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  • "Je l'aimais" de Zabou Breitman, disponible en DVD

    aimais2.jpgLa sortie en DVD de "Je l'aimais" de Zabou Breitman (le 21 octobre dernier) est pour moi l'occasion de vous reparler de ce film, un de mes coups de coeur de cette année 2009 que j'espère  vous convaincre de voir par la critique suivante:

    Cliquez ici pour lire ma critique de "Je l'aimais" de Zabou Breitman (et pour voir mes vidéos exclusives de sa présentation en avant-première au Forum International de Cinéma et Littérature de Monaco 2009 à l'occasion duquel Daniel Auteuil a également reçu un prix d'interprétation.)

  • Avant-première- "Away we go" de Sam Mendes: critique du film

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    Quel film peut-on bien réaliser après le chef d'œuvre "Les Noces Rebelles" (si vous ne l'avez pas encore vu, précipitez-vous sur le DVD,  et rendez-vous à la fin de cet article pour lire ma critique en espérant vous convaincre de voir ce qui est sans doute un des trois meilleurs films de cette année et qui frôle la perfection) ? Plutôt que de réaliser un film semblable qui aurait forcément souffert de la comparaison,  Sam Mendès a eu la bonne idée de réaliser un film qui est quasiment le contrepied du précèdent...

     Certes, Verona (Maya Rudolph) et Burt (John Krasinski), cherchent ici aussi un ailleurs, pas pour échapper à leur vie de couple étouffante, mais pour trouver l'endroit parfait pour fonder une famille. Ils viennent en effet d'apprendre qu'ils vont devenir parents et la seule raison pour laquelle ils vivaient dans la ville de province dans laquelle ils habitaient était la présence des parents de Burt qui ont brusquement décidé de déménager. Ils vont donc partir rendre visite à leurs familles et amis  pour trouver le bon endroit. Le bon modèle.

    Aux antipodes du glamour hollywoodien, Sam Mendes a choisi deux acteurs non auréolés de tout le mythe qui entourait ceux de son précèdent film (Kate Winslet et Leonardo Di Caprio), un couple ordinaire  auquel chacun est censé pouvoir s'identifier. Une autre histoire de couple. Un couple d'amoureux qui se suffisent l'un à l'autre et pour qui trouver le bon endroit est le moyen de se retrouver et non d'échapper à son alter ego. D'ailleurs, la protagoniste féminine du couple s'appelle Verona. La ville des amoureux immortalisée par Shakespeare. Tout un symbole... même si ici pas de Capulet et Montaigu pour mettre à mal leur amour. Simplement des questionnements, un cheminement vers l'âge adulte. A travers les rencontres qu'ils vont effectuer, les lieux qu'ils vont visiter, ils vont grandir, prendre la mesure de la responsabilité qui va bientôt leur incomber.

    Leur parcours est divisé en saynètes sur un schéma assez semblable. Ces saynètes sont séparées par des panneaux indiquant le nom de l'endroit où ils arrivent et la vérité (du couple qui les accueille et de leur attitude avec leurs enfants) apparaît le plus souvent lors de scènes de repas, là aussi propices à créer l'identification, aussi excentriques soient les réalités auxquelles ils sont alors confrontés : du couple qui se moque de ses propres enfants au couple hippie aux principes éducatifs improbables où l'enfant trône comme un roi en bout de table mais est finalement nié. Ils vont alors être confrontés à tous les modèles pour trouver le leur : de la mère qui s'en va à celle qui adopte parce qu'elle ne peut pas avoir d'enfants.

    Mais ne vous y trompez pas, il s'agit aussi et avant tout d'une comédie. Parfois décalée, et surtout rafraîchissante comme peut l'être un premier film qui ne démériterait pas dans la compétition des films indépendants du Festival du Cinéma Américain de Deauville. Les deux acteurs principaux, à la fois ordinaires et originaux et surtout talentueux, y sont aussi pour beaucoup. Ce long-métrage qui est le cinquième de Sam Mendes  a pourtant la fraîcheur d'un premier film !

