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  • Sortie DVD du "Père de mes enfants" de Mia Hansen-Love

    C'est aujourd'hui que sort en DVD "Le Père de mes enfants", le très beau film de Mia Hansen-Love que je vous recommande à nouveau et dont vous pourrez trouver ma critique ci-dessous.

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    Peut-être vous en souvenez-vous : en 2005 quelques jours avant le triomphe aux César de « Quand la mer monte » de Yolande Moreau et Gilles Porte qu'il avait produit, le producteur de films indépendants (notamment de Youssef Chahine, Elia Suleiman, Sandrine Veysset...) Humbert Balsan se suicidait. Mia Hansen-Love l'avait rencontré, un an auparavant, ce dernier voulait en effet produire son premier film « Tout est pardonné ».  De sa rencontre avec cet homme passionné est né son désir de réaliser ce film... même s'il ne s'agit nullement (je vous rassure...) d'un biopic.

    Le producteur dont Mia Hansen-Love nous parle ici s'appelle Grégoire Canvel (Louis-Do Lencquesaing), il dirige avec passion sa société de production « Moon films ». Il  a, a priori,  tout pour lui. Une femme qu'il aime (Chiara Caselli), trois filles délicieuses, un métier qui le passionne, producteur de films donc. Pas le producteur caricatural avec cigares, limousines, cynique et désabusé mais un producteur de films indépendants pour qui le cinéma est la vie, sa vie, qui s'investit (et investit) pleinement dans chaque projet. Révéler les cinéastes, accompagner les films qui correspondent à son idée du cinéma, libre et proche de la vie, voilà sa raison de vivre, sa vocation. C'est un homme hyperactif qui ne s'arrête jamais à l'exception des week end, à la campagne, et en famille, et encore... les téléphones portables vissés aux oreilles. Mais à force de produire trop de films et de prendre trop de risques Grégoire va mettre en péril sa société... et surtout son propre équilibre.

    Rarement un film aura réussi à nous faire éprouver une telle empathie pour une famille et les personnages qui la composent et cela dès les premières minutes, la première séquence nous embarquant d'emblée dans l'enthousiasme, l'énergie du bouillonnant Grégoire. C'est néanmoins d'abord dû à l'humanité, la délicatesse avec laquelle Mia Hansen-Love les filme, nous plongeant dans leur intimité tout en leur laissant leur voile de mystère, mais surtout à la personnalité de son personnage principal, à sa façon de le filmer, et à l'acteur qui l'incarne.

    Grégoire vibre constamment pour le cinéma, il s'emballe, croit en des cinéastes que personne ne connaît, les défend contre vents et marées, contre la raison parfois, souvent. Il défend un cinéma qui prend le temps du sens, comme lui n'économise pas son temps pour le défendre. Charmant, charmeur, rayonnant, charismatique, de lui émane une impressionnante et séduisante prestance.  Il s'engage pleinement, inconditionnellement, il n'y a plus de distance entre le cinéma et la vie. Le cinéma est sa vie, même s'il a aussi une femme et trois filles aimantes. Plus que de nous montrer un homme outrancièrement déprimé, complètement anéanti, Mia Hansen-Love montre ses fêlures à peine perceptibles et comment son horizon  s'obscurcit subrepticement  au point qu'il en oublie, l'espace d'un fatal instant, celles qui l'entourent. Son geste restera mystérieux, il n'en est que plus bouleversant. Là encore Mia Hansen-Love a la délicatesse de la filmer de dos. Je suppose autant par pudeur que pour signifier le secret dont lui et sa mort resteront auréolés.

    Que dire de Louis-Do de Lencquesaing tant sa prestation est époustouflante ! Pas parce qu'il ferait de l'esbroufe. Non, parce qu'il donne un visage humain à ce producteur. Dans sa gestuelle bouillonnante, ses regards profondément empathiques qui parfois laissent entrevoir un voile d'ombre. Il EST ce producteur au point qu'on a vraiment l'impression de le voir exister. Il parvient à le rendre vivant, attachant, à la fois proche et mystérieux.

