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  • Jury et programme du 61ème Festival International du Film de Berlin (Berlinale 2011)

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    La Berlinale 2011 aura lieu du 10 au 20 février. Le jury sera présidé par Isabella Rossellini. A ses côtés:  la productrice australienne Jan Chapman, l'actrice allemande Nina Hoss, la costumière Sandy Powell, le cinéaste iranien Jafar Panahi ( interdit de quitter le territoire iranien, en signe de solidarité, son film "Offside" sera d'ailleurs présenté le 11 février, jour  anniversaire de la révolution iranienne ),la star de Bollywood Aamir Khan et le réalisateur canadien Guy Maddin.

    C'est le nouveau film des frères Coen "True Grit" qui fera l'ouverture.

    Sélection officielle:

    Almanya, de Yasemin Samdereli avec Vedat Erincin, Fahri Yardin, Aylin Tezel,Lilay Huser, Demet Gül sera projeté en première mondiale ( hors competition)


    Bizim Büyük Çaresizliğimiz (Our Grand Despair),de Seyfi Teoman sera présenté -  première mondiale.

    Cave of forgotten dreams (documentaire en 3D de Werner Herzog)

    Les Contes de la nuit, film d’animation français en 3D de Michel Ocelot sera présenté -  première mondiale.

    Coriolanus, premier film de Ralph Fiennes (hors compétition).

    The Future, de Miranda July - première -

    Nader And Simin, A Separation de Asghar Farhadi -première-

    Les Femmes du 6ème étage de Philippe Le Guay - première - (hors compétition)

    The Forgiveness Of Blood de Joshua Marston (Maria Full of Grace)  -première -

    Lipstikka de Jonathan Sagall -première-

    La Maladie du sommeil de Ulrich Köhler -première-

    Margin Call de JC Chandor -première-

    Mein bester Feind (My Best Enemy) de Wolfgang Murnberger- première- (hors compétition)

    El Premio (The Prize)  de Paula Markovitch -première-

    Saranghanda, Saranghaji Anneunda (Come Rain Come Shine)de Lee Yoon-ki -première-

    Pina de Wim Wenders sera présenté-première- (hors compétition)

    The Turin Horse de Béla Tarr -première-

    Un Mundo Misterioso (A Mysterious World) de Rodrigo Moreno -première-

    Unknown de Jaume Collet-Serra -première- (hors competition)

    V Subbotu (Innocent Saturday) de Alexander Mindadze -première-

    Wer wenn nicht wir (If not us, who?) de Andres Veiel - première-

    Yelling To The Sky de Victoria Mahoney première -

     Site officiel de la Berlinale: http://www.berlinale.de/

  • Jury du millénaire, ma sélection : pour ne pas oublier que le temps presse

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    jury78.jpg Vous le savez (peut-être) : j’ai souvent fait partie de jurys de festivals de cinéma (11 pour être exacte), c’est même ce qui m’a amenée à créer ce blog, il y a 7 ans déjà. Pas pour le plaisir de juger car, vous l’aurez remarqué, je ne mets délibérément jamais de notes aux films sur ce blog mais, outre les aventures trépidantes et enrichissantes auxquelles cela a donné lieu, pour le plaisir de découvrir des pépites cinématographiques dont certaines, malheureusement, sont restées totalement méconnues.

     Cette fois, c’est différent, puisqu’il s’agit d’un jury d’un festival d’un genre un peu différent et pour lequel cette fois je n'ai pas été sélectionnée par concours d'écriture puisqu'il suffit d'être blogueur pour participer (le jury de blogueurs deviendrait-il à la mode après celui de Paris Cinéma , le premier de ce genre auquel j'ai participé, en juillet dernier?), un genre un peu différent donc dont l’objectif est non moins noble puisqu’il s’agit de rappeler que le temps presse. Ainsi, en 2000, 191 gouvernements se sont engagés pour réduire la pauvreté dans le monde. En 2009, 8 réalisateurs se sont mobilisés avec l’œuvre collective « 8 » qui réunissait 8 courts-métrages de grands cinéastes : Abderrahmane Sissako, Jan Kounen, Gus Van Sant, Gael Garcia Bernal, Gaspar Noe, Wim Wenders, Mira Nair et Jane Campion. L’objectif étant de défendre les 8 objectifs du Millénaire pour le Développement que sont : la pauvreté, la santé maternelle, la mortalité infantile, l’éducation, le VIH, le développement, l’égalité, l’environnement.