    Derrière ce road movie rafraîchissant, plus grave qu'il n'y paraît, Sam Mendes débusque à nouveau les faux-semblants et met de nouveau en scène ses thèmes de prédilection : l'hypocrisie sociale du couple et ce qu'il dissimule derrière une apparence de respectabilité (et cela commence avec les parents de Burt, dans une scène irrésistible dans laquelle ils témoignent de leur redoutable égoïsme), la sensation d'étouffement (à l'intérieur du couple ou d'un lieu, ici) et l'envie d'y échapper.

    A l'image du film, ses personnages principaux sont attachants par leur simplicité, fauchés mais amoureux et heureux. Ce road movie va être leur parcours initiatique.

    Sam Mendes filme  au plus près des visages pour aller au-delà des apparences.  La musique d'Alexi Murdoch baigne l'ensemble dans une mélodie envoûtante et le scénario original de Dave Eggers et Vendela Vida, s'il ne nous époustoufle pas, nous charme incontestablement, par sa tendresse et son humour.

    Ailleurs nous irons, signifie le titre. Ailleurs Sam Mendes nous a emmenés. Tout en nous rappelant que le bonheur c'est souvent non pas d'échapper à son destin mais de s'y confronter. Et que, le  plus souvent, il ne se situe pas ailleurs, mais bel et bien là, juste à côté de nous.

     Je ne vous surprendrai pas en vous disant que j'ai, et de loin, préféré la complexité, la noirceur, la subtilité, la beauté cruelle des « Noces Rebelles » mais je vous recommande également ce « Away we go » qui, en vous emmenant ailleurs avec un mélange d'apparente et séduisante légèreté et de touchante gravité, vous parlera sans doute aussi, d'ici et de vous. Alors... sur mes recommandations, avec Sam Mendès, ailleurs vous irez !

    Sortie en salles: le 4 novembre 2009

    "Les Noces Rebelles" de Sam Mendes: critique du film

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    Lorsqu’ils se rencontrent, April (Kate Winslet) et Frank Wheeler (Leonardo Di Caprio) en sont persuadés : ils sont différents, exceptionnels même. Certes ils ont emménagé sur Revolutionary road,  dans une banlieue tranquille comme il y en a tant d’autres, où les conventions sociales et la vie routinière règnent mais ils en sont certains : ils ne se laisseront pas piéger. Oui, ils sont différents et le prouveront.

    Actrice sans talent, April consacre  pourtant bientôt tout son temps à sa maison et ses enfants, en rêvant d’une vie trépidante loin de Revolutionary road.  Frank, quant à lui, fait un travail sans intérêt dans un bureau dans la même entreprise que celle où son père travaillait, et finit par tromper sa femme avec une secrétaire terriblement insignifiante et stupide.

    Un jour, celui-là même ou Frank commence à la tromper, en fouillant dans sa boîte à souvenirs, April trouve une photo de Frank à Paris et se souvient de leurs aspirations.  Elle reprend brusquement goût à la vie, surtout espoir en la vie et en l’avenir. C’est décidé : leur avenir est à Paris, elle convainc Franck de partir y vivre quelques mois plus tard. Ils l’annoncent alors à leurs proches avec l’insolence du bonheur.

    L’intrigue se déroule dans le Connecticut, dans les années 50 mais ce n’est finalement qu’un détail… tant ce film a une portée intemporelle et universelle.

    Si ces « Noces rebelles » font l’effet d’un coup de poignard dont il faudra un temps certain pour se remettre, c’est autant pour son dénouement terriblement fort et magnifiquement cruel que pour les questionnements que ce film suscite et auxquels chacun a forcément été confronté, un jour ou l’autre. Le schisme potentiel entre ce que l’on est, ce que l’on voudrait devenir ou ce que l’on a rêvé de devenir. Les idéaux de jeunesse face à la réalité de la vie familiale. Le courage d’échapper à une vie médiocre, confortable et conformiste ou la  facilité, la lâcheté même, de s’y conformer. La facilité de suivre une existence tracée ou le courage de se rebeller contre celle-ci.

