitté Manhattan pour Londres, Londres d’une luminosité obscure ou d’une obscurité lumineuse, en tout cas ambiguë…cadre idéalement paradoxal pour ce jeune prof de tennis d’origine modeste embauché dans un club huppé où il sympathise avec le fils d’une riche famille, tout en s’éprenant d’abord de sa sœur, ou du moins en feignant de s’en convaincre, à défaut de nous en convaincre,…avant de rencontrer la fiancée de ce dernier, actrice sans emploi de son état, rencontre qui engendre une passion suffocante. Raconter ainsi « Match point » serait décrire une histoire de passion parmi d’autres (passion dont il filme d’ailleurs et néanmoins brillamment la frénésie claustrophobique que sa caméra épouse, et l’irrationalité ) pourtant dès le début s’immisce une fausse note presque imperceptible, sous la forme d’une récurrente thématique pécuniaire, symbole du mépris insidieux, souvent inconscient, que la situation sociale inférieure du jeune prof de tennis suscite chez sa nouvelle famille, et du sentiment d’infériorité que cela suscite chez lui, fausse note qui va aller crescendo jusqu’à la dissonance paroxystique, dénouement de cet opéra filmique, forcément tragique, forcément grandiloquent.

C’est aussi le film des choix cornéliens, d’une balle qui hésite entre deux camps : celui de la passion d’un côté, et de l’amour, voire du devoir, de l’autre croit-on d’abord, celui de la passion d’un côté et de la réussite sociale de l’autre réalise-t-on progressivement. C’est aussi donc le match de la raison et de la certitude sociale contre la déraison et l’incertitude amoureuse. A travers le regard de l’étranger à ce monde, Woody Allen dresse le portrait acide de la « bonne » société londonienne avec un cynisme chabrolien auquel il emprunte d’ailleurs une certaine noirceur et une critique de la bourgeoisie digne de  La cérémonie que le dénouement rappelle d’ailleurs.

Le talent du metteur en scène réside également dans l’identification du spectateur au héros et à son malaise croissant qui, aussi odieuse soit-elle, trouve finalement la résolution du choix cornélien inéluctable. En ne le condamnant pas, en mettant la chance de son côté, la balle dans son camp, c’est finalement notre propre aveuglement ou celui d’une société éblouie par l’arrivisme que Woody Allen stigmatise. Parce-que s’il aime la jeune actrice, il aime plus encore l’image de lui-même que lui renvoie son épouse : celle de son ascension.

Il y a aussi du Renoir dans ce Woody Allen là qui y dissèque les règles d’un jeu social, d’un match fatalement cruel. Woody Allen signe un film d’une férocité jubilatoire, un film cynique sur l’ironie du destin, l’implication de la chance, chance qui se trouvait déjà au centre de  La fille sur le pont  de Leconte. Le fossé qui sépare le traitement de ce thème dans les deux films est néanmoins immense : le hiatus est ici celui de la morale puisque dans le film de Leconte cette chance était en quelque sorte juste alors qu’elle est ici amorale, voire immorale, …pour notre plus grand plaisir. C’est donc l’histoire d’un crime sans châtiment dont le héros, sorte de double de Raskolnikov, est d’ailleurs un lecteur assidu de Dostoïevsky, tout comme Woody Allen à en croire une partie la trame du récit qu’il lui « emprunte ».

La réalisation de Woody Allen a ici l’élégance perfide de son personnage principal. Le film, d’une noirceur inhabituelle chez le cinéaste, s’achève par une balle de match grandiose au dénouement d’un rebondissement magistral qui par tout autre serait apparu téléphoné mais qui, par le talent de Woody Allen et de son scénario ciselé, apparaît comme une issue d’une implacable et sinistre logique. Un match palpitant, incontournable, inoubliable. Un chef d’œuvre de cynisme, le témoignage d’un regard désabusé et d’une grande acuité sur les travers de notre époque, cynique parfois malgré elle... Malgré elle ?

