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IN THE MOOD FOR CINEMA - Page 309

  • Critique de "Poupoupidou" de Gérald Hustache-Mathieu, ce soir, à 20H55, sur Canal+

     

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     « Poupoupidou » est le second long métrage de Gérald Hustache-Mathieu, 4 ans après « Avril ».

    David Rousseau (Jean-Paul Rouve) est l’auteur de romans policiers aux titres à son image, burlesques et improbables, et à l’image du lieu où il se rend pour toucher un héritage : Mouthe. Enfin, ce sont surtout les températures qui y sont burlesques et improbables puisque c’est le village le plus froid de France. En guise d’héritage, il va uniquement récolter un chien empaillé, en revanche il va y trouver l’inspiration pour son prochain roman. Le jour de son arrivée, on découvre en effet le corps de Candice Lecoeur (Sophie Quinton), l’effigie blonde du fromage  Belle du Jura, star locale persuadée d’être la réincarnation de Marylin Monroe. La gendarmerie a conclu à un suicide. David Rousseau n’y croit pas et va enquêter. Il va alors trouver à Mouthe bien plus qu’un sujet de roman...

    Beaucoup d’éléments m’ont enchantée dans ce « Poupoupidou », et en premier lieu le fait qu’il soit délicieusement à contre-courant. A contre-courant, parce qu’il ne considère pas que le monde s’arrête aux frontières du périphérique parisien. La première bonne idée est en effet d’avoir situé l’intrigue à Mouthe, d’abord pour l’élément dramatique que constitue le froid polaire qui y règne mais aussi pour le décor à la fois familier et inhabituel, sorte d’ailleurs proche et lointain qui brouille nos repères. Gérald Hustache-Mathieu regarde la province avec une tendresse lucide jamais condescendante mais non moins drôle.

    A contre-courant ensuite parce qu’il appartient à plusieurs genres, là où le cinéma français cherche de plus en plus à construire des films concepts réductibles à un slogan en guise de pitch (comme celui-ci, par exemple), Poupoupidou appartient à plusieurs genres et crée ainsi le sien propre que nous pourrions qualifier de policier burlesque et romantique.

    A contre-courant par l’originalité de la construction scénaristique également puisque s’enchevêtrent plusieurs points de vue, celui de Candice à travers son journal et celui de David Rousseau, celui du  vivant et de la défunte sans que jamais cela devienne morbide mais au contraire onirique, leurs deux voix se faisant ainsi poétiquement, tantôt humoristiquement ou  tragiquement écho.

     A contre-courant enfin parce que son réalisateur est un incorrigible romantique dont il a dit hier soir qu’il devrait s’en guérir. Surtout qu’il ne change rien. D’ailleurs amusant qu’un romantique cherche à se guérir quand des cyniques ne cherchent qu’à s’en enorgueillir (faîtes un tour sur twitter, cela vous en donnera une idée...) En passant, j’ai été plutôt admirative de l’énergie déployée par Gérald Hustache-Mathieu hier soir pour défendre son film face à une salle qui en termes d’empathie me semblait être  à peu près l’équivalent de celle des César (c’est dire…)

    A contre-courant pour le casting. Gérald Hustache-Mathieu n’a pas choisi des acteurs « bankable » mais son choix n’en était que plus judicieux. Sophie Quinton présente cette sensualité, cette tristesse, cette gaieté joliment feinte de Marylin sans jamais la singer. Et  Jean-Paul Rouve adopte un jeu tantôt touchant, tantôt décalé confirmant son  César du meilleur espoir masculin pour son rôle de collabo dans « Monsieur Batignole » et qu’il peut tout jouer. Ils incarnent l’un et l’autre des personnages à qui la confiance en eux fait défaut et qui ont besoin de s’identifier à ce fameux mythe américain, l’un à une actrice, l’autre à un romancier. Ces deux-la étaient faits pour se rencontrer. Et c’est la magie du cinéma et de l’écriture scénaristique que de permettre qu’ils le fassent par-delà la mort.

    Plus que l’intrigue policière, c’est finalement le portrait de ces êtres qui rêvent d’ailleurs, (personnages principaux et secondaires croqués par petites touches mais non moins présents), antihéros fascinés par le mythe américain dont le film tout entier est imprégné, hommage au mythe Marylin et au mythe en général.  Plus que l’enquête du véritable meurtrier de Candice c’est finalement celle qui consiste à établir le parallèle avec  la vie de Norma Jean/Marylin (comme un 5 omniprésent qui rappelle sa célèbre réponse à une question d’un journaliste), désirée et presque toujours mal aimée et incomprise, qui donne au film ce ton à la fois ludique et nostalgique. Gérald Hustache-Mathieu déjoue les apparences et se joue des apparences avec humour et sensibilité.

