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AVANT-PREMIERES - Page 7

  • Avant-première – Critique de « L’Agence tous risques » de Joe Carnahan

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    L'adaptation des séries cultes est un exercice aussi difficile que désormais incontournable... et cela peut parfois donner d'excellents résultats comme pour « Mission impossible » ou un résultat désastreux comme pour « Drôles de dames ». Les années 80 constituent un véritable vivier pour producteurs en mal d'idées. Avec ses 96 épisodes tournés entre 1983 et 1987 et ses quatre lascars charismatiques il est même étonnant que « L'Agence tous risques » n'ait pas été adaptée plus tôt au cinéma tant cette série contenait tous les ingrédients d'un sympathique divertissement.

    Dans l'adaptation cinématographique, nos quatre mercenaires ne sont plus des vétérans du Vietnam mais de la guerre en Irak emprisonnés pour un crime qu'ils n'ont pas commis. Ils s'évadent de prison et tentent de blanchir leurs noms auprès de l'armée américaine.

    La comédie d'action, catégorie dans laquelle s'inscrit cette adaptation, est un genre périlleux puisqu'il faut savoir jongler entre deux genres a priori assez incompatibles. Il faut avouer que les scènes de comédie s'insèrent plutôt bien dans celles d'action, et permettent une salutaire respiration dans cette cavalcade effrénée, aveuglante et vaine de cascades et explosions.

    L'autre principale difficulté consistait sans doute à faire oublier les quatre acteurs de la série, pari à moitié gagné...Si Liam Neeson, impressionnant colonel Hannibal Smith, parvient à faire oublier Georges Peppard ; si Bradley Cooper est plutôt convaincant dans le rôle de Futé ; le rôle du pilote fou tenu par Dwight Schultz dans la série et qui échoit à Sharlto Copley est en-deçà de son modèle même si son duo/duel avec  Quinton Johnson (Barracuda) fonctionne plutôt bien, ce dernier étant néanmoins moins impressionnant que Mister T (Mais où sont passées toutes ses chaînes en or ?) et le contraste étant par conséquent moins saisissant entre les deux personnalités.

    Comme toute adaptation de série télévisée qui se respecte, il faut d'abord présenter les personnages, scène expédiée en quelques plans dans une autre récente adaptation de série quand ici cela prend environ une vingtaine de minutes tandis que se déroule le générique le plus étiré de l'histoire du cinéma... Tout cela pour nous présenter nos quatre héros et prétexter des scènes d'action plus improbables et abracadabrantesques les uns que les autres.

    Le problème avec ce genre de films c'est que la moindre tentative d'esquisse de début de commencement de réflexion du spectateur est totalement annihilée par un rabâchage explicatif teinté d'autosatisfaction avec petit flashback démonstratif de rigueur (ah vous avez vu l'imagination que nous avons déployée pour vous épater...). Quant au seul potentiel rebondissement, il est  terriblement prévisible et  tout est fait pour que le spectateur soit anesthésié par cet amas d'images hypnotiques et pour qu'il ne cherche pas à savoir ce qui se déroulera après.

    Les scènes d'action sont donc certes spectaculaires, bruyantes et nous en mettent plein la vue mais elles semblent finalement n'être là que pour noyer notre attention dans un flot successif et indigeste et nous faire oublier la vacuité affligeante du scénario.  

    Enfin comme dans toute adaptation de série, la fin (qui aurait été d'ailleurs plus intéressante comme début) laisse place à une potentielle suite qui ne manquera pas de sortir sur nos écrans dans quelques années avec une nouvelle surenchère de scènes d'action ...

    Bref, revoyez la série... délicieuse madeleine de Proust des années 80 et oubliez cette adaptation finalement anachronique... ou alors allez-y pour Liam Neeson qui parvient miraculeusement à nous épater et à rester digne, même là, encore et toujours !

    Sortie en salles : le 16 juin 2010

  • Avant-première – Critique de « Sex and the city 2 » de Michael Patrick King avec Sarah Jessica Parker…

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    Ayant vu tout au plus 4 épisodes de la série et n'ayant pas vu le premier opus cinématographique, après 12 jours de séjours cannois aussi agréables et légers que la sélection était empreinte de noirceur, j'ai donc répondu avec plaisir à l'invitation de la Warner pour voir ce film en avant-première en espérant qu'il serait aussi pétillant qu'une goutte de champagne sur une plage cannoise.