     

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     Cette année ce sont des réalisateurs amateurs qui se sont attelés au sujet. Des réalisateurs venant de 18 pays différents. Sur les 300 courts-métrages envoyés 16 ont été retenus et tous sont liés à une ONG. C’est parmi ceux-ci que seront remis les différents prix et notamment le prix des blogueurs qui sera attribué au lauréat le 26 janvier prochain.  C’est chez Danone Communities , partenaire de l'opération,  que j’étais conviée par Ulike.net à regarder ces courts-métrages mais n’étant pas disponible ce soir-là, c’est sur internet que je me suis rattrapée, regardant même certains films plusieurs fois pour finalement parvenir à les départager. Vous pouvez d’ailleurs en faire de même sur la chaîne youtube "Le temps presse".

    Une sélection de festival, c’est toujours un voyage instructif  et celui-ci ne déroge pas à la règle. Un voyage dans les blessures et les plaies de notre millénaire, des plaies béantes qui ne cessent de s’agrandir et sur lesquelles il est plus qu’urgent d’agir et d’alerter l’opinion. Je n’ai jamais douté des pouvoirs du cinéma et il prouve ici une nouvelle fois à quel point c’est une arme à la fois pacifique et combattive, à quel point un film peut-être être plus bouleversant et convaincant qu’un long discours.

      Pour moi six films se sont nettement dégagés et le choix était d’autant plus cornélien que, bien évidemment, aucun sujet n’est supérieur à un autre. C’est donc la qualité cinématographique qui l’a emporté qui d’ailleurs pour ces trois films allait de paire avec la force du message, c’est aussi la raison pour laquelle j’ai choisi des films très différents même si cela a été un vrai crève-cœur d’évincer les trois autres films avec lesquels j’hésitais.

    Liens internet : Site "le temps presse"/ chaîne youtube/ page facebook "le temps presse" / page Facebook du jury du millénaire/ Danone Communities

    1. « Amal »  de Ali Benkirane

     Si le choix des 3 films a été difficile, en revanche pour moi la première place était une évidence. Cela commence par une fenêtre qui s’ouvre. Cela s’achève par une bougie qui s’éteint. Entre les deux, une vie sacrifiée, celle d’une petite fille qui rêvait d’être médecin mais qui doit rester chez elle pour travailler et se trouver un mari. Dès les premiers plans, j’ai été happée par la richesse de la réalisation, de la narration,  du jeu, de la technique (qualité du son…) mais surtout par la beauté picturale absolument sidérante (et même la composition photographique des plans) qui tantôt rappelle un Rembrandt, tantôt rappelle un Monet, toute la beauté du monde à laquelle l’éducation permet d’accéder et à laquelle cette petite fille va devoir renoncer. La fenêtre qui s’ouvre au début, c’est l’océan de rêves et de possibles qu’elle croit avoir devant elle. La bougie qui s’éteint, c’est cette flamme et ce rêve qui l’animaient à jamais plongés dans l’obscurité. Cette scène où on lui apprend qu’elle va devoir cesser d’aller à l’école, avec un gros plan sur  son visage qui passe de la joie à la détresse, de l’espoir au désespoir, est absolument bouleversante. Le cadre et ses mains enserrent son visage, métaphore de la prison dans laquelle est enfermé son avenir. A ce plan succède celui d’un ciel en feu, cruellement beau, comme ce rêve qui brûle et s’éloigne. Un court-métrage poétiquement cruel et bouleversant, douloureux et poétique, d’une beauté visuelle poignante,  qui sonne constamment juste mais surtout qui est un plaidoyer pour la plus belle arme de la liberté et de la paix : l’éducation. Pour que jamais plus personne ne puisse dire « à quoi cela va lui servir tout ça ? ». Une belle leçon aussi quand dans certaines sociétés certains n’aspirent qu’à être sous les feux des projecteurs quand d’autres désirent ardemment avoir la liberté de pouvoir apprendre des métiers essentiels, dans l’ombre. Un vrai regard de cinéaste que celui d’Ali Benkirane que j’espère voir à l’avenir posé sur de nombreuses autres histoires et sujets !

