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compétition officielle

  • Critique de L’INNOCENCE de HIROKAZU KORE-EDA

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    Kore-eda, habitué de Cannes, avec ce 16ème long-métrage, figurait cette année pour la 7ème fois en compétition officielle. Il a reçu également plusieurs fois les honneurs du palmarès avec : Nobody Knows, en 2004 (Prix d'interprétation masculine pour Yûya Yagira), Tel père, tel fils en 2013 (Prix du jury) et Une affaire de famille en 2018 (Palme d'or).

    Dans Une affaire de famille, Kore-eda nous dépeignait les membres d’une famille qui, en dépit de leur pauvreté, survivaient de petites rapines qui complétaient leurs maigres salaires, et semblaient vivre heureux, jusqu’à ce qu’un incident révèle brutalement leurs plus terribles secrets. Ce film représentait la quintessence de son cinéma, clamant dès son titre ce thème présent dans chacun de ses longs-métrages : la famille. Un film d’une sensibilité unique et des personnages bouleversants sur des blessés de la vie que la fatalité, la pauvreté et l’indifférence allaient conduire à la rue et réunir par des liens du cœur, plus forts que ceux du sang. Une peinture pleine d’humanité, de nuance, de poésie, de douceur qui n’édulcore pas pour autant la dureté et l’iniquité de l’existence. Comme un long travelling avant, la caméra de Kore-eda dévoilait progressivement le portrait de chacun des membres de cette famille singulière, bancale et attachante, pour peu à peu révéler en gros plan leurs âpres secrets et réalités. Kore-Eda, plus que le peintre de la société japonaise, est ainsi celui des âmes blessées et esseulées.

    Lors de la conférence de presse d’Une affaire de famille, le cinéaste avait déclaré : « À chaque fois, je reviens avec une nouvelle équipe, à chaque fois c'est une nouvelle expérience, il y a toujours ce plaisir renouvelé d'une expérience qui n'est jamais la même et se prolonge ».

    Après Les bonnes étoiles avec lequel Kore-Eda nous embarquait dans un road-movie entre Busan et Séoul, cadre sublimé par une magnifique lumière (scènes inondées de lumière du bord de mer, magnifiques !), une mise en scène, un souci du cadre toujours très inspirés, dans lequel le cinéaste regardait ses personnages avec une tendresse qui contrebalançait la violence sociale à laquelle ils étaient confrontés, le cinéaste japonais revient dans son pays d’origine et, comme il le disait lors de la conférence de presse d’ Une affaire de famille, chacun de ses films est une nouvelle expérience d’autant plus avec celui-ci pour lequel le producteur Genki Kawamura l’a contacté en 2019 pour un projet de long métrage écrit par Yuji Sakamoto qui souhaitait que le film soit réalisé par Kore-Eda qui, de son côté, a souhaité travailler avec le scénariste estimant ne pas savoir écrire un scénario comme lui.

    Tout cela commence par un incendie, une musique légèrement dissonante (sublime ultime bo de Ryuichi Sakamoto) puis une mère et son fils, Minato, depuis leur balcon, qui observent la scène, complices. Sa mère, qui l’élève seule depuis la mort de son époux, décide de confronter l’équipe éducative de l’école de son fils. Tout semble désigner le professeur de Minato comme responsable des problèmes rencontrés par le jeune garçon. Mais au fur et à mesure que l’histoire se déroule à travers les yeux de la mère, du professeur et de l’enfant, la vérité se révèle bien plus complexe et nuancée que ce que chacun avait anticipé au départ... Le comportement de Minato qui semble dévoré de l’intérieur par un étrange « monstre » semble de plus en plus étrange : il se coupe les cheveux en rentrant de l’école, se met en péril, disparaît…

    C’est la première fois, depuis son premier long métrage en 1995 que Kore-eda réalise un film dont il n’a pas écrit le scénario même s’il a contribué aux recherches sur place pour développer le script dont l’intrigue se déroule à Suwa, dans la préfecture de Nagano. Et quel scénario ! Au-delà de la réalisation, toujours très inspirée, signifiante et juste, c’est ici la grande force du film. D’apparence classique, il se révèle aussi limpide que labyrinthique pour nous ramener à la sortie du tunnel (au sens propre comme au sens figuré), et à la source du secret qu’il traque comme dans un polar, celui des mystères de l’adolescence mais aussi de la fausse innocence de certains adultes.

    Un film qui pose un regard sans concessions sur la société japonaise, sur ses arrangements avec la vérité, sur son hostilité à la différence, sur sa dureté. Mais aussi un portrait tout en nuances de l’enfance et de sa cruauté. Ce film est comme une vague aussi, qui vous emporte, ramène vers le rivage, puis emporte plus loin encore pour vous faire complètement chavirer, d’émotions, et d’admiration devant une telle virtuosité, une telle sensibilité pour aborder la confusion des sentiments, les premiers émois, la complexité de la vérité aussi, sa pluralité même.

    Un film doux sur la rugosité des êtres et de la société japonaise, poétique tout disséquant la réalité, et à nouveau un film sur des blessés de la vie. Un film qui irradie de beauté comme ce dernier plan dont la lueur répond aux flammes du premier. Une perfection d’écriture, d’interprétation, de sensibilité.

    Monster. Tel était le titre de la version originale qui, dans la version française, a été traduit par L’innocence. En la juxtaposition de ces deux titres résident le secret du film et sa richesse. Ces deux titres et leur dualité font écho à cette scène de la directrice d’école qui, d’apparence impassible et stoïque et surtout si inoffensive, fait un croche-pied à un enfant qui court dans un supermarché. 

    Ce film m’a rappelé le film de Lukas Dhont, Close (également présenté en compétition à Cannes, en 2022) là aussi d’une maitrise (de jeu, d’écriture, de mise en scène) rare, empreint de poésie avec ce regard final qui ne nous lâchait pas comme l’émotion poignante, la douce fragilité et la tendresse qui parcourent et illuminent ce film, et qui résonnait comme un écho à un autre visage, disparu, dont le souvenir inondait tout le film de sa grâce innocente.

    C’est cela, la beauté du cinéma que magnifie ce nouveau film de Kore-eda : sonder la complexité des êtres, nous perdre pour mieux nous aider à trouver une vérité, nous trouver aussi parfois, nous éblouir pour nous éclairer. Et nous bouleverser.

    L'Innocence a obtenu le Prix du Scénario ainsi que la Queer Palm au Festival de Cannes 2023.

  • Sélection officielle du 76ème Festival de Cannes : présentation du « radieux » programme de l’édition 2023

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    Montée des marches – nuit © Jean-Louis Hupe / FDC

    Cet article sera régulièrement mis à jour, au fur et à mesure des nouvelles annonces.

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    Photo © Jack Garofalo/Paris Match/Scoop – Création graphique © Hartland Villa

    Vers un avenir radieux. Tel est le titre d’un des 19 films de la compétition officielle (21 avec les deux ajouts ultérieurs à la conférence de presse) de ce 76ème Festival de Cannes, signé Nanni Moretti. Un avenir (plus) radieux est aussi ce vers quoi tend le cinéma en salles après une désertification liée à la pandémie. Cette édition 2023 du Festival de Cannes s’annonce particulièrement prometteuse avec une sélection « renouvelée » et beaucoup de nouveaux noms, de premiers films aussi, mais également les films de nombreux cinéastes ayant déjà figuré au palmarès ou ayant remporté la palme d'or (Wim Wenders, Nuri Bilge Ceylan, Ken Loach, Hirokazu Kore-Eda, Martin Scorsese, Nanni Moretti…).

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    Cette sélection est aussi élargie géographiquement, avec le retour de films venus de Chine ou d’Iran, mais aussi avec des films venus de pays ayant peu figuré ou même n’ayant jamais figuré en sélection officielle comme la Mongolie. Voilà qui annonce une belle « fenêtre ouverte sur le monde », pour paraphraser Bazin. Une sélection exigeante qui fera aussi la part belle aux lumières hollywoodiennes. Un programme qui devrait donc réjouir autant les cinéphiles les plus avertis que les amateurs de glamour. Sont à noter également le grand retour du cinéma italien avec trois films en compétition officielle ( Il sol dell'avvenire de Nanni Moretti, La Chimera de Alice Rohrwacher, et Rapito de Marco Bellochio) mais aussi un nombre record de réalisatrices en compétition officielle (Alice Rohrwacher, Justine Triet, Catherine Breillat, Jessica Hausner, Kaouther Ben Hania, Ramata-Toulaye Sy) et une belle présence du cinéma africain.

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    Selon Richard Attenborough, « Tout le monde s'imagine que le gigantisme est un facteur de joie et de satisfaction pour un metteur en scène. Ce n'est pas vrai. Le cinéma doit aussi définir, examiner et creuser l'éternel humain. »  Nous informer de l’état du monde mais aussi « définir, examiner et creuser l’éternel humain », voilà deux rôles majeurs du Festival de Cannes, qui devient alors un radiologue de la planète dont l'examen minutieux donne toujours des résultats toujours aussi passionnants qu’instructifs.

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    Iris Knobloch, nouvelle Présidente du Festival de Cannes et Thierry Frémaux, le Délégué général, ont annoncé, lors de la conférence de presse de ce 13 avril 2023, la Sélection officielle de ce 76ème Festival de Cannes, du moins une grande partie de celle-ci puisqu’elle sera complétée dans les jours à venir, comme chaque année, de même que le jury dont nous savons uniquement pour le moment qu’il sera présidé par le lauréat du la palme d’or 2017 (The Square) et 2022 (Sans filtre), Ruben Östlund. Ce 76ème Festival de Cannes aura lieu du 16 au 27 mai 2023.

