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AVANT-PREMIERES - Page 8

  • Avant-première – Critique de « Beginners » de Mike Mills et lancement d’Orange CineDay

    A l’occasion du lancement d’Orange Cinéday à l’hôtel Royal Monceau, avait lieu une projection en avant-première de « Beginners », le second long métrage de Mike Mills.

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    Présentation d’Orange Cinéday :

    Voilà qui devrait réjouir tous les cinéphiles … Orange Cinéday permet ainsi à tous les clients d’Orange d’inviter la personne de leur choix au cinéma. A partir du mai, Orange permettraà ses clients de partager une séance de cinéma avec la personne de leur choix. Chaque mardi, tout au long de l’année, ils bénéficieront ainsi d’une place de cinéma offerte pour une place achetée pour le même film, à la même séance, entre amis, en couple ou en famille. Pour cela, il suffira aux clients Orange de commander leur code Cinéday à partir du mercredi précédant la séance de leur choix jusqu’au mardi inclus pour une séance le jour même. Pour le client mobile Orange, il lui faudra ainsi envoyer « cine » par SMS au 20000 (sms au tarif habituel) ou de se connecter à l’application Cinéday sur un mobile Android ou iphone. Pour le client internet, il lui faudra se connecter sur www.cineday.fr . Le mardi, ils pourront se rendre dans l’un des cinémas partenaires munis de leur code et de bénéficier ainsi d’une place offerte à l’achat de leur place. Par ailleurs, depuis le site Cinéday (www.cinedat.fr) et depuis les pages Facebook d’Orange l’internaute pourra créer une carte vocale personnalisée pour inviter ses amis au cinéma, il pourra aussi participer à un jeu pour gagner des avant-premières de films réservées aux clients Orange, et répondre à des mini-sondages drôles et décalés sur l’actualité du cinéma. L’actualité cinéday sera également disponible sur le compte twitter Orange_cinema . Ce concept a été initié au Royaume Uni en 2004, « Orange Wednesdays » puis déployé dans 8 autres pays. Je vous rappelle qu’Orange est partenaire du Festival de Cannes (partenaire officiel exclusif télécoms et nouveaux médias), je vous en reparlerai prochainement sur inthemoodforcannes.com .

    Critique de « Beginners » de Mike Mills

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    « Beginners » est le second long-métrage de Mike Mills qui a surtout réalisé de nombreux clips. Il a travaillé notamment avec Moby, Yoko Ono et le groupe Air. C’est surtout une des bonnes surprises de ce début d’année.

     Oliver (Ewan McGregor), illustrateur a Los Angeles, collectionne les ex et les déceptions amoureuses. Quand son père, Hal (Christopher Plummer), tire sa révérence après avoir fait son coming-out a 75 ans et rejoint avec entrain la communauté homosexuelle, Oliver se penche sur ses relations familiales et ses échecs sentimentaux. Et il hérite d’un chien philosophe et bavard. La dépression guette. Jusqu’au jour où il rencontre Anna (Mélanie Laurent)…

    Voilà un film qui, contrairement à ce que pourrait laisser supposer son sujet, fait beaucoup de bien. Parce qu’il n’est pas dans la surenchère, pas dans l’esbroufe, pas même dans le suspense mais parce qu’il nous parle de l’essentiel avec douceur et fantaisie. Nous savons d’emblée qu’Hal a perdu son père et nous suivons son chemin pour accepter son deuil (par des flashbacks, il revit les derniers jours de ce dernier tandis qu’évolue son histoire avec Anna), se délester du poids du passé sans pourtant le (re)nier (ainsi Oliver ne se sépare jamais du chien de Hal, élément à la fois de comédie puisque ce chien «lui  parle » mais aussi constante réminiscence du père et de son absence si présente).

     Alors que cela aurait facilement pu donner un film plombant sur le poids du père et du passé, sur l’acceptation du deuil, Mike Mills parvient à y instiller de la poésie et de la légèreté et c’est là la marque d’un grand talent que de, nous aussi, nous confronter aux drames de l’existence et peu à peu nous embarquer vers la lumière.

