Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

- Page 5

  • Avant-première – Critique de « Comme des frères » de Hugo Gélin avec Pierre Niney, François-Xavier Demaison, Nicolas Duvauchelle, Mélanie Thierry…

    comme.jpg

    Nombreuses sont les comédies françaises à être sorties depuis le début de l’année  (sans doute le reflet d’une frilosité des producteurs se disant qu’en période de crise, le public est friand de ce genre) et rares sont malheureusement celles à se démarquer et surtout à être autre chose qu’une suite de sketchs (certes parfois très drôles), sans véritable scénario ni mise en scène. Je vous parle d’ailleurs rarement de comédies ici mais je tenais à le faire pour celle-ci pour différentes raisons…

     « Comme des frères », c’est l’histoire de trois hommes de trois générations différentes, Boris (François-Xavier Demaison), Elie (Nicolas Duvauchelle) et Maxime (Pierre Niney) qui, a priori, n’ont rien en commun, rien si ce n’est Charlie (Mélanie Thierry), à qui ils étaient tous liés par un sentiment fort et singulier, et qui vient de mourir. Comme elle le leur avait demandé, ils décident de faire ensemble ce dernier voyage qu’elle aurait voulu faire avec eux, direction la Corse et la maison que Charlie aimait tant. 900kms ensemble avec, pour point commun, l’ombre de la lumineuse Charlie, leur chagrin…un voyage après lequel plus rien ne sera tout à fait pareil.

    Dès le début de ce film se dégage un charme inexplicable (pléonasme, non ?) qui vous accroche et attache aux protagonistes pour ne plus vous lâcher… Les frères Dardenne (dans un genre de film certes radicalement différent) répètent souvent que ce sont les personnages qui comptent avant les idées et, si la plupart des comédies se contentent d’une bonne idée et d’un bon pitch, négligeant leurs personnages, ici, dans l’écriture du scénario, Hérvé Mimran ( coauteur/coréalisateur d’une autre comédie très réussie qui d'ailleurs présentait aussi cette qualité:  « Tout ce qui brille »), Hugo Gélin et Romain Protat, se sont d’abord attelés à construire des personnages forts et particulièrement attachants : le jeune homme lunaire de 20 ans, le trentenaire scénariste noctambule, et l'homme d’affaires, quadragénaire et seul. Trois personnages qui, tous, dissimulent une blessure.

     Le chagrin et la personne qui les réunissent annihilent la différence d’âge même si elle est prétexte à un gag récurrent (et très drôle) sur les goûts parfois surannés du personnage de François-Xavier Demaison qui apporte toute sa bonhomie mélancolique et attendrissante et la justesse de son jeu à cet homme qui n’arrive pas -plus- à aimer depuis Charlie. L’autre bonne idée est en effet le casting : outre François-Xavier Demaison, Nicolas Duvauchelle est également parfait, et surtout Pierre Niney ( pensionnaire de la comédie française depuis 2010), découvert au Festival du Film de Cabourg 2011 (où il a cette année reçu le prix de la révélation masculine) dans le très beau premier long-métrage de Frédéric Louf « J’aime regarder les filles » dans lequel il incarnait un personnage d’une maladroite élégance, à la fois léger et grave, immature et obstiné, autodestructeur et volontaire, audacieux et inconscient. Ici il est lunaire, burlesque même, immature (mais finalement pas tant que ça), attachant, et cache  lui aussi derrière sa maladresse, une blessure. Pas étonnant que les propositions pleuvent après sa nomination aux César 2012 pour cet acteur par ailleurs humble et sympathique, ce qui ne gâche rien…

     Si je vous parle du film de Frédéric Louf, c’est qu’il présente un autre point commun avec le film d’Hugo Gélin : cette vitalité si chère à Truffaut (« Le cinéma c’est la vitalité » disait-il) qui parcourt tout le film. Une vitalité, un sentiment d’urgence, une conscience du dérisoire de l’existence, de sa beauté mélancolique aussi, et de la tendre ironie qu’inspirent souvent les drames de l’existence, qui changent à jamais le regard sur celle-ci, et que ce film parvient magnifiquement à retranscrire.

     Hugo Gélin ne recourt jamais au pathos, l’écueil dans lequel il aurait été si facile de tomber avec un tel sujet, mais montre au contraire qu’une révoltante et cruelle injustice de l’existence, peut donner une autre saveur à celle-ci , le goût de l’essentiel et qu’elle peut avoir la capacité  de (re)créer des liens, ici quasiment fraternels. Plutôt que de nous montrer Charlie malade et agonisante, il nous la montre telle que la voyaient ses trois amis, radieuse, viscéralement vivante et lumineuse, par une série de flashbacks judicieusement amenés qui retracent le lien si particulier que chacun d’entre eux entretenait avec elle mais aussi la manière dont le quatuor devenu trio s’est construit avec, notamment, la très belle scène chaplinesque sur leur première rencontre, intelligemment placée au dénouement.