     Rien n'est jamais appuyé, tout est fait avec énormément de subtilité. Une simple boucle d'oreilles suffit à nous faire comprendre d'abord la distraction d'un père, obsédé par le cinéma, son amour aussi puis plus tard l'amour de sa fille qui prendra la relève.

    Même si la deuxième partie du film évoque un sujet sombre (la manière de vivre le deuil), le film est constamment éclairé d'une clarté rassurante, d'une belle luminosité, pas seulement formelle. Cette luminosité provient aussi de  la gaieté des enfants qui finit par prendre le dessus et qu'elle parvient à rendre si attachantes sans en faire des singes mièvres ou savants. C'est aussi la luminosité qui émanait de la personnalité de Grégoire qui semble subsister même après son décès mais aussi de son épouse (Chiara Caselli).

    D'ailleurs Mia Hansen-Love fait savamment jongler les contraires, son film étant lui-même coupé en deux parties, avant et après la mort, les deux étant finalement indissociables, la présence de l'absent se faisant toujours sentir (même mort il restera ainsi le père de ses enfants, bien évidemment), tout comme sont indissociables lumière et noirceur. Un film lumineux sur le secret et le deuil. Un homme solaire qui finira par se suicider, à la fois robuste et vulnérable, fort et fragile. Un film d'une belle clarté malgré le deuil et qui chemine ensuite vers une belle quête de lumière (comme en témoigne cette très belle scène avec les bougies qui ouvrent la voie). Son désir de vie, de construire, de créer et celui de mort qui s'affrontent. Sa mort étant ainsi la fin de quelque chose mais aussi le début d'une autre, de l'émancipation pour sa fille (forte présence d'Alice de Lencquesaing).

    C'est bien sûr un film sur le cinéma, sur l'engagement, l'investissement pécuniaire (Mia Hanse-Love n'élude pas la question et montre à quel point il peut être aliénant) et surtout personnel qu'il représente, le caractère indissociable entre vie professionnelle et privée quand la matière principale d'un métier comme celui-là est humaine, et donc si complexe et fragile.

    Mais, par-dessus-tout, ce film possède ce grand quelque chose si rare et indéfinissable qui s'appelle la grâce. Sans doute en raison de la profonde sensibilité de la réalisatrice et de celui qui a inspiré son film mais aussi par l'universalité des situations et le caractère si attachant des personnages malgré (et à cause de ) leurs mystères.

    Un film qui a l'ambivalence et les nuances de la vie : à la fois lumineux et mélancolique, tragique et plein d'espoir, mystérieux et séduisant. Un film qui m'a bouleversée comme je ne l'avais pas été depuis longtemps au cinéma. La musique de la fin qui vous rappellera un classique du cinéma m'ayant complètement achevée.

    Et pour tout savoir sur le Festival de cannes 2010, rendez-vous sur "In the mood for Cannes"!

  • Le programme de la Quinzaine des Réalisateurs 2010

    Après la Semaine de la Critique hier, c'est aujourd'hui une autre sélection parallèle du Festival de Cannes qui annonce sa programmation que je vous laisse découvrir ci-dessous et sur laquelle je reviendrai bien évidemment.

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    >>> LONG METRAGES / FEATURE FILMS


    Alegria (Joy) de Marina Méliande et Felipe Braganca (Brésil)

    All Good Children * d'Alicia Duffy (Royaume-Uni)

    Alting bliver godt igen (Everything Will Be Fine) de Christoffer Boe (Danemark-Suède-France)

    Año bisiesto * de Michael Rowe (Mexique)

    Benda Bilili ! * de Renaud Barret et Florent de la Tullaye (France) (documentaire)

    La Casa muda * (The Silent House) de Gustavo Hernandez (Uruguay)

    Cleveland Vs. Wall Street de Jean-Stéphane Bron (Suisse - France) (documentaire)

    Des Filles en noir de Jean-Paul Civeyrac (France)

    Ha'Meshotet * (The Wanderer / Le Vagabond) d'Avishai Sivan (Israël)

