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kad merad

  • « Mes stars et moi » de Laetitia Colombani : agent très spécial en manque de folie

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    alafolie.gifAyant le souvenir du précédent film de la réalisatrice « A la folie, pas du tout » un film aussi réjouissant qu’inquiétant dont j’avais particulièrement aimé l’écriture précise, ciselée, et l’originalité, trouvant le synopsis de ce nouveau film plutôt alléchant c’est avec enthousiasme que je suis allée à la rencontre de ces stars et de leur fan.

    Passionné par les actrices, Robert Pelage (Kad Merad) est un  fan particulièrement collant. Agent de service la nuit dans une grande agence artistique pour laquelle travaille un certain Dominique Bhe (Dominique Besnehard), il consacre toutes ses journées à "ses" stars, qu'il suit sans relâche, et dont il n'hésite pas à se mêler de la vie, annulant ainsi des rendez-vous lorsqu’il juge un rôle pas assez bien pour elles ou massacrant la voiture d’un journaliste indélicat. Réunies sur un même tournage, ses trois actrices préférées Solange Duvivier (Catherine Deneuve), Isabelle Serenna (Emmanuelle Béart) et l’ingénue Violette Duval (Mélanie Bernier) découvrent un jour qu'elles ont le même problème... avec le même fan. Elles vont alors décider de s'unir pour lui régler son compte : elles étaient ses idoles... elles vont devenir son pire cauchemar !

    Je commence à en savoir quelque chose : le milieu du cinéma est particulièrement intéressant à observer, disséquer pouvant être aussi sublime que grotesque, magique que cruel, fascinant que dérisoire. C’est sans doute la plus grande déception du film :  que Laetitia Colombani qui a prouvé que sa plume de scénariste pouvait elle aussi être savamment cruelle dépeigne ici un milieu du cinéma rose bonbon dont les seuls travers sont finalement ceux que même des observateurs extérieurs peuvent connaître ou caricaturer : le piston (finalement pas pire que dans n’importe quel autre milieu, juste plus « remarquable »), et la tendance de l’entourage à s’approprier et gérer les vies tumultueuses de leurs stars (notamment ici le personnage de Victor-Rufus – qui à force de vouloir aider et servir Solange Duvivier la prive de toute liberté et de tout libre arbitre) et ce qui aurait pu être « petits meurtres entre amis » se transforme rapidement en « Cinema Paradiso »  mais après tout c’est un parti pris… qui aurait pu être intéressant néanmoins mais malheureusement le changement des uns et des autres est trop rapide pour être crédible (sans parler du fait qu’Isabelle connaisse l’adresse de Robert mais ignore tout de son métier), même dans une comédie, les propos acerbes que s’échangent Solange et Isabelle laissant trop rapidement place à la complicité et ôtant ainsi tout leur sel aux dialogues que leur jeu et le plaisir qu’elles semblaient  avoir à échanger ces méchancetés mettait pourtant bien en valeur.  Robert Pelage change lui aussi très (trop) rapidement passant en un rien de temps de l’idolâtrie à la peur. Le « Backstage » d’Emmanuelle Bercot était de ce point de vue beaucoup plus intéressant traitant davantage de la folie idolâtre et de ses ravages, là où amour et haine sont si proches.

    Et puis comme dans « Les acteurs » de Blier peut-être aurait-il finalement été plus amusant de  laisser aux « professionnels de la profession » leurs propres noms plutôt que de les affubler de pseudonymes plus ridicules que drôles (Patrice Leconte devient Patrice Leduc, Dominique Besnehard devient Dominique Bhe), ou même de laisser aux trois stars leurs propres noms celles-ci jouant finalement avec leurs propres images. Quant à la scène animalière drôle-attendrissante, elle semble devenir le passage obligé de toute comédie, l’enjeu consistant désormais à trouver l’animal au physique le plus improbable (ici un chat dépressif et grognon répondant au doux nom de J.R).

    La mise en scène est malheureusement aussi lisse que le scénario. Restent quelques répliques savoureuses, le jeu en vigueur et émotions d’Emmanuelle Béart, la douceur de Maria de Medeiros  ( trop rare encore au cinéma et qui volerait presque la vedette aux trois « stars » du film), la loufoquerie savoureuse de Catherine Deneuve (pour ceux qui sont inconditionnels de l’actrice, je vous conseille « Je veux voir » de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige dont je vous ai déjà parlé lors du dernier Festival de Cannes, un petit bijou dans lequel elle est époustouflante de talent, de sobriété, d’écoute et de courage dont je vous reparlerai lors de sa sortie en salles le 3 décembre 2008) et Kad Merad toujours aussi juste, donnant une dimension tragi-comique à un rôle qui aurait rapidement pu s’avérer inquiétant ou malsain (peut-être aurait-ce d’ailleurs été plus intéressant...)