     Le scénario (qui a le mérité d’être original, de n’être pas l’adaptation d’une BD ou d’un livre, ou la transposition de sketchs d’humoristes désireux de passer derrière et/ou devant la caméra comme c’est très-trop-souvent le cas), sensible, qui nous révèle les liens entre les personnages par petites touches et alterne intelligemment entre rires et larmes, est aussi servi par des dialogues savoureux. Tant pis si certains aspects sont peut-être plus prévisibles comme le prénom donné au bébé de l’un d’entre eux, cela fait aussi partie des codes de ce genre de film.

    De ces trois (quatre)-là, vraiment irrésistibles, émane une belle complicité, une alchimie même, à cause de laquelle ou plutôt grâce à laquelle nous les laissons avec regrets nous frustrant presque de n'en  savoir pas plus… Un quatuor qui m’a parfois rappelé celui de « Père et fils » de Michel Boujenah qui mettait ainsi en scène un père et ses trois fils. Le tout est servi par une belle photographie signée Nicolas Massart ( avec des plans que certains cyniques jugeront sans doute clichés, comme ce plan de soleil, reflet d’un nouveau jour et de l’espoir qui se lèvent), un film d’une gravité légère à la fois tendre et drôle, pudique et espiègle: en tout cas, charmant et qui prouve qu'une comédie peut sonner juste et actuelle sans recourir systématiquement au trash ou au cynisme.

    Ajoutez à ce casting impeccable, ce scénario et ces dialogues réjouissants, cette photographie, la musique ensorcelante du groupe Revolver (quelle bonne idée d'ailleurs! J’en profite pour vous signaler qu’ils seront à l’Olympia le 25 octobre prochain !) et vous obtiendrez ce road movie attachant et riche d'espoirs, cet hymne à l'amitié et la comédie tendrement mélancolique de l’année.

    En salles le 21 novembre 2012

  • Compte-rendu et palmarès du Festival International des Jeunes Réalisateurs de Saint-Jean-de-Luz 2012

    saintjean1 005.JPG

    Un mois après le Festival du Cinéma Américain de Deauville, me voilà repartie pour une autre destination au charme paradoxalement joyeusement mélancolique…cela tombe bien, dans le film qui a remporté le plus de prix, il était justement question de paradoxes...

    Pour la 2ème année consécutive, j’ai ainsi eu le plaisir de retourner à Saint-Jean-de-Luz pour le Festival International des Jeunes Réalisateurs qui, comme son nom l’indique (partiellement), a pour (réjouissant) principe de projeter des premiers et deuxièmes films de jeunes (du moins dans leurs carrières) cinéastes. Pour qu’un festival soit réussi, il faut plusieurs ingrédients : d’abord et avant tout une belle sélection, ensuite un bon accueil, une atmosphère conviviale, des organisateurs cinéphiles (l’enthousiaste journaliste réalisateur Patrick Fabre est le directeur artistique du festival et anime les débats, souvent passionnants, d’après films) et éventuellement un lieu agréable. En l’espèce, tous les ingrédients étaient réunis (et je sais de quoi je parle pour avoir vu TOUS les films de la sélection, je ne vous parlerai ici que de ceux qui m’ont le plus marquée), sans doute la recette du succès de cette 17ème édition qui a rassemblé plus de 4500 spectateurs, peu si on compare à de « grands » festivals mais un nombre conséquent pour un festival dont les projections (très souvent complètes) se déroulent presque toujours dans une seule salle, celle DU cinéma de Saint-Jean-de-Luz, le très agréable Sélect.

    saintjean 026.JPG

    Les 10 films en compétition étaient particulièrement divers dans leurs styles même si s’en dégageaient des thématiques communes : le poids de la religion et des traditions, parfois leurs contradictions, la maladie (physique ou mentale), le deuil, et souvent une forme d’enfermement (dans la religion, la prison, la guerre, la solitude). Des sujets lourds certes mais traités souvent avec dérision, par l’absurde, la poésie et en tout cas la plupart du temps avec beaucoup de sensibilité.

