Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

FESTIVAL DE CANNES 2015 - Page 3

  • Critique de MON ROI de Maïwenn (compétition officielle )

    maiwenn2.jpg

    Vincent Cassel, dans son meilleur rôle (celui de Georgio) suscite chez Tony (Emmanuelle Bercot), une passion étouffante et destructrice qu’elle se remémore alors qu’elle est dans un centre de rééducation après une chute de ski. Une relation amoureuse tumultueuse mêlant « joie et de souffrance » chères à Truffaut.

    Un film qui exerce le même charme, doux et âpre, la même fascination troublante que le personnage principal. Le spectateur est lui aussi sous emprise. Vincent Cassel est un Georgio diaboliquement séduisant, envoûtant, un roi autoritaire, inique, détestable et malgré tout charmant, qu’il imite un serveur dans un célèbre palace deauvillais ou qu’il jette son portable (pour « donner son portable » suite à sa rencontre avec Tony) comme un roi fier, désinvolte, lunatique, arrogant, ensorcelant comme il l’est avec le sujet de son désir.

    Plutôt que d’en faire un pervers narcissique caricatural, Maïwenn lui dessine des failles (une relation au père puis à sa disparition moins indifférente qu’il voudrait le laisser paraître).

    Face à Vincent Cassel, Emmanuelle Bercot incarne corps et âme cette femme aveuglée par l’amour qui aime follement dont, justement, le corps et l’âme souffrent et vibrent pour et par cet homme.

    Maïwenn n’a peur de rien, ni d’appeler son personnage féminin « Marie-Antoinette » (d’où Tony), ni du mal au genou parce que mal au « je nous », c’est ce qui agacera ou charmera mais cette audace fougueuse est plutôt salutaire dans un cinéma français parfois trop aseptisé.

    Un film qui, dès les premières minutes, où Tony se jette à corps perdu dans le vide, nous happe pour ne plus nous lâcher jusqu’à la dernière seconde et jusqu’à la très belle scène finale.

    A signaler : un Louis Garrel sous un nouveau jour, irrésistiblement drôle, qui apporte une respiration dans cet amour étouffant.

    Après le prix du jury en 2011 pour « Polisse », avec son quatrième film seulement, Maïwenn confirme être une cinéaste de talent avec laquelle il va falloir compter.

    maiwenn3.jpg

    Lien permanent Imprimer Catégories : FESTIVAL DE CANNES 2015 Pin it! 0 commentaire
  • Critique de MIA MADRE de Nanni Moretti (compétition officielle - Festival de Cannes 2015)

    moretti

    J'ai déjà programmé de revoir ce film pour vous en dire plus que ces quelques mots écrits suite à sa projection de laquelle je suis sortie littéralement bouleversée, ravagée au dénouement, par ce vertige effroyable du lendemain suggéré par un regard et une réplique dévastateurs (: «– A quoi tu penses ? – A demain !» ), un film qui a bouleversé les festivaliers cité comme potentielle palme d’or que Nanni Moretti avait déjà reçue en 2001 pour un film qui, déjà, portait sur le thème du deuil, « La chambre du fils ».

    Dans « Mia madre », Margherita est une réalisatrice confrontée à la fois à un tournage avec un acteur insupportable (irrésistible John Torturro) et à la mort annoncée de sa mère.

    Toute l’intelligence de Moretti réside dans l’alternance entre le burlesque et le mélodrame, la légèreté de la comédie atténuant la gravité du drame. L’illusion de légèreté du cinéma (le film de Moretti – qui lui-même avait été confronté à la mort de sa mère lors du tournage de « Habemus Papam »- mais aussi le film que tourne Margherita dans le film de Moretti, judicieuse mise en abyme) pour tenter d’affronter le gouffre étourdissant de la mort et du lendemain après la perte forcément insensée d’un parent.

    Il met ainsi l’accent sur tout ce qui permet d’immortaliser la vie et le temps qui s’enfuient, notamment par un mélange des degrés de narration : les souvenirs, les livres, les rêves et évidemment le cinéma.

    Un film pudique, profondément émouvant et un regard final qui vous hante longtemps après la projection et qui me hante et bouleverse encore.

