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  • Concours - En partenariat avec Universciné, 30 locations de films à gagner (pour "Elle s'en va", "Ma vie avec Liberace", "Grand Central")

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    Cela faisait longtemps que je ne vous avais pas proposé de concours ici, préférant les choisir désormais soigneusement et vous proposer des lots (films) dont je peux garantir qu'ils seront de qualité.

     Je suis ainsi ravie de vous proposer aujourd'hui, en partenariat avec Universciné, de gagner 30 locations pour trois films de l'année 2013 (10 locations par film) que j'ai particulièrement aimés et notamment "Elle s'en va" d'Emmanuelle Bercot qui figurait en tête de mon palmarès des films de l'année 2013. A gagner également: 10 locations de "Ma vie avec Liberace" de Steven Soderbergh, en compétition à Cannes et film d'ouverture du dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville et enfin "Grand Central" de Rebecca Zlotowski sélectionné dans le cadre de la section Un Certain Regard du dernier Festival de Cannes et lauréat de nombreux prix également.

    Vous pourrez également retrouver mes critiques de ces trois films en bas de cet article.

    CONCOURS

    Pour faire partie des heureux gagnants et pour que cela soit plus intéressant pour vous, je vous propose de gagner chacun 3 codes (1 code pour "Elle s'en va", 1 code pour "Ma vie avec Liberace", 1 code pour "Grand Central"). Pour cela, soyez parmi les 10 premiers à me donner les titres des 3 films dont ont été extraites les images suivantes. Indice: ces films ont tous un lien avec ceux précités ou leurs acteurs (au sens large). Réponses à envoyer à inthemoodforcinema@gmail.com avec, pour intitulé "Concours Universciné". Bonne chance à tous! 

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    1. Critique - "Elle s'en va" d'Emmanuelle Bercot

     

    Un film avec Catherine Deneuve est en soi déjà toujours une belle promesse, une promesse d’autant plus alléchante quand le film est réalisé par Emmanuelle Bercot dont j’avais découvert le cinéma avec « Clément », présenté à Cannes en 2001, dans le cadre de la Section Un Certain Regard, alors récompensé du Prix de la jeunesse dont je faisais justement partie cette année-là, l’histoire poignante et  délicate (et délicatement traitée) de l’amour d’un adolescent pour une femme d’âge plus mûr (d’ailleurs interprétée avec beaucoup de justesse par Emmanuelle Bercot). Une histoire intense dont chaque plan témoignait, transpirait de la ferveur amoureuse qui unissait les deux protagonistes. Puis, il y a eu « Backstage », et l’excellent scénario de « Polisse » dont elle était coscénariste.

    L’idée du road movie avec Catherine Deneuve m’a tout d’abord fait penser au magistral « Je veux voir » de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige dans lequel le dernier regard de Catherine Deneuve à la fois décontenancé et ébloui puis passionné, troublé, troublant est un des plus beaux plans qu’il me soit arrivé de voir au cinéma, contenant une multitude de possibles et toute la richesse de jeu de l’actrice.  « Elle s’en va » est un road movie centré certes aussi sur Catherine Deneuve mais très différent et né du désir « viscéral » de la filmer (elle n’est sans doute pas la seule mais nous comprenons rapidement pourquoi l’actrice a accepté ici) comme l’a précisé la réalisatrice avant la projection.

    L’actrice incarne ici Bettie (et non Betty comme celle de Chabrol), restauratrice à Concarneau, veuve (je vous laisse découvrir comment…), vivant avec sa mère (Claude Gensac !) qui la traite encore comme une adolescente. L’amant de Bettie vient de  quitter sa femme… pour une autre qu’elle. Sa mère envahissante, son chagrin d’amour, son restaurant au bord de la faillite vont la faire quitter son restaurant, en plein service du midi, pour aller « faire un tour » en voiture, puis pour acheter des cigarettes. Le tour du pâté de maisons se transforme bientôt en échappée belle. Elle va alors partir sur les routes de France, et rencontrer toute une galerie de personnages dans une France qui pourrait être celle des « sous-préfectures » du « Journal de France » de Depardon. Et surtout, son voyage va la mener sur une voie inattendue…et nous aussi tant ce film est une surprise constante.

    Après un premier plan sur Catherine Deneuve, au bord de la mer, éblouissante dans la lumière du soleil, et dont on se demande si elle va se « jeter à l’eau » (oui, d’ailleurs, d’une certaine manière), se succèdent  des plans montrant des commerces fermées et des rues vides d’une ville de province, un chien à la fenêtre, une poésie décalée du quotidien aux accents de Depardon. Puis Bettie apparaît dans son restaurant. Elle s’affaire, tourbillonne, la caméra ne la lâche pas…comme sa mère, sans cesse après elle. Bettie va ensuite quitter le restaurant pour ne plus y revenir. Sa mère va la lâcher, la caméra aussi, de temps en temps : Emmanuelle Bercot la filme sous tous les angles et dans tous les sens ( sa nuque, sa chevelure lumineuse, même ses pieds, en plongée, en contre-plongée, de dos, de face, et même à l’envers) mais alterne aussi dans des plans plus larges qui la placent dans des situations inattendues dans de « drôle[s] d’endroit[s] pour une rencontre », y compris une aire d’autoroute comme dans le film éponyme.

    Si l’admiration de la réalisatrice pour l’actrice transpire dans chaque plan, en revanche « Elle s’en va » n’est pas un film nostalgique sur le « mythe » Deneuve mais au contraire ancré dans son âge, le présent, sa féminité, la réalité. Emmanuelle Bercot n’a pas signé un hommage empesé mais au contraire un hymne à l’actrice et à la vie. Avec son jogging rouge dans « Potiche », elle avait prouvé (à ceux qui en doutaient encore) qu’elle pouvait tout oser, et surtout jouer avec son image d’icône.  « Elle s’en va » comme aurait pu le faire craindre son titre (le titre anglais est « On my way ») ne signifie ainsi ni une révérence de l’actrice au cinéma (au contraire, ce film montre qu’elle a encore plein de choses à jouer et qu’elle peut encore nous surprendre) ni un film révérencieux, mais au contraire le film d’une femme libre sur une autre femme libre. Porter une perruque improbable, se montrer dure puis attendrissante et s’entendre dire qu’elle a dû être belle quand elle était jeune » (dans une scène qui aurait pu être glauque et triste mais que la subtilité de l’écriture et de l’interprétation rendent attendrissante )…mais plus tard qu’elle sera « toujours belle même dans la tombe. » : elle semble prendre un malin plaisir à jouer avec son image.

