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  • Critique de "Vicky Cristina Barcelona" de Woody Allen, sur France 2, ce soir à 20H35

    Le film à ne pas manquer ce soir, c'est "Vicky Cristina Barcelona" de Woody Allen, à 20H35, sur France 2. Retrouvez ma critique du film, ci-dessous (critique publiée lors de sa sortie en salles, d'où la référence au Festival de Cannes). Retrouvez également mon dossier consacré à Woody Allen, en cliquant ici.

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     Quoiqu’il advienne, quel que soit le sujet, je ne manque JAMAIS un film de Woody Allen et ils sont peu nombreux ces réalisateurs dont chaque film recèle une trouvaille, dont chaque film est une réussite (même si certains évidemment sont meilleurs que d’autres, ou plus légers que d’autres), une véritable gageure quand on connaît la productivité de Woody Allen qui sort quasiment un film par an.

     

     Imaginez donc mon désarroi d’avoir manqué celui-ci au dernier Festival de Cannes (non, vous ne pouvez pas : c’est insoutenable surtout sachant que mes acolytes festivaliers en sortaient tous le sourire aux lèvres, réjouis et un brin narquois envers ma malchance…) et mon impatience de le voir dès sa sortie en salles. Je me demande comment j’ai pu attendre trois jours après sa sortie surtout sachant que, dans mon impatience, je pensais qu’il sortait la semaine dernière… Bref,  alors ce dernier Woody Allen était-il à la hauteur de l’attente ?

     

     Evidemment, il serait malvenu de le comparer à la trilogie londonienne, véritable bijou d’écriture scénaristique et de noirceur jubilatoire. Ce dernier est plus léger (quoique…), et pourtant..., et pourtant c’est encore une véritable réussite, qui ne manque ni de sel (pour faire référence à une réplique du film), ni d’ailleurs d’aucun ingrédient qui fait d’un film un moment unique et réjouissant.

     

     Pitch : Vicky (Rebecca Hall) et Cristina (Scarlett Johanson) sont d'excellentes amies, avec des visions diamétralement opposées de l'amour : la première est plutôt raisonnable, fiancée à un jeune homme « respectable » ; la seconde est plutôt instinctive, dénuée d'inhibitions et perpétuellement à la recherche de nouvelles expériences passionnelles. Vicky et Cristina sont hébergées chez Judy et Mark, deux lointains parents de Vicky,  Vicky pour y consacrer les derniers mois avant son mariage  et y terminer son mémoire sur l’identité catalane; Cristina pour goûter un changement de décor. Un soir, dans une galerie d'art, Cristina remarque le ténébreux peintre Juan Antonio (Javier Bardem). Son intérêt redouble lorsque Judy lui murmure que Juan Antonio entretient une relation si orageuse avec son ex-femme, Maria Elena (Pénélope Cruz), qu'ils ont failli s'entre-tuer. Plus tard, au restaurant, Juan Antonio aborde Vicky et Cristina avec une « proposition indécente ». Vicky est horrifiée ; Cristina, ravie, la persuade de tenter l'aventure...

     

    Les jeux de l’amour et du hasard. Un marivaudage de plus. Woody Allen fait son Truffaut et son « Jules et Jim » pourrait-on se dire à la lecture de ce pitch. Oui mais non. Surtout non. Non parce que derrière un sujet apparemment léger d’un chassé-croisé amoureux, le film est aussi empreint de mélancolie et même parfois de gravité. Non parce qu’il ne se contente pas de faire claquer des portes mais d’ouvrir celles sur les âmes, toujours tourmentées, du moins alambiquées, de ses protagonistes, et même de ses personnages secondaires toujours croqués avec talent, psychologie, une psychologie d’une douce cruauté ou tendresse, c’est selon. Non parce que le style de Woody Allen ne ressemble à aucun autre : mélange ici de dérision (souvent, d’habitude chez lui d’auto-dérision), de sensualité, de passion, de mélancolie, de gravité, de drôlerie, de cruauté, de romantisme, d’ironie...

     

     Woody Allen est dit-on le plus européen des cinéastes américains, alors certes on a quitté Londres et sa grisaille pour Barcelone dont des couleurs chaudes l’habillent et la déshabillent mais ce qu’il a perdu en noirceur par rapport à la trilogie londonienne, il l’a gagné en sensualité, et légèreté, non pour autant dénuées de profondeur. Il suffit de voir comment il traduit le trouble et le tiraillement sentimental de Vicky lors d’une scène de repas où apparait tout l’ennui de la vie qui l’attend pour en être persuadé. Ou encore simplement de voir comment dans une simple scène la beauté d’une guitare espagnole cristallise les émotions et avec quelle simplicité et quel talent il nous les fait ressentir. (Eh oui Woody Allen a aussi délaissé le jazz pour la variété et la guitare espagnoles…)

     

     Javier Bardem, ténébreux et troublant, Penelope Cruz, volcanique et passionnelle, Scarlett Johanson (dont c’est ici la troisième collaboration avec Woody Allen après « Match point » et « Scoop »…et certainement pas la dernière), sensuelle et libre, Rebecca Hall, sensible et hésitante : chacun dans leurs rôles ils sont tous parfaits, et cette dernière arrive à imposer son personnage, tout en douceur, face à ces trois acteurs reconnus et imposants. (Dommage d'ailleurs que son personnage n'apparaisse même pas sur l'affiche, c'est finalement le plus intéressant mais certes aussi peut-être le plus effacé...dans tous les sens du terme.)

     

     A la fois hymne à la beauté (notamment de Barcelone, ville impétueuse, bouillonnante, insaisissable, véritable personnage avec ses bâtiments conçus par Gaudi , le film ne s’intitulant pas « Vicky Cristina Barcelona » pour rien) et à l’art, réflexion sur l’amoralité amoureuse et les errements et les atermoiements du corps et du cœur, Woody Allen signe une comédie (on rit autant que l’on est ému) romantiquement sulfureuse et mélancoliquement légère, alliant avec toute sa virtuosité ces paradoxes et s’éloignant des clichés ou  de la vulgarité qui auraient été si faciles pour signer un film aussi élégant que sensuel.  Cet exil barcelonais pourra en déconcerter certains, mais c’est aussi ce qui imprègne ce film de cette atmosphère aussi fougueuse que cette ville et ces personnages.

     

     Malgré les 72 ans du cinéaste, le cinéma de Woody Allen n’a pas pris une ride : il fait preuve d’une acuité, d’une jeunesse, d’une insolence, d’une inventivité toujours étonnantes,  remarquables et inégalées. Un voyage barcelonais et initiatique décidément réjouissant. Vivement le prochain ! En attendant je vous laisse réfléchir à l’idée défendue dans le film selon laquelle l’amour romantique serait celui qui n’est jamais satisfait… A méditer !

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  • Concours "La couleur des sentiments" (The Help) : gagnez 5x2 places et 5 moleskines

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    © 2011 DreamWorks II Distribution Co. LLC

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     "La couleur des sentiments" de Tate Taylor ("The Help"), est l'adaptation du best seller éponyme de Kathryn Stockett qui a fait l'ouverture du dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville.

    Un film avec Viola Davis, Emma Stone, Octavia Spencer, Jessica Chastain, Bryce Dallas Howard, Mary Steenburgen, Mike Vogel.