    Le festival a commencé par un moment d’émotion avec l’hommage à un habitué du festival (Claude Pinoteau) rendu par un autre habitué du festival (Georges Lautner) qui l’y accompagnait chaque année et qui a déclaré : «  Chaque année on venait ensemble à Saint-de-Luz. Mais ce matin j’ai pris l’avion sans lui. Je suis un peu bouleversé. Au-delà de ses films formidables qui ont tant fait pour le cinéma populaire, c’est l’homme que j’aimais. Ensemble, on était heureux. Nous aimions les longues marches sur la plage, les découvertes gastronomiques. Et nous aimions défendre avec passion ce jeune cinéma et être aux côtés de ces gens de Saint-Jean-de-Luz qui se battent pour les jeunes réalisateurs. C’est le côté humain que je veux mettre en avant plus que le cinéaste dont chacun connaît les grandes qualités ».

    saintjean 005.JPG

    jean99 038.JPG

     

    Le palmarès a couronné les meilleurs films de cette édition avec, néanmoins, un oublié : « Le voyage de Monsieur Crulic » de la cinéaste Roumaine Anca Damian, un film atypique qui mêle fiction, animation, documentaire et qui a d’ailleurs récolté de nombreux prix en festivals de cinéma. C’est l’histoire de Crulic racontée d’outre-tombe par son protagoniste mort à 33 ans dans une prison polonaise après avoir été injustement accusé de vol et après avoir effectué une grève de la faim pour alerter les autorités. La dureté du récit qui donne d’autant plus froid dans le dos qu’il est inspiré d’une histoire vraie, la cruauté des injustices subies par Crulic sont contrebalancées par la poésie de la réalisation et le choix de la forme, le récit en voix off d’une sombre ironie qui instaure une salutaire distance sans pour autant perdre en force, exacerbant même le sentiment de révolte suscité par l’injustice meurtrière vécue par Crulic, et s'achevant par la vision d'une beauté déchirante d'une âme qui s'envole . La réalisatrice a expliqué que, après avoir vu « Hunger », il lui paraissait impossible de faire aussi bien par le biais de la fiction, d’où ce choix de ce judicieux mélange des genres, et essentiellement de l’animation.  C’est l’acteur roumain Vlad Ivanov qui prête sa voix au personnage de Crulic alternant avec Sandrine Bonnaire…et cela tombe bien puisque c’est cette dernière qui signe le bouleversant « J’enrage de son absence » qui, lui, en revanche, figure au palmarès du festival, son interprète masculin principal William Hurt ayant obtenu le prix d’interprétation amplement mérité tant sa prestation est rare et bouleversante dans ce film. C’est son jeune partenaire dans le film, Jalil Meheni, qui est venu recevoir le trophée.

    Sandrine Bonnaire (radieuse à Saint-Jean-de-Luz) nous avait déjà bouleversés avec son documentaire consacré à sa sœur autiste « Elle s’appelle Sabine » un documentaire ni larmoyant ni complaisant, deux écueils dans lesquels il aurait été si facile de tomber. Véritable plaidoyer pour la mise en place de structures d’accueil pour les handicapés, hommage à ceux qui les encadrent, c’était aussi une véritable déclaration d’amour de Sandrine Bonnaire à sa sœur, un cri du cœur déchirant pour celle que 5 années d’hôpital psychiatrique changèrent à jamais mais qui joue un prélude de Bach avec la même facilité sidérante que des années auparavant. Sandrine Bonnaire parvient à nouveau, magistralement, à nous bouleverser avec son premier long-métrage de fiction.

     Ce film nous raconte l'histoire d'un couple, Jacques (William Hurt) et Mado (Alexandra Lamy), dont le fils est décédé accidentellement, quelques années auparavant. Lorsqu'ils se retrouvent, le père devient obsédé par le petit garçon de 7 ans qu'elle a eu d'une autre union. Entre cet homme et ce petit garçon, un lien fort et inquiétant se crée dans le secret d’une cave.

     Sandrine Bonnaire, pour son premier film, dès la première seconde, fait preuve d’une maitrise étonnante, d’une manière de nous « impliquer » dans son drame, avec intensité et empathie. La tension est croissante. Le regard à la fois doux et perdu, un peu fou mais surtout fou d’amour et de la rage de l’absence de William Hurt auquel sa caméra s’accroche souvent, y est pour beaucoup. Sa prestation est une des plus magistrales qu’il m’ait été donné de voir. Son personnage un des plus bouleversants de tendresse, de détresse, d’humanité, aux portes de la folie. Il va peu à peu s’enterrer, se recroqueviller au propre comme au figuré, pour aller au bout de cette détresse.

     Jamais Sandrine Bonnaire ne tombe dans le pathos, toujours à hauteur de ses personnages, de leur cauchemar dans lequel elle nous enferme peu à peu, créant une tension croissante, bientôt suffocante. Elle ne juge jamais ses personnages mais les comprend, les suit pas à pas dans cette descente aux enfers. Ce sont aussi deux appréhensions du deuil. L’un tait et l’autre fait exploser sa douleur, descend jusqu’au plus profond de celle-ci. Deux personnages abîmés par les terribles vicissitudes de l’existence et d’autant plus humains et touchants.