    Elle incarne ici un personnage qui est une fille avant d’être une mère et une grand-mère, et surtout une femme libre, une éternelle amoureuse.  Au cours de son périple, elle va notamment rencontrer un vieil agriculteur (scène absolument irrésistible tout comme sa rencontre d’une nuit, belle découverte que Paul Hamy qui incarne l’heureux élu). Sa confrontation avec cette galerie de personnages incarnés par des non professionnels pourrait à chaque fois donner lieu à un court-métrage tant ce sont de savoureux moments de cinéma, mais une histoire et un portrait se construisent bel et bien au fil de la route. Le film va ensuite prendre une autre tournure lorsque son petit-fils l’accompagnera dans son périple. En découvrant la vie des autres, et en croyant fuir la sienne, elle va au contraire lui trouver un nouveau chemin, un nouveau sens, être libérée  du poids du passé.

    Si le film est essentiellement interprété par des non professionnels (qui apportent là aussi un naturel et un décalage judicieux), nous croisons aussi Mylène Demongeot (trop rare), le peintre  Gérard Garouste et la chanteuse Camille (d’ailleurs l’interprète d’une chanson qui s’intitule « Elle s’en va » mais qui n’est pas présente dans le film) dans le rôle de la fille cyclothymique de Bettie  et enfin  Nemo Schiffman, irréprochable dans le rôle du petit-fils. Ajoutez à cela une remarquable BO et vous obtiendrez un des meilleurs films de l’année 2013.

    Présenté en compétition officielle de la Berlinale 2013 et en compétition du Champs-Elysées Film Festival 20013, « Elle s’en va » a permis à Catherine Deneuve de recevoir le prix coup de cœur du Festival de Cabourg 2013.

    « Elle s’en va » est d’abord un magnifique portrait de femme sublimant l’actrice qui l’incarne en la montrant paradoxalement plus naturelle que jamais, sans artifices, énergique et lumineuse, terriblement vivante surtout.  C’est aussi une bouffée d’air frais et d’optimisme qui montre que soixante ans ou plus peut être l’âge de tous les possibles, celui d’un nouveau départ. En plus d’être tendre (parfois caustique mais jamais cynique ou cruel grâce à la subtilité de l’écriture d’Emmanuelle Bercot et le jeu nuancé de Catherine Deneuve), drôle et émouvant, « Elle s’en va »  montre que , à tout âge, tout peut se (re)construire, y compris une famille et un nouvel amour.  « Elle s’en va » est de ces films dont vous ressortez émus et le sourire aux lèvres avec l’envie d’embrasser la vie . Un bonheur ! Et un bonheur rare.

     

    2. Critique de "Grand Central" de Rebecca Zlotowski

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     "Grand Central" sera projeté dans le cadre du Champs-Elysées Film Festival dont vous pouvez retrouver le programme, ici.

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    La première bonne idée du film est de nous faire découvrir cet univers dans lequel des hommes côtoient le danger et la mort chaque jour, dans des conditions terrifiantes que Rebecca Zlotowski parvient parfaitement à transcrire notamment par un habile travail sur le son, des bruits métalliques, assourdissants qui nous font presque ressentir les vibrations du danger. A l’image d’un cœur qui battrait trop fort comme celui  de Gary pour Karole.  J’ignore ce qui est réel dans sa retranscription des conditions de vie des employés de la centrale nucléaire tant elles paraissent iniques et inhumaines mais j’imagine qu’elles sont tristement réelles puisque  Claude Dubout, un ouvrier qui avait écrit un récit autobiographique, « Je suis décontamineur dans le nucléaire », a été le conseiller technique du  film. Le film a par ailleurs été tourné dans une centrale nucléaire jamais utilisée, en Autriche, ce qui renforce l’impression de réalisme.

    Ne vous y trompez pas, « Grand Central » n’est néanmoins pas un documentaire sur les centrales nucléaires. C’est aussi et avant tout une histoire d’amour, de désirs dont la force est renforcée par la proximité d’un double danger. C’est un film sensuel, presque animal qui pratique une économie de dialogues et qui repose sur de beaux parallèles et contrastes. Parallèle entre l’amour de Gary pour Karole  qui se laisse irradier par elle et pour rester auprès d’elle. Parallèle entre le sentiment amoureux, presque violent, impérieux, qui envahit lentement et irrémédiablement celui qui l’éprouve comme la centrale qui contamine. Parallèle entre les effets du désir amoureux et les effets de la centrale : cette dose qui provoque « la peur, l’inquiétude », les jambes « qui tremblent », la « vue brouillée » comme le souligne Karole. Parallèle entre ces deux dangers que Gary défie, finalement malgré lui. Contraste entre cette centrale clinique, carcérale, bruyante et la nature dans laquelle s’aiment Gary et Karole et que Rebecca Zlotowski filme comme une sorte d’Eden, ou comme dans « Une partie de campagne » de Renoir, même si elle n’élude rien des difficiles conditions de vie des ces ouvriers/héros qui habitent dans des mobile-homes près des centrales, telle une Ken Loach française.

    Rebecca Zlotowski dresse le portrait de beaux personnages incarnés par d’excellents comédiens ici tout en force et sensualité au premier rang desquels Tahar Rahim, encore une fois d’une justesse irréprochable, Denis Menochet, bourru, clairvoyant et attendrissant, un beau personnage qui échappe au manichéisme auquel sa position dans le film aurait pu le réduire, ou encore Olivier Gourmet ou Johan Libéreau (trop rare).

    Encore un film dont je vous reparlerai qui à la fois nous emporte par la beauté de ses personnages, leur rudesse tendre, la radieuse force des sentiments (amitié, amour) qui les unit … et qui nous glace d’effroi en nous montrant les conditions de travail de ceux qui risquent chaque jour leur vie dans l’une de ces 19 centrales françaises.

    3. Critique de "Ma vie avec Liberace" de Steven Soderbergh (article publié suite à l'ouverture du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2013)

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    Avec un peu de retard, voici quelques mots sur le film d'ouverture "Ma vie avec Liberace" de Steven Soderbergh (je vous en reparlerai évidemment) et le récit de l'ouverture du festival alors que, depuis, les évènements se sont enchaînés (je ne manquerai pas, bien entendu, de vous les raconter prochainement):

     

    -les films en compétition, déjà 4 desquels se dégage une thématique commune, un personnage seul, blessé, fou même parfois, épris de vengeance, et des armes à feu omniprésentes

     

    - l'avant-première du dernier film de Woody Allen "Blue Jasmine" à l'occasion de l'hommage à Cate Blanchett (à nouveau, le cinéaste américain y fait preuve d'une étonnante jeunesse et modernité, et m'a surprise une fois de plus avec une film qui mêle ingénieusement légèreté et cruauté)

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    - l'avant-première du dernier blockbuster ("White house down" de Roland Emmerich) pour lequel il est fortement recommandé de laisser les neurones et son esprit critique au vestiaire sous peine de colère incontrôlable et constante, en présence de ses acteurs Jamie Foxx et Channing Tatum qui ont assuré le spectacle sur scène et lors de la conférence de presse

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    - mais encore l'avant-première du très réussi "Le Majordome" de Lee Daniels avec une salle, un acteur principal (Forest Whitaker, l'invité surprise de ce festival) et un réalisateur particulièrement émus.