    Poupoupidou n’emprunte pas seulement son titre à Marylin : on retrouve son mélange de fragilité, de gravité et de légèreté et ce petit plus indéfinissable qu’on appelle la grâce et qui vous fera oublier le temps qui passe. Un polar tendrement drôle et décalé, une histoire d’amour posthume burlesque joliment inclassable portée par le souci du détail de son réalisateur, une bande originale ensorcelante, et deux acteurs aussi touchants que drôles avec en toile de fond la beauté tragique du mythe. 

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  • Oscars 2012, liste complète des nominations: 10 nominations pour "The Artist"!

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    Les nominations pour la 84ème cérémonie des Oscars viennent de tomber, à Los Angeles.

    Comme les Golden Globes le laissaient espérer,  ce sont pas moins de dix nominations pour "The Artist" (dont meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario...), avec une nomination bien évidemment pour Jean Dujardin qui, s'il obtenait l'Oscar, serait le premier acteur français a être récompensé de l'Oscar du meilleur acteur (même si des actrices ont obtenu l'Oscar de la meilleure actrice: Marion Cotillard en 2008 pour "La Môme" et Simone Signoret en 1960 pour "Les chemins de la haute ville") alors que, déjà, c'est une pluie de récompenses pour ce film (dont un Golden Globe du meilleur acteur et un prix d'interprétation à Cannes pour Jean Dujardin) qui est d'ores et déjà le film français le plus nommé aux Oscars de l'Histoire du cinéma. Face à Jean Dujardin: George Clooney, Brad Pitt, Gary Oldman, Demian Bichir. La compétition sera donc palpitante.  C’est aussi la première fois qu’un film français est nommé comme meilleur film et meilleur réalisateur aux Oscars. Espérons que le (mauvais) esprit français ne conduira pas  les « professionnels de la profession » à bouder « The Artist » aux César.

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    Photo ci-dessus : crédits inthemoodforcinema.com . Conférence de presse des lauréats du Festival de Cannes 2011

    Un succès amplement mérité dont je me réjouis d'autant plus que j'avais eu un énorme coup de coeur pour ce film dès sa première projection cannoise et d'autant plus compréhensible que "The Artist" (dont vous pouvez retrouver ma critique en cliquant ici) est un vibrant hommage au cinéma (et au cinéma américain), à sa magie étincelante, à son histoire, mais aussi et avant tout aux artistes, à leur orgueil doublé de solitude, parfois destructrice. Des artistes qu’il sublime, mais dont il montre aussi les troublantes fêlures et la noble fragilité. Quant à Jean Dujardin, il y est flamboyant puis sombre et poignant, parfois les trois en même temps. Il fait passer dans son regard (et par conséquent dans celui du spectateur), une foule d’émotions, de la fierté aux regrets,  de l’orgueil à la tendresse, de la gaieté à la cruelle amertume de la déchéance.  Il faut sans doute beaucoup de sensibilité, de recul, de lucidité et évidemment de travail et de talent pour parvenir à autant de nuances dans un même personnage (sans compter qu’il incarne aussi George Valentin à l’écran, un George Valentin volubile, excessif, démontrant le pathétique et non moins émouvant enthousiasme d’un monde qui se meurt). Il avait déjà prouvé dans « Un balcon sur la mer » de Nicole Garcia qu’il pouvait nous faire pleurer.  Il confirme ici l’impressionnant éclectisme de sa palette de jeu et d'expressions de son visage...un rôle qui le fait d'ores et déjà entrer dans l'Histoire du cinéma avec, nous lui souhaitons, l'apothéose à Los Angeles, le 26 février prochain.

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     Avec 10 nominations, "The Artist" est devancé d'une nomination par "Hugo Cabret" de Scorsese.

    Je me réjouis également des trois nominations pour Woody Allen avec "Minuit à Paris "(meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario original), également un film hommage au pouvoir de l'imaginaire...et d'une certaine manière au cinéma, un film un peu oublié qui est pourtant un de mes grands coups de coeur de cette année 2011 et dont vous pouvez retrouver ma critique, ici.

    On remarquera également l'absence incompréhensible de Leonardo DiCaprio pour "J.Edgar" de Clint Eastwood (raison de date de sortie?), décidément maudit des Oscars après celui qui aurait dû lui revenir pour "Shutter island" de Martin Scorsese.