    Laetitia Colombani dont le thème du mémoire était « La folie au cinéma » semble donc très attachée à ce sujet qui ne manque pas d’intérêt. J’irai donc voir le prochain film de cette réalisatrice dont la folie douce reste attachante et particulièrement prometteuse, malgré tout. Peut-être a-t-elle été tout simplement trop impressionnée par son sujet (pas facile de parler du milieu auquel on appartient…) et  par la dimension de ses « stars » bridant peut-être malgré elle sa folie…

    Site officiel du film: http://www.messtarsetmoi-lefilm.com

  • « Faubourg 36 » de Christophe Barratier : un hommage au cinéma d’hier

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    Je l’avoue : je n’avais aucune envie de voir ce film, la bande annonce me laissait présager un film daté et artificiel mais ayant vu tous les autres films à l’affiche dans mes cinéma favoris, je me suis finalement laissée tenter. Il m’a fallu un petit bout de temps pour m’accoutumer à ce cinéma désuet, à sa succession frénétique de plans, de situations et de personnages stéréotypés et puis je me suis replongée sans déplaisir dans mes souvenirs de ce cinéma que j’aimais tant : celui de Carné, de Duvivier, de Becker (Jacques) , celui de l’avant-guerre , perdu quelque part entre les espoirs du Front populaire et la montée des extrêmes et de l’antisémitisme, avec des références aussi à celui que l’on appelait de qualité française (cinéma de studio et de scénaristes d’après-guerre. )

     Evidemment ce film n’a rien à voir avec « Entre les murs » par exemple actuellement à l’affiche et il ne prétend d’ailleurs nullement au même cinéma (si vous ne devez voir qu’un film ce mois-ci c’est évidemment celui de Laurent Cantet) mais aussi diamétralement opposés que soient leurs styles et leurs écritures (d’ailleurs ne vous y trompez pas « Entre les murs » est un film très écrit, parfaitement écrit  même au point de donner cette parfaite illusion du documentaire, de vérité prise sur le vif) je les crois portés par la même sincérité, la même envie de mener un genre à son paroxysme, le même perfectionnisme.

    Dans un faubourg populaire du nord de Paris en 1936, l'élection printanière du gouvernement de Front Populaire fait naître les plus folles espérances et favorise la montée des extrêmes. C'est là que trois ouvriers du spectacle au chômage Pigoil, Milou et Jacky  ( respectivement incarnés par Gérard Jugnot, Clovis Cornillac et Kad Merad) décident d'occuper de force le music-hall qui les employait il y a quelques mois encore, pour y monter un "spectacle à succès".

    Clovis Cornillac ressemble à s’y méprendre à Jean Gabin dans les films d’avant-guerre, Nora Arnezeder (la découverte du film comme Jean-Baptiste Maunier dans « Les Choristes » avec lequel elle a un commun une fraîcheur et un talent éclatants) à Michèle Morgan : tous deux font inévitablement penser au couple mythique Nelly et Jean du « Quai des Brumes » de Marcel Carné auquel un plan d’ailleurs fait explicitement référence. Bernard-Pierre Donnadieu (Galapiat), quant à lui,  fait penser à Pierre Brasseur (Frédérick Lemaître) dans « Les enfants du paradis » de Carné et à  Jules Berry (Valentin) dans « Le jour se lève »  du même Carné  ou  dont j’ai d’ailleurs cru reconnaître le célèbre immeuble dessiné par Alexandre Trauner dans le premier plan du film… Les décors du film entier  font d’ailleurs penser à ceux de Trauner, avec cette photographie exagérément lumineuse entre projecteurs de théâtre et réverbères sous lesquels Paris et les regards scintillent de mille feux incandescents et mélancoliques. Et l'amitié qui unit les protagonistes de ce "Faubourg 36" fait évidemment penser à celle qui unissait ceux de "La belle équipe" de Duvivier. (Voir mes critiques des films précités dans ce paragraphe en cliquant ici).

