24/12/2008
Les « In the mood for cinema awards” de l’année 2008 (épisode 1)
Je vous propose aujourd'hui ma sélection de films, scénarii et acteurs favoris de cette année 2008, sachant que tous les films situés dans la colonne de gauche de ce blog intitulée « Les films de l’année 2008 à ne pas manquer » vous sont tous recommandés par In the mood for cinema (mais plus particulièrement encore ceux cités ci-dessous) et que vous pouvez en lire les critiques en cliquant sur le titre du film sous le nom de l’affiche.
Je regrette d’avoir manqué quelques incontournables de cette année : Wall-E, Gomorra, Séraphine, Le chant des mariées, Les plages d’Agnès. J’essaierai d’y remédier dès que possible.
Je vous rappelle que vous pouvez également lire mon bilan complet de l’année cinéma 2008, en cliquant ici. Je dresserai un bilan plus émotionnel de cette année, le 31 décembre.
Je revendique l’entière subjectivité des choix ci-dessous, bien souvent liés à un moment particulier de mes pérégrinations festivalières… Comme il m’était impossible d’en choisir un seul par catégorie, j’en ai choisi six ou sept.
Acteurs de l’année
Joaquin Phoenix dans « Two lovers »
Vincent Lindon dans “Pour elle”
Michael Fassbender dans « Hunger »
François Bégaudeau dans « Entre les murs »
Nicolas Duvauchelle dans « Secret Défense »
Richard Jenkins dans « The visitor »
Ed Harris et Viggo Mortensen dans « Appaloosa »
Actrices de l’année
Kristin Scott Thomas dans « Il y a longtemps que je t’aime »
Arta Dobroshi dans « Le silence de Lorna »
Catherine Frot dans « Le crime est notre affaire »
Juliette Binoche dans « Coup de foudre à Rhode Island »
Meryl Streep dans « Mamma mia ! »
Catherine Deneuve dans « Je veux voir »
Films de l’année
« Je veux voir » de Khalil Joreige et Joana Hadjithomas
« Two lovers » de James Gray
“Valse avec Bachir” d’Ari Folman
« Into the wild » de Sean Penn
« Le silence de Lorna » de Jean-Pierre et Luc Dardenne
« It’s a free world » de Ken Loach
Réalisateurs de l’année
Woody Allen pour « Vicky Christina Barcelona »
Ken Loach pour « It’s a free world »
Philippe Garrel pour “La frontière de l’aube”
Agnès Jaoui pour « Parlez-moi de la pluie »
Sean Penn pour « Into the wild »
James Gray pour “Two lovers”
Scénarii de l’année
« Vicky Christina Barcelona » de Woody Allen ( scénario de Woody Allen)
« Deux jours à tuer » de Jean Becker (scénario d’Eric Assous et Jérôme Beaujour)
« Le silence de Lorna » de Luc et Jean-Pierre Dardenne (scénario de Luc et Jean-Pierre Dardenne)
« Le premier jour du reste de ta vie » de Rémi Bezançon (scénario de Rémi Bezançon)
« Secret Défense » de Philippe Haïm ( scénario de Philippe Haïm, Julien Sibony et Nathalie Carter)
« Une histoire italienne » de Marco Tullio Giordana (scénario de Leone Colonna, Marco Tullio Giordana, Enzo Ungari)
« Les trois singes » de Nuri Bilge Ceylan (scénario d’Ebru Ceylan, Ercan Kessal, Nuri Bilge Ceylan)
Meilleurs premiers films de l’année
« Une histoire de famille » d’Helen Hunt
« Hunger » de Steve McQueen
« Il y a longtemps que je t’aime » de Philippe Claudel
“I feel good” de Stephen Walker
« American son » de Neil Abramson (Film en compétition du 34ème Festival du Cinéma Américain de Deauville, pas encore de date de sortie prévue en France)
« Pour elle » de Fred Cavayé
Vos avis, commentaires, contestations et vos propres classements sont les bienvenus, à la suite de cette note.