     

    En attendant de vous raconter tout cela donc, et plus encore, retour sur l'ouverture de ce 39ème Festival du Cinéma Américain de Deauville.

     

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    C'est sous un soleil et les paillettes étincelants de "Ma vie avec Liberace" de Steven Soderbergh que s'est ouvert ce 39ème Festival du Cinéma Américain de Deauville. L'un comme l'autre nous ont éblouis et enthousiasmés après une ouverture mémorable grâce, notamment, à l'implication du président du jury Vincent Lindon qui, après les traditionnels discours du Maire de Deauville et de Lionel Chouchan, a tenu à faire un discours (ce qui n'arrive jamais habituellement, les présidents de jury, lors de l'ouverture, restant sagement assis sur leurs sièges) et à évoquer chacun des membres de son jury, ce qu'il a fait avec une rare élégance, avec beaucoup d'humour aussi, présentant chacun d'entre eux et livrant son admiration pour ceux-ci, évoquant également sa passion pour le cinéma américain ( se disant "amoureux du cinéma français et américain"), son bonheur ("fou de joie d'être ici") de présider le jury, terminant son discours avec autant d'humour qu'il l'avait commencé en évoquant son "homologue" Obama. Pour le plus grand bonheur des festivaliers (et le mien), il a d'ailleurs récidivé le lendemain lors de l'hommage à Cate Blanchett. Il n'en a pas non plus oublié de parler de son admiration pour Michael Douglas et pour Steven Soderbergh, réalisateur du film d'ouverture "que le monde entier devrait voir".

     

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    Le ton était donc donné. Cette 39ème édition sera sous le signe des paillettes mais aussi de la cinéphilie, de la bonne humeur, de l'enthousiasme, le tout sous un soleil presque irréel. L'irréalité est d'ailleurs une impression constante dans un festival, en particulier ici mais de cela je vous parle plus longuement et différemment ici et aussi là.


    Michael Douglas et Steven Soderbergh sont ensuite montés sur scène, le premier visiblement encore très ému et "éternellement reconnaissant" que le second ait attendu que son cancer soit guéri pour le faire tourner (ce qu'il a à nouveau répèté lors de la conférence de presse). L'enthousiasme était d'ailleurs visiblement contagieux vendredi soir: « Le festival du film américain, c’est le plus beau cadeau que la France a donné aux Etats-Unis après la statue de la Liberté. »

    "Ma vie avec Liberace" était sans aucun doute le film idéal pour une ouverture de festival. Une sorte de mise en abyme qui, au-delà d'une histoire d'amour, et le portrait d'un artiste exubérant et extravagant, est aussi le reflet de ce qui se passe derrière le candelabre (le titre anglophone "Behind the Candelabra" est d'ailleurs à mon sens beaucoup plus parlant) . Derrière les paillettes. Derrière l'écran. Derrière le masque de "The Artist".

    Michael Douglas incarne en effet ici Liberace un pianiste virtuose qui se mettait en scène autant sur scène que dans la vie "quotidienne". Un jour de l'été 1977, le bel et jeune Scott Thorson ( Matt Damon) qui aspirait à devenir vétérinaire, pénétra dans sa loge et, malgré la différence d'âge et de milieu social, les deux hommes entamèrent une liaison secrète qui allait durer cinq ans. "Ma Vie avec Liberace" narre les coulisses de cette relation orageuse, de leur rencontre au Las Vegas Hilton à leur douloureuse rupture publique.

    Le film est une adaptation du livre de Scott Thorson, "Behind the Candelabra". C'est Richard LaGravenese qui a écrit le scénario. Si ce nom ne vous dit rien, sachez qu'il est notmment l'auteur du scénario de "Sur la route de Madison".

    Le film commence dans un bar. Scott est de dos, face à un miroir. Toute l'intelligence de la mise en scène de Soderbergh réside déjà dans ce premier plan, lui qui sera avant tout un reflet pour le narcissique (et non moins fascinant) Liberace destiné à l'accompagner un peu dans la lumière, mais surtout dans l'ombre.


    Le film, finalement intimiste, va se centrer sur cette relation ambivalente (Scott sera pour Liberace son -énième- "protégé", son amant, mais il a aussi émis le souhait de l'adopter), sur ces deux personnages, à ce que la caméra les étouffe parfois comme cette relation exclusive. Il y a d'ailleurs très peu de scènes en extérieur, si ce n'est dans ou autour de la piscine située dans la propriété de Liberace. Nous voilà dans l'envers du décor qui en est lui-même un d'une scintillante excentricité et que n'aurait oser imaginer le plus fou des décoracteurs hollywoodiens.


    La réalisation de Soderbergh est fluide et éblouissante sans non plus chercher à nous en mettre plein la vue, ce qui aurait d'ailleurs été superflu et redondant puisqu'il met déjà en scène un homme qui se mettait lui-même en scène.

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    Michel Douglas (au regard tristement absent lors de la conférence de presse) incarne magistralement ce personnage atypique, narcissique, cruel (il se déclare ainsi "libre" suite au décès de sa mère), constamment en représentation, mais surtout enfermé dans son image, sa course contre le temps, contre la vérité aussi, jusqu'à faire perdre à Scott son visage, son identité pour satisfaire ceux qu'il s'était forgés. Il n'en est que plus bouleversant au dénouement, le visage et les émotions à nu. Sans masque. Sans paillettes. Sans miroir. Cette fin est d'autant plus bouleversante quand on sait l'épreuve que vient de traverser Michael Douglas mais aussi que Steven Soderbergh a déclaré que ce serait son dernier film. On se demande qui mieux que Michael Douglas aurait pu incarner ce rôle tant il est parfait, n'en faisant jamais trop (ce qui aurait été forcément une faute de goût, le personnage étant déjà lui-même dans l'excès), drôle, cruel, et parfois touchant, quand le masque tombe.

    Face à lui Matt Damon, pour sa septième collaboration avec Steven Soderberghn, après The Informant !, Contagion, Che, Ocean's Eleven, Ocean's Twelve, Ocean's Thirteen ! a ici un rôle qui, je l'espère, finira par faire taire ceux qui doutaient de son talent. Si son personnage est dans l'ombre, c'est en revanche lui qui, grâce à sa justesse, permet à Michael Douglas, de nous éblouir ainsi. Signalons aussi Rob Lowe est irrésistible dans le rôle du chirurgien esthétique

    Jugé "trop gay", le film n'a pas trouvé de distributeur aux Etats-Unis, et a donc été diffusé fin mai sur la chaîne HBO qui l'a produit, réalisant une audience record pour une production de la chaîne, avec 2,4 millions de téléspectateurs. "Je voulais faire un film qui (...) montre les progrès de l'espèce humaine, de notre pays, du monde entier, par rapport à cette question. Dans certains endroits, les unions entre personnes du même sexe sont aujourd'hui reconnues et admises. Etre gay n'est plus autant stigmatisé", a déclaré le producteur Jerry Weintraub. "Ma vie avec Liberace" n'est pas non plus un film militant mais avant tout une histoire d'amour, de masques qui tombent, de ce que dissimule le candelabre et ce visage qui cherchent à défier, masquer la vérité et le temps. En vain.


