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  • Festival Quartier du Livre 2020 : mes recommandations de livres et d'adaptations

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    Le Festival Quartier du Livre m'a fait l'honneur de me demander mes conseils de lecture...et de films adaptés de livres. Sur la page Facebook du festival (liens ci-dessous),  vous  trouverez  ainsi des conseils de lecture d'écrivains, de libraires et des coups de projecteurs sur des éditeurs.

    Un festival auquel j'ai donc ainsi le plaisir de participer virtuellement puisqu'il ne pourra avoir lieu comme prévu cette année en Mai. Son thème devait être cette année "La terre est une personne" (il sera repris l'an prochain).

    Pour ceux qui ne connaissent pas ce festival, sachez qu'il se déroule dans le quartier mythique de la littérature, celui de la Sorbonne, du Panthéon et du Quartier Latin.

    Pendant une semaine, le livre prend ainsi ses quartiers dans le 5ème arrondissement avec 250 manifestations littéraires (débats, signatures, performances artistiques).

    A retrouver sur la page Facebook du festival : https://www.facebook.com/quartierdulivre/,

  • Mon texte du jour (sur le confinement) : L'IVRESSE DES NOMBRES

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    Petite nouvelle écrite hier soir, dictée par la colère, l’actualité, l’émotion de l'instant et inspirée par cette photo de la rue Férou datant de février 2020.

    Toute ressemblance avec la réalité ne serait pas fortuite.

    128339. 23293. 28055. 4608. 437* : comme une litanie glaçante.
    Connaissez-vous la rue Férou ? C’est une rue étroite qui serpente, comme un sas poétique, entre la place Saint-Sulpice et le Jardin du Luxembourg. C’est une rue qui invite aux secrets murmurés, qui incite aux élans rêveurs. Le temps s'y est arrêté. On y entendrait presque des fiacres résonner sur les pavés. On y apercevrait presque les ombres d’Hemingway, Apollinaire ou Prévert, quelques-uns des illustres écrivains qui y ont vécu. Rue Férou, c’est le décor de Minuit à Paris, ou tout comme, vous savez ce Paris de cinéma qui permet de croire à tout, même qu’il est possible au passé et au présent de se rencontrer et de s’étreindre. Sur le mur d’enceinte du si prosaïque Hôtel des Impôts, on peut y lire, en lettres calligraphiées, l’intégralité du poème d’Arthur Rimbaud, Le Bateau ivre. Geneviève l’a appris par cœur à l’école, il y a des décennies, et le relit chaque mercredi, lorsqu’elle monte le pas lourd mais le cœur léger la rue en direction du Jardin du Luxembourg. C’est là qu’elle croise parfois Stéphanie. Quarante ans les séparent. Stéphanie aussi aime bien la poésie. Elle trouve cela joli en lettres imprimées sur un t-shirt. Elle a d’ailleurs fait imprimer les premiers vers. Elle se demande tout de même à quoi ressemble un bateau ivre.

    Parmi les destinées rêveuses, harassées, pressées, Stéphanie a remarqué cette petite mamie aux rides souriantes et au regard d’une tendre espièglerie. Elle la voit aussi au Jardin du Luxembourg qui toujours s’assied sur le même banc et qui semble attendre quelqu’un. En ce lieu, chaque mercredi, pour Geneviève la réalité cède devant les rêves infinis. On devrait tous avoir en soi un lieu pour que les rêves, même impossibles et inavouables, puissent s’esquisser, non ? C’est ce qu’elle se dit, Geneviève, la rêveuse obstinée. Elle envie ceux dont le cœur est versatile. Le sien attend toujours, depuis 40 ans. Après tout, les rêves n’ont pas de rides… Elle revient chaque mercredi. Chaque mercredi depuis 40 ans sur ce même banc.