     2.« I téliya » de Fatou Diarra

    Sans doute le court-métrage qui illustre le mieux le thème « Le temps presse », dans toute sa tragique ironie. L’idée judicieuse a été de diviser le film en deux parties. La première, à Paris, où un avocat visiblement très stressé met beaucoup d’énergie à défendre des dossiers obscurs dans un cabinet d’avocats aussi gris, terne, désincarné que ceux qui l’occupent. Il travaille là avec une femme qui est apparemment sa compagne et qui, pour sa semaine de congés impromptue, décide de l’emmener au Mali, dans un dispensaire. Un Mali coloré, vivant et qui se meurt. Un dispensaire que nous ne verrons pas mais dont nous verrons le trajet qui y mène dans un bus chaotique où sur les visages s’écrivent les drames et toute l’horreur de la mortalité infantile. Une mortalité qui lui explose là en pleine face, sans cri, en silence, en douleurs, le temps d’un trajet qui voit une vie s’éteindre. Quel contraste entre ces deux mondes qui s’épuisent dans la même urgence rageuse. Le premier souvent pour des raisons fallacieuses. Le second pour des raisons vitales.  Qui plus que tout autre a besoin d’un avocat, un avocat qui reprend la parole pour nous livrer un vibrant plaidoyer dramatiquement réel et qui nous glace le sang, un avocat qui prend conscience de cet autre monde prisonnier de sa lenteur et sa tragédie mais où le temps presse, vraiment et tragiquement, un autre monde mais qui est aussi le nôtre, celui où des millions d’enfants meurent… Un court-métrage bouleversant qui prend le temps de nous faire éprouver que le temps presse à nous qui somme toujours pressés et si souvent aveugles, bavards et si souvent sourds à la détresse du monde.

     3.« Titanic » de J.B Nicolas et F.Tapiro

     J’ai choisi ce second court-métrage parce que, en une minute quarante-sept, il parvient à délivrer un message percutant et que, bien qu’il soit court, ce film témoigne d’une impressionnante maîtrise. Dans la réalisation. Les décors. Le jeu des comédiens, judicieusement décalé. Dans les dialogues avec un humour « so british ». L’idée de parodier un classique du cinéma pour montrer que le changement climatique justement n’en est pas du cinéma, là où certains n’y voient que de la fiction m’a semblée une idée ingénieuse, plus percutante qu’un long discours démontrant une nouvelle fois (et le démontrant brillamment) que « l’humour est la politesse du désespoir ».

  • Palmarès du 14ème Festival International du Film de Comédie de l’Alpe d’Huez.

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    Découvrez ci-dessous le palmarès du 14ème Festival Internation du Film de Comédie de l'Alpe d'Huez qui a mis à l'honneur "Une pure affaire", premier film d'Alexandre Coffre dont je vous parle bientôt.  Beau succès aussi pour l'écrivain  Saphia Azzeddine qui y présentait son premier film, adaptation de son propre roman, qui a reçu le prix du public Europe 1.

    Le Jury de cette 14e édition était présidé par le réalisateur, acteur, scénariste et producteur :

    Jan Kounen (Doberman, Blueberry l’expérience secrète, 99 Francs, Coco Chanel & Igor Stravinski).Il était accompagné de la comédienne Léa Drucker (L’homme de sa vie de Zabou Breitman, Cyprien de David Charhon, Les Brigades du Tigre de Jérôme Cornuau), la réalisatrice et comédienne Géraldine Nakache (Tout ce qui brille de Géraldine Nakache et Hervé Mimran, Comme t’y es belle de Lisa Azuelos, Il reste du jambon ? d’Anne Depetrini), les comédiens François-Xavier Demaison (La chance de ma vie de Nicolas Cuche, Tellement proches d’Eric Tolédano et Olivier Nakache, Coluche l’histoire d’un mec d’Antoine de Caunes), du comédien, réalisateur et chanteur Michael Youn (Fatal de Michael Youn, La Beuze…)
    Ce Jury a remis ce soir à 20h30, au Palais des Congrès de l’Alpe d’Huez, les prix suivants :
     
     
    Grand Prix Orange Cinema Séries
     
    Very Cold Trip de Dome Karukoski avec Jussy Vatanen, Jasper Pääkkönen, Timo Lavikainen…(Fin)