    Eblouissant et mélancolique, cette vie "derrnière le Candelabre" s'achève par un final rêvé par Scott, aussi déchirant de beauté et de tristesse que "La quête" de Brel qui l'accompagne. Poignant et étincelant. The show must go on. Celui du festival aussi.

  • Critique – "La vie rêvée de Walter Mitty" de Ben Stiller

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    J’aurais aimé  vous parler de « Tel père tel fils » de Kore-Eda que j’attends impatiemment ou encore de « A touch of sin » de Jia Zhang Ke mais mon cinéma de province a décidé que passer majoritairement des films pour adolescents et des films d’animation était plus intéressant. Me restaient donc « La vie rêvée de Walter Mitty » de Ben Stiller et « Jamais le premier soir » de Melissa Drigeard. Avant de vous parler du premier, je tenais à vous déconseiller et décourager d’aller voir le second qui est sans aucun doute ce que j’ai vu de pire au cinéma  depuis un temps certain. Les personnages ont une psychologie d’enfants de quatre ans, la réalisation est inexistante, les dialogues sont pauvres à pleurer (et pas de rire), c’est écrit et joué comme une sitcom des années 1990 sur tf1, les clichés (en particulier sur les femmes, mais qui peut vraiment oser les voir comme ça aujourd’hui ?!) se comptent par dizaines, c’est simpliste,  vulgaire…et je me demande ce que des acteurs de talent comme Alexandra Lamy (inoubliable dans « J’enrage de son absence de Sandrine Bonnaire) ou Jean-Paul Rouve sont allés faire dans cette galère. Seul le slogan sur l’affiche est finalement parvenu à me dérider les zygomatiques (« attention ce film rend heureux ») tant cette « publicité » est mensongère et tant ce film m’a surtout profondément ennuyée et agacée.

    Ben Stiller a au moins le mérite de sembler aimer son sujet, d’avoir une idée originale (…quoique… »La Vie rêvée de Walter Mitty » est une libre adaptation d'une comédie datant de 1947 intitulée « La Vie secrète de Walter Mitty » et le projet n'est pas son initiative) et d’avoir un minimum soigné la réalisation même si on retrouve ce trait commun à nombre de films aujourd’hui, y compris celui évoqué précédemment : des quadragénaires qui se conduisent comme des adolescents attardés. C’est ainsi le cas de « Walter Mitty » (Ben Stiller) qui  est « un homme ordinaire (un homme ordinaire se conduirait donc comme un adolescent attardé), enfermé dans son quotidien, qui n’ose s’évader qu’à travers des rêves à la fois drôles et extravagants. Mais confronté à une difficulté dans sa vie professionnelle, Walter doit trouver le courage de passer à l'action dans le monde réel. Il embarque alors dans un périple incroyable, pour vivre une aventure bien plus riche que tout ce qu'il aurait pu imaginer jusqu’ici. Et qui devrait changer sa vie à jamais. »

     Walter a en effet égaré le négatif n°25, celui-là même qui doit faire la couverture de Life et que lui a envoyé un photographe baroudeur pour qui il travaille depuis des années et qu’il admire tout particulièrement (Sean Penn qui prend très bien l’air du baroudeur libre, concerné, aux sourcils froncés, et tellement amoureux de la beauté et la liberté qu’il préfère ne pas les capturer et les garder pour lui seul, en photographe à principes).

    Le pitch était réellement séduisant. Un homme qui, à défaut de vivre ses rêves, s’y évade au point de « déconnecter » de la réalité jusqu’à ce qu’il comprenne que vivre ses rêves « réellement » est encore mieux. Sauf que Walter, notre adolescent attardé est  amoureux de sa collègue qu’il voit tous les jours mais il préfèrerait lui déclarer sa flamme via un site de rencontre sur lequel elle est évidemment inscrite. La collègue (Kristen Wiig, dont le personnage n'est pas du tout développé, servant simplement de faire-valoir) en question semble dès le début s’intéresser à lui. Fin du suspense. On peut imaginer ce qu’un Capra, un Fellini ou Tim Burton auraient fait de ce film, eux qui sav(ai)ent si bien donner une dimension onirique à leurs films mais à force d’osciller entre le rêve et la réalité, Ben Stiller signe un film totalement irréaliste qui ne parvient pas non plus vraiment à faire rêver. Ce sujet avait pourtant tout pour me plaire : un homme qui décide de faire en sorte que les rêves dévorent sa vie afin que sa vie ne dévore pas ses rêves pour paraphraser Saint-Exupéry.

    Les paysages sont magnifiques et il s’est visiblement fait plaisir  à nous faire voyager et en nous embarquant notamment en Islande  voir le désormais célèbre volcan  Eyjafjallajökull qu'il quitte d'ailleurs brusquement au moment où le film devenait intéressant. (au passage, très belle photographie de Stuart Dryburgh). Malheureusement, un scénario bancal et l’accumulation de sujets font que l’émotion n’a jamais le temps d’affleurer : Walter a perdu son père jeune, il est confronté à la fin de la presse écrite etc. Par ailleurs, pour un film sur les clichés, il est dommage qu’il en comporte tant (ou alors, est-ce un moyen ironique de faire coïncider la forme et le fond) entre la  parodie ridicule du sublime film "L'étrange histoire de Benjamin Button" ou le personnage du supérieur aussi exagérément stupide qu’arrogant.

    "La Vie rêvée de Walter Mitty" a été intégralement tourné en pellicule, la forme rejoignant ainsi le fond (à dessein cette fois) puisque le personnage est développeur sur pellicule pour le magazine Life qui s'apprête à publier son dernier numéro papier pour passer au format numérique sur internet. Finalement, peut-être la seule bonne idée, le film étant davantage un hommage à ces artisans qu’aux doux rêveurs qui ne se reconnaîtront pas forcément dans cette fable vélléitaire dont le dénouement est par ailleurs très très téléphonée.

    Reste que le film est une métaphore du cinéma qui permet de donner vie aux rêves les plus fous, et un hommage à celui-ci qui parfois, quand c'est réussi, vous donne envie d'empoigner la vie et vos rêves pour qu'ils ne fassent qu'un. Walter vous donnera donc peut-être envie de faire de vos rêves une réalité, ce qui n’est déjà pas si mal. Mais pour cela, vous pouvez tout aussi bien relire Saint-Exupéry. Et revoir  (ou relire) "L'étrange histoire de Benjamin Button".