    Cela fait des semaines que Geneviève ne sort plus de chez elle. Confinée. Il fait chaud dans son petit studio sous les toits. Mais elle en a vu d’autres. Elle sait que c’est pour son bien, et surtout celui des autres. Ce cinquième mercredi depuis le début du confinement, elle a pourtant décidé de sortir, enfin, munie de son attestation, soigneusement remplie et tout aussi soigneusement pliée et rangée dans sa poche. Elle veut passer par la rue Férou, à quelques minutes de chez elle, voir si le bateau ivre y tangue toujours. Cela lui prendra moins d’une heure. Une heure peut changer une vie, elle le sait. Il avait suffi d’une heure sur un banc du Luxembourg pour que son cœur soit emporté, 40 ans plus tôt.

    Ce jour-là, c’est Stéphanie qu’elle croise. Elle aussi, elle sort rue Férou. Elle aussi, elle sort moins d’une heure. Pour la sixième fois de la journée. Stéphanie n’aime pas qu’on lui dicte sa conduite. Elle sourit à Geneviève. Elle se sent solidaire tout à coup. Geneviève ne sait pas résister à un sourire. La résistance, pourtant, elle connaît. Elle a résisté à tant d’autres choses dans sa jeunesse. Des ennemis aussi sournois, moins invisibles peut-être. Elle ne porte pas de masque, Stéphanie. Cela donne chaud, et ce n’est pas seyant. Elle se dit que ce sera la bonne action du jour, prendre des nouvelles de cette mamie, et puis elle a besoin de parler. Elle se sent utile. Forte. Invincible. Elle n’a peur de rien. Geneviève porte une vieille écharpe en guise de masque. L’écharpe glisse lorsqu’elle répond à cette femme qu’elle se souvient vaguement avoir déjà croisée et à qui elle en veut vaguement pour la distraire de ses rêves qui la conduisent en pensées sur son banc du Luxembourg dont les grilles sont tristement fermées.

    Stéphanie était fatiguée ce jour-là lorsqu’elle a croisé Geneviève. Elle ne se remet pas de cette soirée de la semaine précédente. Elle avait reçu des amis dans son appartement. Une petite fête, rien de bien méchant. C’est interdit, mais Stéphanie est le courage incarné, elle n’a peur de rien, et elle ne supporte pas d’être seule. Elle se sent l’âme révolutionnaire. Elle a toujours été la rebelle de la famille. Qu’est-ce qu’ils ont pu rire ce soir-là de Bertrand qui toussait un peu. La blague sur le covid n’a pas fini d’animer les dîners en ville. Oui, Stéphanie est invincible. Cette maladie tue des vieux, surtout. Plus du tiers des victimes le sont dans des ehpads. Ça la rassure. C'est dans sa logique des choses. La mort est une chimère, une légende qu'on raconte aux enfants pour leur faire peur.

    En montant vers le Luxembourg, une semaine plus tard, devant Le Bateau ivre, Stéphanie se dit qu’elle ne croise plus cette petite mamie, celle du banc, celle qu’elle voyait parfois lire le poème. Elle se dépêche. 20h approche. L’heure d’applaudir à sa fenêtre. Elle aime bien ce moment qui est une insulte au silence assourdissant, à sa solitude, à ce printemps aux accents d’hiver sans fin. Cela lui donne l’âme résistante. Alors elle crie (moins fort ce jour, elle se sent faible). Tous ces soignants quand même, aussi, il faut penser un peu à eux, se dit-elle, fière de se sentir soudainement altruiste.

    Finalement, elle a commandé un masque, Stéphanie. En tissu Liberty. Elle trouve cela seyant, ce sera joli sur les selfies. Elle attend le 11 mai impatiemment. Ce sera la fête. Le virus aura disparu comme par magie. Elle pourra aller se pavaner avec son masque. Aller chez la manucure, aussi. Elle a déjà pris son rendez-vous. Elle a le sens de l’essentiel. Et puis, ce n'est pas si mal ce confinement après tout : elle a appris à faire du pain et la méditation (cela la stresse tellement tout ça, surtout parce qu’elle a dû annuler des vacances aux Maldives, cela faisait deux mois au moins qu'elle n'en avait pas pris, vous rendez-vous compte ?). Enfin officieusement. Officiellement, elle a relu A la recherche du temps perdu, appris le Mandarin, et s’est entrainé pour le marathon de Paris.

