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IN THE MOOD FOR CINEMA - Page 263

  • Critique - "L'Odyssée de Pi" d'Ang Lee (en salles aujourd'hui)

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    Le 26 novembre dernier, j’ai eu le plaisir d’assister à l’avant-première de « L’Odyssée de Pi », le dernier film du cinéaste Ang Lee en salles le 19 décembre prochain. Cette projection au Gaumont-Marignan a été suivie d’une Master class du cinéaste (cf vidéo ci-dessus).

    L’Odyssée de Pi est l’adaptation du roman fantastique éponyme de Yann Martel maintes fois primé, traduit en 42 langues et surtout réputé pour être totalement inadaptable au cinéma, transformant potentiellement l’aventure en odyssée cinématographique. D’autres cinéastes, avant Ang Lee, furent intéressés ou pressentis pour adapter le roman : Shyamalan, Cuaron, Jeunet avant que le projet ne soit confié au cinéaste taïwanais qui n’en était pas à son premier défi.

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    Après « Hôtel Woodstock », il y a trois ans, et auparavant des films aussi différents que « Tigre et dragon », « Raison et sentiments », « Le Secret de Brokeback Mountain », « Lust, Caution »…, Ang Lee s’est donc attelé à l’adaptation de cette Odyssée qui débute à Pondichéry, en Inde, là où vit Pi Patel (Suraj Sharma), avec sa famille qui s’occupe d’un zoo. A l’âge de 17 ans, il embarque avec sa famille pour le Canada avec tous les animaux du zoo destinés à y être vendus. Son destin est bouleversé par le naufrage spectaculaire du cargo en pleine mer. Il est alors le seul survivant à bord d'un canot de sauvetage, enfin…presque seul. Avec lui : Richard Parker, splendide et féroce tigre du Bengale comme son nom ne l’indique pas. Pi, pour survivre va alors devoir faire preuve d’ingéniosité, de courage…et surtout de beaucoup d’imagination.

    Voilà ce qu’est en effet avant tout « L’Odyssée de Pi » : un hommage à l’imaginaire, salvateur ou trompeur, un hymne à son pouvoir qui permet d’affronter les vagues et les tumultes de l’existence. Une splendide allégorie sous la forme d’un conte cruel et enchanteur. C’est avant tout l’histoire d’une croyance (en la religion, en l’illusion que crée cette dernière) qui permet de survivre. C’est là que le film d’Ang Lee se révèle brillant : derrière ce qui pourrait n’être qu’un voyage initiatique (qu’il est aussi) il interroge nos croyances, leur fondement, leur but.

    Le tigre qui évoque l’énergie, la puissance et la férocité est aussi, dans la religion bouddhiste, le symbole de la foi et de l’effort spirituel. Il n’est pas ici doté de pouvoirs surnaturels, et c’est ce qui fait tout l’intérêt du film. Le surnaturel ne réside que dans l’âme de Pi. A nous de voir si le tigre ou même l’existence du tigre n’est que le reflet de la sienne ou celle qu’il possède vraiment, à vous de choisir ce en quoi vous voudrez croire, si son compagnon est son imaginaire ou un splendide tigre du bengale, féroce et fascinant.

     

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    Détrompez-vous, si la bande-annonce vous a donné l’impression (l’illusion, encore une) d’assister à une histoire pour enfants, c’est avant tout sa double lecture qui rend cette odyssée passionnante. Elle commence par des images idéalisées de la vie de Pi en Inde avec ses animaux d’une beauté et d’un réalisme troublants que la 3D nous donne l’impression d’approcher réellement (impression qui culminera lors du vol d’une nuée de poissons, Ang Lee a même changé de format pour l’occasion). Puis, vient le temps du naufrage…et du face-à-face entre Pi et Richard Parker, Pi et son imaginaire, Pi et les éléments, Pi et sa foi donc surtout Pi face à lui-même, la manière dont il choisi d’affronter le drame tout comme nous d’affronter l’existence : en croyant le plus souvent (au cinéma, à l’illusion, en un Dieu).

    Le conte ne s’avère ainsi pas seulement cruel parce que le zèbre et l'orang-outang naufragés avec Pi doivent subir les assauts d’une hyène mais aussi parce que tout ce que nous voyons n’existe peut-être pas, n’est potentiellement que la construction de l’esprit pour supporter une version beaucoup plus cruelle, voire insupportable de ce qui s’est réellement produit (comme, peut-être, la propre animalité de Pi dont le tigre serait alors la métaphore), à l’image de cette île perdue où débarque Pi, en apparence enchanteresse et en réalité carnivore. Tout n’est qu’affaire de perception, de point de vue… à l’image du cinéma, une autre « croyance » ou en tout cas une autre illusion dont le film est aussi l’allégorie.

