Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Conférence de presse du Festival de Cannes 2026 : programme de la sélection officielle de la 79e édition

    cinéma,cannes,79e festival de cannes,sélection officielle,festival de cannes 2026,conférence de presse

    Cet article sera mis à jour au fur et à mesure des annonces après la conférence de presse...

    Dernière mise à jour : le 10/05/2026

    Ce jeudi, le Délégué général du Festival de Cannes, Thierry Frémaux, et la Présidente, Iris Knobloch, ont dévoilé la sélection officielle de la 79e édition que nous pourrons découvrir sur la Croisette du 12 au 23 mai 2026. Cette conférence de presse s’est déroulée pour la première fois au Pathé Palace qui succède ainsi à l’UGC Montparnasse, à l’UGC Normandie et au Grand Hôtel. Il me semble que même avant de couvrir le Festival de Cannes, il y a donc une vingtaine d’années de cela, j’attendais déjà ces annonces avec impatience. Cette année n’a pas dérogé à la règle. C’est autant la passion du cinéma que celle de l’actualité qui dicte cette impatience, l’un et l’autre étant toujours fortement imbriqués à Cannes. Ce festival permet en effet toujours de prendre le pouls de l’état du monde, de ses secousses  de ses espoirs, de ses plaies, de ses dérives et de ses envies de liberté. La Palme d’or 2025, Un simple accident de Jafar Panahi, était un parfait exemple de ces élans, alors que, quelques mois plus tard, l’Iran est dramatiquement sous les feux des projecteurs.

    cinéma,cannes,79e festival de cannes,sélection officielle,festival de cannes 2026,conférence de presse

    En 2024, Les graines du figuier sauvage de l'Iranien Mohammad Rasoulof, qui aurait aussi mérité une Palme d’or, était déjà reparti avec un prix spécial du Jury, prouvant la grande vitalité du cinéma iranien, bien qu’entravé par les lois du régime. 

     Grâce à un sens de la mise en scène toujours aussi aiguisé, un courage admirable, des comédiens parfaits, un ton tragi-comique, une portée morale, politique et philosophique, qui interroge aussi notre propre rapport à la vengeance et notre propre humanité, et avec une fin glaçante d’une force indéniable, cette farce savoureuse et cette quête de vérité rocambolesque qu’est aussi Un simple accident méritait amplement cette Palme d’or 2025.

    Jafar Panahi avait dédié la projection de son film à « tous les artistes iraniens qui ont dû quitter l'Iran ».  Il ne fait aucun doute que sa voix les a défendus et a porté bien au-delà de l’Iran. Si l’art rend les étreintes éternelles, il donne aussi de la voix aux cris de rage et de détresse. Comme l’avait si justement remarqué la Présidente du jury de cette 78e édition, Juliette Binoche, lors de la remise de la Palme d’or, « l’art provoque, questionne, bouleverse » et est « une force qui permet de transformer les ténèbres en pardon et en espérance. » Comme ce film. Comme cette mariée et sa robe blanche qui résiste aux ténèbres de la vengeance. Dans le film de Jafar Panahi, la force n'est pas physiquement blessante, mais c'est celle des mots et des images, en somme du cinéma, qui feront surgir la vérité et ployer l'oppresseur. Une force pacifiste plus que jamais nécessaire.

    cinéma,cannes,79e festival de cannes,sélection officielle,festival de cannes 2026,conférence de presse

    C'est au jury présidé par le cinéaste sud-coréen Park Chan-wook que reviendra cette année la responsabilité de décerner la Palme d'Or 2026 qui succèdera à Un simple accident.

    Chaque année, la conférence de presse du Festival de Cannes dépasse largement l'annonce d'une sélection : elle dessine une cartographie  sensible du monde. Les films sélectionnés sont autant de récits qui racontent notre monde mieux que de longs discours.

    L’actualité et plus largement l’Histoire sont d’ailleurs des thèmes redondants de cette édition, parmi les 2541 longs métrages soumis à la sélection, (1000 de plus qu’il y a 10 ans) venus de 141 pays dont 21 films en compétition finalement sélectionnés (pour le moment).

     « C'est une façon de ramener l'Histoire au présent, de la questionner au présent » a déclaré Thierry Frémaux. Nous pourrons ainsi découvrir le premier volet de La Bataille de GaulleL'Age de fer, réalisé par Antonin Baudry, hors compétition, avant sa sortie au cinéma le 3 juin. Quant au film de la réalisatrice rwandaise Marie-Clémentine Dusabejambo, Ben'Imana, il s'intéresse à la difficile réconciliation dans son pays. Il sera en sélection à Un certain regard. Dans La Troisième Nuit, Daniel Auteuil évoquera l'histoire d'un sauvetage d'enfants juifs dans la région de Lyon. László Nemes présentera Moulin, un film avec Gilles Lellouche sur le célèbre résistant. Notre Salut d'Emmanuel Marre portera sur le régime de Vichy. Et l’intrigue de Coward de Lukas Dhont se déroule pendant la Guerre 14…

    Comme le veut la tradition, c’est la Présidente du festival qui a d’abord pris la parole. Son discours, très engagé, a débuté par le rappel des origines du Festival de Cannes « né dans un moment de grande certitude, en 1939 exactement » alors que « les nouvelles qui nous viennent du monde sont tout sauf rassurantes. » « Quand le monde s’assombrit et perd ses repères, montrer des films venus de tous les horizons n’est pas un geste anodin. C’est défendre ce que l’humanité a de plus précieux. Sa capacité à penser librement. » Elle a ainsi rappelé le rôle politique et social du festival : « Le Festival de Cannes est un de ces endroits où une telle diversité de cultures ne s’oppose pas mais dialogue. Nous restons plus que jamais fidèles à nos valeurs. La liberté de s’exprimer, parfois de déranger. La liberté de créer pour tous les êtres humains. Pour ceux qui en sont privés parfois dans leurs propres pays. » Sur la présence de films réalisés par des femmes en réponse à ceux qui, chaque année, reprochent au festival leur présence trop discrète (qui en réalité est le reflet du pourcentage de films mis en scène par des réalisatrices), Iris Knobloch a déclaré : « le Festival de Cannes a une responsabilité claire : donner une visibilité claire. Mais la visibilité ne suffit pas. La lumière n’a de sens que si elle ouvre des portes. »