     Le père c’est donc celui d’Oliver, Hal (fantastique Christopher Plummer), un père décédé mais si présent et celui d’Anna qui n’est qu’une présence encombrante, que rappelle une sonnerie de téléphone. Hal, condamné et qui vit dans l’instant, et celui d’Anna bien vivant et qui ne songe qu’à mourir. Tous les deux vont devoir affronter ce passé, ces pères très différemment omniprésents, et se délester du poids du père pour aller vers l’avenir. Leur rencontre est déjà tout un programme et à l’image du film, en apparence burlesque mais finalement très profonde, mélancolique et poétique : lui déguisé en Freud et elle en sorte de Charlot, personnage burlesque muet lui posant des questions  par écrit et devinant sa tristesse qui affleure, parce que, sans doute, faisant écho à la sienne.

    Le caractère personnel de l’histoire  (Inspiré de faits réels, le père de Mike Mills a ainsi annoncé son homosexualité à 75 ans, 5 ans avant sa mort) fait sans doute qu’il a trouvé ce ton juste, touchant, drôle, tendre, lucide et surtout jamais larmoyant. Ce sont aussi le portrait d’une génération qui, certes n’a pas vécu les drames de l’Histoire, mais doit faire avec les blessures des parents qui les ont affrontés ou au contraire en ont refoulé le douloureux souvenir, des blessures (re)léguées,  une génération qui a hérité de la mélancolie, et la difficulté de vivre sa propre histoire.

    La véritable alchimie entre Ewan McGregor et Mélanie Laurent contribue à ce que jamais l’attention (et la tension) ne se relâche  et surtout Mélanie Laurent ne cesse de s’améliorer et est parfaite dans ce personnage en apparence si solaire étreint par la mélancolie.  Un rôle qui lui va à merveille, de même que celui qu’elle incarne dans « Et soudain tout le monde le manque ». Réalisatrice, chanteuse, actrice et accessoirement maîtresse de cérémonie du 64ème Festival de Cannes, quoiqu’en disent ses détracteurs, elle mène sa carrière avec courage, détermination, déjà une belle forme de talent. En tout cas une artiste à part entière. Ce « petit » film est un concentré de pudeur, de tendresse, de fantaisie, de burlesque et surtout un grand et bel hymne à la vie…

    Un film à l’image de la vie et qui donne surtout envie de la croquer à pleine dents, de se dire qu’aujourd’hui n’est que le premier jour du reste de notre vie. A voir.

    Date de sortie : 15 juin 2011

     

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  • Avant-première - Critique d’« Animal kingdom » de David Michôd

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    Vous l’aurez peut-être remarqué, ces derniers temps, j’ai publié moins de critiques de films à l’affiche sur inthemoodforcinema.com, d’abord faute de coups de cœur cinématographiques sur lesquels j’ai décidé, plus que jamais, de me concentrer mais aussi parce que je me consacre désormais surtout à mon blog In the mood for Cannes afin qu’il soit le plus exhaustif possible et afin de  vous permettre de suivre ce 64ème Festival de Cannes le mieux possible, que vous y soyez ou non.

    J’avais néanmoins très envie de vous parler d’un premier film australien qui sort en salles mercredi prochain et qui a reçu le grand prix du jury au Festival de Sundance 2010 et le prix de la critique internationale au Festival de Beaune 2010 (ce qui confirme d’ailleurs la qualité de la sélection de ce festival et mon envie d’y faire un tour l’année prochaine).

    Direction l’Australie donc, plus précisément Melbourne, là où vit la famille Cody, criminelle de son état. Josh, (James Frecheville) un neveu éloigné, vient de perdre sa mère d’une overdose. Il va aller vivre chez les Cody  avec qui sa mère avait coupé les liens et qu’il ne connaît pas.

    Cette première scène nous plonge d’emblée dans l’atmosphère du film. Josh, en apparence impassible, regarde la télévision tandis que sa mère, morte d’une overdose, git à ses côtés. Il va alors se retrouver parmi ses oncles Pope (Ben Mendelsohn), Craig (Sullivan Stapleton) et Darren (Luke Ford), et sa grand-mère Smurf (Jacki Weaver), animal égaré parmi ces prédateurs dont la grand-mère est la reine incontestée.

    James Frecheville, dans ce qui est son premier rôle, campe un adolescent maladroit, velléitaire, peu loquace, à l’apparence d’un homme et au regard d’enfant,  qui va se retrouver plongé dans un cercle infernal. Il devra choisir son camp. Sortir de la violence, de ce cercle infernal justement, en aidant la police et en trahissant sa famille. Ou défendre sa famille jusqu’au bout. A moins qu’il n’y ait une troisième voie… David Michôd fait de cet anti-héros en apparence imperturbable, presque fantomatique, un personnage aussi opaque qu’étrangement attachant, incarnant une sorte d’innocence brute.

