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  • Critique de "Ridicule" de Patrice Leconte, à 20H40, ce soir, sur Arte

     

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    1780. Le Marquis Grégoire Ponceludon de Malavoy (Charles Berling),  issu d'une famille d'ancienne noblesse provinciale, ingénieur de formation, cherche désespérément à assécher son marécageux pays des Dombes, ravagé par une épidémie. En dernier recours, il décide de gagner Versailles pour solliciter l'aide de Louis XVI. Muni d'une lettre de recommandation, il se rend tout d'abord chez Madame de Blayac (Fanny Ardant) mais son mari qu'il était venu voir vient de décéder. Agressé sur la route non loin de Versailles, il est secouru et recueilli par le Marquis de Bellegarde (Jean Rochefort).  Ce dernier cherche d'abord à le dissuader d'aller à la cour, si frivole et impitoyable, avant de céder devant son insistance.  Là, il retrouve Madame de Blayac et fait la connaissance des courtisans et notamment de l'Abbé de Vilecourt (Bernard Giraudeau).  Dans le même temps, il rencontre Mathilde (Judith Godrèche) la savante fille du Marquis de Bellegarde qui doit épouser un vieux et riche noble...

    En sélectionnant ce film pour l'ouverture du Festival de Cannes 1996, Gilles Jacob a fait preuve d'un redoutable cynisme, certainement involontaire, tant les personnages de « Ridicule » sont d'une troublante modernité, et pourraient appartenir à des univers beaucoup plus contemporains que celui de la cour de Louis XVI, qu'ils soient médiatiques, politiques ou cinématographiques. Jusqu'où aller pour réaliser ses objectifs aussi nobles (dans les deux sens du terme) soient-ils ? Jusqu'où aller sans compromettre ses principes ni se compromettre ?

    Pour les courtisans de « Ridicule », les joutes verbales sont les cruelles, sauvages et violentes armes d'une guerre dont le ridicule est le terrible signe de reddition. L'autre n'est alors qu'un faire-valoir et qu'importe si pour briller, sauver la face, il faut l'anéantir en le ridiculisant. Pour Jean Rochefort «  C'est un western dons lequel on a remplacé les colts par des mots d'esprit ». La vive mise en scène de Patrice Leconte souligne ainsi ces échanges verbaux assénés comme des coups mortels, dégainés  sans la moindre vergogne avec pour seul souci de leurs auteurs de rester dans les bonnes grâces de la cour et du roi. Le bel esprit est alors un poison violent et vénéneux qui contamine et condamne quiconque souhaite s'en approcher. Menace constante et fatale qui plane au-dessus de chaque courtisan : le ridicule. Le langage devient l'arme de l'ambition et du paraître car « le bel esprit ouvre des portes » mais « la droiture et le bel esprit sont rarement réunis ».

    Derrière l'éclat de Versailles, derrière la blancheur à la fois virginale et cadavérique dont s'enduisent les corps et les visages se cache une cruelle noirceur, un narquois sursaut de vie,  derrière le raffinement une vulgarité indicible, un mal qui les ronge de l'intérieur comme la cour est progressivement rongée par son pathétique bel esprit, bientôt par les Lumières, une cour qui se prévaut du bel esprit de Voltaire tout en rejetant l'Esprit des Lumières qui lui sera fatal. C'est le crépuscule d'une époque annonciatrice de la Révolution. La cour parade et brille de toute sa paradoxale noirceur mais le désenchantement et le déclin la guettent. Epoque de contradictions entre les Lumières et ses découvertes scientifiques et un monde qui périclite. Portrait d'un monde qui se sait déclinant et refuse pourtant de mourir. A tout prix. Madame de Blayac incarne la conscience de ce déclin qu'elle tente de masquer par une cruauté désenchantée consciente de ses vanités et de sa vanité.

