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  • Critique – LE PARFUM VERT de Nicolas Pariser

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    Projeté en clôture de la Quinzaine des réalisateurs, Le Parfum vert est le troisième long-métrage de Nicolas Pariser qui, après Alice et le Maire, explore un nouveau territoire avec cette comédie d’espionnage qui s’inspire à la fois d’Hitchcock et d’Hergé.

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    Les polémiques et l’actualité d’alors avaient éclipsé le César 2020 de la meilleure actrice attribué (à juste titre) à Anaïs Demoustier, ainsi que son discours enthousiaste et brillant sur la scène de Pleyel. C’est déjà au moins une bonne raison pour faire cette digression en préambule pour vous parler à nouveau de cette fable politique de Nicolas Pariser, lequel avait déjà notamment réalisé le prenant Le grand jeu.

    Alice et le Maire. Voilà un titre qui résonne comme celui d’une Fable de La Fontaine. Ou comme un titre d’un film de Rohmer.  Ou comme un titre d’un film de Claude Sautet. Il y a un peu de toutes ces influences dans ce film qui nous embarque à Lyon où le Maire, Paul Théraneau, va mal. Son problème ? Un manque violent, étourdissant, abyssal d’idées. Il ne parvient plus à penser. Il se sent vide. Alors, il demande à une jeune femme, Alice Heiman, de l’aider. Elle est à peu près aussi velléitaire que lui qui, les yeux dans le vague, le bâillement au bord des lèvres, et le sommeil au bord des yeux, écoute distraitement les délibérations du conseil municipal et ânonne machinalement ses réponses. Elle ne sait pas bien ce qu’elle veut faire de sa vie. Leurs échanges vont ébranler leurs certitudes et un peu plus encore leurs incertitudes.

    Peut-être moins mordant que l’irrésistible Quai d’Orsay même si l’adjectif « mordant » est ici souvent employé, Alice et le Maire n’en est pas moins une critique, passionnante et acerbe, non pas tant des politiques d’ailleurs puisque le maire est ici sincèrement engagé (« J'ai tout sacrifié à ma passion ». « La politique c’est comme la musique ou la peinture, c’est tout le temps ou rien » déclare-t-il ainsi à Alice) que des communicants qui les entourent. Alice est une ex-étudiante en littérature et philosophie, qui n’appartient pas au cénacle, nullement impressionnée par les ors de la République dans le décor desquels elle déambule en jeans, avec assurance. La première note de la toute nouvelle collaboratrice du Maire est consacrée à la nécessité de la modestie. Tout un programme.

    Malgré cela ou grâce à cela, Alice devient peu à peu indispensable pour le Maire pour qui elle est « une tête pensante brillante, pas dans le prêt-à-penser », jusqu’à même recueillir ses confidences, et susciter ainsi la jalousie de son entourage. Le rôle et les paroles parfois ubuesque des communicants sont savamment croqués, et les dialogues souvent savoureux. D’un mot ou d'un regard, on souligne la misogynie ou la condescendance dont Alice est l'objet.

    Ajoutez à cela la musique de Debussy , les rêveries (partagés) du promeneur solitaire, la rencontre furtive et marquante de deux solitudes égarées, un long plan séquence où la magie opère où tout est dit au-delà des mots dans les gestes, des dialogues chorégraphiés dans un mouvement constant, une absence salutaire de cynisme et vous obtiendrez un film d’une ironie tendrement cruelle, qui nous captive, porté par une comédienne d’une rare justesse qui incarne un magnifique personnage qui (comme ce film) sort des cases et des cadres. En effet loin du prêt-à-penser. Comme ce film là aussi. Qui invite au dialogue, à la confrontation des idées.