    Revolutionary Road, le nom de leur rue : voilà bien tout ce que leur vie a finalement de révolutionnaire tant ils vont se faire enfermer par cette vie si éloignée pourtant de celle à laquelle ils aspiraient, tant ils vont devenir semblables aux autres, malgré tout, tant ils vont être happés par ce « vide désespérant » de l’existence qu’ils méprisent par-dessus tout.

     Avec son costume et son chapeau grisâtres, chaque matin, sur le quai de la gare Frank est anonyme et perdu dans une foule indifférenciée d’hommes vêtus de la même manière, sinistrement semblables. Son bureau est carré, gris, terne comme la cellule d’une prison. Et chaque matin April le regarde partir derrière une vitre aux lignes carcérales. Cette prison d’uniformité, de médiocrité va bientôt se refermer sur eux … jusqu’au point de non retour.

    La rencontre n’occupe qu’une très petite partie du film : le pré-générique au cours duquel April jette son dévolu sur Frank, parce qu’il porte en lui toutes les espérances d’une vie exceptionnelle, parce qu’il a l’arrogance et la beauté prometteuses, prometteuses d’un futur différent de celui des autres, d’une vie où on « ressent » les choses et où on ne les subit pas. Puis, on les retrouve mariés, se disputant suite à une représentation théâtrale dans laquelle jouait April et où son manque de talent a éclaté. Générique. Le temps du bonheur est terminé. Le reste n’en sera que le vain  espoir.

    La suite est à la fois d’une déchirante cruauté mais aussi d’une déchirante beauté : la beauté du regard aiguisé d’un cinéaste au service de ses acteurs, au service du scénario, au service de cet enfermement progressif. La justesse des dialogues, ciselés et incisifs, auxquels notre attention est suspendue. La beauté de certains plans, de certaines scènes, brefs moments de bonheur qui portent déjà en eux son impossibilité et qui les rend d’autant plus éblouissants : April lumineuse, irréelle et déjà évanescente, dans l’embrasure d’une porte  ou une danse sensuelle exprimant autant la vie que la douleur de son renoncement… Et cette scène qui succède à une dispute où tout semble devenu irrévocable et irrémédiable. Cette scène (que je ne vous décrirai pas pour vous la laisser découvrir) à la fois d’une atroce banalité et d’une rare intensité où le contraste avec la précédente et où les enjeux sont tels que notre souffle est suspendu comme lors du plus palpitant des thrillers. Quel(s) talent(s) faut-il avoir pour faire passer dans une scène en apparence aussi insignifiante autant de complexité, de possibles, d’espoir, d’horreur ? Cette scène est magistrale.

    Alors, non…la route ne les mènera nulle part. Si : en enfer peut-être.  Au grand soulagement des voisins qui raillaient hypocritement leur départ, qui redoutaient en réalité qu’ils échappent à cette vie qu’ils se sont condamnés à accepter et à suivre sans rechigner.  Le piège va se refermer sur eux. La rébellion sera étouffée. La médiocrité remportera la bataille contre la vie rêvée et idéalisée.

    La musique de Thomas Newman est parfois douloureusement douce et ne fait qu’exacerber ce sentiment de regret, de bonheur à jamais insaisissable, de même que la photographie qui, tantôt (plus rarement) d’une lumière éclatante, tantôt d’une obscurité presque inquiétante épouse les espoirs et les déchirements, les désillusions du couple.

