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françois truffaut - Page 2

  • « Les Enchaînés » d’Alfred Hitchcock (1946) avec Cary Grant, Ingrid Bergman, Claude Rains…

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    Dans son livre d'entretiens avec Alfred Hitchcock, François Truffaut disait que « Les Enchaînés » était son film d'Hitchcock en noir et blanc préféré notamment parce qu'il s'agissait selon lui de « la quintessence d'Hitchcock » pour sa « pureté magnifique » et son « modèle de construction de scénario. » Même si « Sueurs froides », « Les Oiseaux », « Fenêtre sur cour », « Psychose », « La mort aux trousses » sont plus fréquemment cités « Les Enchaînés » reste pour moi un film exemplaire à bien des égards et un  de mes films préférés.

    A Miami, en 1946, Alicia (Ingrid Bergman), fille d'un espion nazie qui vient d'être condamné, mène une vie dissolue et noie son désarroi dans l'alcool. Devlin (Cary Grant) qui travaille pour le gouvernement américain lui propose de travailler pour les Etats-Unis.  Il la pousse à séduire puis épouser Alexander Sebastian (Claude Rains) qui, à Rio de Janeiro, appartient à un groupe très actif d'anciens nazis... mais Alicia et Devlin sont loin d'être indifférents l'un à l'autre...

    C'est d'abord David O.Selznick qui a suggéré à Hitchcock d'adapter « The Song of the Dragon » une nouvelle dont le scénario final (signé Hitchcock et Ben Hecht) sera plutôt éloigné. Selznick ne croit pas à cette histoire et en particulier à la bouteille contenant de l'uranium. Il revend donc le tout à la RKO.... Comme dans tous les films d'Hitchcock, le Mac Guffin, donc ici la bouteille contenant de l'uranium, remplit pourtant pleinement son objectif de bombe à retardement et d'élément du suspense...

    « Les Enchaînés » est en effet certes une histoire d'espionnage avec Mac Guffin* de rigueur (=c'est un élément de l'histoire qui sert à l'initialiser, voire à la justifier, mais qui se révèle, en fait, sans grande importance) mais aussi une histoire d'amour. C'est même là que réside le secret de ce film, dans l'entremêlement parfait entre l'histoire d'amour et l'histoire d'espionnage qui entrent en conflit. Celui de l'amour et du devoir, enchaînés l'un à l'autre comme Alicia l'est à son passé mais aussi à son mari. Le titre original « Notorious » signifiant « tristement célèbre » renvoie d'ailleurs à cette idée puisque ce sont les tristement célèbres activités de son père qui ont rendu le nom d'Alicia lui aussi tristement célèbre. Sebastian est lui aussi enchaîné, à sa mère, et aux autres nazis qui surveillent le moindre de ses faux pas. C'est aussi à leur mensonge et à la trahison que sont enchaînés Devlin et Alicia : Devlin trahit dès le début Alicia la contraint à renouer avec Sebastian, elle trahit Sebastian en se mariant avec lui pour l'espionner. Dans le premier plan où il apparaît, Devlin est d'ailleurs cadré de dos et restera ainsi plusieurs minutes, augmentant le désir du spectateur de découvrir ce mystérieux personnage muet qui semble tant intéresser Alicia, cette posture de dos signifiant aussi son rôle trouble et ambigu.

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    Ces conflits entre amour et devoir donnent lieu à des scènes d'une force dramatique rare comme la scène de l'hippodrome ou celle du banc qui se répondent d'ailleurs, les deux étant filmés en plans fixes, et dans les deux Alicia et Devlin masquent leurs vrais sentiments. Ces scènes dramatiques alternent avec des scènes de suspense admirables dans lesquels Hitchcock montre une nouvelle fois sa maîtrise et son génie dans ce domaine, ces scènes tournant essentiellement autour de la bouteille contenant l'uranium et d'une clé. Une simple clé qui, par la manière dont Hitchcock la filme passant de la main d'Alicia à l'autre, son expression contrastant avec le ton désinvolte qu'elle s'efforce d'employer face à Sebastian, le tout procurant à la scène un suspense d'une intensité inouïe (voir l'extrait en bas de l'article... ou ne pas le voir pour ceux qui n'ont pas encore vu le film). Plusieurs scènes sont d'ailleurs particulièrement palpitantes, notamment grâce à un savant montage parallèle lors d'une scène capitale de réception (où Hitchcock fait d'ailleurs sa coutumière apparition) ou encore lors de la scène finale de l'escalier (un élément d'ailleurs récurrent dans le cinéma hitchcockien).

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    La réussite doit aussi beaucoup à la richesse des quatre personnages principaux et de ses interprètes : Devlin (Cary Grant), cynique agent secret faisant passer  le devoir avant l'amour, Alicia (Ingrid Bergman) forte et fragile, courageuse et apeurée, blessée et digne ; Claude Rains le « méchant » qui, comme toujours chez Hitchcock ne l'est pas complètement (un méchant réussi pour Hitchcock l'étant lorsqu'il paraît presque sympathique), ce dernier étant ici surtout (aussi comme souvent chez Hitchcock) victime d'une mère possessive (Mme Konstantin). Hitchcock dira ainsi que selon lui ce dernier était plus amoureux d'Alicia que l'était Devlin. Le choix de Claude Rains est donc particulièrement judicieux, si on se souvient du rôle trouble qu'il incarnait également déjà dans « Casablanca ». Il a d'ailleurs été nommé aux Oscars pour « Les Enchaînés » (ainsi que le scénariste Ben Hecht). Quant au couple formé par Ingrid Bergman et Cary Grant, il est absolument sublime et sublimé par l'élégance de la mise en scène d'Hitchcock mais aussi par celle de la photographie de Ted Tetzlaff l'auréolant d'un magnétisme mélancolique, électrique et fascinant.