    L’adaptation du best-seller phénomène mondial, a réalisé plus de 100M de $ au box office américain depuis sa sortie le 10 août dernier.  Tiré du livre phénomène en tête des meilleures ventes sur la liste du New York Times, THE HELP (paru en France sous le titre « La Couleur des sentiments ») raconte l’histoire de trois femmes du Mississippi dans les années 60, qui vont forger une amitié à haut risque autour d’un projet de livre secret qui va faire exploser les règles de la société et les exposer au danger. De cette alliance improbable va naître une solidarité hors du commun entre ces trois femmes, qui va leur donner le courage de dépasser les limites qui régissent leur existence, et les amener à prendre conscience que les frontières sont faites pour être franchies. Pour cela, elles iront jusqu’à mettre toute la ville face au vent du changement…

    "La Couleur des sentiments" sort en salles en France le 26 octobre 2011.

    Aujourd'hui, je suis d'autant plus ravie de vous faire gagner des places pour ce film (et des agendas) qu'il glorifie le pouvoir salvateur et de conviction des mots.

    Pour faire partie des gagnants, dîtes-moi, par email à inthemoodforcinema@gmail.com avec, pour intitulé de votre email "Coucours The Help", quelle cause vous souhaiteriez défendre si vous aviez (ou même si vous l'avez, si tel est le cas) le pouvoir inestimable, de savoir manier les mots... Les plus convaincants et originaux remporteront les places de cinéma ou les moleskines.

  • 16ème Festival International des Jeunes Réalisateurs de Saint-Jean de Luz - épisode 1

     

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    A peine revenue du Festival Lumière de Lyon, place à un autre festival tout aussi convivial même si plus confidentiel qui met à l'honneur les premiers et deuxièmes films de réalisateurs et bien sûr de réalisatrices. C'est d'ailleurs l'une d'elles qui a fait l'ouverture, une réalisatrice connue d'abord comme comédienne: Mélanie Laurent qui présentait son premier long-métrage, "Les Adoptés". Comme pour chaque festival, je vous ferai un compte rendu détaillé avec vidéos, critiques des films et photos au retour mais je voulais d'ores et déjà vous en parler brièvement pour ceux qui seraient dans la région et auraient l'opportunité de venir découvrir sa compétition de grande qualité (j'en veux pour preuve la sélection de 2 films de la compétition du dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville) qui propose des films très divers (avec néanmoins des points communs que j'aborderai ultérieurement). Pour l'instant, un coup de coeur: "Louise Wimmer" de Cyril Mennegun. Je vous en parle très prochainement.

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  • Critique - "The Artist" de Michel Hazanavicius : le film de la semaine

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    Je vous ai déjà parlé de ce film à plusieurs reprises et pour cause puisque je l'ai vu deux fois à Cannes où il figurait en compétition et où Jean Dujardin a obtenu le prix d'interprétation masculine (certainement en attendant l'Oscar...je prends le pari), une autre fois à Deauville (où il fut projeté pour la soirée du palmarès) et puisqu'il était en ouverture du Festival Lumière de Lyon dont vous pouvez retrouver mon compte rendu, ici.

    C'est sans aucun doute le film de la semaine (à mille lieux du très surestimé "Drive" dont on nous rebat les oreilles depuis quelques jours, semaines) et un des grands films de cette année (qui n'en a pas été avare).

     Pour achever de vous en convaincre, retrouvez ma critique détaillée mais aussi  les photos de la conférence de presse cannoise, ci-dessous.

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    Photo ci-dessus : crédits inthemoodforcinema.com . Conférence de presse des lauréats du Festival de Cannes 2011.

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    Photo ci-dessus : crédits inthemoodforcinema.com . Conférence de presse des lauréats du Festival de Cannes 2011.

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    Photo ci-dessus : crédits inthemoodforcinema.com . Conférence de presse du Festival de Cannes 2011 du film "The Artist".

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    Photo ci-dessus : crédits inthemoodforcinema.com . Conférence de presse du Festival de Cannes 2011 du film "The Artist".

    C’était un dimanche matin de mai 2011, le début du Festival de Cannes encore, en projection presse. Pas encore vraiment l’effervescence pour le film qui obtint la palme d’or mais un joli bruissement d’impatience parmi les regards déjà las, ou obstinément sceptiques. 1H40 plus tard, la salle résonnait d’applaudissements, pendant dix minutes, fait rare en projection presse. Le soir même, je suis retournée le voir en projection officielle. L’émotion fut la même, redoublée par la présence de l’équipe du film, terriblement émue elle aussi par les réactions enthousiastes du public, par les rires tendres, par cette cavalcade d’applaudissements qui a commencé lors de la dernière scène et ne s’est plus arrêtée pour continuer pendant un temps qui m’a paru délicieusement long. Un beau, rare et grand moment du Festival de Cannes.

    Le pari était pourtant loin d’être gagné d’avance. Un film muet (ou quasiment puisqu’il y a quelques bruitages). En noir et blanc. Tourné à Hollywood. En 35 jours. Par un réalisateur qui jusque là avait excellé dans son genre, celui de la brillante reconstitution parodique, mais très éloigné de l’univers dans lequel ce film nous plonge. Il fallait beaucoup d’audace, de détermination, de patience, de passion, de confiance, et un peu de chance sans doute aussi, sans oublier le courage -et l’intuition- d’un producteur (Thomas Langmann) pour arriver à bout d’un tel projet. Le pari était déjà gagné quand le Festival de Cannes l’a sélectionné d’abord hors compétition pour le faire passer ensuite en compétition, là encore fait exceptionnel.

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    Le film débute à Hollywood, en 1927, date fatidique pour le cinéma puisque c’est celle de l’arrivée du parlant. George Valentin (Jean Dujardin) est une vedette du cinéma muet qui connait un succès retentissant…mais l’arrivée des films parlants va le faire passer de la lumière à l’ombre et le plonger dans l’oubli. Pendant ce temps, une jeune figurante, Peppy Miller (Bérénice Béjo) qu’il aura au départ involontairement  placée dans la lumière, va voir sa carrière débuter de manière éblouissante. Le film raconte l’histoire de leurs destins croisés.

    Qui aime sincèrement le cinéma ne peut pas ne pas aimer ce film qui y est un hommage permanent et éclatant. Hommage à ceux qui ont jalonné et construit son histoire, d’abord, évidemment. De Murnau à Welles, en passant par Borzage, Hazanavicius cite brillamment ceux qui l’ont ostensiblement inspiré. Hommage au burlesque aussi, avec son mélange de tendresse et de gravité, et évidemment, même s’il s’en défend, à Chaplin qui, lui aussi,  lui surtout, dans « Les feux de la rampe », avait réalisé un hymne à l'art qui porte ou détruit, élève ou ravage, lorsque le public, si versatile, devient amnésique, lorsque le talent se tarit, lorsqu’il faut passer de la lumière éblouissante à l’ombre dévastatrice. Le personnage de Jean Dujardin est aussi un hommage au cinéma d’hier : un mélange de Douglas Fairbanks, Clark Gable, Rudolph Valentino, et du personnage de Charles Foster Kane (magnifiques citations de « Citizen Kane ») et Bérénice Béjo, avec le personnage de Peppy Miller est, quant à elle, un mélange de Louise Brooks, Marlène Dietrich, Joan Crawford…et nombreuses autres inoubliables stars du muet.

    Le cinéma a souvent parlé de lui-même… ce qui a d’ailleurs souvent produit des chefs d’œuvre. Il y a évidemment « La comtesse aux pieds nus » de Mankiewicz, « La Nuit américaine de Truffaut », « Sunset Boulevard » de Billy Wilder, enfin « Une étoile est née » de George Cukor et encore « Chantons sous la pluie » de Stanley Donen et Gene Kelly auxquels « The Artist », de par son sujet, fait évidemment penser. Désormais, parmi ces classiques, il faudra citer « The Artist » de Michel Hazanavicius. Ses précèdents films étaient d'ailleurs déjà des hommages au cinéma. On se souvient ainsi des références à "Sueurs froides" ou "La Mort aux trousses" d'Hitchcock dans "OSS 117 : Rio ne répond plus".