    Changement de ton et de décor avec Le Parfum vert (nous y revenons...) qui commence par le plan de dos d’une femme, arborant un chignon tel celui de Madeleine (Kim Novak) dans Vertigo, et se dirigeant vers la Comédie Française. C’est là que, quelques minutes plus tard, un comédien de la troupe est assassiné par empoisonnement, en pleine représentation. Avant de mourir, il expire quelques mots, « le parfum vert », à l’oreille de Martin (Vincent Lacoste), membre de la troupe. Martin est ensuite kidnappé et conduit dans un manoir isolé de la région parisienne où le mystérieux commanditaire de son kidnapping, après lui avoir asséné ses vérités politiques, le libère. Après sa disparition soudaine et injustifiée, Martin est soupçonné par la police. Ayant observé de nombreuses planches de BD aux murs de la maison de son ravisseur, Martin entre dans une librairie spécialisée, pensant y trouver l’identité de ce dernier. C’est dans cette même librairie que Claire Cahan attend de dédicacer son ouvrage à des lecteurs qui se font attendre. Surtout désireuse d’échapper à cette vaine attente et à un dîner familial avec sa sœur à qui elle ne parle plus depuis dix ans, elle l’accompagne dans sa quête de vérité, direction Bruxelles.

    Le Parfum vert est un film hybride et inclassable mais surtout, à l’image de ses deux protagonistes et de ceux qui les interprètent : bourré de charme. Martin et Claire éprouvent la même angoisse, celle des Juifs en Europe, une Europe dans laquelle le fascisme et l’antisémitisme menacent plus que jamais. L’équilibre est fragile entre la comédie sentimentale, le drame historique et l’intrigue d’espionnage mais Nicolas Pariser parvient à le maintenir, à alterner et/ou mêler les genres selon les séquences.

    Sandrine Kiberlain prouve une nouvelle fois sa puissance comique (elle est irrésistible dans ce registre, notamment dans Les 2 Alfred de Bruno Podalydès, une comédie remarquable que je vous recommande au passage dans laquelle ce dernier porte un regard à la fois doux et acéré sur l’absurdité de notre société, un monde à la liberté illusoire dans lequel l’apparence prévaut), son sens du rythme et sa capacité étonnante à passer d’un registre à l’autre (elle est aussi convaincante dans les drames de Stéphane Brizé ou récemment dans Chronique d’une liaison passagère d'Emmanuel Mouret dans lequel elle est solaire et aventureuse), des qualités de polyvalence et de comique que possède aussi Vincent Lacoste, qui incarne ici un véritable (anti)héros maladroit, sujet aux crises d’angoisse, a fortiori lorsque le train s’arrête à la gare de Nuremberg : « à chaque fois que je passe par l’Allemagne, j’ai l’impression qu’on m’emmène à Auschwitz ! ».

    Face à lui, Claire est une femme déterminée, obstinée, fantasque, extravertie. Ce duo fonctionne tellement qu’il pourrait devenir récurrent. Même si le cinéaste ne semble pas désirer réaliser de suites, la fin, ouverte, et l’alchimie entre les deux, nous donne envie de continuer à suivre leurs aventures.

    Avec son rythme trépidant, Le Parfum vert rappelle ces films de De Broca ou Rappeneau ou même Lubitsch dans lesquels l’aventure (au sens propre ou sentimentale) se mêle avec brio au comique. Ajoutez à cela une touche hitchcockienne avec MacGuffin de rigueur y compris (ici un mystérieux "anthracite") ou escalier à spirale ou cauchemars rougeoyants qui en rappellent d’autres du maître du suspense, une photo très stylisée (de Sébastien Buchmann), une musique originale entrainante composée par Benjamin Esdraffo qui épouse l’énergie du film, les différents degrés de lecture, l’élégance de la réalisation, le voyage auquel il invite de Bruxelles à Budapest,  et vous obtiendrez un divertissement intelligent, de haute volée avec quelque scènes que n’aurait pas renié Hitchcock  comme une représentation de L'Illusion comique de Corneille pour démasquer le mystérieux espion de la troupe.

    Les références à Hergé sont aussi nombreuses, des costumes des protagonistes aux deux policiers moustachus décalés d’une trouble ressemblance qui font penser à Dupond et Dupont et dont l’apparition inattendue possède un indéniable ressort comique. Ce ton cartoonesque est renforcé par le recours au 35mm qui donne un aspect plus profond à l’image qui sied parfaitement à l'univers du film et contribue aussi à lui procurer sa singularité.

    Une comédie toujours au bord du drame, et l’inverse, un divertissement délicieux et réjouissant, parfait pour cette période des fêtes, avec son rythme échevelé, porté par une réalisation inspirée et deux comédiens exceptionnels dont le plaisir qu’ils ont à jouer contamine joyeusement les spectateurs qui ne s'ennuie pas une seconde, ce qui est déjà une excellente raison de vous déplacer pour découvrir ce film en salles, à partir du 21 décembre 2022.