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    Après « Soupçons », en 1941, « Les Enchaînés » est le deuxième film d'Hitchcock avec Cary Grant. Suivront ensuite « La Main au collet » et « La Mort aux trousses ». C'est également son deuxième film  avec Ingrid Bergman après « La Maison du Dr Edwards », en 1945. Il tournera encore un film avec elle : «Les Amants du Capricorne. »

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    C'est aussi sa scène de baiser entrecoupée entre Cary Grant et Ingrid Bergman qui a rendu le film célèbre, un baiser intelligemment découpé par de nombreux dialogues; pour contourner le code "Hays" (la censure de l'époque)  qui minutait la durée de toutes les scènes jugées osées. L'entrecouper de dialogues faisait redémarrer le compteur à zéro à chaque fois permettant de rallonger la durée du baiser.

    Au-delà de cette anecdote comme le disait si bien Truffaut, « Les Enchaînés » est en effet la quintessence du cinéma d'Hitchcock : perfection scénaristique saupoudrée d'humour, de trahison, de rédemption; mélange habile d'histoire d'amour contrarié et d'espionnage, astucieuse simplicité de l'intrigue, virtuosité de la mise en scène ( Ah, le travelling du lustre du salon jusqu'à main de Bergman contenant la clé !), photographie magnétique, couple de cinéma légendaire, intrigue trépidante, palpitante et jubilatoire... le tout formant un classique du cinéma que l'on ne se jamais  de voir et de revoir !

     *Pour Hitchcock, le but du cinéma était avant tout d'embarquer le spectateur, de le manipuler, quitte à faire quelques incohérences. A ceux qui lui reprochait le manque de vraisemblance, il racontait l'histoire suivante (comme il l'expliqua à Truffaut dans son livre d'entretiens !) : « Deux voyageurs se trouvent dans un train allant de Londres à Édimbourg. L'un dit à l'autre : « Excusez-moi, monsieur, mais qu'est-ce que ce paquet à l'aspect bizarre que vous avez placé dans le filet au-dessus de votre tête ? - Ah ça, c'est un MacGuffin. - Qu'est-ce que c'est un MacGuffin ? - Eh bien c'est un appareil pour attraper les lions dans les montagnes d'Écosse - Mais il n'y a pas de lions dans les montagnes d'Écosse. - Dans ce cas, ce n'est pas un MacGuffin » .

     Autres critiques de films d'Hitchcock à lire sur Inthemoodforcinema.com :

    L'homme qui en savait trop

    Correspondant 17

    Suivez aussi les autres blogs inthemood: In the mood for Cannes, In the mood for Deauville, In the mood for luxe .

    Ce film sera projeté, le 2 mai, au restaurant "Les Cinoches" pour son ciné-club du dimanche soir dont j'ai la passionnante responsabilité de faire la programmation à partir de cette date, et cela pendant 8 semaines. Film à partir de 21h.

  • "La Sirène du Mississippi" de François Truffaut, ce soir à 20H40 sur Arte: critique du film

    Inconditionnelle du cinéma de Truffaut, je ne peux que vous recommander vivement "La Sirène du Mississippi" de Truffaut, ce soir, à 20H40 sur Arte... en espérant que ma critique du film, ci-dessous, achèvera de vous convaincre!

    "La Sirène du Mississippi" de François Truffaut (1969): entre joie et souffrance...

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    Après « Baisers volés » (1969) et « La Femme d’à côté » (1981), je poursuis aujourd’hui le cycle consacré à François Truffaut sur « In the mood for cinema », en remontant un peu dans le temps, avec « La Sirène du Mississippi », un film sorti en 1969. Dédié à Jean Renoir, adapté, scénarisé et dialogué par Truffaut d’après un roman de William Irish intitulé « Waltz into Darkness » (pour acquérir les droits François Truffaut dut emprunter à Jeanne Moreau, Claude Lelouch et Claude Berri), c’est davantage vers le cinéma d’Alfred Hitchcock, que lorgne pourtant ce film-ci, lequel Hitchcock s’était d’ailleurs lui-même inspiré d’une nouvelle de William Irish pour « Fenêtre sur cour ». Truffaut avait lui-même  aussi déjà adapté William Irish pour « La mariée était en noir », en 1968.

     

    Synopsis : Louis Mahé (Jean-Paul Belmondo) est fabriquant de cigarettes à La Réunion.  Il doit épouser Julie Roussel qu’il a rencontrée par petite annonce et dont il doit faire la connaissance le jour du mariage. Lorsqu’elle débarque  à La Réunion, d’une beauté aussi froide que ravageuse, elle ressemble peu à la photo qu’il possédait d’elle. Elle lui affirme ainsi lui avoir envoyé un faux portrait, par méfiance.  Peu de temps après le mariage, l’énigmatique Julie s’enfuit avec la fortune de Louis. Louis engage alors le solitaire et pointilleux détective Comolli (Michel Bouquet) pour la rechercher, et il rentre en France. Après une cure de sommeil à Nice, il retrouve Julie qui se nomme en réalité Marion (Catherine Deneuve) par hasard, elle travaille désormais comme hôtesse dans une discothèque. Il est déterminé à la tuer mais elle l’apitoie en évoquant son enfance malheureuse et ses sentiments pour lui qui l’aime d’ailleurs toujours… Commence alors une vie clandestine pour ce singulier couple.

