Festival du Film Britannique de Dinard 2012 : le programme

Si vous suivez mes blogs, vous savez à quel point j’aime ce festival auquel j’assiste de temps à autre (et trop rarement à mon goût) depuis ma participation à son jury en 1999 (retrouvez mon article publié dans le livre des 20 ans du festival "Flashback" en cliquant ici et en bas de cette note, et vous saurez pourquoi j’aime autant ce festival et le cinéma britannique). Sa programmation est toujours diversifiée et de qualité, son ambiance particulièrement conviviale…et cette année ne devrait pas déroger à la règle.
Pour sa 23e édition, le Festival accueillera Patrick Bruel comme président du jury ( (à l’affiche d’un des succès de l’année « Le Prénom » dont vous pouvez retrouver ma critique ici) avec, au programme, comme chaque année, 6 films en compétition et une vingtaine d'avant-premières.
L’affiche officielle de la 23e édition du Festival du Film Britannique de Dinard est, comme en 2007, une création du fameux peintre espagnol Mariano Otero.
Cette année, le Festival prendra la direction du Pays de Galles avec son rendez-vous So Wales qui proposera un gros plan sur le cinéma gallois.
La programmation prévoit des hommages à Tom Courtenay, John Schlesinger et Charles Dickens, des événements inédits et de nombreux rendez-vous qui mettront à l’honneur le cinéma britannique.
6 films en compétition

Good Vibrations
de Leyburn Glenn
Belfast, dans les années 70. Terri Hooley est un militant gauchiste fan de musique qui se retrouve pris dans le conflit sanglant (les « Troubles ») qui sévit dans la capitale nord-irlandaise. Alors que tous ses amis prennent les armes, Terri décide d’ouvrir Good Vibrations, un magasin de disques, sur l’avenue la plus bombardée d’Europe. Par le biais de son magasin, il découvre le milieu encore balbutiant de la musique punk underground et se retrouve à la tête d’une bande de jeunes un peu hétéroclite. Ensemble ils veulent relever un défi : créer une nouvelle communauté, un Ulster alternatif pour ressusciter Belfast.

Ill Manors
de Drew Ben
Après 15 ans en prison pour trafic de drogue, Kirby ne cherche que trois choses : reconquérir son territoire, s’envoyer en l’air et prendre sa revanche sur la bande de malfrats qui lui ont manqué de respect. Mais une rencontre humiliante avec son ancien protégé déclenche une réaction en chaîne : violence, vengeance et représailles mortelles vont entraîner la communauté de dealers, de proxénètes et d’innocents dans un tourbillon de violence.

Live East, Die Young
de Hypponen Laura
Emma, un mannequin déjanté, fait une overdose et perd connaissance en pleine répétition de défilé pour le Fashion Show de Londres. De son côté, son meilleur ami Max, un coiffeur transsexuel s’éprend de Teddy, un pro de la presse à scandale…

Shadow Dancer
de Marsh James
Collette est une jeune veuve républicaine vivant à Belfast avec sa mère et ses frères, tous fervents activistes de l’IRA. Suite à son arrestation après un attentat avorté au cœur de Londres, Mac, un agent secret du MI5, lui offre le choix : passer 25 années en prison et ainsi perdre ce qu’elle a de plus cher, son fils, ou espionner sa propre famille. Elle décide de faire confiance à Mac, et retourne parmi les siens…

The Comedian
de Shkolnik Tom
Ed, la trentaine, est comédien de “stand up” – beau, séduisant, malin et complètement perdu. Il tente de percer dans le métier, à Londres, passant ses nuits à arpenter les scènes de pubs et ses journées dans un centre d’appel pour payer son loyer. Il vit avec Elisa, une belle chanteuse française. Tels des frères et sœurs, inséparables, ils sont pleins de tendresse l’un pour l’autre. Ed, drôle et joueur, Elisa, mélancolique et délicate. Un soir, dans un bus qui le ramène chez lui, Ed rencontre Nathan, un jeune artiste noir, revêche, honnête et libre. Irrésistiblement attirés l’un par l’autre, ils entament une aventure passionnelle. Soudain, l’intimité qui unit Ed et Elisa se retrouve fragilisée et Ed est forcé de choisir entre son attirance pour un homme et son amour pour une femme.
Avec pour toile de fond la ville de Londres, éclectique et précaire, The Comedian est une histoire impertinente, dramatique et drôle, qui soulève la question du choix. Ou comment ne surtout pas choisir.