    Vous pourrez bien entendu retrouver le palmarès des César 2012 ici et sur mon nouveau site http://inthemoodlemag.com .

    Meilleur film

     The Artist de  Michel Hazanavicius

     The Descendants d' Alexander Payne

     La Couleur des sentiments de Tate Taylor

     Le stratège de Bennett Miller

    Cheval de guerre de Steven Spielberg

    The Tree of life de Terrence Malick

    Minuit à Paris de Woody Allen

    Extrêmement fort et incroyablement près de Stephen Daldry

    Hugo Cabret de Martin Scorsese

     Meilleur réalisateur

     Michel Hazanavicius (The Artist)

     Martin Scorsese (Hugo Cabret)

    Alexander Payne (The descendants)

    Woody Allen (Minuit à Paris)

    Terrence Malick (The tree of life)

     Meilleur acteur

     Brad Pitt – Le stratège

     Gary Oldman – La Taupe

     George Clooney - The Descendants

     Jean Dujardin - The Artist

     Demian Bechir - A better life

     Meilleure actrice

     Meryl Streep – La Dame de Fer

     Michelle Williams - My Week With Marilyn

    Viola Davis – La Couleur des sentiments

    Glenn Close - Albert Nobbs

    Rooney Mara - Millenium

     Meilleur second rôle masculin

     Christopher Plummer - Beginners

     Jonah Hill – Le Stratège

     Kenneth Branagh - My Week With Marilyn

    Nick Nolte - Warrior

    Max Von Sidow - Extrêmement fort et incroyablement près

     Meilleur second rôle féminin

     Bérénice Bejo - The Artist

     Jessica Chastain – La Couleur des sentiments

     Melissa Mccarthy – Mes Meilleures amies

    Octavia Spencer – La Couleur des sentiments

    Janet McTeer- Albert Nobbs

     Meilleur Scénario original

     The Artist - Michel Hazanavicius

     Mes Meilleures amis - Annie Mumolo, Kristen Wiig

     Minuit à Paris - Woody Allen

    Margin Call - JC Chandor

    Une séparation - Asghar Farhadi

     Meilleur Scénario adapté

     The Descendants - Alexander Payne, Nat Faxon, Jim Rash

    La Taupe - Bridget O'Connor, Peter Straughan

    Hugo Cabret - John Logan

    Le stratège - Steve Zaillant et Aaron Sorkin

    Les marches du pouvoir - George Clooney et Grant Heslov

     Meilleur film en langue étrangère

    Sous terre de Agnieszka Holland (Pologne)

     Bullhead de Michael R. Roskam (Belgique)

    Monsieur Lazhar de Philippe Falardeau (Canada)

     Une Séparation d' Asghar Farhadi (Iran)

    Footnote de Joseph Cedar (Israël)

    Meilleur film d'animation

     Rango de Gore Verbinski

    Une vie de chat

    Chico et Rita

    Kung Fu Panda 2

    Le chat potté

     Meilleure technique cinématographique

     Guillaume Schiffman - The Artist

    Jeff Cronenweth - Millenium

    Robert Richardson - Hugo Cabret

    Emmanuel Lubezki - The Tree of Life

    Janusz Kaminski - Cheval de Guerre

     Meilleure direction artistique

     The Artist

    Harry Potter et les Reliques de la Mort - Partie 2

    Hugo Cabret

    Cheval de Guerre

     Meilleurs costumes

     Anonymous

    The Artist

    Hugo Cabret

    Jane Eyre

    W.E

     Meilleur documentaire

     Hell and back again

    If a tree falls

    Paradise Lost 3 : purgatory

    Pina

    Undefeated

     Meilleur court-métrage documentaire

     The barber of Birmingham

    God is the bigger Elvis

    Incident in New Baghdad

    Saving Face

    The Tsunami and the Cherry Blossom

     Meilleur court-métrage

     Pentecost

    Raju

    The Shore

    Time Freak

    Tuba Atlantic

     Meilleur montage

     The Artist

    The descendants

    Millenium

    Hugo Cabret

    Le stratège

     Meilleur maquillage

     Albert Nobbs

    Harry Potter et les Reliques de la Mort 2

    La dame de fer

     Meilleure musique originale

     Ludovic Bource pour The Artist

    John Williams pour Tintin et les secret de la Licorne

    Howard Shore pour Hugo cabret

     Alberto Iglesias pour La taupe

    John Williams pour Cheval de Guerre

     Meilleure chanson originale

     Man or Muppet (Les Muppets)

    Real in Rio (Rio)