    Onze ans après « Titanic » le couple Di Caprio / Winslet se reforme (de nouveau accompagnés de Kathy Bates) donc pour ce film qui en est l’antithèse, une adaptation du roman « Revolutionnary Road » (La Fenêtre panoramique) de Richard Yates publié en 1961. Ce choix de casting est judicieux  et très malin, non seulement parce qu’ils auraient pu choisir un blockbuster beaucoup plus « facile » et qu’avec ce sujet ce n’était pas gagné d’avance (au contraire des protagonistes du film, ils ont donc  fait preuve d’audace) mais aussi parce qu’ils représentaient alors le couple romantique par excellence, les voir ainsi se déchirer n’en est d’ailleurs que plus fort. Kate Winslet, par son jeu trouble et troublant, n’a ainsi pas son pareil pour faire passer la complexité et la douleur de ses tourments, l’ambivalence de cette femme que le conformisme étouffe progressivement et pour que chacune de ses expressions contienne une infinitude de possibles, contribuant à ce suspense et cette sensation de suffocation intolérable.  On étouffe, subit, souffre avec elle. C’est à la fois jubilatoire et insoutenable. Avec son air d’éternel adolescent maladroit, ne sachant prendre sa vie en mains, Leonardo Di Caprio, quant à lui, trouve là un de ses meilleurs rôles et prouve une nouvelle fois l’étendue de son jeu.

     Le film leur doit beaucoup tant ils rendent ce couple à la fois unique et universel et extrêmement crédible. Dommage que les seules nominations pour les Oscars ( même si Kate Winslet a obtenu le Golden Globe pour ce rôle ) soient pour Michael Shannon comme meilleur acteur dans un second rôle (qui le mérite néanmoins, qui interprète un fou de la bouche duquel sortira pourtant la vérité , rassurant finalement les voisins hypocrites qui préfèrent ne pas entendre-au sens propre comme au sens figuré, cf le mari de Kathy Bates au dénouement- qui refusent de l’admettre puisque n’étant pas sain d’esprit il aurait donc tort et eux auraient raison d’avoir choisi, plutôt suivi cette vie. C’est aussi le seul à être d’accord et à comprendre réellement les Wheeler), pour le meilleur costume et pour le meilleur décor (Kristi Zea, la chef décoratrice dit s’être inspirée des œuvres du peintre Edward Hopper donc ce film porte la beauté laconique et mélancolique).

     Un film intemporel et universel, d’une force et d’une cruauté aussi redoutables qu’admirables, servi par deux comédiens exceptionnels et une réalisation virtuose. Un film palpitant qui est aussi une réflexion sur le mensonge, l’espoir, les idéaux de jeunesse, la cruauté de la réalité, la médiocrité, l’hypocrisie et le conformisme de la société. Les vingt dernières minutes sont d’une intensité rare et font atteindre des sommets de perspicacité, de complexité à ce film dont on ressort touchés en plein cœur avec cette envie aussi de le faire battre encore plus vite et plus fort. Le pouvoir des grands films dont « Les Noces rebelles » fait indéniablement partie. Je vous invite vivement à faire un tour sur cette « revolutionary road », autre "sentier de la perdition". Vous n’en reviendrez pas indemnes… et je vous le garantis : cette rue-là vous bousculera, vous portera et vous hantera bien après l’avoir quittée. 

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  • Concours: 5 places pour 2 pour "L'Enfer" d"Henri-Georges Clouzot à gagner!

    enfer3.jpgJ'ai le plaisir de pouvoir vous faire gagner 5 places pour 2 pour "L'Enfer" d"Henri-Georges Clouzot qui sort en salles le 11 novembre prochain, un film que je vous recommande et dont vous pouvez lire ma critique en cliquant là:

    MA CRITIQUE DE "L'ENFER" D'HENRI-GEORGES CLOUZOT.