    Les savoureux et cruels dialogues, ces jeux dangereux voire mortels font penser au cynisme des « Liaisons dangereuses » de Choderlos de Laclos ou aux bons mots de Guitry. Le scénario est ainsi signé Rémi Waterhouse et inspiré des écrits de la Comtesse de Boigne.

    De twitter et ses phrases lapidaires avec lesquelles certains se réjouissent de faire preuve d'un pseudo bel esprit a fortiori si c'est au détriment d'autrui, des critiques cinématographiques (qui ont d'ailleurs tellement et injustement malmené Patrice Leconte) qui cherchent à briller en noircissant des pages blanches de leur fiel, des couloirs de chaînes de télévision dont l'audience justifie toute concession à la morale et parfois la dignité, de la Roche de Solutré hier à la Lanterne de Versailles aujourd'hui, de ces comiques ravis de ternir une réputation d'un mot cruel, prêts à tuer pour et avec un bon mot pour voir une lueur d'intérêt dans les yeux de leur public roi, que ne ferait-on pas pour briller dans le regard  du pouvoir ou d'un public, fut-ce en portant une estocade lâche, vile et parfois fatale. L'attrait du pouvoir et des lumières (médiatiques, rien à voir avec celles du XVIIIème) est toujours aussi intense, l'esprit de cour bel et bien là, bien que celle de Versailles ait été officiellement déchu il y a plus de deux siècles.

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    Le choix des comédiens principaux est aussi pour beaucoup dans cette réussite de Jean Rochefort, partagé entre ces deux mondes, à Charles Berling dont c'est ici le premier grand rôle qui y apporte son prompt et fougueux esprit, à Bernard Giraudeau, baroque et pathétique au nom si parlant d'abbé Vilecourt, en passant par Fanny Ardant cruelle, lucide et donc malgré tout touchante sans oublier Judith Godrèche d'une attendrissante candeur et obstination.

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    Pour son premier film en costumes, à partir d'un excellent scénario, Patrice Leconte a réalisé un film d'une réjouissante modernité, à la mise en scène duale et aussi élégante que les courtisans qui traversent son film sont inélégants, un film mordant aussi cruel que raffiné qui  s'achève en faisant tomber les masques de la cour et triompher les Lumières. Alors laissez-vous aller au plaisir coupable des bout rimés,  bons mots, saillies drôlatiques et autres signes du bel esprit de cette cour de Versailles, tellement intemporelle et universelle.

    De Patrice Leconte, je vous recommande aussi :  « Monsieur Hire », « La fille sur le pont », « Dogora ».

  • Critique "Pour Elle" de Fred Cavayé (ce soir sur Canal + décalé)

    Pour ceux qui auraient manqué "Pour elle" lors de sa sortie en salles ou hier soir sur Canal +, sachez qu'il sera diffusé ce soir, à 20H45, sur Canal + décalé. Plutôt que le désolant deuxième film du même Fred Cavayé "A bout portant", je vous recommande donc l'excellent "Pour elle".

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    Lisa (Diane Krüger) et Julien (Vincent Lindon) forment un couple heureux et amoureux, avec leur fils Oscar. Un matin, brusquement, leur vie bascule dans l’absurdité et l’horreur lorsque la police débarque chez eux pour arrêter Lisa, accusée de meurtre puis condamnée à vingt ans de prison. Julien, professeur et fils mal aimé de son état, va alors être prêt à tout pour  la faire évader.

     Jusqu’où iriez-vous par amour ? Jusqu’où sera-t-il prêt à aller pour elle ? Loin. Très loin. Au-delà des frontières. De la raison. De la légalité. Du Bien et du Mal. Plutôt que de s’appesantir sur leur vie d’avant, Frec Cavayé (d’après une idée originale du scénariste Guillaume Lemans) choisit de nous montrer deux scènes assez courtes qui suffisent pour camper un couple amoureux comme au premier jour et une Lisa, lumineuse, deux scènes qui suffisent à expliquer le tourbillon infernal dans lequel va ensuite tomber Julien.