    La conférence a débuté avec le discours de la nouvelle Présidente du Festival, Iris Knobloch qui succède ainsi à Gilles Jacob et Pierre Lescure, et qui se dit « très fière et très honorée » de ce nouveau rôle, racontant que son premier séjour au Festival de Cannes date de 1998 et qu’elle n’aurait jamais imaginé alors en devenir présidente. Elle a également souligné que « le Festival de Cannes est un vrai et extraordinaire tremplin pour le cinéma du monde de toutes les origines et de tous les genres. » Mais aussi que cette année, il s’agira d’ « un moment de réamour pour le cinéma », le public étant de retour en salles, ajoutant que « rien ne peut remplacer l’évènement culturel que représente une sortie en salles d’un film » et que  « cette multiplication des écrans individuels a renforcé le désir d’une expérience partagée dans une salle obscure. L’expérience du cinéma pur est irremplaçable. » Elle a également rappelé un des objectifs du festival : « prendre le pouls de la création et du cinéma en train de se faire. » Enfin, elle a terminé en paraphrasant Saint-Exupéry selon lequel « le secret d’un couple réussi, c’est de regarder dans la même direction » et se disant persuadée que le nouveau tandem qu’elle forme avec Thierry Frémaux va « marcher car nous partageons la même vision d’un festival fidèle à ses cinéastes et résolument tourné vers l’avenir. »

    Iris Knobloch a ensuite laissé la parole à Thierry Frémaux pour l’annonce de la sélection officielle au sujet de laquelle nous savions déjà que :

    - Jeanne du Barry de Maïwenn fera l'ouverture du festival. Le sixième long métrage de la réalisatrice sera projeté le mardi 16 mai sur l’écran du Grand Théâtre Lumière, après la cérémonie d’ouverture retransmise en direct sur France Télévisions et Brut. Jeanne du Barry sortira le même jour dans les salles françaises.  Maïwenn incarne elle-même l’héroïne éponyme aux côtés de Johnny Depp, Benjamin Lavernhe, Melvil Poupaud, Pierre Richard, Pascal Greggory et India Hair. Le film est dédié à la vie, à l’ascension et à la chute de la favorite du roi Louis XV.

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    - Indiana Jones revient au Festival de Cannes pour l’avant-première mondiale de Indiana Jones et le Cadran de la Destinée, réalisé par James Mangold, avec Harrison Ford dans le rôle du héros légendaire. 15 ans après la présentation en 2008 de Indiana Jones et le Royaume du crâne de cristal réalisé par Steven Spielberg, le dernier volet de la saga Lucasfilm sera projeté le jeudi 18 mai à Cannes et sortira en salles le 28 juin en France et le 30 juin aux États-Unis. Le Festival rendra à cette occasion un hommage exceptionnel à Harrison Ford pour l’ensemble de sa carrière avec une projection notamment de quelques extraits des Cent et une nuits de Simon Cinéma d'Agnès Varda dans lequel il apparaissait.

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    -  En accord avec Apple Original Films, Martin Scorsese présentera en avant-première mondiale Killers of the Flower Moon, son nouveau long métrage. L’événement marquera le retour du cinéaste en Sélection officielle pour la première fois depuis la présentation de After Hours en 1986. Au générique : Leonardo DiCaprio, Robert De Niro, Lily Gladstone, Jesse Plemons, Cara Jade Myers, JaNae Collins, Jillian Dion, Tantoo Cardinal...Le film sera présenté le samedi 20 mai dans le Grand Théâtre Lumière. Synopsis : En Oklahoma, dans les années 20, les meurtres en série dont ont été victimes les membres de la communauté Osage, qui s'était enrichie grâce au pétrole présent sous ses terres. Cette série de meurtres brutaux est aujourd’hui connue sous le nom de Règne de la Terreur.

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    - Strange Way of Life de Pedro Almodóvar sera projeté en Sélection officielle et en avant-première mondiale, en présence du réalisateur et des deux comédiens principaux Ethan Hawke et Pedro Pascal. Western tourné dans le sud de l'Espagne, ce court métrage est la deuxième expérience du cinéaste en langue anglaise, après La Voix Humaine réalisé en 2020. La projection du film sera suivie d'une rencontre avec Pedro Almodóvar et l'équipe du film. Synopsis : Un homme traverse à cheval le désert qui le sépare de Bitter Creek. Il vient rendre visite au Shérif Jake. Vingt-cinq ans plus tôt, le Shérif et Silva, l'éleveur qui vient à sa rencontre, travaillaient ensemble comme tueurs à gages. Silva lui rend visite sous prétexte de retrouver son ami de jeunesse, et ils fêtent effectivement leurs retrouvailles, mais le lendemain matin le Shérif Jake lui dit que la raison de son voyage n'est pas de suivre les traces de leur ancienne amitié…

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    ©  Iglesias Más / El Deseo

    Thierry Frémaux a tenu par commencer en saluant la mémoire de Carlos Saura. En préambule, il a ensuite souligné que le comité de sélection « a vu plus de 2000 films témoignant que le cinéma mondial est plein de vitalité », en rappelant que « quiconque fait un film de plus d’une heure et souhaite le soumettre, le film sera vu » et soulignant la « grande démocratie cannoise qui fait que le rêve est toujours là ». Il a défini la sélection 2023 comme « renouvelée, ponctuée ici et là de grands auteurs. Un instantané de ce qu’a été la création cinématographique mondiale. Cette sélection va donner une idée de ce qu’est le cinéma dans son esthétique et dans son industrie. » Thierry Frémaux a également précisé que cette sélection serait élargie géographiquement avec « deux pays historiques très présents : l’Italie et les Etats-Unis mais aussi avec des pays qui n’ont pas l’habitude de venir comme la Mongolie qui vient pour la première fois en Sélection officielle » mais aussi une « nouvelle génération de cinéastes africains parmi lesquels beaucoup de réalisatrices. » Concernant le nombre de films sélectionnés, il a également spécifié que « après deux années de générosité pour permettre à des films qui, en 2002 et 2021, n’avaient eu de destin en salles, d’être exposés, nous sommes revenus à un étiage de films que vous connaissez. »

    Il a ensuite détaillé les films de la sélection officielle en commençant par Un Certain regard : « Nous avons recentré Un Certain Regard sur le jeune cinéma, un cinéma un peu plus de recherche. »

    J’ai d'ores et déjà noté quelques films de cette sélection (qui s’annonce particulièrement riche de découvertes) à voir absolument : Goodbye Julian, un film soudanais de Mohamed Kordofani, Crowra de João Salaviza et Renée Nader Messora, un film « qui évoque ces populations brésiliennes si douloureusement malmenées dans l’histoire récente du Brésil », les films français Rosalie de Stéphanie Di Giusto et Rien à perdre de Delphine Deloget, un premier film, mais aussi le film d’ « un cinéaste australien aborigène qui évoque cette histoire complexe de l’Australie, produit par Cate Blanchett », The new boy de Warwick Thornton, ou encore le premier film d’une réalisatrice venant de Mongolie, If only I could hibernate de Zoljargal Purevdash et enfin le film qui fera l’ouverture Un Certain Regard, Le règne animal de Thomas Caillet, le « réalisateur très célébré du film Les Combattants, un film cette fois avec Romain Duris, Paul Kircher, Adèle Exarchopoulos » a rappelé Thierry Frémaux. La comédie sera également au programme avec la réalisatrice canadienne Monia Chokri et sa « comédie chokriesque » Simple comme Sylvain.

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    "Rosalie" de Stéphanie Di Giusto © 2023 TRESOR FILMS - GAUMONT - LDRPII - AR TÉMIS PRODUCTIONS

     Thierry Frémaux a dernier a ensuite détaillé Les Séances Spéciales, ainsi définies : « des cinéastes qui viennent donner des nouvelles », comme Kleber Mendonça Filho pour Portraits fantômes, un « retour à Recife, un essai sur sa ville et l’histoire de sa ville à travers les cinémas». De retour à Cannes également : Wim Wenders avec le portrait d’un sculpteur, Le bruit du temps, Anselm Kiefer, ou encore Steve McQueen avec Occupied city et Wang Bing pour Man in black, « l’histoire d’un grand témoin de la révolution culturelle. »

    Thierry Frémaux a ensuite détaillé la section Cannes Première indiquant que pour cette section « nous avons voulu des films de nature à sortir dans les salles pour rencontrer un large public », une « manière de programmer un certain cinéma au Festival de Cannes aux côtés du Festival de Cannes ». Dans Cannes Première, vous pourrez ainsi retrouver : Le temps d’aimer de Katell Quilléveré, Fermer les yeux de Victor Erice, un « cinéaste rare dans l’histoire du cinéma mondial, qui a été membre du jury, un film sur le cinéma, comment le cinéma capte le passé, le conserve, le restitue ». Dans Cannes Première, vous pourrez aussi découvrir le nouveau film de Martin Provost, Bonnard, Pierre et Marthe. Et enfin, Kubi, film japonais de samouraï de Takeshi Kitano.

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    "Le temps d'aimer" de Katell Quillévéré - © Roger Arpajou.

    En Séances de minuit seront présentés Omar La Fraise de Elias Kelkeddar, un « film algérien tourné à Alger, une vision iconoclaste, singulière et drôle d’Alger, une comédie avec Reda Kateb et Benoît Magimel » (d’ailleurs au générique de trois films en Sélection officielle dont également La Passion de Dodin-Bouffant de Tran Anh Hung et Rosalie de Stéphanie Di Giusto) et enfin Acide, un film avec Guillaume Canet de Just Philippot qui avait réalisé La Nuée.

    Hors compétition, comme je l’évoquais plus haut, vous retrouverez Killers of the flower moon de Martin Scorsese au sujet duquel Thierry Frémaux a annoncé son souhait de le voir figurer ensuite en compétition. Dans cette catégorie, nous pourrons également découvrir The Idol de Sam Levinson avec Lily-Rose Depp et le chanteur The Weeknd.

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    Credit: Courtesy of HBO

    Ou encore Cobweb de Jee-Woon Kim qui « a fait sa nuit américaine », film dans lequel nous retrouverons Song Kang-Ho, l’acteur lauréat du prix d’interprétation 2022 pour Les bonnes étoiles de Kore-eda.