     

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    Ce film connut un échec public et critique à sa sortie. Truffaut expliqua ainsi cet échec : « Il est aisé d’imaginer ce qui a choqué le monde occidental. La Sirène du Mississippi montre un homme faible (en dépit de son allure), envoûté par une femme forte (en dépit de ses apparences) ». Voir ainsi  Belmondo ravagé par la passion qui lui sacrifie tout explique pour Truffaut l’échec du film. C’est vrai que ce film peut dérouter après « Baisers volés », quintessence du style Nouvelle Vague.  Son romantisme échevelé, sombre, voire désespéré (même si Doinel était déjà un personnage romantique) mais aussi son mélange des genres (comédie, drame, film d’aventures, film noir, policier) ont également pu dérouter ceux qui voyaient avant tout en Truffaut un des éminents représentants de la Nouvelle Vague.

     

     Comme chacun de ses films « La Sirène du Mississippi » n’en révèle pas moins une maîtrise impressionnante de la réalisation et du sens de la narration, des scènes et des dialogues marquants, des références (cinématographiques mais aussi littéraires) intelligemment distillées et le touchant témoignage d’un triple amour fou : de Louis pour Marion, de Truffaut pour Catherine Deneuve, de Truffaut pour le cinéma d’Hitchcock.

                           

     Truffaut traite ainsi de nouveau d’un de ses thèmes de prédilections : l’amour fou, dévastateur, destructeur. Malgré la trahison de la femme qu’il aime, Louis tue pour elle et la suit au péril de sa propre existence… Après les premières scènes, véritable ode à l’île de La Réunion qui nous laisse penser que Truffaut va signer là son premier film d’aventures, exotique, le film se recentre sur leur couple, la troublante et trouble Marion, et l’amour aveugle qu’elle inspire à Louis. Truffaut traitera ce thème de manière plus tragique, plus subtile, plus précise encore dans « L’Histoire d’Adèle.H », dans « La Peau douce » (réalisé avant « La Sirène du Mississippi)  notamment ou, comme nous l’avons vu, dans « La Femme d’à côté », où, là aussi, Bernard (Gérard Depardieu) emporté par la passion perd ses repères sociaux, professionnels, aime à en perdre la raison avec un mélange détonant de douceur et de douleur, de sensualité et de violence, de joie et de souffrance dont « La sirène du Mississippi » porte déjà les prémisses.

     

    Bien qu’imprégné du style inimitable de Truffaut, ce film est donc aussi une déclaration d’amour au cinéma d’Hitchcock, leurs entretiens restant le livre de référence sur le cinéma hitchcockien (si vous ne l’avez pas encore, je vous le conseille vivement, il se lit et relit indéfiniment, et c’est sans doute une des meilleures leçons de cinéma qui soit). « Les Oiseaux », « Pas de printemps pour Marnie », « Sueurs froides», « Psychose », autant de films du maître du suspense auxquels se réfère « La Sirène du Mississippi ». Et puis évidemment le personnage même de Marion interprétée par Catherine Deneuve, femme fatale ambivalente, d’une beauté troublante et mystérieuse, d’une blondeur et d’une froideur implacables, tantôt cruelle, tantôt fragile, empreinte beaucoup aux héroïnes hitchcockiennes, à la fois à Tippie Hedren dans « Pas de printemps pour Marnie » ou à Kim Novak dans « Sueurs froides » notamment pour la double identité du personnage  dont les deux prénoms (Marion et Julie) commencent d’ailleurs comme ceux de Kim Novak dans le film d’Hitchcock- Madeleine et Judy-.

     

     A Deneuve, qui vient d'accepter le film, Truffaut écrivit : « Avec La Sirène, je compte bien montrer un nouveau tandem prestigieux et fort : Jean-Paul, aussi vivant et fragile qu'un héros stendhalien, et vous, la sirène blonde dont le chant aurait inspiré Giraudoux. » Et il est vrai qu’émane de ce couple, une beauté ambivalente et tragique, un charme tantôt léger tantôt empreint de gravité. On retrouve Catherine Deneuve et Jean-Paul Belmondo dans des contre-emplois dans lesquels ils ne sont pas moins remarquables. Elle en femme fatale, vénale, manipulatrice, sirène envoûtante mais néanmoins touchante dont on ne sait jamais vraiment si elle aime ou agit par intérêt. Lui en homme réservé, follement amoureux, prêt à tout par amour, même à tuer.

     

     A l’image de l’Antiquaire qui avait prévenu Raphaël de Valentin dans « La Peau de chagrin » à laquelle Truffaut se réfère d’ailleurs, Louis tombant par hasard sur le roman en question dans une cabane où ils se réfugient ( faisant donc de nouveau référence à Balzac après cette scène mémorable se référant au « Lys dans la vallée » dans « Baisers volés »), et alors que la fortune se réduit comme une peau de chagrin,  Marion aurait pu dire à Louis : «  Si tu me possèdes, tu possèderas tout, mais ta vie m'appartiendra ».