    Vous le savez si vous suivez ce blog, j’affectionne tout particulièrement le polar et ne supporte pas qu’on le massacre comme ce fut le cas avec un film français récemment. Le scénariste et réalisateur David Michôd, fasciné par la criminalité à Melbourne, qui a porté son sujet pendant 9 ans, ne cherche heureusement pas ici à singer ses prédécesseurs mais il s’en imprègne pour nous plonger dans son propre univers, celui d’une ville de Melbourne, sous la photographie remarquable d’Adam Arkapaw, une ville en apparence ensoleillée, mais glaciale à l’image de cette famille en apparence normale mais glaçante.  La grand-mère, mélange de louve qui couve ses fils et de lionne aux griffes acérés, a une apparence chaleureuse, affable et souriante mais ne s’en révèle que plus redoutable et diabolique.

    Si, malgré cela, je n’ai pas été totalement embarquée, c’est sans doute en raison de la bande-annonce (un modèle du genre, d’une force émotionnelle redoutable) et en raison d’un synopsis officiel que j’avais eu le malheur de lire avant la projection et qui, je trouve, fait attendre un film différent, un mélange entre « Les Infiltrés » et le cinéma de James Gray (dont il n’a pas la force lyrique) créant une déception, non en raison de ce que le film lui-même serait décevant mais différent de ce à quoi la bande-annonce et le synopsis nous font attendre. Ils laissent également entendre une relation plus étroite entre la police et Josh. D’ailleurs, dommage que le personnage de Guy Pearce (qui incarne l’inspecteur Leckie) ne soit pas plus développé.

    « Animal factory » vaut néanmoins largement le détour pour sa galerie de portraits, pour son atmosphère de violence insidieuse (jamais esthétisée néanmoins, souvent brutale mais sans effusions de sang)  et sa tension latente : la menace plane, l’étau se resserre, la tragédie implacable tisse sa toile, le royaume des animaux est sauvage et sans pitié, prédateurs indomptés, indomptables mais aussi apeurés dont le roi est une reine que vous n’oublierez pas de si tôt comme la fin, certes sans surprises, mais non moins d’une suffocante et implacable évidence. Dans ce royaume-là, une vraie jungle : dévorer ou être dévoré, il semble n’y avoir d’autre choix. Allez voir ce polar désespéré (tout de même nommé 18 fois aux AFI Awards 2010, équivalent australien de nos César) largement au-dessus de la moyenne, un premier film qui laisse augurer du meilleur pour la suite. Un réalisateur à suivre.

    A suivre : un concours vous permettant de remporter 10x2 places pour découvrir « Animal kingdom » en salles.

     

  • Avant-première - Critique de « Voir la mer » de Patrice Leconte avec Pauline Lefevre, Nicolas Giraud, Clément Sibony

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    En général, les grands cinéastes se distinguent par la ressemblance de styles entre leurs différents films qui, d’une scène ou même juste d’un plan, permettent de reconnaître leurs signatures, sans aucun doute. Patrice Leconte est l’exception qui confirme à la règle, car, à l’inverse, même si on retrouve des ressemblances ou des thématiques communes dans ses différents films, ils ont surtout pour point commun de ne pas en avoir… A chaque fois, Patrice Leconte nous embarque dans un nouvel univers, dans un nouveau style. Difficile d’imaginer que c’est le même cinéaste qui a réalisé « Monsieur Hire », « Ridicule », « La Fille sur le pont » (bijou scénaristique et de mise en scène, avec sa musique et ses métaphores envoûtantes), « La Veuve de Saint-Pierre », « Dogora », des films très différents les uns des autres. Je ne cite pas ceux-là par hasard, ce sont ceux que je préfère (d’ailleurs en bonus, retrouvez ma critique de « Ridicule », ci-dessous) et j’avais aussi beaucoup aimé des films comme « Une chance sur deux », qui n’avait pas eu le succès escompté mais qui jouait avec beaucoup d’humour sur le statut de stars de ses protagonistes, ou « L’homme du train », au succès encore plus confidentiel, mais réussi. En fait, je crois que les deux seuls qui me semblent détoner dans sa filmographie et que je n’ai pas aimés  sont « Les Bronzés 3 » dans lequel les personnages étaient devenus mesquins ou vraiment médiocres et « La Guerre des Miss », peut-être le film de trop. Deux ans plus, tard, je me demandais donc bien à quoi pourrait ressembler ce nouveau film intitulé « Voir la mer ».

