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  • Festival du Cinéma Américain de Deauville 2026 : le programme complet de la 52e édition

    52e Festival du Cinéma Américain de Deauville.jpg

    (Cet article sera mis à jour au fur et à mesure des annonces. Dernière mise à jour : le 21/08/2026).

    « Le cinéma est une question de ce qui est dans le cadre et de ce qui en sort. » Martin Scorsese

    Il y a des festivals dont on repart avec une liste de films en tête. Et puis il y a Deauville, dont on revient avec des images, des musiques, des visages, la beauté incendiaire de la plage et des dialogues qui continuent longtemps à résonner en nous. Chaque année, en septembre, cette parenthèse hors du temps me rappelle que le cinéma n'est jamais seulement un divertissement : il représente aussi un moyen de questionner le monde, de le rêver et parfois même de tenter de le réparer. Chaque année, depuis une vingtaine d'années, j'ai le plaisir de couvrir ce festival qui a changé le cours de mon existence et auquel je n'ai cessé d'être fidèle. Cette année encore, je serai au rendez-vous, dans la splendide salle du CID pour assister au festival, dès l'ouverture.

    (Pour en savoir plus sur mon lien particulier avec Deauville, retrouvez mes posts à ce sujet sur Instagram, ici, et sur Linkedin, là).

    C'est aussi ce qui rend ce festival si singulier à mes yeux. Depuis toutes ces années, Deauville me donne l'impression de parcourir les États-Unis sans traverser l'Atlantique, d'en appréhender les mille visages et les contradictions. Hollywood et Sundance à la fois, le festival fait dialoguer les mythes et leur envers, les blockbusters et le cinéma indépendant, le rêve américain et ses désillusions. Année après année, les films y composent un instantané de l'Amérique contemporaine, de ses ombres et de ses lumières, de ses blessures et de ses espoirs. Et peut-être est-ce aussi pour cela que j'y reviens toujours : parce que le cinéma y permet à la fois de regarder le monde en face, de braquer la lumière sur ses ombres et, pendant quelques heures, de s'en évader.

    Chaque soir, l'an passé, avant la projection officielle, s'affichait cette phrase de Jack London : « The proper function of a man is to live, not to exist. » C'est peut-être cela, avant tout, un festival de cinéma : cette impression de vivre plus intensément. Impression fallacieuse, peut-être, mais si douce. Vivre au rythme de vingt-quatre images par seconde.

    L'édition 2025 fut de celles qui laissent une empreinte durable. Je repense à la danse aérienne de Marie-Agnès Gillot lors de la cérémonie d'ouverture, sur la musique de The Hours de Philip Glass. Aux mots lumineux de Golshifteh Farahani, appelant à la résistance et à l'espérance. Aux découvertes marquantes de la compétition, aux hommages à Paul Newman, Kim Novak et Alice Guy, aux premiers films de Scarlett Johansson et Kristen Stewart, aux œuvres qui interrogeaient les faux-semblants, les blessures invisibles, la mémoire, le deuil et la capacité du cinéma à nous aider, selon les mots de Kristen Stewart, « à nous comprendre nous-mêmes ».

    Le Maire de Deauville avait déclaré lors de la cérémonie d'ouverture : « Nous célébrons non seulement les œuvres d'aujourd'hui mais aussi les rêves de demain. » Cette phrase résume sans doute mieux que toute autre ce qui distingue ce festival : sa capacité à faire dialoguer le patrimoine du cinéma américain avec ceux qui en écriront l'avenir.

    Avant de nous tourner vers cette 52e édition, un dernier regard vers la précédente : vous pouvez retrouver mon bilan complet du 51e Festival dans le magazine Le 21e, désormais disponible (ainsi que tous mes articles consacrés au festival ici et sur In the Mood for Deauville). Il est désormais temps de regarder vers 2026, et vers une édition qui s'annonce particulièrement exceptionnelle.

    Au programme : avant-premières de films très attendus (notamment The Bunker de Florian Zeller, Her private hell de Nicolas Winding Refn, Diamond d'Andy Garcia, The man I love de Ira Sachs...), de prestigieux hommages (Susan Sarandon, Ethan Hawke, Faye Dunaway...), des documentaires toujours particulièrement instructifs sur l'état de l'Amérique, la remise de la distinction numérique de l'INA au président du jury Roschdy Zem et des rencontres d'exception (notamment avec Catherine Deneuve, dans le splendide cadre du musée des Franciscaines dont je vous recommande vivement la visite). Le programme des projections sera disponible le mardi 25 août. En ouverture, en première française, en présence de l'équipe du film sera projeté le film Les Contrebandiers de Padraic McKinley. La projection sera précédée d'un moment musical qui promet d'être riche en émotions. En effet, le compositeur et pianiste Sofiane Pamart offrira un moment musical au public du Festival de Deauville, le vendredi 4 septembre, à 19h. En clôture sera projeté le film Pressure, en présence de Brendan Fraser et du réalisateur Anthony Maras. Comme chaque année, la compétition mettra l'accent sur les ombres et les espoirs de l'Amérique, et constituera un des temps forts du festival. Le jury sera présidé par Roschdy Zem et le jury de la Révélation par Lio. Parmi les autres rendez-vous à ne pas manquer : 15 projections de films mettant l'accent sur les 250 ans des États-Unis, présentés par des personnalités du septième art.

    Les dates de cette 52e édition : du 4 au 13 septembre 2026. Dix jours pendant lesquels, comme chaque année, les journées sembleront compter bien plus de vingt-quatre heures, rythmées par les projections, les rencontres, les discussions autour du cinéma et quelques échappées sur les Planches.

    L'affiche : celle-ci rend hommage à la sta­tue de la liber­té, offerte par les Fran­çais aux Amé­ri­cains.

    Extrait du communiqué de presse du festival à ce sujet :

    "Elle fête en effet cette année ses 140 ans, au moment même où nous célé­brons, de part et d’autre de l’Atlantique, les 250 ans de l’indépendance des Etats-Unis. Ce visage de fer et de légende, sor­ti des ate­liers Gus­tave Eif­fel, sym­bole de l’hospitalité, de la géné­ro­si­té et de la foi en l’avenir, fait écho à ce rôle de vigie et cette puis­sance vision­naire qu’ont tou­jours repré­sen­té les artistes amé­ri­cains et la ville de New York. A tra­vers le choix du très gros plan, c’est une syn­taxe ciné­ma­to­gra­phique que nous convo­quons pour pro­vo­quer, inter­ro­ger, émou­voir, comme seul sait le faire le 7e art et conti­nuer de por­ter l’espérance de la lumière, dans le monde, comme dans les salles obscures. En cette date anni­ver­saire, le Fes­ti­val de Deau­ville scelle une ami­tié indé­fec­tible sur le ter­reau artis­tique et réaf­firme son atta­che­ment à la liber­té, liber­té qu’Alexis de Toc­que­ville avait si jus­te­ment consa­crée comme la valeur suprême de ce jeune état encore en devenir."

    Le jury

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    Le président du jury de cette 52e édition : Roschdy Zem. Lors du festival, il recevra également une distinction numérique de l'INA.

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    Il sera accompagné de : 

    Simon Abkarian (Comédien, dramaturge & metteur en scène),


    Camille Chamoux (Comédienne, autrice & scénariste),


    Cécile de France (Comédienne), 


    Euzhan Palcy (Réalisatrice, scénariste & productrice),


    Raphaël Personnaz (Comédien),


    Lola Quivoron (Réalisatrice & scénariste),


    Mohamed Mbougar Sarr (Écrivain),


    Laura Smet  (Comédienne, réalisatrice & scénariste).

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    La présidente du jury de la Révélation : Lio.

    Elle sera entourée de quatre personnalités dont les parcours témoignent de la vitalité du jeune cinéma français : Noée Abita, Marion Barbeau, Manon Clavel, Sayyid El Alami. Ensemble, ils attribueront le Prix de la Révélation, le 12 septembre prochain.

     Les films en Compétition

    La compétition demeure pour moi le cœur battant du festival : celui où l'on entre souvent sans rien savoir d'un film en ressortant parfois avec la sensation d'avoir découvert un cinéaste qui marquera l'histoire du festival... et du cinéma.

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    Ainsi, la directrice du festival, Aude Hesbert, évoque-t-elle les films en compétition de cette édition 2026 :

    « 13 films cette année qui dessinent une Compétition aux enjeux artistiques et éthiques ambitieux, flirtant avec l’amour et la mort, la cruauté et la tendresse et composant avec les genres les plus actifs du cinéma indépendant contemporain (de l’animation, au western en passant par la comédie et le coming-of-age movie). Cette sélection particulièrement puissante fera la part belle aux forces obscures et telluriques de la nature, aux méfaits de notre contemporanéité individualiste et déshumanisée, à la réinvention de l’amour dans un imaginaire de la famille fracassé sur les rives de la modernité, à la panne d'inspiration et d'expiration. Des nuits new-yorkaises jazzy et/ou débridées, au San Francisco gay des années 90, des quartiers déshérités de Los Angeles d’aujourd‘hui au Wisconsin post guerre de Sécession, du Nouveau Mexique post-Covid aux banlieues résidentielles de la Floride, de l’Ohio et de l’Arkansas, en passant par l'ambiance loufoque d’une petite ville de Géorgie, cette Compétition livrera son lot de formes et de récits immersifs, en couleurs et en noir & blanc, oniriques et gothiques, de chroniques amères et adolescentes, de comédies noires et satiriques, de films d’époque aussi, pour dessiner une Amérique un tantinet désenchantée dans sa quête éternelle de jeunesse, d’amour et de liberté, d’avenir radieux et d’illusions perdues. »

    A PRAYER FOR THE DYING

    Dara Van Dusen

    — 1er film

    — Première française

    CLUB KID

    Jordan Firstman

    — 1er film

    COMPANY

    Casey Affleck

    — Première française

    EVERYBODY DIGS BILL EVANS

    Grant Gee

    — 1er film

    — Première française

    HERE I'M ALIVE

    Joshua Z. Weinstein

    — Première française

    I'LL BE GONE IN JUNE

    Katharina Rivilis

    — 1er film

    IF I GO WILL THEY MISS ME

    Walter Thompson-Hernández

    — Première française

    MÉLI-MÉLO

    Leah Nelson

    — 1er film

    MOUSE

    Kelly O’Sullivan

    — Première française

    PARTY USA

    Jared Sprouse

    — Première française

    QUEEN AT SEA

    Lance Hammer

    — Première française

    TEST

    Sam McConnell

    — 1er film

    — Première française

    THE LIBERATION OF RITA COOPER

    Guy Nattiv

    — Première française

     

    Les Deauville Industry Days auront lieu les 6 et 7 septembre : après un lancement réussi l'année dernière, le volet pro­fes­sion­nel du Festival de Deauville s'enrichit et revient pour une deuxième édition de 2 jours, réservée aux festivaliers accrédités. Le programme complet (100% anglophone) et les partenaires des Deauville Industry Days seront dévoilés courant août.