     

    Enfin  ce film est une déclaration d’amour de Louis à Marion mais aussi et surtout, à travers eux, de Truffaut  à Catherine Deneuve comme dans cette scène au coin du feu où Louis décrit son visage comme un paysage, où l’acteur semble alors être le porte-parole du cinéaste. Le personnage insaisissable, mystérieux de Catherine Deneuve contribue largement à l’intérêt du film, si bien qu’on imagine difficilement quelqu’un d’autre interprétant son rôle.

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    Comme souvent, Truffaut manie l’ellipse avec brio, joue de nouveau avec les temporalités pour imposer un rythme soutenu. Il cultive de nouveau le hasard comme dans « Baisers volés » où il était le principal allié de Doinel, pour accélérer l’intrigue.

     

    Alors, même si ce film n’est pas cité comme l’un des meilleurs de Truffaut, il n’en demeure pas moins fiévreux, rythmé, marqué par cette passion, joliment douloureuse, qui fait l’éloge des grands silences et que symbolise si bien le magnifique couple incarné par Deneuve et Belmondo. Avec « La Sirène du Mississippi » qui passe brillamment de la légèreté au drame et qui dissèque cet amour qui fait mal, à la fois joie et souffrance, Truffaut signe le film d’un cinéaste et d’un cinéphile comme récemment Pedro Almodovar avec « Les Etreintes brisées ».

     

     « La Sirène du Mississippi » s’achève par un plan dans la neige immaculée qui laisse ce couple troublant partir vers son destin, un nouveau départ, et nous avec le souvenir ému de cet amour fou dont Truffaut est sans doute le meilleur cinéaste.

     

    Dix ans plus tard, Catherine Deneuve interprétera de nouveau une Marion dans un film de Truffaut « Le dernier métro », et sera de nouveau la destinataire d’ une des plus célèbres et des plus belles répliques de Truffaut, et du cinéma, que Belmondo lui adresse déjà dans « La Sirène du Mississippi »:

     

     « - Quand je te regarde, c'est une souffrance.

    - Pourtant hier, tu disais que c'était une joie.

    - C'est une joie et une souffrance.''

     

    Sans doute une des meilleures définitions de l’amour, en tout cas de l’amour dans le cinéma de Truffaut… que nous continuerons à analyser prochainement avec « L’Histoire d’Adèle.H ». En attendant je vous laisse méditer sur cette citation et sur le chant ensorcelant et parfois déroutant de cette insaisissable « Sirène du Mississippi ». 

     

    Bonus: le trailer de "La Sirène du Mississippi"

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  • Cycle François Truffaut (suite) : « La Sirène du Mississippi » (1969), entre joie et souffrance

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    Après « Baisers volés » (1969) et « La Femme d’à côté » (1981), je poursuis aujourd’hui le cycle consacré à François Truffaut sur « In the mood for cinema », en remontant un peu dans le temps, avec « La Sirène du Mississippi », un film sorti en 1969. Dédié à Jean Renoir, adapté, scénarisé et dialogué par Truffaut d’après un roman de William Irish intitulé « Waltz into Darkness » (pour acquérir les droits François Truffaut dut emprunter à Jeanne Moreau, Claude Lelouch et Claude Berri), c’est davantage vers le cinéma d’Alfred Hitchcock, que lorgne pourtant ce film-ci, lequel Hitchcock s’était d’ailleurs lui-même inspiré d’une nouvelle de William Irish pour « Fenêtre sur cour ». Truffaut avait lui-même  aussi déjà adapté William Irish pour « La mariée était en noir », en 1968.

     

    Synopsis : Louis Mahé (Jean-Paul Belmondo) est fabriquant de cigarettes à La Réunion.  Il doit épouser Julie Roussel qu’il a rencontrée par petite annonce et dont il doit faire la connaissance le jour du mariage. Lorsqu’elle débarque  à La Réunion, d’une beauté aussi froide que ravageuse, elle ressemble peu à la photo qu’il possédait d’elle. Elle lui affirme ainsi lui avoir envoyé un faux portrait, par méfiance.  Peu de temps après le mariage, l’énigmatique Julie s’enfuit avec la fortune de Louis. Louis engage alors le solitaire et pointilleux détective Comolli (Michel Bouquet) pour la rechercher, et il rentre en France. Après une cure de sommeil à Nice, il retrouve Julie qui se nomme en réalité Marion (Catherine Deneuve) par hasard, elle travaille désormais comme hôtesse dans une discothèque. Il est déterminé à la tuer mais elle l’apitoie en évoquant son enfance malheureuse et ses sentiments pour lui qui l’aime d’ailleurs toujours… Commence alors une vie clandestine pour ce singulier couple.