    LA 3D et la photographie « fabuleuse » de Claudio Miranda (« L’étrange histoire de Benjamin Button »…) nous immergent dans un univers poétique et onirique grâce à des images d’une beauté féérique et irréelle (et à dessein, la forme rejoignant ainsi le fond) qui nous procurent l’illusion de flotter dans les cieux. Ang Lee se révèle alors aussi doué dans les scènes intimistes que dans celles plus spectaculaires entre lesquelles sa filmographie lui a souvent permis d’alterner et qu’il réunit ici dans un seul film. L’émotion atteint son paroxysme et nous fait retenir notre souffle lorsqu’une tempête contraint Pi à se blottir au fond du bateau à portée du tigre abandonnant alors toute défense, peut-être toute raison et s’abandonnant (à l’illusion ?).

    Le film d’Ang Lee regorge de qualités indéniables : alliance entre l’intime et le spectaculaire, beauté vertigineuse des images (comme celle de cette baleine phosphorescente qui surgit des flots comme un songe évanescent, furtif et inoubliable), et surtout double lecture passionnante, pourtant quelques bémols font que je n’emploierai pas le terme de chef d’œuvre par lequel James Cameron a salué le film d’Ang Lee : le scénario inégal avec même quelques longueurs –j’avoue même avoir regardé ma montre- (une arrivée trop brusque au Mexique, un récit enchâssé vieille recette hollywoodienne, et un surjeu à la Bollywood du jeune interprète) même si, concernant ce dernier reproche, Ang Lee, après avoir rencontré l'écrivain Steve Callahan, rescapé d'un naufrage ayant survécu 76 jours sur un radeau dans l'océan Atlantique, lui a demandé de participer à l’écriture, puis de rencontrer Suraj Sharma. Celui-ci lui a ainsi raconté que les émotions étaient amplifiées dans de telles circonstances, ce qui explique sans doute en partie son jeu qui manque de nuances.

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    Ang Lee a néanmoins relevé le défi de raconter l’histoire d’un homme « Seul au monde » avec une forme qui n’a rien à voir avec celle du film éponyme mais lorgne plutôt du côté d’ « Avatar », discours sur l’environnement y compris. Un conte fondamentalement cruel sous une apparence enchanteresse. Un voyage épique et poétique, un vertige sensoriel éblouissant à la narration imparfaite mais qui vaut le détour, ne serait-ce que pour la sensation jouissive de flotter sur les cieux ou encore parce qu’il nous montre qu’il faut apprivoiser l’autre, la nature, son imaginaire allant à l’encontre d’une société dans l’urgence et l’immédiateté. Au-delà de son aspect formel, c’est la polysémie de l’interprétation qui procure son originalité à ce film : le contraste passionnant entre la forme majestueuse et noble (comme un tigre) et le fond très cruel.

    Je vous recommande certes ce film, malgré mes réserves, vous l’aurez compris, mais si, vraiment, vous voulez voir une fable étourdissante et bouleversante, alors allez voir « Les Bêtes du sud sauvage » de Benh Zeitlin, film d’une beauté âpre et flamboyante qui est aussi un vibrant hommage au doux refuge de l’imaginaire. L’un n’empêche d’ailleurs pas l’autre mais le second possède ce supplément d’âme, justement de magie, d’insaisissable qui fait parfois défaut au premier et si « L’Odyssée de Pi » m’a charmée et intéressée, « Les Bêtes du Sud sauvage » (en salles le 12 décembre prochain) est un film qui m’a transportée, envoûtée, bouleversée.

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    Si vous voulez découvrir « L’Oydyssée de Pi », en avant-première, et dans des circonstances exceptionnelles, sachez enfin que le 9 décembre prochain, la 20th Century Fox organise une projection à 19h, à la piscine Pailleron, dans le 19ème . Les spectateurs assisteront ainsi à la projection dans un canot de sauvetage au milieu du bassin.

    Retrouvez également cette critique sur mon site http://inthemoodlemag.com et découvrez et éventuellement soutenez mon projet littéraire sur My Major Company, ici.