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    Poursuivant sa tradition de célébrer des artistes exceptionnels du 7e art, le Festival de Deauville honore cette année Ethan Hawke en lui décernant un Deauville Talent Award. La cérémonie se tiendra le dimanche 6 septembre et sera suivie de la projection en avant-première de Les Contrebandiers, réalisé par Padraic McKinley, dans lequel Ethan Hawke tient le rôle principal. Le film sortira en salles le 16 septembre sous la bannière SND. Plusieurs de ses films emblématiques seront aussi projetés durant le Festival pour permettre au public de (re)découvrir son travail. Le jour de la remise de son Deauville Talent Award sera également marqué par l'inauguration d'une cabine de plage à son nom, lors d'une cérémonie publique.

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     La comédienne Sophie Thatcher recevra un Deauville Rising-Star award Cette année, elle tient le rôle prin­ci­pal dans Her Pri­vate Hell, réa­li­sé par Nico­las Win­ding Refn, qui marque le retour du cinéaste au grand écran après dix ans d’ab­sence. Elle y inter­prète Elle, une jeune actrice mon­tante dont la meilleure amie épouse son père, tan­dis qu’un tueur en série sème la ter­reur dans une métro­pole futu­riste. Le film est pré­sen­té au der­nier Fes­ti­val de Cannes. Elle sera pro­chai­ne­ment à l’af­fiche de la comé­die Peaches de Jen­ny Suen, du drame de science-fic­tion The Girl Who Was Plug­ged In de Jen­ni­fer Kent et du film d’ac­tion Caven­dish de Chris Andrews. La remise du Deau­ville Rising-Star Award aura lieu le same­di 5 sep­tembre et sera sui­vie de la pro­jec­tion de Her Pri­vate Hell, en pré­sence de Sophie That­cher et du réa­li­sa­teur Nico­las Win­ding Refn.

     Susan Sarandon recevra un Deauville Icon Award le jeudi 10 septembre

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    Elle sera prochainement à l’affiche de The Accompanist, premier long métrage réalisé par Zach Woods, dont la projection en avant-première suivra la remise du Deauville Icon Award le jeudi 10 septembre.

     Patrick Schwarzenegger recevra un Deauville Rising-Star Award

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    Riche d'un parcours de plus en plus marqué par des projets prestigieux, au cinéma comme à la télévision, Patrick Schwarzenegger est désormais un acteur confirmé, prêt à entamer une nouvelle étape de sa carrière. Bunker, du réalisateur oscarisé Florian Zeller, sera présenté en avant-première à la suite de la remise du Deauville Rising-Star Award, le vendredi 11 septembre, en présence de Florian Zeller.

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     Faye Dunaway recevra un Deauville Icon Award le mardi 8 septembre

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    Depuis plus de cinquante ans, Faye Dunaway fascine le public par sa capacité à incarner des femmes fortes et complexes, entre vulnérabilité et détermination. De la jeune hors-la-loi de Bonnie & Clyde à la redoutable Diana Christensen de Network, en passant par la déesse en détresse dans Barfly, elle a marqué le cinéma américain avec ses rôles devenus légendaires. Muse du Nouvel Hollywood, elle a su traverser les genres avec une élégance et une intensité qui n'appartiennent qu'à elle. C'est cette trajectoire hors du commun que le Festival de Deauville célèbre cette année en lui remettant un Deauville Icon Award, à l'occasion de sa 52e édition. Véritable icône dont l’influence dépasse largement le cinéma pour s’étendre à la mode et à la culture populaire, Faye Dunaway poursuit aujourd’hui son parcours avec la même exigence artistique. Elle sera prochainement à l’affiche de Prima d’Alessandro et Luca Morelli, aux côtés de Nicola Peltz Beckham, présenté à Deauville à l'occasion de cet hommage. En voici le synopsis : Margo, une prima ballerina dévouée est élevée par sa grand-mère stricte. Sa vie commence à se fissurer lorsque le directeur de sa compagnie de ballet épouse un chorégraphe contemporain, bouleversant les traditions de la compagnie.

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    Un Deauville Talent Award sera décerné à l’acteur Brendan Fraser. La cérémonie de remise de prix sera suivie par l'avant-première de Pressure, en présence de Brendan Fraser et du réalisateur Anthony Maras. STUDIOCANAL et Working Title ont développé Pressure avec Anthony Maras, d'après l'extraordinaire histoire vraie des trois jours précédant le Jour J du débarquement. David Haig, lauréat d'un Olivier Award, et Anthony Maras ont écrit le scénario d'après la pièce de Haig, saluée par la critique, qui a connu un succès retentissant dans le West End à Londres, avant d'être jouée devant Sa Majesté la Reine et des chefs d'État pour marquer le 75e anniversaire du Débarquement en 2019. Pressure est une production STUDIOCANAL et Working Title, réalisée par Anthony Maras. STUDIOCANAL sortira Pressure dans les salles françaises le 9 septembre 2026. Le film sera également distribué par STUDIOCANAL au Royaume-Uni, en Allemagne, au Benelux, en Pologne, en Australie, en Nouvelle-Zélande et en Afrique du Sud. STUDIOCANAL assure également les ventes internationales du film. Plusieurs films emblématiques de Brendan Fraser seront également projetés au cours du Festival afin de permettre au public de (re)découvrir sa palette de talents.

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    Pour cette 52e édition, le Festival du cinéma américain de Deauville propose au public une rencontre exceptionnelle avec une icône du 7e art. Le samedi 12 septembre, la comédienne Catherine Deneuve (qui fut présidente de la 45e édition du festival) échangera sur sa vision du cinéma américain en dévoilant sa filmothèque coup de cœur. Une conversation animée par le journaliste Loïc Prigent, aux Franciscaines.

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    Cette année, le Prix d’Ornano-Valenti sera remis à La Gradiva de Marine Atlan lors de la Cérémonie du Palmarès du Festival de Deauville, le 12 septembre.

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    Le Prix Lucien-Barrière du Roman Américain 2026 est décerné à Siri Hustvedt pour Ghost Stories, publié aux Éditions Gallimard et traduit de l’anglais (États-Unis) par Frédéric Joly.

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    Le Prix des Voyageurs Air France sera remis le samedi 5 septembre à la réalisatrice Rebecca Zlotowski pour son film Vie Privée, présenté l’année dernière lors du 51e Festival du cinéma américain de Deauville.

    Premières

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    Comme chaque année, le festival propose aux festivaliers une sélection de prestigieuses avant-premières.

    BUNKER

    Florian Zeller

    — Première française

    — En présence de l'équipe

     

    BUTTERFLY JAM

    Kantemir Balagov

     

    DIAMOND

    Andy Garcia

     

    HER PRIVATE HELL

    Nicolas Winding Refn

    — En présence de l'équipe

     

    L'ÎLE DES SOUVENIRS

    Joel Crawford & Januel P. Mercado

    — Séance Jeune Public

     

    L’INVITATION

    Olivia Wilde

    — Première française

     

    LES CONTREBANDIERS

    Padraic McKinley

    — 1er film

    — Film d'Ouverture

    — Première française

    — En présence de l'équipe

     

    MOTHER MARY

    David Lowery

    — Première française

     

    ONLY WHAT WE CARRY

    Jamie Adams

    — Première française

    — En présence de l'équipe

     

    PRESSURE

    Anthony Maras

    — En présence de l'équipe

     

    STOP! THAT! TRAIN!