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    "Cobweb" ("Dans la toile") de Kim Jee-woon - ©  Anthology Studios / Barunson Studio / Luz y Sonidos

    Enfin, hors compétition encore, sera projeté Indiana Jones et le cadran de la destinée, évoqué plus haut, au sujet duquel Thierry Frémaux a précisé que « Phoebe Waller-Bridge est une actrice formidable qui donne un élan et un allant à cette comédie d’aventure ».

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    "Club Zero" de Jessica Hausner - Compétition officielle - ©  Coproduction Office / Fred Ambroisine

    Enfin, ont été annoncés les 19 films de la compétition, une liste amenée à être complétée qui « va mêler de jeunes cinéastes qui viennent rarement ou pour la première fois avec des vétérans dont nous connaissons le travail et l’œuvre. » « En matière d’art, il n’y a pas de date de péremption pour les cinéastes ou pour les œuvres » a également rappelé Thierry Frémaux, ajoutant que « tous les films que vous allez voir dans cette sélection officielle sont des films de cinéma, au sens que ce sont des objets singuliers.  Là ce sont des prototypes, des propositions. » Parmi les cinéastes habitués de Cannes, souvent déjà primés, voire lauréats de la palme d’or, nous retrouverons ainsi notamment :

    - Aki Kaurismaki pour Les feuilles mortes (Fallen leaves), déjà récompensé pour L’homme sans passé en 2002 (Grand prix et prix d’interprétation féminine),

    - Wes Anderson, pour Asteroid city (avec Scarlett Johansson, Margot Robbie, Tom Hanks) au sujet duquel Thierry Frémaux a déclaré : « Je dirais pour le résumer que c’est un film de Wes Anderson. Un casting prestigieux. Ils vont arriver à 100 au pied des marches. Un cinéma d’assemblage de miniatures toutes plus extraordinaires les unes que les autres. »,

    - Hirokazu Kore-Eda, autre ancien lauréat de la palme d’or en 2018 pour Une affaire de famille mais aussi du prix du jury en 2013 pour Tel père, tel fils, de retour pour Monster, un « film japonais sur les questions que pose l’interprétation qu’on peut avoir d’un incident entre un professeur et un élève. Un film qui n’est pas Rashômon mais qui a une filiation avec le film de Kurosawa »,

    - Nanni Moretti avec Le Soleil de l’avenir (Il sol dell’avenire), autre ancien lauréat de la palme d’or, en 2001 pour La Chambre du fils, et prix de la mise en scène en 1994 pour Journal intimeSynopsis : Giovanni, cinéaste italien renommé, s’apprête à débuter le tournage d'une fresque politique. Mais entre son couple en crise, son coproducteur au bord de la faillite et le monde du cinéma qui change, tout semble jouer contre lui ! Toujours sur la corde raide, Giovanni va devoir repenser sa manière de faire s’il veut mener tout son petit monde vers un avenir radieux.

    - Alice Rohrwacher pour La Chimera, une « cinéaste très formaliste pleine de questions sur ce qu’est le cinéma »,

    - Nuri Bilge Ceylan, autre ancien lauréat de la palme d’or, en 2014 pour Winter sleep mais aussi grand prix en 20O3 pour Uzak, Prix de la mise en scène en 2008 pour Les trois singes, Grand prix ex-aequo pour Il était une fois en Anatolie en 2011, sélectionné pour Les herbes sèches, « tourné dans l’est du pays dans un pays de neige avec des gens qui s’interrogent sur le sens de la vie. »

    - Catherine Breillat avec L’été dernier, « des problèmes de santé l’avaient éloignée du cinéma. Saïd Ben Saïd est allé la chercher pour lui faire cette proposition » a expliqué Thierry Frémaux.

    - Marco Bellochio pour Rapio, le troisième film italien de cette sélection, « l’histoire vraie d’un enfant kidnappé que se disputent catholiques et communauté juive. »,

    -Todd Haynes avec May december, un film avec Natalie Portman et Julianne Moore,

    - Ken Loach, Prix du jury en 1990 pour Hidden agenda, Prix du jury ex-aequo en 1993 pour Raining stones,  Palme d’or en 2006 pour Le vent se lève et en 2016 pour Moi, Daniel Blake, Prix du jury en 2012 pour La part des anges, cette année présent  pour The old oak dont le synopsis est le suivant : TJ Ballantyne est le propriétaire du "Old Oak", un pub qui est menacé de fermeture après l'arrivée de réfugiés syriens placés dans le village sans aucun préavis. Bientôt, TJ rencontre une jeune Syrienne, Yara, qui possède un appareil photo. Une amitié va naître entre eux... « Avec son scénariste, Paul Laverty, Loach a embrassé à cœur perdu toutes ces problématiques contemporaines»  a précisé Thierry Frémaux.

    - Wim Wenders, palme d’or pour Paris Texas en 1984 mais aussi Prix de la mise en scène pour Les ailes du désir en 1987, Grand prix du jury en 1993 pour Si loin, si proche !. Il revient cette année avec Perfect days, « l’histoire d’un homme déchu mais heureux incarné par la star japonaise Koji Yakusho. Un homme qui nettoie les toilettes publiques de Tokyo et qui va de toilettes en toilettes en écoutant du rock. » Wim Wenders qui revient en compétition et qui sera donc à Cannes pour deux films.

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    "Banel e Adama"de Ramata-Toulaye Sy  - ©  Tandem Films

    Enfin, parmi les nouveaux, nous découvrirons une cinéaste sénégalaise avec un premier film prometteur, un « film à la lisière de l’expérimentation », Banel e Adama de Ramata-Toulaye Sy. En lice également La passion de Dodin Bouffant de Tran Anh Hun avec Benoît Magimel et Juliette Binoche

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    Copyright : Photo : Carole Bethuel ©2023 CURIOSA FILMS – GAUMONT – FRANCE 2 CINÉMA

    Wang Bing, comme Wim Wenders, présentera cette année deux films à Cannes. Le film Jeunesse sera ainsi en compétition, le film d’un « auteur chinois qui ne vit plus en Chine mais qui fait toujours des documentaires sur son pays. Un film immersif sur les ateliers de tissage en Chine. Un film qui signe le retour du documentaire à Cannes. »

    Thierry Frémaux a conclu par un clin d’œil à la Semaine de la Critique (retrouvez le programme en bas de cet article) et à la Quinzaine des Réalisateurs (qui annoncera son programme mardi) mais aussi au Festival International du Film d’Animation d’Annecy en indiquant que des films d’animation seront sans doute annoncés ultérieurement et insistant enfin sur son souhait que « la ville de Cannes soit pendant deux semaines au cœur du monde et qu'elle place le cinéma que nous aimons au cœur du monde. »

    Cet article sera complété au fur et à mesure des annonces. Suivez également mes posts au sujet du Festival de Cannes puis en direct sur Instagram (@Sandra_Meziere).

    LES ANNONCES ULTÉRIEURES  À LA CONFÉRENCE DE PRESSE :

    -Chiara Mastroianni sera la maîtresse de cérémonie du 76ème Festival de Cannes. Un excellent choix que celui de cette actrice synonyme d'élégance et d'intelligence. Cette dernière a ainsi déclaré, à propos de ce rôle qu'elle remplira dès le 16 mai pour la cérémonie d'ouverture : "La première fois que je suis allée au Festival de Cannes, c’était pour mon premier film, Ma saison préférée de André Téchiné. Nous étions en compétition officielle, j’avais 20 ans, et j’étais très impressionnée. J’ai eu la chance d’y retourner de nombreuses fois en compétition, et aussi dans d’autres sélections, comme Un Certain Regard par exemple (où elle a reçu le Prix d’interprétation pour Chambre 212 dans la sélection en 2019 ndlr), et c’est toujours pour moi le même émerveillement, le même trac que la première fois. J’ai aussi été dans le jury présidé par Martin Scorsese. Ce fût une expérience incroyable de vivre 10 jours de cinéma intense avec un jury passionnant. Cette fois-ci, en revenant en tant que maîtresse de cérémonie, je vais découvrir une autre facette du Festival de Cannes, que je ne connais pas. J’ai un trac immense mais je suis ravie. Je le vis comme une chance absolue d’assister à la plus belle sélection de cinéma du monde. Je le fais avec beaucoup de sincérité car mon désir de devenir comédienne est né de mon amour des films, de mon plaisir de spectatrice. Je suis toujours très admirative de voir comment Thierry Frémaux parvient à chaque fois, à proposer une sélection de longs métrages tout à fait éclectique et où, parfois, surgit un premier film qui éblouit tout le monde. Parce que c’est aussi ça ce festival, un tremplin qui peut tout faire basculer. Le Festival est une promesse de sensations vertigineuses, un endroit où existe toujours la possibilité de l’inattendu."

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    - Howard Shore invité de la Leçon de musique 2023 du Festival de Cannes : depuis 2018, la Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique s’associe au Festival de Cannes afin de valoriser la musique de film et les compositeurs. Dans le cadre de sa programmation officielle, le festival accueillera pour la 2ème année consécutive la « Leçon de musique ». Cette année, elle sera donnée par Howard Shore. Sa Leçon de musique sera l'occasion pour lui de partager son expérience et les coulisses de ses créations. La Leçon de musique se déroule le lundi 22 mai à 16h30 en Salle Buñuel et sera animée par Stéphane Lerouge. Le compositeur a travaillé avec les plus grands cinéastes : Martin Scorsese pour After hours en 1985, prélude à une collaboration qui prendra son envol dix-sept ans plus tard avec Gangs of New York, The Aviator, Les Infiltrés et Hugo Cabret. Puis ce seront Jonathan Demme (Le Silence des Agneaux, Philadelphia), David Fincher (Seven, The Game, Panic room) ou Tim Burton (Ed Wood). Il faut aussi citer, en 1999, la rencontre décisive avec Arnaud Desplechin sur Esther Kahn...