Je vous rappelle que vous pouvez trouver toutes les critiques des films précités sur « In the mood for cinema » soit dans la catégorie « Critiques des films à l’affiche en 2008 » soit en cliquant sur le titre du film sous l’affiche du film concerné dans la colonne « Les films de l’année 2008 à ne pas manquer » (colonne de gauche du blog).
Et évidemment…joyeux noël à tous!
13:19 Écrit par Sandra Mézière dans IN THE MOOD FOR NEWS (toute l'actualité ciné) | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, bilan de l'année 2008, in the mood for cinema, two lovers, joaquin phoenix, kristin scott thomas, sean penn |
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14/11/2008
Avant-première- "Two lovers" de James Gray: une poignante histoire simple
Cette critique (réécrite et complétée depuis) a été publiée lors de la projection de « Two lovers » en compétition du 61ème Festival de Cannes et est extraite de mon autre blog « In the mood for Cannes ».

James Gray, malgré sa jeune carrière, est déjà un habitué de la Croisette puisqu’il y avait déjà présenté « The Yards » il y a 8 ans, et puisque « La nuit nous appartient », son polar familial, sombrement poétique, était en compétition officielle l’an passé. (Cliquez ici pour lire ma critique de « La Nuit nous appartient » de James Gray.)
New York. Un homme, Léonard Kraditor (Joaquin Phoenix), hésite entre suivre son destin et épouser la femme que ses parents ont choisie pour lui, Sandra (Vinessa Shaw), ou se rebeller et écouter ses sentiments pour sa nouvelle voisine, belle et volage, Michelle (Gwyneth Paltrow) dont il est tombé éperdument amoureux.
Ce film aurait pu s’intituler comme un film de Sautet, « Une histoire simple », une histoire simple qui nous parle de raison et de sentiments, d’être forts et fragiles, d’un amour dévastateur et irrépressible, dans une ville que le cinéma a tant de fois arpentée, dépeinte, sublimée, dont on redécouvre ici la bouleversante mélancolie. Il n’y a finalement rien de plus compliqué que de raconter une histoire simple, de la transcender par la sensibilité et le talent de son auteur…
L’intérêt du film provient davantage des personnages, de leurs contradictions, de leurs faiblesses, que du scénario relativement prévisible ou de la réalisation qui l’épouse et, ainsi, le sublime…et pourtant, même si James Gray est plus habitué au polar, il règne ici une tension palpable liée au désir qui s’empare du personnage principal magistralement interprété par Joaquin Phoenix (que James Gray a ici choisi pour la troisième fois pour interpréter le personnage principal de son film) avec son regard mélancolique, fiévreux, enfiévré de passion même, ses gestes maladroits, son corps même qui semble crouler sous le poids de son existence, sa gaucherie adolescente : un sérieux prétendant au prix d’interprétation !
Ce dernier interprète le personnage attachant et vulnérable de Leonard Kraditor (à travers le regard duquel nous suivons l’histoire : il ne quitte jamais l’écran), un homme, atteint d'un trouble bipolaire (mais ce n'est pas là le sujet du film, juste là pour témoigner de sa fragilité) qui, après une traumatisante déception sentimentale, revient vivre dans sa famille et fait la rencontre de deux femmes : Michelle, sa nouvelle voisine incarnée par Gwyneth Paltrow, et Sandra, la fille d’amis de ses parents campée par l’actrice Vinessa Shaw. Entre ces deux femmes, le cœur de Leonard va balancer…
Léonard éprouve un amour obsessionnel, irrationnel, passionnel pour Michelle. Ces « Two lovers » comme le titre nous l’annonce et le revendique d’emblée ausculte la complexité du sentiment amoureux, la difficulté d’aimer et de l’être en retour, mais il ausculte aussi les fragilités de trois êtres qui s’accrochent les uns aux autres, comme des enfants égarés dans un monde d’adultes qui n’accepte pas, broie les écorchés vifs. Michelle et Leonard ont, parfois, « l’impression d’être morts », de vivre sans se sentir exister, de ne pas trouver « la mélodie du bonheur ».