    Sandrine Bonnaire, si elle a certainement appris beaucoup avec tous les grands cinéastes avec lesquels elle a tournés (le prénom de Mado fait ainsi songer à Claude Sautet, d’ailleurs ce mélange des genres peut aussi faire penser à « Quelques jours avec moi » de ce même cinéaste, un film dans lequel Sandrine Bonnaire était d’ailleurs magistrale ; elle filme par ailleurs souvent la nuque et le dos d’Alexandra Lamy comme Claude Sautet avait coutume de le faire, notamment avec Romy Schneider), elle impose, dès son premier film, un style bien à elle, et surtout un regard et un univers.

     En plus d’être une grande comédienne, Sandrine Bonnaire s’affirme ici comme une grande cinéaste en devenir. Elle filme la violence de la douleur avec une rage à la fois douce et âpre, sans jamais lâcher ses personnages tout comme cette douleur absolue ne les lâche jamais. Paradoxalement, un film qui fera du bien à tous ceux qui ont connu ou connaissent la douleur ineffable, étouffante et destructrice du deuil.

     Avec ce film dramatique, absolument bouleversant, entre drame familial et thriller, Sandrine Bonnaire met des images sur l’indicible douleur et donne à William Hurt et Alexandra Lamy leurs meilleurs rôles (un premier rôle et une nouvelle fois un beau personnage de mère qui montre toute l’étendue de l’immense talent de cette dernière, à la fois ici sensuelle et terrienne) et signe une première fiction palpitante, poignante, d’une maîtrise étonnante qui vous fera chavirer d’émotion pour ces beaux personnages enragés de douleur.

    Le même titre « J’enrage de son absence » aurait d’ailleurs pu convenir au film dont l’interprète féminine principale a reçu le prix d’interprétation : Laïne Magi pour son rôle dans le film « Une Estonienne à Paris », d'Ilmar Raag. Cette dernière y interprète une Estonienne quinquagénaire qui, après avoir consacré deux années à sa mère, part travailler en France suite au décès de cette dernière. Là, elle s’occupe d’une vieille dame, Frida, qui n’attend plus rien d’autre de la vie que l’attention que lui porte Stéphane, son jeune amant d’autrefois. Le film est produit par les producteurs de mon coup de cœur de l’édition 2011 du festival « Une bouteille à la mer » et possède en commun avec le film de Thierry Binisti une belle sensibilité et un récit qui fait se rencontrer deux solitudes qui, a priori, n’auraient jamais dû se croiser. La vieille dame délicieusement indigne est interprétée par Jeanne Moreau qui impose sa belle présence et assurance. L’une et l’autre vont trouver dans cette détonante rencontre ce qu’elles ne cherchaient plus. Les personnages sont soigneusement dessinés, non seulement les deux interprètes féminines mais également le personnage de Stéphane interprété par Patrick Pineau. C’est aussi l’histoire d’une liberté trouvée, de deux, et même trois solitudes qui vont se rencontrer, et  c’est surtout l’interprétation subtile et nuancée de l’interprète principale qui donne à ce film cette grâce ensorcelante. Le distributeur  a souligné que la force du film tenait surtout dans le fait de « faire se rencontrer deux mondes différents ».

    C’est aussi de quête de liberté dont il était question dans le très beau « Syngue Sabour, pierre de patience»,  réalisation franco-afghane d’Atiq Rahimi  (primé en 2004 à Saint-Jean-de-Luz pour « Terres et cendres »)  qui a reçu le Chistera du meilleur film avec cette adaptation de son roman (scénario écrit avec l’aide de Jean-Claude Carrière) couronné du Goncourt en 2008, un roman qui était son quatrième livre mais le premier écrit en français, peut-être là aussi une manière d’instaurer une distance et de se mettre dans la peau de cette femme courageuse qui va révéler ses peurs , ses désirs, se dévoiler. « Syngué sabour » signifie en persan « pierre de patience ». On raconte ainsi que jadis existait une pierre magique à laquelle on pouvait se confier, qui délivrait ainsi des souffrances et des peines. Alors qu’à l’extérieur la guerre fait rage, c’est la sienne, de rage, que va exprimer cette jeune afghane.  Son Syngué sabour à elle, c’est  son mari, un combattant paralysé, condamné au silence, à l’inertie, après qu’une balle se soit logée dans sa nuque sans pour autant le tuer. Alors, sans savoir s’il entend ou comprend, elle lui parle, elle lui parle de plus en plus, et ne vient même bientôt plus que pour cela tandis qu’autour d’elle c’est le chaos. Sa confession sans retenue, sans pudeur même, va peu à peu la libérer de ses secrets, libérer son corps et la libérer de toutes ces conventions sociales et religieuses dans lesquelles elle était enfermée. Bouleversant et magnifique portrait de femme qui s’’émancipe, sublimée par la photographie et les mots « enragés » de désirs et liberté de l’auteur, c’est aussi une magnifique leçon de courage et un hymne à la liberté. Atiq Rahimi n’a pas pu être présent à la cérémonie mais  a tenu à envoyer le message suivant « Je remercie le Festival pour l’honneur qui m’est fait, écrit-il. Mais je maudis la guerre qui m’a inspiré cette histoire ».

