Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

De retour de la cérémonie (mouvementée) des César: compte-rendu et palmarès

La fête du cinéma a-t-on coutume de dire à propos de la cérémonie des César, la grande fête de la non moins grande famille du cinéma disent également les plus cyniques et les plus idéalistes, sur un ton différent, ironique ou bienveillant selon ceux dont il s’agit. Particulièrement encline à célébrer Monsieur 7ème art pour qui j’éprouve une admiration sans bornes, voire une passion dévorante, c’est donc enthousiaste que je me suis rendue au théâtre du Châtelet où se déroulait cette 31ème cérémonie, hier soir. Que cette famille a bien d’étranges coutumes : les arrivées s’y déroulent sous les huées et encadrées de CRS, au son de slogans quelque peu revendicatifs, même vindicatifs. Il en fallait plus pour faire faiblir mon enthousiasme, et après avoir montré patte blanche, ou plutôt sésame rouge, trois fois, je me retrouvai enfin dans le hall du théâtre. Au regard de la cohue innommable qui régnait dans le hall, je me suis dit que, décidément , Monsieur septième art a beaucoup d’admirateurs et de serviteurs. J’en reconnaissais quelques uns d’ailleurs célébrés hier soir qui piétinaient d’impatience. Une étrange fébrilité régnait : robes de soirées et smokings faisant la queue comme aux heures de pointe du métro. Petit air de déjà vu cannois.

 

Après quelques minutes d’errance dans les couloirs du magnifique théâtre du Châtelet, je me retrouvai enfin à ma place, prête à déguster le palmarès, à savourer l’humour de Valérie Lemercier, bref à goûter les délices de la fête. Mon regard tout ébloui qu’il est toujours par le fascinant Monsieur septième art, n’en est pas pour autant naïvement aveuglé et après avoir parcouru de haut en bas la statuette géante posée sur la scène, il n’en remarqua pas moins l’agitation, semblait-il inhabituelle, qui régnait aux pieds de ladite statuette, la scène étant envahie par quelques personnes répondant aux doux noms d’intermittents visiblement pas vraiment enclines à faire la fête, elles. Le producteur de la soirée essayait bien de les raisonner mais sans vraiment l’écouter, leurs réponses se confondaient en un galimatias ininterrompu. Une femme dans la salle, particulièrement excédée, commença à prendre fait et cause pour eux, et le décor tamisé qui aurait plutôt dû inciter à une belle sérénité, commençait de plus en plus à ressembler à un ring improvisé. Les premiers rangs où se trouvaient les césarisés d’honneur, le Ministre de la culture, et les principaux nommés, restaient étrangement stoïques et imperturbables.

 

Tandis que les minutes s’écoulaient, forcément tout aussi impassiblement, et que l’heure prévue du début de la cérémonie était déjà dépassée, le producteur visiblement lui aussi dépassé, par les évènements, commençait à évoquer la possibilité d’annuler la soirée si une solution n’était pas rapidement trouvée, rappelant par ailleurs aux intermittents que la projection d'un film de deux minutes produits par eux était prévu, fait exceptionnel sur Canal plus, qui ne « diffusait habituellement que ses propres productions ». Applaudissements. Murmures de protestation à l’évocation d’une annulation. Finalement les intermittents se sont décidés à quitter la scène. L’altercation, cette fois, plus seulement verbale s’est transportée dans la salle, à cinquante centimètres des premiers rangs, toujours aussi imperturbables. La production s’est finalement résolue à les faire évacuer de manière assez musclée pour le bon déroulement de la soirée, de la fête rappelons-le. De la fête qui célèbre le cinéma. De la fête qui célèbre ceux qui manifestent aussi. Mais ne nuisent-ils pas plus à leurs discours qu’ils ne le servent en agissant ainsi, tout comme ils l’avaient fait à Avignon, sabotant leur propre outil de travail, surtout que, concernant les César, un temps de parole leur avait été initialement réservé ? Parce que les César ne sont pas qu’une fête, c’est aussi le moyen d’apporter un autre regard, encore une fois de donner un coup de projecteur sur des films qui n’en avaient peut-être pas eu auparavant et sur ceux qui les font.

 

 21H20.Obscurité. Décompte des 5 dernières secondes. Action. Les noms des disparus. Puis, Carole Bouquet, magnifiquement vivante et Hamlet. Shakespeare, comme si de rien n’était. Shakespeare, comme si la quiétude avait toujours régné. La magie du cinéma. La salle retient son souffle. La fébrilité, craintive et admirative à la fois. Devant moi, l’œil narquois, quelqu’un susurre « il va sûrement y avoir de l’animation ». Je crains pour lui qu’il n’ait été déçu. Heureusement d’ailleurs. La fête qui a pourtant eu un goût amer, s’est déroulée à peu près normalement alors qu’elle aurait pu ne pas se dérouler du tout. Le film des intermittents n’est finalement pas passé. A trop vouloir en dire et surtout à trop maladroitement vouloir le dire, leur message n’est malheureusement pas passé, si ce n’est par quelques interpellations depuis la salle, rapidement interceptées.