    Carrie (Sarah Jessica Parker), Samantha  (Kim Catrall) , Charlotte (Kristin Davis), Miranda (Cynthia Nixon)...sont quatre amies inséparables, toutes quatre amoureuses de la vie et new yorkaises glamour et sophistiquées unies par le désir de savourer tous les plaisirs de Big Apple. Après toutes ces années passées, elles attendent davantage de l'existence et commencent à s'interroger sur leurs choix, leur présent, leur avenir, leurs compagnons. Autant de questionnements qui nécessitent du recul pour être résolus et qui les incitent à partir pour quelques semaines à l'autre bout du monde...aux Emirats Arabes Unis.

    Mariage spectaculaire, soirée hollywoodienne, décor exotique (Abu Dhabi aux Emirats Arabes Unis mais en réalité le Maroc et Marrakech), hôtels et appartements de rêve, scène de karaoké endiablée, tenues chics et/ou extravagantes et/ou de mauvais goût, dénouement « tout est bien qui finit bien » : tout est réuni pour faire de ce film un pur moment d'évasion très loin de la crise et de ses atermoiements. Certains s'offusqueront sans doute de cette débauche de luxe et de moyens. J'avoue n'avoir pas vu passer les 2H15 que dure le film et malgré l'absence de réelle intrigue l'objectif était donc pleinement rempli. La construction est beaucoup plus proche de celle d'une série que d'un long-métrage de cinéma mais cela ne nous empêche pas de suivre avec plaisir leurs dialogues et saynètes rythmés.

    Pour ne pas totalement dépayser l'habitué de la série, la première partie se déroule donc à New York avant que les 4 amies n'embarquent pour les Emirats Arabes Unis avec leurs « soucis » dans leurs bagages : Miranda brimée par son patron vient de quitter son travail, Charlotte soupçonne son mari d'avoir une liaison avec son indispensable nounou, Samantha est tourmentée par ses hormones et la ménopause, Carrie se demande comment garder l'étincelle dans son couple...

    Si le film s'amuse (avec plus ou moins de bon goût) du décalage culturel entre nos 4 New-Yorkaises libérées et la société plus conservatrice d'Abu Dhabi, le politiquement correct est toujours de mise contrairement à un titre qui se veut plus subversif. Certes le personnage de Samantha n'a pas froid aux yeux ni ailleurs mais pour le reste la morale judéo-chrétienne et le modèle familial américain sont loués et respectés : la femme qui trompe son mari le lui avoue, celle qui croit que son mari la trompe se fait des idées et il est fort probable que Carrie ne résistera pas très longtemps au modèle couple avec enfants dans lequel la société souhaite l'inscrire.

    Nos quatre héroïnes sont finalement plus conventionnelles qu'il n'y paraît et tout est fait pour que l'identification fonctionne. Qui n'a jamais été brimé par un employeur ? Qui n'a jamais été partagé entre le désir de couple et le désir d'indépendance ? etcLe film a pourtant été jugé « politiquement incorrect » et  « antimusulman ». Si certaines remarques peuvent paraître condescendantes, il joue pourtant autant sur les clichés de la femme américaine que de la femme musulmane, et semble les assumer.

     Même si « Sex and the city 2 » ne fait pas toujours dans la subtilité, il reste un divertissement frais, léger et dépaysant idéal pour un début d'été... et un excellent spot publicitaire pour marques de luxe de cette marque qu'on « adoooorrre » à cette marque de montres que, selon un publicitaire français, il faut avoir avant cinquante ans pour avoir réussi sa vie...

    Sortie en salles : le 2 juin 2010         

  • Avant-première- Critique de « L’Autre monde » de Gilles Marchand avec Louise Bourgoin, Grégoire Leprince-Ringuet, Melvil Poupaud

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    Alors que le virtuel prend de plus en plus le pas sur le réel ou en tout cas fait partie intégrante de nos existences, le cinéma s'empare de plus en plus du sujet, thème d'ailleurs récurrent de ce Festival de Cannes 2010. Gilles Marchand réalise là son deuxième long après « Qui a tué Bambi »  qui, comme « L'Autre monde » sélectionné hors compétition du Festival de Cannes 2010, figurait en sélection officielle du Festival de Cannes (2003). Gilles Marchand est avant tout scénariste, notamment des films de Dominik Moll dans lesquels une situation ordinaire dérapait déjà toujours vers une réalité déroutante. Déjà vers un autre monde.