Wasteland
de Athale Rowan
Harvey Denton est assis dans une salle d’interrogatoire, le visage en sang. Fort de nombreux témoignages visuels, l’inspecteur West n’a aucun doute sur l’implication d’Harvey dans un braquage raté et la tentative de meurtre de l’escroc local, Steven Roper. Niant les accusations en bloc, Harvey accepte de donner sa version des faits…
Une vingtaine d'avant-premières

(Film d'ouverture) Hunky Dory
de Evans Marc
Pendant la canicule de 1976, une jeune et enthousiaste prof de théâtre mène un double combat contre la chaleur écrasante et l’apathie adolescente pour monter le spectacle de fin d’année : une version musicale de « La Tempête » de Shakespeare. Pour motiver ses élèves, elle utilise des tubes de l’époque de David Bowie, Lou Reed, The Beach Boys, Simon and Garfunkel, Dusty Springfield, Electric Light Orchestra…

(Film de clôture) Britain in a Day
de Matthews Morgan
Le 12 Novembre 2011, plus de 11,000 hommes et femmes britanniques ont répondu à l’appel de la BBC qui leur a demandé de prendre une caméra, d’enregistrer ce qu’ils faisaient ou ressentaient ce jour là, et de poster ensuite leurs enregistrements sur Youtube. Certains des clips duraient 10 secondes, d’autres deux heures : montés, organisés et raccourcis dans un documentaire de 90 minutes appelés Britain in a Day, ils offrent un portrait fascinant, parfois touchant, souvent marrant de leur pays.

(Séance spéciale) Astérix et Obélix, au service de Sa Majesté
de Tirard Laurent
50 avant Jésus-Christ. César a soif de conquête. Il décide de conquérir la Bretagne, pays mystérieux aux limites du monde connu. La victoire est rapide et totale. Pourtant, un petit village parvient à lui résister. Cordelia, la reine des Bretons décide donc d’envoyer son fidèle officier, Jolitorax, chercher de l’aide en Gaule auprès d’un autre village connu pour son opiniâtre résistance aux Romains. Le chef du village décide de lui confier un tonneau de potion magique et demande à Astérix et Obélix de l’escorter mais ce voyage ne va se passer comme prévu...

Borrowed Time
de Bishop Jules
Déçu de ne pas pouvoir racheter la pendule en argent de sa soeur Becky chez le prêteur sur gage, Kevin accepte de passer de la drogue pour le caîd local Ninja Nigel qui lui promet de l'argent facile. Le plan ne se déroule malheureusement pas comme prévu, et Kevin se retrouve menacé de représailles. Désespéré, il cambriole une maison sans se douter que Philip, le viel infirme qui l'habite va l'accueillir avec un fusil... Il arrive à s'échapper, mais sa conscience le tiraille : le vieil homme qu'il vient de rencontrer est bien seul et très vulnérable.

Dead But Not Buried
de Mulloy Phil
La suite de Goodbye, Mister Christie. M. Yakamoto est bien déterminé à faire revenir à la vie M. Christie, persuadé que ce dernier détient le secret de la vie éternelle. Pendant ce temps, plusieurs personnes tentent de se faire passer pour des proches parents de M. Christie afin d’hériter de sa collection de bons d’achat Tesco. Quant à la chère Mme Christie, elle est décidée à retrouver le corps de son mari. Leur quête les conduira tous en Islande, au Pays de Ceux qui sont morts mais pas enterrés, dans les tréfonds des tunnels creusés par la lave, là où la confiance n’a aucune valeur, là où il est impossible de trouver un ami. Mais le voyage n’en est que plus excitant.

Everyday
de Winterbottom Michael
Tourné en cinq ans dans un style documentaire, Everyday offre à méditer sur les difficultés quotidiennes d'une famille séparée de son patriarche incarcéré.

Four Horsemen
de Ashcroft Ross
L’économie mondiale va mal. La crise se transformant rapidement en catastrophe, de plus en plus de gens se mettent en quête de conseils avisés sur la manière de restructurer l’économie occidentale. Ces trois dernières années, 23 intellectuels – la plupart d’entre eux très controversés - ont accepté de briser le silence et d’expliquer comment le monde fonctionne vraiment. Four Horsemen ne tombe ni dans la critique des mondes financier et politique, ni dans la théorie du complot : le film analyse le système économique dans lequel nous avons choisi de vivre et avance des propositions de changement.