Par des gestes, des regards, des paroles esquissées ou éludées, James Gray dépeint de manière subtile la maladresse touchante d’un amour vain mais surtout la cruauté cinglante de l’amour sans retour qui emprisonne (encore un plan derrière des barreaux, en l’occurrence de Gwyneth Paltrow, décidément le cinéma et ceux qu’il dépeint a cette année soif de liberté et d’évasion, décidément le monde n’a jamais été aussi ouvert et carcéral), exalte et détruit.
James Gray s’est ainsi inspiré d’une nouvelle de Dostoïevski intitulée « Nuits blanches » sur un homme qui développe un amour platonique et une véritable obsession pour une femme qu’il rencontre dans la rue.
James Gray a délibérément choisi une réalisation élégamment discrète et maîtrisée, et à l’image du scénario : pudique (ou lisse, c’est selon). Même si le dénouement est relativement prévisible, le regard de Joaquin Phoenix est suffisamment intense pour ne pas nous lâcher jusqu’à la dernière seconde, nous émouvoir même, malgré tout. James Gray n’a pas non plus délaissé son sujet fétiche, à savoir la famille qui symbolise la force et la fragilité de chacun des personnages (Leonard cherche à s’émanciper, Michelle est victime de la folie de son père…).
Un thriller intime qui exalte et respire la beauté déchirante d'un amour contrarié. Un film d’une tendre cruauté qui dépeint magnifiquement une douloureuse histoire d’amour entre des êtres au bord du gouffre, sur le fil. Un film poignant d’une vertigineuse sensibilité à l’image des sentiments qui s’emparent des personnages principaux, et de l’émotion qui s’empare du spectateur (de moi en tout cas). Irrépressiblement. Magnifiquement.
James Gray avec ces « Two lovers » a réinventé la comédie romantique, magnifié une histoire simple, nous donnant presque à ressentir les battements de cœur tourmentés de ses protagonistes, signant un film lumineux et douloureux, intense et inoubliable, profond et mélancolique… comme une nouvelle de Dostoïevski,.
Sortie en salles : le 19 novembre 2008
Sandra.M
11:44 Écrit par Sandra Mézière dans AVANT-PREMIERES, CRITIQUES DES FILMS A L'AFFICHE EN 2008 | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, two lovers, james gray, festival de cannes, joaquin phoenix, gwyneth paltrow, la nuit nous appartient |
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14/12/2007
"La nuit nous appartient" de James Gray
La nuit nous appartient. Voilà un titre très à-propos pour un film projeté en compétition officielle au dernier Festival de Cannes. Cannes : là où les nuits semblent ne jamais vouloir finir, là où les nuits sont aussi belles et plus tonitruantes que les jours et là où les nuits s’égarent, délicieusement ou douloureusement, dans une profusion de bruits assourdissants, de lumières éblouissantes, de rumeurs incessantes. Parmi ces rumeurs certaines devaient bien concerner ce film de James Gray et lui attribuer virtuellement plusieurs récompenses qu’il aurait amplement méritées (scénario, interprétation, mise en scène...) au même titre que « My blueberry nights », mon grand favori, ou plutôt un autre de mes grands favoris du festival, l’un et l’autre sont pourtant repartis sans obtenir la moindre récompense…
Ce titre poétique (« We own the night » en vo, ça sonne encore mieux en Anglais non ?) a pourtant une source plus prosaïque qu’il ne le laisserait entendre puisque c’est la devise de l’unité criminelle de la police de New York chargée des crimes sur la voie publique. Ce n’est pas un hasard puisque, dans ce troisième film de James Gray ( « The Yards » son précèdent film avait déjà été projeté en compétition au Festival de Cannes 2000) qui se déroule à New York, à la fin des années 80, la police en est un personnage à part entière. C’est le lien qui désunit puis réunit trois membres d’une même famille : Bobby Green (Joaquin Phoenix), patron d’une boîte de nuit appartenant à des Russes, à qui la nuit appartient aussi, surtout, et qui représentent pour lui une deuxième et vraie famille qui ignore tout de la première, celle du sang, celle de la police puisque son père Burt (Robert Duvall) et son frère Joseph (Mark Walhberg) en sont tous deux des membres respectés et même exemplaires. Seule sa petite amie Amada (Eva Mendes), une sud américaine d’une force fragile, vulgaire et touchante, est au courant. Un trafic de drogue oriente la police vers la boîte détenue par Bob, lequel va devoir faire un choix cornélien : sa famille d’adoption ou sa famille de sang, trahir la première en les dénonçant et espionnant ou trahir la seconde en se taisant ou en consentant tacitement à leurs trafics. Mais lorsque son frère Joseph échappe de justesse à une tentative d’assassinat orchestrée par les Russes, le choix s’impose comme une évidence, une nécessité, la voie de la rédemption pour Bobby alors rongé par la culpabilité.