    Elle se dit qu’il ne faudra pas oublier de le photographier pour instagram avec le masque Liberty, son exemplaire d’A la recherche du temps perdu (il faudra aussi aller l’acheter pour l’occasion, pourquoi pas chez un bouquiniste, un exemplaire vieilli, ce sera encore plus photogénique). Aux infos, ils commencent à parler des vacances d'été, ils ne parlent d’ailleurs presque plus que de ça. Cela rassure Stéphanie. Moins de ces images de service de réanimation. Elle en était é-pui-sée. Elle met des petits RIP sur son facebook avec le petit smiley pour bien qu'on comprenne que tout cela la révolte (elle a dû annuler ses vacances à cause de cette satanée maladie de vieux tout de même).

    Elle se demande pourquoi elle ne voit plus la petite mamie au regard espiègle. Elle allait bien dans le paysage. Et cela aurait fait joli sur son selfie avec le masque Liberty et l’exemplaire (à acheter) de Proust.

    Cela fait deux semaines maintenant que Le Bateau ivre n’a plus vu passer Stéphanie. Elle ignorera toujours que ce poème célébrait l’ivresse du départ, l’euphorie et le désir de liberté, elle qui semblait en être tant éprise au point de nier celle des autres. Elle ignorera toujours que, dans le poème de Rimbaud, ce désir de liberté laisse place au désenchantement. Et que la liberté des uns s’arrête là où commence celle des autres. Geneviève non plus ne passe plus devant le bateau ivre. Ivre à jamais de son absence.

    Quelque part à Paris, le Professeur Salomon arrive avec les chiffres du jour. Il se racle la gorge. Il faut les énoncer clairement. Il est fatigué. Il se trompe. De deux. 435. Il voit bien qu’il est écrit 437 sur sa fiche. Mais 2, qu’est-ce que cela change ? Une Stéphanie. Une Geneviève. En plus une nonagénaire dans le lot, c’est la logique des choses. Un de plus, un de moins. Oui, qu'est-ce que cela change ? Et puis, il se félicite, le nombre d’arrivées en réanimation baisse. Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes.

    Le bateau ivre tangue toujours de ses mots ensorcelants. Rimbaud avait 17 ans quand il a écrit le Bateau ivre. Le talent n’attend pas le nombre des années. La maladie et l'égoïsme ne s'arrêtent pas au nombre des années, non plus. Geneviève n'existe pas. Stéphanie non plus. Mais, au fond, elles existent sûrement. Vous pouvez inverser les destins, remplacer Geneviève par Stéphanie, ça marche aussi.

    Essayons de ne pas oublier que derrière cette litanie glaciale, derrière chaque chiffre froidement énoncé se cachent des réalités et des destins brisés. Et que si des lits se libèrent, ce n’est pas parce que leurs occupants sont partis gambader joyeusement dans la campagne (ou au Jardin du Luxembourg, en passant ou non par la rue Férou).

    *Ces chiffres sont ceux de ce 27 avril 2020 en France, énoncés dans cet ordre : cas de Covid-19/Morts/Hospitalisés/ En réanimation/Morts du jour.