  • Festival de Cannes 2022 - Quinzaine des Réalisateurs - Critique - LE PARFUM VERT de Nicolas Pariser

    Festival de Cannes 2022, clôture, Quinzaine des Réalisateurs, Le Parfum vert, Nicolas Pariser

    Projeté en clôture de la Quinzaine des réalisateurs, Le Parfum vert est le troisième long-métrage de Nicolas Pariser qui, après Alice et le Maire, explore un nouveau territoire avec cette comédie d’espionnage qui s’inspire à la fois d’Hitchcock et d’Hergé.

    Les polémiques et l’actualité d’alors avaient éclipsé le César 2020 de la meilleure actrice attribué (à juste titre) à Anaïs Demoustier, ainsi que son discours enthousiaste et brillant sur la scène de Pleyel. C’est déjà au moins une bonne raison pour faire cette digression en préambule pour vous parler à nouveau de cette fable politique de Nicolas Pariser, lequel avait déjà notamment réalisé le prenant Le grand jeu.

    Alice et le Maire. Voilà un titre qui résonne comme celui d’une Fable de La Fontaine. Ou comme un titre d’un film de Rohmer.  Ou comme un titre d’un film de Claude Sautet. Il y a un peu de toutes ces influences dans ce film qui nous embarque à Lyon où le Maire, Paul Théraneau, va mal. Son problème ? Un manque violent, étourdissant, abyssal d’idées. Il ne parvient plus à penser. Il se sent vide. Alors, il demande à une jeune femme, Alice Heiman, de l’aider. Elle est à peu près aussi velléitaire que lui qui, les yeux dans le vague, le bâillement au bord des lèvres, et le sommeil au bord des yeux, écoute distraitement les délibérations du conseil municipal et ânonne machinalement ses réponses. Elle ne sait pas bien ce qu’elle veut faire de sa vie. Leurs échanges vont ébranler leurs certitudes et un peu plus encore leurs incertitudes.

    Peut-être moins mordant que l’irrésistible Quai d’Orsay même si l’adjectif « mordant » est ici souvent employé, Alice et le Maire n’en est pas moins une critique, passionnante et acerbe, non pas tant des politiques d’ailleurs puisque le maire est ici sincèrement engagé (« J'ai tout sacrifié à ma passion ». « La politique c’est comme la musique ou la peinture, c’est tout le temps ou rien » déclare-t-il ainsi à Alice) que des communicants qui les entourent. Alice est une ex-étudiante en littérature et philosophie, qui n’appartient pas au cénacle, nullement impressionnée par les ors de la République dans le décor desquels elle déambule en jeans, avec assurance. La première note de la toute nouvelle collaboratrice du Maire est consacrée à la nécessité de la modestie. Tout un programme.

    Malgré cela ou grâce à cela, Alice devient peu à peu indispensable pour le Maire pour qui elle est « une tête pensante brillante, pas dans le prêt-à-penser », jusqu’à même recueillir ses confidences, et susciter ainsi la jalousie de son entourage. Le rôle et les paroles parfois ubuesque des communicants sont savamment croqués, et les dialogues souvent savoureux. D’un mot ou d'un regard, on souligne la misogynie ou la condescendance dont Alice est l'objet.

    Ajoutez à cela la musique de Debussy , les rêveries (partagés) du promeneur solitaire, la rencontre furtive et marquante de deux solitudes égarées, un long plan séquence où la magie opère où tout est dit au-delà des mots dans les gestes, des dialogues chorégraphiés dans un mouvement constant, une absence salutaire de cynisme et vous obtiendrez un film d’une ironie tendrement cruelle, qui nous captive, porté par une comédienne d’une rare justesse qui incarne un magnifique personnage qui (comme ce film) sort des cases et des cadres. En effet loin du prêt-à-penser. Comme ce film là aussi. Qui invite au dialogue, à la confrontation des idées.