    Illégal d'Olivier Masset-Depasse (Belgique-Luxembourg-France)

    The Light Thief d'Aktan Arym Kubat (Kirghizistan)

    Little Baby Jesus of  Flandr * (Petit bébé Jésus de Flandr / En waar de sterre bleef stille staan little) de Gust Vandenberghe (Belgique)

    La Mirada invisible (The Invivible Eye) de Diego Lerman (Argentine-France-Espagne)

    Picco * de Philip Koch (Allemagne)

    Pieds nus sur les limaces (Lily Sometimes) de Fabienne Berthaud (France)

    Le Quattro volte de Michelangelo Frammartino (Italie-Allemagne-Suisse)

    Shit Year de Cam Archer (Etats-Unis)

    Somos lo que hay * (We Are What We Are) de Jorge Michel Grau (Mexique)

    Tiger Factory de Woo Ming jin (Malaisie)

    Todos vós sodes capitáns * (Vous êtes tous des capitaines) d'Oliver Laxe (Espagne)

    Two Gates Of Sleep * d'Alistair Banks Griffin (Etats-Unis)

    Un Poison violent * de Katell Quillevéré (France)

    * Film concourant pour la Caméra d'Or / Film competed to the « Caméra d'Or » Prize


    >>> SEANCES SPECIALES / SPECIAL SCREENINGS

    Stones In Exile de Stephen Kijak (Royaume-Uni) (documentaire)

    Boxing Gym de Frederik Wiseman (Etats-Unis) (documentaire)

     

    >>> COURTS METRAGES / SHORT FILMS

    Cautare (Quest) de Ionut Piturescu (Roumanie)

    Ett tyst barn (A Silent Child) de Jesper Klevenas (Suède)

    Licht de Andre Schreuders (Pays-Bas)

    Mary Last Seen de Sean Durkin (Etats-Unis)

    Petit tailleur de Louis Garrel (France)

    Shadows of Silence de Pradeepan Raveendran (France)

    Shikasha d'Hirabayashi Isamu (Japon)

    Tre ore (Trois heures) de Annarita Zambrano (Italie)

    ZedCrew de Noah Pink (Zambie)

    Et suivez aussi les autres blogs inthemood: In the mood for Cannes, In the mood for Deauville, In the mood for luxe.

  • Programme de la Semaine de la critique 2010

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    Le programme de la Semaine de la Critique 2010 vient d'être annoncé. Je vous laisse le découvrir ci-dessous.

    COMPETITION

    Long-métrages

    Armadillo Janus Metz (Danemark)

    Bedevilled JANG Cheol So (Corée du Sud)

    Belle épine Rebecca Zlotowski (France)

    Bi, dung so ! Phan Dang Di (Vietnam – France - Allemagne)

    The Myth of the American Sleepover David Robert Mitchell (Etats-Unis)

    Sandcastle Boo Junfeng (Singapour)

    Sound of Noise Ola Simonsson & Johannes Stjärne Nilsson (Suède - France)  

     Court-métrages

    A distração de Ivan Cavi Borges & Gustavo Melo (Brésil)

    Berik Daniel Joseph Borgman (Danemark)

    The Boy Who Wanted to Be a Lion Alois Di Leo (Royaume-Uni)

    Deeper Than Yesterday Ariel Kleiman (Australie)

    Love Patate Gilles Cuvelier (France)

    Native Son Scott Graham (Royaume-Uni)

    Vasco Sébastien Laudenbach (France)    

    Séances spéciales

    Long-métrages

    Ouverture

    Le Nom des gens Michel Leclerc (France)

     

    Copacabana Marc Fitoussi (France)

     Rubber Quentin Dupieux (France)

     Courts et moyens métrages

     

    Soirée de clôture

    Le programme de cette soirée sera annoncé prochainement

     

    L’Amour-propre Nicolas Silhol (France)

    Cynthia todavía tienes las llaves Gonzalo Tobal (Argentine)

    Fracture Nicolas Sarkissian (France) 