    Si on se demande un temps pourquoi Julien ne met pas toute cette énergie à essayer de trouver la véritable coupable (Lisa serait emprisonnée à tort) plutôt qu’à la faire évader, la force du montage et la force de l’interprétation parviennent à nous le faire oublier. Voir Lisa enfermée, se laissée dépérir, s’assombrir est pour Julien insupportable. Sa rage, son sentiment d’injustice et surtout son amour pour Lisa vont transformer le tranquille professeur en criminel, vont conduire à le faire basculer dans un univers a priori très éloigné du sien, dans une violence incontrôlable.

     La caméra au plus près des visages, nous enferme avec Julien dans sa folie (on ne voit d’ailleurs presque rien de sa vie étrangère à son plan d’évasion, il n’est montré qu’une seule fois dans sa salle de classe, cette –ir-réalité n’existe plus pour lui) ou avec Lisa dans sa prison, nous faisant occulter les invraisemblances du scénario et des moyens pour nous concentrer sur la force et la vraisemblance des motivations. Et pour que nous y croyions il fallait un acteur de la dimension de Vincent Lindon.  Vincent Lindon et qui d’autre ? Je ne vois pas. Je ne vois pas tellement le mélange de force et de fragilité, de détermination et de folie qu’il dégage pour ce rôle, qui occupe, consume, magnétise l’écran et notre attention, tellement le personnage qu’il incarne, à qui il donne corps (sa démarche, son dos parfois voûté ou au contraire droit menaçant, ses regards évasifs ou fous mais suffisamment nuancés dans l’un et l’autre cas ) et vie semblent ne pouvoir appartenir à aucun autre. Je ne vois pas qui d’autre aurait pu rendre crédible ce personnage et continuer à nous le rendre sympathique, du moins excusable, malgré tout.

    L’intrigue va à l’essentiel : la détermination furieuse, parfois aveugle, de Julien (à l’image de la surdité de la justice vis-à-vis de Lisa). Le scénario est épuré comme les murs d’une prison. Ce qui ne veut pas dire que le style est dénué d’émotion. Au contraire. Il la suscite sans la forcer. En nous montrant cet homme seul, fragilisé, aux forces décuplées. En nous montrant cet homme lui aussi dans une prison, celle de la caméra, celle de sa folie amoureuse (pléonasme ou antithèse : à vous de voir), celle de son incommunicabilité de sa douleur (avec son père, Olivier Perrier, parfait dans la retenue et la froideur). La relation paternelle est aussi au centre de l’histoire. Ce sont aussi deux pères qui vont très loin par amour. A leur manière.

    La musique, irréprochable ( de Klaus Badelt, qui a notamment travaillé avec Terrence Malick et Micheal Mann) ajoute ce qu’il faut quand il faut pour accroître la tension, déjà palpable.

    Au final, un thriller sentimental que la force de l’interprétation, magistrale, de son acteur principal (« Pour elle » vaut donc le déplacement, ne serait-ce que pour lui à qui le film doit de captiver, capturer notre attention et empathie), la vigueur, le rythme et l’intelligence du montage rendent haletant, nous faisant oublier les invraisemblances du scénario, croire et excuser toutes les folies auxquelles son amour (le, les) conduit.  Un premier long particulièrement prometteur…

  • Prix Lumière 2011 de la critique internationale : nominations, commentaires et critiques des films nommés

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    Alors que les Golden Globe awards viennent de dévoiler la liste de leurs nommés, c'est au tour de leur équivalent français: les Lumières.  Les Prix Lumières de la critique internationale sont attribués chaque année aux meilleurs films du cinéma français (ou francophone) par l’Académie Lumière qui compte  plus de 200 représentants de la presse internationale en poste à Paris. Egalement à l'image des Golden Globe awards qui préfigurent les Oscars, un prix Lumière est souvent annonciateur d'un César.