    #restezchezvous #confinementjour42

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  • Sortie du recueil "Sur un malentendu, tout devient possible" (Editions J'ai Lu - 11 auteurs, 11 nouvelles)


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    Le recueil des 11 nouvelles des 11 lauréats du concours Nouveaux Talents des Éditions J'ai Lu sort ce 13 novembre en librairie. Vous y retrouverez ainsi ma nouvelle lauréate "Une bouteille à la mer" ainsi que les nouvelles des 10 autres lauréats. Une nouvelle qui présente la particularité de tourner autour du texte d'une chanson inventée pour l'occasion. 543 pages tendrement drôles pour rêver et vous évader. Le cadeau de Noël idéal ! Pour rappel, ce concours de nouvelles avait eu lieu en mai 2018 à l'occasion des 60 ans des Editions J'ai Lu, une belle maison que je suis heureuse et fière d'intégrer.
     
    Quatrième de couverture :
     
    "Lorsque l'amour survient, nous le recevons comme un cadeau du ciel. Mais nous ne sommes pas tous bénis des dieux. Alors qui, dans les affaires de cœur, refuserait un petit coup de pouce du destin ? Dans ce recueil de nouvelles, c'est un malentendu qui s'immisce dans la vie des personnages, bouleverse leurs routines et leur ouvre les portes de l'inattendu. Voici onze variations subtiles et drôles sur les petits arrangements avec le hasard, un concentré vitaminé de bonne humeur, concocté par des auteurs français à découvrir absolument ! Sur un malentendu, tout devient possible ! rassemble les nouvelles des lauréats du concours Nouveaux Talents : Alex d'Aboise, Laura Bennevault, Carole Cerruti, Fanny Gayral, Caro Manaël, Déborah J. Marrazzu, Sandra Mézière, Audrey Perri, Amélie Petitpas, Colombine Rosier et Gala de Spax."
     
    Pour commander le recueil (disponible un peu partout en librairies) :
     
    https://livre.fnac.com/a13706952/Collectif-Sur-un-malentendu-tout-devient-possible?Origin=fnac_google
     
    Et si vous aimez lire des nouvelles, vous pouvez toujours lire mon recueil de 16 nouvelles sur le cinéma "Les illusions parallèles" (Éditions du 38) :
     
    https://livre.fnac.com/a10120131/Sandra-Meziere-Les-illusions-paralleles.
     
    Et pour ceux qui lisent en numérique, sachez que mon roman au coeur du Festival de Cannes "L'amor dans l'âme" (Éditions du 38) est à 1,99 euros pendant 38 jours sur toutes les plateformes numériques.
  • Un livre, deux adaptations : critiques des films "Gatsby le magnifique" de Jack Clayton et de Baz Luhrmann

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    A l'occasion de la diffusion ce soir sur Ciné + Classic de "Gatsby le magnifique" de Jack Clayton, je vous propose ma critique du film ainsi que celle de l'adaptation de Baz Luhrmann.

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    Adapté en 1974 du chef d'œuvre de Fizgerald, le film (comme le roman) se déroule dans la haute aristocratie américaine. Une vraie gageure d'adapter ce sublime roman( sans doute un de ceux que j'ai le plus relus) qui évite toujours soigneusement la mièvrerie et assume le romantisme effréné et exalté (mais condamné) de son personnage principal.

    Eté 1920. Nick Carraway (Sam Waterston), jeune homme du Middlewest américain se rend à New York pour travailler comme agent de change.  C'est dans la zone huppée de Long Island qu'il trouve une maison, juste à côté de la somptueuse demeure du mystérieux Gatsby (Robert Redford) et avec une vue imprenable sur East Egg où vivent sa cousine Daisy (Mia Farrow) et son mari Tom Buchanan (Bruce Dern) . Daisy  s'ennuie avec son mari bourru qui la trompe ouvertement et elle tue le temps avec son amie la golfeuse professionnelle Jordan Baker. Tom présente même à Nick  sa maîtresse Myrtle Wilson (Karen Black), la femme du garagiste. Tous s'étonnent que Nick ne connaisse pas son voisin Jay Gatsby qui donne des réceptions somptueuses avec des centaines d'invités et sur le compte de qui courent les rumeurs les plus folles. C'est en répondant à une des invitations de son mystérieux voisin que Nick va faire ressurgir le passé liant sa cousine Daisy à l'étrange et séduisant Jay Gatsby.

