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FESTIVAL DE CANNES 2013 - Page 4

  • Festival de Cannes 2013 - Episode 3 - Critique de GRAND CENTRAL de Rebecca Zlotowski et quelques déambulations cinématographiques...

    Des trombes d’eau se sont abattues il y a quelques jours sur la Croisette agrémentées de quelques problèmes techniques qui ont légèrement modifié mon programme et le rythme de mes publications mais le plaisir d’être là, de passer mes journées à dévorer du cinéma et à en débattre sans cesse, partout, tout le temps, reste intact (même deux heures vaines sous la pluie pour ne pas voir le film des frères Coen- que j’espère rattraper dimanche puisque les films en compétition officielle repassent heureusement le dernier jour- n’ont pas entamé ma bonne humeur).  Maintenant que le soleil est de retour, au propre comme au figuré, je reprends donc le récit de mes pérégrinations avec un léger décalage et j’enrage de ne pouvoir vous raconter tout ce que j’ai rêvé/vécu et surtout vu ces deux derniers jours que ce soit « Borgman » (un futur prix du jury pour son humour noir réjouissant et sons sens du cadre ?), « Un château en Italie » de Valeria Bruni Tedeschi qui possède cette « vitalité » chère à Truffaut, qui parle de (ou élude) le deuil avec une certaine fantaisie, pudique et salutaire…, ou encore du film de Guillaume Canet (avec un certain… James Gray pour co-scénariste), « Blood ties » qui, a semble-t-il ennuyé beaucoup de festivaliers (j’avoue n’avoir pas vu le temps passer….), mais dont la force (de la musique-certes très-trop ?-présente, de la mise en scène, du scénario, de l’interprétation) en font un film qui aurait également eu sa place en compétition officielle (mais James Gray est déjà en compétition pour « The Immigrant ») sans parler de conférences de presse mémorables comme celle des frères Coen (déjà un film en soi, à leur image, je vous laisse imaginer) ou encore la projection du film de Guillaume Gallienne à la Quinzaine des Réalisateurs ce soir, acclamé, sans oublier le centenaire du cinéma indien, et quelques évènements pour ponctuer tout cela. Un programme éclectique et passionnant. De tout cela, je vous parlerai donc ultérieurement, comme il se doit. En attendant, je commence ces critiques en vous parlant (là aussi trop brièvement) de « Grand Central ».

     Cette journée de pluies diluviennes (je cherche toujours qui a eu la bonne idée de jeter ainsi des sauts d’eau sur les festivaliers une journée entière) ne fut néanmoins pas complètement perdue puisque j’ai eu le plaisir de découvrir le deuxième film de Rebecca Zlotowski (après «Belle épine », présenté en 2010 dans le cadre de la Semaine de la Critique), « Grand Central », sélectionné dans le cadre de Un Certain Regard, un film à nouveau avec Tahar Rahim après « Le Passé » d’Asghar Farhadi pour lequel je vous ai fait partager mon enthousiasme avant-hier.

    Dans ce nouveau film de Rebecca Zlotowski, Tahar Rahim incarne Gary, un jeune homme agile, frondeur, qui apprend vite, embauché dans une centrale nucléaire, au plus près des réacteurs, où les doses radioactives sont les plus fortes et dangereuses. Là, où le danger est constant. Il va y trouver ce qu’il cherchait, de l’argent, une équipe à défaut d’une famille (on ne verra de sa vraie famille qu’une sœur dont le conjoint le rejette visiblement, et une grand-mère dont la porte restera impitoyablement fermée) même si elle le devient presque, mais aussi Karole ( Léa Seydoux), la femme de son collègue Toni (Denis Menochet). Tandis que les radiations le contaminent progressivement, une autre forme de chimie (ou d’alchimie), l’irradie, puisqu’il tombe amoureux de Karole. Chaque jour, la menace, de la mort et de la découverte de cette liaison, planent.