    Lien permanent Imprimer Catégories : FESTIVAL DE CANNES 2015 Pin it! 0 commentaire
  • Festival de Cannes 2015 : en attendant...

    fdc9.jpg

    Les journées s'écoulent, passionnantes, chargées, inattendues et je n'ai pas le temps de les relater ici comme il faudrait et comme je le voudrais tant j'ai pourtant à dire sur certains films. Plutôt que de bâcler un compte rendu entre deux séances (et, justement, pour ne pas manquer de séances), je vous raconterai donc ces journées a posteriori avec un long compte rendu.

    Vous pouvez toujours retrouver mon compte rendu de l'ouverture, ici, avant que je trouve le temps de vous parler de mes coups de cœur cinématographiques, et ils sont déjà nombreux: "Mia madre" de Nanni Moretti, "Son of Saul" de Laszlo Nemes, "The Lobster" de Yorgos Lanthimos et "Notre petite sœur" de Kore-Eda mais aussi de nombreux moments incroyables entre une conférence de Xavier Dolan, des soirées dans des lieux magiques, des conférences de presse et des déjeuners inoubliables.

    En attendant ce compte rendu digne de ce nom et, auparavant, dès que j'aurai un peu de temps et dans un premier temps, un bref avis sur chaque film, voici quelques clichés de ces derniers jours  et vous pouvez toujours suivre mes avis sur les films et mes pérégrinations sur twitter: @moodforcinema, @moodforcannes.

    fc105.jpg

    fc113.jpg

    fc112.jpg

    fc122.jpg

    fdc11.jpg

    fdc7.jpg

    fdc1.jpg

    fc100.jpg

    fc103.jpg

    fdc8.jpg

    Lien permanent Imprimer Catégories : FESTIVAL DE CANNES 2015 Pin it! 0 commentaire
  • Critique- LE FILS DE SAUL de László Nemes (compétition officielle)

    saul3.jpg

    Difficile de parler immédiatement après la projection tant ce fut un choc. Ce film DOIT être vu, montré, dans les écoles et ailleurs, parce que c’est plus que jamais nécessaire de ne pas oublier jusqu’à quelle inimaginable ignominie la haine de l’autre a pu mener.

    Un film dont je suis sortie avec le sentiment d’avoir vu un grand film, ce film dont Thierry Frémaux en conférence de presse du festival avait parlé comme d’un « film qui fera beaucoup parler », le premier premier film à figurer en compétition depuis 4 ans.

    L’action se déroule en Octobre 1944, à Auschwitz-Birkenau. Saul Ausländer est membre du Sonderkommando, ce groupe de prisonniers juifs isolé du reste du camp et forcé d’assister les nazis dans leur plan d’extermination. Il travaille dans l’un des crématoriums où il est chargé de « rassurer » les Juifs qui seront exterminés et qui ignorent ce qui les attend, puis de nettoyer… quand il découvre le cadavre d’un garçon en lequel il croit ou veut croire reconnaître son fils. Tandis que le Sonderkommando prépare une révolte (la seule qu’ait connue Auschwitz), il décide de tenter l’impossible : offrir une véritable sépulture à l’enfant afin qu’on ne lui vole pas sa mort comme on lui a volé sa vie, dernier rempart contre la barbarie.

    La profondeur de champ, infime, renforce cette impression d’absence de lumière, d’espoir, d’horizon, nous enferme dans le cadre avec Saul, prisonnier de l’horreur absolue dont on a voulu annihiler l’humanité mais qui en retrouve la lueur par cet acte de bravoure à la fois vain et nécessaire, son seul moyen de résister. Que d’intelligence dans cette utilisation du son, de la mise en scène étouffante, du hors champ, du flou pour suggérer l’horreur ineffable, ce qui nous la fait d’ailleurs appréhender avec plus de force encore que si elle était montrée. László Nemes s’est beaucoup inspiré de « Voix sous la cendre », un livre de témoignages écrit par les Sonderkommandos eux-mêmes. Ce film a été développé à la résidence de la Cinéfondation du Festival de Cannes 2011. Aussi tétanisant et nécessaire que Shoah de Claude Lanzmann. C’est dire… Ma palme d’or (pour l'instant).

    Lien permanent Imprimer Catégories : FESTIVAL DE CANNES 2015 Pin it! 0 commentaire