    L'été dans le Sud de la France. Gaspard (Grégoire Leprince-Ringuet) vient de tomber amoureux de Marion (Pauline Etienne.) Il partage son temps entre cette dernière et ses deux meilleurs amis. Mais un jour, alors qu'il se trouve avec Marion, il va tomber par hasard sur un portable égaré, celui d'Audrey (Louise Bourgoin). Les jeunes amoureux vont alors aller à un rendez-vous donné sur le portable d'Audrey.  Gaspard ne peut s'empêcher d'être attiré par cette jeune femme belle, sombre et double. Gaspard découvre que sur un jeu en réseau « Black hole » Audrey est Sam. Gaspard se crée à son tour un avatar pour la rejoindre.  La vie de Gaspard va alors basculer. Dans L'Autre Monde...et dans celui-ci.

    L'écueil à éviter était de tomber dans le film pour jeunes ou uniquement destiné aux amateurs de jeux vidéos. Un écueil intelligemment contourné par un scénario qui mêle judicieusement l'univers réaliste et lumineux de la réalité par lequel le film commence, à celui inquiétant et sombre de l'univers virtuel dans lequel il nous plonge progressivement. Si les adultes ou du moins les personnes responsables sont peu présentes, (à l'exception du père de Marion, autoritaire et menaçant) chacun peut  néanmoins s'identifier à Grégoire Leprince Ringuet qui incarne un jeune homme normal et heureux qui perd progressivement le sens des réalités.

    Par un habile jeu de mise en abyme, le frère d'Audrey (Melvil Poupaud) est d'une certaine manière le double du scénariste/réalisateur et le spectateur celui de Gaspard puisque le film le plonge lui aussi dans un « autre monde » sur lequel il désire en savoir davantage et puisqu'il est lui aussi manipulé par le réalisateur/démiurge comme l'est Gaspard. Le film joue sur la tentation universelle de fuir la réalité que ce soit par le cinéma ou en s'immergeant dans un univers virtuel. Audrey/Sam symbolise à elle seule cet autre monde, celui du fantasme, et des tentations adolescentes de jouer avec son identité et avec la mort. Un monde de leurres, ici aussi troublant, fascinant que malsain. Un univers factice qui donne une illusion d'évasion et rejaillit sur la réalité. Un monde qui a pour seul loi les désirs, érotiques et/ou morbides. Que serait un monde sans morale et sans loi ? Black hole. Un trou noir.

     Sans être moraliste (et heureusement), le film met en garde contre ces univers virtuels dans lesquels mourir se fait d'un simple clic et où jouer avec la vie devient un jeu enfantin. Le sens, absurde, de cette réalité virtuelle se substitue alors au sens des réalités et la mort, mot qui perd alors tout sens, devient un jeu dans la vie réelle comme dans cette scène où les amis de Garspard se placent devant des voitures lancées à vive allure.

     « Black hole » c'est à la fois l'évasion et le paradis (heaven comme le tatouage que porte Audrey) mais Heaven symbolise aussi cet univers de perdition dans lequel Audrey est Sam. Un univers auquel les images d'animation procurent une beauté sombre et troublante.

    Par une réalisation fluide, Gilles Marchand nous embarque nous aussi dans un autre monde, un monde de contrastes entre luminosité et noirceur, entre film réaliste et archétypes du film noir (avec sa femme fatale et ses rues sombres de rigueur), un monde dangereusement fascinant, sombre et sensuel comme cette plage noire, purgatoire où se retrouvent les morts de « Black hole ».

    Louise Bourgoin est parfaite en fragile femme fatale, sensuelle et mystérieuse face à un Grégoire Leprince-Ringuet dont la douceur et la normalité semblent à tout instant pouvoir basculer, un être lumineux dont « Black hole » va révéler les zones d'ombre. Pauline Etienne est elle aussi parfaite en jeune fille enjouée et fraîche qui connaît ses premiers émois amoureux.

     « L'Autre monde » est une brillante mise en abyme,  un film  sur le voyeurisme, la manipulation, la frontière de plus en plus étroite entre réel et virtuel qui  plonge le spectateur dans un  ailleurs aussi inquiétant que fascinant, un film haletant, savamment « addictif » comme « Black hole », qui nous déroute et détourne habilement de la réalité. Un film que je vous recommande vivement !