    INVITATIONS

    Women Are Heroes  (Cliquez ici pour lire mon article sur "Women are heroes" sur ma rencontre avec sa coproductrice lors du Festival de Cannes 2009- en bonus, une vidéo ci-dessous)

     La Collection CANAL+

      Festival de Morelia + Revolución 

    Nisi Masa


  • Critique de "Match point" de Woody Allen (2005)

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    J'ai choisi de vous parler aujourd'hui de ce film pour trois raisons : d'abord parce que c'est un de mes trois films préférés (la place variant selon l'humeur), ensuite parce que Woody Allen est en pleine actualité puisqu'il figure dans la sélection du 63ème Festival de Cannes, comme  à son habitude hors compétition (j'y reviendrai prochainement sur In the mood for Cannes), enfin parce que ce film magistral sera programmé le 16 mai au restaurant les Cinoches (dont je vous ai déjà parlé, ici) pour son ciné-club du dimanche soir dont j'ai le grand plaisir de faire la programmation à partir du 2 mai, pour 8 dimanches consécutifs (j'y reviendrai).

    Un film de Woody Allen comme le sont ceux de la plupart des grands cinéastes est habituellement immédiatement reconnaissable, notamment par le ton, un humour noir corrosif, par la façon dont il (se) met en scène, par la musique jazz, par le lieu (en général New York).

    Cette fois il ne s'agit pas d'un Juif New Yorkais en proie à des questions existentielles mais d'un jeune irlandais d'origine modeste, Chris  Wilton   (Jonathan Rhys-Meyer), qui se fait employer comme professeur de tennis dans un club huppé londonien. C'est là qu'il sympathise avec Tom Hewett (Matthew Goode), jeune homme de la haute société britannique avec qui il partage une passion pour l'opéra. Chris fréquente alors régulièrement les Hewett et fait la connaissance de Chloe (Emily Mortimer), la sœur de Tom, qui tombe immédiatement sous son charme. Alors qu'il s'apprête à l'épouser et donc à gravir l'échelle sociale, il rencontre Nola Rice (Scarlett Johansson), la pulpeuse fiancée de Tom venue tenter sa chance comme comédienne en Angleterre et, comme lui, d'origine modeste. Il éprouve pour elle une attirance immédiate, réciproque. Va alors commencer entre eux une relation torride...

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    Je mets au défi quiconque n'ayant pas vu le nom du réalisateur au préalable de deviner qu'il s'agit là d'un film de Woody Allen, si ce n'est qu'il y prouve  son génie, dans la mise en scène, le choix et la direction d'acteurs, dans les dialogues et dans le scénario, « Match point » atteignant d'ailleurs pour moi la perfection scénaristique.

    Woody Allen réussit ainsi à nous surprendre, en s'affranchissant des quelques « règles » qui le distinguent habituellement : d'abord en ne se mettant pas en scène, ou en ne mettant pas en scène un acteur mimétique de ses tergiversations existentielles, ensuite en quittant New York qu'il a tant sublimée. Cette fois, il a en effet quitté Manhattan pour Londres, Londres d'une luminosité obscure ou d'une obscurité lumineuse, en tout cas ambiguë,  à l'image du personnage principal, indéfinissable.

    Dès la métaphore initiale, Woody Allen nous prévient (en annonçant le thème de la chance) et nous manipule (pour une raison que je vous laisse découvrir), cette métaphore faisant écho à un rebondissement (dans les deux sens du terme) clé du film. Une métaphore sportive qu'il ne cessera ensuite de filer : Chris et Nola Rice se rencontrent ainsi autour d'une table de ping pong et cette dernière qualifie son jeu de « très agressif »...