    Hazanavicius joue ainsi constamment et doublement la mise en abyme : un film muet en noir et blanc qui nous parle du cinéma muet en noir et blanc mais aussi qui est un écho à une autre révolution que connaît actuellement le cinéma, celle du Numérique.

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    Le mot jubilatoire semble avoir été inventé pour ce film, constamment réjouissant, vous faisant passer du rire aux larmes, ou parfois vous faisant rire et pleurer en même temps. Le scénario et la réalisation y sont pour beaucoup mais aussi la photographie (formidable travail du chef opérateur Guillaume Schiffman qui, par des nuances de gris, traduit les états d’âme de Georges Valentin), la musique envoûtante (signée Ludovic Bource, qui porte l’émotion à son paroxysme, avec quelques emprunts assumés là aussi, notamment à Bernard Herrmann) et évidemment les acteurs au premier rang desquels Jean Dujardin qui méritait amplement son prix d’interprétation (même si Sean Penn l’aurait également mérité pour « This must be the place »).

    Flamboyant puis sombre et poignant, parfois les trois en même temps, il fait passer dans son regard (et par conséquent dans celui du spectateur), une foule d’émotions, de la fierté aux regrets,  de l’orgueil à la tendresse, de la gaieté à la cruelle amertume de la déchéance.  Il faut sans doute beaucoup de sensibilité, de recul, de lucidité et évidemment de travail et de talent pour parvenir à autant de nuances dans un même personnage (sans compter qu’il incarne aussi George Valentin à l’écran, un George Valentin volubile, excessif, démontrant le pathétique et non moins émouvant enthousiasme d’un monde qui se meurt). Il avait déjà prouvé dans « Un balcon sur la mer » de Nicole Garcia qu’il pouvait nous faire pleurer.  Il confirme ici l’impressionnant éclectisme de sa palette de jeu et d'expressions de son visage.

     Une des plus belles et significatives scènes est sans doute celle où il croise Peppy Miller dans un escalier, le jour  du Krach de 1929. Elle monte, lui descend. A l’image de leurs carrières. Lui masque son désarroi. Elle, sa conscience de celui-ci, sans pour autant dissimuler son enthousiasme lié à sa propre réussite. Dujardin y est d’une fierté, d’une mélancolie, et d’une gaieté feinte bouleversantes, comme à bien d’autres moments du film. Et je ne prends guère de risques en lui prédisant un Oscar pour son interprétation, ou en tout cas un Oscar du meilleur film étranger pour Hazanavicius.  Bérénice Béjo ne démérite pas non plus dans ce nouveau rôle de « meilleur espoir féminin » à la personnalité étincelante et généreuse, malgré un bref sursaut de vanité de son personnage. Il ne faudrait pas non plus oublier les comédiens anglo-saxons : John Goodman, Malcolm McDowell et John Cromwell (formidablement touchant dans le rôle du fidèle Clifton).

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    Il y aura bien quelques cyniques pour dire que ce mélodrame  est plein de bons sentiments, mais Hazanicius assume justement ce mélodrame. « The Artist » est en effet aussi une très belle histoire d’amour simple et émouvante, entre Peppy et Georges mais aussi entre Georges et son cabot-in Uggy : leur duo donne lieu à des scènes tantôt drôles, tantôt poétiques, tantôt touchantes, et là encore parfois au trois en même temps. Hommage aussi à ce pouvoir magique du cinéma que de susciter des émotions si diverses et parfois contradictoires.

    Michel Hazanavicius  évite tous les écueils et signe là un hommage au cinéma, à sa magie étincelante, à son histoire, mais aussi et avant tout aux artistes, à leur orgueil doublé de solitude, parfois destructrice. Des artistes qu’il sublime, mais dont il montre aussi les troublantes fêlures et la noble fragilité.

    Ce film m’a éblouie, amusée, émue. Parce qu’il convoque de nombreux souvenirs de cinéma. Parce qu’il est une déclaration d’amour follement belle au cinéma. Parce qu’il ressemble à tant de films du passé et à aucun autre film contemporain. Parce qu’il m’a fait ressentir cette même émotion que ces films des années 20 et 30 auxquels il rend un vibrant hommage. Parce que la réalisation est étonnamment inspirée (dans les deux sens du terme d’ailleurs puisque, en conférence de presse, Michel Hazanavicius a revendiqué son inspiration et même avoir « volé » certains cinéastes). Parce qu’il est burlesque, inventif, malin, poétique, et touchant.  Parce qu’il montre les artistes dans leurs belles et poignantes contradictions et fêlures.

    Il ne se rapproche d’aucun autre film primé jusqu’à présent à Cannes…et en sélectionnant cet hymne au cinéma en compétition puis en le  primant,  le Festival de  Cannes a prouvé qu’il était avant tout le festival qui aime le cinéma, tous les cinémas, loin de la caricature d’une compétition de films d’auteurs représentant toujours le même petit cercle d’habitués dans laquelle on tend parfois à l’enfermer.

     « The Artist » fait partie de ces films qui ont fait de cette édition cannoise 2011 une des meilleures de celles auxquelles j’ai assisté, pour ne pas dire la meilleure…avec des films  aussi différents et marquants que  « This must be the place » de Paolo Sorrentino, « Melancholia » de Lars von Trier, « La piel que habito » de Pedro Almodovar.

     Un film à ne manquer sous aucun prétexte si, comme moi, vous aimez passionnément et même à la folie, le cinéma. Rarement un film aura aussi bien su en concentrer la beauté simple et magique, poignante et foudroyante. Oui, foudroyante comme la découverte  de ce plaisir immense et intense que connaissent les amoureux du cinéma lorsqu’ils voient un film pour la première fois, et découvrent son pouvoir d’une magie ineffable, omniprésente ici.

    Sortie en salles : le 12 octobre 2011.

    Un dernier petit conseil : ne regardez pas la bande-annonce (dont je n’ai pas peur de dire qu’elle m’a émue, comme le film), pour conserver le plaisir de la découverte.

    En bonus :

    - Ma critique de « La Comtesse aux pieds nus » de Mankiewicz

    -Ma critique de « OSS 117 : Rio ne répond plus » de Michel Hazanavicius

    -Ma critique d’ « Un balcon sur la mer » de Nicole Garcia

    -Ma critique des « Feux de la rampe » de Charlie Chaplin

  • Festival Lumière de Lyon 2011, la cinéphilie, internet et la passion du cinéma à l’honneur : compte-rendu

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    Alors que, en cette première semaine d’octobre, chaque année depuis ma participation à son jury, en 1999, mes pérégrinations festivalières me mènent habituellement vers la Côte d’Emeraude, au Festival du Film Britannique de Dinard, c’est cette année vers Lyon qu’elles m’ont conduite, à l’invitation du Festival Lumière dont il s’agissait de la troisième édition qui, outre les classiques du septième art, mettaient aussi la cinéphilie et internet à l’honneur. Un festival qui, en trois ans, a réussi à s’imposer en un rendez-vous incontournable (avec un casting d'acteurs qui ferait pâlir d'envie les plus grands cinéastes et un panel de cinéastes impressionnant) , autant des cinéphiles que des professionnels de la profession…et des professionnels de la profession cinéphiles. Et comme je les comprends !