    En introduction à la projection, Gilles Marchand a ainsi précisé que le rapport du joueur au jeu, à l'écran l'avait toujours intrigué : « Les choses qui se passent dans le monde virtuel me paraissent particulières à notre époque et universelles. Ce qui m'intéressait c'était d'avoir une narration fluide et un montage parallèle entre ces deux mondes. Second life a fait partie de l'inspiration. Le fait qu'il n'y ait pas de but précis dans le jeu m'intéressait. On était entre le réseau social et le jeu. Ce qui m'intéressait aussi c'était le parcours de Gaspard, son hésitation entre deux femmes, deux archétypes de femmes ».

    Je vous signale également que vous pouvez devenir coproducteurs de ce film sur touscoprod.com .

    Sortie en salles : le 14 juillet

  • Critique – « Tête de turc » de Pascal Elbé avec Roschdy Zem, Pascal Elbé, Ronit Elkabetz…

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    Il y a quelques semaines, dans les locaux de la Warner, en partenariat avec Allociné, était organisée une projection en avant première de « Tête de turc » suivie d'une Master class avec Pascal Elbé et Roschdy Zem (voir toutes mes vidéos de la master class en cliquant ici).

    Pour cette première réalisation, Pascal Elbé s'est confronté à un genre particulièrement délicat : le film choral. S'y côtoient un adolescent de 14 ans, Bora ( Samir Makhlouf), un médecin urgentiste, Simon (Pascal Elbé), un flic en quête de vengeance, Atom (Roscdhy Zem), une mère qui se bat pour les siens, Sibel qui est aussi la mère de Bora (Ronit Elkabetz), un homme anéanti par la mort de sa femme (Simon Abkarian).

    Pascal Elbé est parti d'un fait divers tragique qui avait marqué les esprits : Mama Galledou, passagère d'un bus, brûlée vive à Marseille, en 2006. Ici, ce n'est pas la passagère d'un bus mais Simon, médecin urgentiste qui est grièvement blessé suite à un jet de cocktail molotov sur sa voiture. Le jeune qui le sauve, Bora, est aussi un de ceux responsables de « l'accident ». Emmené aux urgences, Simon ne peut donner suite à l'appel qu'il venait de recevoir ; celui d'un homme dont la femme vient d'avoir un grave malaise et qui décèdera faute d'intervention. Le veuf n'a ensuite plus qu'une idée en tête :  se venger, de même que le frère de Simon, flic dont le passé n'est pas non plus exempt de zones d'ombres et qui veut retrouver ceux par qui sont frère a été agressé...

    Par un tragique engrenage de la fatalité, ces destins vont être liés les uns aux autres et dépendre les uns des autres. Derrière les masques de chacun; Pascal Elbé laisse entrevoir les fêlures et parvient à rendre ses personnages particulièrement attachants, aidé en cela par un choix d'interprètes particulièrement soigné : de Simon Abkarian (dont le talent qui n'est plus à prouver nous fait regretter que son rôle ne soit pas plus étoffé), en mari vengeur aveuglé par le chagrin, à Ronit Elkabetz, en mère fière et digne, prête à tout pour que ses fils changent de condition en passant par Florence Thomassin qui interprète une amie de Sibel, mère découragée.

    Si le début nous laisse espérer un vrai thriller, le film s'oriente progressivement davantage vers le thriller social. Pascal Elbé a d'ailleurs rencontré des travailleurs sociaux, des urgentistes, des policiers pour donner à sa vision une couleur aussi juste possible même si l'objectif n'était pas le naturalisme. Que ce soit par la musique (signée Bruno Coulais) ou la photographie, son film révèle une vraie atmosphère visuelle et sonore. Même si, visuellement, « Tête de Turc » n'atteint pas le niveau de James Gray qu'il cite en brillante référence,  on retrouve ici les thèmes qui lui sont chers : la famille, le pardon, la trahison, le sentiment de culpabilité. Des hommes face à leur conscience.

    Pascal Elbé ne prend pas vraiment parti, délibérément, il dresse un constat dont une scène de dialogue dans une voiture entre les deux frères est particulièrement révélatrice mais aussi emblématique de l'image nuancée  que Pascal Elbé donne de la société contemporaine (il égratigne au passage l'emballement médiatique).  C'est à la fois la force et la faiblesse de son film. La force de donner la parole à chacun, de ne pas émettre un avis tranché, voire caricatural. La faiblesse de ne pas être allé plus loin, de ne pas oser davantage d'ailleurs à l'image du dénouement qui n'est pas à la hauteur d'une première partie pleine d'intensité et de promesses (que Pascal Elbé avait d'ailleurs su tenir jusqu'au bout dans ses scénarii précédents comme « Mauvaise foi » coécrit avec Roscdhy Zem ou « Père et fils »).  Peut-être n'a-t-il pas eu l'audace (mais aussi tout simplement l'envie) d'achever son film dans la noirceur. Avec un zeste d'audace et d'expérience supplémentaires, et avec la même bonne foi et conviction, son prochain film devra être suivi de très près. Avec d'aussi brillantes influences revendiquées (Gray, Inarritu, Haggis),  il ne lui reste qu'à approfondir son propre univers pour confirmer l'essai imparfait (mais à l'image de ses personnages, c'est aussi ce qui le rend attachant) et non moins prometteur.