    Elle a également longuement évoqué la menace que représente l’Intelligence Artificielle et la résistance du Festival de Cannes qui défend « la liberté de créer pour tous les êtres humains mais seulement pour les êtres humains. Nous ne fermons pas les yeux mais nous refusons qu’elle dicte sa loi au cinéma. Derrière chaque image, il y a un cinéaste mais aussi des centaines de talents qui ont donné leur âme au service d’un projet commun. L’histoire nous touche car elle vient de quelqu’un qui a douté, aimé… L’IA sait imiter très bien mais elle ne saura jamais ressentir. »

    La Présidente a également rappelé l’attachement du Festival de Cannes « à la salle de cinéma. Expérience irremplaçable. La salle obscure reste un des rares lieux où nos différences coexistent sans nous diviser. On y entre parfois seuls. On en ressort plus proches les uns des autres. »

    Elle a ensuite rappelé que seraient cette année présentes quatre « figures du cinéma » :

    - le Président du jury du 79ème Festival de Cannes, le réalisateur Park Chan-wook « dont l’œuvre nous rappelle que le cinéma n’a pas de centre de gravité et qu’un film venu de Séoul peut déclencher un séisme culturel dans le reste du monde. »,

    - le réalisateur Peter Jackson à qui sera attribuée une Palme d’or d’honneur : « la technologie n’est rien sans le souffle de l’artiste », a souligné la Présidente du festival à son propos,

    - Barbra Streisand qui « a passé sa vie à briser les plafonds de verre avant même qu’on leur donne un nom », selon Iris Knobloch,

    - Eye Haïdara, maîtresse des cérémonies d’ouverture et de clôture, qui « incarne exigence, générosité, et capacité de rassembler », toujours selon la Présidente du festival.

    Elle a conclu en rappelant que « derrière une grande œuvre, il y a un être humain qui persévère. Le Festival de Cannes lui aussi persévère. Il reste un roc, un repère dans la tempête.  Ce festival est un équilibre délicat, un bien commun. Ce festival reste fragile et mérite d’être défendu chaque jour. » 

    Thierry Frémaux a ensuite pris la parole pour annoncer « 95% de la sélection ». En préambule, il a tenu à adresser une pensée « aux autres festivals, ceux qui, qui dans une ville, qui dans un pays, mettent le cinéma au cœur des choses, un cinéma qui marque sa singularité au fur et à mesure que les années avancent. » « Aujourd’hui, le langage du cinéma a gagné. Le langage du cinéma est partout. Les films vont nous confirmer l’extraordinaire vitalité de la création mondiale. »

    Thierry Frémaux a par ailleurs rendu hommage à Antoni Lallican, le photographe français tué en Ukraine en octobre 2025, victime d’une frappe de drone dans le Donbass, et à Lili Hinstin, figure respectée de la direction de festivals de cinéma comme celui de Locarno ou du Festival Nouvelles Vagues à Biarritz. Soulignant le courage des reporters de guerre et l’engagement des programmateurs, le Délégué général leur a dédié cette 79ème édition.

    « On a vu des choses très belles qui disent que le cinéma est dans un état de productivité, de créativité formidable » a-t-il tenu à souligner.

    Il a également insisté sur le rôle du documentaire qui « retrouve une existence » et est « aussi un langage qui vient dire un état du monde. » « Les films d’animation sont également de plus en plus présents », a-t-il aussi rappelé, nommant des films qui ont eu un succès international comme Valse avec Bachir, Persépolis ou, récemment, Amélie et la métaphysique des tubes et Arko. Il a ajouté que « Annecy » est le « plus grand festival d’animation au monde. »

    Cette année, « les Etats-Unis seront présents, les studios un peu moins. » « Si les studios sont moins présents à Cannes, c'est qu'ils sont moins présents tout court », selon le Délégué général. Nous notons ainsi qu’un seul film américain figure en compétition, le film d’Ira Sachs. James Gray pourrait cependant venir rejoindre la compétition avec son polar Paper Tiger. Ce serait alors sa septième sélection cannoise. « En dehors du cinéma des studios, un cinéma indépendant, un cinéma ailleurs qu'à Los Angeles, continue d'exister », a rappelé Thierry Frémaux. 

    Comme chaque année, la sélection dessine donc l’état du monde : « Ce qu’on se dit au terme de ces six mois intenses du processus de sélection, c’est que nous avons vu des films très intelligents. Notre mode de sélection :  qu’est-ce que telle ou telle œuvre vient dire de ce qu’est le cinéma contemporain. On a vu des films très intelligents. D’un haut niveau de cinéma. Mais aussi de pensée… ». « On a vu des gens qui vivent en groupe, comme si on avait la nostalgie de ça, d’un monde plus uni. » « On s’aperçoit que le monde occidental a besoin de douceur, de chanson de nature. Et d’autres de sécurité, de prospérité, qu’on apporte du soin aux enfants et aux familles. »

    En ce qui concerne la compétition, ont été annoncés pour l’instant 21 films et « 11 entrants » et un « film qui, normalement, y sera. Le contrat n’est pas encore complètement signé. » A la fin de la conférence, Thierry Frémaux a de nouveau précisé que la « compétition » sera « je l’espère autant que vous, augmentée d’un film ». Peut-être le film de James Gray.

    Cet article sera bien sûr complété au fur et à mesure des annonces officielles.

    Parmi tous ces films, j’attends tout particulièrement :

    -  Un film tourné au Costa Rica, une première sélection officielle pour le film de Valentina Maurel, Ton animal maternel (Un Certain regard)

    - Le film rwandais Ben’Imana de Marie-Clémentine Dusabejambo qui est le « premier film sur la réconciliation de cette tragédie qui a traversé le pays.  Une étonnante œuvre de cinéma. » (Un Certain Regard)

    - Dans le cadre de Cannes Première, le film de Daniel Auteuil, La Troisième nuit qui raconte le « sauvetage d’enfants pendant la Seconde Guerre mondiale ». J’avais beaucoup apprécié Le Fil découvert à Cannes en 2024, en séance spéciale, dont je vous parle ici. 

    - Hors compétition, le film de Vincent Garenq, L’Abandon, sur Samuel Paty « abandonné par les gens qui l’entouraient », selon les termes de Thierry Frémaux. « Le cinéma s’empare déjà du sujet et il nous a paru important de montrer ce film. »

    - Le nouveau film d’Agnès Jaoui, L’Objet du délit, « comédie contemporaine autour d’une troupe d’opéra qui va monter Les Noces de Figaro » avec Daniel Auteuil, Eye Haïdara.  Une « comédie qui ramène beaucoup à des questions que les sociétés contemporaines se posent sur les comportements, sur les uns et les autres ».

