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  • Critique de LES NOUVEAUX SAUVAGES (Relatos salvajes) de Damián Szifron à 20H50 sur Canal + Cinéma

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    Aux antipodes du (passionnant) film qui a reçu la palme d’or du Festival de Cannes 2014, « Winter sleep » de Nuri Bilger Ceylan,  en compétition officielle de ce 67ème Festival de Cannes figurait également « Les nouveaux sauvages » (Relatos salvajes) réalisée, écrit et monté par l’Argentin Damián Szifron. L’un résonne comme un long poème d’une beauté triste et déchirante, l’autre comme une réplique cinglante d’un comique grinçant, d’une drôlerie lucide et sombre. Revenu bredouille de Cannes, « Les Nouveaux sauvages » figure parmi les cinq films en lice pour l’Oscar du meilleur film étranger, notamment face au percutant plaidoyer contre le fanatisme de Sissako, plus que jamais d’actualité : « Timbuktu » (que je vous engage toujours vivement à voir).

    Les Nouveaux sauvages est un film sur ceux qui, soumis au stress, à l’inégalité, à l’injustice, ou peut-être simplement confrontés à leur propre vulnérabilité et médiocrité, humiliés parfois, finissent par craquer, et franchissent la frontière entre l’humanité et l’animalité, la civilisation et la barbarie comme le laisse déjà entendre le générique très « animal ».

    Dans le restaurant dans lequel elle travaille, une serveuse voit arriver  un client qui est responsable de la mort de son père. Sur une route déserte, un conducteur vaniteux au volant de sa voiture rutilante en insulte un autre au volant de son véhicule brinquebalant avant que le premier ne tombe en panne et ne se retrouve confronté au second, impitoyable. Un spécialiste des explosifs voit sa voiture être emmenée à la fourrière, manque l’anniversaire de sa fille à cause de cela, et devient obsédé par l’envie de se venger de cette administration sourde et, pour lui, inique. Un fils de riches, sous l’emprise de l’alcool, renverse, tue une femme enceinte, et s’enfuit. Un riche mariage va se transformer en massacre quand la mariée va découvrir que son mari l’a trompée avec une des convives.

    Genre un peu suranné, à la mode dans les années 1960, le film à sketchs est ici remis au goût du jour au point d’avoir suscité l’intérêt des frères Almodóvar qui l’ont produit.

    Damián Szifron, dans ses six saynètes aux cadres et personnages hétéroclites mais aux thématiques récurrentes, explore le thème de la vengeance poussé à l’extrême jusqu’à la folie, jusqu’au meurtre. Incapables de communiquer normalement, ses personnages ont une réaction animale, violente, absurde face à ce monde lui-même grotesque. En résulte un humour noir détonant, scabreux,  subversif, férocement drôle et qui n’échappe pas toujours à la vulgarité. A l’image de la réalisation, classique et lisse en apparence, les personnages en apparence « normaux » se révèlent particulièrement déjantés, sombres et brutaux.

    Si les références au cinéma d’hier ne manquent pas, notamment au cinéma italien: Dino Risi, Fellini ou encore Spielberg dans une version très personnelle de « Duel », c’est pourtant bien de notre société exigeante, sourde,  brusque, versatile (les réseaux sociaux ne sont pas épargnés faisant d’un terroriste une star) dont nous parle ici Sifron dans ces six sketchs indéniablement efficaces, à défaut d’être subtiles (certes, à dessein, pour obtenir ce contraste évoqué plus haut).

    Le film atteint ses limites dans cette idée de base, le contraste entre la forme (du film et des personnages) et le fond qui révèle une société corrompue, où l’argent règne en maitre, des personnages tous médiocres, vils, répondant à leurs bas instincts qui entraînent certes parfois notre rire, souvent le malaise, mais jamais notre empathie.  Mais il s’agit bien là avant tout de parodie et de caricature dont l’objectif intrinsèque est davantage de déranger, heurter, interpeller que de plaire et séduire au contraire de la BO particulièrement séduisante. A vous de voir si vous voulez partir à la rencontre de ces nouveaux sauvages parfois réjouissants, parfois dérangeants au risque d’être confrontés à votre propre réalité et sa noirceur exacerbées.