      Barratier assume donc ses références, celles d’un cinéma académique, classique et populaire, prévisible,  empreint d’une douce nostalgie. Dommage qu’il n’ait pas trouvé un dialoguiste du talent de Prévert et qu’à la fin les personnages incarnés par Clovis Cornillac et Nora Arnezeder passent au second plan mais après tout le film s’intitule « Faubourg 36 » : c’est lui le vrai héros du film, lequel n’est pas vraiment une comédie musicale (même si la fin du film s’y apparente avec une belle énergie), plutôt un film sur un music hall, ceux qui le font vivre, pour qui il est une raison de vivre. Le destin, le conte de fée  d’une « Môme » qui assume pleinement le genre du film  sans les excès mélodramatiques et les maquillages outranciers du film éponyme...auquel quelques plans font d’ailleurs étrangement songer.

     On en reste peut-être un peu trop à distance comme on regarderait un beau spectacle avec l’impression que ses artistes s’amusent beaucoup entre eux mais ne nous font pas totalement entrer dans la danse mais ce voyage dans le temps et dans le cinéma d’hier que Christophe Barratier fait revivre le temps d’un film vaut néanmoins le détour ne seraient-ce que pour la beauté des plans emportés par une caméra dynamique, et pour ses comédiens portés par une énergie admirable au premier rang desquels François Morel qui apporte ici sa fantaisie imparable, Pierre Richard et sa bonhomie clownesque, Gérard Jugnot sa touchante justesse, Kad Merad son goût du second degré et sa –belle- voix que l’on découvre, et les seconds rôles qui, à l’image de ceux du cinéma auquel Barratier rend hommage, existent réellement.

     Quatre ans après « Les Choristes » (8 million de spectateurs) Christophe Barratier avec son second film a eu l’intelligence de ne pas forcer sa nature, d’être fidèle à ses convictions cinématographiques et impose  ainsi son style joliment désuet, musical, mélancolique, sentimental, photogénique (Tom Stern, photographie de Clint Eastwood signe ici la photographie) et enthousiaste avec une résonance sociale finalement très actuelle. Le film d’un réalisateur qui aime indéniablement le cinéma, ses acteurs et ses artifices revendiqués, et rien que pour cela, pour cette sincérité ce « Faubourg 36 » vaut le détour.

    appa.jpg Et après l’hommage au cinéma des années 30, mercredi prochain sort en salles l’hommage au western classique, l’hymne à l’amitié signé Ed Harris, « Appaloosa » que je recommande à tous les amateurs du genre...dont je suis (présenté en avant-première au dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville) !

    A suivre sur "In the mood for cinema": l'avant-première de la série "Flics" d'Olivier Marchal en présence de toute l'équipe du film.

     Sandra.M

  • « In the mood for news » 24 : l’actualité cinématographique de la semaine du 2 Avril 2008 avec une analyse du phénomène “Bienvenue chez les Ch’tis”

    Les nominations aux Molières 2008 : « Good Canary »à l’honneur

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    436442494.jpgLes nominations aux Molières 2008 viennent d’être annoncées, l’occasion de revenir sur une pièce dont je vous avais parlé avec enthousiasme (voir ma critique, en cliquant, ici) « Good Canary », la pièce de Zach Helm, mise en scène par John Malkovich qui obtient six nominations dont meilleur spectacle privé, meilleur metteur en scène (John Malkovich), meilleure comédienne (Christiana Reali). Les autres pièces ayant également un nombre conséquent de nominations sont : « Les Belles-sœurs », « Les riches reprennent confiance », « La Vie devant soi ». Je vous en reparlerai sur ce blog.

                                                                                        Rencontres CNC-SACD

    Hier, au CNC, avaient lieu les deuxièmes rencontres CNC-SACD de l’année 2008 destinées aux jeunes auteurs et aux jeunes professionnels de l’audiovisuel (réservation obligatoire, s’y prendre très tôt) dont le sujet était : « Quels tremplins vers la télévision pour les jeunes auteurs », une conférence qui nous a notamment permis d’entendre deux jeunes auteurs talentueux découverts grâce à Dailymotion et aujourd’hui à l’antenne en Belgique, leur série s’intitule « Télé, leur vie » (voir ici : http://www.teleleurvie.com ), ce programme court est signé Benjamin Ferel et Anthony Lancret, il est également lauréat du Festival de la Fiction Française de Luchon 2008.

    Prochaine rencontre CNC-SACD : le 2 juin 2008 à 14H. Thème : « Du documentaire à la fiction : quelles  écritures pour parler du réel ? ». La rencontre aura cette fois lieu à la SACD.

    Ces rencontres sont particulièrement instructives et animées, si vous êtes jeune auteur ou jeune professionnel de l’audiovisuel, je vous engage vivement à y participer en n’oubliant pas de vous inscrire au préalable.

