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  • « Home » de Yann Arthus-Bertrand : des vérités qui dérangent ?

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    Impossible de passer à côté de « Home », le plaidoyer pour la sauvegarde de la planète de Yann Arthus-Bertrand disponible depuis aujourd’hui, à l’occasion de la journée de l’environnement, et pour 10 jours sur youtube, ici, projeté dans 184 salles en France et aussi dans 130 pays, diffusé sur France 2 ce soir à 20H35 (diffusion suivie d’un débat intitulé « Comment sauver la planète », présenté par Yves Calvi, avec notamment Yann Arthus-Bertrand, Maud Fontenoy…) sans compter la projection géante ce soir sur le Champ de Mars à partir de 22H et la sortie en DVD. C’est donc at « home » que j’ai décidé de regarder le film éponyme.

     

    Ce qui m'a d'abord interloquée, ce sont les noms des marques qui apparaissent en guise de générique puis le ton de la voix off à la fois familière et pédagogique, lente et emphatique qui débute par un très grandiloquent «  Toi homo-sapiens, homme qui pense ». Cela commence comme une fable que l’on raconterait pour assagir des enfants indisciplinés, les habitants de cette gigantesque maison sans frontières que représente la terre.

     

    Puis, évidemment on ne peut rester insensibles devant ces étendues gigantesques et époustouflantes, ces images aériennes, spectaculaires, d’une beauté à couper le  souffle ou parfois d’une terrifiante beauté, qui font parfois ressembler ces images pourtant réelles à une peinture abstraite dont le mélange subtil des couleurs, l’assemblage des formes, la juxtaposition des matières leur feraient atteindre la perfection. En remontant aux origines de la terre, en traversant la planète, grâce à des images filmées dans 54 pays, nous voyageons à travers la terre vue du ciel, chaque image nous faisant prendre conscience de sa beauté infinie, de  sa richesse, de sa diversité, de ses disparités criantes. Aussi. Surtout.

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    On ne peut non plus rester insensibles devant cet hymne à la terre qui nous explique qu’en 200 000 ans d'existence, l'Homme a rompu un équilibre fait de près de 4 milliards d'années d'évolution. On ne peut rester insensibles devant la fragilité et la subtilité de cet équilibre qui se rompt. On ne peut rester insensibles devant ces tours insolentes et dévastatrices qui conquièrent le ciel de Shanghai : 3000 tours érigées en 20 ans. On ne peut rester insensibles devant ces villes tentaculaires qui se gorgent d’eau face à ces étendues asséchées, dans d’autres endroits de la planète, où elle est une quête quotidienne et vitale (500 millions d’Hommes habitent ainsi des contrées désertiques !). On ne peut rester insensibles devant cette sidérante standardisation, jusqu’aux pavillons de Pékin qui ressemblent à s’y méprendre à ceux de Palm Springs. On ne peut rester insensibles devant la construction à outrance,  la monstruosité bétonnée, vulgaire et sophistiquée de Dubaï qui contraste tellement avec l'image sublimement   simple et rare qui lui succède, celle d’une baleine qui nage dans la mer. Ni devant ces fleuves qui n’atteignent plus la mer. Ni devant ces mégapoles comme Lagos qui croissent à une vitesse spectaculairement inquiétante. L’exemple de l’île de Pâques où la civilisation n’a  pas survécu après avoir été exploitée jusqu’au bout, autrefois une des plus brillantes, est également très parlant.  Certains chiffres dont il use et abuse ne peuvent non plus laisser indifférents comme la banquise du pôle nord qui a perdu 30% de sa surface en 30 ans, comme les 80% des glaces du Kilimandjaro  qui ont disparu, ou ces 20% des Hommes qui consomment 80% des ressources de la planète.

     

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    Yann Arthus- Bertrand, parfois avec un peu trop de manichéisme, s’inscrit donc dans un débat philosophique de longue date opposant la culture dévastatrice à la nature bienveillante, avec une musique angoissante lorsque sont montrées des mégalopoles ou une musique lénifiante et rassurante quand ce sont des paysages vierges de toute habitation ou du moins de toute modernité.

     

     Alors évidemment je ne vais pas tomber dans le travers cynique à la mode qui consiste à voir derrière chaque bonne action un intérêt fallacieux ou une mauvaise intention. C’est vrai que c’est finalement plus facile de ne rien faire, de ne rien dire. Et rien que l’initiative déjà est louable et nécessaire. Mais tout de même quelques aspects m’ont dérangée…

     

     D’abord les noms des marques partenaires (au début et à la fin) quand, dans le même temps, il dénonce « la croissance qui exige toujours plus de combustible » , certaines d’entre elles étant par ailleurs des marques de cosmétiques alors que dans le documentaire même il nous interpelle sur les demandes croissantes en cosmétiques et leurs conséquences écologiques désastreuses !  Ne démontre-t-il pas là malgré lui les limites de son manichéisme?

     

    Ensuite, la date de diffusion, dont je suppose qu’elle est indépendante des souhaits du réalisateur, à la veille des élections européennes, me semble  avoir un côté opportuniste alors que justement il aurait été passionnant et plus constructif qu’elle donne lieu à un débat entre les différents partis  et candidats,  ce qui aurait peut-être épargné celui, affligeant d’hier soir  (l’Europe mérite mieux que ça non ?).

     

    Peut-être aussi les accusations sont-elles trop tournées vers l’industrie pétrochimique, oubliant le nucléaire, oubliant (ou le feignant, sans doute pour des raisons légitimes de faisabilité du projet) les responsabilités de certains Etats.