    Adam Shankman

    — Première française

     

    TEENAGE SEX AND DEATH AT CAMP MIASMA

    Jane Schoenbrun

     

    THE ACCOMPANIST

    Zach Woods

    — 1er film

    — Première française

    — En présence de l'équipe

     

    THE LAST DAY

    Rachel Rose

    — 1er film

    — Première française

    — En présence de l'équipe

     

    THE LAST PICKPOCKET IN NEW YORK

    Noah Segan

    — Première française

     

    THE MAN I LOVE

    Ira Sachs

    — En présence de l'équipe

     

    VICTORIAN PSYCHO

    Zachary Wigon

     

    WHERE TO LAND

    Hal Hartley

    — Première française

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    Séances Spéciales

    GREMLINS 2 : LA NOUVELLE GÉNÉRATION (1990)

    Joe Dante

     

    HIGH ART (1998)

    Lisa Cholodenko

    Prix du Jury Deauville 1998

    — 1er film

    — Version restaurée

     

    L’ENFANCE D’UN CHEF (2015)

    Brady Corbet

    — 1er film

    — Première française

    — En présence de l'équipe

     

    NOT A PRETTY PICTURE (1976)

    Martha Coolidge

    — 1er film

    — Première française

    — Version restaurée

     

    American Doc Stories

     

    BUCKS HARBOR

    Pete Muller

    — 1er film

    — Première française

    — En présence de l'équipe

     

    BURGUNDY

    Michael Dweck & Gregory Kershaw

    — Film de Clôture

    — Première française

     

    DERNSIE: THE AMAZING LIFE OF BRUCE DERN

    Mike Mendez

     

    FAYE

    Laurent Bouzereau

     

    GREMLINS, L’AMÉRIQUE PARASITÉE

    Adrien Dénouette

    — En présence de l'équipe

     

    ONCE UPON A TIME IN HARLEM

    William & David Greaves

    — 1er film

     

    Once Upon a Time (in) America - 250 ans en 15 films

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    « Tous les grands films américains parlent de l’Amérique »  Jean-Luc Godard.

    Le Festival du Cinéma Américain de Deauville, en écho à son affiche, a l’idée judicieuse de programmer 15 films qui racontent les 250 ans des États-Unis, de ses grands mythes à ses grands chapitres d’une histoire intimement liée à celle de la France depuis les balbutiements de sa révolution. « Le Festival de Deauville ne pouvait passer à côté de cette date fondatrice pour raconter l’Amérique et le rêve américain, l’Amérique de la conquête et de la défense des libertés, des droits civiques, et des grands espaces ; l’Amérique de l’optimisme, de la jeunesse, et de la liberté, sans pour autant occulter les parts d’ombres d’une jeune nation que le plus subtil et visionnaire des analystes de la démocratie en Amérique, Alexis de Tocqueville, avait si tôt décelées », a ainsi déclaré la directrice du festival, Aude Hesbert.

    1925

    LA RUÉE VERS L'OR

    Charlie Chaplin

    1939

    MONSIEUR SMITH AU SÉNAT

    Frank Capra

    1947

    LES RAISINS DE LA COLÈRE

    John Ford

    1964

    DOCTEUR FOLAMOUR

    Stanley Kubrick

    1980

    LA PORTE DU PARADIS

    Michael Cimino

    1984

    IL ÉTAIT UNE FOIS EN AMÉRIQUE

    Sergio Leone

    1987

    FULL METAL JACKET

    Stanley Kubrick

    2009

    HARVEY MILK

    Gus Van Sant

    2012

    ZERO DARK THIRTY

    Kathryn Bigelow

    2013

    DJANGO UNCHAINED

    Quentin Tarantino

    2014

    SELMA

    Ava DuVernay

    2015

    THE BIG SHORT : LE CASSE DU SIÈCLE

    Adam McKay

    2022

    SHE SAID

    Maria Schrader

    2023

    KILLERS OF THE FLOWER MOON

    Martin Scorsese

    2024

    HERE - LES PLUS BELLES ANNÉES DE NOTRE VIE

    Robert Zemeckis

    Ces films seront notamment présentés par :

    Pete Doherty (chanteur, compositeur), Manuel Alduy (responsable cinéma France 2), Olivier Père (Arte France), Damien Bonnard (comédien), Ava Cahen (directrice Semaine de la Critique), Vincent Pérez (comédien), Anne Berest (écrivaine, scénariste), Thierry Klifa (réalisateur), Lou Lampros (comédienne), Julien Colonna (réalisateur), Martin Bourboulon (réalisateur)...

    Vous pouvez réserver vos accréditations sur le site officiel du festival.

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    Comme chaque année, le groupe Barrière sera un des partenaires essentiels du festival, proposant des expériences exclusives : les After Parties,  l’O2 Sofa bar (lounge du festival)... Le Salon des Ambassadeurs du Casino Barrière Deauville accueillera, comme chaque année, le dîner officiel du Festival, réunissant près de 550 invités, imaginé par le chef étoilé Pierre Gagnaire et réalisé en sa présence par les équipes Barrière. Pour la deuxième année consécutive, Barrière s’associe à Air France afin de créer l'événement en marge du Festival. Le 5 septembre 2026, à l’issue de la remise du prix des voyageurs, les deux partenaires organisent un dîner exclusif, notamment en présence des membres du jury du festival présidé cette année par Roschdy Zem. Les invités se retrouveront au Ciro’s, adresse emblématique des planches, pour un moment d’exception qui incarne l’art de recevoir propre à Barrière. Ils pourront aussi déguster une création de Claire Hertzler, élue cheffe pâtissière de l’année 2013 par Gault & Millau, qui signe les desserts servis en cabine la Première d’Air France au départ de Paris. Enfin, le Groupe Barrière vous propose l'offre "Escapade Festival". Proposée dans les hôtels Le Normandy et Le Royal, elle permet au public de vivre le Festival de l’intérieur avec un séjour incluant nuit en chambre double, petit-déjeuner buffet, accès privilégié aux projections et activités du Resort. Offre valable jusqu’au 12 septembre 2026 inclus, à partir de 499 € pour l’hôtel Le Royal et 699€ pour l’hôtel du Normandy, sous réserve de disponibilité.

    Retrouvez mon article consacré à l'Hôtel Barrière Le Normandy de Deauville et ses liens avec le septième art, ici.

    Rendez-vous aussi sur mon autre site https://inthemoodforhotelsdeluxe.com pour retrouver d'autres bonnes adresses à Deauville.

    Suivez-moi en direct du festival, dès le 4 septembre, pour l'ouverture, notamment sur Instagram (sur mon compte @Sandra_Meziere).

    Rendez-vous donc le 4 septembre. Pour dix jours de cinéma, de rencontres, de courses d'une salle à l'autre, de lumière sur les Planches et, je l'espère, de ces émotions imprévues pour lesquelles, après toutes ces années, je continue de revenir à Deauville avec le même enthousiasme.

    Lien permanent Imprimer Catégories : FESTIVAL DU CINÉMA AMÉRICAIN DE DEAUVILLE 2026 Pin it! 0 commentaire
  • Avant-première- « Pigalle la nuit », la nouvelle série de Canal +

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    C'est dans les locaux de Canal+ que, mardi dernier, j'ai découvert en avant-première les deux premiers épisodes la nouvelle série prochainement diffusée sur Canal +, intitulée « Pigalle la nuit ». La projection a été suivie d'un débat avec les auteurs de la série Hervé Hadmar (également réalisateur de la série) et Marc Herpoux, la productrice et trois des comédiens principaux : Armelle Deutsch, Sara Martins, Simon Abkarian.

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    Quand il est question de séries françaises, il est systématique d'établir une comparaison avec les séries américaines, forcément au détriment des premières. Comparaison que je trouve toujours absurde et facile. Les Américains comptent au moins autant que nous des séries aux personnages caricaturaux, aux intrigues totalement  abracadabrantesques, au rythme insupportablement lent, aux dialogues sirupeux, au décor de carton-pâte. Les moyens financiers ne sont pas non plus les mêmes, ni même d'ailleurs les moyens humains mis au service de l'écriture. Et surtout, comme l'ont très bien souligné les auteurs de « Pigalle », la mythologie n'est pas la même. Un super héros sauveur de la planète n'aurait aucune crédibilité dans une série française eu égard à cette mythologie alors que, aux Etats-Unis, cette figure est entrée dans l'imaginaire collectif et parfaitement acceptée et assimilée par les téléspectateurs.

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    C'est là la principale raison qui a conduit les auteurs à choisir Pigalle comme cadre de la série. C'est donc là, dans une boîte de Pigalle, que Thomas (Jalil Lespert), 30 ans, vivant à Londres où il travaille dans la finance depuis quelques années, va par hasard apercevoir sa sœur Emma (Armelle Deutsch) (avec laquelle il était en froid depuis plusieurs années) nue sur scène, en plein striptease. Puis, elle va disparaître tandis que deux clans vont se livrer une véritable bataille pour contrôler le business de la nuit.

    Pigalle donc. Un quartier typiquement français, typiquement parisien, appartenant à notre mythologie. Un quartier singulier et unique. De par sa population bigarrée. De par ses personnages en marge, fracassés par l'existence qui se croisent, se heurtent, s'y perdent aussi. De par ses lumières, ses néons, aveuglant, hypnotisant, qui dissimulent des lieux des plus conviviaux, typiques aux plus sordides.  Avoir choisi la nuit comme cadre temporel principal renforce cette impression de dangerosité mais aussi de sensualité qui émane de ce lieu particulier et atypique.

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     La première idée des auteurs était ainsi  de trouver une « arène » idéale, que ce soit « typiquement français », de « prendre dans la qualité ce qui est proposé aux USA mais pas dans la mythologie. » Comme références ils citent ainsi Melville, Chabrol ou  Simenon. Le but n'était pas pour autant que ce soit un « film anthropologique » mais bel et bien de « raconter une histoire », de « dépasser le phénomène du quartier », de « raconter des humanités ». Pour les auteurs, il ne faut pas non plus « avoir peur des stéréotypes » pour raconter des destins de personnages et des intrigues. Il fallait aussi « écarter la carte postale trop positive ou trop glauque ». Le personnage de Max (que je vous laisse découvrir) était ainsi « là pour apporter onirisme et poésie ». Ses hallucinations permettent aussi la mise en scène d'allégories qui oscillent entre l'inquiétant et le fascinant. Intrigantes en tout cas.