    « Match point » contrairement à ce que son synopsis pourrait laisser entendre n'est pas une histoire de passion parmi d'autres (passion dont il filme d'ailleurs et néanmoins brillamment l'irrationalité et  la frénésie suffocante que sa caméra épouse) et encore moins une comédie romantique (rien à voir avec « Tout le monde dit I love you » pour lequel Woody Allen avait également quitté les Etats-Unis) ; ainsi dès le début s'immisce une fausse note presque imperceptible, sous la forme d'une récurrente thématique pécuniaire, symbole du mépris insidieux, souvent inconscient, que la situation sociale inférieure du jeune professeur de tennis suscite chez sa nouvelle famille,  du sentiment d'infériorité que cela suscite chez lui mais aussi de sa rageuse ambition que cela accentue ; fausse note qui va aller crescendo jusqu'à la dissonance paroxystique, dénouement empruntant autant à l'opéra qu'à la tragédie grecque. La musique, notamment de Verdi et de Bizet, exacerbe ainsi encore cette beauté lyrique et tragique.

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    C'est aussi le film des choix cornéliens, d'une balle qui hésite entre deux camps : celui de la passion d'un côté, et de l'amour, voire du devoir, de l'autre croit-on d'abord ; celui de la passion amoureuse d'un côté et d'un autre désir, celui  de réussite sociale, de l'autre (Chris dit vouloir  « apporter sa contribution à la société ») réalise-t-on progressivement. C'est aussi donc le match de la raison et de la certitude sociale contre la déraison et l'incertitude amoureuse.

     A travers le regard de l'étranger à ce monde, Woody Allen dresse le portrait acide de la « bonne » société londonienne avec un cynisme chabrolien auquel il emprunte d'ailleurs une certaine noirceur et une critique de la bourgeoisie digne de  La cérémonie que le dénouement rappelle d'ailleurs.

    Le talent du metteur en scène réside également dans l'identification du spectateur au (anti)héros et à son malaise croissant qui trouve finalement la résolution du choix cornélien inéluctable, aussi odieuse soit-elle. En ne le condamnant pas, en mettant la chance de son côté, la balle dans son camp, c'est finalement notre propre aveuglement ou celui d'une société éblouie par l'arrivisme que Woody Allen stigmatise. Parce-que s'il aime (et d'ailleurs surtout désire) la jeune actrice, Chris aime plus encore l'image de lui-même que lui renvoie son épouse : celle de son ascension.

    Il y a aussi du Renoir dans ce Woody Allen là qui y dissèque les règles d'un jeu social, d'un match fatalement cruel ou même du Balzac car rarement le ballet de la comédie humaine aura été aussi bien orchestré.

     Woody Allen signe un film d'une férocité jubilatoire, un film cynique sur l'ironie du destin, l'implication du hasard et  de la chance. Un thème que l'on pouvait notamment trouver dans « La Fille sur le pont » de Patrice Leconte. Le fossé qui sépare le traitement de ce thème dans les deux films est néanmoins immense : le hiatus est ici celui de la morale puisque dans le film de Leconte cette chance était en quelque sorte juste alors qu'elle est ici amorale, voire immorale, ...pour notre plus grand plaisir. C'est donc l'histoire d'un crime sans châtiment dont le héros, sorte de double de Raskolnikov, est d'ailleurs un lecteur assidu de Dostoïevski (mais aussi d'un livre sur Dostoïevski, raison pour laquelle il épatera son futur beau-père sur le sujet), tout comme Woody Allen à en croire une partie la trame du récit qu'il lui « emprunte ».

    Quel soin du détail pour caractériser ses personnages, aussi bien dans la tenue de Nola Rice la première fois que Chris la voit que dans la manière de Chloé de jeter négligemment un disque que Chris vient de lui offrir, sans même le remercier . Les dialogues sont tantôt le reflet du thème récurrent de la chance, tantôt d'une savoureuse noirceur (« Celui qui a dit je préfère la chance au talent avait un regard pénétrant sur la vie », ou citant Sophocle : « n'être jamais venu au monde est peut-être le plus grand bienfait »...). Il y montre aussi on génie de l'ellipse (en quelques détails il nous montre l'évolution de la situation de Chris...).