    Changement de ton et de décor avec Le Parfum vert (nous y revenons...) qui commence par le plan de dos d’une femme, arborant un chignon tel celui de Madeleine (Kim Novak) dans Vertigo, et se dirigeant vers la Comédie Française. C’est là que, quelques minutes plus tard, un comédien de la troupe est assassiné par empoisonnement, en pleine représentation. Avant de mourir, il expire quelques mots, « le parfum vert », à l’oreille de Martin (Vincent Lacoste), membre de la troupe. Martin est ensuite kidnappé et conduit dans un manoir isolé de la région parisienne où le mystérieux commanditaire de son kidnapping, après lui avoir asséné ses vérités politiques, le libère. Après sa disparition soudaine et injustifiée, Martin est soupçonné par la police. Ayant observé de nombreuses planches de BD aux murs de la maison de son ravisseur, Martin entre dans une librairie spécialisée, pensant y trouver l’identité de ce dernier. C’est dans cette même librairie que Claire Cahan attend de dédicacer son ouvrage à des lecteurs qui se font attendre. Surtout désireuse d’échapper à cette vaine attente et à un dîner familial avec sa sœur à qui elle ne parle plus depuis dix ans, elle l’accompagne dans sa quête de vérité, direction Bruxelles.

    Le Parfum vert est un film hybride et inclassable mais surtout, à l’image de ses deux protagonistes et de ceux qui les interprètent : bourré de charme. Martin et Claire éprouvent la même angoisse, celle des Juifs en Europe, une Europe dans laquelle le fascisme et l’antisémitisme menacent plus que jamais. L’équilibre est fragile entre la comédie sentimentale, le drame historique et l’intrigue d’espionnage mais Nicolas Pariser parvient à le maintenir, à alterner et/ou mêler les genres selon les séquences.

    Sandrine Kiberlain prouve une nouvelle fois sa puissance comique (elle est irrésistible dans ce registre, notamment dans Les 2 Alfred de Bruno Podalydès, une comédie remarquable que je vous recommande au passage dans laquelle ce dernier porte un regard à la fois doux et acéré sur l’absurdité de notre société, un monde à la liberté illusoire dans lequel l’apparence prévaut), son sens du rythme et sa capacité étonnante à passer d’un registre à l’autre (elle est aussi convaincante dans les drames de Stéphane Brizé ou récemment dans Chronique d’une liaison passagère d'Emmanuel Mouret dans lequel elle est solaire et aventureuse), des qualités de polyvalence et de comique que possède aussi Vincent Lacoste, qui incarne ici un véritable (anti)héros maladroit, sujet aux crises d’angoisse, a fortiori lorsque le train s’arrête à la gare de Nuremberg : « à chaque fois que je passe par l’Allemagne, j’ai l’impression qu’on m’emmène à Auschwitz ! ».

    Face à lui, Claire est une femme déterminée, obstinée, fantasque, extravertie. Ce duo fonctionne tellement qu’il pourrait devenir récurrent. Même si le cinéaste ne semble pas désirer réaliser de suites, la fin, ouverte, et l’alchimie entre les deux, nous donne envie de continuer à suivre leurs aventures.

    Avec son rythme trépidant, Le Parfum vert rappelle ces films de De Broca ou Rappeneau ou même Lubitsch dans lesquels l’aventure (au sens propre ou sentimentale) se mêle avec brio au comique. Ajoutez à cela une touche hitchcockienne avec MacGuffin de rigueur y compris (ici un mystérieux "anthracite") ou escalier à spirale ou cauchemars rougeoyants qui en rappellent d’autres du maître du suspense, une photo très stylisée (de Sébastien Buchmann), une musique originale entrainante composée par Benjamin Esdraffo qui épouse l’énergie du film, les différents degrés de lecture, l’élégance de la réalisation, le voyage auquel il invite de Bruxelles à Budapest,  et vous obtiendrez un divertissement intelligent, de haute volée avec quelque scènes que n’aurait pas renié Hitchcock  comme une représentation de L'Illusion comique de Corneille pour démasquer le mystérieux espion de la troupe.

    Les références à Hergé sont aussi nombreuses, des costumes des protagonistes aux deux policiers moustachus décalés d’une trouble ressemblance qui font penser à Dupond et Dupont et dont l’apparition inattendue possède un indéniable ressort comique. Ce ton cartoonesque est renforcé par le recours au 35mm qui donne un aspect plus profond à l’image qui sied parfaitement à l'univers du film et contribue aussi à lui procurer sa singularité.