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  • Participez au Jour le plus court au cinéma Etoile Saint-Germain-des-Prés

    Ne pouvant y assister, c’est avec regret que j’ai dû céder ma place au sein du jury du Jour le plus court au cinéma Etoile Saint-Germain-des-Prés, un jury qui sera également composé de Stéphane Foenkinos, Julien Rappeneau et Keren Ann (sous réserve). Vous pouvez vous aussi participer à ce bel évènement qui se déroule de surcroît dans mon cinéma de prédilection, en votant pour le prix du public. Ce blog est d’ailleurs partenaire des « Soirées Ciné » du cinéma Etoile Saint-Germain-des-Prés et je vous ferai prochainement à nouveau gagner des places ici pour celui-ci, pour la séance d’ « Un coupable idéal », le 7 janvier.

    Mais revenons au « Jour le plus court »: parmi 7 courts -métrages sélectionnés, vous pourrez ainsi découvrir les talents de demain sur grand écran. Les occasions de voir des courts-métrages dans un tel cadre sont trop rares pour vous en priver…
    A l’issue des projections, vous pourrez assister à la remise de 2 prix : le Prix du Jury, composé de Stéphane FOENKINOS, Julien RAPPENEAU et Keren ANN (sous réserve), et le Prix du Public.

    SOYEZ ACTEUR de la soirée : VOTEZ pour le meilleur court métrage et remettez le Prix du Public ! Chaque film sera programmé une semaine au cinéma Étoile Saint-Germain des Prés !
    Les délibérations seront célèbrées autour d’une coupe de champagne qui clôturera cette soirée.
    PENSEZ À RÉSERVER DÈS MAINTENANT VOTRE PLACE à l’adresse reservations@etoile-cinemas.com
    Les courts métrages programmés :
    - Ce n’est pas un film de cow-boys de Benjamin Parent

    - Chacun sa nuit de Marina Diaby

    - Dans la jungle des villes de Stéphane Démoustier

    - Fais croquer de Yassine Qnia

    - Le pays qui n’existe pas de Cécile Ducrocq

    - Sac de noeuds de Eve Duchemin

    - Trois secondes et demie de Edouard Beaucamp

    Vous pouvez aussi suivre le Saint-Germain-des-Prés sur twitter ( @Cine_StGermain ), et sur Facebook ( https://www.facebook.com/#!/etoilestgermain?fref=ts ).

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  • Avant-première- Critique d’ « After » de Géraldine Maillet avec Raphaël Personnaz, Julie Gayet…

    Cliquez sur l'affiche pour accéder à ma critique en avant-première du premier long-métrage de Géraldine Maillet "After" avec Raphaël Personnaz et Julie Gayet.

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  • Critique de « Jack Reacher » de Christopher McQuarrie avec Tom Cruise, Rosamund Pike, Robert Duvall

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    Il est rare que je perde du temps ici à vous parler des films que je n’ai pas aimés mais quand je me dis que cela peut vous éviter de perdre votre précieux temps, je me dévoue à cette tâche basse et facile

    Le film est tiré d’un roman de Lee Child intitulé "Folie Furieuse" ("One Shot" en anglais). Il s’agit du neuvième tome de la saga « Jack Reacher ». Le neuvième volet fut le plus vendu, à pas moins de 60 millions d’exemplaires dans le monde.

    Un homme armé fait retentir six coups de feu. Du haut d’un immeuble où il domine le quartier, où les passants ne sont plus que des cibles à sa portée, il tue cinq personnes. Il est arrêté. Toutes les preuves l’accusent, et l’accusent avec un peu trop d’évidence. Lors de son interrogatoire, le suspect ne prononce qu’une phrase : «Trouvez Jack Reacher. »

    Les dix premières minutes, entièrement muettes, sont assez palpitantes, quoique recourant à un ressort assez malsain où les futures victimes deviennent des cibles aussi faciles à abattre que dans un jeu vidéo, où le spectateur est finalement complice de ce massacre qui en rappelle d’autres, réels ceux-là. Mais passons sur ce jugement de valeur qui serait bassement moraliste, je vous l’accorde.

     Il sera rapidement mis fin au pseudo-suspense énoncé par le titre (qui en fait le titre le plus inadéquat de l’année) puisque Jack Reacher est « introuvable sauf s’il le décide » et qu’il le décide au bout de dix minutes de film, non sans que son arrivée triomphale n’eut été précédée de plans de dos pour ménager l’apparition de la star, héros ou anti-héros (à vous de voir) qui est « Un genre de flic. Il se fout des preuves. Il se fout de la loi. Il veut juste que justice soit faite. »

    Jack Reacher est un justicier sans morale, viril, irrésistible, impitoyable, misogyne, il a une mémoire d’éléphant (comme tout le reste, c’est amené avec une ridicule grandiloquence) qui, à la demande de l’avocate du présumé coupable (qui est aussi la fille du procureur et qui tombe forcément immédiatement sous le charme de Jack Reacher) va partir en quête de la vérité sur laquelle le spectateur est constamment en avance, ce qui annihile tout début de commencement de suspense. Bref, le film tourne autour de Jack Reacher mais n'a rien à voir avec "Drive", un film auquel l'affiche et certaines scènes semblent d'ailleurs faire référence.