    - La sublime affiche en noir et blanc de cette année, dévoilée le 19 avril 2023, représente Catherine Deneuve, le 1er juin 1968, sur la plage de Pampelonne, près de Saint-Tropez, pour le tournage de La Chamade d’Alain Cavalier, adapté du roman de Françoise Sagan. Elle interprète Lucile dont le « cœur bat frénétiquement, précipitamment, passionnément. Comme celui de l’amour du cinéma que le Festival de Cannes célèbre chaque année : on entend résonner partout ses pulsations vivantes et habitées. Le cœur du 7e Art, de ses artistes, de ses professionnels, de ses amateurs, de la presse bat la chamade, au rythme de l’urgence qu’impose son éternité. Joyeuse, insolente et romanesque, une jeune femme aux longs cheveux blonds sourit, confiante, à son avenir. C’est une certaine magie que Catherine Deneuve incarne, pure, incandescente et parfois transgressive. C’est cette magie indicible que le 76e Festival International du Film fait résonner avec cette affiche intemporelle. Pour redire le présent glorieux du cinéma et envisager son futur plein de promesses. Car Catherine Deneuve est ce que le cinéma doit se souvenir d’être : insaisissable, audacieux, irrévérencieux. Une évidence. Une nécessité. », nous précise le communiqué de presse du Festival. Dans ce roman que j’aime tant, comme tous ceux de Sagan, on peut aussi lire ces répliques :

    « Ton cœur bat très fort, dit-elle. C'est la fatigue ?

    - Non, dit Antoine, c'est la chamade. »

    « ... J'ai eu peur de vivre à côté, ajouta-t-elle confusément.

    - À côté de quoi ?

    - De la vie. De ce que les autres appellent la vie. »

    Voilà aussi ce que nous permet chaque année le Festival de Cannes : une cavalcade d’émotions, la chamade, mais aussi tout en la regardant par le prisme de l’écran, de ne pas passer à côté de la vie, d’en disséquer chaque parcelle de seconde.

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    - Les studios d’Animation Pixar sont de retour au Festival de Cannes le 27 mai prochain pour la présentation en avant-première mondiale de leur nouveau long métrage Élémentaire. Présenté Hors Compétition, le film sortira en salles le 16 juin aux États-Unis et le 21 juin en France. Élémentaire est le quatrième long métrage des studios d'Animation Pixar à être présenté en Sélection officielle, après Là-Haut, Vice-Versa et Soul. A cette occasion, le festival recevra Pete Docter, le réalisateur Peter Sohn, la productrice Denise Ream et les nombreux comédiens ayant prêté leurs voix aux personnages du film.  Adèle Exarchopoulos incarne ainsi Flam -une jeune femme intrépide et vive d’esprit - tandis que Vincent Lacoste interprète Flack, un garçon sentimental et attachant, qui au fil de l’aventure, va faire découvrir à la jeune tête brûlée que la vie peut être plus « coule » qu’elle n’y parait. Pour l’un comme pour l’autre, il s’agit d’une première expérience de doublage.

    L’histoire :
    Dans la ville d’Element City, le feu, l’eau, la terre et l’air vivent dans la plus parfaite harmonie. C’est ici que résident Flam, une jeune femme intrépide et vive d’esprit, au caractère bien trempé, et Flack, un garçon sentimental et amusant, plutôt suiveur dans l’âme. L’amitié qu’ils se portent remet en question les croyances de Flam sur le monde dans lequel ils vivent...

    - Entourée d’Ana Lily Amirpour, Charlotte Le Bon, Karidja Touré et Shlomi Elkabetz, la réalisatrice et scénariste hongroise Ildikó Enyedi décernera la Palme d’or du court métrage et les 3 prix de La Cinef destinés aux films d’école de la Sélection officielle.

    Après Rossy de Palma en 2022, l’actrice française Anaïs Demoustier sera la Présidente du Jury de la Caméra d’or du 76e Festival de Cannes, qui récompensera un film parmi tous les premiers longs métrages présentés en Sélection officielle et dans les sections parallèles. Le Jury remettra son prix lors de la cérémonie de clôture du 76e Festival de Cannes le samedi 27 mai prochain. Elle sera accompagnée de : RAPHAËL PERSONNAZ (acteur), NATHALIE DURAND (Directrice de la Photographie), MIKAEL BUCH (Scénariste et réalisateur), SOPHIE FRILLEY (CEO de TITRAFILM), NICOLAS MARCADÉ (Rédacteur en chef des Fiches du Cinéma et l’Annuel du Cinéma).

    - Le 28 février dernier, Ruben Östlund a été annoncé comme Président du Jury. Pour cette édition, qui succède à celle du 75e anniversaire, le Festival de Cannes souhaite saluer l’arrivée d’une génération d’artistes qui réalisent, qui jouent, qui chantent, qui écrivent. Aux côtés d’un Président, déjà deux fois récompensé d’une Palme d’or, on retrouve la réalisatrice marocaine Maryam Touzani, l’acteur français Denis Ménochet, la scénariste et réalisatrice britanico-zambienne Rungano Nyoni, l’actrice et réalisatrice américaine Brie Larson, l’acteur américain Paul Dano, l’écrivain afghan Atiq Rahimi, le réalisateur argentin Damián Szifron, ainsi que la réalisatrice française Julia Ducournau, qui remporta la récompense suprême en 2021.

    - Le Festival de Cannes l’a décernée à Forest Whitaker, Agnès Varda, Jean-Pierre Léaud, Jodie Foster ou Manoel de Oliveira, Michael Douglas recevra la Palme d’or d’honneur du 76e Festival de Cannes, qui saluera sa brillante carrière et son engagement pour le cinéma. Le Festival de Cannes lui rendra hommage lors de la cérémonie d’Ouverture, qui sera retransmise en direct sur France 2 et sur Brut. à l’international, le mardi 16 mai prochain.

    - Après la réalisatrice, actrice et productrice italienne Valeria Golino, l'acteur américain John C. Reilly sera le Président du Jury Un Certain Regard du 76e Festival de Cannes. Il sera entouré de la réalisatrice et scénariste française Alice Winocour, de l'actrice allemande Paula Beer, du réalisateur et producteur franco-cambodgien Davy Chou et de l'actrice belge Émilie Dequenne. Il aura pour mission de remettre le Palmarès de cette section qui célèbre un jeune cinéma, d’auteur et de découverte. 20 œuvres sont sélectionnées cette année (dont la dernière figure en fin de ce communiqué), parmi lesquelles 8 sont des premiers films. L’année dernière, c’est le film des réalisatrices françaises Lise Akoka et Romane Gueret, Les Pires, qui avait remporté le Prix Un Certain Regard remis par la Présidente du Jury Valeria Golino.

    - Salem de Jean-Bernard Marlin a également été ajouté à la sélection Un Certain Regard lors de l'annonce du jury.

    - Comme chaque année, Cannes Classics et le Cinéma de la Plage nous réservent des projections qui s’annoncent réjouissantes. Cette sélection 2023 est dédiée à Jean-Luc Godard dont le dernier travail, Drôles de guerres, sera présenté, comme tous ses derniers films, en avant-première au Festival de Cannes. Le cinéaste sera ainsi célébré avec la présentation en exclusivité mondiale de son dernier film, d’un nouveau documentaire qui lui est consacré et de la restauration 4K d’un de ses chefs-d’œuvre les plus célèbres.

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    Parmi les séances de Cannes Classics que je vous recommande également : Classe tous risques de Claude Sautet en version restaurée ou encore Quand Jim Jarmusch rencontre Man Ray. Les quatre films du légendaire photographe Man Ray viennent ainsi d’être restaurés. Jim Jarmusch et Carter Logan, du groupe Sqürl, les ont réunis en un seul et unique objet artistique et en ont composé la bande originale. Actrice et réalisatrice, souvent venue en Sélection officielle, Présidente du Jury en 2001, Liv Ullmann sera également présente pour cette 76e édition à l’occasion d’un documentaire dans lequel elle se livre sur sa carrière, sa vie et ses engagements. Vous pourrez également (re)voir La Maison du docteur Edwards dAlfred Hitchcock. Une présentation et une restauration de Walt Disney Studios en association avec The Film Foundation, avec la participation de l’Academy Film Archive, avec la participation de Martin Scorsese et de Steven Spielberg. A ne pas manquer également : la célébration de Jean-Pierre Bacri avec l’inénarrable film Le Sens de la fête d’Éric Tolédano et Olivier Nakache . Une présentation de Gaumont. En copie neuve, la plus grande comédie de ces dernières années avec un Jean-Pierre Bacri majestueux.  En présence des réalisateurs d’Éric Tolédano et Olivier Nakache venus fêter le Festival de Cannes sur la Plage.

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    Parmi les autres évènements de ce Cannes Classics 2023, figure également l’avant-première mondiale de Flo  de Géraldine Danon   Un film-événement sur la grande navigatrice Florence Arthaud.  En présence de Géraldine Danon, Stéphane Caillard, Samuel Jouy, Pierre Deladonchamps et Alexis Michalik. Retrouvez, ici, le programme complet de Cannes Classics et du Cinéma de la Plage 2023.

     

    - Le jury du Prix de la Citoyenneté sera présidé par Maria de MEDEIROS (Actrice, réalisatrice, scénariste, et compositrice franco-portugaise), accompagnée de :  Philippe Faucon (Réalisateur, scénariste, producteur français), Rachid Hami (Acteur, réalisateur et scénariste franco-algérien), Inna Modja (Musicienne et actrice malienne), Sophie Torlottin (Journaliste, cheffe- adjointe du service Culture de RFI). Leila et ses frères de Saeed Roustaee (dont vous pouvez retrouver ma critique ici) avait l’an passé obtenu le Prix de la Citoyenneté. Line Toubiana, Françoise Camet, Guy Janvier, Jean-Marc Portolano ont créé en 2017 une association, Clap Citizen Cannes. Ces quatre fondateurs de l'association, tous critiques et cinéphiles passionnés, sont attachés aux valeurs d'humanisme, d'universalisme et de laïcité de la Citoyenneté.  Le président de l'association est Laurent Cantet (palme d'or 2008 pour son mémorable Entre les murs). Cette association a pour but de décerner le prix de la citoyenneté à un des films de la sélection officielle du Festival du Film International de Cannes. Le film primé incarne des valeurs humanistes, laïques et universalistes. Le président du jury de la première édition du Prix de la Citoyenneté était le cinéaste Abderrhamane Sissako. Pour en savoir plus :  https://www.prixdelacitoyennete.fr/

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    - La Semaine du Cinéma Positif dont ce sera cette année la 8ème édition aura lieu du 24 au 27 mai 2023, parrainée par l'acteur et réalisateur Eric Judoc. Créée en 2016 par Positive Planet présidé par Jacques Attali, en partenariat avec le CNC et la Ville de Cannes, la Semaine du Cinéma Positif (dirigée par Sam Bobino) à l’occasion du Festival International du Film de Cannes, consacre un cinéma qui change notre regard sur le monde, éveille les consciences, interroge son industrie et met son art au service des générations futures. Le cinéma positif rassemble, fait bouger les lignes, influence nos modes de pensées, nos comportements et invite les citoyens du monde entier à s’engager. La 8e édition de la Semaine du Cinéma Positif proposera, pendant le Festival International du Film, du 24 au 27 mai prochain, des projections de films en salle et en plein air, des rencontres et la remise du prix du cinéma positif 2023 au film le plus positif en compétition officielle à Cannes. Retrouvez mon article détaillant le programme de cette 8ème Semaine du Cinéma Positif, ici.