    Une comédie toujours au bord du drame, et l’inverse, un divertissement délicieux et réjouissant, parfait pour cette période des fêtes, avec son rythme échevelé, porté par une réalisation inspirée et deux comédiens exceptionnels dont le plaisir qu’ils ont à jouer contamine joyeusement les spectateurs qui ne s'ennuie pas une seconde, ce qui est déjà une excellente raison de vous déplacer pour découvrir ce film lorsqu'il sortira en salles.

  • Quelques mots sur ALICE ET LE MAIRE de Nicolas Pariser

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    Même si l'écriture romanesque occupe désormais plus mon temps que ce blog (en attendant de nouveaux romans publiés, vous pouvez découvrir mon nouveau texte en ligne et en lice sur Short Edition, ici), je demeure plus que jamais attentive à l'actualité cinématographique.

    Les polémiques et l’actualité ont éclipsé le César 2020 de la meilleure actrice attribué (à juste titre) à Anaïs Demoustier, ainsi que son discours enthousiaste et brillant sur la scène de Pleyel. C’est déjà au moins une bonne raison pour vous parler de cette fable politique de Nicolas Pariser (a fortiori à quelques jours des élections Municipales), lequel avait déjà notamment réalisé le prenant « Grand jeu ».

    Alice et le Maire. Voilà un titre qui résonne comme celui d’une Fable de La Fontaine. Ou comme un titre d’un film de Rohmer.  Ou comme un titre d’un film de Claude Sautet. Il y a un peu de toutes ces influences dans ce film qui nous embarque à Lyon où le Maire, Paul Théraneau, va mal. Son problème ? Un manque violent, étourdissant, abyssal d’idées. Il ne parvient plus à penser. Il se sent vide. Alors, il demande à une jeune femme, Alice Heiman, de l’aider. Elle est à peu près aussi velléitaire que lui qui, les yeux dans le vague, le bâillement au bord des lèvres, et le sommeil au bord des yeux, écoute distraitement les délibérations du conseil municipal et ânonne machinalement ses réponses. Elle ne sait pas bien ce qu’elle veut faire de sa vie. Leurs échanges vont ébranler leurs certitudes et un peu plus encore leurs incertitudes.

    Peut-être moins mordant que l’irrésistible « Quai d’Orsay » même si l’adjectif « mordant » est ici souvent employé, « Alice et le Maire » n’en est pas moins une critique, passionnante et acerbe, non pas tant des politiques d’ailleurs puisque le maire est ici sincèrement engagé («  J'ai tout sacrifié à ma passion ». « La politique c’est comme la musique ou la peinture, c’est tout le temps ou rien » déclare-t-il ainsi à Alice) que des communicants qui les entourent. Alice est une ex-étudiante en littérature et philosophie, qui n’appartient pas au cénacle, nullement impressionnée par les ors de la République dans le décor desquels elle déambule en jeans, avec assurance. La première note de la toute nouvelle collaboratrice du Maire est consacrée à la nécessité de la modestie. Tout un programme.


    Malgré cela ou grâce à cela, Alice devient peu à peu indispensable pour le Maire pour qui elle est « une tête pensante brillante, pas dans le prêt-à-penser », jusqu’à même recueillir ses confidences, et susciter ainsi la jalousie de son entourage. Le rôle et les paroles parfois ubuesque des communicants sont savamment croqués, et les dialogues souvent savoureux. D’un mot ou d'un regard, on souligne la mysoginie ou la condescendance dont Alice est l'objet.

    Ajoutez à cela la musique de Debussy , les rêveries (partagés) du promeneur solitaire, la rencontre furtive et marquante de deux solitudes égarées, un long plan séquence où la magie opère où tout est dit au-delà des mots dans les gestes, des dialogues chorégraphiés dans un mouvement constant, une absence salutaire de cynisme et vous obtiendrez un film d’une ironie tendrement cruelle, qui nous captive, porté par une comédienne d’une rare justesse qui incarne un magnifique personnage qui (comme ce film) sort des cases et des cadres. En effet loin du prêt-à-penser. Comme ce film là aussi. Qui invite au dialogue, à la confrontation des idées. Et dans une époque sourde et assourdissante, cela fait un bien fou !