    C’est un hommage aux films d’action des années 1970, me rétorquera-t-on (oui, j’aime bien faire les questions et les réponses). La photographie de Caleb Deschanel, hommage aux films d’actions des années 1970 m’a laissée de marbre mais est d’ailleurs peut-être le seul atout du film. Certes, certaines scènes ridicules sont censées être irrésistibles (comme lorsque le décor abat les adversaires de Jack Reacher) et il faut prendre tout cela au second degré (enfin, j’ose l’espérer). Mais cela n’empêche que je me suis prodigieusement ennuyée, et si l’ennui n’est pas forcément un critère de bonne ou mauvaise qualité, c’est plus ennuyeux pour un film qui se qualifie de thriller.

    Au terme d’hommage je préfère donc celui de caricature : personnage féminin stupidement enamouré qui bave devant le torse nu de Jack, flic corrompu, méchants très méchants et vicieux, scénario abscons (rappelons que c’est ici la seconde réalisation de Christopher McQuarrie -dont le nom est d'ailleurs quasiment invisible sur l'affiche au contraire de celui de Tom Cruise, caractéristique des films d'auteurs...-, collaborateur de Bryan Singer sur de nombreux scénarii et notamment auteur du scénario de « Usual suspect » ou encore de « Walkyrie » avec un certain Tom Cruise) avec forcément, au dénouement, le face-à-face final sans oublier pour m’achever une métaphore basse et méprisable sur le cancer «  ces cellules qui augmentent inexorablement », genre de métaphores dont les médias abusent également et qui a le don de m’horripiler, argument totalement subjectif et sans lien avec le film, je vous l’accorde à nouveau mais qui, finalement, témoigne une nouvelle fois des ficelles faciles auxquelles le scénariste recourt. Le slogan de l'affiche qui s'applique au héros est "Pas de règles. Pas de limites". Il semblerait que ce soit aussi celui du scénario: pas de règles et pas de limites dans la caricature...

     Le film est produit par Paul Wagner ( à qui le dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville a rendu hommage) et par Tom Cruise à qui cette dernière est associée dans une société de production depuis 1993, c’est ce dernier qui a confié la réalisation à Christopher McQuarrie qui lui a évidemment donné le « beau » rôle.  Ne manquez pas non plus l’apparition du grand cinéaste Werner Herzog dont on se demande ce qu’il est allé faire dans cette galère…et vous obtiendrez le film le plus dispensable de l’année (avec « Nous York », dans un autre genre) ou alors laissez vos neurones et votre sens critique au vestiaire. Si vous aimez Tom Cruise, je vous conseillerais plutôt de revoir les « Mission impossible », cinéma de divertissement jubilatoire et plutôt malin, au contraire de ce film qui cherche avant tout à exploiter un filon. La preuve en ayant choisi d’adapter l’épisode de la saga Jack Reacher qui s’est le plus vendu et avec une fin qui appelle une suite (évidemment).

     

    Sortie en salles : le 26 décembre 2012

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  • Le Prix Louis-Delluc 2012 est décerné à ...

    Découvrez ma critique du prix Louis-Delluc 2012 en cliquant sur l'affiche:

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  • Nominations pour les Golden Globes 2013: Marion Cotillard, Audiard et Intouchables nommés

    Retrouvez les nominations complètes pour les Golden Globes 2013, catégorie cinéma, sur mon site In the mood for film festivals, en cliquant sur l'image ci-dessous.

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  • Critique de "Coeurs" d'Alain Resnais, à 20H45, le 13 décembre 2012, sur Ciné plus Emotion

    Alors que le meilleur film de l'année 2012 est pour moi "Vous n'avez encore rien vu" d'Alain Resnais, ce soir, sur Ciné plus Emotion, sera projeté "Coeurs" dont vous pouvez retrouver ma critique ci-dessous. Retrouvez également mes critiques de "Vous n'avez encore rien vu" et "On connaît la chanson" en cliquant ici.