Hitch
de Grall Sébastien
Eté 1962. Le bureau d’une major hollywoodienne. Un cadavre. Un Français sur le gril. Le début d’un malentendu... ou la fin. Les auteurs revisitent une des rencontres les plus fameuses du cinéma, celle d’Alfred Hitchcock et François Truffaut. Qu’avaient donc à se dire le maître du suspense et le jeune chef de file de la Nouvelle Vague ?

I, Anna
de Southcombe Barnaby
Bernie, un inspecteur de police dont le couple bat de l'aile, voit sa routine perturbée par une rencontre furtive avec la belle et énigmatique Anna sur une scène de meurtre. Négligeant son enquête, il se lance alors à la recherche d’Anna. Mais lorsqu’il la retrouve enfin, il se rend compte qu’Anna n’a aucun souvenir de la nuit où leurs chemins se sont croisés pour la première fois. Alors que l’intégrité professionnelle de Bernie souffre de son désir amoureux pour Anna, le voile se lève progressivement sur le mystère de la belle, révélant une insupportable vérité.

Life in a Day
de Macdonald Kevin
Tourné par des réalisateurs partout dans le monde, ce documentaire servira de capsule temporelle pour montrer aux générations futures comment on vivait… le 24 juillet 2010.

Louyre
de Kötting Andrew
Andrew Kötting réalise un film autour de son quotidien à Louyre, dans une vieille ferme abandonnée dans les Pyrénées où chaque année il passe plusieurs mois avec sa femme et leur fille Eden. Eden, souffrant du syndrome de Joubert, est au centre du film. Elle dessine, chante, joue ; elle offre à penser, elle offre à ressentir. Saison après saison, la vie entre l’effervescence, la tristesse.

Me and Me Dad
de Boorman Katrine
A l’aube de ses 80 ans, le réalisateur John Boorman est l’un des derniers grands personnages du cinéma, ayant réalisé plus de 17 films dont Le Point de non-retour, Excalibur et Déliverance, ainsi que de nombreux documentaires, et écrit plusieurs ouvrages. Mon père à moi est un regard insolite sur cet homme parfois difficile, charmeur et souvent insaisissable vue par une femme bien placée pour le connaître: sa fille Katrine. Katrine, qui auparavant n’avait jamais tenu de caméra, suit et filme son père pendant près de 4 ans. Au cours de ce périple John tente inlassablement de diriger l’affaire. Avec son père comme professeur, Katrine dévoile un portrait intime et surprenant, récoltant au passage anecdotes et leçons de cinéma.

Now is Good
de Parker Ol
Tessa a dix-sept ans et est passionnée par la vie. Diagnostiquée leucémique, elle décide de profiter de chaque instant, cataloguant ce que seraient les expériences normales d’une adolescente, y compris perdre sa virginité et l’utilisation de drogues. Avec l'aide de son ami, elle met la liste en route. Et tandis que ses parents et son frère gèrent la peur de la perdre chacun à leur manière, Tessa explore un tout nouveau monde, déterminée à vivre chaque jour le plus intensément possible. Tomber amoureuse d’Adam, son nouveau voisin, n'était pas sur la liste, mais cela va s'avérer être l'expérience la plus exaltante de toutes

de Markou Marcus
Harry Papadopoulos avait tout : une belle demeure, des récompenses et la vie d’un millionnaire, mais lorsque la crise financière a frappée, Harry et sa famille à tout perdu. Tout à l‘exception d’un Fish&Chips Shop oublié le “Three Brothers Fish&Chips Shop”. Propriété de Harry et de son frère Spiros séparé de la famille depuis des années. Harry et sa famille est forcé de faire leurs bagages et de rejoindre leur oncle Spiros pour vivre au-dessus du Tree Brothers Shop abandonné. Ensemble ils vont se mettre au travail afin de faire revivre le Chip Shop sous l’œil méfiant de leurs vieux rivaux les Hassan, les voisins Turque propriétaire d’un Kebab et dont le fils a les yeux braqués sur la fille d’Harry, Katie. Comme chaque membre de la famille s’adapte à cette nouvelle vie, Harry s’efforce de retrouver l’empire commercial qu’il a perdu. Une fois que le Fish&Chip Shop retrouve sa nouvelle vie, les vieux souvenirs refont surface et Harry découvre que c’est seulement lorsque l’on perd tout que vous êtes libre de tout retrouver.