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    « Les films sont plus harmonieux que la vie, il n’y a pas d’embouteillages, pas de temps mort dans les films » d’après Truffaut…qui aurait certainement été enchanté par le festival Lumière de Lyon où il n’y a en effet pas de temps morts, le festival étant une immersion et une continuité cinéphiliques nous amenant parfois à une douce confusion entre l’harmonie cinématographique et celle qui règne dans le festival. Il faut dire que ce festival ayant pour parents Bertrand Tavernier et Thierry Frémaux, respectivement Président et Directeur de l’Institut Lumière, pouvait difficilement mieux partir dans la vie, le cinéaste et le délégué général du Festival de Cannes partageant cinéphilie, passion, enthousiasme communicatifs (et don d’ubiquité…mais comment font-ils donc pour être partout en même temps ?) qui imprègnent ce festival qui, en plus,  se distingue par une décontraction et une convivialité rares.

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    A Lyon, pas d’attachés de presse survoltés, pas de spectateurs ou journalistes aigris (ou alors ils se font discrets), pas de hiérarchie potentiellement (ou par définition ?) inique, pas de barrières ni de frontières entre les prestigieux invités du festival et les festivaliers qui se croisent au village du festival, le seul où vous pouvez aussi bien croiser Benicio de Toro que Stephen Frears au détour d'une allée ; on ne vient pas pour faire son cinéma, mais pour le célébrer, seul roi du festival, d’autant plus maître du royaume à Lyon qu’il y naquit un (très beau) jour de 1895. Le 19 mars très exactement. « La Sortie de l’usine Lumière à Lyon », la célèbre scène de 45 secondes y a en effet été tournée par les frères Lumière au 21-23 rue Saint-Victor (aujourd'hui, rue du Premier-Film), dans le quartier de Monplaisir, le bien nommé, dans le 8e arrondissement. Et c’est justement là, à l’Institut Lumière, que se trouve le village du festival et où sont projetés un grand nombre de films. Quelle émotion et quel bonheur et quelle judicieuse idée pour un festival qui célèbre ses classiques ! L’Institut Lumière n’est d’ailleurs pas le seul lieu du festival puisque ses 190 séances sont réparties sur 40 salles mais « Lyon est si petit pour ceux qui sont animés d’un aussi si grand amour du cinéma » pourrions-nous dire pour détourner la citation d’un classique mit à l’honneur cette année, « Les Enfants du Paradis » de Marcel Carné. (« Paris est tout petit pour ceux qui s’aiment d’un aussi grand amour. »)

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    Lyon devient donc à son tour la « ville Lumière » qui fait étinceler le cinéma, briller les yeux des spectateurs, amoureux éblouis, me rappelant les raisons pour lesquelles j’aime éperdument le cinéma et ses festivals, pour ces instants de débat, de partage, où le temps semble suspendu, cette impression de vivre au rythme de 24 images par seconde, cette impression que la barrière entre le cinéma et la réalité est si étanche, quelque chose qui a à voir avec les réminiscences de l’enfance sans doute, ou en tout cas de l’enfance de ma cinéphilie (que j’ai d’ailleurs toujours du mal à nommer comme telle, ayant longtemps associé ce terme à une certaine condescendance ou exhaustivité de connaissances, et j’échappe bienheureusement -enfin, j’espère !- à la première et malheureusement à la seconde).

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    Ce n’est sans doute pas un hasard si « The Artist » de Michel Hazanavicius a fait l’ouverture du festival car rarement un film aura aussi bien su concentrer la beauté simple et magique, poignante et foudroyante du septième art. Oui, foudroyante comme la découverte  de ce plaisir immense et intense que connaissent les amoureux du cinéma lorsqu’ils voient un film pour la première fois, et découvrent son pouvoir d’une magie ineffable, omniprésente dans ce film. Michel Hazanavicius  évite tous les écueils et signe là un hommage au cinéma, à sa magie étincelante, à son histoire, mais aussi et avant tout aux artistes, à leur orgueil doublé de solitude, parfois destructrice. Des artistes qu’il sublime, mais dont il montre aussi les troublantes fêlures et la noble fragilité. Ce film m’a éblouie, amusée, émue. Parce qu’il convoque de nombreux souvenirs de cinéma. Parce qu’il est une déclaration d’amour follement belle au cinéma. Parce qu’il ressemble à tant de films du passé et à aucun autre film contemporain. Parce qu’il m’a fait ressentir cette même émotion que ces films des années 20 et 30 auxquels il rend un vibrant hommage. Parce que la réalisation est étonnamment inspirée (dans les deux sens du terme d’ailleurs puisque, en conférence de presse, à Cannes, Michel Hazanavicius a revendiqué son inspiration et même avoir « volé » certains cinéastes). Parce qu’il est burlesque, inventif, malin, poétique, et touchant.  Parce qu’il montre les artistes dans leurs belles et poignantes contradictions et fêlures.

    Mais revenons à Lyon, pas tout à fait à la réalité, et avant d’en venir à la raison de l’invitation du festival et de ma présence, laissez-moi vous parler encore des quelques séances et débats auxquels j’ai eu le plaisir d’assister.

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     Quel plaisir de revoir « Loulou » de Pialat (dans le cadre de la rétrospective Depardieu qui a reçu le prix Lumière 2011, succédant à Clint Eastwood et Milos Forman), magnifique histoire de désir et de liberté mais aussi peinture réaliste de la société filmée avec l’exigence inspirée de Pialat qui plaçait la recherche de vérité au cœur de son cinéma (qui n’en manquait pas, malgré l’intransigeance bien connue du cinéaste), et qui saisissait celle de la vie, dans toutes ses fragilités, avec une force bouleversante, faisant oublier sa caméra d’une précision pourtant remarquable !

    Il est d’ailleurs amusant d’effectuer des passerelles entre les films projetés à Lyon, l’histoire se répète et se répond. Ainsi, dans « le Quai des brumes » de Carné, c’est d’une autre Nelly (Michèle Morgan) qu’il est question (Isabelle Huppert incarne Nelly dans « Loulou »), et encore de la liberté, cette fois comme un regret, comme une aspiration car si la fatalité de la guerre semble planer comme la tragédie au-dessus des têtes des protagonistes, elle se confond avec le regret de 1936 : « C’est beau d’être libre. Oui, c’est beau, l’indépendance, la liberté. » Mais je m’arrête là à propos de ce film dont je pourrais vous parler des heures ayant effectué un mémoire sur « La vision de la société française dans le cinéma de 1936-1939 » au cœur duquel se trouvait notamment « Le Quai des Brumes ». Je vous renvoie donc à mon analyse du film, ici: "Le Quai des Brumes, la poésie désenchantée de Marcel Carné".

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     De liberté aussi il est question dans « Rendez-vous de juillet » de Jacques Becker que j’ai également eu le plaisir de revoir, dans le cadre de la rétrospective consacrée au cinéaste. « Rendez-vous de juillet » raconte en effet « les amours, les amitiés, les aspirations professionnelles, les réactions familiales d’une bande de jeunes gens fréquentant Saint-Germain-des-Prés dans le Paris de l’après-guerre. » Imprégné de la vitalité de la jeunesse qui y prend son envol (au propre comme au figuré), « Rendez-vous de juillet » est très inspiré du néo-réalisme italien. Rendez-vous de juillet a obtenu le Prix Louis Delluc 1949 et le Prix de la critique du meilleur film 1951, décerné par Le Syndicat Français de la Critique de Cinéma.