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    Cette réussite doit aussi beaucoup au choix des interprètes principaux : Jonathan Rhys-Meyer qui interprète  Chris, par la profondeur et la nuance de son jeu, nous donnant l'impression de jouer un rôle différent avec chacun de ses interlocuteurs et d'être constamment en proie à un conflit intérieur ; Scarlett Johansson d'une sensualité à fleur de peau qui laisse affleurer une certaine fragilité (celle d'une actrice en apparence sûre d'elle mais en proie aux doutes quant à son avenir de comédienne)  pour le rôle de Nola Rice qui devait être pourtant initialement dévolu à Kate Winslet ; Emily Mortimer absolument parfaite en jeune fille de la bourgeoisie londonienne, naïve, désinvolte et snob qui prononce avec la plus grande candeur des répliques inconsciemment cruelles(« je veux mes propres enfants » quand Chris lui parle d'adoption ...). Le couple que forment Chris et Nola s'enrichit ainsi de la fougue, du charme électrique, lascif et sensuel de ses deux interprètes principaux.

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    La réalisation de Woody Allen a ici l'élégance perfide de son personnage principal, et la photographie une blancheur glaciale semble le reflet de son permanent conflit intérieur.

     Le film, d'une noirceur, d'un cynisme, d'une amoralité inhabituels chez le cinéaste, s'achève par une balle de match grandiose au dénouement d'un rebondissement magistral qui par tout autre serait apparu téléphoné mais qui, par le talent de Woody Allen et de son scénario ciselé, apparaît comme une issue d'une implacable et sinistre logique  et qui montre avec quelle habileté le cinéaste a manipulé le spectateur (donc à l'image de Chris qui manipule son entourage, dans une sorte de mise en abyme). Un match palpitant, incontournable, inoubliable.  Un film audacieux, sombre et sensuel qui mêle et transcende les genres et ne dévoile réellement son jeu qu'à la dernière minute, après une intensité et un suspense rares allant crescendo. Le témoignage d'un regard désabusé et d'une grande acuité sur les travers et les blessures de notre époque. Un chef d'œuvre à voir et à revoir !

    « Match point » est le premier film de la trilogie londonienne de Woody Allen avant « Scoop » et « Le rêve de Cassandre ».

    Autres critiques de films (à voir également) de Woody Allen à lire sur inthemoodforcinema.com :  « Vicky Cristina Barcelona » et « Whatever works » .

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  • Cannes 2010: "Carlos" d'Olivier Assayas finalement sélectionné hors compétition

    assayas.jpgAlors qu'il avait été annoncé il y a encore quelques jours que "Carlos" d'Olivier Assayas ne serait pas programmé, nous venons d'apprendre qu'il sera finalement projeté hors compétition. Il s'agit d'un biopic sur la vie du terroriste d'extrême gauche Carlos.

    Créé à l'origine  pour la télévision  Carlos était d'une durée initile  de 5h30. Cette durée étant trop longue  pour le festival, Olivier Assayas l'a réduit à 2h20.

    L'acteur vénézuélien, Edgar Ramirez  tiendra le rôle d' Ilich ramirez Sanchez ( Carlos) .

    Le film entier (5h30 en trois parties) sera diffusé le même jour que sa projection cannoise sur Canal + et distribué ensuite exclusivement à l'étranger.

  • Critique de « New York, I love you » (film collectif)

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    ( Réalisateurs :  Mira Nair, Fatih Akin, Yvan Attal, Allen Hughes, Shekkar Kapur, Shunji Iwai, Joshua Marston, Brett Ratner, Jiang Wen, Natalie Portman, Jason Reitman.../ Acteurs: Andy Garcia, Julie Christie, Robin Wright Penn, Natalie Portman, Orlando Bloom, Ethan Hawke, Maggie Q et beaucoup d'autres ).

    Suivant le même modèle que  "Paris, je t'aime" (c'est d'ailleurs le même producteur, Emmanuel Benbihy qui est à l'origine du projet) pour lequel différents cinéastes avaient réalisé des courts-métrages immortalisant chacun une histoire d'amour dans un quartier parisien différent, dans « New York, I love you », autre ville emblématique du 7ème art où tant de caméras et non des moindres se sont promenées  ( celles de Woody Allen, Martin Scrosese et tant d'autres), différents cinéastes ont porté leur regard sur « big apple », chaque histoire d'amour étant le prétexte à la découverte d'un nouveau quartier.