Sightseers
de Wheatley Ben
Tina a toujours mené une vie paisible, bien rangée, hors de tout danger avec une mère possessive et envahissante. Pour ses premières vacances en amoureux, Chris décide de lui faire découvrir l’Angleterre à bord de sa caravane. Un vrai dépaysement pour Tina. Mais très vite, ces " vacances de rêve " dégénèrent: touristes négligents, ados bruyants et campings réservés vont rapidement mettre en pièces le rêve de Chris et de tous ceux qui se trouveront sur son chemin…

The Scapegoat
de Sturridge Charles
John Standing rencontre son sosie, Johnny Spence. A la suite d’une soirée arrosée, les deux hommes échangent leurs vies et Standing hérite d’une jeune et belle épouse, de deux maîtresses, d’une mère droguée, d’une fille précoce, d’un manoir décrépit et d’une entreprise en faillite. Malgré tous ses efforts pour se sortir de ce pétrin, John est immanquablement aspiré dans la vie de Johnny…
MON ARTICLE PUBLIE DANS FLASHBACK, LE LIVRE DES 20 ANS DU FESTIVAL (pour vous convaincre de venir, si vous hésitez encore).
Avant 1999, Dinard représentait pour moi ce lieu délicieusement intemporel magnifié par cette incomparable couleur émeraude de la côte éponyme, exhalant un paradoxal parfum d’enfance et d’éternité, et sur lequel veillait, de son œil malicieux, la statue de mon réalisateur favori : le grand Alfred Hitchcock. En septembre 1999, je tombai sur une annonce dans un journal local annonçant un concours qui permettait de devenir membre du jury du Festival du Film Britannique. Je gardais de mon expérience dans le jury jeunes du Festival du Film de Paris, l’année précédente, un souvenir inaltérable et la féroce envie de renouveler cette expérience. Particulièrement passionnée par le cinéma britannique, le défi était d’autant plus passionnant et exaltant. Je rédigeai donc la lettre de motivation, la page exigée me semblant néanmoins bien trop courte pour exprimer mon amour inconditionnel pour le cinéma, et le cinéma britannique en particulier, et pour cette ambivalence qui en constitue la richesse et la particularité, cette influence a priori inconciliable de cinéma européen et américain ; j’exprimai mon admiration pour le réalisme social de Ken Loach ou pour celui du Free cinema, pour le lyrisme épique de David Lean, pour la sensible appréhension des atermoiements et des « ombres du cœur » de Richard Attenborough, et par-dessus tout pour « Les liaisons dangereuses » de Stephen Frears, « Les Virtuoses » de Mark Herman et pour le cinéma saisissant de vérité de Mike Leigh. Cinq jours avant le festival, on m’annonçait la bonne (et déstabilisante !) nouvelle : ma candidature avait été sélectionnée parmi plus de deux cents autres et j’allais intégrer le jury du 10ème Festival du Film Britannique de Dinard, alors présidé par Jane Birkin. Qui n’a jamais fait partie d’un jury ne peut imaginer à quel point une telle expérience est trépidante, enrichissante, singulière, à quel point elle cristallise tant d’émotions, cinématographiques et pas seulement, à quel point elle abolit la fragile frontière entre cinéma et réalité qui s’y défient et entrechoquent, nous emportant dans un troublant et ensorcelant tourbillon, suspendant le vol du temps. Alors jeune étudiante, écartelée entre mes études de cinéma et de sciences politiques, je me retrouvai dans cette réalité titubante et dans un jury avec des artistes que j’admirais (et d’autant plus désormais) comme Jane Birkin, présidente à l’empathie incomparable et à l’excentricité aussi joyeuse que nostalgique et mélancolique, Etienne Daho, Julian Barnes, Daniel Prévost et je faisais la connaissance de Tom Hollander et Mark Addy dont je constatais avec plaisir que, à l’image du festival, ils avaient tous l’humilité, l’affabilité et la simplicité des grands. Je n’ai jamais vraiment eu l’occasion de les remercier, ni le festival et son directeur Hussam Hindi, pour l’accueil chaleureux qui m’a alors été réservé, ce livre me donne l’occasion de le faire aujourd’hui, dix ans après ces quatre jours hors du temps et de la réalité. Non seulement, je découvrais un festival de cinéma sous un angle différent, ses débats exaltés et exaltants mais aussi un cinéma dont je soupçonnais la richesse et l’inventivité et dont cette compétition me fit mesurer l’étendue à l’image des deux films qui partagèrent les suffrages de notre jury cette année-là : le palpitant thriller magnifiquement sombre, premier long métrage d’un certain Christopher Nolan « Following » (qui remporta le Hitchcock d’argent) qui révélait un