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    « Voir la mer », c’est d’abord l’histoire de deux frères, Clément (Clément Sibony) et Nicolas (Nicolas Giraud). Ils habitent à Montbard, en Bourgogne et,  pour les vacances d’été, ont décidé d’aller voir leur mère à Saint-Jean-de-Luz qu’ils n’ont pas vue depuis longtemps. Clément vient de se séparer de sa petite amie et Nicolas, lors d’une soirée, rencontre Prudence (Pauline Lefevre)… qu’il retrouve le lendemain matin sur son pallier. Elle, Prudence, c’est la mèrE qu’elle n’a jamais vue. Elle va les accompagner sur les routes, partant tous finalement pour (re)voir la mer(e). Nicolas d’abord réticent en voyant ce périple entre frères ainsi troublé par une troisième présence va peu à peu tomber sous son charme…

    Que pouvait donc bien faire Patrice Leconte après tant de films et après les deux derniers qui témoignaient d’une certaine lassitude ? Repartir de zéro. D’ailleurs, il signe pour la première fois le scénario seul (à l’exception du « Parfum d’Yvonne » mais qui était une adaptation de Modiano.) Faire un film qui ressemble, non pas à un 28ème film, mais à un premier. Avec ce que cela implique de légèreté, de liberté, d’insouciance, de sincérité et de touchantes maladresses. Il aurait pu choisir une grosse production, mais non, il a finalement choisi ce qui réclamait le plus d’audace, un film simple avec trois acteurs principaux dont une actrice qui fait ses débuts au cinéma.

    De ce synopsis, il aurait pu tirer une histoire de jalousie, de rancœur, de cynisme sur les désillusions de l’existence, sur la duplicité. Il a choisi tout le contraire. Une parenthèse enchantée, hors du temps, hors de la réalité, cette réalité, dans laquelle, normalement, il faut choisir et transiger.  Prudence ne choisira pas entre Jules et Jim, pardon, Clément et Nicolas. Clément et Nicolas ne se déchireront pas, rongés par la jalousie et l’aigreur. Non. Dans leur motor-home d’occasion, ils vont simplement faire la route tous les trois, au gré de leurs envies, de leurs désirs. Désirs de liberté et désirs amoureux. La caméra de Patrice Leconte caresse l’épaule, les cheveux, le visage de Prudence, empreinte du regard ensorcelé des deux frères. C’est avant tout le film de la légèreté. Pas au sens péjoratif. Mais au sens d’insouciance, presque d’inconscience. Légèreté technique aussi puisque Patrice Leconte s’est entouré d’une petite équipe (14 personnes).

    Et puis il y a la découverte. Prudence, qui est d’ailleurs tout le contraire de son prénom, cette fille inattendue », attachante, libre, franche, une « femme aux cheveux courts », qui est « ce qui leur est arrivé de mieux dans la vie » incarnée par Pauline Lefevre, l’ex miss Météo de Canal + qui fait ses premiers pas au cinéma et qui apporte au film son indéniable charme lumineux, et sa justesse. Elle rappelle un peu le personnage de « La Fille sur le pont » qui portait elle aussi un prénom tout aussi charmant qu’improbable, Adèle. Là aussi un road movie. Un film sur la chance (mais là aussi finalement, la chance de la bonne rencontre) et sur le cirque que rappelle parfois aussi la musique de « Voir la mer », une bo d’ailleurs très réussie.

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     Les deux garçons eux aussi sont pleins de charme : Nicolas qui ne semble pas encore totalement sorti de l’enfance, avec son regard enfantin, naïf, avec ses tshirts d’adolescent, Clément, d’abord plus méfiant vis-à-vis de Prudence car un peu blessé par la vie. Seul le personnage de Max (l’ex jaloux –un peu trop- grandiloquent de Prudence) incarné par Gilles Cohen vient troubler cette quiétude et apporter une note dissonante, entièrement assumée par une musique de cirque.

    Encore une fois, Patrice Leconte a décidé de ne pas tenir compte des critiques (et il a bien raison !), de faire comme ses personnages, (ou plutôt ses personnages reflètent-ils sont état d’esprit ou ce que à quoi il aspire) qui suivent leurs envies sans se soucier du regard des autres ou du lendemain, trois grands enfants attachants que les aigris trouveront sans doute « naïfs ». Tant pis pour eux. C’est cela aussi le cinéma, nous donner à voir des personnages autres, presque « irréels ».