    Ces nominations réservent quelques surprises même si les 4 nominations pour "Des hommes et des dieux" de Xavier Beauvois ne sont guère surprenantes, juste devant le "Gainsbourg" de Joann Sfar et "The Ghost-writer" de Roman Polanski qui totalisent chacun 3 nominations. Plus surprenante la nomination du décevant "L'Illusionniste" de Sylvain Chomet comme meilleur film.

    Je me réjouis des nominations de "L'arbre", (un peu ignoré à sa sortie, film de clôture du Festival de Cannes 2010) de "Tout ce qui brille" (une vraie bonne comédie) et de "Hors-la-loi" (injustement malmené par la critique et désservi par une polémique qui n'avait pas lieu d'être) pour le prix Lumière du meilleur scénario (et bien sûr de celle de "The Ghost Writer", néanmoins moins surprenante).

    Pour la meilleure actrice le choix sera difficile même si la performance (mais qui ne donnait pas l'impression d'en être une) de Juliette Binoche dans "Copie conforme" m'a époustouflée. Catherine Deneuve est lumineuse et étincelante dans "Potiche" et j'en attends beaucoup d'Isabelle Carré dans "Les émotifs anonymes" que je n'ai pas encore vu. Quant à Kristin Scott Thomas, dans "Elle s'appelait Sarah", elle est comme toujours très juste et émouvante.

    Pour le meilleur acteur, là aussi je me réjouis de la double nomination de Lambert Wilson, un juste retour des choses alors que Cannes l'avait ignoré alors que ces deux films ("Des hommes et des dieux" et "La Princesse de Montpensier") y étaient présentés en compétition, et qu'il excelle dans les deux. Eric Elmosnino est lui aussi bluffant dans "Gainsbourg (vie héroïque)". Là encore: choix cornélien.

    Enfin, ce n'est que justuce de retrouver le petit génie Xavier Dolan dans la catégorie meilleur film francophone (hors France) pour "Les amours imaginaires".

    Les lauréats avaient la plupart fait le déplacement l'an passé, l'édition 2011 s'annonce donc prestigieuse. J'y serai et vous pourrez en trouver ici mon compte rendu. En attendant retrouvez mon compte rendu de l'édition 2010 en cliquant ici.  Pour lire mes critiques des films nommés, cliquez sur les noms ci-dessus.

    MEILLEUR FILM
    Carlos d’Olivier Assayas
    Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois
    Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar
    The Ghost Writer de Roman Polanski
    L’Illusionniste de Sylvain Chomet

    MEILLEUR REALISATEUR
    Mathieu Amalric pour Tournée
    Olivier Assayas pour Carlos
    Xavier Beauvois pour Des hommes et des dieux
    Roman Polanski pour The Ghost Writer
    Joann Sfar pour Gainsbourg (vie héroïque)

    MEILLEUR SCENARIO
    Julie Bertuccelli pour L’Arbre
    Olivier Lorelle, Rachid Bouchareb pour Hors-la-loi
    Robert Harris, Roman Polanski pour The Ghost Writer
    Michel Leclerc, Baya Kasmi pour Le Nom des gens
    Géraldine Nakache, Hervé Mimran pour Tout ce qui brille

    MEILLEURE ACTRICE
    Juliette Binoche pour Copie conforme d’Abbas Kiarostami
    Isabelle Carré pour Les Emotifs anonymes de Jean-Pierre Améris
    Catherine Deneuve pour Potiche de François Ozon
    Ludivine Sagnier pour Pieds nus sur les limaces de Fabienne Berthaud
    Kristin Scott Thomas pour Elle s’appelait Sarah de Gilles Paquet-Brenner