    Pour gagner vos places, soyez les premiers à me donner les bonnes réponses aux 5 questions suivantes. Envoyez vos réponses à inthemoodforcinema@gmail.com avec, comme intitulé de votre email "Concours L'Enfer de Clouzot". N'oubliez pas de joindre vos coordonnées postales sans lesquelles vos réponses seront considérées comme caduques... Remarque: toutes les réponses ont un rapport plus ou moins direct avec "L'Enfer" de Clouzot et ses protagonistes...

    1. De l'affiche de quel film est extraite cette image?

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    2. De quel (célèbre et magnifique) film provient cet extrait de dialogue?
    - " Ce type, là, il est sympa hein ?!
    - Quel type ?! je ne connais pas de type...
    - Jsais plus son nom là, comment tu l'appelles, Daniel, Dany ?
    - David
    - David, c'est ça !! héhé... très sympa !... mais c'est peut être un peu trop, remarque, hein ! le côté vaguement... tu vois cque jveux dire ?
    - Non
    - Si, tu sais, le côté euh...
    - Le côté quoi ?!
    - Le côté euh... on sent le type à l'aise quoi !
    - Mais c'est comme toi ! Ca s'appelle le charme
    3. De quel autre classique du cinéma est extraite l'image ci-dessous?
    concoursclouzot2.jpg
    4. Comment Romy Schneider s'appelle-t-elle dans "L'Enfer" de Clouzot?
    5. Si je vous parle de nitroglycérine, à quel film (encore un classique!) pensez-vous?
    Bonne chance!:-)
    Lien permanent Imprimer Catégories : CONCOURS/JEUX Pin it! 7 commentaires
  • "L'Enfer" d'Henri-Georges Clouzot : critique du film

     

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    Le Corbeau. La Vérité. Quai des Orfèvres. Les Diaboliques. Le Salaire de la Peur. Cinq films de Clouzot qui font partie de mon panthéon cinématographique et qui ont bercé mon enfance. Cinq films qui montrent à quel point Clouzot était un brillant directeur d'acteurs : Vera Clouzot, Simone Signoret,  Charles Vanel, Yves Montand, Louis Jouvet... et Brigitte Bardot à qui il offrit son plus beau rôle dramatique dans le splendide « La Vérité ». A quel point il était un grand metteur en scène (malgré l'étiquette de « qualité française » qu'on a voulu lui accoler). A quel point ses films témoignent d'audace et de modernité, de suspense auquel Hitchcock même n'aurait rien eu à envier, d'intensité dramatique rare, de cynisme réjouissant... mais ce n'est rien à côté du film qui ne vit jamais le jour et qui, sans nul doute, aurait été un chef d'œuvre. Un film unique et singulier intitulé « L'Enfer » sur la piste duquel Serge Bromberg s'est retrouvé suite aux aléas parfois bienheureux du destin : une panne d'ascenseur qui le conduisit à rester bloqué avec Inès Clouzot, la dernière femme du cinéaste...

     Avec Ruxandra Medrea, il retrace l'histoire de ce film mêlant témoignages de protagonistes de l'époque mais aussi images du film ou des essais. Et si le documentaire s'intitule « L'Enfer de Clouzot » (et non documentaire de Serge Bromberg sur L'Enfer) c'est parce qu'il est avant tout un hommage au film qu'il tente de reconstruire (même si cette reconstruction d'un film qui s'est en quelque sorte lui-même sabordé était vouée à l'échec) avant même d'être un documentaire sur celui-ci et son tournage. Serge Bromberg a choisi de se mettre en retrait pour mettre en valeur l'œuvre de Clouzot, sans pour autant édulcorer le caractère entier (c'est un euphémisme...) du cinéaste que le perfectionnisme (mais avec quel brillant résultat dans ses précédents films !) poussait à exiger le meilleur de ses acteurs, et à les épuiser.