    Synopsis : « La vie est belle pour Janne, un jeune trentenaire finlandais... Il ne fait rien de ses journées. Sa fiancée Inari n’en peut plus et lui pose un ultimatum : soit il trouve un décodeur tv avant l’aube - elle le lui réclame depuis longtemps - soit elle le quitte. Janne n’a plus le choix : il se lance avec ses deux meilleurs amis sur les routes enneigées de Laponie. Des routes semées de surprises et d’embûches où sa fainéantise légendaire ne lui sera pas d’une grande aide. »
    Very Cold Trip a également reçu : « Le Coup de cœur de la profession », parrainé par LVT et Digimage Cinéma, et composé par un jury de 4 professionnels des métiers du cinéma : Nils Hoffet, Directeur Technique (TF1 International),Thomas Verhaeghe, Producteur (Sombrero Films), Juliette Renaud, Productrice (2711 Productions),  & Jacques Hinstin, Producteur (Produire à Paris).
     
    Sortie le 9 févier 2011  
     
    Prix Spécial du Jury Screenvision
     
    Une Pure Affaire  d’Alexandre Coffre avec François Damiens, Pascale Arbillot, Laurent Lafitte…(Fra)


    Synopsis : « David Pelame a la quarantaine. Il est marié à Christine depuis assez longtemps pour avoir oublié qu’ils s’aimaient autrefois. Il a deux enfants avec qui la communication se fait de plus en plus rare. Professionnellement, David n’est jamais devenu le grand avocat associé d’un cabinet de renom qu’il rêvait d’être, mais plutôt un simple gratte-papier qui excelle dans les tâches les plus rébarbatives. Bref, la vie de David ne fait pas rêver. Si on avait un conseil à lui donner ?… Ce serait qu’il se ressaisisse. C’est ce qu’il va faire, en découvrant,  le soir de Noël, une valise pleine de cocaïne et un téléphone croulant sous les appels de clients. David pense alors avoir trouvé le moyen de relancer sa vie. Si on avait un second conseil à donner à David ? … Ce serait qu’il y réfléchisse à deux fois
     
    Sortie le 2 mars 2011   
     
    Prix du Public Europe 1
     
    Mon  père  est  femme  de  ménage de  Saphia Azzeddine avec  François Cluzet, Jérémie Duvall, Aïmen Derriachi, Nanou Garcia, Jules Sitruk…(Fra)
    Synopsis : « Paul a 16 ans et les complexes d’un ado de son âge. Entre une mère impotente et une sœur qui rêve d'être miss, le seul qui s’en sorte à ses yeux, c’est son père. Hélas, il est femme de ménage... »
      
     
    Double Prix d’Interprétation pour le film Une pure affaire d’Alexandre Coffre
    A : Pascale Arbillot & François Damiens 
     
     
    Prix du Court-métrage Orange Cinéma Séries  à « Ridicule » d’Audrey Najar & Frederic Perrot
     
     
    Rendez-vous l’année prochaine pour le 15e anniversaire du 17 au 22 janvier 2012…

  • Critique- "Les Enchaînés" d'Alfred Hitchcock à la Filmothèque du Quartier Latin

    Je ne pouvais pas ne pas vous parler de la reprise des "Enchaînés" à la Filmothèque du Quartier Latin, un de mes films préférés dont je vous ai déjà parlé à maintes reprises et dont vous pouvez retrouver ma critique ci-dessous. Cliquez ici pour connaître les horaires des projections.

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    Dans son livre d'entretiens avec Alfred Hitchcock, François Truffaut disait que « Les Enchaînés » était son film d'Hitchcock en noir et blanc préféré notamment parce qu'il s'agissait selon lui de « la quintessence d'Hitchcock » pour sa « pureté magnifique » et son « modèle de construction de scénario. » Même si « Sueurs froides », « Les Oiseaux », « Fenêtre sur cour », « Psychose », « La mort aux trousses » sont plus fréquemment cités « Les Enchaînés » reste pour moi un film exemplaire à bien des égards et un  de mes films préférés.

    A Miami, en 1946, Alicia (Ingrid Bergman), fille d'un espion nazie qui vient d'être condamné, mène une vie dissolue et noie son désarroi dans l'alcool. Devlin (Cary Grant) qui travaille pour le gouvernement américain lui propose de travailler pour les Etats-Unis.  Il la pousse à séduire puis épouser Alexander Sebastian (Claude Rains) qui, à Rio de Janeiro, appartient à un groupe très actif d'anciens nazis... mais Alicia et Devlin sont loin d'être indifférents l'un à l'autre...