    MEILLEUR ACTEUR
    Romain Duris pour L’Arnacoeur de Pascal Chaumeil et L’Homme qui voulait vivre sa vie d’Eric Lartigau
    Eric Elmosnino pour Gainsbourg (vie héroïque) de Joann Sfar
    Michael Lonsdale pour Des hommes et des dieux de Xavier Beauvois
    Édgar Ramírez pour Carlos de Olivier Assayas
    Lambert Wilson pour Des Hommes et des Dieux de Xavier Beauvois et La Princesse de Montpensier de Bertrand Tavernier

    MEILLEUR ESPOIR FEMININ
    Lolita Chammah pour Copacabana de Marc Fitoussi
    Linda Doudaeva pour Les Mains en l’air de Romain Goupil
    Marie Féret pour Nannerl, la soeur de Mozart de René Féret
    Nina Rodriguez pour No et moi de Zabou Breitman
    Yahima Torres pour Vénus Noire d’Abdellatif Kechiche

    MEILLEUR ESPOIR MASCULIN
    Emile Berling pour Le Bruit des glaçons de Bertrand Blier
    Nahuel Perez Biscayart pour Au fond des bois de Benoît Jacquot
    Antonin Chalon pour No et moi de Zabou Breitman
    Jules Pelissier pour Simon Werner a disparu de Fabrice Gobert
    Aymen Saïdi pour Dernier étage, gauche, gauche d’Angelo Clanci

    MEILLEUR FILM FRANCOPHONE (hors France)
    Amer d’Hélène Cattet, Bruno Forzani (Belgique, France)
    Les Amours imaginaires de Xavier Dolan (Québec)
    Un Homme qui crie de Mahamat Saleh Haroun (France, Belgique, Tchad)
    Illégal d’Olivier Masset-Depasse (Belgique, Luxembourg, France)
    Orly d’Angela Schanelec (Allemagne, France)

  • Bande-annonce d'"Au-delà" (Hereafter) le nouveau film de Clint Eastwood

     

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    J'ai découvert pour la première fois cette bande-annonce hier et j'avoue qu'elle m'a donnée la chair de poule et très envie de découvrir ce nouveau film de ce cinéaste qui ne cesse de me ravir et surprendre. Il sort en salles le 19 janvier 2011, je vous en parlerai bientôt en avant-première. En attendant, retrouvez mes critiques de "Gran Torino", "Sur la route de Madison".

    Après le choc "Black swan" de Darren Aronofsky, une année 2011, qui s'annonce bien moins tiède et plus passionnante, cinématograohiquement, que la précèdente.

    En VF...

    ...et en VO:

  • Hors-série du magazine Trois couleurs sur Sofia Coppola

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    Il y a plusieurs semaines déjà je vous livrais ici ma critique en avant-première de "Somewhere" de Sofia Coppola qui sortira en salles le 5 janvier 2011. A cette occasion, après deux hors-séries dédiés à la contre-culture américaine et aux Doors,  le mensuel culturel Trois couleurs consacre son troisième hors-série à la réalisatrice. Ce magazine chic ET intéressant est en vente en kiosques partout en France depuis le 15 décembre (et sur Amazon).

    Cette édition collector revient sur la genèse de "Somewhere", ses influences, ses résonances avec d’autres artistes, d’autres disciplines.  À partir d'une longue interview de Sofia Coppola et de ses acteurs, le magazine évoque les obsessions de la réalisatrice, qu’elles soient formelles ou thématiques (miroirs, jeunes filles perdues, enfermement), son utilisation très personnelle de la musique (de Air à Phoenix), son rapport fécond à l’univers de la mode, ou encore sa place au sein du clan Coppola, dont une ample généalogie est proposée au lecteur.  Ce tour d’horizon est complété par une histoire du Château Marmont (l’hôtel mythique où a été tourné Somewhere), mais aussi par un panorama des plus grands acteurs et réalisateurs italo-américains (de Capra à Scorsese, d’Al Pacino à Ferrara), un portrait des soeurs Shannon (stars sulfureuses du pole dance, à l'honneur dans Somewhere), et un port-folio d’images du film commentées par Sofia Coppola et Harris Savides (directeur de la photographie de Somewhere, collaborateur régulier de Gus Van Sant, David Fincher ou James Gray).  Grande amatrice de Sofia Coppola, la jeune dessinatrice Nine Antico, auteur de la BD événement Coney Island Baby (L'Association), se charge d’une partie des illustrations. 