  • Critique de WHIPLASH de Damien Chazelle ce soir à 20H55 sur Canal plus

     WHIPLASH », deuxième film de Damien Chazelle,  avant même le Festival du Cinéma Américain de Deauville où il avait été couronné de plusieurs récompenses, avait déjà  été remarqué à la Quinzaine des Réalisateurs 2014. Interprété magistralement par Miles Teller et J.K. Simmons,  le premier interprétant Andrew, un jeune élève du Conservatoire de dix-neuf ans qui rêve de devenir l’un des meilleurs batteurs de jazz de sa génération et l’autre, son professeur Terence Fletcher,  qui dirige le meilleur orchestre de l’établissement, « Whiplash » a été  tourné en 19 jours. Le film n’en est pas moins remarquable dans la précision et l’exigence à l’image de la musique qu’il exalte et sublime.

     Andrew Nieman. A une lettre près, (Niemand) personne en Allemand. Et Andrew semble avoir une seule obsession, devenir quelqu’un par la musique. Assouvir sa soif de réussite tout comme le personnage interprété par J.K Simmons souhaite assouvir sa soif d’autorité. Une confrontation explosive entre deux desseins, deux ambitions irrépressibles, deux folies.  L’objet rêvé pour le manipulateur machiavélique qui sous le fallacieux prétexte que « la fin justifie les moyens » use et abuse de sa force et son pouvoir pour obtenir le résultat qu’il souhaite mais surtout asseoir son emprise. J.K Simmons donne corps et froideur d’âme à ce personnage tyrannique et irascible qui sait se montrer mielleux pour atteindre son objectif.

     La réalisation s’empare du rythme fougueux, fiévreux, animal de la musique, grisante et grisée par la folie du rythme et de l’ambition, dévastatrice, et joue judicieusement et avec manichéisme sur les couleurs sombres, jusque dans les vêtements: Fletcher habillé en noir comme s’il s’agissait d’un costume de scène à l’exception du moment où il donne l’impression de se mettre à nu et de baisser la garde, Andrew habillé de blanc quand il incarne encore l’innocence puis de noir à son tour et omniprésence du rouge (du sang, de la viande, du tshirt d’un des « adversaires » d’Andrew) et des gros plans lorsque l’étau se resserre, lorsque le duel devient un combat impitoyable, suffocant. Les rires  sur l’humiliation et sur les ruses et sentences de dictateur (qu’est finalement le professeur) étaient finalement plus dérangeants que le film lui-même, le public étant d’une certaine manière manipulée à son tour, se laissant fasciner par ce personnage tyrannique. Prêt à tout pour réussir, Andrew poussera l’ambition à son paroxysme, au bord du précipice, jusqu’à l’oubli, des autres, de la dignité, aux frontières de la folie.

     Le face à face final est un véritable combat de boxe (et filmé comme tel) où l’immoralité sortira gagnante : la dictature et l’autorité permettent à l’homme de se surpasser… La scène n’en est pas moins magnifiquement filmée  transcendée par le jeu enfiévré et exalté des deux combattants.

    Bien que batteur depuis ses quinze ans, et ayant pris des cours trois jours par semaine pendant quatre heures pour parfaire sa technique et ne faisant « que » 70% des prestations du film, Miles Teller est impressionnant dans l’énergie, la détermination, la folie, la maîtrise, la précision. En conférence de presse, à Deauville, Damien Chazelle a raconté s’être inspiré de son expérience personnelle pour écrire et réaliser « Whiplash », ayant appris par le passé  la batterie avec un professeur tyrannique, ce qui l’a conduit à emprunter une autre voie : celle du cinéma. Une décision sans aucun doute judicieuse même si j’espère qu’il continuera à allier cinéma et musique dans ses prochains films, son amour de la musique transparaissant, transpirant même dans chaque plan du film.