Le film commence vraiment dans la boîte de nuit de Bobby, là où il est filmé comme un dieu, dominant et regardant l’assemblée en plongée, colorée, bruyante, gesticulante, là où il est un dieu, un dieu de la nuit. Un peu plus tard, il se rend à la remise de médaille à son père, au milieu de la police de New York, là où ce dernier et son frère sont des dieux à leur tour, là où il est méprisé, considéré comme la honte de la famille, là où son frère en est la fierté, laquelle fierté se reflète dans le regard de leur père alors que Bobby n’y lit que du mépris à son égard. C’est avec cette même fierté que le « parrain » (les similitudes sont nombreuses avec le film éponyme ou en tout cas entre les deux mafias et notamment dans le rapport à la famille) de la mafia russe, son père d’adoption, regarde et s’adresse à Bobby. Le décor est planté : celui d’un New York dichotomique, mais plongé dans la même nuit opaque et pluvieuse, qu’elle soit grisâtre ou colorée. Les bases de la tragédie grecque et shakespearienne, rien que ça, sont aussi plantées et même assumées voire revendiquées par le cinéaste, de même que son aspect mélodramatique (le seul bémol serait d’ailleurs les mots que les deux frères s’adressent lors de la dernière scène, là où des regards auraient pu suffire...)
Les bons et les méchants. L’ordre et le désordre. La loi et l’illégalité. C’est très manichéen me direz-vous. Oui et non. Oui, parce que ce manichéisme participe de la structure du film et du plaisir du spectateur. Non, parce que Bobby va être écartelé, va évoluer, va passer de l’ombre à la lumière, ou plutôt d’un univers obscur où régnait la lumière à un univers normalement plus lumineux dominé par des couleurs sombres. Il va passer d’un univers où la nuit lui appartenait à un autre où il aura tout à prouver. Une nuit où la tension est constante, du début et la fin, une nuit où nous sommes entraînés, immergés dans cette noirceur à la fois terrifiante et sublime, oubliant à notre tour que la lumière reviendra un jour, encerclés par cette nuit insoluble et palpitante, guidés par le regard lunatique (fier puis désarçonné, puis déterminé puis dévasté de Joaquin Phoenix, magistral écorché vif, dont le jeu est d’ailleurs un élément essentiel de l’atmosphère claustrophobique du film). James Gray a signé là un film d’une intensité dramatique rare qui culmine lors d’une course poursuite d’anthologie, sous une pluie anxiogène qui tombe impitoyablement, menace divine et symbolique d’un film qui raconte aussi l’histoire d’une faute et d’une rédemption et donc non dénué de références bibliques. La scène du laboratoire (que je vous laisse découvrir) où notre souffle est suspendu à la respiration haletante et au regard de Bob est aussi d’une intensité dramatique remarquable.
« La nuit nous appartient », davantage qu’un film manichéen est donc un film poignant constitué de parallèles et de contrastes (entre les deux familles, entre l’austérité de la police et l’opulence des Russes,-le personnage d’Amada aussi écartelé est d’ailleurs une sorte d’être hybride, entre les deux univers, dont les formes voluptueuses rappellent l’un, dont la mélancolie rappelle l’autre- entre la scène du début et celle de la fin dont le contraste témoigne de la quête identitaire et de l’évolution, pour ne pas dire du changement radical mais intelligemment argumenté tout au long du film, de Bob) savamment dosés, même si la nuit brouille les repères, donne des reflets changeants aux attitudes et aux visages. Un film noir sur lequel plane la fatalité : fatalité du destin, femme fatale, ambiance pluvieuse. James Gray dissèque aussi les liens familiaux, plus forts que tout : la mort, la morale, le destin, la loi.