    La première bonne idée du film est de nous faire découvrir cet univers dans lequel des hommes côtoient le danger et la mort chaque jour, dans des conditions terrifiantes que Rebecca Zlotowski parvient parfaitement à transcrire notamment par un habile travail sur le son, des bruits métalliques, assourdissants qui nous font presque ressentir les vibrations du danger. A l’image d’un cœur qui battrait trop fort comme celui  de Gary pour Karole.  J’ignore ce qui est réel dans sa retranscription des conditions de vie des employés de la centrale nucléaire tant elles paraissent iniques et inhumaines mais j’imagine qu’elles sont tristement réelles puisque  Claude Dubout, un ouvrier qui avait écrit un récit autobiographique, « Je suis décontamineur dans le nucléaire », a été le conseiller technique du  film. Le film a par ailleurs été tourné dans une centrale nucléaire jamais utilisée, en Autriche, ce qui renforce l’impression de réalisme.

    Ne vous y trompez pas, « Grand Central » n’est néanmoins pas un documentaire sur les centrales nucléaires. C’est aussi et avant tout une histoire d’amour, de désirs dont la force est renforcée par la proximité d’un double danger. C’est un film sensuel, presque animal qui pratique une économie de dialogues et qui repose sur de beaux parallèles et contrastes. Parallèle entre l’amour de Gary pour Karole  qui se laisse irradier par elle et pour rester auprès d’elle. Parallèle entre le sentiment amoureux, presque violent, impérieux, qui envahit lentement et irrémédiablement celui qui l’éprouve comme la centrale qui contamine. Parallèle entre les effets du désir amoureux et les effets de la centrale : cette dose qui provoque « la peur, l’inquiétude », les jambes « qui tremblent », la « vue brouillée » comme le souligne Karole. Parallèle entre ces deux dangers que Gary défie, finalement malgré lui. Contraste entre cette centrale clinique, carcérale, bruyante et la nature dans laquelle s’aiment Gary et Karole et que Rebecca Zlotowski filme comme une sorte d’Eden, ou comme dans « Une partie de campagne » de Renoir, même si elle n’élude rien des difficiles conditions de vie des ces ouvriers/héros qui habitent dans des mobile-homes près des centrales, telle une Ken Loach française.

    Rebecca Zlotowski dresse le portrait de beaux personnages incarnés par d’excellents comédiens ici tout en force et sensualité au premier rang desquels Tahar Rahim, encore une fois d’une justesse irréprochable, Denis Menochet, bourru, clairvoyant et attendrissant, un beau personnage qui échappe au manichéisme auquel sa position dans le film aurait pu le réduire, ou encore Olivier Gourmet ou Johan Libéreau (trop rare).

    Encore un film dont je vous reparlerai qui à la fois nous emporte par la beauté de ses personnages, leur rudesse tendre, la radieuse force des sentiments (amitié, amour) qui les unit … et qui nous glace d’effroi en nous montrant les conditions de travail de ceux qui risquent chaque jour leur vie dans l’une de ces 19 centrales françaises.

    La suite de mes mésaventures et, évidemment, mes critiques des films évoqués ici trop brièvement, d’ici quelques jours.

    Pour mes avis en direct de la Croisette, en attendant un compte-rendu digne de ce nom, » suivez-moi sur twitter:  @moodforcannes et @moodforcinema.

     

     

    Je vous rappelle enfin que, pour la sortie de mon roman « Les Orgueilleux » , ici (qui se déroule d’ailleurs dans le cadre d’un festival de cinéma), je vous fais gagner une liseuse électronique.

     

     

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  • Compétition officielle - Critique d' "Un château en Italie" de Valeria Bruni Tedeschi

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    Pourquoi ce film en compétition semble-t-il passer inaperçu ? Mystère. C'est pour moi un des coups de cœur de cette édition.