    L'affaire Marie-Claire, en Séance spéciale. Lauriane Escaffre et Yvo Muller y abordent le combat pour faire voter la loi autorisant l'avortement.

    -En compétition, Minotaure d’Andreï Zvyagintsev « qui n’est plus dans ce pays agresseur de l’Ukraine. Un film qui parle de la bourgeoisie. De la conscription, de la façon dont ils doivent faire des listes pour les envoyer à la guerre.  Une sorte de remake de La Femme infidèle de Chabrol qui mêle dans son film un certain nombre de sujets », selon Thierry Frémaux. Nous retrouvons donc le cinéaste russe neuf ans après le magistral Faute d’amour (qui figurait également en compétition) dont je vous avais parlé ici. Un très grand film qui aurait déjà mérité la Palme d’or qui m’avait rappelée un film qui l’avait justement obtenue qui nous interrogeait sur les petitesses en sommeil recouvertes par l’immaculée blancheur de l’hiver, un film rude et rigoureux, Winter Sleep de Nuri Bilge Ceylan. Une Palme d’or que Zvyagintsev aurait indéniablement mérité pour ce film, parfait de l’interprétation au scénario en passant par la mise en scène et même la musique, funèbre et lyrique, qui renforce encore le sentiment de désolation et de tristesse infinie qui émane de ces personnages que la richesse du scénario nous conduit finalement à plaindre plus qu’à blâmer. Du grand art.

    -En compétition, le nouveau film de Rodrigo Sorogoyen, El ser querido. Thierry Frémaux a résumé le film comme l’histoire d’un « cinéaste sur un plateau, tout le temps en désir de mener à bien son projet. Un plateau traversé de toutes les questions qui se posent en matière comportementale. » On se souvient de As bestas présenté à Cannes Première en 2022. Ce film a pour cadre un village en déclin et la campagne de Galice, sauvage, grisâtre et monotone, qui constitue un personnage à part entière, à la fois fascinant et inquiétant, hostile et admirable.  Ajoutez à cela un scénario impeccable (de Isabel Peña et Rodrigo Sorogoyen), une interprétation de Marina Foïs et Denis Ménochet d’une justesse qui ne flanche jamais, et qui contribue beaucoup au parfait équilibre de l'ensemble, et vous obtiendrez un film âpre mais remarquable.

    - En compétition, le nouveau film de László Nemes, dont on se souvient du film choc, l’âpre Fils de Saul, présenté en compétition en 2015, dans lequel la profondeur de champ, infime, renforce cette impression d’absence de lumière, d’espoir, d’horizon, nous enferme dans le cadre avec Saul, prisonnier de l’horreur absolue dont on a voulu annihiler l’humanité mais qui en retrouve la lueur par cet acte de bravoure à la fois vain et nécessaire, son seul moyen de résister. Que d’intelligence dans cette utilisation du son, de la mise en scène étouffante, du hors champ, du flou pour suggérer l’horreur ineffable, ce qui nous la fait d’ailleurs appréhender avec plus de force encore que si elle était montrée. László Nemes s’est beaucoup inspiré de Voix sous la cendre, un livre de témoignages écrit par les Sonderkommandos eux-mêmes. Ce film a été développé à la résidence de la Cinéfondation du Festival de Cannes 2011. Aussi tétanisant et nécessaire que Shoah de Claude Lanzmann. C’est dire ! Cette fois, il revient avec un film sur Jean Moulin, Moulin, incarné par Gilles Lellouche. Le fils de Saul

    -En compétition, le film de Cristian Mungiu tourné en Norvège, Fjord. Cristian Mungiu, avait obtenu la Palme d'or en 2007 pour Quatre mois, trois semaines et deux jours.

    - En compétition, le film du cinéaste belge, Emmanuel Marre, Notre salut, sur la « vie quotidienne du régime de Vichy. Comment des fonctionnaires se sont comportés et essayaient de gouverner le pays. »

    - En compétition, le film de Marie Kreutzer, Gentle Monster.  La « vie d’un couple quand l’un révèle une facette inattendue de sa personnalité et monstrueuse. Avec Léa Seydoux. » On se souvient du Corsage en 2022, en sélection Un Certain Regard, un film sur l’Impératrice Elisabeth d’Autriche qui avait reçu le prix de la meilleure création sonore. Une réflexion et métaphore astucieuse des règles auxquelles doivent se plier les femmes. Le portrait d’une révoltée dans lequel la forme épouse ainsi brillamment le fond. Marie Kreutzer (également scénariste de son film), elle aussi s’y échappe : des contraintes formelles et des règles, et même de la vérité. Elle apporte de la modernité dans cette œuvre à l’image de l’impératrice qu’elle dépeint : irrévérencieuse. Il y eut le Marie-Antoinette de Sofia Coppola qui se jouait aussi des codes et des conventions, sans s'émanciper du glamour, indissociable du film d'époque en costumes, alors que Marie Kreutzer envoie tout valser pour aboutir à cette brillante allégorie de notre époque dans laquelle les apparences enserrent et emprisonnent les femmes dans un corset plus insidieux que celui d’Elisabeth mais parfois non moins destructeur. Une œuvre à l’image de sa création sonore, innovante, à juste titre récompensée, et de sa musique : intense, vibrante, marquante, engagée, puissante. 

    - En compétition, le film japonais Quelques jours à Nagi de Koji Fukada qui marque ainsi l’entrée en compétition du cinéaste. Un film sur le « Japon des solitudes qui se rencontrent. »

    - En compétition, Hope de Na Hong-Jin, un « film coréen d’un peu plus de 2h qui change en permanence de genre. C’est plutôt un film d’action. » a précisé Thierry Frémaux.

    - En compétition, deux ans après L’Innocence, pour mon plus grand plaisir, nous retrouvons l’incontournable, Hirokazu Kore-eda, Palme d’or 2018 pour Une affaire de famille. Il est de retour avec un film qui s’intitule Sheep in the box, un « film qui parle de l’IA. On retrouve ses thèmes : enfance innocence », selon Thierry Frémaux. Il sera pour la 8ème fois en compétition officielle. L’Innocence est un film qui m’avait rappelé le film de Lukas Dhont, Close (également présenté en compétition à Cannes, en 2022). C’est cela la beauté du cinéma : sonder la complexité des êtres, nous perdre pour mieux nous aider à trouver une vérité, nous trouver aussi parfois, nous éblouir pour nous éclairer. Et nous bouleverser.