Un film lyrique et parfois poétique, aussi : lorsque Eva Mendes déambule nonchalamment dans les brumes de fumées de cigarette dans un ralenti langoureux, on se dit que Wong Kar-Wai n’est pas si loin... même si ici les nuits ne sont pas couleur myrtille mais bleutées et grisâtres. La brume d’une des scènes finales rappellera d’ailleurs cette brume artificielle comme un écho à la fois ironique et tragique du destin.
C’est épuisés que nous ressortons de cette tragédie, heureux de retrouver la lumière du jour, sublimée par cette plongée nocturne. « La nuit nous appartient » ne fait pas partie de ces films que vous oubliez sitôt le générique de fin passé (comme celui que je viens de voir dont je tairai le nom) mais au contraire de ces films qui vous hantent, dont les lumières crépusculaires ne parviennent pas à être effacées par les lumières éblouissantes et incontestables, de la Croisette ou d’ailleurs…
Pour une critique vraiment détaillée et approfondie de ce film, je vous recommande la lecture du blog « Boulevard du cinéma ».
Sandra.M
11:39 Écrit par Sandra Mézière dans CRITIQUES DES FILMS A L'AFFICHE(2004 à 2007) | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, James Gray, la nuit nous appartient, Joaquin Phoenix, Mark Wahlberg, Eva Mendes, Robert Duvall |
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27/11/2007
In the mood for news 11: In the mood for "My blueberry nights"
Cette semaine sortent deux films qui figuraient parmi mes favoris du dernier Festival de Cannes: tout d'abord "My blueberry nights" de Wong Kar Wai , film en compétition officielle qui figurait exceptionnellement également en ouverture du festival, un film dans lequel la caméra voluptueuse de Wong Kar Wai danse de nouveau avec le spectateur, envoûté, nous emportant dans son ailleurs où les nuits sont poétiquement et langoureusement bleu myrtille, où les ralentis suspendent le temps et notre souffle un trop court et jubilatoire instant.
Demain sort aussi "La nuit nous appartient" de James Gray, le polar sombre et palpitant avec Joaquin Phoenix, Eva Mendes, Robert Duvall et Mark Wahlberg, un film qui aurait mérité plusieurs récompenses. Je retournerai le voir cette semaine pour vous en parler longuement, comme ce film magistral le mérite.
L'autre film de la semaine: My blueberry nights de Wong Kar Wai
Pitch : « Après une séparation douloureuse, Elizabeth (Norah Jones) se lance dans un périple à travers l’Amérique, laissant derrière elle une vie de souvenirs, un rêve et un nouvel ami - un émouvant patron de bar, Jeremy (Jude Law) - tout en cherchant de quoi panser son coeur brisé. Occupant sur sa route des emplois de serveuse, Elizabeth se lie d’amitié avec des clients dont les désirs sont plus grands que les siens : un policier tourmenté et sa femme qui l’a quitté, une joueuse dans la déveine qui a une affaire à régler. A travers ces destins individuels, Elizabeth assiste au spectacle du véritable abîme de la solitude et du vide, et commence à comprendre que son propre voyage est le commencement d’une plus profonde exploration d’elle-même. »
Pour son premier film en langue anglaise, Wong Kar Waï a réalisé un road movie mélancolique, un voyage initiatique qui nous emmène de New York au Nevada, et sur la célèbre route 66. Les kilomètres et le temps qui séparent les deux protagonistes les rapprochent, d’eux-mêmes, puis l’un de l’autre, aussi par les mots qu’ils s’envoient comme des bouteilles à la mer.