    Et c'est Pigalle donc d'abord le personnage principal du récit. Quartier bouillonnant, effervescent, ses rues étroites, en pente, ses lumières étourdissantes. Pigalle qui ne cesse jamais de vivre, de faire battre le cœur des nuits parisiennes, et des jours. Avoir placé l'intrigue dans ce lieu et en faire un personnage à part entière est déjà une excellente idée. Nous sommes immédiatement plongés dans un proche ailleurs, à l'image de Thomas qui, appartenant au milieu de la finance, loin du sombre Pigalle, déambule, hagard, découvrant un autre univers dans lequel il va plonger... Un monde parallèle et violent avec ses personnages étranges, voire inquiétants (ah l'incroyable personnage de Catherine Mouchet dont la boutique est l'enjeu des deux clans, elle aussi est particulièrement déterminée, même si sa raison semble parfois aussi vacillante, et ses raisons finalement troubles), ses êtres attachants aussi. « Des personnages paumés et heureux de l'être » comme l'a souligné Hervé Hadmar... même si je doute que tout personnage paumé soit heureux de l'être. En tout cas sans doute a-t-il voulu dire que leur marginalité est aussi en quelque sorte le moyen de les identifier, et pour eux de se revendiquer, d'être à part, uniques.

    La seconde bonne idée est d'avoir choisi la série chorale, la multiplicité des points de vue, des personnages plus ou moins fortement caractérisés mais aussi ambigus. Ceux des chefs de clans sont certes typiques de séries mais parviennent à sortir des stéréotypes notamment grâce au jeu tout en nuance d'Eric Ruf d'une réjouissante ambiguïté et noirceur, mais aussi celui plus humain de Thomas, un peu le double du téléspectateur qui a priori découvre lui aussi cet univers. Le choix des acteurs pour les incarner est donc là aussi irréprochable au premier rang desquels (outre ceux déjà évoqués) Jalil Lespert, d'une détermination inébranlable dont le jeu d'une justesse remarquable emporte immédiatement notre empathie puis sympathie; Sara Martins, incroyablement juste en femme libre sans tabous; et Simon Abkarian qui imprime son style à chacun des rôles qu'il interprète aussi crédible en résistant dans « L'Armée du crime » qu'en chef de clan ici.

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    La troisième bonne idée est d'avoir tourné à Pigalle et non dans des décors, au milieu de cette faune incessante, sans jamais l'interrompre et donc de se fondre dans le décor, renforçant ainsi l'impression de réalisme. Le travail a également été documenté puisque les auteurs ont notamment travaillé avec un ancien de la Mondaine et se sont même immergés dans le quartier, y vivant pendant dix mois, et s'inspirant ainsi des personnages croisés dans le quartier.

    « Pigalle la nuit » est donc une série prometteuse qui impose son rythme et son style, qui a su tirer partie de la mythologie française, de tout ce qu'elle recèle de particularités propices à immerger le téléspectateur dans des cadres  singuliers , avec des personnages forts, inquiétants ou attachants, parfois les deux, dans un décor qui nous embarque dans un lieu si loin si proche filmé avec sensualité et réalisme. Et quelques longueurs (notamment dans la boîte de nuit qui certes peuvent se justifier par l'impression d'hypnotisme et d'égarement qui en résulte pour Thomas) ne m'empêcheront pas de vous la recommander ni de regarder la suite !

     http://pigalle.canalplus.fr


    A partir du 23 Novembre, à 20H45 sur CANAL+. La série comprend 8 épisodes de 52 minutes.

  • De "L'armée des ombres" de Jean-Pierre Melville (1969) à "L'armée du crime" de Robert Guédiguian (2009)

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     Présenté hors compétition du 62ème Festival de Cannes, 7 ans après le sensuel « Marie Jo et ses deux amours » (présenté en compétition), « L'armée du crime » marque l'entrée de Robert Guédiguian dans un nouveau genre : le film historique (même si l'excellent « Le Promeneur du champ de mars » marquait déjà une incursion dans ce genre), loin de Marseille. Nouveau genre...quoique...on y retrouve l'idéalisme et la combattivité du cinéaste et évidemment ses acteurs fétiches : Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin...

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    Cette fois Guédiguian a donc choisi de suivre les destinées tragiques d'un groupe de jeunes juifs résistants et communistes (Hongrois, Polonais, Roumains, Espagnols, Italien, Arméniens) dirigés par l'ouvrier poète Missak Manoukian et déterminés à combattre pour libérer la France, « la France des Droits de l'Homme ». Ils vont multiplier les attaques contre les nazis et les collaborateurs, la police française va alors les harceler. Ces vingt-deux hommes et une femme seront condamnés à mort en février 1944 et, dans une opération de propagande, présentés comme une Armée du crime avec leurs visages placardés sur les murs de toutes les villes de France. Ces immigrés morts pour la France entrent dans la légende et c'est à eux que Robert Guédiguian a choisi de rendre hommage.

    Dès les premières secondes, une voix off égrène des noms suivis de la mention « morts pour la France ». Le ton, solennel et tragique, est donnée et la volonté de leur rendre hommage clairement annoncée.  Guédiguian nous présente d'abord chacun de ces destins individuels qui modifièrent celui de la France.  Et c'est avant tout par ces portraits d'hommes (et de femmes) et par la remarquable distribution qui les incarne que se distingue ce nouveau film sur la résistance, rendant un hommage nécessaire et digne à ces héros qualifiés un temps de criminels et terroristes.

    Plutôt que l'emphase, Guédiguian a ainsi choisi la sobriété, la pudeur, et de mettre sa caméra à hauteur d'hommes. Des hommes qui défendirent un idéal au péril de leur vie : Simon Abkarian, remarquable dans le rôle de Manouchian, mari épris de sa femme Mélinée (Virginie Ledoyen) écartelé entre ses idéaux de non violence et son désir de vengeance ; Robinson Stévenin dans le rôle de l'écorché vif, déterminé et indomptable Marcel Rayman et Grégoire Leprince Ringuet qui prouve ici qu'il est un des acteurs les plus prometteurs de sa génération dans le rôle de l'idéaliste Thomas Elek.

     Guédiguian manie ici l'ellipse et le hors-champ avec beaucoup de subtilité évoquant le Vel d'Hiv ou les camps par un plan ou une phrase lapidaires et d'autant plus redoutable et terrible, le tout sur fond de musique joyeuse de l'époque et d'une lumière éclatante et éblouissante qui exacerbe encore cette impression d'absurdité et met judicieusement en lumière ces combattants de l'ombre. Dehors la vie continue, les gens s'aiment, rient, chantent sous un soleil insolemment radieux tandis que cette « armée du crime » combat. Dehors les fleurs s'épanouissent tandis qu'on les torture sans vergogne et qu'on accomplit comme un travail quelconque cette besogne immonde.

    Et si Guédiguian met en lumière la France des combattants de l'ombre, il n'épargne pas non plus les autres, les veules, les lâches, les fourbes, les ambigus, les profiteurs, les dénonciateurs, les collaborateurs...finalement la véritable armée du crime, les véritables terroristes.  Plusieurs personnages les incarnent mais c'est Jean-Pierre Darroussin dans le rôle ingrat de l'inspecteur Pujol qui en incarne toute l'horreur, et qui à lui seul incarne un autre visage, redoutable et abjecte, de la France de cette époque privilégiant son propre intérêt quel qu'en soit le prix pour les autres.  Il n'oublie pas non plus de rappeler qu'il n'y avait pas d'Allemands responsables du Vel d'Hiv. Face à ceux qui dénoncent, collaborent, tuent sans scrupules, Guédiguian montre justement que ces Résistants étaient tout sauf des criminels mais des hommes pétris de doutes, faillibles,  et que pour eux faire la guerre et tuer pour la paix n'était pas un jeu ou un acte anodin mais la seule issue.

    Guédiguian a signé là (avec Gilles Tauraud comme co-scénariste) un hymne à la résistance, à la vie, à la fraternité, un hommage à ces hommes morts pour la France et pour qu'elle redevienne la patrie des Droits de l'homme. On peut simplement regretter un aspect un peu « carte postale » des décors mais finalement ce qui importe c'est le message, c'est l'hommage, cette célébration du devoir de résistance et cette contribution, louable et nécessaire, au devoir de mémoire. Quant au classicisme de la réalisation il sert finalement le propos, évitant que l'accent soit mis sur la forme au détriment du fond, au détriment de l'hommage viscéral que Guédiguian rend à ces héros.

    Evidemment, cette « armée du crime », aussi recommandable soit-elle, n'arrive pas à la hauteur du film qui, selon moi, est le meilleur sur la Résistance (et qui concilie forme et fond remarquables) : « L'armée des ombres » de Jean-Pierre Melville dont je vous propose la critique, en bonus, ci-dessous.

    Analyse de "L'armée des ombres" de Jean-Pierre Melville

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     L'armée des ombres de Jean-Pierre Melville (1969) , d'après le roman de Joseph Kessel de l'Académie Française, avec Lino Ventura, Paul Meurisse, Jean-Pierre Cassel, Simone Signoret, Paul Crauchet, Claude Mann, Christian Barbier, Serge Reggiani/ Musique: Eric Demarsan/ Directeur de la photographie: Pierre Lhomme/ Décors: Théobald Meurisse.