    L'Innocence a obtenu le Prix du Scénario ainsi que la Queer Palm au Festival de Cannes 2023. 

    -Et justement, en compétition, nous retrouvons également Lukas Dhont dont j’avais tant aimé Close, Grand prix du Festival de Cannes 2022. Malgré la tragédie évoquée, le film de Lukas Dhont, d’une maîtrise (de jeu, d’écriture, de mise en scène) rare, est empreint de poésie qui ne nuit pas au sentiment de véracité et de sincérité. Et puis il y a ce regard final qui ne nous lâche pas comme l’émotion poignante, la douce fragilité et la tendresse qui parcourent et illuminent ce film. Un regard final qui résonne comme un écho à un autre visage, disparu, dont le souvenir inonde tout le film de sa grâce innocente. Un film étourdissant de sensibilité, bouleversant.

     « On a vu le film seulement hier. Il revient avec ce film qui traite de la guerre de 14 dans une lumière inspirée des photos couleur de l’époque. Un film de pur cinéma qui existe très souvent par la seule grâce de la mise en scène et de la caméra », a précisé Thierry Frémaux.

    - En compétition, La boule noire de Javier Calvo et Javier Ambrossi. « Film historique à la grande inventivité de mise en scène dans lequel Penelope Cruz fait une apparition éclair mais inoubliable », selon Thierry Frémaux.

    - En compétition, La Vie d’une femme de Charline Bourgeois-Taquet.  Avec Léa Drucker dont Thierry Frémaux a tenu à rappeler qu’elle avait « prononcé un discours assez inoubliable aux César cette année. »

    - Le nouveau film d’Asghar Farhadi, en compétition : Histoires parallèles. Thierry Frémaux a rappelé qu’il « ne peut pas tourner dans son pays, l’Iran. » « Un film avec des comédiens français, Catherine Deneuve, Isabelle Huppert et Pierre Niney. Une histoire avec des gens qui se regardent d'un immeuble à l'autre, des destins qui se croisent».

    cinéma,cannes,79e festival de cannes,sélection officielle,festival de cannes 2026,conférence de presse

    -En compétition pour la septième fois, le nouveau film de Pedro Almodovar, un film déjà sorti en Espagne, Amarga Navidad, un peu plus d'un an après La Chambre d'à côté.

    cinéma,cannes,79e festival de cannes,sélection officielle,festival de cannes 2026,conférence de presse

    Vous pourrez aussi notamment découvrir :

    - un documentaire de Steven Soderbergh sur John Lennon (Séance spéciale)

    - le premier film de John Travolta, à Cannes Première : Vol de nuit pour Los Angeles

    - le nouveau film de Nicolas Winding Refn, Hors compétition, Her private hell

    - Karma de Guillaume Canet, Hors compétition, avec Denis Menochet et Marion Cotillard

    cinéma,cannes,79e festival de cannes,sélection officielle,festival de cannes 2026,conférence de presse

     © Christophe Brachet

    - La bataille De Gaulle – l’âge de fer réalisé par Antonin Baudry qui a un « passé de diplomate aux côtés de Dominique de Villepin. »  La première partie de ce biopic sur le général sera présentée Hors compétition. De Gaulle est incarné par Simon Abkarian.

    cinéma,cannes,79e festival de cannes,sélection officielle,festival de cannes 2026,conférence de presse

    © 2026 Pathé Films - TF1 Films Production - Belvédère - Auvergne Rhône Alpes Cinéma

    - En compétition, le nouveau film d’Ira Sachs, The man I Love, un « film sur le sida à New York frappant les artistes. » Thierry Frémaux a ainsi tenu à rappeler que « le sida continue à faire des ravages dans des pays qui n’ont pas accès aux médicaments permettant de le combattre. »

    - En compétition, le nouveau film de Jeanne Herry, Garance, avec Adèle Exarchopoulos

    - En compétition, L’Inconnue d’Arthur Harari, co-scénariste de la Palme d'Or de 2023, Anatomie d'une chute. Un « film adapté d’un roman graphique qui parle de schizophrénie, de beaucoup de choses. L’un des films les plus discutés dans le comité.  Un objet de cinéma extrêmement singulier. Le Festival de Cannes a toujours été marqué par les batailles d’Hernani. Rappelons que L’Avventura avait été sifflé. Que la Dolce Vita avait été mal accueilli, en recevant sa Palme d’or des mains de Simenon. »

    - Soudain de Hamaguchi Ryusuke, un « film franco-japonais tourné à Paris avec des comédiens français et japonais »

    Enfin, le film d’ouverture est signé Pierre Salvadori et s’intitule La Vénus électrique.

    Concernant les films français en compétition, il faudra compter avec : Histoire de la nuit de Léa Mysius, Garance de Jeanne Herry, L’Inconnue d’Arthur Harari, La vie d’une femme de Charline Bourgeois-Taquet, et des coproductions françaises ; Histoires parallèles de l’Iranien Asghar Farhadi et Notre Salut d’Emmanuel Marre.

    Le cinéma français est également très présent dans les autres sections : L'objet du délit, d'Agnès Jaoui, le film de Daniel Auteuil, La Troisième nuitL'Abandon, de Vincent Garenq, Karma, de Guillaume Canet, La Bataille de Gaulle : L'Âge de fer d'Antonin Baudry, le film de Pierre Salvadori en ouverture, Full Phil de Quentin Dupieux, et L’Affaire Marie-Claire de Lauriane Escaffre et Yvo Muller (auteurs auparavant de Maria rêve).

    Notons la présence de cinq réalisatrices dans les films en compétition, ce qui reflète le pourcentage de films reçus réalisés par des femmes, 25 à 28%, selon Thierry Frémaux

    Trois films espagnols font également partie de la sélection, le signe d' «un certain mouvement dans le cinéma espagnol » selon Thierry Frémaux : Amarga Navidad de Pedro Almodovar, El ser querido de Rodrigo Sorogoyen, La bola negra de Javier Calvo et Javier. Le cinéma japonais est aussi très présent avec Sheep in the box de Hirokazu Kore-eda, Soudain de Hamaguchi Ryusuke, Quelques jours à Nagi de Koji Fukada, De toutes les nuits, les amants de Yukiko Sode, ou encore Le Château d'Arioka de Kiyoshi Kurosawa.

    Un cinéma qui sera donc marqué par le cinéma asiatique…avec un réalisateur sud-coréen pour président du jury.

