07/11/2008

« The Visitor » de Thomas McCarthy : Grand Prix du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2008

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La semaine dernière sortait en salles « The Visitor », le film auquel fut décerné le  Grand Prix du Festival du Cinéma Américain de Deauville 2008 par le jury présidé par Carole Bouquet, le seul de la compétition que j’avais manqué et que j’étais donc impatiente de voir. A l’heure à laquelle les Etats-Unis retrouvent un nouvel espoir et un nouvel élan, ce film apporte un éclairage édifiant sur les dysfonctionnements et les injustices du système américain et de nouveau sur l’immense attente que suscite le nouveau président américain Barack Obama.

Professeur d'économie dans une université du Connecticut, Walter Vale (Richard Jenkins), la soixantaine, est englué dans sa routine : il ne donne d’ailleurs plus qu’un cours par semaine, depuis 20 ans. Son seul loisir consiste à apprendre le piano, d’ailleurs sans grand enthousiasme. Lorsque l’Université l’envoie à Manhattan pour lire un article qu’il a cosigné (où il part seulement parce qu’on l’y oblige), il découvre qu’un jeune couple s’est installé dans l’appartement qu’il y possède : Tarek (Haaz Sleiman), d’origine syrienne et, et Zainab (Danai Jekesai Gurira), sa petite amie sénégalaise. Comme ils n’ont nulle part où aller, Walter leur propose de rester. Si Zainab est très réticente et méfiante, en revanche, Tarek, touché par la gentillesse de Walter, lui apprend le djembé. Malgré (ou grâce à) leurs différences, les deux hommes deviennent amis et Walter retrouve un sens à sa vie et lorsque Tarek est arrêté dans le métro, emprisonné, et menacé d’expulsion, Walter fait tout pour lui venir en aide…

 

Si la portée du film est évidemment politique, du moins sociale, son propos n’est jamais appuyé. C’est avant tout l’histoire de deux hommes, ou même de quatre personnages (la mère de Tarek interprétée par Hiam Abbass va les rejoindre) qui a priori n’auraient jamais dû se croiser mais que la magie et les aléas de l’existence font se rencontrer, et changer. Les personnages, à l’image du scénario et de la mise en scène, sont d’une grande pudeur et sobriété, et ne tombent jamais dans les clichés.

Si ce film nous montre (sans jamais démontrer avec ostentation), à travers l’exemple d’un drame humain, les conditions inhumaines de détention et d’expulsion des immigrés clandestins aux Etats-Unis et les conséquences d’une politique d’immigration rigide mais aussi de la paranoïa post 11 septembre, c’est aussi un hymne à la musique, la musique qui peut relier deux personnes que tout pourrait opposer, la musique qui leur sert de langage commun et qui transcende les différences, la musique qui redonne goût à la vie. Un échange et un enrichissement.

 

« The visitor » ce pourrait d’ailleurs autant être Walter que Tarek : Walter qui rend visite à Tarek en prison mais aussi Tarek qui en s’installant chez Walter lui redonne le goût de vivre, Walter qui au début du film regarde la vie s’écouler derrière sa fenêtre et à la fin est « dans » la vie, dans sa belle et redoutable violence. Le djembé va devenir son cri de révolte et de vie, l’allié et le réceptacle de ses sentiments.

 

Les 4 acteurs sont judicieusement choisis au premier rang desquels Richard Jenkins (habituellement abonné aux seconds rôles, qui trouve là son premier grand rôle), parfait en faux misanthrope retrouvant le goût des autres et de la vie, tout en retenue, mélancolie et révolte contenue qui explose dans une très belle scène où il crie son impuissance face au mur infranchissable de l’injustice, face au terrifiant silence de l’administration.

 

Ce film poignant est empreint de la douceur mélodieuse d’un air de piano et de la force entraînante du djembé, il vous ensorcelle doucement, vous parle de deuil, de retour à la vie, d’injustice, de tolérance, de solitude, sans jamais être moralisateur ou didactique, mais il est alors plus parlant que n’importe quel discours.

 

 Avec ce second film après « The Station Agent », Thomas Mc Carthy (qui est également acteur) nous donne à voir une autre Amérique que celle des blockbusters avec un regard empli d’empathie, de justesse, de sensibilité et nous embarque avec ses personnages que nous quittons, laissons, à leur rage et désespoir, avec regrets, mais que nous embarquons avec nous bien plus loin et bien après le générique de fin, avec, en mémoire, le tempo douloureusement répétitif et le son sublimement retentissant du djembé, lors de la dernière scène, terrible et magnifique.