     

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    Ce film connut un échec public et critique à sa sortie. Truffaut expliqua ainsi cet échec : « Il est aisé d’imaginer ce qui a choqué le monde occidental. La Sirène du Mississippi montre un homme faible (en dépit de son allure), envoûté par une femme forte (en dépit de ses apparences) ». Voir ainsi  Belmondo ravagé par la passion qui lui sacrifie tout explique pour Truffaut l’échec du film. C’est vrai que ce film peut dérouter après « Baisers volés », quintessence du style Nouvelle Vague.  Son romantisme échevelé, sombre, voire désespéré (même si Doinel était déjà un personnage romantique) mais aussi son mélange des genres (comédie, drame, film d’aventures, film noir, policier) ont également pu dérouter ceux qui voyaient avant tout en Truffaut un des éminents représentants de la Nouvelle Vague.

     

     Comme chacun de ses films « La Sirène du Mississippi » n’en révèle pas moins une maîtrise impressionnante de la réalisation et du sens de la narration, des scènes et des dialogues marquants, des références (cinématographiques mais aussi littéraires) intelligemment distillées et le touchant témoignage d’un triple amour fou : de Louis pour Marion, de Truffaut pour Catherine Deneuve, de Truffaut pour le cinéma d’Hitchcock.

                           

     Truffaut traite ainsi de nouveau d’un de ses thèmes de prédilections : l’amour fou, dévastateur, destructeur. Malgré la trahison de la femme qu’il aime, Louis tue pour elle et la suit au péril de sa propre existence… Après les premières scènes, véritable ode à l’île de La Réunion qui nous laisse penser que Truffaut va signer là son premier film d’aventures, exotique, le film se recentre sur leur couple, la troublante et trouble Marion, et l’amour aveugle qu’elle inspire à Louis. Truffaut traitera ce thème de manière plus tragique, plus subtile, plus précise encore dans « L’Histoire d’Adèle.H », dans « La Peau douce » (réalisé avant « La Sirène du Mississippi)  notamment ou, comme nous l’avons vu, dans « La Femme d’à côté », où, là aussi, Bernard (Gérard Depardieu) emporté par la passion perd ses repères sociaux, professionnels, aime à en perdre la raison avec un mélange détonant de douceur et de douleur, de sensualité et de violence, de joie et de souffrance dont « La sirène du Mississippi » porte déjà les prémisses.

     

    Bien qu’imprégné du style inimitable de Truffaut, ce film est donc aussi une déclaration d’amour au cinéma d’Hitchcock, leurs entretiens restant le livre de référence sur le cinéma hitchcockien (si vous ne l’avez pas encore, je vous le conseille vivement, il se lit et relit indéfiniment, et c’est sans doute une des meilleures leçons de cinéma qui soit). « Les Oiseaux », « Pas de printemps pour Marnie », « Sueurs froides», « Psychose », autant de films du maître du suspense auxquels se réfère « La Sirène du Mississippi ». Et puis évidemment le personnage même de Marion interprétée par Catherine Deneuve, femme fatale ambivalente, d’une beauté troublante et mystérieuse, d’une blondeur et d’une froideur implacables, tantôt cruelle, tantôt fragile, empreinte beaucoup aux héroïnes hitchcockiennes, à la fois à Tippie Hedren dans « Pas de printemps pour Marnie » ou à Kim Novak dans « Sueurs froides » notamment pour la double identité du personnage  dont les deux prénoms (Marion et Julie) commencent d’ailleurs comme ceux de Kim Novak dans le film d’Hitchcock- Madeleine et Judy-.

     

     A Deneuve, qui vient d'accepter le film, Truffaut écrivit : « Avec La Sirène, je compte bien montrer un nouveau tandem prestigieux et fort : Jean-Paul, aussi vivant et fragile qu'un héros stendhalien, et vous, la sirène blonde dont le chant aurait inspiré Giraudoux. » Et il est vrai qu’émane de ce couple, une beauté ambivalente et tragique, un charme tantôt léger tantôt empreint de gravité. On retrouve Catherine Deneuve et Jean-Paul Belmondo dans des contre-emplois dans lesquels ils ne sont pas moins remarquables. Elle en femme fatale, vénale, manipulatrice, sirène envoûtante mais néanmoins touchante dont on ne sait jamais vraiment si elle aime ou agit par intérêt. Lui en homme réservé, follement amoureux, prêt à tout par amour, même à tuer.

     

     A l’image de l’Antiquaire qui avait prévenu Raphaël de Valentin dans « La Peau de chagrin » à laquelle Truffaut se réfère d’ailleurs, Louis tombant par hasard sur le roman en question dans une cabane où ils se réfugient ( faisant donc de nouveau référence à Balzac après cette scène mémorable se référant au « Lys dans la vallée » dans « Baisers volés »), et alors que la fortune se réduit comme une peau de chagrin,  Marion aurait pu dire à Louis : «  Si tu me possèdes, tu possèderas tout, mais ta vie m'appartiendra ».

     

    Enfin  ce film est une déclaration d’amour de Louis à Marion mais aussi et surtout, à travers eux, de Truffaut  à Catherine Deneuve comme dans cette scène au coin du feu où Louis décrit son visage comme un paysage, où l’acteur semble alors être le porte-parole du cinéaste. Le personnage insaisissable, mystérieux de Catherine Deneuve contribue largement à l’intérêt du film, si bien qu’on imagine difficilement quelqu’un d’autre interprétant son rôle.

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    Comme souvent, Truffaut manie l’ellipse avec brio, joue de nouveau avec les temporalités pour imposer un rythme soutenu. Il cultive de nouveau le hasard comme dans « Baisers volés » où il était le principal allié de Doinel, pour accélérer l’intrigue.