    Les Rendez-vous du Festival de Cannes

    Le Festival de Cannes prolonge les projections de la Sélection officielle par des rencontres avec de grandes figures du cinéma contemporain. 

    Cette année, ces rendez-vous s’ouvriront avec Sir Peter Jackson, au lendemain de la remise de sa Palme d’or d’honneur. Cate Blanchett et Tilda Swinton participeront également à ces échanges, offrant aux festivaliers trois moments de dialogue privilégiés.

    Rendez-vous avec... Sir Peter Jackson
    Mercredi 13 mai 

    Rendez-vous avec... Cate Blanchett
    Dimanche 17 mai 

    Rendez-vous avec...  Tilda Swinton
    Jeudi 21 mai

    L’événement motorisé du 79e Festival de Cannes :

    Le film The Fast and the Furious en dérapage contrôlé sur la Croisette !

    La 79e édition du Festival de Cannes s’apprête à accueillir un événement cinématographique à grande vitesse : The Fast and the Furious, le film de 2001 à l’origine d’un phénomène culturel mondial, déboule sur la Croisette dans un fracas spectaculaire. Pour célébrer le 25e anniversaire d’une franchise qui a conquis le monde et a laissé une empreinte indélébile dans l’histoire du cinéma, le Grand Théâtre Lumière résonnera du rugissement inimitable des moteurs le mercredi 13 mai à 23h45.

    Cinéma de la plage

    Tous les soirs à 21h30, le Festival de Cannes se réinvente à la faveur de la nuit et transforme la plage Macé de la Croisette, située en face de l’hôtel Majestic, en cinéma à ciel ouvert. En Sélection officielle, non loin du Palais des Festivals, c’est une autre façon, ouverte à tous, de participer à la grande fête du cinéma ! Événement exceptionnel : le Cinéma de la Plage accueillera une avant-première mondiale avec la projection des Caprices de l’enfant roi de Michel Leclerc, en présence de toute l’équipe du film pour partager un moment privilégié, avec Artus, Doria Tillier, Julia Piaton et Franck Dubosc. Mais aussi Mon oncle de Jacques Tati en présence de Macha Makeïeff et Jérôme Deschamps, fondateurs des Films de Mon Oncle et de Juliette Hochart, directrice du catalogue, Studiocanal, Je hais les acteurs en présence de Gérard Krawczyk, Ces Messieurs dames de Pietro Germi, Les Hommes du président de Alan J.Pakula, 

    Au total, 11 films seront projetés dont Top Gun pour les 40 ans du film. Au programme notamment : la projection des deux Palmes d’or de l’année 1966 (vous pourrez ainsi revoir Un homme et une femme, en présence de Claude Lelouch), le retour de Ken Loach, un souvenir de Carlos Saura et Viva Maria de Louis Malle, pour un hommage à Brigitte Bardot organisé par la Mairie de Cannes sur la plage Macé qui devient la Plage Brigitte Bardot.

    Cannes classics 2026

    Bruce et Laura Dern, Guillermo del Toro, Artavazd Pelechian, Dario Argento, Jerzy Skolimowski, et deux films contemporains, dont un évoquant l’existence de Michèle Firk, seront parmi d’autres les invités de Cannes Classics.

    Il y a bientôt vingt ans, alors que la relation du cinéma contemporain à sa propre mémoire était sur le point d’être bouleversée par l’apparition naissante du numérique, le Festival de Cannes a créé Cannes Classics, une sélection qui permet d’afficher le travail de valorisation du patrimoine effectué par les sociétés de production, les ayants droit, les cinémathèques ou les archives nationales à travers le monde.

    Devenu une composante essentielle de la Sélection officielle, Cannes Classics présente des films anciens dans des copies restaurées et des documentaires ayant trait à leur histoire. Le travail de restauration bat son plein sur tous les continents ; on est saisis par la vivacité retrouvée au présent des ombres, des noirs et blancs et des couleurs de ce que fut le cinéma ancien.

    Inspirant de multiples initiatives à travers le monde, Cannes Classics poursuit son travail de visite à l’histoire, chefs-d’œuvre reconnus ou raretés précieuses qui retrouveront le chemin du grand écran. Un bouillonnement qui, entre fictions et documentaires projetés, constituent un programme qu’on retrouvera en salle Buñuel, en salle Agnès Varda ou au Cinéma de la plage.

    Parce que Cannes se donne aussi comme mission d’enchanter le rapport du public d’aujourd’hui avec la mémoire du cinéma, Cannes Classics met le prestige du plus grand festival du monde au service du cinéma retrouvé, accompagnant toutes les nouvelles exploitations des grandes œuvres du passé : sortie en salles, diffusion sur plateformes ou en VOD, édition en DVD/Blu-ray.

    La sélection Cannes Classics 2026 est composée cette année encore de célébrations, de copies restaurées et de documentaires. Elle présentera 22 longs métrages, 3 courts métrages, de 6 documentaires. Il y aura aussi deux œuvres contemporaines.

    Cette édition sera dédiée à la mémoire de Dean Tavoularis, chef décorateur.

    Retrouvez le passionnant programme ici.

     

    Le jury

    Le Jury du 79e Festival de Cannes sera présidé par le réalisateur, scénariste et producteur sud-coréen Park Chan-wook. Il sera entouré de l'actrice et productrice américaine Demi Moore, de l’actrice et productrice irlandaise-éthiopienne Ruth Negga, de la réalisatrice et scénariste belge Laura Wandel, de la réalisatrice et scénariste chinoise Chloé Zhao, du réalisateur et scénariste chilien Diego Céspedes, de l'acteur ivoirien-américain Isaach De Bankolé, du scénariste écossais Paul Laverty et de l’acteur suédois Stellan Skarsgård.  Le Jury aura l’honneur de décerner la Palme d’or à l’un des 22 films en Compétition, après Un simple accident de Jafar Panahi remis par le Jury de Juliette Binoche, en 2025. Le palmarès sera révélé le samedi 23 mai prochain lors de la cérémonie de Clôture, retransmise en direct par France Télévisions en France et par Brut à l’international.

    Le jury de la Caméra d’or

    Après la cinéaste italienne Alice Rohrwacher, l’actrice, réalisatrice et scénariste québécoise Monia Chokri présidera le Jury de la Caméra d’or de la 79e édition du Festival de Cannes. Entourée de ses quatre jurés, elle récompensera un premier geste de mise en scène parmi les films de la Sélection officielle, de la Semaine de la Critique et de la Quinzaine des cinéastes. Le nom du film lauréat sera dévoilé lors de la cérémonie de Clôture le samedi 23 mai.