                                                  Les chiffres de la semaine : analyse du phénomène « Bienvenue chez les ch’tis »

    1365667422.jpgAprès avoir dépassé le deuxième plus gros succès du cinéma français en France, à savoir « Astérix : mission Cléopâtre » et ses 14 557 020 entrées (devant « Les Visiteurs » et ses 13 780 000 entrées), il ne reste désormais plus que quelques entrées nécessaires à Dany Boon pour dépasser le plus gros succès du cinéma français, à savoir « La Grande Vadrouille » et ses 17, 2 millions de spectateurs (à noter que ce nombre d’entrées a été enregistré sur plusieurs années et que « Bienvenue chez les Ch’tis » en est à la cinquième semaine à l’affiche.)

     A l’affiche depuis le 27 février dernier (le 20 février, dans le Nord-Pas-de-Calais), « Bienvenue chez les Ch’tis » totalisait en  effet 16 480 398 entrées dimanche soir (alors qu'"Astérix aux jeux olympiques" en était à 6, 5 millions "seulement" à sa cinquième semaine), avec notamment 55 000 spectateurs ce samedi dans les salles de Paris-périphérie. Le film ayant engrangé le plus grand nombre d’entrées en France, toutes nationalités confondues reste « Titanic » avec ses 20, 5 millions d’entrées. Il n’est mathématiquement pas impossible que Dany Boon dépasse le film de James Cameron, « Bienvenue chez les Ch’tis » étant encore à l’affiche sur 880 écrans !

    Je dois avouer que je suis assez intriguée, pour ne pas dire consternée, par ce résultat. J’ai observé deux attitudes suscitées par ce film : la complaisance totalement aveugle et le mépris pseudo-élitiste, je vais donc essayer de ne tomber ni dans l’un ni dans l’autre. Oui, j’avoue que je n’aurais pas parié un euro sur ce film et que j’ai été réellement surprise lorsque j’ai appris qu’il avait atteint 500 000 entrées dès le premier jour, la bande annonce ne m’ayant nullement donné envie de le voir, surtout parce que j’avais été incapable de voir le premier film réalisé par Dany Boon  jusqu’au bout (fait rarissime) tant il me paraissait aligner les lieux communs (mais après tout il s’agissait d’un premier film avec toute l’indulgence que cela requiert). Comme ce film a d’abord été projeté uniquement dans le Nord-Pas-de Calais, je me suis d’abord dit que le nombre d’entrées s’expliquait par le chauvinisme et une sorte de solidarité des gens du Nord, mais ensuite son succès devenu national m’est apparu totalement irrationnel. Toujours prête à me sacrifier pour vous informer, :-) j’ai donc  décidé d’y aller, non par instinct grégaire, mais pour comprendre ce phénomène.

    J’avoue que  «Les Corons » repris en chœur dans un stade cela fait son effet et j’avoue sans mal avoir ri le premier quart du film (et même encore ensuite, certes un peu moins) : j’ai ri du personnage et de l’interprétation de Kad Merad, puis du comique essentiellement lié au langage et au décalage nord-sud. J’ai trouvé fort sympathiques et attachants ces deux personnages. Mais malgré toute ma bonne volonté j’avoue m’être aussi ennuyée. Mais alors comment expliquer qu’un film simplement sympathique et attachant atteigne un tel nombre d’entrées ? La sincérité du réalisateur que je ne mets nullement en doute, probablement, en décalage avec le marketing outrancier, le merchandising même de 187825789.jpg« Astérix aux jeux Olympiques », programmé pour faire des entrées, en France et ailleurs.  Certainement aussi le capital sympathie (et talent) de Dany Boon et Kad Merad (qui décidément a le don d’être dans les gros succès du cinéma français, après « Les Choristes, et dans une bien moindre mesure « Je vais bien ne t’en fais pas » pour lequel il avait d’ailleurs reçu un César) qui n’est pas sans rappeler le duo De Funès-Bourvil, ou plutôt Dany Boon n’est pas sans rappeler Bourvil car ici on ne rit pas contre (comme cela arrive souvent avec De Funès, rarement -jamais ?- l’interprète de personnages sympathiques) mais avec, avec des personnages simples, dépourvus de méchanceté et de cynisme qui mettent l’amitié et la solidarité à l’honneur (rien de répréhensible à tout cela évidemment). Un peu comme Bourvil, Dany Boon semble avoir le rire au bord des larmes et les larmes au bord du rire, et la capacité d’interpréter des rôles comiques ou dramatiques (comme dans « Joyeux Noël » ) avec une même facilité déconcertante. Quand bien même, cela ne suffit pas à expliquer un tel nombre d’entrées. 

