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cinema - Page 244

  • "Gran Torino" de Clint Eastwood:le coup de grâce (critique du film)

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    Walt Kowalski ( oui, Kowalski comme Marlon Brando dans « Un tramway nommé désir » ), Walt Kowalski (Clint Eastwood) donc, ancien vétéran de la guerre de Corée et retraité de l’usine Ford de Détroit, a tout pour plaire : misanthrope, raciste, aigri, violent, cynique, irascible, intolérant. Et  très seul. D’autant plus que lorsque débute l’intrigue, il enterre sa femme méprisant autant ses enfants et petits-enfants que ceux-ci le dédaignent.  Enfin, seul… ou presque : il est toujours accompagné de la fidèle Daisy, son labrador,  de son fusil, de sa voiture de collection, une splendide Gran Torino qu’il ne se lasse pas d’admirer depuis la terrasse de son pavillon de Détroit,  de ses bières et ses douloureux souvenirs indicibles. La dernière volonté de sa femme était qu’il aille se confesser mais Walt ne fait confiance à personne ni à un prêtre (Christopher Carley) qui va le poursuivra inlassablement pour réveiller sa bonne (ou mauvaise) conscience pour susciter sa confession, ni à sa famille et encore moins ses voisins, des immigrants asiatiques qu’il méprise et qui lui rappellent de cruelles blessures.  Jusqu’au jour où, sous la pression d’un gang, un adolescent Hmong, le fils de ses voisins,  le jeune, timide -et lui aussi solitaire et incompris- Thao (Bee Vang),  tente de lui voler sa voiture, ce à quoi il tient le plus au monde. Et lorsque le gang s’attaque à Thao,  Walt s’attaque au gang non pas pour le défendre mais pour les chasser de son jardin.  Sur ce malentendu, ayant ainsi défendu Thao, malgré lui, il devient ainsi le héros du quartier. Sue (Ahney Her), la sœur aînée de Thao, insiste pour que ce dernier se rachète en travaillant pour Walt. Ce dernier va alors lui confier des travaux d’intérêt général. Et peu à peu,  en apprenant à se comprendre, le timide adolescent aux prémisses de son existence, et le misanthrope, aux dernières lueurs de la sienne, vont révéler un nouveau visage, et emprunter une nouvelle route…

    « Gran Torino » est un film multiple et fait partie de ces films, rares, qui  ne cherchent pas l’esbroufe et à vous en mettre plein la vue mais de ces films qui vous enserrent subrepticement dans leur univers pour vous asséner le coup de grâce au moment où vous y attendiez le moins, ou plutôt alors que vous vous y attendiez. Mais pas de cette manière. Oui la grâce. Coup de grâce dans tous les sens du terme.

    Multiple parce qu’il est aussi drôle que touchant, passant parfois de l’humour à l’émotion, du comique au tragique  en un quart de seconde, dans une même scène. La scène où son fils et sa belle-fille viennent fêter son anniversaire est à la fois redoutablement triste et drôle.

    Multiple parce qu’il réunit tous les clichés du film manichéen pour subtilement et mieux s’en départir. Et après le justement très manichéen et excessivement mélodramatique « L’Echange » on pouvait redouter le pire, surtout que ce sujet pouvait donner lieu aux pires excès.

    Multiple parce que derrière cette histoire de vétéran de la guerre de Corée c’est aussi celle d’un mythe du cinéma américain qui fait preuve d’autodérision, répondant à ses détracteurs, exagérant toutes les tares qui lui ont été attribuées et les faisant une à une voler en éclats mais créant aussi un personnage, sorte de condensé de tous ceux qu’il a précédemment interprétés. Souvent des hommes en marge, solitaires, sortes de cowboys intemporels. Et ce Kowalski  ressemble  un peu à l’entraîneur de  « Million Dollar Baby », lui aussi fâché avec sa famille et la religion. Mais aussi à l’inspecteur Harry. Ou même au Robert Kincaid de « Sur la route de Madison » dont il semble pourtant être aux antipodes.

    Multiple parce que c’est à la fois un film réaliste (les acteurs Hmong sont non professionnels, « Gran Torino » est ainsi le premier scénario de Nick Schenk –coécrit avec Dave Johannson- qui a travaillé longtemps dans des usines au milieu d’ouvriers Hmong, peuple d’Asie répartie dans plusieurs pays  avec sa propre culture,  religion, langue) et utopique dans son sublime dénouement. C’est aussi  à la fois un thriller, une comédie, un film intimiste, un drame, un portrait social, et même un western.