    Comme une réponse en miroir dans « Les voisins de Dieu » le film israélien de Meni Yaesh, chistera du jury jeunes et du meilleur réalisateur, c’est une jeune femme qui va ouvrir les yeux d’un jeune Israélien qui s’enferme dans l’intolérance. C’est « un visage inédit de la société israélienne » que propose le réalisateur comme l’a souligné le distributeur du film.

    Avi, Kobi et Yaniv sont  trois amis vivant en Israël,  à Bat Yam, unis par les leçons du rabbin, le backgammon et la musique électronique mais surtout par leur vision de la religion ; il se sont ainsi autoproclamés surveillants de leur quartier et ne tolèrent ni les tenues jugées indécentes des jeunes femmes,  ni les Arabes de Jaffa qui passent avec leur voiture mettant la musique à tue-tête… Sans jamais surligner, Meni Yaesh montre les paradoxes de la religion quand elle est poussée à l’extrême et devient l’unique guide et repère et quand, au contraire des valeurs qu’elle prône, croyance rime alors avec intolérance. Le réalisateur ne juge pas vraiment, n’apporte pas de solutions. Il montre simplement, sans manichéisme, ni angélisme. Là aussi le personnage principal va se libérer, non pas d’une religion ou de règles qu’on lui impose comme dans le film d’Atiq Rahimi mais de celles qu’il s’impose et surtout aux autres, comme un refuge, un repère. C’est une jeune femme, Miri (une de celles à qui il a reproché sa tenue indécente) qui le fera s’interroger, alors écartelé entre ses désirs qui le perturbent et ses règles qui le rassurent. Un film énergique (très influencé par le cinéma américain) et clairvoyant aussi lauréat du prix SACD de la 51ème semaine de la Critique de Cannes 2012.

    Le public, quant à lui, a préféré « Dead Man Talking », première réalisation de l’acteur belge Patrick Ridremont, qui débute directement par le long-métrage sans passer par la case (que certains disent obligée) du court-métrage.

    C’est l'histoire d'un condamné à mort également interprété par Patrick Ridremont, sorte de Shéhérazade au masculin, qui, chaque soir, raconte sa vie pour reporter sa condamnation, profitant d’un vide juridique selon lequel le condamné peut s’exprimer autant qu’il le souhaite et ainsi repousser sa condamnation à la même heure le lendemain si, à minuit, il n’a pas fini de parler. Odieusement séduisant et habile, il va ainsi être récupéré par un gouverneur en mal d’électeurs qui va transformer ses récits en émissions de télévision sur les conseils de son arriviste conseillère (Virginie Efira). Patrick Ridremont, malgré un symbolisme appuyé, malgré des clichés un peu éculés (le politicien prêt à tout pour être élu …), plus que la critique de la politique-spectacle et de l’opportunisme d’une télévision prête à tout pour un surcroît d’audience ou encore un public qui se laisse aller au sentimentalisme car en quête de héros quels qu’ils soient surtout s’ils leur ressemblent dans leurs faiblesses, parvient à nous faire passer du rire aux larmes, et à mêler les genres avec une certaine habileté, teintant de tendresse son humour très noir et parfois ravageur. A voir aussi pour Christian Marin dont c’est le dernier rôle, irrésistible en prêtre distrait porté sur la boisson.

    Comme chaque année, le festival proposait également une compétition de courts-métrages. Le prix du jury a été attribué à « Ce n'est pas un film de Cow-boys » de Benjamin Parent (qui figure d’ailleurs dans la présélection des courts-métrages aux César), le prix du public à « Renée » de Jézabel Marques-Nakache et le prix Ciné + à « Edwige » de Mounia Meddour, ce dernier dominant largement la sélection un peu trop tournée vers la comédie à mon goût avec des films relevant parfois plus du sketch que de la vraie proposition cinématographique, instaurant rapidement une atmosphère inquiétante dans un décor  et avec un personnage principal-Edwige donc- grisâtres a priori plus moroses que dangereux. Je suis impatiente de voir son premier long-métrage apparemment sur un sujet similaire (Edwige, apparemment inoffensive vivant seule dans une grande demeure, employée d’un hôtel à Saint-Valery-en-Caux, qui s’éprend dangereusement d’un des clients).

    A noter également parmi les courts-métrages en compétition « Partir » de Christophe Brachet et son très beau pitch :

    « C’est le rêve qui guide nos existences.

    C’est le rêve qui nous mène parfois loin de tout.

    Et c’est aussi le rêve qui nous perd et nous enchaîne à la réalité.