    C'est d'abord David O.Selznick qui a suggéré à Hitchcock d'adapter « The Song of the Dragon » une nouvelle dont le scénario final (signé Hitchcock et Ben Hecht) sera plutôt éloigné. Selznick ne croit pas à cette histoire et en particulier à la bouteille contenant de l'uranium. Il revend donc le tout à la RKO.... Comme dans tous les films d'Hitchcock, le Mac Guffin, donc ici la bouteille contenant de l'uranium, remplit pourtant pleinement son objectif de bombe à retardement et d'élément du suspense...

    « Les Enchaînés » est en effet certes une histoire d'espionnage avec Mac Guffin* de rigueur (=c'est un élément de l'histoire qui sert à l'initialiser, voire à la justifier, mais qui se révèle, en fait, sans grande importance) mais aussi une histoire d'amour. C'est même là que réside le secret de ce film, dans l'entremêlement parfait entre l'histoire d'amour et l'histoire d'espionnage qui entrent en conflit. Celui de l'amour et du devoir, enchaînés l'un à l'autre comme Alicia l'est à son passé mais aussi à son mari. Le titre original « Notorious » signifiant « tristement célèbre » renvoie d'ailleurs à cette idée puisque ce sont les tristement célèbres activités de son père qui ont rendu le nom d'Alicia lui aussi tristement célèbre. Sebastian est lui aussi enchaîné, à sa mère, et aux autres nazis qui surveillent le moindre de ses faux pas. C'est aussi à leur mensonge et à la trahison que sont enchaînés Devlin et Alicia : Devlin trahit dès le début Alicia la contraint à renouer avec Sebastian, elle trahit Sebastian en se mariant avec lui pour l'espionner. Dans le premier plan où il apparaît, Devlin est d'ailleurs cadré de dos et restera ainsi plusieurs minutes, augmentant le désir du spectateur de découvrir ce mystérieux personnage muet qui semble tant intéresser Alicia, cette posture de dos signifiant aussi son rôle trouble et ambigu.

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    Ces conflits entre amour et devoir donnent lieu à des scènes d'une force dramatique rare comme la scène de l'hippodrome ou celle du banc qui se répondent d'ailleurs, les deux étant filmés en plans fixes, et dans les deux Alicia et Devlin masquent leurs vrais sentiments. Ces scènes dramatiques alternent avec des scènes de suspense admirables dans lesquels Hitchcock montre une nouvelle fois sa maîtrise et son génie dans ce domaine, ces scènes tournant essentiellement autour de la bouteille contenant l'uranium et d'une clé. Une simple clé qui, par la manière dont Hitchcock la filme passant de la main d'Alicia à l'autre, son expression contrastant avec le ton désinvolte qu'elle s'efforce d'employer face à Sebastian, le tout procurant à la scène un suspense d'une intensité inouïe (voir l'extrait en bas de l'article... ou ne pas le voir pour ceux qui n'ont pas encore vu le film). Plusieurs scènes sont d'ailleurs particulièrement palpitantes, notamment grâce à un savant montage parallèle lors d'une scène capitale de réception (où Hitchcock fait d'ailleurs sa coutumière apparition) ou encore lors de la scène finale de l'escalier (un élément d'ailleurs récurrent dans le cinéma hitchcockien).

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    La réussite doit aussi beaucoup à la richesse des quatre personnages principaux et de ses interprètes : Devlin (Cary Grant), cynique agent secret faisant passer  le devoir avant l'amour, Alicia (Ingrid Bergman) forte et fragile, courageuse et apeurée, blessée et digne ; Claude Rains le « méchant » qui, comme toujours chez Hitchcock ne l'est pas complètement (un méchant réussi pour Hitchcock l'étant lorsqu'il paraît presque sympathique), ce dernier étant ici surtout (aussi comme souvent chez Hitchcock) victime d'une mère possessive (Mme Konstantin). Hitchcock dira ainsi que selon lui ce dernier était plus amoureux d'Alicia que l'était Devlin. Le choix de Claude Rains est donc particulièrement judicieux, si on se souvient du rôle trouble qu'il incarnait également déjà dans « Casablanca ». Il a d'ailleurs été nommé aux Oscars pour « Les Enchaînés » (ainsi que le scénariste Ben Hecht). Quant au couple formé par Ingrid Bergman et Cary Grant, il est absolument sublime et sublimé par l'élégance de la mise en scène d'Hitchcock mais aussi par celle de la photographie de Ted Tetzlaff l'auréolant d'un magnétisme mélancolique, électrique et fascinant.