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    J’aurais aimé revoir « Falbalas » (mon Becker préféré) mais aussi évidemment « Casque d’or » et « Touchez pas au grisbi » qui influença deux de mes cinéastes fétiches : Sautet et Melville. Le temps m’a malheureusement manqué (un festival se constitue de choix cornéliens), mais j’ai tout de même eu le temps de découvrir « Les Forçats de la gloire » de Wellman dont la présentation fut au moins aussi mémorable que le film en lui-même car telle est la particularité de Lyon : donner la parole à des cinéastes ou acteurs ou autres artistes cinéphiles ou théoriciens du cinéma qui, hors de toute promotion, viennent présenter des classiques du cinéma. Cela rend au festival toutes ses lettres de noblesse faisant de chaque moment de vie festivalière un vrai moment de cinéma, un instant gravé.

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    Pour cette projection, c’est donc Bertrand Tavernier qui a effectué la présentation rejoint par Claude Lelouch. Dans ce film de 1945, « Ernie Pyle est correspondant de guerre. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il va suivre un petit groupe de fantassins américains impliqués dans deux moments clés de la guerre : la campagne d'Afrique du Nord et celle d'Italie. Il va centrer ses articles sur le métier de soldat certes, mais aussi et surtout sur la vie quotidienne de ces hommes de l’infanterie américaine, tiraillés entre leur devoir, leurs relations amicales et sentimentales ». La sobriété de la mise en scène fait écho à la simplicité et au réalisme du style du journaliste. Ce ne sont pas ici des soldats héroïques, presque inhumains, mais au contraire des « forçats » pétris de doute, de peurs, d’humanité filmés avec réalisme mais aussi une certaine distance comme celle d’un reportage même si le film est jalonné de moments de folie presque irréelle (mais n’y a-t-il pas folie plus irréelle que la guerre ?).

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    cannes65.jpgBien sûr, il faudra consacrer ultérieurement une critique entière à « Portrait d’une enfant déchue » de Jerry Schatzberg (dont était tirée la très belle affiche du Festival de Cannes 2011). Un film troublant, morcelé, comme l’âme de sa protagoniste aux frontières de l’abstraction. Un film d’une beauté cruelle, triste et lucide ( une définition qui d’ailleurs pourrait s’appliquer à « Falbalas » de Becker dont il est certes très éloigné dans la forme mais pas tant que ça dans le fond, quand je vous disais que l’histoire du cinéma…et de Lyon, se répète et se répond). Faye Dunaway (époustouflante de beauté, de fragilité) y incarne Lou Andreas Sand, un ancien mannequin. « Brisée par le milieu de la mode, elle s’est réfugiée dans une maison au bord de l’Atlantique, où elle consacre sa vie à la peinture et à la sculpture. Lorsqu’elle cherche à reconstituer le puzzle de sa jeunesse, son ami Aaron Reinhardt (Barry Primus) la pousse à se livrer sur un magnétophone. Il en résulte une mosaïque de souvenirs où la réalité est soumise aux caprices de l’imagination et de la mythomanie… ».

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    Parmi les grands moments de cette édition, figure  sans aucun doute la master class de Kevin Brownlow animée par Bertrand Tavernier (en présence de Stephen Frears). Réalisateur et producteur, Kevin Brownlow est un amoureux fou et fougueux du cinéma muet. Il est l’auteur de La Parade est passée, un grand livre d’entretiens avec les stars du muet ainsi que de nombreux documentaires consacrés au cinéma. Il est aussi le fondateur de Photoplay, une société à qui l’ont doit la restauration de nombreux films, dont « Les Quatre cavaliers de l’Apocalypse ». Bertrand Tavernier, par son érudition, son enthousiasme, (à tel point qu’il en oubliait parfois de traduire…et surtout de s’arrêter emporté par ce dialogue captivant) a rendu cette rencontre particulièrement passionnante et instructive.

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     Pour accompagner l’hommage fait à Kevin Brownlow,  le festival a projeté une série sur le cinéma muet européen (six épisodes de 52 minutes) dont il est l’auteur (avec David Gill) : « Loin de Hollywood : l’art européen du cinéma muet ». Pour cause de débat se déroulant en partie au même moment, je n’ai pu assister qu’au premier épisode, littéralement fascinée. Cette enquête foisonne d’extraits (dont certains témoignent de plus de modernité, d’inventivité et même d’audace que bien des films d’actuels) des premiers temps du cinéma mais aussi d’interviews de pionniers du cinéma. Parmi ces sublimes moments du muet, « Le Voyage dans la lune »  de Méliès (1902) que le Festival de Lyon projetait également et qui fut aussi projeté en ouverture du dernier Festival de Cannes. Moment magique concentrant toute la beauté, la richesse, la modernité, la puissance du cinéma, porté par la formidable musique du groupe Air.

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    Il y a tant d’autres films projetés à Lyon que j’aurais aimé voir ou revoir  comme « La Femme d’à côté » de François Truffaut projeté le soir de la remise du prix Lumière à Gérard Depardieu, et dont vous pouvez retrouver ma critique ici. Il fallait un talent démesuré, celui de Truffaut, pour raconter avec autant de simplicité cette histoire d’amour fou, de passion dévastatrice, qui nous emporte dans sa fièvre, son vertige étourdissant et bouleversant, comme elle emporte toute notion d'ordre social et la raison de ses protagonistes. Un film qui a la simplicité bouleversante d’une chanson d’amour, de ces chansons qui « plus elles sont bêtes plus, elles disent la vérité ».

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    « C’est une joie et une souffrance », autre célèbre citation de Truffaut que nous retrouvons dans « La femme d’à côté » mais aussi dans « Le dernier métro »…et que j’aurais pu appliquer à la raison de ma venue à Lyon : les débats auxquels j’étais invitée à participer. Rassurez-vous, j’ai changé d’avis, une fois le débat achevé…même si parler de cinéma, partager ma passion, est toujours pour moi une joie, en débattre, notamment avec des journalistes me semblait néanmoins devoir être une souffrance…redoutant une certaine hostilité et une relative condescendance vis-à-vis des blogueurs non journalistes que nous sommes, mais il n'en fut rien.

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    L’objet de l’invitation du festival était ainsi d’interroger les nouvelles formes de cinéphilie et d’internet, désormais aussi indissociables que parfois opposées tant  internet malmène parfois la cinéphilie mais l’enrichit aussi, il est vrai, de temps en temps. Trois évènements étaient organisés autour de cette thématique : une rencontre avec le très cinéphile self made man Col Needham, le fondateur d’IMDB, un débat entre blogueurs, et un débat entre blogueurs « amateurs » (Cinema is not dead, Laterna Magica, L’Ouvreuse, Grand Ecart et moi-même pour inthemoodforcinema.com) et journalistes blogueurs (Edouard Waintrop, anciennement journaliste à Libération, récemment nommé directeur de la Quinzaine des Réalisateurs, Thomas Sotinel, du Monde et Aurélien Ferenczi, critique cinéma à Télérama).

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     Paradoxe que de participer à ce débat pour moi qui ne me considère pas comme une critique mais avant tout comme quelqu’un qui souhaite partager sa passion du cinéma, comme une fenêtre ouverte sur cette « fenêtre ouverte sur le monde » (je ne mets ainsi jamais d’étoiles aux films, et j’y tiens). Si la passion pour le cinéma m’anime depuis l’enfance, et que j’ai commencé les festivals très jeune, il y 18 ans (hé oui…), ce sont mes dix sélections sur concours d’écriture dans des jurys de cinéphiles qui m’ont donnée envie de partager ces pérégrinations festivalières et mes découvertes pour des pépites cinématographiques qui parfois même ne sortaient pas en salles , et donc de créer une première page (wanadoo !) internet très artisanale, il y a 10 ans, puis un premier blog, il y a 8 ans (inthemoodforcinema qui s’appelait alors « Mon Festival du cinéma ») puis « In the mood for Cannes » et « In the mood for Deauville », il y a 4 ans, pour partager ma passion pour ces deux festivals que je fréquente depuis 11 ans pour le premier, depuis 18 ans (depuis ma participation au prix de la jeunesse), pour le second. L’envie aussi sans doute de m’évader d’études très sérieuses où le cinéma n’était pas même considéré « par ailleurs comme une industrie », pour reprendre la citation de Malraux. C’était aussi l’envie de raconter ces moments de vie et de cinéma entremêlés si intenses que sont les festivals de cinéma, et de donner ainsi libre cours à mes passions viscérales pour le cinéma et l’écriture….et désormais pour les festivals.