     Meilleur mixage

     Millenium

    Hugo Cabret

    Le stratège

    Transformers 3

    Cheval de Guerre

     Meilleur son

     Drive

    Millenium

    Hugo Cabret

    Transformers 3

    Cheval de Guerre

     Meilleurs effets spéciaux

     Harry Potter 7 - partie 2

    Hugo Cabret

    Real Steel

    La planète des singes origines

    Transformers 3

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  • L'annonce des nominations aux Oscars 2012 en direct

    En attendant de retrouver ici et sur http://inthemoodlemag.com  la liste complète des nominations aux Oscars 2012 commentée, suivez les nominations en direct, ici (à 14H30, heure française) :

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  • Concours - Gagnez 5x2 places pour "Detachment" de Tony Kaye et 5 affiches du film

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    En compétition du dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville figurait "Detachment" de Tony Kaye, un de mes coups de coeur du festival (dont la compétition était d'ailleurs d'un niveau remarquable) . Son réalisateur a suscité les plus beaux moments d'émotion du festival, en présentant d'abord le film en chantant puis en remerciant le jury encore en chantant lors du palmarès avec, notamment une chanson bouleversante sur le 11 septembre (dernière vidéo, ci-dessous). Je vous propose de retrouver mes vidéos de ces beaux moments, ci-dessous.

    Dans ce film Adrien Brody incarne Henry Barthes, un professeur remplaçant, remplaçant afin de ne pas s’investir avec ses élèves tout comme il s’évertue à ne pas s’investir avec les femmes. Il se rêve en homme désincarné dans une salle vide ; lui qui incarnera pourtant le visage de l’espoir.

    Avec une poésie sombre, Tony Kaye, dans le fond comme dans la forme, rend hommage à l’art, ici salvateur, et à ces êtres qui ne se comprennent pas mais finalement si proches dans leurs fêlures, leur solitude, leur besoin d’écoute. Adrien Brody lui ne fuit pas son rôle (qui parle justement de fuite) mais est au contraire d’une présence époustouflante, assumant les contradictions de son personnage, bouleversant. Je vous reparlerai ultérieurement plus précisément de ce beau film à découvrir en salles le 1er février 2012.

    Concours: Faîtes partie des 5 premiers à me dire quels prix a reçu "Detachment" au dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville en m'envoyant un email avec vos coordonnées à inthemoodforcinema@gmail.com avec, pour intitulé, "Concours Detachment" et vous remporterez deux places et une affiche du film.

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  • Théâtre - Interview d’Anthony Delon et critique de « Panik » au Théâtre Saint-Georges avec Anthony Delon, Eric Delcourt, Thomas Joussier

     

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    Après avoir eu le plaisir de découvrir  « Les Liaisons dangereuses » mises en scènes par John Malkovich et d’interviewer ce dernier, il y a 15 jours (voir mon article sur cette pièce que je vous recommande et mon interview de Malkovich, ici), ce vendredi, j’étais invitée à découvrir « Panik » au Théâtre Saint-Georges.

     Comment ai-je pu ne pas aller au théâtre pendant presque un an? Le tourbillon de la vie (et du cinéma), sans doute. Le plaisir est toujours pourtant le même que celui que j’éprouvais, enfant, lorsque vivant alors en  province, mes parents et moi passions un week end à Paris, et que cette ville, dans ma tête déjà incurablement rêveuse, était assimilée à une fête étourdissante, à des spectacles fascinants que je regardais les yeux écarquillés, le cœur battant. Le plaisir de participer à ce bruissement joyeux, cette attente haletante, dans un hall de théâtre où se mêlent invariablement des provinciaux pour qui Paris est une fête, des Parisiens blasés revendiquant de l’être qui enchaînent les spectacles sans plaisir, et quelques visages connus donnant lieu à un générique improbable.  Le plaisir, pour moi inaltéré, de cet instant qui précède le lever du rideau, où les voix se font plus discrètes, hésitantes, et se transforment en un doux murmure rassurant et fébrile. Le plaisir de plonger dans un univers, de parfois oublier que ce qui se joue n’est que fiction, d’oublier le temps qui passe, d’oublier que Paris n’est pas forcément un rêve d’enfant qu’il redevient le temps d’une représentation.

     Mais revenons au Théâtre Saint-Georges, un des seuls théâtres parisiens que je ne connaissais pas encore, un théâtre récent (1929), un théâtre néanmoins cher à ma mémoire de cinéphile puisque c’est là que fut tourné « Le dernier métro » de François Truffaut.