     « Tête de Turc » a reçu le prix du cinéma 2010 de la Fondation Diane et Lucien Barrière.

    Le reste de l'actualité, c'est sur "In the mood for Cannes", "In the mood for Deauville", "In the mood for luxe".

  • Avant-première – Critique de « Téhéran » de Nader T.Homayoun

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    Après l'excellent film de Bahman Ghobadi « Les Chats persans » que je vous recommande vraiment de voir en DVD si vous l'avez manqué lors de sa sortie (cliquez ici pour lire ma critique et voir mes vidéos de l'équipe du film), un autre film iranien remarquable sortira prochainement sur les écrans (très exactement le 14 avril), il s'agit de « Téhéran » de Nader T. Homayoun, un film qui a obtenu le prix de la semaine de la critique au Festival de Venise 2009 et le Grand Prix du Jury au Festival Premiers Plans d'Angers 2010.

    Synopsis : Ebrahim (Ali Ebdali) quitte sa famille et va tenter sa chance à Téhéran mais dans cette jungle urbaine où tout se vend et tout s'achète, le rêve peut rapidement virer au cauchemar. Mêlé malgré lui à des trafics mafieux, Ebrahim a-t-il encore une chance de s'en sortir ?

    Nader T.Homayoun est parti d'une rumeur persistante selon laquelle, à Téhéran, des mendiants voleraient des bébés pour faire la manche. Ebrahim, parti à Téhéran considéré par beaucoup d'Iraniens comme l'Eldorado, est l'un d'eux... Tandis qu'il se fait voler le bébé avec lequel il faisait la manche, sa femme, enceinte, le rejoint à Téhéran.

    Nader T.Homayoun a pris prétexte de la réalisation d'un documentaire sur Téhéran pour pouvoir réaliser son film qui, au-delà de l'aspect documentaire qu'il comporte bel et bien, est « un polar à l'iranienne » et même un thriller social.

    A travers les péripéties d'Ebrahim (interprété avec conviction par Ali Ebdali), nous découvrons Téhéran, ville bouillonnante et tentaculaire. Une ville qui vit, vivre, palpite, bouillonne, rugit mais aussi une ville blessée, une ville qui connaît une vraie ségrégation sociale et une expansion mais aussi une pauvreté grandissantes et les trafics en tous genres, c'est pourquoi le titre iranien est « Tehroun », le nom argotique et populaire de Téhéran. C'est en effet le visage sombre de Téhéran qu'il nous dévoile ici et à travers elle le portrait sans concessions de la société iranienne, une société qui ne croit plus en rien, corrompue par l'argent. Ebrahim lui-même change, la pauvreté le contraint à l'aliénation et même sa femme dit ne plus le reconnaître. Nader T.Homayoun nous fait découvrir une ville où règle le cynisme et où tout est en effet bon pour « faire de l'argent » : prostitution, vol et  vente d'enfants, vente de drogue,  prêt islamique détourné de sa fonction initiale, voleurs se faisant passer pour des pasdaran et débarquant dans des fêtes (interdites)...

    Difficile de dissocier ce film de ses conditions de tournage qui en épouse d'ailleurs le sentiment d'urgence : tourné en 18 jours sans autorisation. D'après son réalisateur, « il est impossible qu'il soit distribué en Iran pour l'instant. » Tourné à la fin du premier mandat d'Ahmadinejad il montre que la répression et la rigueur s'accompagnent d'une véritable impunité. Contrairement aux « Chats persans », les forces de l'ordre ne sont jamais montrées mais, invisibles, elles n'en sont que plus présentes, ce nouveau et sombre  visage de Téhéran en étant la conséquence.