    Synopsis d’un scénario ciselé

    Octobre 1942. " Ingénieur distingué des Ponts et Chaussées, soupçonné de pensée gaulliste, semblant jouir d’une certaine influence ", Philippe Gerbier (Lino VENTURA) est interné dans un camp français puis transféré au quartier général de la Gestapo de l’hôtel Majestic à Paris. Il s’en évade en tuant une sentinelle et en sacrifiant l’autre homme arrêté. A Marseille, il est chargé avec Félix (Paul CRAUCHET) et Le Bison (Christian BARBIER) d’exécuter Doinot, qui les a trahis. Jean-François (Jean-Pierre CASSEL), un ancien ami de régiment de Félix, entre dans le réseau et réussit sa première mission : livrer un poste émetteur à Mathilde (Simone SIGNORET), membre du réseau de Paris. Il en profite pour rendre visite à son frère, Luc Jardie, grand bourgeois rêveur dont il ignore qu’il est le chef de son réseau de résistance. Gerbier, qui se cache à Lyon sous le nom de Roussel, organise l’embarquement de huit personnes à bord d’un sous-marin pour l’Angleterre ; parmi eux, Luc Jardie (Paul MEURISSE). Pendant ce temps, Félix, arrêté par la Gestapo lyonnaise, est torturé. Mathilde, grâce à un astucieux stratagème, réussit à s’introduire, avec Le Bison et Le Masque (Claude MANN), dans le Q.G. de la Gestapo. Hélas, il est trop tard : Félix est mourant. Jean-François, qui s’était fait arrêter volontairement pour prévenir Félix, est lui aussi torturé. Son sacrifice est inutile : Félix est déclaré intransportable. Jean-François se suicidera sans que personne ne sache ce qu’il est réellement devenu. Gerbier, arrêté au cours d’une rafle, est condamné à mort. Mathilde réussira à le sauver in extremis. Alors qu’il se fait se cachant dans une cabane, Jardie lui annonce l’arrestation de Mathilde ; elle avait commis la faute de garder sur elle la photo de sa fille qu’elle adorait, malgré les conseils de Gerbier qui lui avait demandé de la détruire ; aussi les Allemands en font-ils un moyen de pression. Prétendant reprendre des contacts, Mathilde est relâchée. Jardie démontre qu’il n’y a qu’une seule solution (la tuer)et va même jusqu’à prouver que c’est elle-même qui le demande. Dans une rue proche de l’Étoile, là où le film avait commencé, elle s’effondrera sous les balles du Bison. Ni Jardie, ni Gerbier, ni Le Bison, ni Le Masque ne verront la fin de la guerre...

    Par la minutie du scénario et la rigueur du découpage, L’armée des ombres est un film qui pourrait être considéré comme résolument classique, néanmoins la singularité de traitement de son thème principal et la singularité de traitement formel du temps notamment, nous amèneront à nuancer cette impression et à voir dans quelle mesure le film de Melville est loin d’être consensuel, à l’image des réactions contrastées, parfois même virulentes, qu’il suscita.

    Genèse d’ un film singulièrement instructif

    L’armée des ombres est le onzième film de Melville et le troisième film qu’il consacre à la période de l’Occupation, une période qu’il connaissait bien pour l’avoir vécue dans la Résistance, s’étant engagé à Londres aux côtés du Général De Gaulle . Le premier de ces films fut Le silence de la mer en 1949 adapté du roman de Vercors paru dans la clandestinité, et dans lequel le refus d’un vieil homme et de sa nièce d’adresser la parole à un officier allemand logeant dans leur maison incarnait déjà l’esprit de résistance. Le second fut Léon Morin, prêtre, en 1961, qui était le récit de la fascination d’une veuve pour un jeune prêtre et qui était également situé au cours de cette période trouble. Enfin, l’armée des ombres sortit en 1969. Ce film est l’adaptation du roman éponyme de Kessel publié en 1943, date depuis laquelle Melville n’avait cessé de rêver de son adaptation. Les souvenirs personnels liés à son passé d’agent de liaison constituent l’autre source d’inspiration comme peut le souligner la phrase d’exergue du film empruntée à Courteline : « Mauvais souvenirs, soyez pourtant les bienvenus...vous êtes une jeunesse lointaine. » Il est d’autant plus significatif que ce film soit signé Jean-Pierre Melville que ce nom est celui qu’il avait choisi pour entrer dans la Résistance alors qu’il s’appelait encore Jean-Pierre Grumbach. Melville est ainsi son patronyme de clandestin emprunté à l’auteur de Moby Dick qu’il admirait. Il passa ainsi en Grande-Bretagne en 1942 et participa au débarquement en France et en Italie. Il dira ainsi « dans ce film j’ai montré pour la première fois des choses que j’ai vues, que j’ai vécues. Toutefois ma vérité est, bien entendu, subjective et ne correspond certainement pas à la vérité réelle. D’un récit sublime, merveilleux documentaire sur la Résistance (L’armée des ombres de Joseph Kessel) j’ai fait une rêverie rétrospective ; un pèlerinage nostalgique à une époque qui a marqué profondément ma génération. » Il dira encore : « je l’ai porté en moi 25 ans et 14 mois exactement. Il fallait que je le fasse et que je le fasse maintenant, complètement dépassionné, sans le moindre relent de cocorico. C’est un morceau de ma mémoire, de ma chair. »

    Une image inédite de la Résistance : une Résistance démythifiée

    Même si, de son propre aveu, Melville n’a pas cherché à effectuer une reconstitution réaliste mais plutôt « une rêverie rétrospective, un pèlerinage nostalgique à une époque qui a pourtant marqué ma génération » , ces ombres rappellent fortement celles de personnages ayant réellement existé. Melville s’est en effet inspiré de parcours de résistants. Luc Jardie rappelle ainsi Jean Moulin, aussi bien dans son apparence vestimentaire que dans quelques détails sur sa vie qui parsèment le film. La vie de Lucie Aubrac a également inspiré le récit. Les personnages de L’armée des ombres sont à l’opposé des héros romantiques que symbolisent en général les Résistants. Ils sont d’abord guidés par l’intérêt collectif même si parfois il leur arrive de succomber à des intérêts individuels remettant en cause leurs objectifs, notamment Mathilde dont la fille est menacée même si le doute plane jusqu’à la fin du film quant aux éventuelles dénonciations auxquelles elle se serait adonnées. L’armée des ombres est ainsi autant un film sur la Résistance que sur les contradictions humaines, plus exactement les contradictions entre les intérêts individuels et l’intérêt collectif, contradictions exacerbées dans ces conditions extrêmes. Alors que les films d’après guerre étaient unanimes pour faire l’éloge inconditionnel de la Résistance et par conséquent unanimement manichéens, Melville se refuse à toute complaisance et se refuse à l’héroïsation de ces résistants qu’il ne présente pas comme des hommes exceptionnels mais comme des hommes ordinaires plongés dans l’exceptionnel. Loin d’assimiler chaque acte de ses personnages à des exploits il en scrute la banalité tragique et parfois même l’inéluctable lâcheté ou les petitesses qu’elle engendre. La séquence au Majestic en fournit un exemple flagrant. Pour se sauver d’une mort certaine Gerbier sacrifie un autre détenu, probablement un résistant comme lui, en lui demandant de courir pour détourner l’attention. Ce geste est précédé d’une suite de regards entre les deux hommes dans un silence pesant en cet instant décisif. Le vol du temps est suspendu, l’instant n’en paraît que plus crucial, la peur des personnages n’en est que plus prégnante. L’horloge est ainsi ostensiblement montrée deux fois, un de leurs « geôliers » baille à plusieurs reprises. Les deux prisonniers sont filmés en champ, contre-champ, l’autre résistant a le visage dans l’ombre préfigurant sa mort si bien qu’il est à peine perceptible tandis que celui de Gerbier est clairement visible. La caméra les scrute, les contourne, les domine. Melville ne glorifie donc pas la Résistance mais en offre une radiographie minutieuse, contrairement à des films comme Paris brûle-t-il ou La bataille du rail dans lesquels les résistants sont irréprochables et passent leur temps à accomplir des exploits. La lecture du dossier de Gerbier arrêté semble être une sorte de prologue puisque, dans le dossier en question, son attitude est qualifiée de « distante », distance avec laquelle Melville nous enjoigne de regarder ces évènements historiques, paradoxalement voir le général, le global, en nous montrant des actions précises. Il ne la décrit pas avec emphase et avec une admiration aveuglée mais il recrée avec un certain réalisme le travail dans l’ombre, des résistants. Plutôt que de situer son film par rapport à des faits historiques, il le centre sur les personnages, leur dévouement, leurs trahisons, leurs peurs, leurs erreurs. Il nous décrit des hommes et des femmes plongés dans des situations hors du commun, mais pas des mythes déshumanisés. Si Melville évite l’écueil du manichéisme et de la glorification, il évite aussi celui du mélodrame, raison pour laquelle les deux frères Jardie pourtant tous deux résistants ignorent tout de leurs activités respectives, ce qui nous épargne une éventuelle séquence larmoyante inadéquate dans cet univers de murmures et d’ombres silencieuses et évanescentes. Melville le dira ainsi lui-même « J’ai voulu éviter le mélodrame, ça vous manque ? ». Cette ignorance de leurs situations respectives est aussi le témoignage que dans cet univers toute fraternité est impossible. Ainsi lorsque Félix sent une main sur son épaule, il s’empresse d’empoigner son revolver, ne pouvant plus croire ou penser d’emblée à un geste de fraternité mais se croyant forcément l’objet d’une agression de l’ennemi. Les résistants sont donc ici loin d’être irréprochables et un parallèle est même parfois implicitement établi avec ceux qu’ils combattent. Ainsi, lorsque les résistants conduisent le jeune homme qui les a trahis au lieu de son exécution ce dernier croise le regard d’une jeune fille, regard exprimant de la pitié, celle-ci croyant certainement à une arrestation , façon d’assimiler leurs méthodes à celles de l’ennemi. L’assassinat du traître donne ensuite lieu à une séquence magistrale. Cette scène lourde de non dits et d’angoisses de part et d’autre se déroule dans une pièce qui rappelle la chambre ascétique et austère du Samouraï et donc qui insinue ainsi que leurs méthodes franchissent les frontières de la loi. Tout est fait pour que sa mort suscite notre compassion et notamment l’indécision interminable de ces défenseurs de la liberté (indécision quant au moyen à employer pour procéder au meurtre) qui doivent en l’espèce devenir des assassins. Il est jeune, ne tente pas de se débattre et ne tente pas de se sauver, et on ne nous renseigne pas sur la faute qu’il a commise et tout concourt dans la mise en scène à ce que nous croyions que Félix, qui vient l’arrêter, soit un policier. La compassion suscitée chez le spectateur atteint son paroxysme lorsque, alors que le « traître » n’avait pas prononcé une parole, sa mort s’ensuit de l’écoulement de larmes sur ses joues. On est alors plus que jamais plongés dans un univers de contradictions où il faut employer les méthodes de l’ennemi pour en combattre l’action. La Gestapo et les Résistants sont en effet obligés de recourir aux mêmes méthodes, à savoir des enlèvements et des exécutions sans jugements. La séquence au cours de laquelle Félix est arrêtée et torturée fait ainsi écho à celle où lui-même avait dû tuer le jeune traître. Loin d’être toutes utiles, héroïques et récompensées leurs actions sont ici parfois viles, silencieuses, et inutiles. Ainsi, Jean-François se sacrifie inutilement pour Félix qui sera lui-même torturé. Il y a bien un but à tous ces actes (la Libération de la France) mais il semble démesurément lointain alors que chaque petite action paraît être payée d’un prix exorbitant. Tout est devenu irrationnel et le titre du livre de Jardie que Gerbier feuillette dans sa cachette « Essai sur la logique et de la théorie de la science » semble venir cyniquement en contrepoint, parce-que tout est alors justement irrationnel, « illogique ». Gerbier lui-même, protagoniste de l’histoire, ne survit qu’au prix d’une humiliation qui ébranle la confiance en lui-même. Il courra sous les balles de l’ennemi alors qu’il s’était promis de rester impassible. Ses amis ont compté sur sa faiblesse en lui lançant une corde à l’endroit jusqu’auquel ils avaient prévu qu’il courrait. Même un résistant doit trahir son courage pour continuer de servir sa cause. Même Jardie à qui Gerbier voue une immense admiration sera présent dans la voiture qui les conduira jusqu’à Mathilde pour la tuer, ce qui fera dire à Gerbier « Vous dans cette voiture de tueurs, il n’y a donc plus rien de sacré dans ce monde. » A la fin aucun d’entre eux ne survivra… même si Gerbier sauvera sa conscience cette fois mort en ne courrant pas. On nous précise même les atroces souffrances de certains, ainsi Le Bison est « décapité à la hache ». Jardie, quant à lui, est mort en ne donnant qu’un nom « le sien ». L’héroïsme est alors celui de l’ombre et du silence. Melville nous montre donc la Résistance dans son effroyable banalité, dans sa terrifiante humanité, sans fards, sans artifices dramaturgiques ou mélodramatiques, sans grandiloquence élogieuse, par le truchement d’un film qui a une allure de tragédie. C’est le quotidien d’hommes et femmes qui risquent leur vie pour des exploits minuscules comme transporter un poste de radio, à l’image de Jean-François dont ce sera la première action de résistance et qui déjà risquera deux fois d’être arrêté. Melville démythifie la Résistance en nous montrant des hommes qui non seulement doivent abattre des traîtres mais qui doivent également constamment se battre avec eux-mêmes, leurs doutes, leurs peurs, leurs lâchetés. Il filme des êtres qui mènent un combat collectif mais qui sont irrémédiablement seuls. La musique entêtante et angoissante, et les couleurs d’un froid cinglant du film renforcent cette impression. Pas plus que la résistance n’y est dépeinte comme constamment héroïque et irréprochable, la France n’est dépeinte unanimement au service de sa Libération. Melville montre ainsi l’engagement de fait de l’administration française dans la répression contre les juifs (camp d’internement en zone Sud géré par l’administration et la gendarmerie française qui remettent Philippe Gerbier à la Gestapo ou encore en montrant l’action de la milice, notamment lors d’un contrôle d’un restaurant de Lyon qui amène à l’arrestation de Gerbier. Soulignons néanmoins que d’un autre côté Melville montre également la France qui venait en aide aux résistants : le coiffeur, le douanier complice, les fermiers qui hébergent les aviateurs alliés en attente de départ pour Londres, le châtelain qui utilise ses terres pour faire atterrir les alliés.