  • Avant-première – Dany Boon présente « Rien à déclarer » au Cinéville de Laval (vidéo et critique)

     

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    laval.jpgDélaissant pour un (court) temps les avant-premières parisiennes et projections presse, c’est dans mon charmant et malheureusement méconnu palindrome natal que j’ai assisté à l’avant-première du nouveau film de Dany Boon en tant que réalisateur (et interprète d’ailleurs) : « Rien à déclarer ». Ce dernier était accompagné de Bruno Lochet et de Julie Bernard et finalement pas de Benoît Poelvoorde, pourtant annoncé (cf les explications de Dany Boon dans ma vidéo).

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     Dany Boon dégage tellement de gentillesse et humilité rares que j’aurais adoré aimer son film et le défendre ardemment contre les journalistes ou pseudo-journalistes qui, pour la plupart, ne prendront certainement même pas le temps d’aller le voir (comme un détracteur de « Bienvenue chez les chtis » l’a récemment avoué…). Malheureusement, tout comme « Bienvenue chez les chtis » et même a fortiori, « Rien à déclarer » fait preuve d’un humour suranné, enfantin et gentil(let) qui, d’ailleurs,  dans la salle faisait surtout rire les enfants et qui tranche, certes, avec beaucoup de bonne volonté avec le (tout aussi) désolant cynisme à la mode.

    Le synopsis est lui aussi d’une simplicité enfantine. 1er janvier 1993 : passage à l'Europe oblige, deux douaniers, l'un Belge francophobe interprété par Benoît Poelvoorde, l'autre Français, interprété par Dany Boon, apprennent la disparition prochaine de leur petit poste de douane fixe situé dans la commune de Courquain France et Koorkin Belgique. Les deux ennemis d’hier vont devoir cohabiter et vaincre leurs préjugés.

    Même si la réalisation s’améliore, comme « Bienvenue chez les chtis », « Rien à déclarer » nous plonge dans un cinéma et une France anachroniques, voire ici d’un autre temps. « Rien à déclarer » se présente comme une leçon de morale adressée aux enfants, sur les préjugés racistes symbolisés par le francophobe douanier belge. Hier Dany Boon combattait les préjugés sur le Nord, aujourd’hui les préjugés racistes qualifiant son film de « comédie sociale » (Mike Leigh et Ken Loach n’ont qu’à bien se tenir...)

    Dany Boon semble avoir pioché des idées ici et là : dans les « Gendarmes à Saint-Tropez », dans le duo Bourvil / De Funès (il fait un charmant Bourvil et Poelvoorde un De Funès aigri, râleur, raciste plus vrai que nature  et on s’attend à tout instant à ce qu’ils disent « forcément elle va moins bien marcher maintenant» à propos de leur 4L), dans « Taxi »,  dans les comédies américaines avec le chien pataud de rigueur ou encore dans les séries B avec les seconds rôles décalés et surjoués.

    Si cette troisième réalisation de Dany Boon à l’image des deux premières est toujours pleine de naïveté et de bons sentiments, cette fois il a rajouté une couche d’humour vulgaire racoleur assez consternant.

    La tendresse avec laquelle Dany Boon filme ses personnages, et à nouveau l’absence totale de cynisme (qui n’empêche pas la vulgarité, donc) sont certes louables mais même malgré des acteurs convaincants (François Damiens, Karin Viard) qu’il prend visiblement plaisir à filmer autant que ces derniers en prennent à jouer (des rôles très caricaturaux), ni lui ni ces derniers ne sont parvenus à empêcher l’ennui de s’installer.