cinéaste avec un univers d’une originalité sidérante qu’il a confirmé deux ans plus tard avec « Memento » et le déjanté et burlesque « Human Traffic » de Justin Kerrigan qui remporta le Hitchcock d’or. De mémoire de festivaliers, cette dixième édition fut la plus mémorable. En tout cas pour moi qui depuis ai été dix fois jurés dans divers festivals de cinéma et en ai parcouru de nombreux autres de Deauville à Cannes, cela reste sans aucun doute un souvenir indélébile et la cause du caractère incurable d’une triple passion dont deux étaient déjà ardentes : pour le cinéma en général, pour le cinéma britannique en particulier, et pour le Festival du Film Britannique de Dinard. J’eus alors un véritable coup de foudre pour le Festival de Dinard et si je le découvrais dans des conditions étranges et privilégiées, cette impression ne s’est jamais démentie par la suite : celle d’un festival convivial dont les festivaliers et le cinéma, et non ses organisateurs, sont les véritables stars, où la diversité du cinéma britannique s’exprime aussi dans le choix de ses invités, qui deviennent souvent des habitués (et pour cause…), et dans le choix de ceux qu’il a honorés ou révélés, et non des moindres : Danny Boyle, Peter Cattaneo, Stephen Daldry, Paul Greengrass, Peter Webber, Shane Meadows…. ! Retourner à Dinard chaque fois que j’en ai l’occasion signifie toujours pour moi une douce réminiscence de ces instants magiques ( et lorsque je ne peux pas me donne l’impression d’un rendez-vous manqué) qui ont déterminé la voie que je me suis enfin décidée à emprunter, celle de la passion irrépressible ; c’est aussi la perspective de découvrir ou redécouvrir de grands auteurs, une image de la société britannique avec tout ce qu’elle reflète de fantaisie désenchantée et enchanteresse, de pessimisme enchanté, de romantisme sombre, d’élégance triste, d’audace flegmatique et de réjouissants paradoxes et oxymores… et la perspective de jubilatoires frissons cinéphiliques . Dinard a priori si sombre et pourtant si accueillante, auréolée de sa très hitchcockienne et resplendissante noirceur facétieuse, est à l’image de ce cinéma qui possède à la fois le visage tourmenté et attendrissant de Timothy Spall et celui robuste et déterminé de Daniel Craig, un cinéma qui excelle dans les comédies romantiques (de Richard Curtis, de Mike Newell…) mais aussi dans des films ancrés dans la réalité sociale, un cinéma qui, récemment encore, à Dinard, nous a fait chavirer avec la complainte mélancolique de John Carney dans « Once » ou qui nous a ouvert les yeux sur les plaies de la société contemporaine avec le percutant « It’s a free world » de Ken Loach ou le tristement intemporel « Pierrepoint » d’Adrian Shergold, bref un cinéma éclectique qui sait concilier Histoire et contemporanéité, « raisons et sentiments », une fenêtre ouverte sur des mondes, garanties d’un avenir que je souhaite aussi lucide et radieux au Festival du Film Britannique de Dinard, incomparable antre de passions et découvertes cinématographiques qui a fait chavirer le cours de mon destin.
Before 1999, Dinard for me was a deliciously timeless place magnified by the wonderful emerald colour of its coastline, and a paradoxical odour of childhood and eternity watched over maliciously by the statue of my favourite director, the great Alfred Hitchcock.
In September 1999 I noticed a call for candidates in a local newspaper, to enter a competition which could lead to being a member of the jury of the British Film Festival. I already had wonderful memories of being one of the young jury members of the Paris Film Festival the previous year and was very keen to renew the experience. Since I am particularly interested in British cinema the challenge was even greater. So I applied thinking that the single page requested seemed far too short a space in which to express my absolute passion for film and for British films in particular as they represent a bridgehead between American and European cinema. I described my admiration for Ken Loach’s style of realism and its origins in Free Cinema. I also referred to the poetry to be found in David Lean’s films, to the prevariactions in Richard Attenborough’s « Shadowlands » but above all « Dangerous Liasions » by Stephen Frears, Mark Herman’s « Brassed Off » and for the remarkable truthfulness in Mike Leigh’s films. Five days before the festival started I received the good (and scary) news that I had been chosen out of some two hundred other applicants and was to become a member of the jury of the 10th British Film Festival of Dinard presided by Jane Birkin.