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    Comme l’a titré Aurélien Ferenczi dans son article consacré au débat en question, « la guerre des blogs n’aura pas lieu ». A ma grande surprise, et alors que cette rencontre avait été annoncée (et beaucoup annoncée, merci au festival pour cette belle mise en avant) comme une confrontation, il s’est en réalité avéré qu’il y avait effectivement une vraie convergence d’opinions et un constat sur l’absence de réponses de la presse aujourd’hui à cette nouvelle forme médiatique (et que la réponse serait de vrais articles de fond, un vrai travail d’enquête). Je suis d’ailleurs la première à être révoltée parfois de ce que je lis sur internet avec cette culture du buzz (aussi horrible que le mot qui la définit) qui semble inspirée de celle des plateaux télévisés (où il faut exagérer sa pensée, la réduisant d’ailleurs bien souvent à une absence de pensée) et qui nuit forcément à la qualité. Le blog n’en reste pas moins un formidable moyen de partager sa passion en interactivité et d’ailleurs je commence à m’y sentir à l’étroit et songe fortement à créer un blog ou site plus « pro » sous wordpress (les avis et conseils sont d’ailleurs les bienvenus) qui regrouperait mes différents blogs.

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    Internet a en tout cas sans aucun doute changé la manière d'appréhender le cinéma, ou du moins de s'exprimer à son sujet, mais je ne sais pas si nous pouvons parler de nouvelles formes de cinéphilie. Cela a  permis à chacun d'exprimer publiquement son avis, d'échanger sur ses goûts cinématographiques, et  à une multiplicité d'avis distincts de trouver un espace d'expression mais non à un courant d'émerger comme ont pu en susciter Positif ou les Cahiers dans les années 50. Je pense ainsi à certains forums sur lesquels les critiques sont particulièrement manichéennes pour ne pas dire qu'elles se résument à "j'aime, je n'aime pas" et sur lesquels malheureusement le cinéma semble bien souvent commencer en 1990. Cela me rappelle la citation de Truffaut :"Tout le monde a deux métiers: le sien et critique de cinéma". Aujourd'hui, chacun peut donc se prétendre critique de cinéma...mais si la cinéphilie consiste à considérer le cinéma comme un art,  et à l'analyser come tel, je pense que, comme tout art, une analyse ou une critique du cinéma doit s'accompagner d'une connaissance de son histoire et le "chacun" dont parlait Truffaut émet plus souvent une critique plus "sentimentale" que basée sur une connaissance, ce qui n'est néanmoins pas toujours forcément une mauvaise chose, surtout que l'influence de la critique en question reste sans doute relative. Il n'y a donc sans doute pas plus de cinéphiles qu'avant, ni réellement de nouvelles formes de cinéphilie, mais chacun peut désormais exprimer publiquement son avis...et s'autoproclamer et se revendiquer cinéphile. Les réseaux sociaux, et particulièrement twitter, ont encore exacerbé ce phénomène, étant donné qu'un avis sur un film se résume à quelques caractères, poussant à la surenchère, souvent d'ailleurs une surenchère dans le cynisme...qui n'a plus vraiment à voir avec la cinéphilie ou la critique cinématographique mais qui a plus souvent pour objectif de mettre en avant son auteur que le film dont il est question, devenu prétexte. Je suis assez souvent abasourdie devant ce que j’y lis, les débats s’y transformant souvent en dialogues de sourds…mais comment peut-on décemment défendre et développer une idée en 140 caractères ? Symptomatique d’une époque où tout doit aller vite, au détriment du fond, du sens, de la réflexion, de la nuance.

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     Internet a néanmoins indubitablement changé la donne et est d’ailleurs désormais intégré dans les logiques de la quasi-totalité des distributeurs (sur le même sujet, je vous recommande le documentaire « Tous critiques » de Jean-Jacques Bernard et Julien Sauvadon). Peut-être à l’avenir faudra-t-il veiller à ne pas recréer le même microcosme que celui des journalistes ou à ne pas totalement s’y intégrer mais à garder sa liberté, celle de dire, par exemple, qu’on émet de très nombreuses réserves sur « Drive », en ne le recommandant pas forcément, contrairement à la quasi-totalité des blogs actuels. Celle de dire qu’on aime passionnément le cinéma français quand il est tant décrié par certains, oubliant sans doute qu’il a donné naissance au cinéma lui-même mais aussi à certains de ses plus grands chefs d’œuvre.

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     En tout cas, moi qui m’attendais à un débat acharné, j’ai été surprise de constater que les objectifs entre journalistes blogueurs et blogueurs qui ne le sont pas dits « amateurs », sont finalement les mêmes (en tout cas entre les journalistes que nous avons rencontrés qui tiennent tous un blog, ceci expliquant sans doute cela) : s’affranchir des contraintes, écrire ce qui n’intéresse pas forcément une rédaction,  trouver ou retrouver un plaisir d’écriture et une liberté, et partager une passion du cinéma. Tout comme il existe des journalistes malhonnêtes ou blasés (arrivant en retard aux projections presse ou repartant avant la fin, et critiquant ou louant systématiquement certains cinéastes parfois pour des raisons autres que cinématographiques, réduisant le travail de plusieurs années à une phrase assassine pour témoigner d’une pseudo supériorité intellectuelle ou d’une pseudo influence ou pour le plaisir vain d’un bon mot), il existe des blogueurs qui ignorent, ou le feignent, que le cinéma est constitué d’une histoire longue de plus d’un siècle, et pas seulement de blockbusters américains des années 1990/2000, et qui écrivent guidés avant tout par l’envie d’être invités ou de donner écho à leurs frustrations créatrices par une parole vindicative, pour prouver, que sais-je, leur autonomie ou une maturité dont c’est sans doute l’antithèse, en tout cas, tout sauf la passion du cinéma, sans parler de ceux qui revendiquent des privilèges ou considérés comme tels appartenant aux journalistes que nous ne sommes pas.

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     J’ignore quel sera l’avenir de la cinéphilie et d’internet, j’espère en tout cas qu’il ne passera pas par twitter. Le mien, quoiqu’il arrive, continuera toujours à passer par l’écriture, sous une forme ou une autre,  par une nécessité viscérale d’écrire et de partager cette passion que des festivals comme Lyon ne font qu’aviver en me donnant envie de remercier, évidemment ce festival, mais plus encore ceux qui lui ont donné son nom, et qui, en 1895, furent à l’origine de la plus belle des inventions, invitation au rêve et à la réflexion qui ne cessera jamais de m’enthousiasmer, un enthousiasme que, plus que tout, j’espère parvenir et continuer à partager ici. Tant pis si le cynisme est à la mode, je revendique l’enthousiasme et la passion (et de citer de multiples fois Truffaut dans un article:-)) qui guident mes blogs, dussent-ils passer pour de la naïveté que je trouverai toujours préférable à l’aigreur …

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     Cette semaine, je vous donne rendez-vous au Festival des Jeunes Réalisateurs de Saint-Jean de Luz et au Festival du Cinéma des Antipodes de Saint-Tropez pour de nouvelles découvertes cinématographiques…et d’ores et déjà au Festival Lumière de Lyon 2012 où j’ai prévu de retourner tant ce premier aperçu m’a enchantée.