 

 Valérie Lemercier a donc enchaîné avec cet humour cinglant, absurde et jubilatoire dont elle ne s’est pas départie de la soirée, succédant impérialement à Gad Elmaleh, déridant la salle après ces prémisses pour le moins tendues, la crainte d’une interruption ayant plané toute la soirée et lui ayant donné cette teinte un peu morose.

 

Puis les meilleurs serviteurs de Monsieur Septième art, du moins ceux ayant reçu le plus grand nombre de suffrages de l’Académie, se sont vu remettre la célèbre statuette. Un palmarès plutôt consensuel, contrairement à l’an passé où l’Esquive d’Abdellatif Kechiche et Quand la mer monte de Yolande Moreau et Gilles Porte avaient créé la surprise. De battre mon cœur s’est arrêté de Jacques Audiard  a ainsi remporté 8 César ( film qui est, rappelons-le, un remake de Fingers de James Toback, un film de 1978), un film dont je vous avais parlé lors de sa sortie qui, certes, méritait d’être primé, mais peut-être pas autant, les magnifiques Entre ses mains d’Anne Fontaine et La petite Jérusalem de Karin Albou ayant été en conséquence complètement oubliés du palmarès. Michel Bouquet et Nathalie Baye, tous deux magistraux respectivement dans Le promeneur du champ de Mars de Robert Guédiguian et dans le Petit Lieutenant de Xavier Beauvois, ont heureusement permis à leurs films respectifs, également remarquables, de figurer au palmarès grâce à leurs César de meilleur acteur et de meilleure actrice, 23 ans après celui reçu pour La Balance pour Nathalie Baye.

 

Cette année Les César ont également eu la bonne idée de primer doublement les scénaristes ajoutant un prix de la meilleure adaptation, dévolu à... De battre mon cœur s’est arrêté de Jacques Audiard.

 

 Pierre Richard et Hugh Grant, tous deux césarisés d’honneur ont heureusement apporté un parfum de prestige à une cérémonie qui en manquait cruellement, Hugh Grant n’oubliant pas de faire un clin d’œil à Dinard, en habitué de la ville en question et du festival du film britannique.

 

Enfin, l’onirique After Shave de Hany Tamba, déjà, à juste titre, primé dans de multiples festivals a reçu le César du meilleur court métrage. Quand, comme les a nommés Valérie Lemercier « les gagnants de l’euro million 2006 » à savoir Clavier, Jugnot, Lhermitte, Chazel, Blanc, Balasko avec « le numéro complémentaire » Lavanant, remportent le jackpot  avec un film dont la plupart des spectateurs ressortent (et moi la première) déçus avec le sentiment d’une imposture, il est important que des cérémonies comme celles-ci mettent en lumière des films qui ne bénéficient pas d’une telle couverture médiatique et d’un tel a priori positif (moi la première également), ou même  d'une affection presque irrationnelle contre lesquels même un bouche à oreille plutôt négatif ne peuvent rien. Une fête utile finalement, ou qui devrait l’être.

 

A peine avais-je redescendu les marches du Châtelet que le parfum de prestige s’était évanoui. Les espoirs de mon voisin de devant précité aussi. Mais le désir de voir et "d'écrire du cinéma" étaient plus prégnants que jamais. Cette magie qui évince, sublime, magnifie et a tant d’autres pouvoirs encore. Oui, j’ose toujours y croire… Viva il cinéma.

 

Vous pouvez retrouver les critiques de (presque) tous les films en compétition sur ce blog (les liens vers les articles figurent dans l'article ci-dessous intitulé "Mon festival du cinéma invité à la cérémonie des César 2006". )

Vous pouvez également laisser vos commentaires sur la cérémonie et palmarès ci-dessous.