  • THE LAND OF HOPE de Sono Sion... (Festival du Film Asiatique de Deauville 2013)

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    En ce début d’année et à deux mois du Festival du Film Asiatique de Deauville (à suivre comme chaque année sur mes différents sites et blogs et pour lesquels je vous ferai très bientôt gagner des pass), j’avais envie de remettre à l’honneur le film que j’ai classé en 2ème place de mon top 2013 et dont il a été à mon goût trop peu question: le sublime « The Land of hope » de Sono Sion.

    En mars 2013, le Festival du Film Asiatique de Deauville rendait ainsi hommage au cinéaste japonais Sono Sion, un hommage à l’occasion duquel a été projeté son dernier film « The land of hope »,. Vous pouvez également retrouver mon compte-rendu complet du Festival du Film Asiatique de Deauville 2013 en cliquant ici. « The land of hope » est à l’image des films en compétition de ce Festival du Film Asiatique de Deauville 2013 desquels se dégageait un désespoir commun, même s’il surpasse, et de loin, les autres films vus, et pour cause puisque c’est l’œuvre d’un cinéaste confirmé. A Deauville, il a également donné une masterclass au cours de laquelle il a notamment parlé des cinéastes français qu’il aimait : René Clément, François Truffaut, Julien Duvivier et des poèmes qu’il écrivait dès l’âge de 22 ans, rien d’étonnant au regard de son univers, certes unique mais aussi celui d’un cinéphile poétique.

    L’an passé, en compétition, le festival avait projeté « Himizu » du même Sono Sion, film que je qualifiais alors d’une rageuse, fascinante, exaspérante et terrifiante beauté. Les premiers plans, effroyables, nous plongeaient dans le décor apocalyptique de l’après tsunami exploré par de longs travellings, mais le chaos n’était alors pas seulement visuel, c’était surtout celui qui rongeait, détruisait, étouffait les êtres ayant perdu leur identité et tout espoir.

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    Ce nouveau long-métrage de Sono Sion commence de manière plutôt inattendu : d’abord par son classicisme (relatif, mais du moins pour Sono Sion, moins dans la folie et l’explosion visuelles, ici) et ensuite parce qu’il met en scène un cadre bucolique, des couleurs chatoyantes et des personnages heureux. Evidemment, cela ne va pas durer et la réalité, tragique, terrible, celle du Japon que Sono Sion, films après films, dissèque et dénonce, va ressurgir avec un tremblement de terre qui frappe alors le Japon. Il entraîne l’explosion d’une centrale nucléaire. Sans vraiment en donner la raison, le gouvernement fait évacuer les habitants à proximité de la catastrophe. La famille Ono dont la ferme est située à cheval entre la zone de danger et le périmètre de sécurité, doit choisir entre fuir et rester. Sono sion va alors suivre trois couples : un couple de vieux paysans dont la femme est malade, vraisemblablement atteinte d’Alzheimer, un jeune couple qui s’apprête à avoir un enfant et un autre couple en quête des parents de la jeune femme mais aussi d’un avenir.

    Aux scènes joyeuses du début succède un bref et effroyable vacarme puis un silence retentissant avant que la vie et l’image ne deviennent grisâtres puis avant que les couleurs « normales » ne reviennent, plus terrifiantes encore que ces couleurs grisâtres qui les ont précédées car si tout semble banal et quotidien, la menace et le danger sont là, constants, une guerre invisible. Les « autorités » (ici traitées au début comme une dictature par définition inique et intolérante) qui ne se contentent d’être que cela ne sont d’abord que des sortes de combinaisons inhumaines et sans identité. Tout est à la fois banal et singulier, paisible et agité. Comme le titre résonne (déraisonne aussi) alors comme une ironie tragique.

    Dans la beauté éclatante de chaque plan (qui n’en est alors que plus redoutablement tragique puisqu’elle n’est que le masque de cet ennemi invisible), dans son humour désenchanté (l’absurdité de cette ligne qui sépare un jardin que Tati n’aurait osé inventer et pourtant terriblement réaliste ou de ces combinaisons de protection et la paranoïa qui seraient risibles si leur existence n’était malheureusement fondée), dans sa poésie d’une beauté et d’une tristesse ravageuses, Sono Sion nous livre son cri de révolte, d’une mélancolie déchirante : révolte contre les autorités (qu’il ne cesse de dénoncer tout au long du film), révolte contre cette centrale qu’« ils » ont malgré tout construite, une telle absurdité là aussi que c’est finalement celle qui a perdu la raison qui ne cesse de la souligner.

    Sans doute Sono sion décontenancera-t-il ici ses admirateurs avec ce film plus classique que ses précédents mais, comme ses autres films, d’une beauté désenchantée, d’un romantisme désespéré (cette scène où le couple de vieux paysans danse au milieu du chaos est à la fois terriblement douce et violente, sublime et horrible, en tout cas bouleversante), d’un lyrisme et d’une poésie tragiques avec des paraboles magnifiquement dramatiques comme cet arbre -et donc la vie- qui s’embrasent mais aussi un travail sur le son d’une précision et efficacité redoutables.

    Un film porté par un cri de révolte et l’énergie du désespoir, plus efficace que n’importe quelle campagne anti-nucléaire et surtout l’œuvre d’un poète, un nouveau cri d’espoir vibrant et déchirant qui s’achève sur un seul espoir, l’amour entre deux êtres, et une lancinante litanie d’un pas, qui, comme l’Histoire, les erreurs et la détermination de l’Homme, se répètent, inlassablement. Et à nouveau, pourtant, la possibilité d’un lendemain. Malgré tout, malgré l’horreur encore là et invisible. Et Fukushima délaissée par les médias, autre fatalité qui se répète, peut-être plus terrible encore : l’oubli.

    Et après la beauté mélancolique du cinéma de Sono Sion, quelques images qui reflètent celle de Deauville et, au passage, pour les amoureux de Deauville, j’en profite pour vous signaler que mon roman « Les Orgueilleux » qui se déroule entièrement dans le cadre du Festival du Cinéma Américain de Deauville est actuellement à l’honneur, ici, sur le site de mon éditeur avec, en prime, un extrait gratuit. Pour les amoureux de Deauville, vous retrouverez également deux nouvelles sur ce festival dans mon recueil « Ombres parallèles » également chez Numeriklivres et dont la couverture met également le Festival du Cinéma Américain de Deauville à l’honneur.

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  • Avant-première - Critique de YVES SAINT LAURENT de Jalil Lespert avec Pierre Niney, Guillaume Gallienne, Charlotte Le Bon

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    YSL. Trois lettres synonymes d’élégance intelligemment irrévérencieuse. Trois lettres qui suffisent à identifier un homme et la marque de son art. Trois lettres comme un masque mystérieux. En choisissant de raconter l’histoire de l’homme qui se cache derrière ces initiales, Jalil Lespert n’a pas cédé à la mode opportuniste des biopics (qui n’est d’ailleurs désormais plus synonyme de succès systématique en salles au regard de criants échecs connus par ce genre cette année même si le brillant « Lincoln » ou l’épique « Mandela » démontrent le contraire) mais semble vraiment porté par la volonté de raconter le combat d’un homme (ou plutôt de deux hommes) pour la concrétisation d’un rêve et surtout une histoire d’art et d’amour entremêlés.