     A suivre  également : le blog de Bertrand Tavernier et le site officiel du Festival Lumière de Lyon.

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    A Lyon, on mage cinéma. Littéralement. Et on ne touche pas au grisbi...

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    La webradio du festival qui a reçu grand nombre d'invités du festival...

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    Ci-dessous, la plateforme, la péniche en accès libre où, chaque soir, se retrouvent les invités célèvres et anonymes du festival.

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    La librairie et la boutique de DVDs du festival, particulièrement prolifique en classiques du cinéma (avec notamment un grand nombre de ceux projetés au festival).

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    Chaque jour, des dédicaces au village du festival

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    Classé au patrimoine, le hangar où fut tourné "La sortie de l'usine Lumière" 

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    Le catalogue du festival, une vraie bible sur le cinéma

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    Rue du Premier Film, le quotidien du festival

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    A Lyon, pas de badges prioritaires, un simple ticket permet d'accéder aux projections.

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  • Critique - "Pour elle" de Fred Cavayé, ce soir, sur TF1

    Pour ceux qui auraient manqué "Pour elle" lors de sa sortie en salles, sachez qu'il sera diffusé ce soir, sur TF1, à 20H45. Plutôt que le désolant deuxième film du même Fred Cavayé "A bout portant", je vous recommande donc l'excellent "Pour elle" dont vous pourrez trouver ma critique, ci-dessous.

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    Lisa (Diane Krüger) et Julien (Vincent Lindon) forment un couple heureux et amoureux, avec leur fils Oscar. Un matin, brusquement, leur vie bascule dans l’absurdité et l’horreur lorsque la police débarque chez eux pour arrêter Lisa, accusée de meurtre puis condamnée à vingt ans de prison. Julien, professeur et fils mal aimé de son état, va alors être prêt à tout pour  la faire évader.

     Jusqu’où iriez-vous par amour ? Jusqu’où sera-t-il prêt à aller pour elle ? Loin. Très loin. Au-delà des frontières. De la raison. De la légalité. Du Bien et du Mal. Plutôt que de s’appesantir sur leur vie d’avant, Frec Cavayé (d’après une idée originale du scénariste Guillaume Lemans) choisit de nous montrer deux scènes assez courtes qui suffisent pour camper un couple amoureux comme au premier jour et une Lisa, lumineuse, deux scènes qui suffisent à expliquer le tourbillon infernal dans lequel va ensuite tomber Julien.

    Si on se demande un temps pourquoi Julien ne met pas toute cette énergie à essayer de trouver la véritable coupable (Lisa serait emprisonnée à tort) plutôt qu’à la faire évader, la force du montage et la force de l’interprétation parviennent à nous le faire oublier. Voir Lisa enfermée, se laissée dépérir, s’assombrir est pour Julien insupportable. Sa rage, son sentiment d’injustice et surtout son amour pour Lisa vont transformer le tranquille professeur en criminel, vont conduire à le faire basculer dans un univers a priori très éloigné du sien, dans une violence incontrôlable.

     La caméra au plus près des visages, nous enferme avec Julien dans sa folie (on ne voit d’ailleurs presque rien de sa vie étrangère à son plan d’évasion, il n’est montré qu’une seule fois dans sa salle de classe, cette –ir-réalité n’existe plus pour lui) ou avec Lisa dans sa prison, nous faisant occulter les invraisemblances du scénario et des moyens pour nous concentrer sur la force et la vraisemblance des motivations. Et pour que nous y croyions il fallait un acteur de la dimension de Vincent Lindon.  Vincent Lindon et qui d’autre ? Je ne vois pas. Je ne vois pas tellement le mélange de force et de fragilité, de détermination et de folie qu’il dégage pour ce rôle, qui occupe, consume, magnétise l’écran et notre attention, tellement le personnage qu’il incarne, à qui il donne corps (sa démarche, son dos parfois voûté ou au contraire droit menaçant, ses regards évasifs ou fous mais suffisamment nuancés dans l’un et l’autre cas ) et vie semblent ne pouvoir appartenir à aucun autre. Je ne vois pas qui d’autre aurait pu rendre crédible ce personnage et continuer à nous le rendre sympathique, du moins excusable, malgré tout.

    L’intrigue va à l’essentiel : la détermination furieuse, parfois aveugle, de Julien (à l’image de la surdité de la justice vis-à-vis de Lisa). Le scénario est épuré comme les murs d’une prison. Ce qui ne veut pas dire que le style est dénué d’émotion. Au contraire. Il la suscite sans la forcer. En nous montrant cet homme seul, fragilisé, aux forces décuplées. En nous montrant cet homme lui aussi dans une prison, celle de la caméra, celle de sa folie amoureuse (pléonasme ou antithèse : à vous de voir), celle de son incommunicabilité de sa douleur (avec son père, Olivier Perrier, parfait dans la retenue et la froideur). La relation paternelle est aussi au centre de l’histoire. Ce sont aussi deux pères qui vont très loin par amour. A leur manière.

    La musique, irréprochable ( de Klaus Badelt, qui a notamment travaillé avec Terrence Malick et Micheal Mann) ajoute ce qu’il faut quand il faut pour accroître la tension, déjà palpable.

    Au final, un thriller sentimental que la force de l’interprétation, magistrale, de son acteur principal (« Pour elle » vaut donc le déplacement, ne serait-ce que pour lui à qui le film doit de captiver, capturer notre attention et empathie), la vigueur, le rythme et l’intelligence du montage rendent haletant, nous faisant oublier les invraisemblances du scénario, croire et excuser toutes les folies auxquelles son amour (le, les) conduit.  Un premier long particulièrement prometteur…

     
  • Gérard Depardieu, prix Lumière du Festival de Lyon 2011 - Critique de "La Femme d'à côté" de François Truffaut

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    Photo ci-dessus, copyright: site officiel du Festival Lumière de Lyon 2011

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    Après Clint Eastwood pour sa première édition puis Milos Forman pour la deuxième, c'est à Gérard Depardieu qu'a été décerné cette année le prix Lumière du Festival de Lyon, hier soir, en présence de Fanny Ardant.  A cette occasion, pour clore la rétrospective des plus grands films de Gérard Depardieu, a été projeté "La Femme d'à côté" de François Truffaut, acccessoirement un de mes films préférés dont vous pourrez retrouver ma critique ci-dessous, avant que je vous livre mon compte rendu de ces trois belles journées dans ce festival qui met si bien la cinéphilie à l'honneur.

    Critique de "La Femme d'à côté" de François Truffaut : l'amour à mort

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     François Truffaut, avec Alain Resnais, Claude Sautet,  Woody Allen, Alfred Hitchcock fait partie de ces cinéastes dont j’aime tous les films sans exceptions. J’ai d’abord découvert « Le Dernier Métro », « La Femme d’à côté », « L’Histoire d’Adèle.H »,  « La Mariée était en noir » avant la série des Antoine Doinel, puis « La Peau douce »  et je me souviens encore à quel point « La Femme d’à côté » m’avait marquée la première fois. Je l’ai revu bien souvent depuis et notamment avant-hier, à l’occasion de sa rediffusion sur Arte. Cette critique est la première d’une série que je consacrerai au cinéaste.