    Dès les premières minutes, ce film exerce la même fascination sur le spectateur que le personnage de Jay Gatsby sur ceux qui le côtoient ou l'imaginent. La magnificence crépusculaire  de la photographie et la langueur fiévreuse qui étreint les personnages nous laissent entendre que tout cela s'achèvera dans le drame mais comme Nick nous sommes fascinés par le spectacle auquel nous souhaitons assister jusqu'au dénouement. Jay Gatsby n'apparaît qu'au bout de vingt minutes, nous nous trouvons alors dans la même situation que Nick qui ne le connaît que par sa réputation : on dit qu'il «  a tué un homme » et qu'il n'apparaît jamais aux fêtes somptueuses qu'il donne dans une joyeuse décadence.

    Comme dans le roman de Fitzgerald, le film de Jack Clayton dépeint brillamment l'ennui de la haute aristocratie américaine grâce à plusieurs éléments : l'élégance romantique et le jeu de Robert Redford ( difficile après avoir vu le film d'imaginer autrement le personnage de Gatsby qu'il incarne à la perfection), le scénario impeccable signé Francis Ford Coppola, une photographie éblouissante qui évoque à la fois la nostalgie et la chaleur éblouissantes, une interprétation de Mia Farrow entre cruauté, ennui, insouciance et même folie, l'atmosphère nostalgique et fiévreuse (la sueur perle en permanence sur le front des personnages comme une menace constante), et puis bien sûr l'adaptation du magnifique texte de Fitzgerald : « La poussière empoisonnée flottant sur ses rêves » ou cette expression de « nuages roses » qui définit si bien le ton du roman et du film. Avec l'amertume dissimulée derrière l'apparente légèreté. La mélancolie et le désenchantement derrière la désinvolture. Il faut aussi souligner l'excellence des seconds rôles et notamment de Karen Black aussi bien dans la futilité que lorsqu'elle raconte sa rencontre avec Tom Buchanan.

     « Gatsby le magnifique » est à la fois une critique de l'insouciance cruelle et de la superficialité de l'aristocratie que symbolise Daisy, c'est aussi le portrait fascinant d'un homme au passé troublant, voire trouble et à l'aura romantique dont la seule obsession est de ressusciter le passé et qui ne vit que pour satisfaire son amour inconditionnel et aveugle. (Ah la magnifique scène où Jay et Daisy dansent dans une pièce vide éclairée à la bougie !) Face à lui Daisy, frivole et lâche, qui préfère sa réputation et sa richesse à Gatsby dont la réussite sociale n'avait d'autre but que de l'étonner et de poursuivre son rêve qui pour lui n'avait pas de prix. Gatsby dont par bribes  la personnalité se dessine : par sa manie d'appeler tout le monde « vieux frère », par ses relations peu recommandables, par le portrait qu'en dresse son père après sa mort, un père qu'il disait riche et mort. Pour Daisy, la richesse est un but. Pour  Jay, un moyen (de la reconquérir). Elle qui ne sait que faire des 30 années à venir où il va falloir tuer le temps.

    Les deux êtres pour qui l'argent n'étaient qu'un moyen et non une fin et capables d'éprouver des sentiments seront condamnés par une société pervertie et coupable de désinvolture et d'insouciance. Un film de contrastes. Entre le goût de l'éphémère de Daisy et celui de l'éternité de Gatsby. Entre la réputation sulfureuse de Gatsby et la pureté de ses sentiments. Entre la fragilité apparente de Daisy et sa cruauté. Entre la douce lumière d'été et la violence des sentiments. Entre le luxe dans lequel vit Gatsby et son désarroi. Entre son extravagance apparente et sa simplicité réelle. Entre la magnificence de Gatsby et sa naïveté. Et tant d'autres encore. Des contrastes d'une douloureuse beauté.