    Nombreux sont les cinéastes qui, avant lui, ont choisi cet angle pour dresser le portrait d’un artiste comme Anne Fontaine avec « Coco avant Chanel » ou encore Bruno Nuytten avec le vibrant « Camille Claudel. Passion artistique et passion amoureuse sont souvent indissociables, l’une exacerbant, stimulant, inspirant l’autre. Comme dans « Martin Eden », le roman de Jack London cité par Jalil Lespert comme source d’inspiration lors du débat après la projection du film. Sans aucun doute le plus beau roman qui soit sur la fièvre créatrice et amoureuse, qui montre avec un talent et une sensibilité inouïs comment elles emprisonnent, aveuglent et libèrent à la fois. Une brillante histoire romanesque, une peinture de la société, de son hypocrisie, de la superficialité de la réussite et  l’itinéraire d’un être passionné et idéaliste qui sombrera dans le désappointement,  un sublime roman d’un romantisme désenchanté empreint de passion puis de désillusions. Je m’égare…mais je ne pouvais pas ne pas vous parler de ce roman qui m’a tant bouleversée, que j’ai relu tant de fois, et d’ailleurs je ne m’égare pas tant que ça car je me souviens que Pierre Niney (dans cette interview) avait aussi évoqué ce roman comme source d’inspiration du réalisateur Frédéric Louf pour son film « J’aime regarder les filles » dans lequel il tenait également le rôle principal.

    Parfois synonyme de frilosité des producteurs, de facilité, le biopic peut aussi débrider l’imaginaire comme ce fut le cas dans le splendide « Gainsbourg, vie héroïque » de Joann Sfar. Jalil Lespert, véritable artiste et non simple technicien (César du meilleur espoir masculin en 2001 pour « Ressources humaines », formidable aussi -notamment- dans « Le Petit Lieutenant » de Xavier Beauvois mais aussi réalisateur auparavant de l’adaptation des « Vents contraires », le roman d’Olivier Adam), avait sans nul doute à cœur d’aller au-delà de la simple biographie filmée, d’apporter son regard et d’y apposer son univers d’autant plus qu’un autre film, de Bertrand Bonello en l’occurrence, avec pour titre « Saint Laurent » (avec Gaspard Ulliel, Jérémie Renier et Léa Seydoux), est actuellement en préparation. C’est en revanche sur l’affiche du film de Jalil Lespert que figure  le logo de l’entreprise YSL (fait très rare), preuve que le film a reçu l’aval des personnes concernées…

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    Jalil Lespert s’est appuyé sur l’ouvrage éponyme « Yves Saint Laurent » de Laurence Benaïm qu’il a librement adapté. Son film ne couvre ainsi pas toute l’existence d’Yves Saint Laurent (Pierre Niney) mais débute à partir de ses 18 ans.

    Il apparaît pour la première fois de dos, en Algérie où il est né, face à l’horizon qui s’offre à lui. De dos comme un mystère. Trois ans plus tard, à tout juste 21 ans, Yves Saint Laurent est  appelé à prendre en main les destinées de la prestigieuse maison de haute couture fondée par Christian Dior, décédé peu de temps auparavant. Lors de son premier défilé triomphal, un homme regarde cette collection, avec admiration. Pierre Bergé (Guillaume Gallienne). LA rencontre qui va bouleverser sa vie. Son mentor, son mécène, son amour.  Trois ans plus tard, ils s’associent pour créer la société Yves Saint Laurent. Malgré ses obsessions et ses démons intérieurs, Yves Saint Laurent va révolutionner le monde de la mode avec son approche moderne et iconoclaste.

    « La mode n’est pas un art majeur. Ce n’est même pas un art du tout» dit Yves Saint Laurent dans le film, un film…qui prouve tout le contraire. Le soin qu’il apporte à chaque dessin. La passion, l’énergie, le travail, la folie et le génie créateurs démontrent justement à quel point c’est un art, même un objet politique. Un « simple » vêtement (fruit d’un travail si complexe ici) devient la marque de l’audace et de la prise de pouvoir des femmes que ce soit avec le smoking, la saharienne, le tailleur-pantalon que Saint Laurent a initiés pour elles. N’ayez crainte : ce film n’est pas une leçon didactique de mode. C’est avant tout une histoire d’amour et de création racontée  par l’autre protagoniste (qui n’a « qu’une parole mais pas de principes ») qui retrace trente années d’une vie tumultueuse, chaotique, passionnante, passionnée et passionnelle. Celle d’un homme diagnostiqué maniaco-dépressif à l’âge de 24 ans, qui n’était « heureux que deux fois par an quand il saluait à la fin des collections au printemps et à l’automne », dont la personnalité était marquée par la noirceur et la douceur, un mélange d’excentricité et de fragilité, de gentillesse et de provocation, de timidité et d’audace, de vulnérabilité et de détermination et  qui transformait sa douleur en création(s). Un « extralucide » comme le définit justement son interprète. Se mettre en danger (en amour et en art) et s’exprimer pour « ne pas mourir d’ennui ».

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     Pour incarner cet écorché vif à l’élégance rare à la fois gauche et naturelle, au regard parfois fuyant mais clairvoyant et perçant, aux gestes, au phrasé et à la voix si singuliers, il fallait un acteur lui aussi singulier. Tant celui qui a été choisi semble être Yves Saint Laurent, on se dit que personne d’autre que Pierre Niney n’aurait pu l’incarner et ne pourra l’incarner. Lorsqu’il est apparu sur scène après la projection du film au Gaumont Marignan, la différence physique était aussi frappante que l’était la ressemblance pendant le film malgré, finalement, des similitudes entre ces deux grands artistes. Ils ne sont en effet pas dénués de points communs.  Comme le génie créateur et le travail, le perfectionnisme, la précocité. Pierre Niney fut ainsi, à 21 ans, le plus jeune pensionnaire de la Comédie Française (engagé en 2010). Preuve de son perfectionnisme, il a ainsi adopté la voix si particulière de Saint Laurent (ne sortant pas pour ne pas la perdre entre les jours de tournage) mais a aussi appris à dessiner avec l’aide d’Audrey Secnazi qui a travaillé avec le couturier. Un travail en amont qui donne l’impression d’un naturel saisissant. Deux fois nommé en vain comme meilleur espoir masculin aux César (pour « J’aime regarder les filles » et « Comme des frères »), Pierre Niney le décrochera sans aucun doute en 2015 en tant que meilleur acteur (à moins qu’il soit nommé en 2014 pour « 20 ans d’écart », ce qui n’empêche pas d’ailleurs une autre nomination en 2015). J’en prends le pari avec vous ici.