    Monia CHOKRI

    Actrice, réalisatrice & scénariste - Canada

     

    Michel BENJAMIN (AFC)

    Directeur de la Photographie – France 

     

    Cédric COPPOLA (SFCC)

    Critique de Cinéma – France

     

    Marine FRANCEN (SRF)

    Réalisatrice & scénariste – France

     

    Christophe MASSIE (FICAM)

    Directeur général délégué chez Eclair by Netgem – France

    SELECTION OFFICIELLE

    Film d’ouverture 

    LA VÉNUS ÉLECTRIQUE

    Pierre SALVADORI

     

    Hors Compétition

     

    Compétition

    AMARGA NAVIDAD

    Pedro ALMODÓVAR

     

    HISTOIRES PARALLÈLES

    Asghar FARHADI

     

    LA VIE D'UNE FEMME

    Charline BOURGEOIS-TACQUET

     

    LA BOLA NEGRA

    Javier CALVO & Javier AMBROSSI

     

    COWARD

    Lukas DHONT

     

    DAS GETRÄUMTE ABENTEUER

    Valeska GRISEBACH

     

    SOUDAIN

    HAMAGUCHI Ryusuke

     

    L'INCONNUE

    Arthur HARARI

     

    GARANCE

    Jeanne HERRY

     

    SHEEP IN THE BOX

    KORE-EDA Hirokazu

     

    HOPE

    NA Hong-jin

     

    NAGI NOTES (QUELQUES JOURS À NAGI)

    FUKADA Koji

     

    GENTLE MONSTER

    Marie KREUTZER

     

    NOTRE SALUT

     

    Emmanuel MARRE

    FJORD

     

    Cristian MUNGIU

    HISTOIRES DE LA NUIT

     

    Léa MYSIUS

     

    MOULIN

    László NEMES

     

    FATHERLAND

    Pawel PAWLIKOWSKI

     

    THE MAN I LOVE

    Ira SACHS

     

    EL SER QUERIDO

    Rodrigo SOROGOYEN

     

    MINOTAURE

    Andrey ZVYAGINTSEV

     

    Un Certain Regard

    TEENAGE SEX AND DEATH AT CAMP MIASMA

    Jane SCHOENBRUN   

    Film d'ouverture

     

    LES ÉLÉPHANTS DANS LA BRUME

    Abinash BIKRAM SHAH

    1er film

     

    LE CORSET

     

    Louis CLICHY

     

    BEN'IMANA

    Marie-Clémentine DUSABEJAMBO

    1er film

     

    CONGO BOY

    Rafiki FARIALA

     

    CLUB KID

    Jordan FIRSTMAN

    1er film

     

    UĻA

    Viesturs KAIRIŠS

     

    LA MÁS DULCE

    Laïla MARRAKCHI   

     

    EL DESHIELO

    Manuela MARTELLI

     

    SIEMPRE SOY TU ANIMAL MATERNO (TON ANIMAL MATERNEL)

    Valentina MAUREL

     

    YESTERDAY THE EYE DIDN'T SLEEP

    Rakan MAYASI

     

    I'LL BE GONE IN JUNE

     

    Katharina RIVILIS

    1er film

     

    QUELQUES MOTS D'AMOUR

    Rudi ROSENBERG

     

    EVERYTIME

    Sandra WOLLNER

     

    DE TOUTES LES NUITS, LES AMANTS

    SODE Yukiko

     

    Hors Compétition

     

    LA BATAILLE DE GAULLE : L'ÂGE DE FER

    Antonin BAUDRY

     

    KARMA

    Guillaume CANET    

     

    DIAMOND

    Andy GARCIA

     

    L'ABANDON

    Vincent GARENQ

     

    L'OBJET DU DÉLIT

     

    Agnès JAOUI

     

    HER PRIVATE HELL

    Nicolas WINDING REFN

     

    Séances de minuit

    FULL PHIL

    Quentin DUPIEUX   

     

    SANGUINE

    Marion LE CORROLLER  

    1er film

     

    ROMA ELASTICA

    Bertrand MANDICO

     

    JIM QUEEN

    Marco NGUYEN & Nicolas ATHANÉ

    1er film

     

    cinéma,cannes,79e festival de cannes,sélection officielle,festival de cannes 2026,conférence de presse

    GUN-CHE (COLONY)

    YEON Sang-ho

     

    Cannes Première

     

    LA TROISIÈME NUIT

    Daniel AUTEUIL

     

    THE MATCH

    Juan CABRAL et Santiago FRANCO

     

    KOKUROJO (LE CHÂTEAU D'ARIOKA)

    KUROSAWA Kiyoshi

     

    HEIMSUCHUNG (LE BOIS DE KLARA)

    Volker SCHLÖNDORFF

     

    VOL DE NUIT POUR LOS ANGELES

    John TRAVOLTA

     

    Séances Spéciales

     

    REHEARSALS FOR A REVOLUTION

    Pegah AHANGARANI

    1er film

     

    LES MATINS MERVEILLEUX

    Avril BESSON

    1er film

     

    L’AFFAIRE MARIE-CLAIRE

    Lauriane ESCAFFRE & Yvo MULLER

     

    AVEDON

     

    Ron HOWARD

     

    LES SURVIVANTS DU CHE

    Christophe Dimitri RÉVEILLE

    1er film

     

    JOHN LENNON : THE LAST INTERVIEW

    Steven SODERBERGH

     

    CANTONA

    David TRYHORN & Ben NICHOLAS

    COMPLÉMENTS DE SÉLECTION OFFICIELLE DU 22/04/2026

    Le 22 avril, les films suivants sont venus compléter la sélection officielle du 79ème Festival de Cannes avec notamment le très attendu Paper Tiger de James Gray qui rejoint les films en compétition mais aussi Ulysse de Laetitia Masson en clôture d’Un Certain Regard.