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     « Cœurs » est un film de 2006. Le film choral était alors à la mode. Alain Resnais, cinéaste emblématique de la modernité, ne suit pas les modes mais les initie, encore. Malgré le temps, sa modernité n’a pas pris une ride et de ce point de vue du haut de ses 80 ans et quelques, mais surtout du haut de ses innombrables chefs d’œuvre (Hiroshima, mon amour, L’année dernière à Marienbad, Nuit et brouillard, On connaît la chanson, Smoking, no smoking, Je t’aime, je t’aime et tant d’autres), il reste le plus jeune des cinéastes. Coeurs est l’adaptation de Private fears in public places, une pièce de théâtre de l’auteur anglais Alain Ayckbourn dont Alain Resnais avait déjà adapté en 1993 une autre de ses œuvres, pour en faire Smoking, No smoking.

    Ce film, choral donc, croise les destins de six « cœurs en hiver » dans le quartier de la Grande Bibliothèque, quartier froid, moderne et impersonnel, sous la neige du début à la fin du film. La neige, glaciale, évidemment. La neige qui incite à se presser, à ne pas voir, à ne pas se rencontrer, à fuir l’extérieur. C’est donc à l’intérieur qu’il faut chercher la chaleur. Normalement. A l’intérieur qu’on devrait se croiser donc. Alors, oui, on se croise mais on ne se rencontre pas vraiment.

    C’est probablement d’On connaît la chanson que se rapproche le plus ce film, en particulier pour la solitude des personnages. Le dénouement est pourtant radicalement différent et avec les années qui séparent ces deux films la légèreté s’est un peu évaporée. Ainsi, dans On connaît la chanson les personnages chantent. Là, ils déchantent plutôt. Ils sont en quête surtout. En quête de désirs. De désir de vivre, surtout, aussi. Même dans un même lieu, même ensemble, ils sont constamment séparés : par un rideau de perle, par la neige, par une séparation au plafond, par une cloison en verre, par des couleurs contrastées, par des cœurs qui ne se comprennent plus et ne battent plus à l’unisson. Non, ces cœurs-là ne bondissent plus. Ils y aspirent pourtant.

    Le coeur se serre plus qu’il ne bondit. A cause des amours évanouis. Des parents disparus. Du temps passé. Ils sont enfermés dans leur nostalgie, leurs regrets même si la fantaisie et la poésie affleurent constamment sans jamais exploser vraiment. La fantaisie est finalement recouverte par la neige, par l’apparence de l’innocence. L’apparence seulement. Chaque personnage est auréolé de mystère. Resnais a compris qu’on peut dire beaucoup plus dans les silences, dans l’implicite, dans l’étrange que dans un excès de paroles, l’explicite, le didactique. Que la normalité n’est qu’un masque et un vain mot.

    Comme toujours chez Resnais les dialogues sont très et agréablement écrits. La mise en scène est particulièrement soignée : transitions magnifiquement réussies, contrastes sublimes et saisissants des couleurs chaudes et froides, jeu sur les apparences (encore elles). Rien d’étonnant à ce qu’il ait obtenu le Lion d’Argent du meilleur réalisateur à Venise.

    De la mélancolie, Alain Resnais est passé à la tristesse. De l’amour il est passé à la tendresse. Celle d’un frère et d’une sœur qui, à la fin, se retrouvent, seuls, enlacés. Sur l’écran de télévision qu’ils regardent, s’inscrit alors le mot fin. Espérons qu’elle ne préfigure pas la croyance du réalisateur en celle du cinéma, peut-être sa disparition sur le petit écran du moins. Peut-être la fin des illusions du cinéaste.

    En suivant les cœurs de ces personnages désenchantés, leurs « cœurs en hiver », Alain Resnais signe là un film particulièrement pessimiste, nostalgique, cruel parfois aussi. On en ressort tristes, nous aussi, tristes qu’il n’ait plus le cœur léger. Un film qui mérite néanmoins d’être vu. Pour ses acteurs magistraux et magistralement dirigés. Pour la voix de Claure Rich vociférant. Pour le vibrant monologue de Pierre Arditi. Pour le regard d’enfant pris en faute de Dussolier. Pour la grâce désenchantée d’Isabelle Carré. Pour la fantaisie sous-jacente de Sabine Azéma. Pour l’égarement de Lambert Wilson. Pour la voix chantante de Laura Morante soudainement aussi monotone que les appartements qu’elle visite. Pour et à cause de cette tristesse qui vous envahit insidieusement et ne vous quitte plus. Pour son esthétisme si singulier, si remarquablement soigné. Pour la sublime photographie d’Eric Gautier. Pour sa modernité, oui, encore et toujours. Parce que c’est une pierre de plus au magistral édifice qu’est l’œuvre d’Alain Resnais.

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