    Pierre Niney a l’intelligence de ne jamais tomber dans l’imitation mais il EST littéralement Yves Saint Laurent, dans sa touchante complexité, ses démons, sa vulnérabilité, sa gaucherie, son talent, sa gentillesse (presque une qualité audacieuse quand le cynisme est tristement à la mode). Je l’ai toujours trouvé remarquable dans ses précédents rôles, même lorsqu’il ne s’agissait que d’apparitions (comme dans « Les neiges du Kilimandjaro » de Guédiguian, prestation inénarrable) mais, ici, il dévore littéralement l’écran. On se demande si l’étendue de son jeu a des limites !  Que ce soit  le personnage éminemment romantique, d’une touchante maladresse, dans « J’aime regarder les filles », le film dans lequel je l’ai découvert au  Festival du Film de Cabourg 2011 (Cabourg où il a cette année reçu le prix de la révélation masculine). Ou le personnage lunaire, burlesque même, immature, attachant, qui cache  lui aussi, derrière sa maladresse, une blessure de « Comme des frères ». Ou encore, au théâtre, incarnant Hippolyte  dans « Phèdre », procurant au rôle une sidérante élégance, maturité, une force altière teintée d’une légère vulnérabilité,  jonglant avec une indicible habileté avec les alexandrins, sans jamais trébucher, d’une assurance et d’une force implacables. Sans oublier, également à la Comédie Française, sa performance dans « Un chapeau de paille d’Italie » dans lequel il chantait, dansait, sautait, s’énervait, charmait, s’échappait, revenait, faisait des sauts insensés…le tout avec une ingénuité remarquable, une vivacité et une précision de  jeu et des gestes renforçant la modernité et le caractère intemporel de la pièce, sublimant réellement ce rôle lui apportant aussi candeur et énergie doucement folles.

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    Si je vous parle autant des acteurs c’est parce que c’est le grand atout de ce film. Yves Saint Laurent reprend vie sous nos yeux, devenant un personnage romanesque, composé d’humaines fêlures et de génie créatif. Et s’il prend aussi bien vie, c’est aussi parce que le monde qui l’entourait a été soigneusement retranscrit, et les acteurs pour interpréter ce petit monde soigneusement choisis.  Guillaume Gallienne (également de la Comédie Française) apporte aussi ce qu’il faut de détermination, dureté parfois, tendresse aussi, au personnage de Pierre Bergé, formant avec Saint Laurent un couple passionnel, libre, iconoclaste et attachant. Il mériterait lui aussi une nomination aux César qu’il aura peut-être également en 2014 pour le formidable « Les Garçons et Guillaume, à table ! ».  Xavier Lafitte dans le rôle de l’amant sulfureux Jacques de Bascher est également remarquable. Charlotte Le Bon dans le personnage intéressant de Victoire est lumineuse et Laura Smet apporte ce qu’il faut d’excentricité et de gaieté  à Loulou de la Falaise (très belle scène du questionnaire de Proust au milieu des couleurs chatoyantes du Maroc qui inspirèrent tant Saint Laurent). Le film est ainsi jalonné des lieux et d’objets de la vie de Saint Laurent qui donnent l’impression d’être immergé dans l’univers du couturier : l’appartement de Bergé et Saint Laurent au 5 avenue Marceau, l’atelier du styliste, le Jardin Majorelle à Marrakech où Saint Laurent imaginait ses collections, les costumes originaux conservés par la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent, des croquis originaux… Le tout sublimé par la photographie de Thomas Hardmeier ( « Collision », « L’Extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet » etc).

    La musique originale signée Ibrahim Maalouf est aussi une vraie réussite, soulignant toute la modernité, la singularité, l’insolence, l’extravagance, la gaieté, la mélancolie, les paradoxes donc de Saint Laurent sans oublier des morceaux classiques savamment choisis et notamment la Callas que Saint Laurent et Bergé aimaient tant. Le scénario se concentre sur trente années de sa vie, ses plus créatrices, avant que ses démons au lieu de stimuler sa création ne la réfrènent. On regrette ainsi de n’en savoir pas plus sur sa jeunesse, la genèse de sa passion et sur  le contexte politique (la fin de l’Algérie française) évoqués en filigrane. Ce choix scénaristique reflète l’angle choisi qui s’avère finalement judicieux : celui de l’histoire d’amour, Saint Laurent naissant finalement ici en rencontrant Bergé et gardant  un certain mystère (si le film reflète aussi la noirceur du personnage, je ne l’ai jamais trouvé impudique), se terminant sur cet homme de dos qui s’efface avec élégance. Rien d’étonnant donc de retrouver Jacques Fieschi au scénario (notamment scénariste du chef d’œuvre de Claude Sautet « Un cœur en hiver« ) accompagné à l’écriture par Jérémie Guez, Marie-Pierre Huster et Jalil Lespert.

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    Un film qui fait  subtilement danser et s’entrelacer élégance et irrévérence, douceur et noirceur, gaieté de l’art et mélancolie de l’artiste, au chic  rock’n’roll. Un film universel sur un homme singulier.  Un film qui a du style, comme celui dont il retrace l’existence et « les modes passent, le style est éternel » disait ainsi Yves Saint-Laurent. Un mélange d’extravagance et de vulnérabilité comme celles qui caractérisaient Saint Laurent, de couleurs joyeuses comme celles du Maroc qu’il affectionnait tant et de mélancolie ou peut-être de « ce sentiment inconnu, dont l’ennui, la douceur m’obsèdent », et qui porte « le beau nom grave de tristesse » pour paraphraser Sagan. Et, surtout, la performance d’un acteur, Pierre Niney, (qui ne donne jamais l’impression d’en être une) à la démesure de la personnalité qu’il incarne. Deux artistes aussi fascinants l’un que l’autre. La découverte de la vie et des talents fascinants de l’un révèle le talent éblouissant de l’autre. Un bel hommage à la mode dont Saint Laurent a fait un art, aussi (il suffit de voir la Collection Mondrian mais aussi toutes celles tant imprégnées des autres arts, de peinture essentiellement), et à cette passion (créatrice, amoureuse) chère à Jack London  qui suscite certes la souffrance mais qui fait aussi tellement vibrer, se surpasser, se mettre en danger. Exister. Etre libre. Oui, Saint Laurent était un être magnifiquement libre.

      Les droits du film ont déjà été achetés par Harvey Weinstein et  il sera présenté en ouverture de la section Panorama du Festival de Berlin. Nul doute que ce film fera partie des grands évènements cinématographiques de l’année 2014. Ne le manquez pas. Vous passeriez à côté de la rencontre avec deux grands artistes, deux talents rares : Saint Laurent et celui qui ne l’incarne pas mais le devient le temps d’un film. Magistralement.