    C’est néanmoins un peu exagérer que de dire que ce film a des airs de premier film car pour célébrer ainsi l’éclat et l’éternité fugace de la jeunesse, sans doute faut-il l’avoir déjà passée et en avoir éprouvé la cruelle nostalgie. C’est aussi exagérer que de dire que ses films n’ont aucune ressemblance. On retrouve cette rencontre providentielle qui change le cours d’un destin, ces êtres un peu paumés mais attachants… et une photographie comme toujours remarquable, baignée d'une lumière d'été à la fois douce et incandescente (signée ici Jean-Marie Dreujou également comme dans « La Fille sur le pont »).

    Allez voir cette parenthèse enchantée et rafraîchissante, ce road movie sentimental, solaire, tendrement sensuel, empreint d'une douce candeur, et découvrez un « premier » film plein de charme (qui fait surgir l’émotion  le temps d’un « si Maman si » ) qui nous ferait presque croire à la possibilité de « vivre au jour le jour » ou en tout cas nous en donnerait envie; un jeune cinéaste dont on ne peut croire que le titre de son livre « J’arrête le cinéma » reflète réellement ce qu’il désire. Ce serait bien dommage qu’il s’arrête là. Sa (nouvelle) carrière ne fait que commencer. Vivement le second film  (déjà tourné : « Le magasin des suicides » dont la date de sortie n’est pas encore fixée) de ce jeune cinéaste, libre et insouciant, et qui nous donne envie de l’être, ou de voir la mer et la mère peut-être simplement,…et dans une époque où le cinéma se complait parfois un peu trop dans la morosité, le réalisme et le cynisme (souvent les trois en même temps, imaginez…), cela fait beaucoup de bien.

     Sortie en salles : le 4 mai 2011

    Critique de "Ridicule" de Patrice Leconte

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    1780. Le Marquis Grégoire Ponceludon de Malavoy (Charles Berling),  issu d'une famille d'ancienne noblesse provinciale, ingénieur de formation, cherche désespérément à assécher son marécageux pays des Dombes, ravagé par une épidémie. En dernier recours, il décide de gagner Versailles pour solliciter l'aide de Louis XVI. Muni d'une lettre de recommandation, il se rend tout d'abord chez Madame de Blayac (Fanny Ardant) mais son mari qu'il était venu voir vient de décéder. Agressé sur la route non loin de Versailles, il est secouru et recueilli par le Marquis de Bellegarde (Jean Rochefort).  Ce dernier cherche d'abord à le dissuader d'aller à la cour, si frivole et impitoyable, avant de céder devant son insistance.  Là, il retrouve Madame de Blayac et fait la connaissance des courtisans et notamment de l'Abbé de Vilecourt (Bernard Giraudeau).  Dans le même temps, il rencontre Mathilde (Judith Godrèche) la savante fille du Marquis de Bellegarde qui doit épouser un vieux et riche noble...

    En sélectionnant ce film pour l'ouverture du Festival de Cannes 1996, Gilles Jacob a fait preuve d'un redoutable cynisme, certainement involontaire, tant les personnages de « Ridicule » sont d'une troublante modernité, et pourraient appartenir à des univers beaucoup plus contemporains que celui de la cour de Louis XVI, qu'ils soient médiatiques, politiques ou cinématographiques. Jusqu'où aller pour réaliser ses objectifs aussi nobles (dans les deux sens du terme) soient-ils ? Jusqu'où aller sans compromettre ses principes ni se compromettre ?

    Pour les courtisans de « Ridicule », les joutes verbales sont les cruelles, sauvages et violentes armes d'une guerre dont le ridicule est le terrible signe de reddition. L'autre n'est alors qu'un faire-valoir et qu'importe si pour briller, sauver la face, il faut l'anéantir en le ridiculisant. Pour Jean Rochefort «  C'est un western dons lequel on a remplacé les colts par des mots d'esprit ». La vive mise en scène de Patrice Leconte souligne ainsi ces échanges verbaux assénés comme des coups mortels, dégainés  sans la moindre vergogne avec pour seul souci de leurs auteurs de rester dans les bonnes grâces de la cour et du roi. Le bel esprit est alors un poison violent et vénéneux qui contamine et condamne quiconque souhaite s'en approcher. Menace constante et fatale qui plane au-dessus de chaque courtisan : le ridicule. Le langage devient l'arme de l'ambition et du paraître car « le bel esprit ouvre des portes » mais « la droiture et le bel esprit sont rarement réunis ».