    COMPÉTITION

     

    PAPER TIGER

    James Gray

     

    UN CERTAIN REGARD

     

    VICTORIAN PSYCHO

    Zachary Wigon

    MÉMOIRE DE FILLE

    Judith Godrèche

    TITANIC OCEAN

    Konstantina Kotzamani

    1er film

    ULYSSE

    Laetitia Masson

    En clôture d'Un Certain Regard

     

    CANNES PREMIÈRE

     

    THE END OF IT

    Maria Martinez Bayona

    1er film

    MARIE MADELEINE

    Gessica Généus

    AQUI

    Tiago Guedes

    MARIAGE AU GOÛT D’ORANGE

    Christophe Honoré

    SI TU PENSES BIEN

    Géraldine Nakache

     

    SÉANCES SPÉCIALES

     

    PRINTEMPS

    Rostislav Kirpičenko

    1er film

    CENIZA EN LA BOCA

    Diego Luna

    TANGLES

    Leah Nelson

    1er film

    Animation

    LE TRIANGLE D'OR

    Hélène Rosselet-Ruiz

    1er film

    GROUNDSWELL

    Joshua et Rebecca Tickell

    Documentaire

     

    SÉANCE FAMILLE

    LUCY LOST

    Olivier Clert

    1er film

    Animation

     

    Le Prix de la Citoyenneté 2026

    Retrouvez, en cliquant ici, mon article consacré au Prix de la Citoyenneté 2025 qui fut attribué au film Un simple accident de Jafar Panahi, ainsi que ma critique du film.

    8ème édition

    Président du Jury 2025 :  Jean-Paul Salomé

    L’Association Clap Citizen Cannes à vocation philanthropique, culturelle et éducative se réfère aux valeurs de la République.

    Elle est à l’origine de la création du Prix de la Citoyenneté

    Nabil Ayouch, cinéaste franco-marocain, en est l’actuel Président. 

    Ce Prix est présent à Cannes pour sa 8ème édition. 

    Le Prix de la Citoyenneté se revendique universel, laïque et humaniste. Il a pour objet de récompenser les valeurs érigeant le citoyen en acteur engagé des démocraties. Il promeut, au niveau national, européen et international, la représentation de la citoyenneté dans les domaines du cinéma, de l’audiovisuel et du multimédia. Il a pour vocation de faciliter et d’élargir l’accès du public et notamment du jeune public aux œuvres cinématographiques. 

    Le jury 2026 est présidé par :

    Jean-Paul Salomé, réalisateur et scénariste français et constitué de :

    Mohamat-Aminee Benrachid, acteur sud-soudanais, tchadien

    Fabienne Servan-Schreiber, productrice française

    Micha Khalil, journaliste culture franco-libanaise Montecarlo Doualiya France Média Monde

    Michel Leclerc, réalisateur et scénariste français

     

    Deux rendez-vous : 

    Jeudi 21 mai à 15h00

    Débat : Cinéma et diversité, un enjeu citoyen

    Avec le soutien du Ministère délégué chargé de le l'Égalité entre les femmes et les hommes et de la Lutte contre les discriminations. 

    Débat : Cinéma et solidarité

    Avec 

    Les membres du jury du Prix de la Citoyenneté présidé par le réalisateur Jean-Paul Salomé

    Gaëtan Bruel (Président du CNC)

    Sarah Rinaldi (Cheffe d'unité à la Commission européenne) 

    Julie-Jeanne Régnault (directrice générale de European Producers Club)

    Modérateur : Florian Krieg, rédacteur en chef du Film Français.

    Plage du CNC - Entrée libre

    Samedi 23 mai 2026 à 13h30 

    Remise du 8ème Prix de la citoyenneté 2025

  • Livre - Cinéma – EN FIDÈLE AMITIÉ (Lettres de cinéma 1950 - 2025) de Gilles Jacob (Robert Laffont)

    livre,littérature,cinéma,en fidèle amitié,gilles jacob,lettres de cinéma,en fidèle amitié de gilles jacob,robert laffont,festival de cannes

    Selon Madame de Sévigné, « La lettre est un portrait de l’âme ». Les échanges épistolaires constituent plus que jamais un refuge. Ils permettent de ciseler son ressenti, d’affiner sa pensée, d’en restituer les nuances et la complexité à une époque où, souvent, tout doit être simplifié et synthétisé, pour être finalement congédié en un clic. Ils procurent aussi la liberté d’oser : les émotions, les digressions, les élans. Une lettre dessine l’âme de son auteur dans ses contours les plus subtils. « Une lettre procure un tel sentiment de liberté, de pensée, de style, de sincérité », précise Gilles Jacob dans la préface.

    Son impressionnante correspondance est l’objet de ce nouveau livre, En fidèle amitié, constitué de plus de six cents missives qui composent une véritable cartographie sensible de son existence. Elle débute par une lettre du 27 décembre 1950, adressée à Nino Frank, journaliste et dialoguiste de cinéma. Gilles Jacob a alors vingt ans et est étudiant en khâgne au lycée Louis-le-Grand. Il a fondé la revue de cinéma Raccords et lui demande un « papier ». Cela commence donc bien avant qu’il ne devienne délégué général, puis président du Festival de Cannes. Cette correspondance s’achève bien après, par une lettre de remerciement de Michael Haneke du 5 décembre 2025. Ainsi, c’est autant l’histoire du cinéma qui se dessine entre les lignes qu’une vie entière qui se déploie.

    Ses échanges avec deux cents artistes esquissent une mémoire intime du cinéma et de ceux qui le font. À travers ces lettres, Gilles Jacob dévoile les coulisses du Festival de Cannes : l’art délicat de composer une sélection scrutée par le monde entier, de convaincre les uns de venir, d’amener les autres à accepter un refus. Ces échanges ont aussi ce pouvoir rare : suspendre le temps, et nous faire revivre la magie du septième art là où « s’écrit l’histoire du cinéma ». Un festival que définit si bien Xavier Giannoli dans une des lettres : « Je pense aux lumières de Cannes, à cette électricité magique que le Festival transmet aux films, à ce rendez-vous que les cinéastes espèrent et craignent comme les amoureux des films de Truffaut. »

    Comme Laura Morante l’écrit dans une lettre, j’aurais envie de dire à Gilles Jacob : « Mais pour moi Cannes, c’est vous. » Et cela le restera.  Pendant cinquante années, ce dernier a incarné une certaine idée du festival : exigeante, élégante, profondément humaine, et il a permis qu’il devienne le plus grand festival de cinéma au monde. Un festival qu’il a fréquenté depuis 1964, « 52 fois 3 semaines, 5 ans » de sa vie, comme journaliste, comme directeur, comme président, jusqu’en 2014. Et encore un peu ensuite comme président de la Cinéfondation.