     Combien de fois, dans des festivals, ai-je entendu des spectateurs dire « on veut rire », « pas un film triste surtout ». Comme si l’illusion donnée par le cinéma devait forcément être celle d’un monde caricatural où on ne fait que rire. Rêver (d’autre chose que de vivre chez les Ch’tis »), voyager (ailleurs que dans le Nord-Pas de Calais), réfléchir (à autre chose que les différences Nord Sud), frissonner (à une autre idée que celle d’aller habiter dans le Nord), c’est pas mal non plus, pourtant, non ?

    On retrouve ainsi dans les salles toutes sortes de public, parfois éloignés depuis plusieurs années des salles obscures, tous les âges, (comme cette petite grand-mère qui achetait son billet en même temps que moi qui voulait son billet pour « Les Ch’timis ). C’est un film fédérateur mais je crois surtout rassurant et sans surprises, rassurant parce que sans surprises. D’abord le spectateur est rassuré parce qu’il va payer pour rire (tant d’autres ont ri avant lui, c’est bien évident qu’il va rire, lui aussi), pas trop longtemps, 1H46, le cinéma  c’est bien mais à dose modérée. Mais je pense qu’il est surtout rassuré par l’image que ce film lui donne de lui-même. Il n’est ni heurté ni surpris par l’histoire extrêmement prévisible (le scénario est d’une simplicité enfantine, le personnage de Kad Merad s’adapte très rapidement, nous savons que Dany Boon et la femme qu’il convoite vont finir heureux avec beaucoup d’enfants et que l’alcoolisme ne sert qu’à noyer un chagrin dont nous nous doutons bien qu’il s’évaporera avant la fin du film), pas dérangé dans sa vie potentiellement routinière comme un écho à celle des personnages du film, et il se donne même bonne conscience : s’il habite le Nord, le film lui renvoie l’image de son altruisme, de sa sympathie, que  la vie, malgré la pluie, les paysages grisâtres, «  c’est que du bonheur » (une expression aujourd’hui utilisée à  tort et à travers que je trouve la plus stupide qu’on ait inventé, parce que si on y réfléchit deux secondes, la vie peut être difficilement « que du bonheur »).  S’il habite le Sud, le personnage de Kad Merad le rassure rapidement sur sa faculté d’adaptation, de compréhension, sur sa clairvoyance et son ouverture d’esprit. Il lui donne aussi l’illusion de la simplicité : de la vie, des rapports humains.

    1648926680.jpgAu final,  ce film qui n’était pas formaté réunit les mêmes critères et produit le même effet qu’un film formaté tout en donnant au public l’illusion qu’il se démarque des choix qu’on lui impose avec « l’audace » d’aller voir un film sur les « Ch’tis » tout de même. Il se donne bonne conscience en se disant que ce ne sont pas les médias qui ont dicté son choix d’aller voir ce film, il se sent rebelle!  Qu’est-ce qu’un film formaté : un film de surtout pas plus de 90 minutes (106 tout de même en l’occurrence), tous publics à savoir diffusable à 20H30 sur une chaîne généraliste, ne heurtant surtout aucune sensibilité. Bref, oui, un film rassurant.  Cette envie d’être rassuré explique sans doute que certains y retournent : ils savent encore davantage ce qui va se passer, et y retournent en famille ou entre amis. Autant je pourrais revoir « La Grande vadrouille » un nombre incalculable de fois (et probablement moi aussi parce que je SAIS que je vais rire, rassurée donc aussi, nobody’s perfect), autant je n’aurais aucune envie de revoir « Bienvenue chez les Ch’tis ».

    Sans doute le public en a-t-il aussi assez de films parisiens, voire parisianistes sur les trentenaires et leur mal de vivre (ce que je peux aisément comprendre) et ce retour « aux racines » s’avère aussi être un grand bol d’air, le film revendique ainsi sa spécificité régionale (en faisant par exemple son avant-première dans le Nord et non à Paris, comme c’est la coutume).

    C’est aussi une sorte d’écho ou de réaction à l’actualité, à cette crise du pouvoir d’achat dont on nous rebat les oreilles puisque ici, pouvoir d’achat ou pas, on vit heureux, "que du bonheur" vous disent-ils, puisque « là-haut », pouvoir d’achat ou pas, ils sont si sympas.  C’est aussi une opposition à un autre thème galvaudé, celui de la mondialisation : on se replie sur soi, ses racines, sa région tout en restant ouvert à l’autre (alors que la mondialisation est synonyme de multiplicité de flux et de moyens mais d’absence de communication).