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    Après « Soupçons », en 1941, « Les Enchaînés » est le deuxième film d'Hitchcock avec Cary Grant. Suivront ensuite « La Main au collet » et « La Mort aux trousses ». C'est également son deuxième film  avec Ingrid Bergman après « La Maison du Dr Edwards », en 1945. Il tournera encore un film avec elle : «Les Amants du Capricorne. »

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    C'est aussi sa scène de baiser entrecoupée entre Cary Grant et Ingrid Bergman qui a rendu le film célèbre, un baiser intelligemment découpé par de nombreux dialogues; pour contourner le code "Hays" (la censure de l'époque)  qui minutait la durée de toutes les scènes jugées osées. L'entrecouper de dialogues faisait redémarrer le compteur à zéro à chaque fois permettant de rallonger la durée du baiser.

    Au-delà de cette anecdote comme le disait si bien Truffaut, « Les Enchaînés » est en effet la quintessence du cinéma d'Hitchcock : perfection scénaristique saupoudrée d'humour, de trahison, de rédemption; mélange habile d'histoire d'amour contrarié et d'espionnage, astucieuse simplicité de l'intrigue, virtuosité de la mise en scène ( Ah, le travelling du lustre du salon jusqu'à main de Bergman contenant la clé !), photographie magnétique, couple de cinéma légendaire, intrigue trépidante, palpitante et jubilatoire... le tout formant un classique du cinéma que l'on ne se jamais  de voir et de revoir !

     *Pour Hitchcock, le but du cinéma était avant tout d'embarquer le spectateur, de le manipuler, quitte à faire quelques incohérences. A ceux qui lui reprochait le manque de vraisemblance, il racontait l'histoire suivante (comme il l'expliqua à Truffaut dans son livre d'entretiens !) : « Deux voyageurs se trouvent dans un train allant de Londres à Édimbourg. L'un dit à l'autre : « Excusez-moi, monsieur, mais qu'est-ce que ce paquet à l'aspect bizarre que vous avez placé dans le filet au-dessus de votre tête ? - Ah ça, c'est un MacGuffin. - Qu'est-ce que c'est un MacGuffin ? - Eh bien c'est un appareil pour attraper les lions dans les montagnes d'Écosse - Mais il n'y a pas de lions dans les montagnes d'Écosse. - Dans ce cas, ce n'est pas un MacGuffin » .

  • "Le Guépard" de Visconti à la Filmothèque du Quartier Latin

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    Un court article pour vous informer, en ce lendemain de première d' "Une journée ordinaire" (la nouvelle pièce avec Alain Delon) que "Le Guépard" de Visconti, dans sa version restaurée, est actuellement projeté à la Filmothèque du quartier latin. (9 rue Champollion, 75005 Paris).

    Cliquez ici pour voir les horaires des  projections.

    Cliquez ici pour retrouver mon dossier spécial consacré au "Guépard" de Visconti (critique, vidéos de la projection cannoise...)

  • Première – Critique – « Une journée ordinaire » avec Anouchka Delon et Alain Delon au théâtre des Bouffes Parisiens

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    Ce soir, au théâtre des Bouffes Parisiens (ce n’est pas un hasard, ce théâtre appartenait à Jean-Claude Brialy, grand ami d’Alain Delon) a eu lieu la première de la pièce « Une journée ordinaire ».  Une pièce qui met en scène Alain Delon n’a de toute façon rien d’ordinaire et le titre, déjà, est d’une délicate dérision. Cela n’a rien d’ordinaire parce que Tancrède, Roch Siffredi, Jeff Costello, Corey, Robert Klein, Roger Sartet, Gino…, tout un pan de l’histoire du cinéma accompagne celui qui les a immortalisés. Cela n’a rien d’ordinaire parce que Delon est seulement pour la septième fois au théâtre. Cela n’a rien d’ordinaire parce que cette pièce a été écrite par Eric Assous à la demande de Delon pour sa fille Anouchka.