     

    Alors, même si ce film n’est pas cité comme l’un des meilleurs de Truffaut, il n’en demeure pas moins fiévreux, rythmé, marqué par cette passion, joliment douloureuse, qui fait l’éloge des grands silences et que symbolise si bien le magnifique couple incarné par Deneuve et Belmondo. Avec « La Sirène du Mississippi » qui passe brillamment de la légèreté au drame et qui dissèque cet amour qui fait mal, à la fois joie et souffrance, Truffaut signe le film d’un cinéaste et d’un cinéphile comme récemment Pedro Almodovar avec « Les Etreintes brisées ».

     

     « La Sirène du Mississippi » s’achève par un plan dans la neige immaculée qui laisse ce couple troublant partir vers son destin, un nouveau départ, et nous avec le souvenir ému de cet amour fou dont Truffaut est sans doute le meilleur cinéaste.

     

    Dix ans plus tard, Catherine Deneuve interprétera de nouveau une Marion dans un film de Truffaut « Le dernier métro », et sera de nouveau la destinataire d’ une des plus célèbres et des plus belles répliques de Truffaut, et du cinéma, que Belmondo lui adresse déjà dans « La Sirène du Mississippi »:

     

     « - Quand je te regarde, c'est une souffrance.

    - Pourtant hier, tu disais que c'était une joie.

    - C'est une joie et une souffrance.''

     

    Sans doute une des meilleures définitions de l’amour, en tout cas de l’amour dans le cinéma de Truffaut… que nous continuerons à analyser prochainement avec « L’Histoire d’Adèle.H ». En attendant je vous laisse méditer sur cette citation et sur le chant ensorcelant et parfois déroutant de cette insaisissable « Sirène du Mississippi ». 

     

    Bonus: le trailer de "La Sirène du Mississippi"

  • Palmarès du Festival de Cannes 2009, mes pronostics: un festival truffaldien

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    Il y a 11 jours, lors de la cérémonie d’ouverture, lorsqu’il faisait référence à François Truffaut, le maître de cérémonie, Edouard Baer, n’imaginait sans doute pas à quel point l’ombre du cinéaste planerait sur ce festival… mais avant d’en venir au caractère truffaldien de ce Festival de Cannes 2009, pour moi en tout cas, et des films qui y ont été présentés, je tenais à préciser que Cannes continuera toute la semaine prochaine sur « In the mood for cinema » et sur « In the mood for Cannes » puisque vous y retrouverez de très nombreuses photos et vidéos  que je n’ai pas encore eu le temps de mettre en ligne mais aussi mes critiques de « A l’origine » de Xavier Giannoli, « Les Etreintes brisées » de Pedro Almodovar, « Les Herbes folles » d’Alain Resnais, « The time that remains » d’Elia Suleiman, « Visage » de Tsai Ming-Liang etc. Vous pourrez également lire mon bilan de ce festival, et mes commentaires sur le palmarès.

     

    Cette année, je n’ai ainsi pas eu le temps que j’aurais aimé avoir pour vous parler de chaque film mais finalement j’aime cette idée de vous en parler avec recul, loin de l’agitation, la frénésie, cette course à l’information vorace et effrénée, et parfois vaine qui règne à Cannes, et si je n’ai probablement pas eu le temps c’est sans doute, parce que, comme disait Truffaut « la vie a beaucoup plus d’imagination que nous ». Oui, décidément, la vie a été particulièrement imaginative cette année me faisant vivre un festival incroyable insolite, unique, irréel maniant les fils du hasard et du destin avec une habileté et une inventivité inégalées. Peut-être cette inventivité de la réalité est-elle la raison pour laquelle j’ai vu cette année certes de très bons films qui ne m’ont néanmoins pas enthousiasmée comme d’autres les années passées à l’exception d’ « Inglourious Basterds » (cliquez ici pour lire ma critique d' "Inglourious Basterds" de Quentin Tarantino), un film que, pourtant, je pensais détester, et qui pour moi mérite désormais la palme d’or. Le jury d’Isabelle Huppert décernera-t-il une deuxième palme d’or à Quentin Tarantino qui l’avait déjà obtenue pour « Pulp Fiction » , un cinéaste avec lequel elle a de surcroît eu quelques dissensions au moment du casting de ce même « Inglourious Basterds » ?

     

     Avant le festival, un blogueur m’a demandé, à la simple lecture des synopsis, sans avoir vu aucun film, quel serait, selon moi la palme d’or 2009. J’avais alors nommé « The time that remains » d’Elia Suleiman. Et je le nommerai, aussi, à nouveau. Dans ce film Elia Suleiman déjà récompensé par le Festival pour « Intervention divine » (prix du jury en 2002), mêle ses propres souvenirs à ceux des membres de sa famille, dressant un portrait de la vie quotidienne de ces Palestiniens qui sont restés sur leurs terres natales et qu’on nomme « Arabes-Israéliens » vivant comme une minorité dans leur propre pays. Ce film burlesque et politique, grave et poétique, visuellement parfait (à l’image  d’« Inglourious Basterds » de Quentin Tarantino, « Les Etreintes brisées » de Pedro Almodovar) qui emprunte à Keaton et à Tati pourrait bien se voir couronné de la distinction suprême pour la perfection de chacun de ses plans mais aussi pour l’absurdité d’une guerre qu’il souligne à la manière de Tati, la désamorçant par la "politesse du désespoir", le rire, mais aussi par sa poésie enchanteresse. Un film pacifiste, de surcroît drôle et poétique : une palme d’or idéale non ?