    Evidemment nous sommes dans un film de Clint Eastwood. Dans un film américain. Evidemment nous nous doutons que cet homme antipathique  va racheter ses fautes, que la Gran Torino en sera l’emblème, qu'il ne pourra rester insensible à cet enfant, à la fois son double et son opposé, sa mauvaise conscience (lui rappelant ses mauvais souvenirs et ses pires forfaits) et sa bonne conscience (lui permettant de se racheter, et réciproquement d'ailleurs),  que la morale sera sauve et qu’il finira par nous séduire. Malgré tout. Mais c’est là tout l’immense talent de Clint Eastwood : nous surprendre, saisir, bouleverser avec ce qui est attendu et prévisible, faire un film d’une richesse inouïe et polysémique à partir d’une histoire qui aurait pu se révéler mince, univoque et classique, voire simpliste.  D’abord, par une scène de confession qui aurait pu être celle d’un homme face à un prêtre dans une Eglise, scène qui aurait alors été convenue et moralisatrice. Une scène qui n’est qu’un leurre pour que lui succède la véritable scène de confession, derrière d’autres grilles. A un jeune garçon qui pourrait être le fantôme de son passé et sera aussi le symbole de sa rédemption.  Scène déchirante, à la fois attendue et surprenante.  Ensuite et surtout,  avec cette fin qui, en quelques plans, nous parle de transmission, de remords, de vie et de mort, de filiation, de rédemption, de non violence, du sens de la vie. Cette fin sublimée par la photographie crépusculaire de Tom Stern (dont c’est la septième collaboration avec Clint Eastwood, cette photographie incomparable qui, en un plan, vous fait entrevoir la beauté évanescente d'un instant ou la terreur d'un autre) qui illumine tout le film, ou l’obscurcit majestueusement aussi, et par la musique de Kyle Eastwood  d’une douceur envoûtante  nous assénant le coup fatal.

    Deux bémols : la VF que j’ai malheureusement dû subir est assez catastrophique et le grognement de chien enragé qu’émet inlassablement Walt, probablement excessif dans la VO devient totalement ridicule dans la VF. Et cette scène inutilement explicative face au miroir dans laquelle Walt dit qu’il se sent plus proche de ses voisins asiatiques que de sa famille. Les scènes précédant celle-ci avaient suffi à nous le faire comprendre. Dommage d’avoir ici dérogé à l’implicite et l’économie de dialogue que Clint Eastwood sait aussi bien manier.

    Mais ces deux "défauts" sont bien vite oubliés tant vous quittez ce film encore éblouis par sa drôlerie désenchantée,  à la fois terrassés et portés par sa sagesse, sa beauté douloureuse, sa lucidité, sa mélancolie crépusculaire, entre ombre et lumière, noirceur et espoir, mal et rédemption, vie et mort, premières et dernières lueurs de l'existence. Le tout servi par une réalisation irréprochable et par un acteur au sommet de son art qui réconciliera les amateurs de l’inspecteur Harry et les inconditionnels de « Sur la route de Madison » et même ceux qui, comme moi, avaient trouvé « Million dollar baby » et « L’Echange » démesurément grandiloquents et mélodramatiques. Si, les premières minutes ou même la première heure vous laissent, comme moi, parfois sceptiques, attendez…attendez que ce film ait joué sa dernière note, dévoilé sa dernière carte qui éclaireront l’ensemble et qui  font de ce film un hymne à la tolérance, la non violence (oui, finalement) et à la vie qui peut rebondir et prendre un autre sens (et même prendre sens!) à chaque instant.   Même l'ultime. Même pour un homme seul, irascible, cynique et condamné à mort et a priori à la solitude. Même pour un enfant seul, timide, a priori condamné à  une vie terne et violente. 

    Un film qui confirme le talent d’un immense artiste capable de tout jouer et réaliser et d’un homme capable de livrer une confession, de faire se répondre et confondre subtilement cinéma et réalité, son personnage et sa vérité, pour nous livrer un visage à nu et déchirant. Une démonstration implacable. Un film irrésistible et poignant.  Une belle leçon d’espoir, de vie, d’humilité. Et de cinéma…

    BANDE-ANNONCE:

     

    Plus d'infos sur ce film

    JAMIE CULLUM-GRAN TORINO:

    Sandra.M

    Lien permanent Imprimer Catégories : CRITIQUES DES FILMS A L'AFFICHE EN 2008 Pin it! 5 commentaires
  • "Millenium" ou "Anges et démons" en ouverture du Festival de Cannes 2009?