Mes autres critiques de films de Woody Allen (cliquez sur les titres des films pour accéder aux critiques):

-Scoop: la dernière comédie policière de Woody Allen

-"Le rêve de Cassandre: crime et châtiments"

-"Vicky Cristina Barcelona": entre romantisme sulfureux et légèreté mélancolique

 

Commentaires

Match quoi de qui ???

Ah oui, c'est cti qu'a fait "Vicky" que je décommande moi...
mouarf !

Ecrit par : Pascale | 16/11/2008

Tout à fait d'accord avec votre anamyse, c'est un woody Allen qui plait forcément, à ses fans habituels, mais qui ravira aussi, ceux, moi séduits par son cinéma, qui lui préfèrent Sautet, par exemple.

Ecrit par : MademoiselleSix | 16/11/2008

@ Pascale: D'un petit jeune qui débute et qui a de l'avenir.

@MademoiselleSix: C'est vrai que c'est un film qui marque un tournant dans le style de Woody Allen et grâce auquel certains l'ont peut-être découvert, mais finalement chacun de ses films recèle une vraie bonne idée. Même si "Match point" est peut-être le moins "woodyallenien", il reste mon préféré.

Ecrit par : Sandra.M | 16/11/2008

Je suis assez d'accord avec cette critique. Enfin un bon woody allen, d'ailleurs si on le regarde sans savoir qui l'a réalisé, dur d'y retrouver la patte du réalisateur New-Yorkais. Comme quoi, c'est aussi sympa quand il ne joue pas le personnage central de son film !

Ecrit par : Netzah | 16/11/2008

Poulala !
Je me souvenais de l'histoire en gros mais plus trop de la bande de pourris qui sévissent là dedans.
Et le coup de l'alliance qui doit tomber et rebondit j'avais oublié !
C'est "amazing". On approche la perfection parfois.

PS. : Ce qui rend la Vicky encore plus infréquantable bien sûr ... :-)))

Ecrit par : Pascale | 17/11/2008

@ Netziah: "Enfin un bon Woody Allen", je dirais plutôt "toujours un bon Woody Allen"! Mais c'est vrai que je ne suis pas forcément fan de Woody acteur.

@ Pascale: Ils sont vraiment délectables ces pourris. Quel regard aiguisé. Chaque réplique sonne juste. Chaque personnage sonne vrai, que ce soit dans l'aspect snob et hautain et détestable ou dans les fêlures (pour Scarlett). Scénaristiquement, c'est la perfection, je trouve: tout concourt au meurtre et au dénouement, presque inéluctables. Ce qui rend Vicky encore plus incontournable bien sûr.:-)

Ecrit par : Sandra.M | 17/11/2008

Le film me revenait au fur et à mesure. Et je me disais que ça avait dû être un plaisir inouï à la première vision de se demander "mais qu'est-ce qu'il mijote ?.. pourquoi ci, pourquoi ça ?" Dans mon souvenir "il" ne s'en sortait pas... Que je suis naïve. J'ai trouvé que seul le père avait un côté "humain" touchant.

P.S. : et cette perfection rend d'autant plus La Cristina évitable évidemment :-(

Ecrit par : Pascale | 18/11/2008

Ah bon, tu trouves le père touchant? Moi, il n'y a que Scarlett que je trouve touchante, mais finalement les autres sont tellement antipathiques que c'est jubilatoire d'imaginer qu'ils ignorent avoir un assassin parmi eux.

Ecrit par : Sandra.M | 18/11/2008

Ouais un peu... Un gros naïf moins puant que sa conne de meuf et ses tarés de moutards.
Scarlett forcément est la seule qui souffre donc je souffre avec elle, tu me connais !

P.S. : ce qui rend la Vicky d'autant plus impardonnable bien sûr.

Ecrit par : Pascale | 18/11/2008

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