     

    Si la palme d’or est un prix cinématographique, couronnant le talent d’un cinéaste, elle est, en effet, bien au-delà de ça, le reflet d’un message adressé au monde, ou bien le reflet de ses souffrances, d’une plaie mise à nu. Et si cette palme devait être politique, alors elle reviendrait indéniablement à Suleiman. Si elle devait couronner le talent, l’imagination, la jubilation du spectateur, le plaisir (une notion parfois oubliée cette année mais que Tarantino concilie admirablement avec une exigence artistique remarquable) ce serait Tarantino.

     

    Viennent ensuite « Les Etreintes brisées » de Pedro Almodovar et « Un Prophète » de Jacques Audiard. Le premier présente comme point commun avec le film de Tarantino d’être une déclaration d’amour fou au cinéma ( et à Penelope Cruz dont le cinéaste sublime et révèle le talent et la beauté ravageuse comme rarement un cinéaste l’a fait avec une actrice),  pour certains un film moins bon que les précédents, il n’en demeure pas moins d’une maîtrise parfaite, d’un graphisme fascinant,  influencé par Hitchcock, Bunuel, Rossellini (et même Truffaut par le biais de Jeanne Moreau décidément très présente dans l’esprit des cinéastes cannois, voir plus bas)… un film d’une sensualité mélancolique  qui est aussi un régal de chaque instant pour les cinéphiles. Certains lui ont reproché son manque d’émotion qui à mon avis sied au contraire au caractère des personnages et montre encore une évolution dans son cinéma.

     

     Non seulement cette mise en abyme relie le film d’Almodovar et celui de Tarantino mais aussi leurs dénouements qui se font joliment écho. Pour moi, il serait impossible que l’un et l’autre ne figurent pas au palmarès même si un prix autre que la palme d’or serait peut-être une déception pour le cinéaste espagnol dont on dit qu’il pensait déjà l’obtenir pour « Volver » (couronné d’un prix d’interprétation collectif).

     

    Vient ensuite « Un Prophète » de Jacques Audiard, un film d’une intensité rare qui non seulement met en exergue les difficultés de vie dans les prisons, l’inhumanité qui y règne et qu’elle suscite, une plaie à vif de notre société, mais qui est aussi un divertissement. Ce sujet en pleine actualité et la maîtrise là aussi impressionnante du cinéaste pourraient lui valoir une palme d’or même si on dit sur la Croisette que deux palmes d’or françaises consécutives seraient impossibles pour deux films qui par ailleurs possèdent en commun de souligner des réalités sociales brûlantes. Il pourrait donc se voir remettre, au même titre que les films précédemment cités, le prix du jury ou le Grand prix du jury (qui en général prime l’originalité et la recherche) ou bien un prix spécial du jury et plus vraisemblablement un prix d'interprétation (voir ci-dessous).

     

    Concernant le Grand Prix du jury, qui en général crée la surprise, le jury pourrait également primer un film plus déconcertant  (et ils n’ont pas manqué pendant ce festival)  à l’exemple de « Visage » de Tsai Ming-Liang, allègrement sifflé hier soir et qui a pourtant le mérite de dérouter, de nous embarquer sur des chemins inhabituels mais à Cannes l’impatience, l’exigence de l’immédiateté, le refus de laisser le temps au temps ont fait que la moitié de la salle avait quitté la projection quand la lumière s’est rallumée. Ce film est pourtant (lui aussi) un vibrant hommage au cinéma et à Truffaut (on retrouve ainsi trois de ses actrices fétiches avec une mariée non plus en noir mais en blanc, dans une scène irrésistible ; il souligne les jambes de Fanny Ardant à la manière de Truffaut dans « Vivement dimanche » et puis bien sûr la présence de Jean-Pierre Léaud, sans oublier « le tourbillon de la vie » fredonné comme si de rien n’était)… Et comme le dit  Ken Loach : « Le cinéma, c’est comme le foot : quand on joue sans risque, on peut gagner mais le match sera bien vite oublié ».

     

     Le jury pourrait également créer la surprise en remettant ce prix à « Nuit d’ivresse printanière » de Lou Ye ou à un film qui a suscité la polémique : « Antichrist » de Lars Von Trier (que je n’ai pas vu mais au cours de la projection duquel de nombreux spectateurs se sont évanouis, sans compter le réalisateur refusant de revenir dans le Grand Théâtre et s’étant enfermé dans les toilettes). Oui, Gilles Jacob avait raison : Cannes n’est pas un festival pour « les âmes sensibles ». Sa violence peut surgir, brutalement, à chaque instant.

     

     Ce prix pourrait aussi être beaucoup plus consensuel en couronnant un film d’un classicisme irréprochable comme « Bright star » de Jane Campion, ou « Map of the sounds of Tokyo » d’Isabel Coixet, un film d’une simplicité envoûtante, ou bien encore la folie juvénile de l’octogénaire Alain Resnais dans "Les herbes folles" (là encore un film avec une mise en abyme qui pour moi s’apparente davantage à un court-métrage à chute, le cinéaste semble s’être beaucoup amusé mais ce film dont je vous reparlerai ces jours prochains est loin d’être son meilleur).