    Le thriller "Millenium "réalisé par Niels Arden Oplev , adaptation très attendue au cinéma du premier volet de la trilogie littéraire, véritable best seller de Stieg Larsson , pourrait ouvrir le prochain Festival de Cannes (le film sort ainsi en salles le 13 Mai prochain, jour d'ouverture du Festival).

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    Le film aurait ainsi été choisi au détriment d' "Anges et Démons" de Ron Howard , qui adapte quant à lui le livre éponyme de Dan Brown  qui sort également en salles le 13 Mai prochain.

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    A suivre sur "In the mood for cinema" et "In the mood for Cannes" puisque je serai en direct de Cannes pour vous faire vivre le festival du 13 au 24 mai.

    LE TEASER DE "MILLENIUM":

    BANDE-ANNONCE D'"ANGES ET DEMONS":

    Lien permanent Imprimer Catégories : FESTIVAL DE CANNES 2009 Pin it! 0 commentaire
  • Concours de courts-métrages "Mon Europe à moi"

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    A l’approche des élections européennes en juin prochain, la ville de Levallois crée l’événement en organisant :

     

    Le Concours de Courts-métrages  "Mon Europe a moi"

     

    Ce concours est ouvert a toutes personnes agées de 15 a 30 ans, les participants sont invités a envoyer gratuitement un film de 15 minutes maximum qui illustre  ce que représente l’union européenne a leurs yeux.

     Les dates de participations sont du 15 février au 15 mai 2009. 

    Les films finalistes seront projetés lors de la cérémonie de remise des  prix le Samedi 27 juin 2009 a l’hôtel de ville de Levallois. La projection aura lieu devant les participants, leurs invités, le public et un jury de professionnels présidé par : Stéphane Kazandjian (réalisateur  de

    Modern Love, 2008, avec Alexandra Lamy, Stéphane Rousseau, Bérénice Bejo…) qui élira les 3 gagnants du concours.

    A gagner : 1 000 €, caméra HD, écran TV géant, lecteur MP4, des cheques cadeaux…

    Renseignements et inscriptions sur : http://www.moneuropeamoi.com

     

    "In the mood for cinema" est partenaire de ce concours et vous en parlera donc régulièrement. Je vous encourage vivement à tenter votre chance!

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  • L'intégralité du programme du 11ème Festival du Film Asiatique de Deauville

    deauvilleasia2.jpgVous pouvez désormais retrouver l'intégralité des jurys et du programme du Festival du Film Asiatique de Deauville 2009 détaillés sur mon blog consacré aux Festivals de Deauville (Asiatique et Américain): "In the mood for Deauville".

    Je vous rappelle que je serai à ce Festival du 11 au 15 mars prochain et que vous pourrez lire un compte rendu quotidien en direct sur "In the mood for Deauville".

  • Carte noire: un café nommé désir et émotion

    Si "In the mood for cinema" a choisi de participer à cette campagne publicitaire, (article sponsorisé par Blogrider), c'est d'une part parce que Carte noire a souvent un lien avec les principaux évènements cinématographiques nationaux et internationaux mais aussi avec le prix ciné roman Carte Noire qui a pour but de faire découvrir de nouvelles histoires et notamment des romans adaptables au cinéma (le lauréat 2008 était "L'hiver indien" de Frédéric Roux), d'autre part parce que son site internet mérite le déplacement proposant à la fois de découvrir les cafés de la marque mais aussi son spot très "in the mood for cinema" (que vous pouvez également visionner ci-dessous) mêlant désir et émotion intitulé "Attraction", un spot pour lequel Carte Noire a créé de fauses bandes-annonces et de vraies affiches de films dignes des plus grosses productions hollywoodiennes allant jusqu'à habiller le site Allociné pour annoncer la sortie du film. Je vous laisse vous immerger dans l'univers d'un café nommé désir. Un site destiné aux gourmands et cinéphiles: http://www.uncafenommedesir.com.

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  • Forum International Cinéma et Littérature de Monaco (complément de programmation)

    Je vous parlais hier du Forum International Cinéma et Littérature de Monaco (Cliquez ici pour lire mon précèdent article). Voici un complément de programmation:

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    LAURA MORANTE  Présidente d’Honneur

     

    Créé à l’initiative de Claire Breuvart et Hans-Stephan Kreidel et placé sous le Haut Patronage de SAS Le Prince Souverain Albert II le Forum Cinéma & Littérature est devenu, en sept ans, le rendez-vous incontournable de l’adaptation littéraire. Véritable banque d’idées internationale pour les professionnels du cinéma, de la littérature, de la télévision, de la bande dessinée et des jeux vidéo, le Forum est aussi un lieu privilégié de rencontres entre le public et des personnalités venues du monde entier.