Comme ses précédents films, « My blueberry nights » est un poème envoûtant, une peinture captivante dans laquelle on se retrouve immergés, fascinés, hypnotisés, transportés dans un univers sombre et lumineux traversé par une galerie de portraits de personnages touchants fracassés par l’existence. Le temps n’existe plus ou plutôt s’y substitue celui recréé par Wong Kar Waï, véritable démiurge d’un univers qui nous enrobe, nous enveloppe, nous ensorcelle insidieusement. Lorsque nous sommes dans un univers où les nuits sont bleu myrtille, tout est possible même que le temps suspende son vol. Wong Kar Waï, mieux que quiconque, y exprime tout ce que recèle l’expression « la magie du cinéma ». La magie d’un voyage vers l’espérance, la magie de ces images qui nous entraînent dans leur danse sensuelle, qui nous font croire que la vie peut marcher au ralenti, qu’un voyage peut nous redonner le sourire comme ce film dont on ressort avec une sensation d’apaisement, comme après un voyage qui nous aurait procuré des émotions indicibles. Des nuits bleu myrtille à savourer sans modération même (et parce que) nous y retrouvons ce qui caractérise le cinéma de Wong Kar Wai : les ralentis langoureux donc, une bande originale particulièrement réussie (me trompé-je ou la musique –notamment celle qui précède le générique- ressemble à s’y méprendre à celle d’In the mood for love ?), une photographie sublime aux teintes bleutées et rougeoyantes, des gros plans sur les visages (parfois il nous semble voir Maggie Cheung à tel point la caméra de Wong Kar Wai étreint ses actrices de la même façon que dans « In the mood for love »).
Des prix pour « My blueberry nights » ? La prestation tout en retenue de Norah Jones pourrait mériter un prix d’interprétation, ce qui est peu probable, le jury préférant généralement les vrais rôles de composition. La mise en scène de Wong Kar Waï, est évidemment remarquable, mais un prix dans cette catégorie est néanmoins aussi peu probable Wong Kar Waï l’ayant déjà reçu en 1997 et ne bénéficiant plus de l’effet de surprise pour un style et un univers désormais connus.
Flash back: "In the mood for love"
Le titre de ce blog n’a pas été choisi par hasard. Son but est aussi de vous immerger dans l’atmosphère du Festival, parfois ensorcelante, à l’image du magnifique film de celui qui fut le président du Festival de Cannes 2006, Wong Kar-Waï qui y présenta 2046 en 2004, sélectionné en compétition officielle et surtout In the mood for love en 2000 qui reçut le prix d'interprétation masculine et le Grand Prix de la Commission Supérieure Technique. En guise d'hommage à ce grand cinéaste, et de clin d'oeil au titre de ce blog, je vous propose donc (à noveau) ma critique d'In the mood for love
Critique d'In the mood for love de Wong Kar Waï
Oui, je l’avoue, je n’ai toujours pas vu 2046. A dessein. In the mood for love c’est un peu comme ces moments de nos vies que l’on a filmés et dont on laisse les films croupir dans les tiroirs de crainte que les images ainsi immortalisées soient moins belles que celles de nos souvenirs. Souvenirs sacrés, idéalisés peut-être. Sacrés aussi sont les souvenirs d’In the mood for love. Souvenirs indicibles et indélébiles. Indicibles et indélébiles, telles sont aussi les émotions que procure ce film envoûtant… à l’image des sentiments qu’il retranscrit. A partir d’un synopsis plutôt conventionnel ,d’un schéma vaudevillesque(deux voisins ,Su -Maggie Cheung- et Chow-Tony Leung- , découvrent la tromperie de leurs époux respectifs ,s’éprennent peu à peu l’un de l’autre…mais préfèreront renoncer à leur amour plutôt qu’à leurs idéaux),Wong Kar Wai a réalisé un véritable poème lyrique et nostalgique à la beauté picturale et à l’inventivité visuelle indéniables, inégalées, innovantes, un film tout en nuances dont la mélancolie est encore exacerbée par une atmosphère musicale sublime qui cristallise les sentiments retenus des personnages. Poème langoureux et nostalgique qui nous entraîne, nous emporte délicieusement dans sa mélodieuse complainte. Rarement, voire jamais, au cinéma les frémissements, les