     

    Ce prix pourrait aussi être attribué à un film de genre, le western urbain de Johnnie To « Vengeance ». Les films précités pourraient également se voir remettre un prix spécial ou une mention spéciale.

     

    Concernant le prix du scénario : les films de Pedro Almodovar, Quentin Tarantino, Jacques Audiard ou encore celui d’Isabel Coixet (« Map of the sounds of Tokyo ») pourraient également y prétendre. Ce sont en tout cas mes favoris dans ce domaine et parmi ceux que j’ai vus. (même si d’après les échos de la Croisette « Vincere » pourrait aussi prétendre à ce prix, mais je ne l’ai pas vu…)

     

    Enfin concernant les prix d’interprétation,  pour le prix d’interprétation masculine : Tahar Rahim dans « Un Prophète », LA révélation de ce festival (ce qui serait par ailleurs un moyen de récompenser le talent de directeur d’acteurs de Jacques Audiard, et une « consolation » si ni la palme d’or ni le grand prix ni le prix du jury ne pouvaient lui être remis), Elliot Tiber pour « Taking Woodstock » (je précise que je n’ai pas vu ce film), François Cluzet dans « A l’origine »,  Sergi Lopez dans « Map of the sounds of Tokyo ».

     

     Concernant le prix d’interprétation féminine : Abbie Cornish dans « Bright star » ou Penelope Cruz dans « Les Etreintes brisées » (mes choix avec Tahar Rahim dans le film de Jacques Audiard, pour le prix d’interprétation masculine). Récompenser l’actrice espagnole serait là aussi une manière de récompenser l’immense directeur d’acteurs qu’est Pedro Almodovar  et empêcher qu’il ne reparte bredouille (ce qui, à mon sens, est impossible). Il pourrait également s’agir de Katie Jarvis dans « Fish tank », Charlotte Gainsbourg dans « Antichrist », Giovanna Mezzogiorno dans « Vincere » (je précise que je n’ai pas vu ces trois derniers films).

     

    Je précise en effet à nouveau que je n’ai pas vu tous les films de la compétition et notamment le film de Michael Haneke «  Le Ruban blanc » et « Vincere » de Marco Bellochio dont on dit également qu’ils pourraient figurer au palmarès (même si concernant le premier la position d’isabelle Huppert est un peu délicate puisqu’il s’agit du cinéaste qui lui avait permis d’obtenir le prix d’interprétation féminine à Cannes pour « La Pianiste ».)

     

    Si ce festival a été pour moi une « joie » immense, à tel point que je me demande encore si qui était réel ou ne l’était pas, la réalité ayant bien souvent dépassé l(m)a fiction et me confrontant chaque jour à un choix cornélien entre la vie et le cinéma (même si les deux se subliment réciproquement, se consacrer à l'un c'est parfois oublier l'autre, aussi entremêlés soient-ils à Cannes, comme nulle part ailleurs), j’espère que le retour à la réalité ne sera pas une « souffrance ».  « Les films sont plus harmonieux que la vie. Il n’ya pas d’embouteillages dans les films, il n’y a pas de temps mort » écrivait François Truffaut (citation de « La Nuit Américaine »). Ce festival qui s’est apparenté à un film, aussi a été plus harmonieux que la vie qu’il a sublimée.  Sans aucun temps mort. Sans une seconde pour éprouver l’écoulement du temps. Sans une seconde pour réaliser. Pour réaliser que c’était la vraie vie. Pour réaliser que ces instants vont s’enfuir à jamais mais que leur souvenir restera, majestueux, inaltérable. Claude Sautet (que, je sais, je ne me lasse pas non plus de citer) disait que le cinéma doit « faire aimer la vie ». La vie est-elle si cruelle, insupportable pour que les cinéastes nous donnent cette année surtout envie d’aimer le cinéma ? Resnais, Tarantino, Almodovar, Tsai Ming-Liang ont ainsi signé des films de cinéastes et de cinéphiles, des mises en abyme tortueuses et savoureuses. Non, je crois surtout qu’ils avaient envie de dire qu’ils aimaient le cinéma. Passionnément.   Je vous avais bien dit dans mon édito que le cinéma sortirait grand vainqueur. Quoiqu’il arrive.  Viva il cinema !

     

    A suivre sur « In the mood for cinema », « In the mood for Cannes » et « Off Cannes » (le blog d'Allociné à Cannes pour lequel j'écris également) : de nouvelles critiques de films présentés sur la Croisette, mes commentaires sur le palmarès, mon bilan de ce Festival de Cannes 2009,  de nombreuses vidéos et photos inédites et des remerciements auxquels cette année tout particulièrement je tiens à consacrer un article entier.

     

    Mes favoris de ce Festival de Cannes 2009: "Inglourious Basterds" de Quentin Tarantino, "Les Etreintes brisées" de Pedro Almodovar, " The time that remains" d'Elia Suleiman, "Un prophète" de Jacques Audiard,  "Map of the sounds of Tokyo" d'Isabel Coixet .

     

     Alors, quel(s) message(s) Isabelle Huppert et son jury veulent-ils adresser au monde et à celui du cinéma, quel(s) reflet (s) veulent-ils en donner? Réponse et analyse ce soir sur ce blog...