    Sortie en salles : le 8 janvier 2014

    En complément :

    Critique – « Les Garçons et Guillaume, à table ! » de Guillaume Gallienne (avec Guillaume Gallienne)

    Critique – « L’autre monde » de Gilles Marchand avec Pierre Niney

    Critique – « Les Emotifs anonymes » de Jean-Pierre Améris avec Pierre Niney

    Critique – « J’aime regarder les filles » de Frédéric Louf avec Pierre Niney et interview de Frédéric Louf et Pierre Niney

    Critique – « Comme des frères » de Hugo Gélin avec Pierre Niney

    Chronique théâtrale – Critique – « Phèdre » à la Comédie Française avec Pierre Niney

    Chronique théâtrale – Critique – « Un chapeau de paille d’Italie » à la Comédie Française avec Pierre Niney

    Critique – « Gainsbourg, vie héroïque » de Joann Sfar

    Critique – « Coco avant Chanel » d’Anne Fontaine

    Critique – « Lincoln » de Steven Spielberg

    Critique – « Un cœur en hiver » de Claude Sautet (scénario de Jacques Fieschi)

    Retrouvez également cet article sur mon site Inthemoodlemag.com, ici.

  • Jane Campion présidera le jury du Festival de Cannes 2014

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    Jane Campion recevant le Carrosse d’or l’an passé (photo Inthemoodforcannes.com)

     
     
    L’an passé, la réalisatrice, productrice et scénariste néo-zélandaise Jane Campion  présidait le jury des courts métrages de la Cinéfondation. Elle aura cette année l’honneur d’être présidente, cette fois du jury du Festival de Cannes dont la 67ème édition aura lieu du 14 au 25 mai 2014 et que vous pourrez bien entendu suivre en direct comme chaque année sur mes différents sites http://inthemoodforcannes.com, http://inthemoodforfilmfestivals.com, http://inthemoodlemag.com et http://inthemoodforcinema.com  (et j’en profite pour vous rappeler au passage que si vous voulez dès à présent vous plonger dans l’ambiance du Festival de Cannes, 4 des 13 nouvelles de mon recueil de nouvelles « Ombres parallèles » s’y déroulent…).
     
    Seule femme réalisatrice à avoir obtenu la palme d’or (en 1993 pour sa sublime « Leçon de piano ») après avoir obtenu la palme d’or du court métrage pour « Peel » en 1986, elle succèdera ainsi à Steven Spielberg.
     

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    J’en profite pour vous recommander de re(voir), bien sûr « La Leçon de piano » mais aussi « Bright star », récit de l’amour contrarié du jeune poète anglais John Keats et  de sa voisine Fanny Brawne. Ce film présenté à Cannes en 2009 est aussi lié pour moi à un souvenir particulier puisque j’avais alors gagné le concours du meilleur blog sur Cannes l’année précédente  (organisé par L’Oréal, partenaire officiel du festival) qui m’avait permis de vivre trois jours et cette projection en particulier dans des conditions exceptionnelles.

     
     
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    « Je suis venue à Cannes pour la première fois en 1986 », déclare-t-elle, « et depuis, mon admiration pour la reine des manifestations de cinéma n’a fait que grandir. Le glamour et le professionnel s’y marient de façon unique. C’est le pays des stars, des fêtes, des plages et du business mais on ne perd jamais de vue ce qu’est le festival : une célébration du cinéma comme Art et une célébration du cinéma du monde entier. »
    Pour Gilles Jacob (je vous recommande au passage la lecture de sa « Vie passera comme un rêve » dans lequel vous pourrez ainsi croiser le chemin de la présidente du jury de cette édition 2014) : « Il était une fois une jeune réalisatrice inconnue venue des antipodes qui aurait été fière que le Festival de Cannes présentât un des trois courts-métrages qu’elle venait d’achever. Ils affirmaient déjà une telle vaillance, une telle humanité, un tel univers que se refusant de choisir, le Festival montra les trois d’un coup – car c’en était un. Jane Campion était née. Et un style avec elle. Ensuite ce furent Sweetie, La Leçon de piano ou récemment Bright Star, ce merveilleux film où la poésie circule comme jamais. Etonnez-vous après tant d’émotions que je l’appelle ma Lady Jane. »
    « C’est la passion qui rend Cannes incontestable, poursuit Jane Campion. C’est un lieu mythique et surprenant où des acteurs se révèlent, des films trouvent leurs producteurs et des carrières démarrent. Je le sais : ça m’est arrivé ! »
    Pour Thierry Frémaux : « C’est une grande fierté que Jane Campion ait accepté. Après Michèle Morgan, Jeanne Moreau, Françoise Sagan, Isabelle Adjani, Liv Ullmann et Isabelle Huppert en 2009, elle complète la liste prestigieuse des Présidentes de Jury. Originaire d’un pays et d’un continent où le cinéma est rare et puissant, elle fait partie de ces cinéastes qui incarnent à la perfection l’idée qu’on peut faire du cinéma en artiste et séduire un public planétaire. Et nous savons que son exigence personnelle sera aussi celle de son jury. »
    « C’est un grand honneur pour moi que d’avoir été choisie pour être la Présidente du Jury, conclut Jane Campion. Et, pour dire la vérité : je suis très impatiente ! »
     
    Biographie de Jane Campion (source: site officiel du Festival de Cannes):
    Issue d’une famille d’artistes, Jane Campion étudie l’anthropologie puis la peinture, avant de se tourner vers le cinéma où elle effectue des débuts fulgurants : remarquée pour ses courts-métrages, couronnée par une Palme d’or, elle captive la critique internationale avec Sweetie (1989), son premier long métrage, sélectionné en compétition au Festival de Cannes. Après Un ange à ma table (1990), inspiré de l’œuvre de Janet Frame, où elle esquisse déjà un portrait de femme hors du commun à la douloureuse conquête de son identité, elle est de retour en compétition à Cannes en 1993 avec La Leçon de piano qui remporte la Palme d’or et un prix d’interprétation pour Holly Hunter (qu’accompagnait l’inoubliable Harvey Keitel). Quelques mois plus tard, Jane Campion, nommée pour l’Oscar du meilleur réalisateur, reçoit celui du meilleur scénario. Par la suite, son œuvre, traversée de personnages de femmes aussi intenses qu’entravés dans leur épanouissement, se décline en de multiples variations : Portrait of a Lady en 1996 avec Nicole Kidman, Holy Smoke en 1999 avec Kate Winslet, In the Cut (2003) avec Meg Ryan. Son dernier film pour le cinéma, Bright Star, vision originale et biographie romancée du poète Keats et de sa muse est présenté en Compétition à Cannes, en 2009. Jane Campion vient de tourner une série pour la télévision, Top of the Lake, saluée par un remarquable succès public et critique. Elle y développe ses thèmes de prédilection, dépeignant la splendeur de la nature, le jaillissement des passions romantiques et la révolte de femmes contre des sociétés dominées par la violence et le machisme.  Elle y résume l’œuvre d’une cinéaste majeure et d’une infatigable pionnière.