 

Sandra.M

 

PALMARES DES CESAR 2006

 

 César du meilleur film français de l'année

De battre, mon coeur s'est arrêté (Jacques Audiard)

César du meilleur réalisateur

 Jacques Audiard (De battre, mon coeur s'est arrêté)

 César du meilleur acteur

 Michel Bouquet (Le Promeneur du champ de Mars)

 César de la meilleure actrice

Nathalie Baye (Le Petit lieutenant)

 César du meilleur acteur dans un second rôle

Niels Arestrup (De battre, mon coeur s'est arrêté)

César de la meilleure actrice dans un second rôle

Cécile de France (Les Poupées russes)

 César du meilleur espoir masculin

Louis Garrel (Les Amants réguliers)

César du meilleur espoir féminin

 Linh Dan Pham (De battre, mon coeur s'est arrêté)

César du meilleur premier film

Le Cauchemar de Darwin (Hubert Sauper)

César de la meilleure musique écrite pour un film

De battre, mon coeur s'est arrêté (Alexandre Desplat)

César de la meilleure photographie

 De battre, mon coeur s'est arrêté (Stéphane Fontaine)

César des meilleurs décors

Gabrielle (Olivier Radot)

 César du meilleur son

 La Marche de l'empereur (Gérard Lamps, Laurent Quaglio)

César des meilleurs costumes

 Gabrielle (Caroline de Vivaise)

César du meilleur montage

De battre, mon coeur s'est arrêté (Juliette Welfling)

César du meilleur court-métrage

After Shave, Beyrouth après-rasage (Hany Tamba)

César du meilleur film étranger

 Million dollar baby (Clint Eastwood)

 César du meilleur scénario original

Va, vis et deviens (Alain-Michel Blanc, Radu Mihaileanu)

César de la Meilleure adaptation

De battre, mon coeur s'est arrêté (Jacques Audiard, Tonino Benacquista)

César d'honneur

Hugh Grant

Pierre Richard

 

 

Commentaires

  • entre un clip de 2' bien trop court pour expliquer la complexité d'un système et de la réforme proposée et un malaise de deux heures... mon impression est bien différente de la tienne, les intermittents connaissent le pouvoir et les limites des images...

  • Bonjour "contessa",
    je ne nie pas du tout la légitimité de certaines des revendications des intermittents, simplement la méthode avec laquelle ils revendiquent n'est, selon moi, pas la meilleure pour se faire entendre. Par ailleurs, un des intermittents sur scène avait des propos qui, il me semble, dépassaient largement le cadre de la défense du statut des intermittents. Quant au clip, il était réalisé par le intermittents eux-mêmes. Le pouvoir des images en question était donc le leur...

  • C'était donc la 31ème nuit des "César". Du rire, des larmes et de la colère. Quelques rois et reines d'un soir, si peu d'élus. Les intermittents du spectacle, inquiets pour leur présent et leur avenir, ont manifesté à l'extérieur puis à l'intérieur du Théâtre du Châtelet, retardant l'ouverture de la cérémonie d'une vingtaine de minutes. Ils ont été évacués par les forces de l'ordre... Valérie Lemercier, maitre(sse) de cérémonie, a réussi à détendre l'assemblée mais le malaise était palpable tout au long de la soirée : certains "happy few" jouissent de leurs privilèges de rois, quand d'autres, majoritaires, restent aux abords du palais et sont refoulés à la force du poignet. Rendons grâce à Nathalie Baye (recevant pour "Le petit lieutenant" le troisième César de sa carrière, 23 ans après "La balance" un autre film sur les flics !), Zabou Breitman et le décorateur Olivier Radot, d'avoir évoqué le sort des intermittents du spectacle qui, après 30 ans de labeur, ne touchent que le R.m.i, quelle hérésie ! Le roi de la soirée était sans conteste Jacques Audiard, heureux, sobre et généreux, il a appelé le héros de son film à monter sur scène pour partager ainsi le couronnement de "De battre mon coeur s'est arrêté", Romain Duris n'a pas été promu roi mais il demeure un joli prince. Pierre Richard, smoking noir et baskets blanches, a reçu une standing ovation pour son César d'honneur et il a rendu à son tour un hommage émouvant à ses pairs, en citant les petits pains de Charles Chaplin et le chapeau de Buster Keaton. Enfin l'émotion était à son comble quand Radu Mihailneanu, au bord des larmes, a remercié son père, présent dans la salle, ancien journaliste devenu scénariste de cinéma et rescapé des camps nazis, ainsi que tous ceux qui l'ont aidé à quitter la Roumanie et qui l'ont accueilli en France, lui permettant d'échapper à l'expulsion, et lui laissant ainsi la chance d'être roi...

  • Merci "DS" que je n'ai pas manqué de reconnaître non plus...:-)
    Merci Sean_paninaro pour cet autre éclairage sur les César.

  • Pour parler des oscars, content pour Collision, super chouette film qui méritait bien ça...

  • mon compte-rendu des césars à moi:
    http://pinkbubble.hautetfort.com/archive/2006/02/27/la-petite-famille-du-cinema.html

Les commentaires sont fermés.