Impossible for someone who has never sat on a jury to imagine what an exciting, rewarding, exceptional experience it is and the extent to which so many emotions can be encompassed in such activity somehow banishing the fragile barrier between film and real life takiing us into a strange and betwitching whirlwind while time stood still. At the time I was torn between studying cinema and political sciences and I was staggered to find myself a part of a jury of artists I admired (even more so now) starting with the president, Jane Birkin, a person of incomparable sympathy yet full of joyful excentricity mixed with nostalgia and sadness, then there were Etienne Daho, Julian Barnes, Daniel Prévost. I came to know Tom Hollander and Mark Addy. I also discovered with pleasure that in common with all great people and like the festival itself, they shared the qualities of modesty, simplicity and friendliness. I have never really had the chance to thank either them or the Festival Director, Hussam Hindi, for the warm welcome I received. Thanks to this book, published ten years later, I am now given the opportunity to do so. Not only did I discover a film festival from a different angle with high minded and exhilarating discussions but I also discovered wider aspects to British cinema than I had expected through the films selected in competition. This is characterised by the two films singled out by the jury. « Following » a magnificient dark thriller by a certain Christopher Nolan (which was awarded the silver Hitchcock) first feature from a film maker who was soon to make his mark two years later with « Memento » and the crazy burlesque « Human Traffic » by Justin Kerrigan which was awarded the Golden Hitchcock.. This tenth edition was the most memorable one so far to the minds of regular festival goers. Since then I have served as a jury member in ten other festivals and have attended many others from Deauville to Cannes, but my special memory of Dinard will never fade because of my triple passion for cinema in general, British cinema in particular and for the Dinard Festival itself. I fell in love with this festival, which I discovered under strange and privileged conditions, and this impression has not changed since: a user-friendly festival where guests and festival goers are the real stars – not tthe organisers. The diversity of British cinema is also made apparent through the choice of the guests, many of whom, subsequently and understandably, become regulars. Also must be mentioned the judicious choices of people receiving tributes and new talents soon to become well known names: Danny Boyle, Peter Cattaneo, Stephen Daldry, Paul Greengrass, Peter Webber, Shane Meadows…. ! Going back to Dinard whenever I can always brings back the sweet memories of those magic moments (and the years I can’t attend it always seems to me that I have missed something important) and which led me to follow the course I am on today following a real passion. It is also the occasion to discover or rediscover established ‘auteurs’, a vision of British society with all it projects in the way of disenchanted yet enchanting fantasy, of pessimism, dark romanticism, sad elegance, phlegmatic daring and joyful pardoxes and oxymorons with the prospect of enjoyable film loving shivers. Dinard seems so sober yet is so welcoming, under the star of supreme film-maker Hitchcock , reflecting this cinema which has both the features of Timothy Spall (tormented and moving) and those of Daniel Craig, (rugged and determined). A cinema that excells in romantic comedies (by Richard Curtis or Mike Newell) but also in films anchored in social reality as was the case recently in Dinard with John Carney’s film « Once » or Ken Loach’s « It’s a Free World » which opened our eyes to the wounds of contemporary society.
I wish the British Film Festival of Dinard a radiant future and thank it for having dictated my destiny.
LIENS:
-mon compte-rendu du Festival du Film Britannique de Dinard 2010
-mon compte-rendu du Festival du Film Britannique de Dinard 2009
-mon compte-rendu du Festival du Film Britannique de Dinard 2007
-mon compte-rendu du Festival du Film Britannique de Dinard 2005
Site officiel du Festival: http://www.festivaldufilm-dinard.com/
Le Festival de Dinard sur Facebook: https://www.facebook.com/#!/pages/Festival-du-Film-Britannique-de-Dinard/119464938113696
Le Festival de Dinard sur twitter: @dinard2012