    SELECTION OFFICIELLE DU FESTIVAL DE CANNES 2023

     

    FILM D’OUVERTURE

    JEANNE DU BARRY

    Maïwenn

    Hors Compétition

     

    COMPETITION

     

    CLUB ZERO

    Jessica Hausner

    THE ZONE OF INTEREST

    Jonathan Glazer

     

    FALLEN LEAVES

    Aki Kaurismaki

     

    LES FILLES D'OLFA

    Kaouther Ben Hania

     

    ASTEROID CITY

    Wes Anderson

     

    ANATOMIE D'UNE CHUTE

    Justine Triet

     

    MONSTER

    Kore-eda Hirokazu

     

    IL SOL DELL'AVVENIRE

    Nanni Moretti

     

    L'ÉTÉ DERNIER

    Catherine Breillat

     

    KURU OTLAR USTUNE (LES HERBES SÈCHES)

    Nuri Bilge Ceylan

     

    LA CHIMERA

    Alice Rohrwacher

     

    LA PASSION DE DODIN BOUFFANT

    Tran Anh Hung

     

    RAPITO

    Marco Bellocchio

     

    MAY DECEMBER

    Todd Haynes

     

    JEUNESSE

    Wang Bing

     

    THE OLD OAK

    Ken Loach

     

    BANEL ET ADAMA

    Ramata-Toulaye Sy

    1er film

     

    PERFECT DAYS

    Wim Wenders

     

    FIREBRAND

    Karim Aïnouz

     

    UN CERTAIN REGARD

     

    LE RÈGNE ANIMAL

    Thomas Cailley

    Film d'ouverture

     

    LOS DELINCUENTES

    Rodrigo Moreno

     

    HOW TO HAVE SEX

    Molly Manning Walker

    1er film

     

    GOODBYE JULIA

    Mohamed Kordofani

    1er film

     

    KADIB ABYAD (LA MÈRE DE TOUS LES MENSONGES)

    Asmae El Moudir

     

    SIMPLE COMME SYLVAIN

    Monia Chokri

     

    CROWRÃ

    João Salaviza, Renée Nader Messora

     

    LOS COLONOS (LES COLONS)

    Felipe Gálvez

    1er film

     

    AUGURE

    Baloji Tshiani

    1er film

     

    THE BREAKING ICE

    Anthony Chen

     

    ROSALIE

    Stéphanie Di Giusto

     

    THE NEW BOY

    Warwick Thornton

     

    IF ONLY I COULD HIBERNATE

    Zoljargal Purevdash

    1er film

     

    HOPELESS

    Kim Chang-hoon

    1er film

     

    TERRESTRIAL VERSES

    Ali Asgari, Alireza Khatami

     

    RIEN À PERDRE

    Delphine Deloget

    1er film

     

    LES MEUTES

    Kamal Lazraq

    1er film

     

    HORS COMPETITION

     

    INDIANA JONES ET LE CADRAN DE LA DESTINÉE

    James Mangold

     

    COBWEB

    Kim Jee-woon

     

    THE IDOL

    Sam Levinson

     

    KILLERS OF THE FLOWER MOON

    Martin Scorsese

     

    SEANCES DE MINUIT

     

    KENNEDY

    Anurag Kashyap

     

    OMAR LA FRAISE

    Elias Belkeddar

     

    ACIDE

    Just Philippot

     

    CANNES PREMIERE

     

    KUBI

    Takeshi Kitano

     

    BONNARD, PIERRE ET MARTHE

    Martin Provost

     

    CERRAR LOS OJOS (FERMER LES YEUX)

    Victor Erice

     

    LE TEMPS D'AIMER

    Katell Quillévéré

     

    SEANCES SPECIALES

     

    MAN IN BLACK

    Wang Bing

     

    OCCUPIED CITY

    Steve McQueen

     

    ANSELM (DAS RAUSCHEN DER ZEIT) (LE BRUIT DU TEMPS, ANSELM KIEFER)

    Wim Wenders

     

    RETRATOS FANTASMAS (PORTRAITS FANTÔMES)

    Kleber Mendonça Filho

    COMPLEMENTS DE SELECTION OFFICIELLE (ANNONCES DU 24 AVRIL)

    COMPÉTITION

    BLACK FLIES

    Jean-Stéphane Sauvaire

    LE RETOUR

    Catherine Corsini

    (Projection le 17 mai)

    CANNES PREMIÈRE

    PERDIDOS EN LA NOCHE

    Amat Escalante

    L'AMOUR ET LES FORÊTS

    Valérie Donzelli

    (Au cinéma le 24 mai)

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    EUREKA

    Lisandro Alonso

    HORS COMPÉTITION

    L'ABBÉ PIERRE – UNE VIE DE COMBATS

    Frédéric Tellier

    (Au cinéma le 15 novembre 2023)

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    UN CERTAIN REGARD

    ONLY THE RIVER FLOWS

    Wei Shujun

    UNE NUIT

    Alex Lutz

    Le film sera projeté Hors Compétition en clôture du Certain Regard

    COURT MÉTRAGE

    FILLES DU FEU

    Pedro Costa

    SÉANCES SPÉCIALES

    LITTLE GIRL BLUE

    Mona Achache

    BREAD AND ROSES

    Sahra Mani

    LE THÉORÈME DE MARGUERITE

    Anna Novion

    SÉANCES DE MINUIT

    HYPNOTIC

    Robert Rodriguez

    PROJECT SILENCE

    Kim Tae-gon 

    LA SEMAINE DE LA CRITIQUE 2023

    C'est une image du sublime Aftersun de Charlotte Wells qui figure cette année sur l'affiche de l'édition 2023. Une petite digression pour vous parler de ce film à voir absolument. Un film sublime et triste, sublimement triste, comme un soleil d’été ardent soudain masqué après avoir ébloui avec intransigeance, comme l’insouciance et l’enfance et un père qui s’éclipsent avec une brusquerie déconcertante, peut-être à tout jamais. Film impressionniste sur quelques jours d’été entre un père et sa fille en Turquie. La gaieté un peu mélancolique de l’une. « Sur ce sentiment inconnu, dont l'ennui, la douceur m'obsèdent, j'hésite à apposer le nom, le beau nom grave de tristesse » aurait pu écrire Sagan à son propos, aussi. Les énigmatiques bleus à l’âme (titre d’un excellent roman de Sagan, aussi, au passage) de l’autre. Tous deux au bord du vide, chacun à leur manière : la fin des illusions pour l’un, de l’enfance pour l’autre. Moment suspendu, instants faussement futiles, dont on devine vaguement qu’ils sont essentiels, qu’on voudrait retenir mais comme les grains de sable qui filent entre les doigts, déjà ils périclitent entre les mailles de la mémoire. Un film gracieux, d’une délicatesse mélancolique qui charrie la beauté fugace de l’enfance devenue songe et la saveur inégalable de ses réminiscences (floues). Et puis ce dernier plan !! Celui du vide et du mystère que laissent les (êtres et moments, essentiels) disparus, que laissent les instants futiles dont on réalise trop tard qu’ils étaient cruciaux, fragiles et uniques. Celui du manque impossible à combler. Celui du (couloir) du temps qui dévore tout. Renversant d’émotions. Vous chavirerez, aussi, surtout si votre soleil d’enfance a été dévoré par l’ombre…

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    Le jury sera cette année présidé par Audrey Diwan.

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    LA QUINZAINE DES CINEASTES 2023

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    L'affiche 2023 rend hommage au sublime Val Abraham de Manoel de Oliveira (inspiré de Madame Bovary de Gustave Flaubert) qui fête cette année son 30e anniversaire (Quinzaine des Réalisateurs 1993).

    Tandis que la censure menaçait la parution de son roman, Flaubert avait déclaré : "Il y a de l'immoralité à bien écrire". La Quinzaine nous invite ainsi "au voyage du 17 au 26 mai à la découverte d'œuvres singulières, libres et impertinentes."

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    En plus de son programme alléchant, pour la clôture, la Quinzaine des Cinéastes nous proposera un programme exceptionnel avec Tarantino qui vinedra présenter un film surprise et discuter autour de sa contre histoire du cinéma. 

     

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    ET POUR VOS DEJEUNERS ET SOIREES...

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    Chaque année, pendant le Festival de Cannes, nous pouvons faire confiance à Nomade pour nous réserver les plus beaux moments de détente et d'échanges professionnels en toute convivialité, des escales gastronomiques et artistiques entre deux séances le midi ou en soirées. On se souvient ainsi d'inoubliables instants sur le rooftop du Five Seas Hotel, sur le toit du Palais des Festivals ou encore sur la plage Vegaluna.

    Cette année, pour la 76ème édition du Festival de Cannes, c'est sur la plage et le rooftop de l'hôtel 3.14 que s'installe Nomade, co-production de l'agence de communication Cartel (qui a récemment représenté des films que je vous avais vivement recommandés parmi lesquels "Les Trois mousquetaires : D'Artagnan", "Mon Crime", "La Syndicaliste", "Le Parfum vert", "Ténor"...)  et du groupe Le Perchoir.