    Emportée par le doux tourbillon de la vie parisienne, je réalise que la dernière pièce de théâtre à laquelle j’ai assisté c’était aussi une pièce avec Alain Delon, "Love letters" et auparavant « Sur la route de Madison », pourtant les premières années à Paris, j’allais très souvent au théâtre pour voir des pièces classiques, plus avant-gardistes ou populaires, ou les trois. Et pourtant j’ai toujours tant aimé ce frémissement, ce murmure, ce frisson avant le lever de rideau, avant cette rencontre palpitante qui nous plonge à la fois hors de la réalité et pleinement dans l’instant présent qui se joue face à nous. J’ai toujours aimé, aussi, observer le spectacle qui se joue dans la salle, intemporel ballet de la vie parisienne,  réminiscence de mes lectures balzaciennes favorites et qui fait que lors d’une première comme celle-ci se croisent un chanteur aux allures de poète d’un autre temps, un écrivain aux allures de chanteur lui aussi –décidément, le décalage était à la mode- d’un autre temps, un présentateur de jeux télévisés, un mythe du cinéma, une actrice qui aurait aimé l’être, sans doute, ce mythe,  et tant d’autres qui se croisent, s’observent et souvent feignent de s’ignorer ou s’adorer avec la même application. Fascinant ballet dont chacun est à la fois danseur, chorégraphe et spectateur. Mais là n’était pas l’essentiel, juste ce qui permettait de se distraire en l’attendant.

    L’essentiel a eu lieu quand le rideau s’est levé et que j’ai oublié tout le reste, alors insignifiant. Quand le rideau s’est levé sur Anoucka Delon/Julie allongée dans un canapé et Alain Delon/Julien de dos. De dos pour que les premiers regards, sans doute, ne soient pas dirigés vers lui mais vers celle que cette pièce est destinée à mettre en lumière. Ce qui m’a marquée d’abord, c’est la justesse éclatante d’Anouchka Delon (tout comme cela m’avait déjà marquée dans « Le Lion »). Sa voix parfaitement posée. Sa prestance. Son assurance (pas une seule fois elle ne trébuchera). Et puis Delon, dans ce costume trop petit pour lui.

    « Une journée ordinaire », c’est l’histoire d’une fille de vingt ans qui n’ose pas annoncer à son père avec qui elle vit seule qu’elle va le quitter pour vivre avec son amoureux mais Une journée ordinaire c’est surtout l’histoire d’un homme qui aime profondément, follement sa fille, qui s’éclipse pour la laisser vivre sa vie. Un duo, presque un couple comme en témoigne la gémellité de leurs prénoms (qui n’est pas sans rappeler celle de ceux des interprètes).  Un homme fier, nostalgique, mélancolique, d’une malice parfois enfantine, d’une dureté fugace et finalement attendrissante. Un personnage qui se confond avec son interprète. Certains diront que Delon devrait plutôt jouer de grands textes d’auteurs classiques mais quand on est soi-même un « personnage shakespearien » pour reprendre les termes de Pascal Jardin, quand on promène avec soi une telle mythologie, nul besoin de jouer Shakespeare pour toucher ou émouvoir.

    Alors bien sûr n’importe quel costume serait trop petit pour Delon qui a eu les plus beaux rôles qu’un acteur puisse désirer (pour ceux qui douteraient –si, il paraît qu’il y en a- de la diversité et de la -dé-mesure de son talent, regardez -notamment- « Monsieur Klein », « Le Professeur », « Le Guépard », « Plein soleil », « Le cercle rouge », "La Piscine", et dîtes-moi quel acteur pourrait interpréter avec la même apparente facilité des rôles si différents et si magistraux ) si bien qu’au début de la pièce il m’est apparu presque effacé mais au fur et à mesure que la pièce avançait le costume gagnait en élégance, en taille (au propre comme au figuré) pour finalement nous le laisser voir presque à nu, à vif, pour que la fiction rejoigne le mythe et la réalité.

     Eric Assous (sur une mise en scène de Jean-Luc Moreau)  joue intelligemment du parallèle entre ce personnage dont la fille est "l’ambition", qui porte son "deuil comme une légion d’honneur" et Delon, l’homme qui se définit comme nostalgique, passéiste et dont l’ambition est de faire des Delon une « dynastie d’acteurs ». Je n’ai pu m’empêcher de repenser à cet instant à la fois magique et mélancolique, en mai dernier, au Festival de Cannes, lorsque devant moi Claudia Cardinale et Alain Delon se voyaient sur l’écran dans « Le Guépard », cet écran qui racontait la déliquescence d’un monde et  le renouveau d’un autre tandis qu’eux-mêmes revoyaient une époque révolue sans doute avec douleur et bonheur.  Ce soir le prince de Salina, le « Guépard » c’était Delon et Tancrède c’était Anouchka.