    C'est à travers le regard sensible et lucide de Nick qui seul semble voir toute l'amertume, la vanité, et la beauté tragique de l'amour, mélancolique, pur et désenchanté, que Gatsby porte à Daisy que nous découvrons cette histoire tragique dont la prégnante sensation ne nous quitte pas et qui nous laisse avec l'irrésistible envie de relire encore et encore le chef d'œuvre de Fitzgerald et de nous laisser dangereusement griser par l'atmosphère de chaleur écrasante, d'extravagance et d'ennui étrangement mêlés dans une confusion finalement criminelle. Un film empreint de la fugace beauté de l'éphémère et de la nostalgie désenchantée qui portent le fascinant et romanesque Gatsby. A (re)voir absolument.

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    Ci-dessous ma critique de "Gatsby" de Baz Luhrmann, film vu en ouverture du Festival de Cannes 2013 (et publiée suite à cette ouverture) avec, également, mon avis sur cette ouverture.

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    Chaque année, au fur et à mesure que les jours avancent et que la clôture du Festival de Cannes se rapproche, la barrière entre la fiction et la réalité s’amenuise, transformant chaque journée et chaque seconde en une troublante, délicieuse, enivrante et perturbante confusion… Cette année, pour cette 66ème édition qui s’annonce décidément exceptionnelle à tous points de vue, cette vertigineuse et grisante sensation s’est emparée de moi dès le premier jour avec, en film d’ouverture, « Gatsby le magnifique » de Baz Luhrmann, nouvelle adaptation de l’intemporel roman de Francis Scott Fitzgerald,  miroir de Cannes, de la mélancolie et de la solitude, sans doute, de quelques uns, derrière le faste, la fête, les éblouissements.

    Mais avant cela, il y a eu cette musique, dans le Grand Théâtre Lumière qui annonce la cérémonie d’ouverture et, qui, pour la 13ème année consécutive, sans que mon enthousiasme soit entamé (bien au contraire) a réussi à me faire frissonner d’impatience et de plaisir.  Avant, il y a eu la voix douce d’Audrey Tautou qui, dans une élégante robe blanche, simple et raffinée, à son image, le souffle à peine coupé, de sa voix à la fois fragile et assurée, a présenté la cérémonie. Enthousiaste, resplendissante, glamour, pétillante Audrey Tautou qui, contrairement à d’autres lors de précédentes éditions, a eu la bonne idée d’écrire son texte elle-même…et j’en tremblais pour elle devant le public sans doute le plus difficile qui soit dans cette salle en effet vertigineuse. Le prestige de l’évènement ne lui a en rien fait perdre ses moyens. Elle nous a rappelé, avec justesse, les beaux paradoxes cannois, que derrière « son air frivole », c’est la « plus fervente manifestation du 7ème art », que le festival est là pour nous « offrir du rêve » et aussi « nous faire voir la vérité ». Elle nous a aussi parlé d’émotions, de cœurs entrainés, charmés, renversés etc, de ses premières émotions cinématographiques. Et puis il y a eu la standing ovation à Steven Spielberg, la présentation de son éclectique et splendide jury, l’aperçu des films de la sélection qui m’ont rappelé pourquoi j’aimais Cannes et le cinéma. Et pourquoi je les aimais à la folie.

    A peine le temps de comprendre que tout cela était réel, quoique pas tout à fait en apparence, que déjà Gatsby nous emportait dans son tourbillon mélancolique et festif (certains, certainement, songeant déjà à leurs « tweets grincheux », trop rarement joyeux). Je redoutais beaucoup cette adaptation, appréciant beaucoup celle de Jack Clayton (Robert Redford étant pour moi à jamais Gatsby) et aimant inconditionnellement ce sublime roman qui évite toujours soigneusement la mièvrerie et assume le romantisme effréné et exalté (mais condamné) de son personnage principal. Je redoutais surtout que Baz Luhrmann ne dénature totalement le roman en voulant le vulgariser.