    Là où « Les chats persans »  laissait entrevoir une lueur d'espoir « Téhéran » montre un peuple désenchanté qui, à l'image de la dernière scène,  suffoque et meurt, et ne parvient pour l'instant qu'à retarder de quelques jours cette inéluctable issue. Un premier film particulièrement réussi, autant un thriller qu'un documentaire sur une ville et un pays qui étouffent et souffrent. Un cri de révolte salutaire, une nouvelle fenêtre ouverte sur un pays oppressé.

  • Avant-première – Critique d’ « Alice au pays des merveilles » de Tim Burton

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    © Walt Disney Pictures
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    Il y a quelques jours je vous proposais mes vidéos de Tim Burton lors de l'avant-première Allociné de son dernier film ainsi que celle  de l'avant-première officielle parisienne.  Ne manquait plus que la critique...

    Dans le film de Tim Burton, l'héroïne créée par Lewis Carroll, Alice (Mia Wasikowska), a désormais 19 ans et doit épouser un noble londonien au physique et à l'intelligence ingrats. Alors que ce dernier vient de la demander en mariage, Alice retourne dans le monde fantastique qu'elle a connu enfant. Elle y retrouve ses amis le Lapin Blanc, Bonnet Blanc et Blanc Bonnet, le Loir, la Chenille, le Chat du Cheshire et, bien entendu, le Chapelier Fou. Alice s'embarque alors dans une aventure extraordinaire où elle accomplira son destin : mettre fin au règne de terreur de la Reine Rouge (Helena Bonham Carter) pour que sa sœur la Reine Blanche (Anne Hathaway) puisse (re)prendre sa place.

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    Si, dès les premières minutes dans « Underland » cette Alice au pays des merveilles a agi comme une Madeleine de Proust me replongeant dans mes lectures enfantines, Tim Burton, comme toujours, a su leur donner une lecture plus adulte, celle du parcours initiatique d'une jeune femme qui prend son destin en main, affronte ses rêves et cauchemars et part en quête d'elle-même.

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    Si le scénario manque parfois de rythme et de mordant, et si Tim Burton nous a habitués à davantage de noirceur, émane néanmoins de cet « Underland » la féérie sombre caractéristique du cinéaste et un humour noir et caustique réjouissant. Comme toujours il laisse libre cours à son audace échevelée et à sa créativité débridée, tout en restant fidèle à l'univers de Lewis Carroll, l'étrangeté fantaisiste de ce dernier s'accordant parfaitement à celle de Tim Burton. Le « Alice au pays des merveilles » de Tim Burton est ainsi une adaptation libre des deux livres de Lewis Carroll, le livre éponyme et sa suite « De l'autre côté du miroir ». Même les personnages censés être plus lumineux ne sont pas épargnés par la folie comme la très maniérée reine blanche qui évolue dans un « Underland » peuplé d'êtres à la beauté diaphane (comme celle d'Alice ou la sienne) ou étrange. Un univers d'une profondeur et une richesse visuelles, presque picturales, qui porte l'inimitable marque de Tim Burton.

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    La 3D  censée être immersive a pour moi davantage crée une distance. L'univers de Tim Burton est tellement riche, foisonnant, à la fois onirique et réaliste que la 3D apparaît comme un gadget. S'il vous plait messieurs les producteurs (qui, souvent, êtes les initiateurs de ces « gadgets ») faîtes un peu confiance à l'imagination du spectateur et à celle de vos cinéastes...

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    Pour sa septième collaboration avec Tim Burton, Johnny Depp s'est encore spectaculairement transformé et ses scènes avec Alice donnent lieu aux meilleurs moments du film, empreints de la beauté ambigüe et de la folie attendrissante du Chapelier qu'il incarne magistralement.

    Même si «Alice au pays des merveilles » n'a pas la complexité et la féérie ensorcelante d'un « Edward aux mains d'argent » ou même des « Noces funèbres » avec ce nouveau film, Tim Burton parvient une nouvelle fois à transcender la réalité, à nous embarquer dans son univers si singulier et à nous faire croire aux rêves impossibles.

     Et cette Alice, malgré les quelques années et la réalité qui nous séparent, avec son imagination débordante et ses défis impossibles qu'elle se fixe chaque matin, est finalement loin de m'être étrangère. Tim Burton n'a ainsi pas son pareil pour célébrer l'inestimable pouvoir de l'imagination, pour nous faire croire à la réalité et la réalisation des rêves impossibles  et pour donner à nos rêves d'enfant des résonances adultes...  Bref, n'attendez plus, accompagnez Alice dans le pays merveilleux de Tim Burton !