    Bernard Coudray (Gérard Depardieu) et Mathilde Bauchard (Fanny Ardant) se sont connus et aimés follement, passionnément, douloureusement, et séparés violemment, sept ans plus tôt. L’ironie tragique du destin va les remettre en présence lorsque le mari de Mathilde, Philippe Bauchard (Henri Garcin), qu’elle a récemment épousé, lui fait la surprise d’acheter une maison dans un hameau isolé, non loin de Grenoble, dans la maison voisine de celle qu’occupent Bernard, son épouse Arlette (Michèle Baumgartner), et leur jeune fils. (Une fenêtre sur cour que l’admirateur et grand connaisseur d’Hitchcock qu’était Truffaut n’a d’ailleurs certainement pas choisie innocemment.) Bernard et Mathilde taisent leur  passé commun à leurs époux respectifs et vont bientôt renouer avec leur ancienne passion.

    A mon sens,  personne d’autre que Truffaut n’a su aussi bien transcrire les ravages de la passion, sa cruauté sublime et sa beauté douloureuse, cette « joie » et cette « souffrance » entremêlées. Si : dans un autre domaine, Balzac peut-être, dont Truffaut s’est d’ailleurs inspiré, notamment pour « Baisers volés » (« Le Lys dans la vallée ») ou « La Peau douce » (Pierre Lachenay y donne ainsi une conférence sur Balzac). L’amour chez Truffaut est en effet presque toujours destructeur et fatal.

    La femme d’à côté est cette étrange étrangère au prénom d’héroïne de Stendhal, magnifiquement incarnée par la classe, l’élégance, le mystère, la voix ensorcelante et inimitable de Fanny Ardant, ici impétueuse et fragile, incandescente, ardente Fanny.

    Truffaut dira ainsi : "J'ai volontairement gardé les conjoints à l'arrière-plan, choisissant d'avantager un personnage de confidente qui lance l'histoire et lui donne sa conclusion : "Ni avec toi, ni sans toi ".  De quoi s'agit-il dans la "La Femme d'à côté" ? D'amour et, bien entendu, d'amour contrarié sans quoi il n'y aurait pas d'histoire. L'obstacle, ici, entre les deux amants, ce n'est pas le poids de la société, ce n'est pas la présence d'autrui, ce n'est pas non plus la disparité des deux tempéraments mais bien au contraire leurs ressemblances. Ils sont encore tous deux dans l'exaltation du "tout ou rien" qui les a déjà séparés huit ans plus tôt. Lorsque le hasard du voisinage les remet en présence, dans un premier temps Mathilde se montre raisonnable, tandis que Bernard ne parvient pas à l'être. Puis la situation, comme le cylindre de verre d'un sablier, se renverse et c'est le drame."

    Le rapport entre les deux  va en effet se renverser à deux reprises. Bernard va peu à peu se laisser emporter par la passion, à en perdre ses repères sociaux, professionnels et familiaux, à en perdre même la raison, toute notion de convenance sociale alors bien dérisoire. Le tourbillon vertigineux de la passion, leurs caractères exaltés, leurs sentiments dans lesquels amour et haine s’entremêlent, se confondent et s’entrechoquent vont rendre le dénouement fatal inévitable.  Chaque geste, chaque regard, chaque parole qu’ils échangent sont ainsi empreints de douceur et de douleur, de joie et de souffrance, de sensualité et de violence.

    Truffaut y démontre une nouvelle fois une grande maîtrise scénaristique et de mise en scène. Après « Le Dernier Métro » , la fresque sur l’Occupation avec ses nombreux personnages, il a choisi ce film plus intimiste au centre duquel se situe un couple, sans pour autant négliger les personnages secondaires, au premier rang desquels Madame Jouve (Véronique Silver), la narratrice, sorte de double de Mathilde, dont le corps comme celui de Mathilde porte les stigmates d’une passion destructrice. Elle donne un ton apparemment neutre au récit, en retrait, narrant comme un fait divers cette histoire qui se déroule dans une ville comme il y en a tant, entre deux personnes aux existences en apparence banales, loin de la grandiloquence d’Adèle.H, mais qui n’ en a alors que plus d’impact, de même que ces plans séquences dans lesquels le tragique se révèle d’autant plus dans leur caractère apparemment anodin et aérien. A l’image des deux personnages, la sagesse de la mise en scène dissimule la folie fiévreuse de la passion, et ce qui aurait pu être un vaudeville se révèle une chronique sensible d’une passion fatale. D’ailleurs, ici les portes ne claquent pas: elles résonnent dans la nuit comme un appel à l’aide, à l’amour et à la mort.

     Deux personnages inoubliables, troublants et attachants, interprétés par deux acteurs magnifiques. Truffaut aurait songé à eux pour incarner cette histoire, en les voyant côte-à-côte lors du dîner après les César lors desquels  « Le Dernier Métro » avait été largement récompensé.

    Il fallait un talent démesuré pour raconter avec autant de simplicité cette histoire d’amour fou, de passion dévastatrice, qui nous emporte dans sa fièvre, son vertige étourdissant et bouleversant, comme elle emporte toute notion d'ordre social et la raison de ses protagonistes. Un film qui a la simplicité bouleversante d’une chanson d’amour, de ces chansons qui « plus elles sont bêtes plus, elles disent la vérité ».

    Ce film sorti le 30 septembre 1981 est l’avant-dernier de Truffaut, juste avant « Vivement Dimanche » dans lequel Fanny Ardant aura également le rôle féminin principal.

    Un chef d’œuvre d’un maître du septième art : à voir et à revoir.

     Pour retrouver d’autres critiques de classiques du septième art sur « In the mood for cinema », rendez-vous dans la rubrique « Gros plan sur des classiques du septième art ».

     

  • Palmarès du Festival du Film Britannique de Dinard 2011 : "Tyrannosaur" doublement primé

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    Même si, exceptionnellement, je n'étais pas au Festival du Film Britannique de Dinard, Festival Lumière de Lyon oblige (douce obligation, néanmoins, je vous raconte cela demain), je vous en livre cependant le palmarès.

    « Tyrannosaur »,  premier film réalisé par l'acteur anglais Paddy Considine (« Submarine », « La Mémoire dans la peau »…),  vient de remporter le"Hitchcock d'Or" du 22ème Festival du Film britannique de Dinard mais aussi le prix du scénario délivrés par le jury présidé par Nathalie Baye avec Petula Clark, Emmanuelle Devos, Jacqueline Bisset, Sami, Jaime Winstone, Hayley Atwell et Stephen Clarke côté britannique.

    Ce film avait déjà reçu le prix du meilleur réalisateur et ceux de la meilleure interprétation pour ses deux acteurs principaux, à Sundance.

    C’est "L'Irlandais"  de J.M. McDonagh qui a obtenu le Prix du public et le prix de la Photo. "L'Irlandais" doit sortir sur les écrans français le 21 décembre.

    PALMARES COMPLET:

    Le Hitchcock d’or est décerné à Tyrannosaur de Paddy Considine

    Le Prix Kodak de la meilleure photographie est attribué à L’Irlandais de J. M. McDonagh

    Le Prix Allianz du meilleur scénario est attribué à Tyrannosaur de Paddy Considine

    Le Prix Première du public est attribué à L’Irlandais de J. M. McDonagh

    Le Prix du court-métrage NFTS/Fémis est attribué à White Elephant de Kristof Bilsen

    Le Prix Coup de Coeur de la « Règle du Jeu » est attribué à L’Irlandais de J. M. McDonagh

    Mention spéciale pour Week End de Andrew Haigh

    Un Hitchcock d’honneur a également été décerné à John Hurt.

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