    Derrière l'éclat de Versailles, derrière la blancheur à la fois virginale et cadavérique dont s'enduisent les corps et les visages se cache une cruelle noirceur, un narquois sursaut de vie,  derrière le raffinement une vulgarité indicible, un mal qui les ronge de l'intérieur comme la cour est progressivement rongée par son pathétique bel esprit, bientôt par les Lumières, une cour qui se prévaut du bel esprit de Voltaire tout en rejetant l'Esprit des Lumières qui lui sera fatal. C'est le crépuscule d'une époque annonciatrice de la Révolution. La cour parade et brille de toute sa paradoxale noirceur mais le désenchantement et le déclin la guettent. Epoque de contradictions entre les Lumières et ses découvertes scientifiques et un monde qui périclite. Portrait d'un monde qui se sait déclinant et refuse pourtant de mourir. A tout prix. Madame de Blayac incarne la conscience de ce déclin qu'elle tente de masquer par une cruauté désenchantée consciente de ses vanités et de sa vanité.

    Les savoureux et cruels dialogues, ces jeux dangereux voire mortels font penser au cynisme des « Liaisons dangereuses » de Choderlos de Laclos ou aux bons mots de Guitry. Le scénario est ainsi signé Rémi Waterhouse et inspiré des écrits de la Comtesse de Boigne.

    De twitter et ses phrases lapidaires avec lesquelles certains se réjouissent de faire preuve d'un pseudo bel esprit a fortiori si c'est au détriment d'autrui, des critiques cinématographiques (qui ont d'ailleurs tellement et injustement malmené Patrice Leconte) qui cherchent à briller en noircissant des pages blanches de leur fiel, des couloirs de chaînes de télévision dont l'audience justifie toute concession à la morale et parfois la dignité, de la Roche de Solutré hier à la Lanterne de Versailles aujourd'hui, de ces comiques ravis de ternir une réputation d'un mot cruel, prêts à tuer pour et avec un bon mot pour voir une lueur d'intérêt dans les yeux de leur public roi, que ne ferait-on pas pour briller dans le regard  du pouvoir ou d'un public, fut-ce en portant une estocade lâche, vile et parfois fatale. L'attrait du pouvoir et des lumières (médiatiques, rien à voir avec celles du XVIIIème) est toujours aussi intense, l'esprit de cour bel et bien là, bien que celle de Versailles ait été officiellement déchu il y a plus de deux siècles.

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    Le choix des comédiens principaux est aussi pour beaucoup dans cette réussite de Jean Rochefort, partagé entre ces deux mondes, à Charles Berling dont c'est ici le premier grand rôle qui y apporte son prompt et fougueux esprit, à Bernard Giraudeau, baroque et pathétique au nom si parlant d'abbé Vilecourt, en passant par Fanny Ardant cruelle, lucide et donc malgré tout touchante sans oublier Judith Godrèche d'une attendrissante candeur et obstination.

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    Pour son premier film en costumes, à partir d'un excellent scénario, Patrice Leconte a réalisé un film d'une réjouissante modernité, à la mise en scène duale et aussi élégante que les courtisans qui traversent son film sont inélégants, un film mordant aussi cruel que raffiné qui  s'achève en faisant tomber les masques de la cour et triompher les Lumières. Alors laissez-vous aller au plaisir coupable des bout rimés,  bons mots, saillies drôlatiques et autres signes du bel esprit de cette cour de Versailles, tellement intemporelle et universelle.