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  • Critique de Mr. TURNER de Mike Leigh à 20H50 sur Canal plus cinéma

     

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    Dans ce nouveau film de Mike Leigh, Timothy Spall interprète le peintre Turner. Sans doute certains trouveront-ils qu’il cabotine ou que son jeu est maniéré, sans doute des intimes du peintre Turner qui savent mieux que quiconque qu’il ne se comportait pas ainsi, lequel, rappelons-le, est décédé en 1851. Simplement Timothy Spall a-t-il décidé d’esquisser, de composer un personnage tout comme, pour esquisser le portrait de Turner, Mike Leigh a dessiné une suite de saynètes/toiles d’une beauté renversante, éblouissante, captivante malgré la longueur du film, recourant à une lenteur finalement judicieuse pour nous  faire apprécier cet artiste comme un tableau qui n’offre pas d’emblée toutes ses richesses au regard mais se dévoile peu à peu, à l’image de cet éléphant à peine visible au premier regard sur cette toile de Turner.

    Le film et le personnage se construisent de paradoxes : entre l’extrême sensibilité que cet homme met dans son art et la rudesse de ses manières, entre les tourments qu’il exprime dans ses toiles et ceux qu’il ne parvient pas à exprimer autrement, réussissant à peindre les tempêtes qui s’agitent sur les océans et dans son crane mais jamais à les expliciter.

    Mike Leigh s’est concentré sur les dernières années de l’existence du peintre britannique qui fut un artiste reconnu, membre apprécié quoique dissipé de la Royal Academy of Arts,  vivant entouré de son père (qui fut aussi son assistant), et de sa dévouée (c’est un euphémisme) gouvernante (fantastique Dorothy Atkinson). Un tableau d’autant plus intéressant que, au-delà de sa saisissante beauté picturale, le parallèle est évident entre l’artiste peintre et l’artiste cinéaste, en particulier lorsque celui-ci subit les sarcasmes de l’establishment. Toute relation avec la réalité serait évidemment purement fortuite.

    Mike Leigh nous éclaire sur le travail de Turner tout en ne cherchant pas à rendre sympathique cet homme sombre et parfois même repoussant et glacial ou en tout cas incapable de s’exprimer autrement qu’au travers de ses toiles ou par des borborygmes « inhumains ». Ce film nous laisse avec le souvenir de peintures et de plans qui se confondent, en tout cas d’une beauté à couper le souffle, et le souvenir  de ce premier plan étincelant avec ce soleil prometteur, ce moulin, ces deux paysannes qui marchent  en parlant flamand tandis que seul et/ou isolé (Turner fait lui-même la distinction entre la solitude et l’isolement, sans doute ressent-il la première sans être victime du second), en marge de la toile/de l’écran, le peintre s’adonne à son art, comme un miroir de celui qui le portraiture pour le cinéma (des « Ménines » de Velasquez version 21ème siècle, finalement).

    Un film et un personnages à la fois âpres, rudes et sublimes d’une belle exigence dans les nuances des âmes autant que dans celles des teintes et des peintures.

  • Critique de LA FRENCH de Cédric Jimenez à 20H55 sur Canal + ce 12 décembre 2015

    La French, Cédric Jimenez, Jean Dujardin, La French, Gilles Lellouche, critique, film, cinéma, télévision, Canal plus, Canal +

    Melville. Verneuil. Deray. Corneau. Les cinéastes qui ont donné ses lettres de noblesse au cinéma policier français. Un cinéma de codes, de genre, parfois manichéen, à dessein. Un cinéma avec ses héros, flics ou gangsters. Le cinéma que j’aime, parfois aveuglément, parfois pour ses défauts, pour ce manichéisme justement, réjouissant. Autant dire que j’attendais avec énormément d’impatience « La French » qui renouait avec ce cinéma d’antan, essentiellement à l’honneur dans les années 1970.

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    C’est justement dans les années 1970 que débute « La French », plus exactement en 1975, à Marseille. Pierre Michel incarné par Jean Dujardin est un jeune magistrat venu de Metz avec femme et enfants, nommé juge du grand banditisme à Marseille. Il décide de s’attaquer à la French Connection (dite « La French »), organisation mafieuse qui exporte l’héroïne dans le monde entier et en particulier à Gaëtan Zampa (Gilles Lellouche), figure emblématique du milieu et parrain intouchable contre lequel le juge Michel va partir en croisade.