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  • Avant-première- Critique de « Sans laisser de traces » de Grégoire Vigneron

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    A bientôt 40 ans, Etienne (Benoît Magimel), est sur le point de prendre la présidence de son groupe. Il veut soulager sa conscience d'une injustice qu'il a commise au début de sa carrière et qui, précisément, l'a lancé. Convaincu par un ami de jeunesse qu'il retrouve par hasard, Patrick (François-Xavier Demaison), il se rend chez l'homme qu'il a lésé à l'époque pour le dédommager. L'homme se met en colère et Patrick le tue pour « défendre Etienne ». Etienne tente de reprendre le cours de sa vie mais cette mort l'obsède, sans compter que pendant ce temps, il essaie d'avoir un enfant avec sa femme, qu'un Américain essaie de prendre sa place, et que sa belle-mère est la rigidité incarnée...

    Grégoire Vigneron écrit des scénarii depuis 7 ans avec Laurent Tirard (Molière, Prête-moi ta main, Le Petit Nicolas). Cette fois, ils ont inversé les rôles et Laurent Tirard est devenu coscénariste pour cette première réalisation de Grégoire Vigneron.

    Voilà un film qui présentait tous les ingrédients d'un palpitant thriller : une introduction prometteuse avec voix off de rigueur, un personnage principal enserré dans ses remords, un engrenage inextricable, un ami « qui vous veut du bien » et pas seulement, une quête de rédemption et de bonheur contrariée par le destin... Et, d'ailleurs, au début, cela fonctionne parfaitement. La tension monte. On attend l'inéluctable point de non-retour, que l'étau se resserre irrémédiablement, mais malheureusement Grégoire Vigneron, peut-être par peur d'oser le thriller sans concessions (à la comédie), instille soudain des éléments de comédie qui font brusquement retomber la tension. Alors que le personnage de Patrick révélait un manipulateur derrière son apparente bonhomie, les deux scénaristes ont choisi d'en faire une sorte d'être indéfinissable dont on ne sait jamais s'il agit par inconscience ou machiavélisme. Idée scénaristique intéressante qui, malheureusement, ne fonctionne pas à l'écran, une scène dans une chambre d'hôtel totalement caricaturale cassant définitivement le rythme.

    La relation entre les deux amis promettait pourtant d'être intéressante entre celui qui a réussi son ascension sociale et celui qui l'a connu avant, avant les faux-semblants aussi. Leur rencontre est d'ailleurs très emblématique de ce rapport de force.

     Les failles scénaristiques apparaissent alors d'autant plus flagrantes : Etienne qui va voir juste devant l'inspecteur chargé de l'enquête la fille de la victime le jour de l'enterrement cette dernière, la belle-mère conservatrice et bornée...et stupide, les parents pauvres avec le fils qui prend bien soin de saucer son contenu de son assiette, l'Américain au physique de playboy dont on pense qu'il veut reprendre l'entreprise familiale mais qui est en fait « in love », la velléité d'Etienne en contradiction avec son poste de chef d'entreprise. 

    C'est d'autant plus dommage que la réalisation, plutôt habile pour un premier film, reflétait intelligemment la froideur clinique de l'environnement dans lequel évolue Etienne (même si je n'ai jamais vu un bureau d'entreprise avec aussi peu de papiers et de désordre, mais nous dirons que cela participe de cette volonté de froideur), de son loft glacial avec vue panoramique à son entreprise aux lignes tout aussi géométriques et aussi rigides que sa belle-mère. L'idée de cette équation de la réussite sociale « talent, chance, travail », mais aussi celle de la quête de rédemption, du sentiment d'imposture et du remords obsessionnel était également intéressante malheureusement gâchée par cette peur (ou cette volonté délibérée) de la noirceur et du thriller assumé que le début, si prometteur, nous laissait présager. C'est dommage enfin pour les acteurs : Benoît Magimel tout en retenue voire neutralité mais toujours aussi convaincant, Julie Gayet en épouse  et FLéa Seydoux en fille de victime beaucoup moins fragile et innocente qu'il n'y paraît. Un film qui s'achève sans nous laisser de traces, si ce n'est celle de la déception devant une si belle idée inaboutie.

    Si vous voulez voir un film sur un engrenage implacable et sur les vicissitudes de la chance, je vous recommande plutôt le chef d'œuvre suivant:

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    Sortie en salles de « Sans laisser de traces » : le 10 mars 2010 (le même jour sort en salles "La Rafle" de Rose Bosch dont vous pouvez lire ma critique en cliquant ici).