 

Pour tout savoir sur le 34ème Festival du Cinéma Américain de Deauville, rendez-vous sur mon blog consacré à celui-ci. Je reste persuadée qu’ « American son » de Neil Abramson aurait mérité de figurer au palmarès…

 

Site officiel du film: http://www.tfmdistribution.com/thevisitor/

Sandra.M

24/10/2008

Avant-première- « J’irai dormir à Hollywood » : le palpitant road movie d’Antoine de Maximy

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Hier soir se déroulait à l’UGC Les Halles, en présence de l'équipe du film, l’avant-première de « J’irai dormir à Hollywood » défini comme « le premier film de cinéma réalisé, filmé et interprété par une seule et unique personne ». Muni de deux caméras (des prototypes ), Antoine de Maximy connu pour l’émission « J’irai dormir chez vous » (dans laquelle il s’invite chez quelqu’un pour manger et dormir afin de mieux découvrir un pays et ses habitants, sur France 5 depuis 2004, il a ainsi déjà sillonné une trentaine de pays)  est en effet le réalisateur cameraman et interprète principal de ce film dans lequel il traverse les Etats-Unis d’Est en Ouest avec Hollywood en ligne de mire, là où il espère « se faire inviter chez une star pour la nuit. » Comme il n’a rien prévu, tout est possible, surtout dans le pays des mythes qui érige presque le « dream » en devise nationale… Vraiment ?

Comédie, drame social, thriller : ce documentaire hybride que son auteur revendique avant tout comme un road movie est tout cela à la fois. Cela n’aurait pu être qu’un reportage ou une sorte de guide de voyage filmé (je pense d’ailleurs que l’office du tourisme américain serait loin de recommander ce film qui ne donne pas toujours une glorieuse image des Etats-Unis) mais la personnalité et la curiosité du réalisateur-cameraman-interprète font que c’est bien plus et bien mieux que cela. Son écoute, son humour, son excentricité (il tombera sur bien « pire » que lui…) le conduisent à faire des rencontres insolites, inquiétantes, instructives, touchantes dont nous sommes les témoins et les complices.  En train, en avion, à vélo,  en voiture, à pied…ou même dans un corbillard repeint en rouge, rien ne l’arrête pour parvenir à son but : rencontrer des gens d’ailleurs plutôt que « dormir chez une star à Hollywood », finalement le prétexte à ce voyage palpitant et ces rencontres marquantes.

 A travers ces destins qu’il croise et que sa caméra esquisse et dévoile, des destins parfois fracassés, c’est le portrait d’un pays qui se dessine.  Pas seulement le portrait de ses paysages grandioses, ses petites villes et ses gigantesques : New York, Miami, La Nouvelle Orléans, Las Vegas, les Canyons et tant d’autres lieux. Mais le portrait de ses blessures, ses craintes, ses failles. Et à quelques jours de l’élection présidentielle américaine ce documentaire-road movie s’avère particulièrement instructif, édifiant. Sur les tensions communautaires, l’insécurité et/ou la paranoïa, sur les laissés-pour-compte du système américain, pays le plus riche du monde mais certainement pas le plus altruiste, sur les injustices de son système judiciaire (comme cet homme, ancien du Vietnam, condamné à 15 ans de prison pour...port d’arme illégal.) Ce n’est plus l’Amérique riche et arrogante des blockbusters mais celle, à visage humain (inhumain parfois) de tous les jours, parfois blessée. Celle des Amish, des Navajos, des oubliés du drame de la Nouvelle Orléans, celle où l’American dream n’est qu’un concept abstrait. Ce sont des destins simples et incroyables, des personnalités touchantes qu’aurait pu inventer le meilleur des road movie. Sauf que  ces destins ne sont pas fictifs et donc d’autant plus touchants et marquants.

 A travers le regard amusé, sidéré, inquiet (voire terrifié : je vous laisse découvrir ces séquences où sa curiosité insatiable le mènent dans des situations à suspense) d’Antoine de Maximy, nous avons-nous aussi l’impression de partir à travers les Etats-Unis, de ressentir ses peurs et ses émotions. Je ne vous dis pas s’il atteindra son but de « dormir chez une star » mais qu’en tout cas la rencontre qu’il fera au dénouement sera sans doute une des plus belles et enrichissantes.

 La BO (signée Fabrice Viel et Béatrice Ardisson), certes magnifique, donne un ton plus branché, parfois décalé, à l’ensemble, et si elle est réussie elle est peut-être un peu trop présente. Qu’un regret finalement : que cela soit trop court, et que la durée rende certaines ellipses (regrettables) inéluctables.

 Au-delà de son aspect sociologique, c’est avant tout un film très drôle, truculent, épique, Antoine de Maximy sachant faire preuve de beaucoup d’autodérision, la caméra lui donnant du recul sur ce qu’il vit...et parfois du courage ! De ces rencontres intenses, il garde prend toujours les contacts mais a rarement des nouvelles. Nous en tout cas il nous en restera l’image indélébile d’une autre Amérique, surprenante, touchante, inquiétante, visuellement sublime parfois encore malgré tout. Celle d’un mythe confronté à sa réalité.

 Je vous recommande ce road-movie sans aucune réserve et aussi, puisque de documentaire il est question, l’excellent « La vie moderne » de Raymond Depardon qui sortira en salles mercredi prochain.

 Sortie en salles de « J’irai dormir à Hollywood » : le 19 novembre 2008

Liens:

Le site officiel de "J'irai dormir chez vous"

La page d'Allociné consacrée à "J'irai dormir à Hollywood"

Autre récit bloguesque de la soirée

A suivre demain sur "In the mood for cinema": la critique de "Secret Défense" (avant-première), et après-demain celle de "Max Payne" (avant-première)...

Sandra.M