    Mais on peut aussi se demander si à vouloir s’en démarquer, on ne rétablit pas la caricature, comme me l’a justement fait remarquer une amie « nordiste », catastrophée par le pathétisme des imitations, chacun s’improvisant désormais Ch’ti.

    Bref, un film à sketchs tendre, simple, consensuel, rassurant, sympathique, tout public, sans surprises, drôle, ennuyeux( parfois), prévisible, sincère, effet placebo à une morosité ambiante.

    1737875143.jpgJe crois que j’aurais compris davantage qu’un film comme « Le goût des autres » par exemple totalise un tel nombre d’entrées : un film sensible qui n’est pas seulement une suite de sketchs ( ce à quoi s’apparente « Bienvenue chez les Ch’tis »), émouvant, qui raconte une histoire d’amour, d’amours même, fait réfléchir, apporte un vrai regard sur la société, sait nous interroger et nous surprendre mais aussi nous faire rêver. La bonne nouvelle c’est tout de même (outre le fait que l’Office de tourisme de Bergues croule sous les demandes !) que les entrées engrangées par le film alimentent ainsi le compte de soutien du CNC et permettent ainsi que d’autres films se fassent… Nous pouvons alors espérer qu’il ne s’agira pas seulement de comédies de 90 (voire 106) minutes.

    Et vous ? Qu’avez-vous pensé de ce film ? Comment expliquez-vous son succès ? Pourquoi êtes-vous allés le voir ? Seriez- vous prêt à y retourner ? J’attends vos commentaires.

    Les films à l’affiche cette semaine

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    « Disco » de Fabien Onteniente, avec Franck Dubosc, Samuel Le Bihan, Gérard Depardieu, Emmanuelle Béart, Isabelle Nanty…-Genre : Comedie - Duree : 1H43 mn

    Pitch: Endetté jusqu’au cou dans une affaire de water bed – des matelas à eau -, Didier Travolta, 40 ans, vit au Havre dans le quartier populaire du Grand Large chez sa maman : Madame Graindorge (Annie Cordy). Il reçoit une lettre de la mère de son fils Brian, 8 ans, qui vit en Angleterre, lui signifiant qu’il ne pourra pas recevoir le petit cette année s’il n’est pas capable de lui payer des vacances, des vraies vacances, c’est-à-dire loin des Docks, des PMU et des grandes surfaces.

    « Doomsday »  de Neil Marshall avec Rhona Mitra, Bob Hoskins, Malcolm Mcdowell, Alexander Siddig, Adrian Lester-Thriller, Action - Duree : 1H45 mn

    Pitch: Un terrible virus annihile 90% des habitants en Ecosse. Pour endiguer l'épidémie, le gouvernement anglais construit un mur infranchissable. L'Ecosse est désormais un no man's land barbare et violent où les survivants sont coupés du monde.

    Lorsque 30 ans après le même virus réapparaît au cœur de Londres, un commando de choc part en mission suicide rechercher un éventuel vaccin au cœur d'une Ecosse contrôlée par des gangs rivaux.

    «  Les 7 Vierges » de Alberto Rodriguez avec Juan José Ballesta, Iride Barroso-Genre : Drame - Duree : 1H26 mn

    Pitch: L’été dans un quartier ouvrier et marginal d’une ville du Sud. Tano, un adolescent qui purge une peine dans un centre de redressement, reçoit un permis spécial de 48 heures pour assister aux noces de son frère Santacana. Pendant la durée de son permis, Tano retrouve son meilleur ami Richi, avec la ferme intention de vivre ces heures en s’amusant et faire tout ce qui lui est interdit dans le centre : il se saoule, se drogue, vole, aime, et surtout il revient à la vie.

    « Winx Club : Le Secret Du Royaume Perdu » de Iginio Straffi -Genre : Animation - Duree : 1H38 mn

    Pitch: Tout le monde croit connaître Bloom, l’adorable fée de la flamme du Dragon, et pourtant, elle s’apprête à révéler un incroyable secret… Avec ses amies Flora, Stella, Layla, Musa et Tecna, Bloom doit à tout prix intervenir pour sauver la Dimension Magique de la mystérieuse force qui la menace.  Qui envoie des sortilèges et des créatures effrayantes à l’assaut du pays des fées ? Quel rapport avec l’identité inconnue des vrais parents de Bloom ? Qui pourra trouver le dernier roi de Domino ?  Bloom et ses amies vont devoir découvrir les réponses à toutes ces questions avant qu’il ne soit trop tard. Le destin de la Dimension Magique est en jeu.  La plus grande aventure des Winx commence…