avec Lino Ventura, Paul Meurisse, Jean-Pierre Cassel, Simone Signoret, Paul Crauchet, Claude Mann, Christian Barbier, Serge Reggiani/ Musique: Eric Demarsan/ Directeur de la photographie: Pierre Lhomme/ Décors: Théobald Meurisse.
petitesses qu’elle engendre. La séquence au Majestic en fournit un exemple flagrant. Pour se sauver d’une mort certaine Gerbier sacrifie un autre détenu, probablement un résistant comme lui, en lui demandant de courir pour détourner l’attention. Ce geste est précédé d’une suite de regards entre les deux hommes dans un silence pesant en cet instant décisif. Le vol du temps est suspendu, l’instant n’en paraît que plus crucial, la peur des personnages n’en est que plus prégnante. L’horloge est ainsi ostensiblement montrée deux fois, un de leurs « geôliers » baille à plusieurs reprises. Les deux prisonniers sont filmés en champ, contre-champ, l’autre résistant a le visage dans l’ombre préfigurant sa mort si bien qu’il est à peine perceptible tandis que celui de Gerbier est clairement visible. La caméra les scrute, les contourne, les domine. Melville ne glorifie donc pas la Résistance mais en offre une radiographie minutieuse, contrairement à des films comme Paris brûle-t-il ou La bataille du rail dans lesquels les résistants sont irréprochables et passent leur temps à accomplir des exploits. La lecture du dossier de Gerbier arrêté semble être une sorte de prologue puisque, dans le dossier en question, son attitude est qualifiée de « distante », distance avec laquelle Melville nous enjoigne de regarder ces évènements historiques, paradoxalement voir le général, le global, en nous montrant des actions précises. Il ne la décrit pas avec emphase et avec une admiration aveuglée mais il recrée avec un certain réalisme le travail dans l’ombre, des résistants. Plutôt que de situer son film par rapport à des faits historiques, il le centre sur les personnages, leur dévouement, leurs trahisons, leurs peurs, leurs erreurs. Il nous décrit des hommes et des femmes plongés dans des situations hors du commun, mais pas des mythes déshumanisés. Si Melville évite l’écueil du manichéisme et de la glorification, il évite aussi celui du mélodrame, raison pour laquelle les deux frères Jardie pourtant tous deux résistants ignorent tout de leurs activités respectives, ce qui nous épargne une éventuelle séquence larmoyante inadéquate dans cet univers de murmures et d’ombres silencieuses et évanescentes. Melville le dira ainsi lui-même « J’ai voulu éviter le mélodrame, ça vous manque ? ». Cette ignorance de leurs situations respectives est aussi le témoignage que dans cet univers toute fraternité est impossible. Ainsi lorsque Félix sent une main sur son épaule, il s’empresse d’empoigner son revolver, ne pouvant plus croire ou penser d’emblée à un geste de fraternité mais se croyant forcément l’objet d’une agression de l’ennemi. Les résistants sont donc ici loin d’être irréprochables et un parallèle est même parfois implicitement établi avec ceux qu’ils combattent. Ainsi, lorsque les résistants conduisent le jeune homme qui les a trahis au lieu de son exécution ce dernier croise le regard d’une jeune fille, regard exprimant de la pitié, celle-ci croyant certainement à une arrestation , façon d’assimiler leurs méthodes à celles de l’ennemi. L’assassinat du traître donne ensuite lieu à une séquence magistrale. Cette scène lourde de non
dits et d’angoisses de part et d’autre se déroule dans une pièce qui rappelle la chambre ascétique et austère du Samouraï et donc qui insinue ainsi que leurs méthodes franchissent les frontières de la loi. Tout est fait pour que sa mort suscite notre compassion et notamment l’indécision interminable de ces défenseurs de la liberté (indécision quant au moyen à employer pour procéder au meurtre) qui doivent en l’espèce devenir des assassins. Il est jeune, ne tente pas de se débattre et ne tente pas de se sauver, et on ne nous renseigne pas sur la faute qu’il a commise et tout concourt dans la mise en scène à ce que nous croyions que Félix, qui vient l’arrêter, soit un policier. La compassion suscitée chez le spectateur atteint son paroxysme lorsque, alors que le « traître » n’avait pas prononcé une parole, sa mort s’ensuit de l’écoulement de larmes sur ses joues. On est alors plus que jamais plongés dans un univers de contradictions où il faut employer les méthodes de l’ennemi pour en combattre l’action. La Gestapo et les Résistants sont en effet obligés de recourir aux mêmes méthodes, à savoir des enlèvements et des exécutions