    Tous les ingrédients d’un grand film policier sont là : une fiction librement inspirée d’une histoire vraie connue et encore malgré tout auréolée de zones d’ombres, un décor très cinématographique, -Marseille-, le combat entre deux (anti)héros, le gangster et le juge, des seconds rôles forts, de vraies « gueules » de cinéma, une histoire placée sous le sceau de la tragédie.

    Pour son deuxième long-métrage de fiction après « Aux yeux de tous » (Il a également réalisé un documentaire intitulé « Who’s the Boss : Boss of Scandalz Strategyz »), Cédric Jimenez s’est attelé à un projet pour le moins ambitieux, et pas seulement financièrement (21 millions d’euros). Toute la qualité du scénario écrit par celui-ci et sa compagne Audrey Diwan réside dans l’alternance de scènes spectaculaires et de scènes intimes, de scènes d’action et de scènes d’émotion, pareillement réussies. Les scènes d’émotion parsèment le film et n’en sont que plus touchantes quand le juge ou Zampa (plus rarement) baissent la garde.

    Si le héros de l’histoire est indéniablement le juge, un homme droit, intègre jusqu’à l’obsession, son parcours est mis en parallèle avec celui de Zampa : intelligente construction dichotomique du film qui croise constamment ces deux destinées devenues indissociables. Leurs deux rencontres, dont l’une est filmée de telle sorte qu’elle semble avoir lieu dans les cieux, n’en ont que plus d’impact. Le Marseille des années 1970 est magnifiquement reconstitué et mis en lumière par Laurent Tangy. Le réalisateur, Cédric Jimenez, sait d’ailleurs d’autant mieux ce dont il parle qu’il est lui-même originaire de la cité phocéenne.

    Lellouche et Dujardin sont parfaits, l’un dans le rôle du juge intègre, humain mais obstiné, faisant passer son devoir avant son intérêt, l’autre dans le rôle du « parrain » charismatique, Gilles Lellouche tout en puissance, impressionnant. Dujardin prouve une nouvelle fois sa capacité à incarner des personnages très différents mais surtout à être une figure du cinéma qui, justement, avait un peu disparu, celle qu’incarnaient Belmondo ou Delon, celle du personnage qui, flic ou voyou, emporte d’emblée la sympathie du public qui n’allait plus voir un film de Verneuil ou Deray mais le dernier Belmondo ou Delon ou Ventura tout comme, sans aucun doute, j’irai voir le prochain Dujardin. Dans les rôles secondaires, Benoît Magimel, Guillaume Gouix, Céline Sallette, Mélanie Doutey, Moussa Maaskri, Cyril Lecomte sont parfaits sans oublier Bernard Blancan, trop rare et qui trouve ici un nouveau rôle à sa (dé)mesure (pour ceux qui l’auraient oublié : prix d’interprétation masculine au Festival de Cannes 2006 pour « Indigènes »).

    Un « french » film doté des qualités que certains prêtent uniquement au cinéma américain, oubliant un peu vite ou méconnaissant l’histoire du cinéma français, riche de chefs d’œuvre du cinéma policier. Plus qu’un film policier, une page de notre Histoire (passionnantes scènes avec Gaston Defferre, sur son rôle trouble), un récit à la fois intime et spectaculaire palpitant, le film qui réconcilie les années 1970 avec le cinéma contemporain et qui plaira autant aux amateurs de l’un qu’aux amateurs de l’autre, mais aussi aux amoureux du cinéma de Scorsese (vers lequel lorgne évidemment Jimenez autant de par ses mouvements de caméra, la construction du film, son univers que l’usage de la musique, notamment, à noter, une bo remarquable) qu’à ceux de celui de Deray ou Verneuil. Bref, 2H15 à consacrer à « La French » et que vous auriez tort de ne pas  passer dans la ville de « Borsalino » avec un face-à-face qui a la force du duo/duel Delon/Belmondo.

    Retrouvez également Jean Dujardin dans UN + UNE de Claude Lelouch, actuellement à l'affiche. Ma critique, ici.