    On rit beaucoup, aussi, du décalage entre cette fille et ce père qui refuse de la voir grandir. De la crainte qu’il inspire. La crainte qu’inspire le personnage du père comme le mythe Delon mais l’un comme l’autre laissent affleurer par instants leurs failles, et même un soupçon d’enfance dont le surgissement, soudain, n’en est que plus bouleversant. Cette pièce qui se qualifie de « comédie moderne » vaut pour moi davantage pour les moments d’émotions qui la traversent même si certains qui l’ignorent encore seront sans doute étonnés que Delon les fasse rire autant (et la salle riait, beaucoup, moi la première, à tel point qu'il était parfois impossible d'entendre certaines répliques) comme ce fut le cas dans « Les montagnes russes » (une pièce également signée Eric Assous) où il déployait déjà sa force comique. Et puis lui qui aimait tant Gabin célèbre pour ses scènes de colère est aussi tellement impressionnant quand il se met en colère, mais aussi quand sa voix se fait plus posée, fragile. La virtuosité avec laquelle il fait passer le public du rire aux larmes est sidérante, de même que celle avec laquelle il passe de la tristesse à la colère en passant par la dérision.

     Ce que j’ai préféré ce sont néanmoins ces trop rares instants où Delon s’exprime face à la salle où, en un quart de seconde, il parvient à nous bouleverser, où la solitude de ce père face à nous fait écho à celle de l’acteur. Delon dit que « le comédien joue, l’acteur vit » et c’était aussi sans doute ce qui était si bouleversant cette impression qu’il donnait la sensation de vivre devant nous. C’était ce qui était beau, troublant et qui suspendait le souffle de la salle. Une salle debout à la fin de cette pièce trop courte qui se confondait étrangement avec la réalité quand Delon, l’acteur, le père enlaçait sa fille et la poussait au devant de la scène pour qu’elle récolte les applaudissements. Amplement mérités.  Quel bonheur pour lui sans doute qui rêvait de jouer avec sa fille de voir son nom sur l’affiche, à côté du sien, tout en haut. Quel bonheur de voir qu’au milieu de la pièce c’était son apparition à elle qui était applaudie. A signaler également la présence d’Elisa Servier (dans le rôle de l’amie de Julien,  juste et émouvante)  et Christophe de Choisy (très drôle en petit ami terrorisé): deux rôles trop courts mais dans lesquels l'un et l'autre excellent.

    Cette fin de journée a été pour moi tout sauf ordinaire. Un beau moment. L’émotion d’un acteur extraordinaire. L'émotion d'une salle debout. L’éclosion d’une actrice.  La complicité d’un père et sa fille. Un troublant écho entre la réalité et la fiction. Entre l’homme et le mythe. Il m’a fallu pas mal de temps après pour retrouver le chemin de la réalité, pour faire retomber  l’émotion de cette dernière « image », poignante,  et puis je me suis mise à rêver que cette lettre transmise à la fin de la pièce dans laquelle j’évoquais mon scénario arrive à son destinataire et qu’un jour il incarne ce rôle écrit pour lui et que cette journée décidément soit extraordinaire.  

    C’était la cinquième fois que je voyais Delon au théâtre après « Variations énigmatiques », «  Les Montagnes russes », « Sur la route de Madison », « Love letters » et je n’espère vraiment pas la dernière. En tout cas pas la dernière fois qu’un(e) Delon montait sur scène. La dynastie des acteurs Delon n’est pas prête de s’éteindre. Une nouvelle étoile est née, lors d’une journée faussement ordinaire. Un moment de théâtre mais surtout de vie extraordinaire et à ne pas manquer mais dépêchez-vous car ne sont (pour l'instant) prévues que 100 représentations exceptionnelles, jusqu'au 12 mars 2011.

    Il est (très) tard. Ce sont mes premières réactions, un peu désordonnées et imprécises, encore sous le coup de l’émotion de la pièce et de l’instant  mais j’y reviendrai. En tout cas, je crois que vous l’aurez compris, je vous recommande cette pièce qui vous fera passer du rire aux larmes, du mythe à la réalité (et inversement) et un excellent moment, je vous le garantis.

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    Renseignements: Théâtre des Bouffes Parisiens/ 4 rue Monsigny/75002 Paris.