  • Avant-première- « 127 heures » ou l’insupportable contre-sens et faute de goût de Danny Boyle

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    Je suis la première à m’offusquer lorsque des critiques cinéma (vous savez ces gens qui sont payés pour voir des films et se plaignent tout le temps et parlent souvent de ceux grâce à qui ils vivent avec dédain, d’accord c’est un cliché que j’ai néanmoins souvent constaté même si j’ai aussi rencontré de -plus rares- vrais passionnés, mais après tout après avoir vu un film qui justement les aligne, les clichés, je peux bien y recourir moi aussi) n’arrivent pas à l’heure aux projections presse et s’en enorgueilliraient presque (ce n’est pas une légende, record à la dernière avec un journaliste arrivé au bout d’une demi-heure, je me demande bien quel sera son article) sans parler de ceux qui partent avant la fin mais je n’étais pas à une projection presse, je ne suis pas journaliste et ne me considère pas comme telle et puis surtout pour que je parte avant la fin d’un film, ce qui m’arrive très rarement, il faut vraiment que cela me devienne physiquement insupportable (comme ce fut le cas en l’espèce) car même si je trouve ça très mauvais, je me dis toujours que la fin explicitera ce que j’ai trouvé de si mauvais. Ainsi, même un excellent film comme « Black swan » de Darren Aronofsky, pour l’instant selon moi le meilleur film de l’année, ne pourrait être considéré comme tel sans ses dix dernières minutes. Bref, ce qui est ci-dessous n’est pas une critique, juste les impressions que m’a laissées le film dont j’avoue humblement n’avoir pu voir le dernier quart d’heure.

    127 heures, c’est donc nouveau film de Danny Boyle après le multi-oscarisé « Slumdog millionaire ».  127 heures c’est l’adaptation du roman intitulé « Plus fort qu’un rock » l’histoire (vraie) d’un alpiniste expérimenté, Aron Ralston (James Franco), parti pour une randonnée en solitaire dans les gorges de l’Utah qui se retrouve bloqué au fond d’un canyon isolé le bras bloqué par un rocher.

    127 heures, c’est un peu l’anti « Gerry » de Gus Van Sant qui faisait confiance à l’imaginaire, à la curiosité, à l’intellect du spectateur. 127 heures, c’est aussi tout ce que je déteste au cinéma : la poudre aux yeux qui débute dès le générique avec un split screen et une musique insupportable. Le spectateur est pris par la main, ébloui, hypnotisé dès le générique. Surtout qu’il ne s’ennuie pas, que ses regards et ses pensées et ses impressions lui soient dictés. Quels paradoxe et faute de goût pour nous raconter le calvaire d’un homme qui justement  a dû l’éprouver, physiquement et moralement, cet écoulement du temps. Elément essentiel d’ailleurs que cet écoulement du temps puisqu’il se retrouve dans le titre et que le slogan du film est « chaque seconde compte ». Crainte obsessionnelle de l’ennui ? Symptôme d’une époque qui se soucie plus d’immédiateté et de communication que de réflexion ?

     En tout cas, pour que le spectateur ne s’ennuie pas Danny Boyle n’économise pas les artifices et  moyens : il varie les plans, les cadrages, les caméras, use et abuse du flash-back (l’enfance, l’amour, les regrets en quelques secondes comme un  twitt, exagéré, simpliste et caricatural), d’un aspect clippesque insupportable là aussi en contradiction totale avec le sujet puisque cet homme se retrouve face à l’essentiel alors que la forme n’est qu’artifice.

    Heureusement il y a ces paysages idylliques qui s’avèreront diaboliques et la très courte apparition de Clémence Poésy qui illumine l’écran.

    Le jeu de James Franco est outrancier et donne constamment l’impression d’agir en fonction du spectateur (même lorsqu’il éteint sa caméra), un comble pour un homme face à la solitude.

     Ne parlons pas de la bo sans doute très réussie pour une soirée au Baron mais beaucoup moins pour accompagner un homme face à lui-même.

    Si je ne suis pas restée jusqu’à la fin, c’est parce que cela m’était physiquement insupportable. Au moins ne suis-je pas totalement anesthésiée, insensible à la violence. Sans doute me direz-vous que c’est une réussite que d’avoir donné cette impression de claustrophobie mais la vraie réussite aurait quand même été que malgré cela, je reste jusqu’à la fin, ce qui fut le cas dans « Buried » par exemple (auquel je reprochais d’autres défauts mais qui, au moins,  faisait confiance au spectateur et à son sujet).

    127 hours (à l’exception de son dernier ¼ d’heure alors peut-être puisque je ne peux en juger mais j’en doute ?), dans sa forme, est une faute de goût, un contresens, un film bourré d’artifices et d’effets inutiles et même hors sujet qui vise l’efficacité et non le sens alors que justement  son (anti)héros en est en quête. Une hallucination  vaine, un effet de style prétentieux, épuisant et agaçant. Vous voilà prévenus. Sortie en salles le 23 février.

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