    ILS SERONT A MONACO : CINEASTES, AUTEURS, ACTEURS:

    Jeanne MOREAU, Amos GITAÏ, François DUPEYRON, Anny DUPEREY, Zabou BREITMAN, Josée DAYAN, Lucas BELVAUX, Philippe BESSON, Florian ZELLER, Louis GARDEL, David FOENKINOS, Ariel KENIG, Eliette ABECASSIS, Philippe DRUILLET, Elsa ZYLBERSTEIN, Mélanie MAUDRAN, Jacky IDO…

    L’ADAPTATION LITTERAIRE FAIT SON CINEMA :

    ÉVENEMENTS GRAND PUBLIC

    • Des films présentés en avant-première chaque soir (entrée libre sur réservation) :

    Jeudi 19 : « FROST-NIXON » de RON HOWARD

    Vendredi 20 : « CHERI » de STEPHEN FREARS

    Samedi 21 : « JE L’AIMAIS » de ZABOU BREITMAN, en présence de l’équipe du film.

    Une leçon de cinéma : AMOS GITAÏ - Samedi 21 mars de 14h30 à 16h

    Rencontre avec un cinéaste majeur du cinéma, auteur de nombreux documentaires, longs-métrages et adaptations. 1h30 pour découvrir et partager son univers artistique ainsi que ses engagements personnels.

    • Des lectures publiques : vendredi 20 mars de 14h30 à 15h30.

    DAVID FOENKINOS, MICHELE HALBERSTADT et ELIETTE ABECASSIS liront des extraits de leur dernier roman.

    • Des nombreuses tables rondes et rencontres autour de l’adaptation de romans, BD et jeu vidéo :

    Avec, entre autres, PHILIPPE DRUILLET, ANCESTRAL Z (DOFUS.COM), JOSEE DAYAN et également l’équipe du film « Je l’aimais », FABIO CONVERSI (producteur) ZABOU BREITMAN (réalisatrice) MARIE-JOSEE CROZE (actrice).

    PROGRAMME LYCEENS

    • 3e concours et atelier de « pitchs » avec PHILIPPE BESSON et FRANCOIS DUPEYRON

    Près de 500 élèves de 5 lycées des Alpes-Maritimes et de Monaco participent à cette opération organisée en collaboration avec le rectorat de Nice, en travaillant sur le roman de Philippe Besson, « Les jours fragiles » (Editions Julliard) retraçant la jeunesse d’Arthur Rimbaud, prochainement adapté au cinéma par le réalisateur François Dupeyron - Vendredi 20 à 11h.

    LES TALENTS A L’HONNEUR

    6 PRIX attribués pour mettre à l’honneur tous les talents de l’adaptation littéraire dont "Le Prix du Meilleur Roman Adaptable", "Le Prix de la Meilleure Adaptation Littéraire de Télévision, « le Prix de la Meilleure BD Adaptable »

    LES PROFESSIONNELS DE LA MÉDITERRANÉE A L’HONNEUR

    Samedi 21 : Focus sur les pays du bassin méditerranéen à travers UN DEBAT et des « PITCHING SESSIONS » DE COPRODUCTION qui favoriseront les échanges professionnels entre éditeurs et producteurs des deux rives de la Méditerranée.

  • Discours de Gilles Jacob lors de la remise de la palme d'honneur à Clint Eastwood

    Pour patienter, en attendant ma critique de "Gran Torino" (très très bientôt ), le dernier film de et avec Clint Eastwood que je n'ai pas encore eu le temps de voir, voici le discours de Gilles Jacob en l'honneur de Clint Eastwood lors de la remise d'une palme  d'honneur à ce dernier, le 25 février 2009.

    Pour moi, en tout cas, son meilleur film, son chef d'oeuvre incontesté est pour le moment celui-là.

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    Photo ci-dessus prise par "In the mood for cinema" lors de l'hommage à Manuel de Oliveira, Festival de Cannes 2008