    Ces images époustouflantes, de beauté, d'inventivité, d'audace, ont été bloquées pendant des années pour raisons juridiques essentiellement puis ont été considérées comme perdues. Elles datent de 1964...et pourtant en 2009 on se demande quel film a su concilier avec autant de perfectionnisme et d'imagination  le fond et la forme : « l'Enfer » est ainsi l'histoire d'un homme, Marcel Prieur (Serge Reggiani), patron d'un modeste hôtel de province, saisi par le démon de la jalousie. Chaque plan, chaque son (un travail considérable qui exploite toutes les pistes sonores de la folie) témoigne de cette folie dévastatrice et aveugle avec des images d'une force hypnotique rarement (jamais ?) atteinte...

    Son travail, à la confluence des arts, frôle l'expérimental et l'abstraction (lèvres bleutées : on songe à Warhol, distorsion des images qui rappelle les surréalistes...), certains photogrammes pourraient être exposés dans une galerie d'art moderne sans en rougir. Les tentatives sur les couleurs, les impressions : tout semble inédit, tout est fascinant. Si ce film est, pour les yeux, une réjouissance parfois éprouvante  ( le spectateur se retrouvant à éprouver cette impression de folie, de déconstruction du réel, étant destiné à vivre une expérience autant qu'à assister à un film) autant qu'envoûtante, c'est aussi un crève-cœur de voir qu'une telle œuvre n'a jamais véritablement vu le jour par une suite de déconvenues que je vous laisse découvrir, ce tournage pour lequel la Miramax éblouie par les premières images lui avait donné budget illimité (150 techniciens, trois chefs opérateurs...), s'étant lui aussi véritablement transformé en « Enfer ». Costa-Gavras, Catherine Allégret, Bernard Stora et quelques autres apportent leur témoignage sur le déroulement des évènements.

    Bérénice Béjo et Jacques Gamblin interprètent quant à eux quelques scènes qui n'ont jamais été tournées  dans le dépouillement le plus total qui ne pardonne pas la moindre fausse note : on retient notre souffle et si les deux acteurs sont irréprochables on ne peut s'empêcher de songer au supplément d'âme  que leur auraient apporté Romy Schneider et Serge Reggiani. Progressivement on imagine ainsi ce qu'aurait été ce film aussi improbable que magistral. Mais était-ce bien nécessaire de couper ainsi le rythme tant les images de Clouzot suffisent à nous laisser imaginer ce que son film aurait été... ?

    Et puis il y a Romy Schneider... Romy qui hante, capture, captive, éblouit, séduit l'écran alors qu'elle n'avait que 26 ans, Romy dont le jeu, les attitudes et le regard témoignaient d'une fascinante modernité, et pourtant à l'époque, elle n'avait pas encore tourné « La Piscine » et n'était encore que l'ingénue « Sissi » dans l'esprit des spectateurs. Face à elle, Serge Reggiani épouse le visage de la folie maladive avec une rage bouleversante. Le tout dans ce cadre à la fois familier inquiétant du Cantal et du Viaduc de Garabit.

    Ce film, d'une étrange beauté, sans nul doute, aurait à jamais permis à Henri-Georges Clouzot de décoller l'étiquette de « qualité française »à laquelle on l'a injustement associé. Cela aurait été bien dommage que ce qui subsiste de ce film reste dans les limbes de l'enfer et d'en être privés. Le titre du film est ainsi sous-titré: "la légende d'un film inachevé", cela pourrait aussi être "un film légendaire inachevé...  Chabrol s'en est ainsi certes inspiré pour son film  « L'Enfer » en 1994, indéniablement un très grand film qui n'est cependant pas cette expérience visuelle et sonore sensuelle, novatrice et éblouissante qu'aurait été le film de Clouzot, un chef d'œuvre qui revient de loin et que je vous engage à découvrir... et comme dirait Henri-Georges Clouzot :

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     Sortie en salles : le 11 novembre 2009

    A suivre sur inthemoodforcinema.com: un concours vous permettant de remporter 5 places pour 2 pour voir "L'Enfer" d'Henri-Georges Clouzot!