    La mise en scène d’un film noir : le Résistant, emblême paroxystique de la solitude du (anti)héros melvillien.

    C’est donc un univers sombre, cruel, sordide qui nous est dépeint et qui n’est pas sans rappeler l’univers de gangsters que Melville s’attache habituellement à filmer que ce soit dans le Doulos, le Samouraï ou Le deuxième souffle etc. On songe ainsi à la phrase d’exergue du Samouraï : « il n’y a pas pire solitude que celle du tigre ». Les hommes de la résistance sont là aussi plongés dans ce « cercle rouge », ce « cercle de la mort où les hommes ont la chance de tous se retrouver un jour ». Tant de similitudes avec ce cinéma policier qu’il affectionnait tant firent dirent à certains qu’il réalisait un « film de gangsters sous couverture historique » … à moins que ses « films de gangsters » n’aient été à l’inverse le moyen d’évoquer cette idée de clandestinité qu’il avait connu sous la Résistance. Dans ses précédents films, Melville se serait donc abrité derrière des intrigues policières comme il s’abritait derrière ses indéfectibles lunettes, pour éviter de raconter ce qui lui était le plus intime. L’armée des ombres se distingue certes par son sujet des films « de gangsters » de Melville mais dans son traitement, il se rapproche davantage du film noir que du film de guerre. On retrouve en effet les thèmes chers au cinéaste : la fidélité à la parole donnée, les codes qui régissent les individus vivant en communauté et les mêmes acteurs jouent dans ses deux « catégories » de films, encore faudrait-il y voir deux catégories distinctes et nous allons voir que les points communs foisonnent. Ainsi Paul Meurisse et Lino Ventura étaient déjà à l’affiche du Deuxième souffle et Serge Reggiani avait interprété un rôle dans le Doulos. Par ailleurs, les poursuites rappellent celles entre policiers et truands. Ainsi certaines scènes de L’armée des ombres, sorties de leur contexte pourraient très bien figurer dans un film policier notamment lorsque Félix est arrêté dans une rue tranquille puis encadré et entraîné brutalement par deux hommes surgis de nulle part vers une voiture qui démarre en trombe. La chambre où le traître est exécuté rappelle ainsi celle de Jeff Costello/Delon dans Le Samouraï. Leur allure vestimentaire rappelle également celle des gangsters, notamment le chapeau qu’arbore la plupart du temps les Résistants du film et qui renvoie au fameux chapeau de Jeff Costello dans Le Samouraï. Gangsters et Résistants sont obsédés par le secret et les uns et les autres ont bien souvent une double vie. Les personnages vivent ici aussi dans la clandestinité afin de pouvoir réaliser leur objectif qui est de libérer la France tout comme ils vivent en clandestinité quand ils sont dans l’illégalité. Enfin les protagonistes de ces deux types de films sont également soumis à la solitude, à l’angoisse, au danger. Les Résistants ne sont pas ici des jeunes aventuriers intrépides comme on l’a souvent vu au cinéma. Melville casse délibérément cette image. Il montre des combattants de l’ombre dans leur quotidien. Ils se cachent, fuient, attendent dans un silence quasi absolu. On les voit douter des leurs convictions et parfois poussés par la peur à trahir, trahison qui engendre une exécution par la suite. On retrouve également l’influence du cinéma américain de ce cinéaste qui était un grand admirateur de Wyler. Melville rend même explicitement hommage au cinéma américain en reprenant le son du Coup de l’escalier dans la scène de l’ambulance où Mathilde vient sauver Félix. Ce son saccadé, haché, semble faire écho aux battements de cœur des Résistants que nous imaginons derrière leur impassibilité de façade. Ils martèlent aussi le temps qui passe et l’étirement des secondes dont chacune d’entre elles peut être décisive ou fatale. Tout comme le montrera ensuite Louis Malle avec le controversé Lacombe Lucien, la frontière entre le traître et le héros, l’homme de loi et le hors la loi, est bien fragile, surtout à cette époque troublée au cours de laquelle Melville nous montre ainsi qu’elle devait parfois être franchie, ainsi le nécessitait le passage de la lumière à l’ombre pour ensuite revenir à une autre lumière, celle de la Libération.

    La forme au service du fond : des ombres et des silences au service d’une armée secrète

     Du film émane une lancinante mélancolie. L’esthétique est en effet ici au service de la suggestion plutôt que de la démonstration ostentatoire, le son au service du murmure qui sied au secret de l’action alors qu’une musique démonstrative aurait été au service de l’action tonitruante. Le temps semble s’étirer jusqu’au malaise autant pour le spectateur que pour les personnages comme dans la scène de l’assassinat du traître où le spectateur est en empathie avec lui de même qu’il est en empathie avec celui que Gerbier sacrifiera pour s’enfuir du Majestic. La musique de Eric Demarsan, parfois dissonante, renforce cette impression de noirceur, d’harmonie impossible.