    Résidence artistique itinérante et agence expérientielle créée par les fondateurs du groupe Perchoir et de l’agence de communication Cartel, Nomade réunit les communautés du cinéma, de la musique, des arts et de la gastronomie pour créer des moments mémorables. Pour en savoir plus , retrouvez ici mon article à ce sujet sur Inthemoodforcannes.com.

     

  • Festival de Cannes 2022 – Compétition officielle - CRITIQUE – LES BONNES ETOILES de Hirokazu Kore-eda

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    Par une nuit pluvieuse, une jeune femme abandonne son bébé. Il est récupéré illégalement par deux hommes, bien décidés à lui trouver une nouvelle famille. Lors d’un périple insolite et inattendu à travers le pays, le destin de ceux qui rencontreront cet enfant sera profondément changé.

    Après son prix du jury en 2013 pour Tel père, tel fils et la palme d’or en 2018 pour Une affaire de famille, avec ce nouveau film particulièrement poignant, Kore-Eda est de nouveau un sérieux prétendant à la récompense cannoise suprême.

    Une affaire de famille oscillait déjà entre le documentaire et la fable. Chaque plan filmé comme un tableau, sans esbrouffe, avec humilité, s’intéressait à nouveau plus que jamais à la famille, et traitait de la société japonaise sous un angle inédit (car critique et s’intéressant aux laissés-pour-compte d’un Japon en crise économique). Ce film mettait en scène des blessés de la vie que la fatalité, la pauvreté et l’indifférence allaient conduire à la rue et réunir par des liens du cœur, plus forts que ceux du sang. Une peinture pleine d’humanité, de nuance, de poésie, de douceur qui n’édulcore pas pour autant la dureté et l’iniquité de l’existence. Comme un long travelling avant, la caméra de Kore-Eda dévoilait progressivement le portrait de chacun des membres de cette famille singulière, bancale et attachante pour peu à peu révéler en gros plan leurs âpres secrets et réalités.

    Kore-Eda, plus que le peintre de la société japonaise est celui des âmes blessées et esseulées, et plus que jamais il faisait vibrer nos cœurs par ce film d’une rare délicatesse et bienveillance, avec cette famille de cœur à l’histoire poignante jalonnée de scènes inoubliables et qui nous laissaient le cœur en vrac. Ainsi vous parlais-je de Une affaire de famille il y a 4 ans. Je pourrais en dire de même de ces bonnes étoiles, film dans lequel Kore-Eda part de la « tradition » coréenne des « baby box ».

     A nouveau Kore-Eda s’intéresse en effet à des blessés de la vie qui se (re)créent une famille, avec une infinie délicatesse, le tout teinté d’humour et de suspense. Cette fois, Kore-Eda nous embarque dans un road-movie entre Busan et Séoul, cadre sublimé par une magnifique lumière (scènes inondées de lumière du bord de mer, magnifiques !) et une mise en scène, un souci du cadre toujours très inspirés. La tendresse avec laquelle le cinéaste regarde ses personnages contrebalance la violence sociale à laquelle ils sont confrontés.

    Et puis des scènes nous accompagnent longtemps après la projection comme une déclaration en haut de la grande roue… Un film grave, tendre et mélancolique mais surtout profondément humaniste, empathique et émouvant qu’il ne serait pas étonnant de retrouver au palmarès, notamment pour son interprétation.

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  • Festival de Cannes 2022 - Compétition officielle - Critique de CLOSE de Lukas Dhont

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    Close aura sans nul doute sa place au palmarès. Il s’agit là du second long-métrage de Lukas Dhont, après Girl qui fut couronné de nombreux prix dont la Caméra d’or du Festival de Cannes 2018 mais aussi le prix d'interprétation Un Certain Regard pour son jeune interprète, Victor Polster.

    Léo, le blond, (Eden Dambrine) et Rémi, le brun, (Gustav de Waele), 13 ans, sont amis depuis toujours. Jusqu'à ce qu'un événement impensable les sépare. 

    Cela commence par des jeux d’enfants, jouer à être des chevaliers, à être quelqu’un d’autre. De ce duo rempli de charme émane un mélange de fougue et de naïveté. Cette enfance dont ils ont encore les jeux, ils sont sur le point de la quitter. Ce quelqu’un d’autre qu’ils jouent à être, ils le sont un peu aussi, à cet âge où les repères se brouillent, où les sentiments deviennent confus, où la société, les autres, exigent de se/vous ranger dans des cases. Ce n’est pas encore la rentrée des classes. C’est la fin de l’été avec les derniers sursauts de ses couleurs éclatantes, les plus beaux, un peu nostalgiques déjà.

     L’insouciance et la joie de vivre règnent dans la vie des deux jeunes garçons. Une amitié forte, fraternelle, fusionnelle, tendre et apparemment indéfectible, les lie. Leur amitié a pour cadre la campagne belge, les champs de fleurs des parents de Léo, un décor joyeux et coloré à perte de vue dans lequel ils courent à perdre haleine, et deux familles aimantes qui les accueillent comme s’ils étaient frères. Ils dorment l’un chez l’autre, l’un avec l’autre. La nuit, Léo invente des histoires extraordinaires et les raconte à Rémi, blotti contre lui. Léo dessine Rémi aussi. La beauté innocente et flagrante de leur amitié ensoleille tout le début du film.

    Leurs parents s’occupent d’eux et les reçoivent comme s’ils étaient frères.  Et lorsque la maman de Rémi, Sophie, est, couchée dans l’herbe, posée sur le ventre de son fils, Léo contre eux, leur complicité est rayonnante et harmonieuse comme la campagne qui les environne. C’est le règne de la joie et de l’innocence.

    Et puis arrive la rentrée des classes. Avec le regard des autres, inquisiteur, malveillant, insistant, étouffant. Cette cruelle intransigeance adolescente qui ravage les âmes sensibles. Une question « Vous êtes ensemble ? ». Et c’est tout leur univers qui s’écroule. La note dissonante. La fin de l’harmonie. Les regards qui pèsent sur eux mettent Léo mal à l’aise, le poussent à se questionner sur ce qui était naturel auparavant, et à s’éloigner de Rémi. Il commence à se détacher de son ami, à jouer au football avec ses camarades de classe, à s’inscrire dans un club de hockey sur glace, à s’investir ainsi dans des activités qui sont des symboles supposés de virilité. Rémi souffre de cet éloignement. Le cœur est brisé, le sien et celui du spectateur d’assister, impuissant, à sa détresse insondable. Le dialogue a laissé place aux non-dits, à l’agressivité. Jusqu’au point de non-retour.

    Léo comprendra alors trop tard, sera envahi par la culpabilité, devra quitter les derniers habits de l’enfance, et plonger subitement dans l’âge adulte. Le père de Rémi s’effondre à table. Les mères se murent dans la dignité et dans le silence. Sublimes Léa Drucker et Émilie Dequenne, dont le talent éclate encore plus face à la candeur et la vérité du jeu des deux magnifiques acteurs en devenir que sont Eden Dambrine et Gustav de Waele. Deux révélations dont on entendra forcément parler à nouveau tant ils crèvent l’écran…et nos cœurs.

    Avec quelle délicatesse, Lukas Dhont filme (chorégraphie même) l’affection des deux garçons, leur proximité, leur joie, leurs jeux, leurs corps et leurs mouvements, comme une danse joyeuse et échevelée, avec une vitalité truffaldienne !

    Le travail sur la photographie et les couleurs est aussi remarquable, comme dans Girl qui était auréolé de cette douce et délicate lumière. L’équipe technique et artistique du film est ainsi la même que celle de Girl, notamment le directeur de la photographie Frank van den Eeden. Les couleurs changeantes au gré des saisons font écho aux émotions versatiles des deux garçons. Le changement de saison et les nuances de l’automne créent ainsi une rupture avec les teintes solaires de l’été. Une rupture aussi dans l’époque de la vie de Rémi et Léo. Puis, c’est l’hiver. Jusqu’à ce que les couleurs et les fleurs reviennent, et avec elles, un espoir et la vie…

    Le scénario coécrit par Lukas Dhont avec Angelo Tijssens est d’une justesse, d’une subtilité et d’une sensibilité rares, ne tombant jamais dans le pathos, jamais dans l’explication, jamais dans les clichés.  Mais nous serrant le cœur. Il dissèque la violence parfois tueuse du regard des autres, et la douleur ineffable de la perte (d’un être, de l’innocence), et ce poids constant que doit affronter Léo. Selon Sénèque, "Les peines légères s'expriment aisément; les grandes douleurs sont muettes." Celle de la mère de Rémi est tout en retenue. Sage-femme de métier. On imagine la force et la douleur de cette femme exacerbée par la confrontation permanente avec des nouveau-nés.

    Les violons de la BO de Valentin Hadjadj auraient pu être redondants. Il n’en est rien. Ils accompagnent et contrebalancent la retenue des personnages.

    Le titre est aussi parfaitement choisi. Il évoque la proximité amicale mais aussi corporelle des deux amis, mais aussi celle de la caméra qui semble les enlacer et embrasser leurs émotions. Et aussi ensuite les enfermer dans la douleur. Du rejet pour Rémi. Et de la culpabilité pour Léo. Comme cette grille du casque de hockey qui enferme son visage. Il porte un masque au sens propre comme au sens figuré. Comme encore dans cette scène, terrible, lors de laquelle la mère de Léo vient le chercher dans le bus, qui fait écho à cette autre scène tout en tension, de Léo avec la mère de Rémi. Dans les deux cas, les mots sont impossibles à trouver, et tout est dit dans le jeu des acteurs, dans les silences gênés, dans la maladresse des gestes.