    Mais le choix reste toujours possible : partir ? »

    Et si je vous parle de celui-ci c’est parce que son réalisateur/acteur était aussi le photographe officiel du festival, des clichés qui d’ailleurs n’en étaient pas, révélant autre chose que l’image habituelle, caricaturale, de face et figée sur papier glacée, captant un supplément d’âme (peut-être ce que Lelouch nomme des "moments de vérité"), un moment d'abandon, souvent un mystère, une ombre ou au contraire une lueur dans le regard, une grâce…peut-être ce rêve qui libère et enchaîne tout à la fois, cette envie d’ailleurs : de partir (site officiel : http://www.christophe-brachet.fr ).

    partir.jpg

    Le festival s’était ouvert avec « Rue Mandar », d'Idit Cébula, également en compétition. La cinéaste était de retour à Saint-Jean-de-Luz, 5 ans après avoir obtenu le Chistera du meilleur film pour « Deux vies plus une ».  Au générique de ce deuxième long-métrage de la cinéaste, une très belle distribution : Sandrine Kiberlain, Richard Berry, Emmanuelle Devos, Emmanuelle Bercot, Lionel Abelanski, Mehdi Nebbou, Micheline Presle, Michel Jonasz et Jackie Berroyer… et c’est là le principal atout du film. Elle prend visiblement beaucoup de plaisir à filmer et voir jouer ses comédiens, à les voir pleurer et plus encore se chamailler, ce qu’ils réussissent d’ailleurs fort bien, en particulier dans une scène de repas jubilatoire… Pour le reste, en traitant d’un sujet peut-être trop personnel et qui pourtant aurait pu toucher chacun d’entre nous touché par un deuil proche, elle laisse le spectateur à distance et ne va pas complètement au bout de son sujet nous laissant avec un goût d’inachevé… Enfin, le festival s’est achevé avec un film aussi délirant que sa présentation par ses réalisateurs : « Mais qui a re-tué Pamela Rose ? » de Kad Merad et Olivier Baroux, aussitôt vu, aussitôt oublié mais auquel on ne peut nier l’efficacité pour détendre les zygomatiques  (très drôle caricature du cinéma américain et la manière dont celui-ci voit Paris).

    Après cette petite parenthèse basque, riche de belles découvertes cinématographiques, retour à la vie parisienne, à l’écriture mais aussi évidemment aux projections. Je vous parlerai prochainement aussi de théâtre (retour aux Master class de Jean-Laurent Cochet), de cinéma (avant-première de « Comme des frères »), d’un évènement (le prix Elle lundi prochain dont je faisais partie du jury)…et de mes propres projets.

    Palmarès complet du Festival:

    jean99 005.JPG

     

    Le jury, présidé par Audrey Fleurot, entourée de Pauline Etienne, Elodie Navarre, Michaël Cohen, Julien Courbey, Cyril Mennegun et Thierry Neuvic, a décerné les prix suivants :

    CHISTERA DU MEILLEUR RÉALISATEUR

    Parrainé par Ciné +

    > Meni YAESH

    Pour le film LES VOISINS DE DIEU (Israël)

    Distribué par Sophie Dulac Distribution - Sortie en salles début 2013

    CHISTERA DU MEILLEUR FILM

    Parrainé par France Bleu

    > SYNGUÉ SABOUR, PIERRE DE PATIENCE de Atiq Rahimi (Afghanistan / France)

    Distribué par Le Pacte - Sortie en salles le 20 février 2013

    CHISTERA DE LA MEILLEURE INTERPRÉTATION FÉMININE

    Parrainé par le Casino Joacasino

    > Laïne MAGI

    Pour le film UNE ESTONIENNE À PARIS de Ilmar Raag (Estonie / France)

    Distribué par Pyramide – Sortie en salles le 26 décembre 2012

     CHISTERA DE LA MEILLEURE INTERPRÉTATION MASCULINE

    > William HURT

    Pour le film J’ENRAGE DE SON ABSENCE de Sandrine Bonnaire (France)

    Distribué par Ad Vitam - Sortie en salles le 31 octobre 2012

     CHISTERA DU COURT-MÉTRAGE

    Parrainé par GDF-SUEZ

    > CE N’EST PAS UN FILM DE COW-BOYS de Benjamin Parent (France)

     Le public s'est aussi exprimé à travers deux votes :

     CHISTERA DU PUBLIC

    Parrainé par France 4

    > DEAD MAN TALKING de Patrick Ridremont (Belgique)

    Distribué par Atypik Films – Sortie en salles le 27 mars 2013

     CHISTERA DU PUBLIC DU COURT-MÉTRAGE

    > RENÉE de Jézabel Marques-Nakache (France)

     Le jury jeunes, composé de 5 lycéens de la région, a choisi de décerner son prix à :

    CHISTERA DU JURY JEUNES

    Parrainé par Allianz

    > LES VOISINS DE DIEU de Meni Yaesh (Israël)