    Une mise en scène épurée au service d’une atmosphère claustrophobique

    La claustrophobie psychique des personnages se reflète dans les lieux de l’action et est renforcée d’une part par le silence, le secret qui entoure cette action et d’autre part par les « couleurs », terme d’ailleurs inadéquat puisqu’elles sont ici proches du noir et blanc et de l’obscurité. Le film est en effet auréolé d’une lumière bleutée, grisonnante, froide, lumière de la nuit, des rues éteintes, de ces ombres condamnées à la clandestinité pour agir. Ainsi, lors de la scène du meurtre du traître, ils sont enfermés dans une petite pièce obscure, fermée par une porte aux vitraux colorés, comme si elle symbolisait cet extérieur vivant et lumineux qui leur est désormais inaccessible. Ils sont condamnés à l’ombre. Les personnages sont souvent pris au piège. Ainsi quand Gerbier ne doit pas se cacher, il est le plus souvent prisonnier. Les personnages sont constamment confrontés à leurs propres angoisses et peu nombreux sont les Français hors de leur « cercle rouge », de leur armée du moins, qui s’y immiscent pour leur venir en aide : la famille de fermiers, les châtelains ou d’autres qui , comme le barbier interprété par Serge Reggiani, préfèrent ignorer leur action même s’ils les aident ponctuellement. L’armée des ombres se démarque ainsi des films qui montrent une majorité de Français soutenant une Résistance invariablement héroïque. Par ailleurs le temps est constamment distendu renvoyant le spectateur à ses propres angoisses. Tavernier ira même jusqu’à dire qu’il stylise autant que Bresson dans Le condamné à mort s’est échappé. Dès le premier plan on éprouve cette sensation d’étirement du temps. La place est d’abord vide puis on entend les bruits de bottes hors champ puis on distingue les soldats allemands qui arrivent vers nous. C’est un plan fixe. Puis vient le générique mais le décor est alors gris et il pleut abondamment. L’atmosphère, sombre, pluvieuse, est déjà plantée. Le récit lui-même est claustrophobique, enfermé sur lui-même et semble sans issue. Ainsi, en effet, le film commence par une trahison et par le meurtre de celui qui a donné un résistant et il s’achève par l’exécution « nécessaire » de Mathilde par ses propres compagnons. Le film commence à l’arc de triomphe et s’achève à l’arc de triomphe. Par ailleurs les deux indices temporels sont ceux du début, le 20 octobre 1942 et de la fin, le 23 février 1943, un peu moins d’une année qui enferme le récit et les personnages dans leurs tragiques destins. Un sentiment oppressant se dégage du film et pas même les panneaux de la fin ne viendront le démentir puisqu’ils nous annoncent la mort de tous les protagonistes, le plus souvent torturés et exécutés. Ils nous renvoient ainsi au défilé militaire du début et ce qui s’est passé entre les deux semble n’y avoir rien changé, ce qui exacerbe encore l’horreur vaine des actes commis.

    L’implicite et le silence au service de la polysémie

    La grande force de ce film réside dans ses silences, ses non dits qui engendrent des scènes judicieusement polysémiques. Cet implicite concerne tout d’abord la violence. Alors que Claude Berri dans Lucie Aubrac n’avait pu s’empêcher de montrer la torture elle n’est ici que suggérée, notamment par le visage tuméfié de Félix ou encore de Jean-François lorsqu’ils sont arrêtés par la Gestapo. Le film est à l’image de la première scène qui nous désigne d’abord les Champs Elysées déserts. Du hors champ provient ensuite le son de pas cadencés, qui entrent progressivement dans le champ sous la forme d’une colonne de soldats allemands. Cette scène se répètera plusieurs fois d’une certaine manière : là où les personnages se taisent, les images et le son hors champ disent. Ainsi en est-il dans cette scène magnifique om Gerbier s’échappe du Majestic et se réfugie chez un barbier interprété par Serge Reggiani. Après un long travelling qui accompagne sa fuite, tandis que des bruits de hurlements et de cris fusent à l’extérieur, Gerbier se fait raser la barbe et aperçoit le portrait de Pétain. Les deux hommes ne s’adressent pas la parole mais la tension est à son comble. Son rasage terminé, Gerbier tend un billet au barbier qui lui répond qu’il va descendre à l’étage inférieur pour aller chercher de la monnaie. Gerbier lui dit que cela n’est pas la peine. Le barbier descend quand même et lui rapporte un manteau. Dans un film résolument manichéen il serait descendu pour téléphoner et le dénoncer. Ici, il lui a sauvé la vie. Tout aussi significatif est le silence entre Gerbier et Mathilde et de leurs mains qui se tiennent furtivement après que cette dernière l’ait aidé à s’évader et à échapper à une mort certaine. Même les gestes d’affection s’effectuent dans l’ombre et dans le silence. L’ambiguïté culmine à la fin du film. Arrêtée par la Gestapo, Mathilde ressort au bout de deux jours, saine et sauve. On ignore si elle a parlé. Ses amis de la Résistance seront contraints de l’abattre. Les apercevant elle ne fuit pas. Son regard exprime un questionnement, une terreur indicible, une supplique : le doute plane. Lors du tournage Melville lui-même aurait laissé toute liberté à Simone Signoret dans l’interprétation de la scène. Jardie après avoir dit « Nous allons tuer Mathilde parce-qu’elle nous en prie » avouera à Gerbier « ce n’est qu’une hypothèse. » Le meurtre de Mathilde évoque d’ailleurs le degré de cynisme que les circonstances leur ont fait atteindre. Seul Le Bison, alors le plus proche de la criminalité, est horrifié par cette décision déclarant « Je tuerai tous les types que vous voulez, mais pas elle ». Cette scène met ainsi en exergue la déshumanisation de ceux qui agissent pour défendre l’humanité et qui dont dû franchir pour y arriver les frontières qu’ils voulaient rétablir. La scène est d’autant plus significative que c’est Luc Jardie, surnommé par son frère « Saint-Luc », qui le persuade de la nécessité de son exécution.

    La réception du film : un film sujet à polémique

    La polémique résulte de deux aspects presque antinomiques : la fidélité de Melville au Général de Gaulle et la vision contrastée et humanisée, démythifiée, de la résistance, le deuxième aspect atténuant en effet le premier. Dans l’Express du 15 septembre 1969, Claude Veillot dira ainsi « Melville réveille ses ombres », ombres d’une époque pas si lointaine qui , aujourd’hui encore hantent le cinéma et même la télévision au regard des nombreux films consacrés à ce sujet, notamment à Jean Moulin. Tout d’abord le film remporta un vif succès auprès du public. Tourné en extérieur en France et aux studios de Boulogne, de janvier à mars 1969, il fut présenté pour la première fois à Paris le 12 septembre 1969. Sorti en septembre 1969, il totalisa ainsi 1401822 spectateurs, notamment 338535 à Paris. Les critiques, quant à eux, reprochèrent à Melville, son indéfectible fidélité au Général de Gaulle qui incarnait certes la Résistance française mais à l’époque davantage encore celui qui était au pouvoir lors des évènements de Mai 1968. Un film en rupture avec l’image de la Résistance dans le cinéma Français et avec les simplifications manichéennes d’après guerre. René Clément fut l’un des premiers à évoquer la Résistance avec La bataille du rail (1946) consacré à la lutte des cheminots contre l’occupant, le Père tranquille (1946) qui raconte la vie d’un quinquagénaire tranquille en réalité chef d’un réseau de la Résistance et Les Maudits( 1947). Avant lui Un ami viendra ce soir de Raymond Bernard en 1945 et Jéricho d’Henri Calef la même année avaient déjà montré les Français comme unanimement engagés contre la guerre. Les films qui succédèrent à ceux-ci empruntèrent la même optique d’idéalisation montrant une France unanimement engagée contre l’occupant, une image flatteuse et héroïque. Avec L’armée des ombres Melville apporte une note discordante sur la Résistance et plus largement sur l’attitude des Français pendant la guerre, un film qui s’éloigne des images et des simplifications unanimement manichéennes d’après-guerre, même si trois ans auparavant avec La ligne de démarcation Chabrol avait déjà ouvert la voie. Il trouve ensuite un écho avec Le chagrin et la pitié d’Ophuls en 1971. Le cinéma évolue et derrière le masque du Résistant irréprochable apparaissent bientôt luttes internes, délateurs et marché noir. Uranus de Claude Berri, en 1990, et son aspect grandguignolesque noircit encore le tableau ne faisant pas preuve de la même nuance que Melville. Louis Malle avec Lacombe Lucien raconte l’histoire d’un jeune paysan qui cherche à entrer dans la Résistance et qui, n’y parvenant pas, rejoint les miliciens qui traquent les militants. Ainsi en 1974 Michel Foucault dans un entretien accordé aux Cahiers du cinéma de juillet août 1974 disait à propos de Lacombe Lucien et Le chagrin et la pitié « Quand on voit ces films, on apprend ce dont on doit se souvenir. Ne croyez pas tout ce qu’on vous a raconté autrefois. Il n’y a pas de héros. » Il faudra attendre Papy fait de la résistance de Jean-Marie Poiré en 1982 pour que la comédie ose s’emparer du sujet...même si on se souvient du grinçant La traversée de Paris de Claude Autant-Lara en 1943 qui évoquait le marché noir et la passivité collective. A la suite de Melville apparaît donc un cinéma à l’image de la réalité, moins dichotomique et idyllique que ce qu’on aimerait y voir.