    Malgré la tragédie évoquée, le film de Lukas Dhont, d’une maitrise (de jeu, d’écriture, de mise en scène) rare, est empreint de poésie qui ne nuit pas au sentiment de véracité et  de sincérité. Et puis il y a ce regard final qui ne nous lâche pas comme l’émotion poignante, la douce fragilité et la tendresse qui parcourent et illuminent ce film. Un regard final qui résonne comme un écho à un autre visage, disparu, dont le souvenir inonde tout le film de sa grâce innocente.

    Un des grands films de cette édition cannoise, étourdissant de sensibilité, bouleversant, à voir absolument !

  • Festival de Cannes 2022 - Compétition officielle - Critique de TORI ET LOKITA de LUC DARDENNE et JEAN-PIERRE DARDENNE

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    « Notre plus cher désir est qu’à la fin du film le spectateur et la spectatrice qui auront ressenti une profonde empathie pour ces deux jeunes exilés et leur indéfectible amitié, éprouvent aussi un sentiment de révolte contre l’injustice qui règne dans nos sociétés » ont ainsi déclaré Luc et Jean-Pierre Dardenne à propos de ce film. L’empathie ressentie par le spectateur pour leurs personnages est en effet un des points communs de leurs films, dont nombreux sont ceux qui furent projetés et récompensés à Cannes : Grand prix ex-aequo pour Le gamin au vélo en 2011, Prix du scénario pour Le silence de Lorna en 2008, palme d’or pour L’enfant en 2005, palme d’or remise à l’unanimité pour Rosetta en 1999.

    Ce nouveau film nous emmène en Belgique à la rencontre de Tori (Pablo Schils) et Lokita (Mbundu Joely), un jeune garçon et une adolescente venus seuls d’Afrique qui opposent leur invincible amitié aux difficiles conditions de leur exil.

    Les deux jeunes adolescents interprètent ici leurs premiers rôles au cinéma. Les frères Dardenne avaient déjà fait appel à des acteurs non professionnels pour Le Gamin au vélo et pour Le jeune Ahmed. Jérémie Rénier était débutant quand il joua dans La Promesse et Emilie Dequenne également dans Rosetta.

    Et à combien d’autres acteurs ont-ils permis de donner le meilleur d’eux-mêmes comme Marion Cotillard qui, dans Deux jours, une nuit, crève littéralement l'écran dans ce sublime portrait de femme fragile et téméraire ? Physiquement transformée mais aussi admirablement dirigée, elle est pour beaucoup dans l'empreinte que nous laisse ce film grave et lumineux, ancré dans notre époque et intemporel.

    Dans chacun de leurs films, les Dardenne obtiennent le meilleur de leurs acteurs et celui-ci ne déroge pas à la règle. Encore une fois, ils s’imposent comme des directeurs d’acteurs exceptionnels et, forts de leur expérience du documentaire, recréent une réalité si forte et crédible avec des êtres blessés par la vie dont les souffrances se heurtent, se rencontrent, s’aimantent.

    Leur cinéma est réaliste, humaniste, social sans être revendicatif mais au contraire nous plongeant dans l’intimité des personnages.  A propos du Silence de Lorna (dans lequel il était déjà question d'exil), je vous disais qu’il est plus parlant que n’importe quel discours politique. Il en va de même pour ce nouveau long-métrage.  Il dépeint magnifiquement une douloureuse histoire fraternelle entre des êtres que le destin va bousculer.

    Au cœur d’une tragique actualité, ce film âpre des Dardenne ne peut laisser insensible grâce à l’acuité de leur regard, leur « empathie », mais aussi l’interprétation bouleversante de leurs deux jeunes comédiens confrontés aux impitoyables réseaux des passeurs, mettant des visages (bouleversants) sur une réalité que l’on réduit bien trop souvent à des chiffres. Ce film se suit comme un thriller mais c’est avant tout un plaidoyer vibrant contre l’injustice et pour ces enfants livrés à eux-mêmes et confrontés à d’effroyables obstacles. A ceux-ci s’oppose la force saisissante de l’amitié des deux jeunes adolescents.  Un lien dont on ne connaîtra jamais vraiment l’origine. Ce film oscille constamment entre la violence et la tendresse qui les lie.

    Après deux Palmes d’or (pour Rosetta et pour L’Enfant), les Dardenne pourraient décrocher une troisième la récompense suprême avec ce film, une nouvelle fois, au cœur de la réalité sociale. Un film poignant et sobre qui évite toujours l'écueil du pathos, d'autant plus émouvant qu'il est filmé à hauteur d'enfants plongés trop tôt dans ce que le monde a de plus rude. Les Dardenne restent les meilleurs cinéastes de l’instant, à la fois de l’intime et de l’universel dans lequel tout peut basculer en une précieuse et douloureuse seconde : un thriller intime.

  • Festival de Cannes 2022 - Compétition officielle - Critique de FRÈRE ET SŒUR d’Arnaud Desplechin

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    Dans Les Fantômes d’Ismaël, la vie d’un cinéaste, Ismaël (Mathieu Amalric) est bouleversée par la réapparition de Carlotta, un amour disparu 20 ans auparavant. Un personnage irréel à la présence troublante et fantomatique incarné par Marion Cotillard, filmée comme une apparition, pourtant incroyablement vivante et envoûtante, notamment dans cette magnifique scène d’une grâce infinie lors de laquelle elle danse sur It Ain't Me Babe de Bob Dylan, une scène qui, à elle seule, justifie de voir le film en question. Dans ce film de 2017, Desplechin jongle avec les codes du cinéma pour mieux les tordre et nous perdre. A la frontière du réel, à la frontière des genres (drame, espionnage, fantastique, comédie, histoire d’amour), à la frontière des influences (truffaldiennes, hitchcockiennes -Carlotta est ici une référence à Carlotta Valdes dans Vertigo d’Hitchcock-) ce film est savoureusement inclassable, et à l’image du personnage de Marion Cotillard : insaisissable, et nous laissant une forte empreinte. Comme le ferait un rêve ou un cauchemar. Un film plein de vie, un dédale dans lequel on s’égare avec délice. Un film résumé dans la réplique suivante : « la vie m'est arrivée. » La vie avec ses vicissitudes imprévisibles que la poésie du cinéma enchante et adoucit.

    Dans Tromperie, le précédent film d'Arnaud Desplechin, dès la séquence d’ouverture, le cinéma, à nouveau, (ré)enchante la vie. Le personnage de l’amante incarnée par Léa Seydoux se trouve ainsi dans une loge du théâtre des Bouffes du Nord. Là, elle se présente à nous face caméra et nous envoûte, déjà, et nous convie à cette farandole utopique, à jouer avec elle, à faire comme si, comme si tout cela n’était pas que du cinéma. Un film solaire et sensuel, parfois doucement cruel mais aussi tendre, même quand il évoque des sujets plus âpres. Une réflexion passionnante sur l’art aussi et sur la vérité. Une réflexion que l’on trouve aussi dans Frère et sœur.

    Si dans Les Fantômes d’Ismaël, la présence de Marion Cotillard était troublante, elle est ici dans le rôle d’Alice carrément dérangeante pour son frère Louis (Melvil Poupaud). Ces deux-là se vouent une haine sans bornes. Elle est actrice. Il est professeur et écrivain. Alice hait son frère depuis plus de vingt ans. Un terrible accident qui conduit leurs deux parents en soins intensifs à l’hôpital va les réunir. Une scène aussi magistrale que terrible. A l’image de ce film.

    On retrouve ici tous les thèmes habituels de Desplechin, dans une sorte de maelstrom d’émotions qui ne nous laisse pas indemnes. Comme un voyage qu’on n’aurait jamais eu la folie d'effectuer si on avait connu d’avance les épreuves auxquelles il nous confronterait mais qu’on ne regrette malgré tout pas d’avoir entrepris pour la sensation qu’il nous laisse. Ce film est déchirant, éprouvant, déroutant aussi. Et Desplechin s’y amuse une fois de plus avec les codes narratifs du cinéma.

    Le début est aussi suffocant qu’impressionnant. La famille s’est rassemblée autour de Louis et sa compagne après le décès de leur enfant. Tout à coup, le mari de la sœur de Louis surgit. Louis déborde soudain de colère contre lui et sa sœur qui attend à la porte.  « Tu avais 6 ans pour le rencontrer. Tu n’as rien perdu. J’ai perdu plus que ma vie. » Elle reste dehors, effondrée. Générique. Pas de temps mort. Survient ensuite l'accident qui nous saisit à son tour...

    Le spectateur ne connaîtra jamais vraiment les raisons de cette haine même si des indices sont parsemés et même si quelques flashbacks nous éclairent. L’orgueil blessé ? La jalousie ? Des relations dépassant ceux qui lient normalement un frère et une sœur ? Un amour excessif ? Ou bien une haine tenace mais surtout irrationnelle dont l’un et l’autre ne connaissent même peut-être pas la réelle cause. Il a fait d’elle un personnage de ses livres : « Je ne savais plus comment supporter la honte » dira-t-elle. Une honte telle qu’elle se frappera pour exorciser la douleur. « Je ne pardonnerai jamais à Louis. » Elle n’a pas supporté de ne plus être l’héroïne dans la vie. Son père avait écrit à son sujet : « Tu seras aimée, follement. ». « Cela me plaisait d’être son héroïne. Cela faisait dix ans qu’il n’arrêtait pas d’échouer. Il était dans mon ombre. » Alors un jour, elle lui dira « Je te hais » comme elle lui aurait dit « j’ai froid » ou « je suis là » ou « je suis lasse » . Et, laconiquement, il répondra « D’accord ». Il lui faudra dix ans pour réaliser qu’elle le hait vraiment, ou pour construire cette haine :  « Un jour, la haine avait pris toute la place. », « Je veux que tu ailles en prison. Que tu paies pour ton orgueil. »  Alors, ils se sont haïs. Follement.

    Louis peut être aussi affreusement cruel. Une cruauté qui parsème toujours les films de Desplechin. Une cruauté tranchante. Il l’est avec son père. Avec son neveu avec qui subitement il changera de ton : « Arrête de sourire. Les gentils, c’est tiède. » Melvil Poupaud est comme toujours sur le fil, à fleur de peau, d’une vérité troublante. Marion Cotillard se plonge aussi corps et âme dans son rôle.