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    En revanche, je ne lui reprocherai pas l’utilisation de l’hélicoptère qui a fait l’objet de commentaires, d'abord, parce que, comme dirait Machiavel « la fin justifie les moyens »,(même si le réalisateur récuserait cette justification, ou alors il serait en contradiction avec son propos) et ensuite parce que toutes les émissions de gaz carbonique engendrées par le film sont calculées et compensées par des sommes d’argent qui servent à donner de l’énergie propre à ceux qui n’en ont pas. Les bénéfices du film iront ainsi à l'ONG de Yann Arthus-Bertrand, GoodPlanet , et la pollution générée par le tournage sera « compensée carbone “.

     

    Si vraiment je voulais chipoter je vous parlerais d’une faute de français que je n’ai pas pu m’empêcher de remarquer, un peu dérangeante néanmoins quand tout se veut aussi lisse… (« les éléments sur lequel il repose sont perturbés » au lieu de lesquels).

     

    Et puis je me suis aussi souvenue de la condamnation du producteur du film en question à démolir une partie de sa propriété dans le Var construite illégalement et de ça (la marque étant une de celles citées)…, sans vouloir stigmatiser qui que ce soit mais simplement pour dire que rien n'est aussi simple, voire simpliste...

     

    De plus, les vérités sont assénées, c’est vrai révoltantes, sans peut-être la révolte qui s’impose même si, sans doute, la réalisation du projet, les autorisations qu’il impliquait et sa large diffusion ont forcément imposé des concessions, et une certaine sagesse diplomatique.

     

     Je suis cependant mille fois plus sensible à un projet comme celui-ci ("Women are heroes" de JR) dont je vous ai parlé lors de ma rencontre avec sa productrice au Festival de Cannes et dont je vous reparlerai. Les moyens déployés ici, le ton parfois à la limite du blockbuster avec musique et catastrophisme de rigueur me paraissant finalement en contradiction avec le sujet.

     

    A trop survoler le problème (dans tous les sens du terme), peut-être ne fait-on finalement  aussi que le surplomber sans vraiment lui donner un visage humain, aussi imparfait soit-il (et finalement le documentaire de Davis Guggenheim « Un vérité qui dérange » avec toutes ses imperfections étaient peut-être plus parlant).

     

    Le côté anxiogène est heureusement compensé par l’éveil  actuel des consciences qu’il met en avant à la fin du documentaire tout en mettant l'accent sur la nécessité d’agir face à cette emprise croissante de l’Homme sur l’environnement.

     

    Au final un documentaire visuellement époustouflant, pédagogique mais qui est loin d’être exempt de contradictions, prouvant qu’il serait simpliste d’opposer simplement nature et culture, mais qui aura le mérite, et non des moindres (!), -espérons-le- d'éveiller ou de réveiller les consciences, individuelles, politiques, étatiques. A vous de juger … 

  • Parenthèse lavalloise et parenthèse (dés)enchantée…

    Suite au sympathique article que m’a consacré le Courrier (pas encore international) cette semaine, un message qui s’adresse donc  d’abord plus particulièrement aux Mayennais : pour ceux que le festival, notamment évoqué dans l’article et  dont j’ai initié l’idée,  intéresse ou qui souhaitent en débattre, je vous invite à rejoindre le groupe Facebook que j’ai créé "Pour la création d'un festival de cinéma à Laval" ou à me laisser un email à inthemoodforcinema@gmail.com .  Et bienvenue à ceux qui découvriraient le blog à cette occasion... dont les messages sont également les bienvenus.

     

    Pour les autres, après, exceptionnellement quelques jours sans écrire (sur ce blog en tout cas), l’actualité revient sur « In the mood for cinema ». Quelques jours pour se remettre de l’étourdissant tourbillon cannois.  Quelques journées salutaires pour réfléchir à l’avenir, de ce blog et pas seulement. Pour ne pas céder à une course frénétique à l’information qui s’empare d’internet et ne laisse plus le temps de réfléchir, de distinguer la dérision du dérisoire, le superflu du superficiel, l’information du marketing qui s’immisce de plus en plus insidieusement dans la blogosphère (et parfois même ici presque malgré moi). Pour que ce blog retrouve son aspiration première : partager ma passion, jongler avec les mots, tout en gardant sa singularité, sa liberté de ton. Vous parler du cinéma qui m’enthousiasme. Ignorer celui qui me déplait, ou pire : m’indiffère. Pour que ce blog reste un plaisir.  Pour continuer à préférer la démesure à la tiédeur. Pour retrouver la douceur du silence et de l’absence. Pour ne pas parler pour ne rien dire, ou presque pire : pour dire avec médiocrité.  Ne pas écrire parce qu’il le faut mais parce que j’ai une envie irréfragable de vous parler d’un film. D’un évènement. D’un instant. Quelques jours pour retrouver l’envie dévorante et irrépressible d’écrire. « Quelques jours avec moi » dirait Claude Sautet que je n’avais pas cité depuis  5 jours au moins.

     

    Concernant les films vus lors du Festival de Cannes dont je n’ai pas encore parlé sur ce blog, j’ai choisi de vous en parler lors de leurs sorties afin de rester plus en phase avec l’actualité.

     

    En attendant de nouvelles critiques, je vous conseille (et cela inconditionnellement) donc deux films encore à l’affiche « Les Etreintes brisées » de Pedro Almodovar ou « Je l’aimais » de Zabou Breitman. Cliquez sur les critiques des films précités pour lire mes critiques.