    Le gaullisme : sujet dichotomique et délicat dans cette période d’après 68

     Comme le souligneront notamment les Cahiers du cinéma d’octobre 1969, pour beaucoup de critiques L’armée des ombres est alors l’image de « la résistance telle que vue et jouée par les gaullistes, et le premier et plus bel exemple cinématographique de l’Art gaulliste, fond et forme. » ou encore « une résistance digne, compassée, pisse-froid, de bon ton et bonne conduite où l’on finit par tuer mais « proprement » et la mort dans l’âme, un combat noble pour les nobles, une cause non seulement « sacrée » mais un Dieu (épisode de Londres où De Gaulle « apparaît aux compagnons) etc ». Même si le personnage de Luc Jardie renvoie implicitement à Jean Moulin le seul à être explicitement évoqué est en effet le général De Gaulle même si son nom n’est jamais cité. Le nom de De Gaulle évoque alors davantage celui qui a démissionné le 28 avril 1969 qu’un symbole de la Résistance. De Gaulle apparaît d’abord dans l’embrasure d’une porte, ce qui permet furtivement de le reconnaître puis on le voit en amorce et on devine une stature imposante en voyant le regard de Luc Jardie se dirigeant vers le hors champ, en hauteur, vers « le ciel » (pour filer la métaphore des Cahiers) de celui qui lui remet une médaille. Cette scène a d’ailleurs fait beaucoup rire le public à sa sortie. On peut d’ailleurs encore y voir une référence au cinéma américain qui avait pour habitude de mettre en scène des personnages historiques pour donner un poids historique à ses films. On assiste donc à une critique divisée entre ceux pour qui il s’agit d’un film « d’une simple dignité » comme Jean de Baroncelli le 16 septembre 1969 ou ceux pour qui, comme Marcel Martin dans Les lettres françaises, il s’agit d’un « échec complet ». Dans Le Figaro Louis Chauvet le qualifia de « description interminable du superflu au détriment de l’essentiel ». Peut-être est-ce d’ailleurs au contraire ce qui fait l’intérêt du film, nous montrer les détails au service du général, la banalité au service de l’héroïsme. En tout cas, il est indéniable comme le souligna Etienne Fuzelier dans L’Education que ce film « aurait été impossible tout de suite après la guerre ». Celui qui se définissait comme un « bourgeois artiste » a donc signé un film à son image : singulier, mystérieux, ombrageux qui comme tout grand film n’aura pas laissé ses contemporains indifférents.

    Pour reprendre l’expression employée par Renoir dans French Cancan, le film de Melville, en apportant un éclairage différent à l’Histoire a encore une fois montré « le rôle social des illusionnistes » …

  • Avant-première - « Secret Défense » de Philippe Haïm : un film de genre haletant, populaire et exigeant (critique et extrait exclusifs)

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    Les films d’espionnage sont plutôt rares dans le cinéma français, un genre que j’apprécie tout particulièrement, avec pour référence notamment « Les 3 jours du Condor » de Sydney Pollack mais aussi certains Hitchcock (le meilleur du genre étant pour moi « Les Enchaînés » que je ne me lasse jamais de revoir),  j’attendais donc ce « Secret Défense » avec beaucoup d’impatience… et j’avoue ne pas avoir été déçue. Le dernier film du genre qui m’a littéralement scotchée à mon fauteuil du premier au dernier plan est le dernier Jason Bourne,  « La Vengeance dans la peau », auquel ce « Secret Défense » emprunte quelques règles et peut se comparer sans avoir à en rougir…

    Synopsis : Chaque jour, en France, mouvements terroristes et services de renseignements se livrent une guerre sans merci au nom d'idéologies que tout oppose… pourtant, terroristes et agents secrets mènent presque la même vie. Condamnés à la clandestinité, ces stratèges de la manipulation obéissent aux mêmes méthodes. Alex  (Gérard Lanvin) et Al Barad (Simon Abkarian) sont deux d'entre eux. A la tête du contre-terrorisme de la DGSE (Direction Générale de la Sécurité Extérieure) pour l'un et d'un réseau terroriste pour l'autre, ils s'affrontent en utilisant les armes dont les plus redoutables : les êtres humains. Secret défense raconte leur guerre secrète à travers les destins de Diane (Vahina Giocante), une étudiante recrutée par les services secrets français, et de Pierre (Nicolas Duvauchelle), un paumé qui croit trouver son salut dans le terrorisme. Formés et endoctrinés pour des missions qui les dépassent, tous deux sont pris dans un engrenage auquel ils ne semblent pas pouvoir échapper. Seront-ils, l'un et l'autre, sacrifiés au nom de leurs "nobles" causes ?

    Alors certes Philippe Haïm emprunte certaines règles aux films d’espionnage américains (montage nerveux, parallélisme de la narration, multiplicité de lieux avec cette manière d’inscrire leurs noms sur l’écran si spécifique au cinéma américain…) mais deux éléments  contribuent néanmoins à en faire  un film singulier : la comparaison établie entre les destins  des agents de la DGSE et des terroristes, le jeu de miroirs d’une part et l’énorme travail de documentation et de consultation effectué par le réalisateur d’autre part, ce dernier ayant notamment eu recours à de nombreux consultants (officiers des renseignements, spécialistes du Moyen-Orient, grand reporter...)

    Philippe Haïm a tout d’abord en effet eu l’excellente idée de mettre en parallèle les destins de deux êtres fragilisés, proies  idéales pour devenir un agent, une arme de la vérité d’un côté, une arme des terroristes de l’autre. Même si bien évidemment les motivations des deux « organisations » sont différents, leurs moyens de recrutement et même parfois d’action se révèlent similaires. Elles utilisent, manipulent et parfois broient des individus et recourent à l’illégalité, la manipulation, la violence pour découvrir la vérité pour l’une, pour terroriser de l’intérieur par la peur pour l’autre. Les destins des manipulateurs Alex et Al Barad, tous deux froids et calculateurs, sont donc mis en parallèle de même que ceux de leurs proies, Diane et Pierre. Entre la DGSE et les mouvements terroristes il s’agit d’une partie d’échecs dont Pierre et Diane sont les pions dont la fragilité est exploitée, tous deux en pleine déconstruction identitaire et/ou familiale. Diane a un lourd secret qu’elle ne veut pas que son petit ami (Aurélien Wiik, encore trop rare au cinéma) découvre et dont « le père » Alex la fait chanter. Pierre a rencontré en prison des terroristes en lesquels il croit découvrir une famille et qui vont ainsi l’enrôler, sa mère, son seul lien affectif l’ayant mis à la porte.

    La construction symétrique du scénario atteint son paroxysme lorsque les deux « proies » se rejoignent dans une scène d’une grande intensité qui n’a rien à envier à la saga des Jason Bourne et que je vous laisse découvrir.

    Non seulement la documentation mais l’intelligence du réalisateur en font un film aussi palpitant, distrayant qu’instructif (sur les méthodes de recrutement des deux camps, dans les prisons pour l’un, dans les universités pour l’autre,  sur le fonctionnement de la DGSE, des mouvements terroristes mais aussi sur la situation géopolitique contemporaine) qui évite également l’écueil de tout amalgame entre musulmans et intégristes notamment par les personnages de Leila (Rachida Brakni toujours excellente) et Ahmed (Mehdi Nebbou), agents de la DGSE qui s’attaquent au terrorisme au péril de leur vie, mais aussi à travers de petits rôles qui cherchent à détruire le « système » de l’intérieur.

    Tous les acteurs se révèlent impeccables au premier rang desquels Vahina Giocante,( ici étonnante,  qui sort  de ses rôles habituels d’ingénue sulfureuse, elle est ici parfaite, entre fragilité et détermination) à Rachida Brakni, Catherine Hiegel,  Mehdi Nebbou, Aurélien Wiik, Al Barad  et puis évidemment Gérard Lanvin pour qui « Un agent n’est pas un être humain, juste une arme. Rien de plus », impressionnant de détermination, de froideur, de maîtrise, de charisme dans son costume noir et son attitude imperturbable, et enfin Nicolas Duvauchelle en petit bandit sensible et influençable qui croit trouver le salut et une famille et qui trouvera sa perdition. Alex, Diane et Pierre ont en commun d’être dévorés par la solitude et les acteurs qui les incarnent font passer ce sentiment avec talent et justesse.

    Le seul reproche serait peut-être qu’à force de passer d’un personnage à un autre,  d’un lieu à un autre, (ce qui est certes nécessaire pour que le parallélisme fonctionne) Philippe Haïm lâche momentanément notre intérêt qu’il raccroche néanmoins rapidement. Peut-être aurait-il été intéressant de creuser la relation entre Jérémy et Diane, mais il est vrai que là n’était pas le sujet...

    La mise en scène est aussi nerveuse qu’efficace :  la caméra à l’épaule qui reflète le chaos intérieur des personnages, les gros plans qui reflètent leur détermination ou leurs doutes, leurs failles, le montage nerveux, le jeu de miroirs (au propre comme au figuré). Les décors entre couleurs grisâtres et sombres et couleurs immaculées des couloirs de la DGSE sans ouverture sur l’extérieur nous plongent aussi d’emblée dans cette atmosphère d’enfermement, de paranoïa, de claustrophobie, de secret, de monde parallèle, insondable, sous-terrain.

    Un film comme on en voit rarement et comme on aimerait en voir plus souvent dans le cinéma français qui a de surcroît le courage de s’attaquer à un sujet qui de part et d’autre risque de susciter des inimitiés mais dont le travail de documentation et la subtilité, l’absence de manichéisme constituent une réponse préalable et irréfutable aux critiques.

    Un film de genre haletant, très documenté, populaire et exigeant, aux interprètes irréprochables qu’ « In the mood for cinema » vous recommande.

    Durée : 1H40

    Site internet officiel du film : http://www.secretdefense-lefilm.com

    Sortie en salles : le 10 décembre 2008

    A suivre sur « In the mood for cinema » : la critique de « Max Payne » en avant-première, l’avant-première de « Rock’NRolla » de Guy Ritchie dans les locaux de Canal plus…

     Sandra.M