    Distribué par Sophie Dulac Distribution - Sortie en salles début 2013

     Le partenaire Ciné + a choisi de distinguer un court-métrage :

     CHISTERA + DU COURT-MÉTRAGE

    Parrainé par Ciné +

    > EDWIGE de Mounia Meddour (France)

    LIENS:

    Mon compte-rendu du Festival International des Jeunes Réalisateurs de Saint-Jean-de-Luz 2011

    Le site officiel du festival

    Découvrez les 6 blogs inthemood : http://inthemoodlemag.com , http://inthemoodforfilmfestivals.com , http://www.inthemoodforcinema.com , http://www.inthemoodforcannes.com , http://www.inthemoodfordeauville.com , http://www.inthemoodforluxe.com .

    jean5 010.JPG

    jean5 019.JPG

     

    jean99 011.JPG

    jean99 019.JPG

    jean99 013.JPG

    jean99 015.JPG

     

     

    Lien permanent Imprimer Catégories : FESTIVAL DE SAINT-JEAN-DE-LUZ 2012 Pin it! 0 commentaire
  • 30ème Festival International du Premier Film d'Annonay 2013

    Vous êtes encore trop nombreux à ne pas connaître ce fantastique festival qui met en avant les premiers films et propose une programmation particulièrement diversifiée et propose à des cinéphiles d'intégrer son jury sur concours (lettre de motivation). C'est ainsi que j'ai eu la chance d'intégrer son jury en 2007, une formidable expérience que vous pouvez vivre à votre tour puisque l'appel vient d'être lancé: Sur votre lettre (3 pages maximum), indiquez vos nom, prénom, âge, profession, adresse et numéro de téléphone. Indiquez également tout ce qui peut aider à cerner votre personnalité de cinéphile : les deux ou trois films que vous avez le plus aimés cette année, vos réalisateurs préférés, les genres cinématographiques que vous aimez et ceux que vous n’aimez pas, les raisons pour lesquelles vous souhaitez devenir membre du jury, la place qu’occupe le septième art dans votre vie, etc...

    Votre lettre doit parvenir avant le 15 décembre 2012 à : Festival International du Premier Film
    MJC - Avenue Jean Jaurès - 07100 ANNONAY

    Ce jury, composé de spectateurs cinéphiles choisis dans toute la France, se réunira à Annonay du jeudi 7 au dimanche 10 février 2013, période au cours de laquelle tous les films en compétition seront projetés en présence de leurs réalisateurs.

    Je vous conseille d’autant plus de tenter votre chance que ce sera cette année la 30ème  édition du festival qui aura lieu du 1er au 11 février 2013. Pour l’occasion, le très cinéphile directeur artistique Gaël Labanti vous prépare un programme exceptionnel avec notamment le projet d’inviter des personnalités du 7ème art déjà venues à une édition précédente du festival alors qu’elles étaient moins connues et qui sont désormais (re)connues.

    Enfin vous pouvez participer à la programmation en répondant à la question suivante : Au cours de ces trente dernières années, quel est le premier long métrage français qui vous a le plus marqué ? Pour participer, il faut envoyer votre réponse à cette question en donnant le nom du film que vous avez choisi (trois titres au maximum) par mail ou sur papier libre, avant le 30 novembre 2012. Le film le plus plébiscité sera diffusé au festival.

     

    Site du festival : http://www.annonaypremierfilm.org/

    Page facebook : http://www.facebook.com/pages/Festival-International-du-Premier-Film-Annonay-et-Pays-Annon%C3%A9en/257655727593

    Lien permanent Imprimer Catégories : IN THE MOOD FOR NEWS (toute l'actualité ciné) Pin it! 0 commentaire
  • Critique - "La vie des autres" de Florian Henckel von Donnersmarck sur D8 ce 15 octobre 2012 à 20H50

    1984. RDA. La STASI, les services secrets de la RDA, depuis 1950, espionne quiconque est soupçonné du moindre murmure contre le régime à l’exemple du dramaturge George Dreymann, à leurs yeux (ou leurs œillères), trop irréprochable pour l’être réellement, ainsi que sa compagne, l’actrice Crista-Maria Sieland. Le Ministre de la Culture charge un agent secret de les surveiller, officiellement parce que Dreymann est ami d’un metteur en scène interdit de travailler, officieusement parce que ledit ministre est épris de Crista-Maria Sieland à qui il fait subir un odieux chantage. C’est à Wiesler, fonctionnaire zélé, apparemment irréprochable selon les critères du régime, c’est-à-dire d’une déférence inconditionnelle et aveugle au régime, irréprochable lui aussi donc, qu’incombe cette tâche obscure par laquelle il accèdera, pourtant, aux Lumières : de la raison, de l’art et de la liberté de penser…