     

    Louise (interprétée par la réalisatrice Valeria Bruni Tedeschi dont c’est ici la troisième réalisation) rencontre Nathan (Louis Garrel) par hasard, dans une forêt. Comme le début d’un conte. Une bonne décennie les sépare. La princesse n’a pas perdu sa chaussure mais son chapelet. Il est acteur. Il veut arrêter. Elle est actrice. Elle a tout arrêté des années auparavant.  Un autre hasard.  Sauf que la « princesse » a un frère mourant, est seul, et sans l’enfant qu’elle désire par-dessus tout (ou qu’on lui fait désirer par-dessus tout) et elle possède un « château en Italie » dont elle va devoir se séparer…

     

    Derrière un humour parfois cruel, caustique, derrière un film et des personnages tourbillonnants se dissimulent une renversante mélancolie et des sujets graves. Une pluralité de tons et un film contrasté, écartelé comme le personnage principal entre  un monde qui se délite, s’achève et un nouvel amour, un nouvel élan.

     

    Comme dans un film de Visconti, Valeria Bruni Tedeschi nous parle d’un monde en déliquescence, celui d’une grande famille de la bourgeoisie industrielle italienne. Comme dans un film de Fellini, l’exubérance et la folie masquent la tristesse et la tragédie. Sélectionné en compétition officielle du Festival de Cannes comme film français, les références cinématographiques y sont donc avant tout italiennes même si Valeria Bruni Tedeschi déploie ici un talent et un univers qui n’appartiennent qu’à elle.

     

    Le film est jalonné de scènes d’anthologie de tonalités très différentes. La rencontre entre Louise et Nathan, pleine de charme et de maladresse, drôle, tendre et décalée. Le mariage à l’hôpital où la vie côtoie la mort, scène pleine de tendresse et de tragédie, de douceur et de douleur. Ou des scènes carrément burlesques qui permettent d’évacuer la souffrance et la solitude dont sont entourés les personnages, en particulier Louise.

     

    Le scénario d « Un Château en Italie » a été écrit par trois femmes : Valeria Bruni Tedeschi, Noémie Lvovsky et Agnès de Sacy. Chacune a apporté son expérience, son vécu au scénario qui, s’il est certes très inspiré de la vie de Valeria Bruni-Tedeschi (la mort du frère du Sida, comme le propre frère de la réalisatrice à qui le film est dédié, le rôle de sa mère interprété par sa propre mère, le château en Italie du film qui fut le leur, Louis Garrel son ancien compagnon dans la vie ...), est loin d’épargner le personnage qu’elle incarne, snob, cassante, égoïste qui se donne bonne conscience en donnant aux plus démunis (qu’elle n’épargne d’ailleurs pas non plus).

     

    Des premiers rôles à ceux plus secondaires, ils sont tous réellement excellents sans parler de la royale apparition d’Omar Sharif. Symbole de la beauté éphémère de l’instant malgré la mort qui rôde. Xavier Beauvois est également parfait dans le rôle d’un personnage cruel qui heurte et réveille sans oublier la belle-mère excentrique (Marie Rivière) et Louis Garrel délicieusement désinvolte, décalé, égocentrique. Sans oublier Marisa Borini, la propre mère de la réalisatrice qui semble avoir joué toute sa vie et Filippo Timi, dans le rôle du frère malade. Princier. Aérien.

     

    La musique, classique, italienne, sérieuse, dramatique, légère, accompagne les changements de tons du film ou parfois au contraire est judicieusement dissonante et nous fait passer de l’entrain à la tristesse en un quart de seconde, servant de liant aussi à un scénario qui pourrait apparaître décousu, ou trop jalonné de hasards et coïncidences, mais qui finalement reflète l’inénarrable méli-mélo d’émotions qu’est la vie.

     

    Un film riche de son humour noir, de sa fantaisie salutaire qui permet d’affronter cette histoire de deuils ( de l’enfance, du passé, des personnes aimées, de certains rêves et espoirs), comme un exutoire aux nôtres. Un film vibrant, vivant, lucide, cruel, drôle, tendre, plein de charme, parsemé d’instants de grâce. Un film tourbillonnant qui ne rentre pas dans les codes, singulier, qui mêle le burlesque, la tragédie et l’amour de la vie. Un film où l’amour et le rire dansent constamment avec la mort et les larmes. La lucidité et la cruauté finalement comme un masque pudique sur la douleur. Un film plein de vie qui s’achève en mêlant la beauté légère et joyeuse d’un nouvel élan et la cruauté douloureuse et déchirante d’un déracinement. Un film qui fait du bien, et que je vous recommande.