    « Panik » est la première pièce écrite par le metteur en scène  finlandais Mika Myllyaho et mise en scène par Jean-Claude Idée, définie comme un affrontement hilarant de trois garçons interprétés par Anthony Delon, Thomas Joussier (également adaptateur de la pièce) et Eric Delcourt qui n’ont pour seul point commun que leur panique que leur inspirent la vie et les femmes.

    Le rideau se lève sur des écrans de télévision allumés sur lesquels Joni (Anthony Delon) présente l’émission  « Alter Ego » avec une assurance teintée de cynisme. La pièce de l’appartement est colorée comme le décor d’un film d’Almodovar et rangée comme celui  d’un film Tati pour finalement aboutir à la même folie que celle sur laquelle découlent irrémédiablement les univers des deux cinéastes.

     L’appartement est celui de Max (Eric Delcourt), le frère de Joni, architecte très ordonné et même maniaque, cherchant ainsi à masquer son désordre intérieur.  Leur ami Leo (Thomas Joussier) y débarque à l’impromptu, en détresse, parce que sa compagne lui a laissé entendre qu’il serait temps qu’il réfléchisse à sa situation et qu’il mette sa vie en ordre. Mais Leo ne sait même pas ce qui ne va pas dans sa vie, et demande à Max de l’aider à travers une thérapie. Max et son frère Joni, animateur d’un talk-show, font de leur mieux avec leurs méthodes toutes personnelles, mais ne réussissent qu’à montrer à quel point ils sont, eux-mêmes, égarés.

     La forme illustre ainsi le fond puisque la pièce ne comprend pas de temps mort témoignant de notre société qui ne prend pas le temps de s’arrêter, qui essaie de masquer par la frénésie le doute, le vertige de la peur.

    Panik  (sous-titré « Hommes au bord de la crise de nerfs ») est en effet, à l’image de son titre, une pièce très symptomatique de notre époque et clairvoyante sur celle-ci. Une époque pressée, harassée, qui dispose plus que jamais de moyens de communication (notamment symbolisée ici par les multiples écrans de télévision qui ornent le décor) mais surtout dominée par la peur qui tente de se dissimuler par tous les moyens. Une époque dans laquelle on parle beaucoup mais dans laquelle, finalement, on ne communique pas. Qui entend sans écouter.

     Il faut l’atmosphère cloisonnée et rassurante d’un appartement almodovarien pour qu’éclatent la vérité, les doutes, les fêlures, les névroses et s’imaginer mort –ou un temps mort, enfin- pour se pencher sur l’existence.

     Définie ainsi, ce n’est pas une évidence mais «Panik » est bel et bien  une comédie effrénée et ce n’est pas pour rien que son auteur est avant tout metteur en scène. L’espace, judicieusement utilisé, devient un acteur à part entière. Les acteurs y courent, marchent, souffrent, bondissent, avec une énergie incroyable. L’un le parcourt de sa démarche hésitante, l’autre y fait des allers et venues, écoutant- du moins entendant- et parlant dans son oreillette et le troisième y bondit et gesticule, essayant de maîtriser l’espace pour masquer l’absence totale de maitrise sur son existence.

    Sans doute est-ce le premier talent d’un bon auteur de théâtre que de servir ses acteurs et c’est là le grand atout de cette pièce que de permettre à ses acteurs d’y déployer tout leur talent…et toute leur énergie. Et c’est aussi ce qui fait que je n’ai pas vu le temps passer, tous les trois étant très impliqués dans ces rôles d’hommes au bord de la crise de nerfs, dans cette  joute verbale incisive qui porte finalement un regard empathique sur ses personnages. Une histoire d’amitié,  sur la difficulté de communiquer, de partager ses émotions mais qui heureusement parvient à communiquer et partager ses questionnements et son énergie au spectateur.

    Anthony Delon est parfait dans le rôle de ce présentateur sans aucun doute aux antipodes de sa personnalité, un présentateur comme il y en a tant qui cache derrière une accumulation de conquêtes et un cynisme revendiqué un vide, une peur, et peut-être un mal être.  Thomas Joussier est tout aussi convaincant dans son personnage lunaire, candide, égaré, presque enfantin.  Et Eric Delcourt est également irréprochable dans son rôle survolté, de la maîtrise au déchaînement laissant finalement affleurer sa fragilité.

    Trois personnages démunis, dans l’air du temps qui vous feront oublier celui qui passe et vous interroger sur une époque vorace, cynique, mais surtout sur ce que ces caractéristiques masquent. Une comédie qui vaut surtout par ses trois comédiens particulièrement impliqués et une mise en scène remarquable.