    Pas de générique. Dès le premier plan, nous voilà emprisonnés dans l’univers glacial de la vie de Wiesler (pas encore celle des autres) par un long couloir, impersonnel, verdâtre, angoissant. Puis, nous le retrouvons, dans son bureau aussi austère, impassible, inhumain que celui qui mène l’interrogatoire. Immergés et captivés, déjà. Par la tension et l’enjeu de l’interrogatoire. Dès les premiers plans, un univers s’impose à nous. Celui du, d’un vrai cinéaste. Avec ses couleurs, ternes, maussades, vertes et oranges en réalité. Avec ses lignes horizontales et verticales qui rappellent Playtime de Tati(et notamment la première scène qui rappelle celle du long couloir), son univers kafkaïen et fantomatique. Des lignes à l’image du régime. Obtus. Rigide. Cadenassé. Carcéral. Celui de ces sombres années aussi.

    Puis, en guise de générique, juste le titre : La vie des autres. Ouverture sur le regard de Wiesler qui regarde la pièce de théâtre écrite par Dreymann et dans laquelle joue Crista-Maria Sieland. Ouverture, pour lui, sur la vie des autres. Une lueur dans son regard. De curiosité. De suspicion. De fascination ? Non pas encore. Qu’importe, une lueur. Ses gestes sont mécaniques : il agit, marche, s’exécute comme un robot sans âme auquel son mutisme, sa tenue, ses attitudes, sa démarche le font ressembler, un parfait exécutant du régime. "Les hommes ne changent pas", assène le Ministre de la Culture. Le film est la démonstration, implacable, subtile, magnifique, que, si, les hommes peuvent changer. Dreymann va changer. Wiesler, surtout, va changer. Il va s’éveiller, se réveiller. Il va lire Brecht en cachette, s’émouvoir en écoutant Beethoven, ou en écoutant l’histoire d’amour dont il doit violer l’intimité sous de fallacieux prétextes.

     Pendant 2H17, si courtes finalement, nous sommes suspendus aux lèvres, aux silences, aux gestes, à la naissance de l’émotion (à l’art, à l’amour) de Wiesler. Il va revivre par procuration, s’humaniser surtout. Cela donne lieu a des scènes d’une intensité hitchcockienne : scène de la cantine, scène de la feuille ou telle encore cette scène dans l’ascenseur avec l’enfant, jouant avec son ballon, rappelant une jeune proie d’un M. Le Maudit d’un autre temps. W. le Maudit. Et puis, non… il ne va pas dénoncer son père. Premier acte de l’homme libre qu’il n’est pas encore. Le spectateur est dans la même situation vis-à-vis de Wiesler, dans sa salle obscure, que Wiesler vis-à-vis de ceux qu’il espionne, dans son sombre sous-sol, à la différence qu’il peut intervenir en véritable démiurge et artiste-metteur en scène de la vie des autres. Fascinés nous aussi, nous certainement.

    Faut-il se vendre pour l’art ? Peut-on tout faire pour l’amour de l’art? Chacun à leur manière: Dreymann, Crista-Maria, Wiesler, et même le metteur en scène vont répondre à cette passionnante question, Wiesler devenant lui-même artiste en recréant la réalité de ceux qu’il espionne. Sous nos yeux Wiesler va passer de l’état de robot à celui d’homme. De l’ombre à la lumière. De l’obéissance à la résistance. De l’inhumanité à l’humanité. Jusqu’au sourire final, esquissé et si sublime. Le sien, le nôtre. Et cette dernière phrase « C’est pour moi » : il s’assume, s’affirme, existe enfin et la vie des autres rencontre la sienne, par le biais de l’art, toujours. Libre enfin comme ce pays dont le mur est tombé. Son sourire comme une musique ou une sonate pour un homme bon, un visage enfin mélodieux. Et les applaudissements dans la salle. Spontanés. Rares. Du grand art.

    La mise en scène est d’une rigueur et d’une efficacité remarquables pour un premier film, jamais gratuite. Sans jamais tomber dans le manichéisme simplificateur et si facile. Sans jamais forcer l’émotion. Sans gros plans sur les larmes, les cris, sans violons pour souligner. Plus efficace qu’un film didactiquement historique. Un film riche aux personnages complexes (Ah ! Merci !), à la fois film d’amour, thriller, documentaire, film politique… auquel Costa-Gavras aurait même à envier. Film Z donc au sens costagavrassien et donc très noble du terme. Scénario ciselé, acteurs remarquables ( au premier rang desquels Ulrich Mühe –Wiesler- ), réalisation irréprochable, musique sans grandiloquence mais toujours à propos de Gabriel Yared et de Stéphane Moucha, tout concourt à faire de ce premier film une belle leçon d’Histoire et d’histoire, bref de cinéma. Du cinéma.

    Lien permanent Imprimer Catégories : A VOIR A LA TELEVISION Pin it! 2 commentaires