    Le  film a été projeté en 3D. C’était la deuxième fois dans l’histoire du Festival après « Up » (« Là-Haut ») de Pete Docter, en  2009, que le film d’ouverture faisait l’objet d’une projection en relief.

    Printemps 1922. L’époque est propice au relâchement des moeurs, à l’essor du jazz et à l’enrichissement des contrebandiers d’alcool… Apprenti écrivain, Nick Carraway (Tobey Maguire » quitte la région du Middle-West pour s’installer à New York. Voulant sa part du rêve américain, il vit désormais entouré d’un mystérieux millionnaire, Jay Gatsby (Leonardo DiCaprio), qui s’étourdit en fêtes mondaines, et de sa cousine Daisy ( Carey Mulligan) et de son mari volage, Tom Buchanan, issu de sang noble. C’est ainsi que Nick se retrouve au coeur du monde fascinant des milliardaires, de leurs illusions, de leurs amours et de leurs mensonges.

    Dans l’adaptation de Clayton (rappelons que le scénario de cette précédente adaptation était écrit par Coppola), je me souviens de la magnificence crépusculaire de la photographie et de la langueur fiévreuse qui étreignait les personnages et nous laissaient entendre que tout cela s’achèverait dans le drame. Ici, c’est plus implicite même si de la fête émane toujours une certaine mélancolie. C’est d’ailleurs ce qui semble avoir déçu une grande partie des festivaliers hier qui s’attendaient sans doute à une joyeuse flamboyance…et, c’est selon moi, au contraire, toute la réussite de cette adaptation que de retranscrire la flamboyance de l’univers de Gatsby sans dissimuler totalement la mélancolie et même la tristesse qui affleurent dans cette débauche festive. L’amertume dissimulée derrière l’apparente légèreté. La mélancolie et le désenchantement derrière la désinvolture.

    Là aussi, Jay Gatsby n’apparaît qu’au bout de vingt minutes, voire plus.  Nous nous trouvons alors dans la même situation que Nick qui ne le connaît que par sa réputation : on dit qu’il « a tué un homme » et qu’il n’apparaît jamais aux fêtes somptueuses qu’il donne dans une joyeuse décadence.

    « Gatsby le magnifique » est à la fois une critique de l’insouciance cruelle et de la superficialité de l’aristocratie que symbolise Daisy, c’est aussi le portrait fascinant d’un homme au passé troublant, voire trouble et à l’aura romantique dont la seule obsession est de ressusciter le passé et qui ne vit que pour satisfaire son amour inconditionnel et aveugle. (Je me souvenais de la magnifique scène où Jay et Daisy dansaient dans une pièce vide éclairée à la bougie, dans le film de Clayton,  moins réussie ici). Face à lui Daisy, frivole et lâche, qui préfère sa réputation et sa richesse à Gatsby  dont la réussite sociale n’avait d’autre but que de l’étonner et de poursuivre son rêve qui pour lui n’avait pas de prix. Gatsby dont par bribes la personnalité se dessine : par sa manie d’appeler tout le monde « vieux frère », par ses relations peu recommandables. Pour Daisy, la richesse est un but (même si elle me parait moins frivole que dans le roman de Fitzgerald et que dans l’adaptation de Clayton). Pour Jay, un moyen (de la reconquérir). Elle qui ne sait que faire des 30 années à venir où il va falloir tuer le temps.

    Gatsby est une histoire de contrastes. Entre le goût de l’éphémère de Daisy et celui de l’éternité de Gatsby. Entre la réputation sulfureuse de Gatsby et la pureté de ses sentiments. Entre la fragilité apparente de Daisy et sa cruauté. Entre la douce lumière d’été et la violence des sentiments. Entre le luxe dans lequel vit Gatsby et son désarroi. Entre son extravagance apparente et sa simplicité réelle. Entre la magnificence de Gatsby et sa naïveté. Et tant d’autres encore. Des contrastes d’une douloureuse beauté dans le roman, et dans l’adaptation de Clayton dont la mise en scène (trop rare) est la réussite du film de Luhrmann (comme ces plans de Gatsby seul sur son ponton) davantage que les fastueuses et non moins réussies scènes de fête qui ne comblent pas le vide de l’existence de Gatsby.