     A la différence de « Paris je t'aime », pas de fondus au noir entre chaque film et les noms des cinéastes ne sont dévoilés qu'à la fin, ce qui contribue à créer une relative unité.  Par ailleurs, ici, entre chaque séquence, des transitions aident le spectateur à passer d'un quartier et d'un réalisateur à l'autre. (réalisées par Randall Balsmeyer) Parmi les impératifs imposés aux différents cinéastes : tourner deux jours seulement, sept jours de montage, et une histoire d'amour.

    Le risque était de tomber dans la carte postale, dans le dépliant touristique et d'oublier de porter un vrai regard et de véritablement nous raconter une histoire. New York, comme Paris, est une ville éminemment romanesque (peut-être justement parce que le cinéma l'a tant de fois immortalisée, contribuant à sa mythologie) où chaque lieu, chaque coin de rue sont propices à une rencontre impromptue, à la beauté fulgurante du hasard.

    On retrouve dans « New York, I love you » la même inégalité dans la qualité des segments proposés, inégalité inhérente au principe. Le procédé aurait pourtant dû être le moyen pour chaque cinéaste de montrer leur liberté, leur univers, de se révéler dans cette contrainte. Passée la déception de trouver un réel conformisme dans la forme et une vision assez académique de New York, on se laisse prendre au jeu et embarquer pour un tour de New York, de Chinatown (dans deux films), à Greenwich village en passant par Soho, le Diamond district... 

    C'est curieusement un Français (Yavn Attal) qui réalise deux des meilleurs courts, même s'il est vrai que leur principale qualité n'est pas réellement de nous faire découvrir New York, mais plutôt d'en retranscrire une atmosphère. Ils mettent en scène d'un côté Ethan Hawke et Maggie Q. et l'autre Robin Wright et Chris Cooper.  Deux courts qui se répondent d'ailleurs avec la même dose d'humour et  d'audace nocturne.

    J'ai aussi beaucoup apprécié  le très mélancolique segment de Shekhar Kapur qui nous fait suivre une éblouissante Julie Christie qui rencontre Shia LeBoeuf dans un mélange subtil de regrets et de rêve trouble et troublant. Allen Hughes, quant à lui, nous emporte avec sensualité et sensibilité, dans le second rendez-vous d'un couple d'amants entre crainte et souvenir langoureux du premier.

    Brett Ratner a, quant à lui, lui choisi l'humour, de même que Joshua Marston qui y ajoute une pincée de tendresse.

    Natalie Portman (réalisatrice d'un court et actrice d'un autre) est sans aucun doute meilleure devant que derrière la caméra, s'arrêtant à des intentions certainement louables mais un peu vagues et vaines. Quant au court dans lequel elle joue, réalisé par Mira Nair, c'est sans doute le moins réussi. Fatih Akin comme toujours filme des personnages cabossés par la vie ou du moins dont la fragilité affleure, ici un peintre mourant et une jeune herboriste chinoise. Je vous laisse poursuivre seul votre promenade new yorkaise afin qu'elle conserve quelques surprises...

    Malgré ses faiblesses, je vous recommande quand même de prendre le taxi (vous le prendrez beaucoup d'ailleurs pendant ce film) pour ce vagabondage dans New York et pour cette rencontre avec les destins qui s'y croisent et s'y lient, une promenade certes très consensuelle, mais avec quelques moments d'humour ou de magie qui valent largement le voyage, parfois mélancolique mais souvent léger et particulièrement plaisant à regarder... Prochain arrêt : Shanghai.

    En bonus, dans l'article suivant (ci-dessus donc), je vous propose la vidéo du court-métrage de Scarlett Johansson  « These Vagabond shoes » réalisé pour ce film collectif mais qui n'a finalement pas été retenu. Je vous en laisse juges...

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