    DISCOURS DE GILLES JACOB LORS DE LA REMISE DE LA PALME D'HONNEUR A CLINT EASTWOOD, CE 25 FEVRIER 2009

    "Mon cher Clint, laissez-moi commencer par une petite devinette. Quelle est à votre avis la plus grande frustration qu’un président de festival puisse éprouver ? Vous ne voyez pas ? C’est pourtant bien simple : il n’a jamais son mot à dire lorsqu’arrive le moment crucial du festival, je veux parler bien sûr de l’attribution des prix. C’est la raison de notre réunion d’aujourd’hui, entre vieux amis. Ne le prenez pas mal : je suis né 15 jours après vous !
    Mais j’en viens au fait. Nous avons décidé de nous accorder, à titre exceptionnel, un privilège qui d’ordinaire nous échappe, à Thierry comme à moi. Il y a bien eu un précédent, la Palme des Palmes décernée à Bergman : aujourd’hui, c’est vous que nous souhaitons honorer, au nom du Festival de Cannes.
    En cela, le Festival ne commet pas un acte révolutionnaire mais accompagne plutôt, par ce geste hautement symbolique, la faveur que le public et la critique internationale unanime vous ont déjà accordée d’enthousiasme. D’ailleurs, il serait impossible de désigner l’une plutôt que l’autre de vos œuvres comme digne de la récompense suprême. Comment choisir entre BIRD, MYSTIC RIVER, MILLION DOLLAR BABY, votre diptyque japonais, ou encore GRAN TORINO, acclamé aujourd’hui comme le film « où Clint Eastwood rassemble toute sa pensée sur son cinéma, sa carrière et son pays ».
    C’est donc le bon moment pour dédier la Palme à Clint Eastwood, auteur de tous ces chefs d’œuvre. Et tant pis pour votre modestie légendaire… J’ai parlé de votre immense talent. Il faut savoir qu’il y a deux Clint Eastwood, tous deux se confondant sous les traits de l’American lonesome hero qui fait tant battre les cœurs de notre Vieux monde. Il y a celui, fameux pour son charisme, son caractère et sa faculté de défourailler son 38 Magnum plus vite que la foudre, je veux parler de l’Inspecteur Harry et autres caractères très populaires, que vous assassinez une bonne fois pour toutes dans GRAN TORINO. Ils vous ont pourtant permis de conquérir votre indépendance et une certaine renommée. Et ils ont permis à l’autre Clint, plus confidentiel celui-là, en tout cas à ses débuts, de réaliser des films personnels, qui ont surpris ceux qui ne vous connaissaient pas par leur charme, leur originalité, leur petite musique de nuit, mon cher Mozart – eh oui, il n’y a pas que le jazz dans la vie - et leur lyrisme bien tempéré. Dans ces deux courants de votre travail, la Brute et le Troublant, chacun ici reconnaîtra sans peine le main stream américain et l’European touch. Je vous laisse deviner lequel des deux je préfère. Mais le réconfortant de la chose est que le public s’est peu à peu intéressé, autant sinon plus, à vos films « about people » qu’à vos films d’action. Car, tel est l’art de votre mise en scène, vous filmez les scènes de tendresse comme des thrillers, et les thrillers comme…des thrillers ! L’itinéraire de MILLION DOLLAR BABY pour lequel j’ai le plus d’affection est à cet égard très convainquant : qui eut dit que ce film nocturne, d’une tristesse infinie, toucherait à ce point le cœur de tous les publics et deviendrait de la sorte un classique ?
    De même pour vos autres chefs d’œuvre. Comme pour les grands metteurs en scène de tous les pays, Bresson, Ford, Ozu, Satyajit Ray, Rossellini, vous avez très vite compris que la simplicité, la caméra à hauteur d’homme, l’exacte durée d’un plan, la nature de l’objectif, la coupe au montage, la situation des plages musicales, étaient affaire de choix. Dans chaque domaine, il n’y en a qu’un seul – et pas un autre. C’est ainsi qu’on s’installe tout doucement dans l’Histoire du cinéma.
    Il peut se faire enfin qu’on soit un grand artiste, mais un égoïste forcené. Ca arrive ! Ce n’est pas votre cas. Quand Pierre Rissient, votre « porte-drapeau » depuis la nuit des temps, s’est retrouvé hospitalisé, atteint d’un mal inconnu au Cedar Sinaï Hospital, il s’est réveillé, vaguement conscient, et en ouvrant les yeux, Clint Eastwood était à son chevet. Depuis combien de temps, on ne sait pas, mais vous aviez tout arrangé pour les soins, pour l’intendance, pour tout, et cet étranger s’est miraculeusement retrouvé nimbé d’une aura de popularité de nature à impressionner l’infirmière la plus rébarbative. Pourquoi j’ai cité en passant cette anecdote inconnue ? C’est que ces qualités humaines, si rares de nos jours, ne sont pas pour rien dans l’honneur que nous vous faisons aujourd’hui. Faisant mentir Scott Fitzgerald que vous citez en exergue de BIRD : « Il n’y a pas de deuxième chance pour un héros américain », je vais maintenant, mon cher Clint, vous remettre la Palme d’or en témoignage de notre admiration et d’une longue connivence d’un quart de siècle. "

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