    C’est à travers le regard sensible et lucide de Nick qui seul semble voir toute l’amertume, la vanité, et la beauté tragique de l’amour, mélancolique, pur et désenchanté, que Gatsby porte à Daisy que nous (re)découvrons cette histoire tragique. Bien que le connaissant par cœur, j’en suis ressortie avec l’irrésistible envie de relire encore et encore le chef d’œuvre de Fitzgerald, une nouvelle fois bouleversée par cette histoire d’amour absolu, d’illusions perdues, de bal des apparences, de solitude, de lâcheté, de cruauté (oui, il y a tout cela dans Gatsby) et avec l’irrésistible envie de  me laisser dangereusement griser par l’atmosphère de chaleur écrasante, d’extravagance et d’ennui étrangement mêlés dans une confusion finalement criminelle.

    Mia Farrow interprétait Daisy entre cruauté, ennui, insouciance et même folie. La Daisy de Carey Mulligan est moins déjantée, presque moins pitoyable. Si Gatsby restera pour moi à jamais Robert Redford, Leonardo DiCaprio, une fois de plus, excelle, et est un Gatsby bouleversant, énigmatique, mélancolique, fragile, charismatique, avec ce sourire triste, si caractéristique du personnage. Il incarne magnifiquement celui qui est pour moi un des plus beaux personnages de la littérature. Le talent de Leonardo Di Caprio n’est plus à prouver : que ce soit dans « Les Noces rebelles« , « Inception » ,  « Shutter Island« ou, plus récemment dans « Django unchained »  , il crève invariablement l’écran et prouve aussi son intelligence par ses judicieux choix de rôles.

    Ont participé à la B.O du film: Lana Del Rey, Beyoncé x André 3000, Florence + The Machine, will.i.am, The xx, Fergie + Q Tip + GoonRock, et The Bryan Ferry Orchestra … Ces anachronismes et cette volonté de moderniser un roman et des sentiments de toute façon intemporel  restent ici (heureusement) mesurés.

    Un film, comme celui de Clayton, empreint de la fugace beauté de l’éphémère et de la nostalgie désenchantée que représente le fascinant et romanesque Gatsby auxquelles Baz Luhrmann ajoute une mélancolique flamboyance. Il n’a pas dénaturé l’essence du roman, en choisissant justement de modérer ses envolées musicales.

    Relisez le magnifique texte de Fitzgerald, ne serait-ce que pour « La poussière empoisonnée flottant sur ses rêves » ou cette expression de « nuages roses » qui définit si bien le ton du roman et du film et revoyez l’adaptation de Jack Clayton …mais ne passez pas non plus à côté de celle-ci qui ne déshonore pas la beauté de ce roman bouleversant sur l’amour absolu, la solitude et les illusions perdues derrière le faste et la multitude, et qui ici, et en particulier hier soir, prenait une étrange résonance devant tous ces acteurs qui, sans doute, connaissent ces rêves inaccessibles (ou les rêves accomplis qui ne guérissent ni l’amertume ni la solitude) et de cruelles désillusions, la mélancolie et la solitude dans la fête et la multitude, peut-être même celui qui incarne Gatsby dont le nom toute la journée, n’a cessé d’être murmuré et hurlé sur la Croisette et qui, peut-être, s’est parfois senti comme Gatsby, dans une troublante confusion (nous y revenons) entre la fiction et la réalité.  Belle mise en abyme pour une ouverture et un film d’ouverture mêlant flamboyance, grand spectacle, mélancolie…

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