palpitations, l’intransmissible incandescence d’un amour implicite, interdit, et ainsi sublimés, avaient été aussi bien suggérés à tel point que les sentiments des personnages semblent émaner de l’écran, presque s’en échapper et nous envahir. Réminiscences des sublimes sensations de nos passés ou de nos rêves, c’est selon, que Wong Kar Waï parvient à faire (res)surgir. Magicien de la caméra. Wong Kar Wai a préféré la suggestion à la démonstration ostentatoire. L’enfermement de Maggie Cheung est ainsi suggéré par des tenues qui emprisonnent son corps et sa passion contenue est reflétée par leurs teintes chatoyantes auxquelles fait écho le décor rouge qui contraste avec les couleurs ternes et les conventions du Hong Kong des années 60. Le ralenti et la musique ensorcelante qui les accompagnent lorsqu’ils se croisent dans un couloir étroit suffisent à nous faire comprendre les sentiments et les impressions d’une sensualité tacite qui les envahissent malgré l’étroitesse des conventions. Les nombreuses ellipses temporelles permettent au spectateur de laisser libre cours à son imagination :un spectateur qui, par une sorte de mimétisme , se laisse peu à peu submerger par l’émotion indéfinissable que suscite cette ambiance…Jamais une histoire d’amour n’avait été racontée avec autant de pudeur, de nuance, d’élégance. Le spectateur est immergé dans cette « ambiance de l’amour », un titre étrange à l’image de la singularité des impressions qu’il inspire. Grâce à l’ingéniosité de la réalisation le spectateur est happé par cet univers, cette histoire…une histoire intemporelle et universelle qui substitue mieux que jamais à notre regard « un monde qui s’accorde à ses désirs » pour reprendre la citation de Bazin qui pourrait avoir été inspirée par ce film. Alors bien sûr on pourrait établir un parallèle avec Sur la route de Madison de Clint Eastwood ou encore avec les films de James Ivory pour l’admirable peinture des sentiments contenus mais, au-delà de celle-ci, Wong Kar Waï a su créer une atmosphère ensorcelante, languissante, presque onirique qui fait de son film une œuvre inclassable et novatrice …On pourrait aussi me rétorquer que la stylisation est exacerbée (et peut-être pour certains exaspérante ), que cette beauté picturale cherche à dissimuler une faiblesse scénaristique mais c’est justement cette symphonie picturale et musicale qui contribue à la richesse du scénario. Alors quand cette rêverie cinématographique s’achève, le spectateur quitte avec peine cette atmosphère enchanteresse, la magie du cinéma portée à son paroxysme…une magie prolongée par des images et une musique indissociables et inoubliables qui nous accompagnent longtemps après le générique de fin, qui m’accompagnent toujours. Le film entier est un poème langoureux, une mélodie savoureuse et ensorcelante, une longue parabole amoureuse qui vous laissera le souvenir inaltérable et brûlant d’un grand amour.
Egalement à l'affiche demain...
Ce mercredi sort également "Les femmes de ses rêves" présenté en avant-première lors du dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville, un film relativement réjouissant mais finalement assez politiquement correct pour un film des frères Farrelly. Un conseil: fermez les yeux si vous tombez devant la bande annonce qui, comme souvent dans les bandes annonces américaines, est tellement réussie qu'elle raconte tout le film et ses meilleures gags.
Un film à voir mais seulement une fois que vous aurez vu les deux films précités qui figurent au palmarès de mes films favoris de l'année à défaut d'avoir figuré à celui du Festival de Cannes comme ils l'auraient l'un et l'autre grandement mérité!!
A suivre ma critique de "La nuit nous appartient"...En attendant continuez à plonger "in the mood for cinema"!
Sandra.M
15:05 Écrit par Sandra Mézière dans CRITIQUES DES FILMS A L'AFFICHE(2004 à 2007), IN THE MOOD FOR NEWS (toute l'actualité ciné) | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cinéma, Wong Kar Wai, Norah Jones, Jude Law, Farrelly, James Gray, Joaquin Phoenix |
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