    Interview d’Anthony Delon

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    Après la représentation, on m’a proposé d’interviewer Anthony Delon. Perfectionniste, j’étais partagée entre l’envie de refuser  pour n’avoir pas eu la possibilité de préparer cette interview en raison de son caractère impromptu (et dire qu’il y a tant de questions que, avec le recul, j’aurais aimé lui poser…) et l’envie d’interviewer ce remarquable comédien que l’on réduit encore trop à son nom mais qui a bel et bien une identité et un talent singuliers. Cette interview aura au moins eu le mérite de la spontanéité de l’instant (malgré mes onomatopées redondantes, mes digressions et interventions parfois superflues). Je  remercie le théâtre Saint-Georges pour l’accueil et à nouveau Anthony Delon pour sa gentillesse, sa disponibilité (et une humilité sincère et non un masque opportuniste)…peut-être trop pour un métier qui dévore les âmes sensibles et qui est sans doute à la fois « une joie et une souffrance » comme aurait dit Truffaut, on y revient... En tout cas, j’espère avoir le plaisir de le revoir prochainement sur les écrans (comment est-ce possible qu’il n’ait tourné que 13 films depuis « Une épine dans le cœur » d’Alberto Luttuada en 1985 ?).

     Remarque : pour préciser ce que je dis à propos de twitter dans l’interview, qui est un outil certes désormais indispensable, je déteste avant tout qu’il soit un moyen lâche de dénigrer, de stigmatiser, et finalement l’illustration de ce qu’évoque la pièce sur cette communication à outrance et sur une société qui se glorifie du cynisme comme s’il était un signe de force et son contraire, une faiblesse, époque qui préfère la tonitruance à la discrétion.

    Puisque de James Gray il est question dans cette interview j'en profite pour vous recommander « Two lovers » dont vous pourrez trouver ma critique en cliquant ici. Un film d’une tendre cruauté, d’une amère beauté, et parfois même d'une drôlerie désenchantée,  un thriller intime d’une vertigineuse sensibilité à l’image des sentiments qui s’emparent des personnages principaux, un film dans lequel James Gray  dépeint de manière subtile la maladresse touchante d’un amour vain mais surtout la cruauté cinglante de l’amour sans retour qui emprisonne, qui exalte et détruit. Et puisque de Clint Eastwood il y est aussi question je vous rappelle également que « J.Edgar » est encore à l’affiche et que vous pouvez en retrouver ma critique en cliquant ici. Mais je digresse encore... Des films aux scénarii ciselés en tout cas… Espérons retrouver prochainement Anthony Delon dans un film de ces grands cinéastes avec un rôle à la hauteur de son talent.

    Dernière précision : le montage malencontreux de ma vidéo coupe la dernière phrase dans laquelle Anthony Delon parle de son tournage, à Londres.

    Retrouvez également cet article sur mon nouveau magazine en ligne "In the mood - Le Magazine" : http://inthemoodlemag.com/?p=461

      

    « Panik » au Théâtre Saint-Georges, Paris 75009. Du mardi au samedi à 21 heures, le samedi à 17 heures. Tél. 01.48.78.63.47.

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  • Critique de "Rocco et ses frères" de Luchino Visconti (ce soir, sur Allociné TV, à 20H30)

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    Avant de vous livrer ma critique de "Rocco et ses frères" ci-dessous, je vous rappelle que vous pouvez retrouver mon dossier sur « Le Guépard » en cliquant ici et ma critique de « Ludwig ou le Crépuscule des dieux » en cliquant là.

    Synopsis : Après le décès de son mari, Rosaria Parondi (Katina Paxinou), mère de cinq fils, arrive à Milan accompagnée de quatre de ses garçons : Rocco (Alain Delon) Simone, (Renato Salvatori), Ciro (Max Cartier) et Luca (Rocco Vidolazzi), le benjamin.  C’est chez les beaux-parents de son cinquième fils, Vincenzo (Spyros Fokas) qu’ils débarquent. Ce dernier est ainsi fiancé à Ginetta (Claudia Cardinale). Une dispute éclate. Les Parondi se réfugient dans un logement social. C’est là que Simone fait la connaissance de Nadia (Annie Girardot), une prostituée rejetée par sa famille. Simone, devenu boxeur, tombe amoureux de Nadia. Puis, alors qu’elle est séparée de ce dernier depuis presque deux ans, elle rencontre Rocco par hasard. Une idylle va naitre entre eux. Simone ne va pas le supporter…

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    Ce qui frappe d’abord, ce sont, au-delà de la diversité des styles (mêlant habilement Nouvelle Vague et néo-réalisme ici, un mouvement à l’origine duquel Visconti se trouve –« Ossessione » en 1942 est ainsi considéré comme le premier film néo-réaliste bien que les néoréalistes aient estimé avoir été trahis par ses films postérieurs qu’ils jugèrent très et trop classiques),  les thématiques communes aux différents films de Visconti. Que ce soit à la cour de Bavière avec Ludwig, ou au palais Donnafigata avec le Prince Salina, c’est toujours d’un monde qui périclite et de solitude dont il est question mais aussi de grandes familles qui se désagrègent, d’être promis à des avenirs lugubres qui, de palais dorés en  logements insalubres, sont sans lumière et sans espoir.