     

  • Avant-première- Critique de « Bus Palladium » de Christopher Thompson

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    Alors qu'il a toujours baigné dans l'univers cinématographique, entre son grand-père Gérard Oury et sa mère Danièle Thompson (avec laquelle il a coécrit plusieurs scénarii), Christopher Thompson a attendu d'avoir presque quarante ans pour passer derrière la caméra. Un premier film est souvent le plus personnel, celui qui porte le plus l'empreinte de son réalisateur. Christopher Thompson, lui, a choisi de nous parler de musique et d'amitié à travers une bande de jeunes musiciens...

    Lucas, (Marc-André Grondin), Manu (Arthur Dupont), Philippe (Abraham Belaga), Jacob (Jules Pelissier) et Mario (François Civil) s'aiment depuis l'enfance. Ils ont du talent et de l'espoir. Ils rêvent de musique et de gloire. Leur groupe de rock, LUST, connaît un succès grandissant, mais les aspirations de chacun rendent incertain leur avenir commun. L'arrivée de Laura (Elisa Sednaoui) dans leur vie va bousculer un peu plus ce fragile équilibre.

    Cela débute sur le sublime air de « Let it loose » des Stones et pour moi c'était déjà une bonne raison d'aimer ce film ( vous saurez désormais comment me corrompre... : -)). Et ensuite ? Ensuite, « Bus Palladium » pâtit un peu de cette brillante référence avant de nous embarquer dans sa propre musique. Plus lisse, plus douce mais non dénuée de rugosité et d'amertume. Christopher Thompson fait commencer son film dans un joyeux désordre imprégné de l'enthousiasme de ce groupe qui débute. Puis, des personnages se distinguent : Lucas et Manu surtout, définis autant par l'amitié qui les lie que par leur rapport à leurs mères. La mère de Lucas est psy, réfléchie et compréhensive. Celle de Manu est très jeune, hôtesse de l'air, elle est indépendante, libre, et vit avec son fils comme avec un colocataire, dans un incessant tourbillon. Le premier est aussi équilibré que le second vit sur le fil et en déséquilibre. Et c'est là la grande force de ce premier film qui nous en fait dépasser les faiblesses : le caractère attachant de ses personnages dont Christopher Thompson (et Thierry Klifa, son coscénariste) brosse subtilement les portraits, à travers leurs relations avec leurs parents (mère dans le cas des deux précités ou grand-mère dans le cas de Babcia la grand-mère de Jacob qui ne parle que Yiddish.) Il sait singulariser ses personnages, les distinguer, nous les rendre familiers, particulièrement aidé en cela par trois acteurs exceptionnels. D'abord, la découverte Arthur Dupont qui interprète l'écorché vif Manu qui joue la comédie avec un air de Romain Duris et chante avec la voix de De Palmas. Ensuite Marc-André Grondin qui de nouveau en est au « premier jour du reste de sa vie ». et Elisa Sednaoui, séductrice et forte avec juste ce qu'il faut de fragilité qui affleure.

    Ces trois-là nous valent de suivre le film avec intérêt, leurs relations parfois troubles, surtout fortes, leur douloureux et définitif adieu à l'adolescence et le cruel renoncement à leurs rêves. Dommage alors que le reste soit si peu « rock », si peu à l'image du nom du groupe « Lust » (qui signifie luxure), que tout semble tellement lisse, que le Bus Palladium et certains personnages (au contraire de ces trois-là qui en ont tant) manquent  de caractère, que le film ait refusé de se situer vraiment dans une époque pour malheureusement ne pas parvenir non plus à être intemporel ( l'intrigue se déroule dans les années 80 avec des références vestimentaires des années 1970  et un vocabulaire des années 2000 « taf », « buzz » sans oublier la nourriture venant de chez Quick...).

    Malgré cela, émanent de ces trois personnages  principaux un tel charisme et une belle fragilité qu'on les quitte avec regret même s'ils nous laissent, comme Rizzo (lumineuse Naomi Greene)qui, dans le dernier plan, regarde à travers une vitre baignée de soleil, avec le bel espoir et la force d'un avenir (plus) radieux. Allez-y ne serait-ce que pour ces trois-là qui crèvent l'écran... Une première réalisation imparfaite mais attachante avec quelques beaux plans qui reflètent bien le tourbillon d'effervescence et de mélancolie mêlées de cette période charnière de leurs existences.

     

    Sortie en salles : le 17 mars 201