    Tous deux sont enfermés dans cette haine au-delà d’eux-mêmes, au bout d’eux-mêmes, au-delà même peut-être de toute rationalité, comme une course folle vers l‘abîme après laquelle le retour en arrière semble impossible. « On ne va pas mourir et te laisser en prison. Tu es enfermée » dira ainsi son père à Alice.

    Dans un couloir de l’hôpital, ébloui par son âpre lumière, Louis qui y est assis ne verra pas tout de suite que la femme qui s’avance vers lui n’est autre qu’Alice. On retrouve quelques instants  le suspense cher aussi à Desplechin, le mélange des genres aussi comme si les deux ennemis d’un western allaient être confrontés l’un à l’autre, enfin (western auquel des chevauchées feront d’ailleurs explicitement référence). Elle avance. Louis ignore le danger de la confrontation qui le menace. Et quand il le réalise, il s’enfuit comme un enfant terrifié et elle s’effondre littéralement. Dans Rois et Reine et Un conte de noël, déjà Desplechin explorait cette haine entre frère et sœur.

    Et puis au milieu de tous ces moment suffocants (la haine étouffante, les scènes à l’hôpital qui saisissent de douleur, les drames successifs, la dépression d’Alice) il y a tous ces éclats de beauté lors desquels la lumière change, se fait plus douce, caressante, consolante. Les scènes, magnifiques, de Louis avec sa femme, qui illuminent le film d’une grâce infinie grâce notamment à la présence solaire de Golshifteh Farahani. Une scène de pardon. Un envol au-dessus des toits et de la réalité.  Un emprunt au fantastique. Ou même à Hitchcock qui rappelle ses célèbres oiseaux quand la grêle agresse Alice comme la neige qui la recouvrira sur la scène du théâtre. Il brouille les repères entre cinéma et réalité. Avant qu’ils ne se rejoignent…

    Et puis il y a a nouveau « Roubaix », cette « lumière ». Celle d'Irina Lubtchansky.  « Vous avez vu ? C’est affreux.  On dirait que le soleil ne va pas se lever» dit ainsi un pharmacien à Alice.  Au sens figuré aussi, le soleil souvent ne se lèvera pas et nimbera les âmes et le film d'une obscurité oppressante et glaçante. Mais lorsqu’il se lève, lorsque la noirceur laisse place à lumière chaude et apaisante, une sorte de poésie réconfortante nous envahit jusqu’au soulagement final, qui irradie de soleil, de chaleur et de vie après cette plongée dans les complexités de l’âme humaine.  « Ici je suis envahie d’histoires. Tu vois, j’ai tout laissé derrière moi. Le théâtre, mon homme, mon fils. Je suis partie. Je me souviens de ce vers que tu m’avais appris. Carte compas par-dessus bord. Je n’ai plus ni carte ni compas. Je suis en vie » écrira alors Alice. Comme un écho au « La vie m’est arrivée » des Fantômes d’Ismaël. Cette fois, on a la sensation que la vie va lui arriver, douce enfin. Et l'on respire avec elle après ce film riche, intense, qui chavire et serre le cœur. Prêts à affronter les vicissitudes torves et terrassantes de l'existence, et à laisser le cinéma et la poésie les réenchanter...une fois de plus.

  • Festival de Cannes 2022 - Compétition officielle - Critique de ARMAGEDDON TIME de James Gray

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    Le (grand) cinéma est affaire de points de vue comme celui de James Gray dont le regard aiguisé se pose avec tellement de sensibilité sur les êtres que, dès les premiers plans, il vous captive même par une scène en apparence anodine dans une salle de classe. Celle du jeune Paul Graff (Michael Banks Repeta) qui vit dans le Queens, là où le cinéaste lui-même a habité dans son enfance. Alors que se profile l'arrivée de Reagan au pouvoir, Paul amoncèle les bêtises avec son ami Jonathan (Jaylin Webb). Il devra changer d'école et se retrouvera ensuite dans l’établissement scolaire au siège d'administration duquel siègent plusieurs membres de la famille Trump dont Fred, le père de Donald. Ses parents, Esther (Anne Hathaway) et Irving (Jeremy Strong), sont démunis face à ce fils pour lequel ils rêvent de réussite. Seul son grand-père (Anthony Hopkins) semble le comprendre…

    Si James Gray a toujours raconté des histoires de famille déchirées, il recourait toujours au masque du polar ou du film noir pour les évoquer même si The Immigrant (un très grand film d’une mélancolie d’une beauté déchirante et lancinante qui nous envahit peu à peu et dont la force ravageuse explose au dernier plan et qui nous étreint longtemps encore après le générique de fin) était déjà inspiré des souvenirs de ses grands-parents, juifs ukrainiens arrivés aux États-Unis en 1923 dont l'histoire est ici à nouveau contée par le grand-père de Paul. Cette fois, James Gray lève le masque pour raconter une histoire très personnelle inspirée de son enfance.

    En quelques plans, quelques phrases, notamment lors d'une séquence de dîner exemplaire (qui n'est pas sans rappeler une des premières scènes de Two lovers), James Gray croque chacun des personnages, leurs forces et fragilités et leurs relations, ou du moins telles qu'ils veulent qu'elles apparaissent.

    Comme le monde dans lequel il évolue, le jeune Paul est en plein chambardement, vers l'âge adulte. S'il perd une part de son innocence, il y gagne ses raisons d'être un artiste : le désir de liberté et surtout de justice sous l'influence de son grand-père. Avec une extrême délicatesse, James Gray filme la relation de Paul avec  ce dernier interprété par Anthony Hopkins et avec son ami Jonathan, abandonné de tous, victime d'un racisme plus ou moins latent et de l’indifférence sociale.

    James Gray cherche à comprendre les raisons de chacun y compris celles du père violent de Paul et y compris les siennes qui le poussèrent à devenir cinéaste. Comme dans chacun de ses films, l'apparent, volontaire et relatif manichéisme initial n'est en effet là que pour laisser peu à peu place à des personnages infiniment nuancés et infiniment touchants qui essaient de vivre tant bien que mal malgré les plaies béantes, de l’existence et surtout de l’enfance.

    La nuit nous appartient, pouvant sembler de prime abord manichéen, se dévoilait ainsi progressivement comme un film poignant constitué de parallèles et de contrastes savamment dosés, même si la nuit brouille les repères, donne des reflets changeants aux attitudes et aux visages.  Un film noir sur lequel plane la fatalité. James Gray dissèque aussi les liens familiaux, plus forts que tout : la mort, la morale, le destin, la loi.  Un film lyrique et parfois poétique, aussi : lorsque Eva Mendes déambule nonchalamment dans les brumes de fumées de cigarette dans un ralenti langoureux, on se dit que Wong Kar-Wai n’est pas si loin... même si ici les nuits ne sont pas couleur myrtille mais bleutées et grisâtres. La brume d’une des scènes finales rappellera d’ailleurs cette brume artificielle comme un écho à la fois ironique et tragique du destin.

    La fin de l’enfance et de l’innocence est aussi celle d’un monde tout entier pour celui qui la vit, comme le jeune Paul dans Armageddon time, la fin de l'appréhension de la vie comme manichéenne (l'apparent manichéisme, on y revient), qui lui apprend les compromis que nécessite l’existence, que la frontière entre le bien et le mal est parfois si floue. C’est son « Armageddon time » en écho avec l’actualité d’alors, la peur d’une guerre nucléaire. C’est pour lui l’amère découverte de ses propres limites, de la trahison, de l’apprentissage de la mort, du racisme, des injustices. La mort du grand-père tant aimé, c’est la fin de cette part de rêve, et du sentiment d’éternité et d’invincibilité, la prise de conscience de la finitude des choses.

    La sublime photographie de Darius Khondji aux accents automnaux renforce la sensation de mélancolie qui se dégage du film, douce puis plus âpre. James Gray filme l’intime avec grandeur et lui procure un souffle romanesque et émotionnel unique. Le jeune Michael Banks Repeta est absolument bluffant, et quel duo avec Anthony Hopkins qui incarne le personnage lumineux du grand-père après son rôle dans The Father où il redevenait lui-même cet enfant secoué de sanglots, prisonnier de sa prison mentale et de son habitation carcérale. Quelles images sublimes que celles du grand-père et du petit-fils dans cette lumière automnale, déclinante, et crépusculaire. Sublime et fascinante comme un dernier et vibrant sursaut de vie. James Gray n'a pas son pareil pour faire surgir l'émotion par un simple regard à travers la vitre, et vous bouleverser sans pour autant recourir à des facilités ou ficelles mélodramatiques. Une scène entre le père et le fils dans la voiture est aussi un exemple de subtilité, de nuance, d’émotion contenue.

    Un film d’une tendre cruauté et d’une amère beauté, vous disais-je à propos de Two lovers. C’est à nouveau ainsi que je pourrais qualifier ce film. J’en profite donc pour vous recommander à nouveau Two lovers  (à voir aussi cette semaine au Festival Lumière de Lyon), ce thriller intime d’une vertigineuse sensibilité à l’image des sentiments, enivrants, qui s’emparent des personnages principaux, et de l’émotion qui s’empare du spectateur. Avec en plus cette merveilleuse bo entre jazz et opéra (même influence du jazz et même extrait de l’opéra de Donizetti, L’elisir d’amore, Una furtiva lagrima que dans  le chef d’œuvre de Woody Allen, Match point, dans lequel on trouve la même élégance dans la mise en scène et la même dualité entre la femme brune et la femme blonde sans oublier également la référence commune à Dostoïevski, Crime et châtiment dans le film de Woody Allen, Les Nuits blanches dans Two lovers), un film dans lequel James Gray parvient à faire d’une histoire a priori simple un très grand film, à fleur de peau, d’une mélancolie, d’une poésie et d’une beauté déchirantes. Je pourrais en dire de même de Armageddon time qui, comme chacun de ses sept films précédents, témoigne de toute la sensibilité, la dualité, la complexité, la richesse du cinéma de James Gray.