    Ce monde où les Parondi, famille de paysans, émigre est ici celui de l’Italie d’après-guerre, en pleine reconstruction et industrialisation, où règnent les inégalités sociales. Milan c’est ainsi la ville de Visconti et le titre a ainsi été choisi en hommage à un écrivain réaliste de l'Italie du Sud, Rocco Scotellaro.

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    Avant d’être le portrait successif de cinq frères, « Rocco et ses frères » est donc celui de l’Italie d’après-guerre, une sombre peinture sociale avec pour cadre des logements aux formes carcérales et sans âme. Les cinq frères sont d’ailleurs chacun une illustration de cette peinture : entre ceux qui s’intègrent à la société (Vincenzo, Luca, Ciro) et ceux qu’elle étouffe et broie (Simone et Rocco). Une société injuste puisqu’elle va désagréger cette famille et puisque c’est le plus honnête et naïf qui en sera le martyr. Dans la dernière scène, Ciro fait ainsi l’éloge de Simone (pour qui Rocco se sacrifiera et qui n’en récoltera pourtant que reproches et malheurs) auprès de Luca, finalement d’une certaine manière désigné comme coupable à cause de sa « pitié dangereuse ».

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     Nadia ; elle, porte la trace indélébile de son passé. Son rire si triste résonne sans cesse comme un vibrant cri de désespoir. Elle est une sorte de double de « Rocco », n’ayant d’autre choix que de vendre son corps, Rocco qui est sa seule raison de vivre. L’un et l’autre, martyrs, devront se sacrifier. Rocco en boxant, en martyrisant son corps. Elle en vendant son corps (et le martyrisant déjà), puis, dans une scène aussi terrible que splendide, en le laissant poignarder, les bras en croix puis enserrant son meurtrier en une ultime et fatale étreinte.

     Annie Girardot apporte toute sa candeur, sa lucidité, sa folie, son désespoir à cette Nadia, personnage à la fois fort et brisé qu’elle rend inoubliable par l’intensité et la subtilité de son jeu.

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    Face à elle, Alain Delon illumine ce film sombre de sa beauté tragique et juvénile et montre ici toute la palette de son jeu, du jeune homme timide, fragile et naïf, aux attitudes et aux craintes d’enfant encore, à l’homme déterminé. Une palette d’autant plus impressionnante quand on sait que la même année (1960) sortait « Plein soleil » de René Clément, avec un rôle et un jeu si différents.

    La réalisation de Visconti reprend le meilleur du néoréalisme et le meilleur de la Nouvelle Vague avec une utilisation particulièrement judicieuse des ellipses, du hors-champ, des transitions, créant ainsi des parallèles et des contrastes brillants et intenses.

    Il ne faudrait pas non plus oublier la musique de Nino Rota qui résonne comme une complainte à la fois douce, cruelle et mélodieuse.

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    « Rocco et ses frères » : encore un chef d’œuvre de Visconti qui prend le meilleur du pessimisme et d’une paradoxale légèreté de la Nouvelle Vague, mais aussi du néoréalisme qu’il a initié et qui porte déjà les jalons de ses grandes fresques futures. Un film d’une beauté et d’une lucidité poignantes, sombres et tragiques porté par de jeunes acteurs (Delon, Girardot, Salvatori…), un compositeur et un réalisateur déjà au sommet de leur art.

     « Rocco et ses frères » a obtenu le lion d’argent à la Mostra de Venise 1960.