    Une sortie anticipée est prévue dans le Nord et en Blegique le 26 janvier et dans le reste de la France le 2 février. Sans doute était-il difficile de repasser derrière la caméra après le plus gros carton du cinéma français au succès aussi irrationnel et imprévisible que serait pour moi celui, éventuel, de ce « Rien à déclarer » obsolète. Un conseil : regardez la vidéo où Dany Boon apparaît drôle, tendre et humble, une attitude à l'image de laquelle nous ne pouvons que lui souhaiter de parvenir à faire ressembler son cinéma.

     

  • Avant-première - Critique de "Another year" de Mike Leigh

     

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     « Another year » de Mike Leigh était présenté en compétition du Festival de Cannes 2010 où il figurait parmi les favoris. Un vrai mystère puisque très peu d'informations avaient filtré  sur ce film avant la projection. Onzième film de Mike Leigh qui fait partie du cercle fermé des réalisateurs ayant déjà obtenu la palme d'or (pour « Secrets et mensonges » en 1996 même si je lui préfère largement « All or nothing ») ou encore le prix de la mise en scène pour « Naked » en 1993, « Another year » était ainsi le quatrième film de Mike Leigh en compétition à Cannes. Jim Broadbent, Philip Davis, Imelda Staunton, les acteurs fétiches du réalisateur, sont ainsi de nouveau de la partie.

    Synopsis :L'histoire d'un couple heureux (Tom, géologue, et Gerri, psychologue !) qui va devoir supporter les tracas de son entourage.

    « Another year » est avant tout centré sur ses personnages, à la fois communs et atypiques mais en tout cas dépeints avec beaucoup d'humanité, de sensibilité, d'empathie. La caméra scrute habilement et pudiquement leurs visages et le basculement d'une émotion à son contraire que la première masquait.

     Mike Leigh est particulièrement doué pour capturer les choses de la vie, une mélancolie, une solitude derrière une exubérance. Si son film comme toujours se passe dans un milieu bien particulier (la classe britannique « moyenne », voire pauvre, avec toujours le chômage en arrière-plan) chacun pourra se reconnaître dans l'un de ses personnages vibrants d'humanité, et d'émouvantes contradictions.

    « Another year » est divisé en 4 saisons, (printemps, été, automne, hiver) :  en une année, à la fois comme les autres et différente des autres, alors que les jours et les saisons s'égrènent, le couple de Tom et Gerri reste la stabilité au centre de ce petit monde. En une année, ce sont les tourments et les bonheurs de l'existence qui se déroulent autour d'eux : deuil, séparation, rencontre, naissance, dépression...

    Mike Leigh sait tourner en dérision les situations dramatiques sans que jamais ses personnages soient ridiculisés mais au contraire en    faisant des héros du quotidien ( des « héros cachés ») de ces êtres perdus qui donnent constamment le change comme Mary ( formidable Lesley Manville), l'amie envahissante du couple ou encore comme  Tom le frère qui perd sa femme (très beau personnage digne, tout en silences et pudeur), Ken l'ami qui, comme Mary noie souvent sa solitude dans l'alcool et fait de vaines avances à cette dernière.

    Des tons doux et lumineux du printemps et de l'été, finit par tourner au gris d'un hiver crépusculaire au cours duquel le vrai visage de Mary se révèle dans un dernier plan aussi simple, profond que bouleversant.

      De très bons dialogues et des comédiens excellemment dirigés contribuent enfin à faire de ce film  une saison particulière à la fois drôle et nostalgique, et en tout cas profondément humaine et universelle dont la morale à la Voltaire pourrait être « Il faut cultiver notre jardin » (Tom et Gerri y passent ainsi beaucoup de temps au sens propre comme au figuré... : ils s'appliquent ainsi à changer et améliorer ou du moins aider le monde qui les entoure). Un film qui aurait (au moins) mérité un prix du scénario  pour son apparente simplicité qui met si bien en valeur la complexité  et les tourments cachés de ses personnages.