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  • Les 20 ans des Talents Cannes Adami - Projection des courts-métrages

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    Voilà un rendez-vous auquel je suis fidèle chaque année tant ces projections réservent toujours de belles surprises, a fortiori cette année puisque les Talents Cannes ADAMI fêtent leurs 20 ans.
     
    Pour fêter cet anniversaire, la société de production Mon Voisin productions (Dominique Besnehard et Antoine Le Carpentier) s'est associée à l'opération Talents Cannes ADAMI 2013 pour co-produire 7 courts métrages et confier leur réalisation à des comédien(ne)s issus des promotions antérieures :
     
    Aure Atika (comédienne Talents Cannes 1994)
    Léa Drucker (comédienne Talents Cannes 1995)
    Clément Sibony (comédien Talents Cannes 1996)
    Elodie Navarre (comédienne Talents Cannes 1996)
    Tomer Sisley (comédien Talents Cannes 1999)
    Alice Taglioni (comédienne Talents Cannes 2002)
    Pierre Niney (comédien Talents Cannes 2007).
     
    Ces 7 courts métrages avaient cette année pour thème unique : les moments forts de la vie d'un acteur, d'une actrice.

     

    Cette année n'a pas dérogé à la règle avec de vraies belles surprises. Je vous parlerai de chacun des films vus après le festival. En attendant, projections obligent, je vous dis simplement quelques mots sur un de mes coups de cœur de cette édition "Pour le rôle" signé Pierre Niney:

    Dans ce film, François se présente pour passer un casting. Au terme d’un entretien très étrange, il découvre qu’il est en réalité au cœur d’une mise en scène mystérieuse à laquelle il va être forcé de prendre part…  

    La réalisation met avant tout en valeur les jeunes comédiens François Civil, Yann Sorton, Brice Hillairet, Noémie Merlant qui, tous, en quelques minutes, grâce à une judicieuse écriture, montrent toute une palette de jeu et excellent dans ce jeu de mise en abyme, double mise en abyme même, brillamment absurde, décalé (jusque dans le décor qui n’aurait pas déplu à Jacques Tati), un jeu de rôles (au propre comme au figuré) à la fois drôle et caustique, ludique et cruel, qui possède toute l’intelligence, l’acuité du regard de son jeune et talentueux auteur.

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  • Semaine de la Critique - THE LUNCHBOX de Ritesh Batra

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    « The Lunchbox » (présenté à la Semaine de la Critique) est lepremier film de Ritesh Batra.

    Une erreur dans le service pourtant très efficace de livraison de lunchboxes (les « Dabbawallahs » de Bombay) met en relation Ila, une jeune femme au foyer délaissée par son mari, et un homme plus âgé, Saajan. Ils s’inventent un autre monde, une évasion, grâce aux notes qu’ils s’échangent par le biais de ces boîtes à repas. Progressivement, ce rêve menace de prendre le dessus sur leur réalité.

    « The lunchbox » est un film atypique dans le cinéma indien, à la fois réaliste, film d’auteur  tout en restant grand et tout public sans être non plus un film « bollywoodien ».  Il  renouvelle  aussi le genre de la comédie romantique et celui de la liaison épistolaire avec un mélange de fraîcheur, d’humour,  de réalisme et  grâce à toute une galerie de personnages secondaires attachants. Des âmes seules  (ré)unies par cette solitude dans un Bombay tentaculaire, grouillant et paradoxalement glacial.

    Une mise en scène judicieusement répétitive fait écho à la routine des personnages de laquelle va peu à peu les sortir cette lunchbox providentielle. Hanté par la mort de son épouse, Saajan, derrière une apparence revêche, laisse peu à peu se révéler sa vraie  personnalité.  

    A déguster sans modération. Irrfan Khan pour ceux qui se demanderaient où ils l'ont vu a été vu dans « Slumdog millionaire » ou « L’odyssée de Pi » .

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