     « Les Petits Poucets » de Thomas Bardinet, avec Christophe Alévèque et Marie-christine Laurent - Précédé de La Petite Mêlée, un documentaire de Thomas Bardinet. -(France)-Genre : Comedie Dramatique - Duree : 1H45 mn

    Pitch:Une maison de campagne isolée, près d’un bois. Un couple et deux amis (que l’on a judicieusement installés dans la même chambre...) Et quatre enfants. Les adultes s’occupent d’affaires - ou de non affaires - d’adultes. Les enfants veulent être des enfants... et jouer avec les adultes. Jouer à cache-cache notamment : c’est tentant quand il y a un bois...

    « Des Indes à La Planète Mars » de Christian Merlhiot et Matthieu Orléan avec Jacques Bonnaffé, Mireille Perrier, Boris Alestchenkoff, Edith Scob et Jean-christophe Bouvet. -Genre : Documentaire - Duree : 80 mn

    Pitch: Catherine-Élise Müller a trente-deux ans lorsqu'elle rencontre Théodore Flournoy qui, intrigué et curieux, décide d'assister aux séances de spiritisme qu'elle donne à Genève. On est en 1894, la réputation du médium est en plein essor et Flournoy, de son côté, vient d'obtenir la chaire de psychologie à la Faculté des sciences de Genève. Leur rencontre marque un tournant radical dans la carrière du médium qui développe alors, pendant plus de 6 ans, deux fictions romanesques assorties de l'invention de langues imaginaires : l'une d'intonation orientale et l'autre martienne. Il existe une documentation précieuse sur cette histoire : le compte-rendu des séances de spiritisme rédigé par un collaborateur de Flournoy. Ce déroulé retrace avec une précision remarquable l'origine des romans subliminaux et l'apparition des langues. C'est à partir de ces documents qu'est construit le texte lu par les acteurs de ce film.

    «  Deux Soeurs Pour Un Roi » de Justin Chadwick, avec Natalie Portman, Scarlett Johansson et Eric Bana-Genre : Historique, Drame - Duree : 1H55 mn

    Pitch: Quand la rumeur se répand que le roi Henry VIII ne partage plus la couche de la reine Catherine, son épouse incapable de lui donner un héritier mâle, Sir Thomas Boleyn rêve de gagner la faveur royale grâce à sa fille aînée, Anne. L'ambitieux projet de Sir Thomas est cependant quelque peu contrarié quand le roi s’éprend de son autre fille, Mary.

                                                         L’info festival de la semaine : le festival de la création sur internet

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    Le Festival de la création sur internet aura lieu à Romans du 18 au 20 Avril 2008. (Renseignements ici : http://www.festivalderomans.com ) J’en profite pour remercier ici les personnes qui ont voté pour mes 3 blogs ou pour l’un d’entre eux, en espérant que ce concours aura permis à certains de découvrir le blog, même si j’en doute, le concours ayant pour principe d’inciter à la découverte mais n’y laissant pas vraiment place dans son dispositif. Il serait bien par exemple qu’en plus du vote des lecteurs, des professionnels présélectionnent quelques blogs permettant ainsi de réelles découvertes et pas essentiellement des choix liés à l’audience. A bons entendeurs, pour l’édition 2009 du concours.  J’espère en tout cas que des blogs parmi ceux que je lis et apprécie seront sélectionnés comme « Le monde de Bra » (http://monde-bra.over-blog.com/ )  dont je crois qu’il lui manquait peu de voix…

    Et toujours: toute l'actualité du Festival de Cannes sur mon blog consacré au 61ème Festival, avec de nouvelles mises à jour: http://inthemoodforcannes.hautetfort.com

    Sandra.M

  • Palmarès des César 2007

    medium_chatterley.jpgAprès l’atmosphère pesante de l’an passé (voir mon récit  ici) cette 32ème cérémonie des César fut plus rythmée et festive malgré les revendications interminables de Pascale Ferran en recevant son premier César, qui a néanmoins souligné, à juste titre, (reconnaissons à Pascale ce qui fut à César)  à quel point le mot culture était malheureusement occulté des programmes et des débats présidentiels. (A bons entendeurs…) "La fête, c’est maintenant" comme l’a dit avec tellement de conviction et d’enthousiasme (hum) Pascale Ferran puisqu’elle en avait été privée en fin de tournage, faute de moyens.