sans jugements. La séquence au cours de laquelle Félix est arrêtée et torturée fait ainsi écho à celle où lui-même avait dû tuer le jeune traître. Loin d’être toutes utiles, héroïques et récompensées leurs actions sont ici parfois viles, silencieuses, et inutiles. Ainsi, Jean-François se sacrifie inutilement pour Félix qui sera lui-même torturé. Il y a bien un but à tous ces actes (la Libération de la France) mais il semble démesurément lointain alors que chaque petite action paraît être payée d’un prix exorbitant. Tout est devenu irrationnel et le titre du livre de Jardie que Gerbier feuillette dans sa cachette « Essai sur la logique et de la théorie de la science » semble venir cyniquement en contrepoint, parce-que tout est alors justement irrationnel, « illogique ». Gerbier lui-même, protagoniste de l’histoire, ne survit qu’au prix d’une humiliation qui ébranle la confiance en lui-même. Il courra sous les balles de l’ennemi alors qu’il s’était promis de rester impassible. Ses amis ont compté sur sa faiblesse en lui lançant une corde à l’endroit jusqu’auquel ils avaient prévu qu’il courrait. Même un résistant doit trahir son courage pour continuer de servir sa cause. Même Jardie à qui Gerbier voue une immense admiration sera présent dans la voiture qui les conduira jusqu’à Mathilde pour la tuer, ce qui fera dire à Gerbier « Vous dans cette voiture de tueurs, il n’y a donc plus rien de sacré dans ce monde. » A la fin aucun d’entre eux ne survivra… même si Gerbier sauvera sa conscience cette fois mort en ne courrant pas. On nous précise même les atroces souffrances de certains, ainsi Le Bison est « décapité à la hache ». Jardie, quant à lui, est mort en ne donnant qu’un nom « le sien ». L’héroïsme est alors celui de l’ombre et du silence. Melville nous montre donc la Résistance dans son effroyable banalité, dans sa terrifiante humanité, sans fards, sans artifices dramaturgiques ou mélodramatiques, sans grandiloquence élogieuse, par le truchement d’un film qui a une allure de tragédie. C’est le quotidien d’hommes et femmes qui risquent leur vie pour des exploits minuscules comme transporter un poste de radio, à l’image de Jean-François dont ce sera la première action de résistance et qui déjà risquera deux fois d’être arrêté. Melville démythifie la Résistance en nous montrant des hommes qui non seulement doivent abattre des traîtres mais qui doivent également constamment se battre avec eux-mêmes, leurs doutes, leurs peurs, leurs lâchetés. Il filme des êtres qui mènent un combat collectif mais qui sont irrémédiablement seuls. La musique entêtante et angoissante, et les couleurs d’un froid cinglant du film renforcent cette impression. Pas plus que la résistance n’y est dépeinte comme constamment héroïque et irréprochable, la France n’est dépeinte unanimement au service de sa Libération. Melville montre ainsi l’engagement de fait de l’administration française dans la répression contre les juifs (camp d’internement en zone Sud géré par l’administration et la gendarmerie française qui remettent Philippe Gerbier à la Gestapo ou encore en montrant l’action de la milice, notamment lors d’un contrôle d’un restaurant de Lyon qui amène à l’arrestation de Gerbier. Soulignons néanmoins que d’un autre côté Melville montre également la France qui venait en aide aux résistants : le coiffeur, le douanier complice, les fermiers qui hébergent les aviateurs alliés en attente de départ pour Londres, le châtelain qui utilise ses terres pour faire atterrir les alliés.
la Résistance seront contraints de l’abattre. Les apercevant elle ne fuit pas. Son regard exprime un questionnement, une terreur indicible, une supplique : le doute plane. Lors du tournage Melville lui-même aurait laissé toute liberté à Simone Signoret dans l’interprétation de la scène. Jardie après avoir dit « Nous allons tuer Mathilde parce-qu’elle nous en prie » avouera à Gerbier « ce n’est qu’une hypothèse. » Le meurtre de Mathilde évoque d’ailleurs le degré de cynisme que les circonstances leur ont fait atteindre. Seul Le Bison, alors le plus proche de la criminalité, est horrifié par cette décision déclarant « Je tuerai tous les types que vous voulez, mais pas elle ». Cette scène met ainsi en exergue la déshumanisation de ceux qui agissent pour défendre l’humanité et qui dont dû franchir pour y arriver les frontières qu’ils voulaient rétablir. La scène est d’autant plus significative que c’est Luc Jardie, surnommé par son frère « Saint-Luc », qui le persuade de la nécessité de son exécution.