     
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  • Nanni Moretti sera le président du jury du 65ème Festival de Cannes

    moretti.jpgNous venons de l'apprendre: le cinéaste italien Nanni Moretti présidera le jury du 65ème Festival de Cannes! Un excellent choix tant ce cinéaste est indissociable du Festival de Cannes (où il avait même obtenu la palme d'or) où il a été maintes fois en compétition, où il a récolté la palme d'or pour le bouleversant "La chambre du fils" en 2001, où il figurait encore en compétition avec l'irrésistible "Habemus Papam" l'an passé. Après l'acteur américain Robert De Niro, en toute logique, c'est donc un réalisateur (parfois acteur aussi d'ailleurs) européen qui lui succède.  La diversité du cinéma du cinéaste italien (drame, comédie, film politique...parfois les trois en même temps) promet un palmarès imprévisible, mais aussi une édition sous le signe de la bonne humeur. J'y reviendrai bien entendu avec des critiques du film de ce dernier. Je vous laisse découvrir le communiqué de presse du Festival de Cannes ci-dessous en vous rappelant que vous pourrez suivre le festival en direct sur ce blog ainsi que sur deux autres de mes blogs: http://inthemoodlemag.com  et mon blog dédié au Festival de Cannes http://www.inthemoodforcannes.com . Vous pourrez également me suivre en direct du festival sur twitter (http://twitter.com/moodforcannes  et http://twitter.com/moodforcinema  ) et sur Facebook (http://Facebook.com/inthemoodforcinema , http://facebook.com/inthemoodforcannes  ) .

    Communiqué de presse du Festival de Cannes

    Nanni Moretti sera le Président du Jury du 65e Festival de Cannes qui aura lieu du 16 au 27 mai 2012.

    En acceptant l’invitation, l’acteur et réalisateur italien a déclaré : « C’est une joie, un honneur et une grande responsabilité de présider le jury du festival cinématographique le plus prestigieux du monde, festival qui se déroule dans un pays qui a toujours considéré le cinéma avec attention et respect.
    Comme réalisateur, j’ai toujours vécu avec émotion la participation de mes films au Festival de Cannes. Je me souviens aussi avec bonheur de mon expérience en tant que membre du jury durant l’édition du cinquantenaire, l’attention et la passion avec laquelle notre jury a vu et discuté de tous les films.
    Comme spectateur, je conserve heureusement la même curiosité que dans ma jeunesse et c’est donc pour moi un grand privilège d’entreprendre ce voyage dans le cinéma mondial contemporain.
    »

    Nanni Moretti est né en 1953 à Brunico, en Italie. Après plusieurs courts métrages, il signe son premier long, Io Sono un Autarchico (Je suis un autarcique) en 1976 puis est sélectionné en Compétition à Cannes en 1978, avec Ecce Bombo.

    La critique internationale repère vite ce jeune cinéaste à l’humour corrosif, analyste subtil et politique de la société contemporaine. Ses films seront souvent primés dans les festivals à travers le monde : le Prix spécial du jury est attribué à Sogni d’Oro à Venise (1981) et l’Ours d’Argent est décerné à La Messa è finita (La Messe est finie) à Berlin en 1986.
    Réalisateur en perpétuelle évolution, auteur personnel, et artiste accompli, Nanni Moretti continue de surprendre avec Caro Diario (Journal intime), présenté en 1994 en Compétition au Festival de Cannes (il y reçoit le Prix de la Mise en Scène) et avec La Stanza del figlio (La Chambre du Fils), récompensé par la Palme d’Or en 2001 et marqué par un grand succès public. Puis ce sera Il Caimano (Le Caïman- 2006), un film qui stigmatise avec fermeté et conviction les dérives de la vie politique italienne à l'époque de Silvio Berlusconi.

    Acteur emblématique dans la majorité de ses films, Moretti a également joué dans Padre Padrone des frères Taviani (1977), puis chez Luchetti, Mazzacurati ou encore Calopresti. Cinéaste, mais aussi producteur et distributeur, il a fondé en 1986 la maison de production Sacher film, et ouvert à Rome le cinéma Nuovo Sacher en 1991, une salle dédiée à la sortie des œuvres du cinéma mondial. Depuis 1996, il dirige le « Festival Sacher » consacré aux courts métrages.

    Il a présenté six films au Festival de Cannes, dont l'an dernier le très salué Habemus Papam.

    Gilles Jacob a accueilli l’accord du nouveau président par ces mots : « Quand nous avons décidé de mettre Ecce Bombo, un film en super 8 !, en Compétition dès mon arrivée en 1978, c’est que je pressentais que Nanni Moretti allait bientôt devenir NANNI MORETTI. C’est ce qui s’est passé et je me réjouis de cette longue et affectueuse collaboration. »

    Thierry Frémaux de son côté : « C’est avec un Président de jury européen que le festival souhaitait célébrer sa 65e édition. Marqués par sa fougue, sa modernité et son intelligence, les films de Nanni Moretti incarnent ce que le cinéma a donné de meilleur ces trente dernières années. Son œuvre toujours en construction continue à faire vivre la promesse d’un cinéma en prise avec le monde et avec son temps. »

     
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