    Lady Chatterley et  Ne le dis à personne sont donc les grands vainqueurs de cette soirée, respectivement avec 5 et 4 César. Malgré ses 9 nominations (et étrangement aucune pour ses acteurs qui –parce qu’ils ?- avaient obtenu le prix d’interprétation collectif au dernier festival de Cannes), Indigènes n’a eu « que » le César du meilleur scénario original, mais peut-être seront-ils plus chanceux aux Oscars où le film est nommé pour l’Oscar du meilleur film étranger (cette fois medium_indigenes.2.JPGsous les couleurs de l’Algérie).

    Le poignant Je vais bien ne t’en fais pas a été récompensé  par le biais de ses acteurs, il est vrai remarquables,  Kad Merad (meilleur second rôle) et Mélanie Laurent (meilleure actrice).

     On regrettera que Je vous trouve très beau ait obtenu le César du meilleur premier film face à  Mauvaise foi, et que Quand j'étais chanteur ne reparte qu'avec le César du meilleur son malgré ses 7 nominations. Little miss sunshine (déjà lauréat du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2006, succès inattendu aux box-office américain et 5 fois nommé aux Oscars) continue son formidable parcours en obtenant le César du meilleur film étranger. Nous ne savons pas si Pedro Almodovar, présent, a été aussi déçu qu’à Cannes où ses actrices avaient pourtant obtenu un prix d’interprétation collectif.

    medium_photosordi_1451.JPG On peut s’interroger sur les 5 César de « Lady Chatterley », les votants ayant certainement voulu davantage récompenser un système de production (je sais à quel point, également producteur du sublime Ca brûle de Claire Simon, Gilles Sandoz s’y est investi, avec passion et obstination, et rien que pour cela finalement probablement ces César étaient-ils mérités) qu’un film qui, malgré ses qualités certaines, de jeu, de photographie, souffre de longueurs et d’un montage approximatif (ceci expliquant peut-être cela...)

    Resteront de ces César : l’enthousiasme communicatif de Guillaume Canet, Kad Merad et François Cluzet, l’émotion de Mélanie Laurent, l’humour décalé et l’énergie de Valérie Lemercier, pétillant(e)  Rabbi Jacob d’un soir,  quelques sourires figés et faussement fair-play, le charisme de Jude Law, le trac attendrissant de Vincent Lindon,le discours balbutiant de Claude Brasseur à la voix de Pierre, l’émotion du « clan Oury » dont une Michèle Morgan sublimement fragile et émue, et l’ombre lumineuse de Philippe Noiret.  Et puis l’envie de courir dans les salles obscures.  medium_photosordi_1500.2.JPGEvidemment…

    PALMARES DES CESAR 2007

    César du meilleur acteur :   François Cluzet pour  Ne le dis à personne

    César de la meilleure actrice   : Marina Hands pour  Lady Chatterley

    César du meilleur acteur dans un second rôle   : Kad Merad pour  Je vais bien, ne t'en fais pas

    César de la meilleure actrice dans un second rôle :  Valérie Lemercier pour  Fauteuils d'orchestre

    César du meilleur espoir masculin :  Malik Zidi pour  Les amitiés maléfiques

    César du meilleur espoir féminin :   Mélanie Laurent pour  Je vais bien, ne t'en fais pas

    César du meilleur réalisateur : Guillaume Canet  pour Ne le dis à personne

    César du meilleur film français   : Lady Chatterley  de Pascale Ferran

    César du meilleur premier film   : Je vous trouve très beau de Isabelle Mergault

    César du meilleur film documentaire : Dans la peau de Jacques Chirac de  Karl Zéro et  Michel Royer

    César du meilleur scénario original   : Olivier Lorelle et Rachid Bouchareb pour  Indigènes

    César de la meilleure adaptation   : Pascale Ferran et Roger Bohbot et Pierre Trividic pour  Lady Chatterley

    César de la meilleure musique écrite pour un film  : M (Mathieu Chedid) pour  Ne le dis à personne

    César du meilleur court-métrage   : Fais de beaux rêves de  Marilyne Canto

    César de la meilleure photo : Julien Hirsch pour  Lady Chatterley

    César des meilleurs décors  :  Maamar Ech Cheikh pour  OSS 117 pour Le Caire nid d'espions

    César du meilleur son : François Musy et Gabriel Hafner pour  Quand j'étais chanteur

    César du meilleur montage   :  Hervé de Luze pour  Ne le dis à personne

    César des meilleurs costumes : Marie-Claude Altot pour  Lady Chatterley

    César du meilleur film étranger   : Little Miss Sunshine de  Jonathan Dayton et  Valerie Faris

    César d’honneur : Jude Law et Marlène Jobert

    Sandra.M