    Pourtant, en 2018, avait lieu son non-renouvellement au conseil d’administration du Festival de Cannes, après la mise en place de nouveaux statuts diminuant le nombre de sièges. Une décision d’une grande ingratitude, aussi inique qu’incompréhensible.  Ce livre permet de rappeler que « Cannes » lui « doit tant » comme le souligne Patrice Leconte après cette inélégante éviction du conseil d’administration : « Sans vous, Cannes ne serait pas ce qu’il est aujourd’hui. Et de vous « bazarder » aujourd’hui est odieux. »

    Restent les mots. Ceux qu’il n’est pas possible d’évincer. Ceux qui demeurent altiers quand la vie chancelle. Les mots qui relient, sauvent, guérissent, subliment, permettent de s’évader de la réalité comme de la médiocrité. « Écrire, c’est vivre », écrit-il dans la préface. Oui, écrire, c’est vivre. Vivre doublement même. Intensément. Ses livres en témoignent : ils sont autant d’hommages au cinéma que d’explorations de l’écriture elle-même.

    Le 26 décembre 2011, dans un moment où la vie vacillait, après avoir écrit un article de blog sur un de ses livres, je recevais un e-mail signé Gilles Jacob. Je me souviens de la date précise parce qu’une personne qui m’était si chère avait eu, deux mois avant, le diagnostic d’un cancer qui lui serait fatal deux ans plus tard et que ce Noël avait été particulier, le lendemain illuminé par ce message dont j’avoue avoir cru d’abord qu’il était l’œuvre d’un usurpateur. C’est l’occasion pour moi de dire à quel point ces échanges, au fil des ans, ont été et sont précieux et empreints de son élégance rare. Je suis heureuse que ce livre la reflète si fidèlement.

    Si ce livre m’a autant émue, c’est en effet parce que je retrouve là la délicatesse et le souci de l’autre non feints de Gilles Jacob mais aussi parce que, au-delà de la palpitante plongée dans l’Histoire du cinéma à laquelle elles nous invitent, ces lettres questionnent notre rapport au temps. Elles le traversent. Elles lui résistent. Elles le suspendent parfois, tout en rappelant sa fuite irréversible.

    « Seulement, à rêver trop, ne passe-t-on pas à côté de la -vraie- vie ? » s’interroge Gilles Jacob dans un de ses précédents ouvrages Le Fantôme du Capitaine (Robert Laffont – 2011), dans lequel il cite aussi Tchekhov (La Mouette) : « Il faut peindre la vie non pas telle qu’elle est, ni telle qu’elle doit être, mais telle qu’elle se représente en rêve ». Chacun de ses livres (tout comme cette correspondance) me semble ainsi répondre à cette définition : un rêve comme une forme de résistance à la mélancolie et au temps assassin. Je me souviens encore du chapitre Vieillir dans Le festival n’aura pas lieu (Grasset – 2015), consacré au temps ravageur qui emporte tout, nous rappelant aux ultimes instants ou, trop tard, l’essentiel. Derrière les traits de son personnage principal, Lucien Fabas, se faufile la mélancolie de son auteur. Dans Un homme cruel (Grasset – 2016), il nous invite à un voyage à travers une vie aussi romanesque que celles des personnages que Sessue Hayakawa (ledit « homme cruel ») a incarnés. La vie tumultueuse d’une star tombée dans l’oubli. L’éternelle histoire de la versatilité du public et du succès, de la gloire éblouissante et de l’oubli tueur : une dichotomie fascinante entre l’être et l’image.

    En fidèle amitié s’inscrit dans cette continuité : un pont entre l’être et l’image, entre les œuvres et la vie, mais aussi entre les différents livres de Gilles Jacob. Des romans, des autobiographies aussi. Ainsi, ne passez pas à côté de L’Échelle des Jacob (Grasset – 2020) dans lequel il raconte la complexité d’une histoire française. Une histoire comme une autre et pourtant si singulière. Vous y découvrirez l’enfance de celui qui fut « pendant trente-huit années l’otage et l’amant du Festival de Cannes » malgré sa « timidité maladive » et son « désordre légendaire ». Mais aussi le portrait de son père, qui aurait pu être un personnage de cinéma, qu’il dépeint sans manichéisme, un homme dur malgré les souvenirs de rares éclats de tendresse de l’enfance, dont on se dit que malgré tout, il parvint à « l’aimer dans le souvenir ». On y apprend encore qu’il lui a toujours fallu se « battre pour obtenir des choses qui n’étaient pas évidentes ou qui paraissaient trop faciles à première vue. » Et, surtout, on y découvre le portrait magnifique de sa mère, et de leur « lien indéfectible, plus fort que tout ». Sans oublier les sublimes pages sur son épouse, Jeannette, dont le prénom revient si souvent dans les lettres. Une histoire française, intime mais toujours pudique. Un récit personnel mais aussi universel qui nous renvoie à nos disparus, que nous aurions toujours voulu mieux protéger, aimer, comprendre, étreindre. Et aux regrets qui, eux aussi, nous étreignent.

    Son œuvre littéraire compte aussi un incontournable Dictionnaire amoureux du Festival de Cannes ( Plon – 2021). Et son dernier livre avant En fidèle amitié, une autre forme de dictionnaire intitulé À nos amours ! coécrit avec Marie Colmant et Gérard Lefort (Grasset / Calmann-Lévy – 2024), voyage amoureux à la rencontre des actrices et acteurs français, « ode à trois voix évoquant en toute subjectivité des artistes choisis et estimés. » Des textes qui se savourent comme autant de petites nouvelles, comme une invitation à voyager dans le cinéma français, à prendre immédiatement son billet pour les films évoqués avec passion par le biais de leurs acteurs. D’Isabelle Adjani à Roschdy Zem, chaque portrait est surtout un exercice d’admiration, savoureux à lire.

    Dans sa bibliographie, dans les livres intitulés Le Fantôme du Capitaine et dans J’ai vécu dans mes rêves (Grasset – 2015), vous trouverez donc des échanges épistolaires, réels ou imaginaires. Le premier consiste en une correspondance imaginaire, une soixantaine de lettres comme autant de nouvelles là aussi, avec des destinataires, réels, comme Juliette Binoche, ou inventés, comme une marchande de chaussures inspirée par Delphine Seyrig, inoubliable Fabienne Tabard de Baisers volés. Le second consiste en un ping-pong jubilatoire constitué de caustiques échanges épistolaires entre deux rêveurs, passionnants passionnés de cinéma, Michel Piccoli et Gilles Jacob. Au gré des évocations des autres, c’est finalement le portrait de Piccoli qui se dessine. Sa liberté. Sa franchise. Sa complexité. Sa peur de paraître prétentieux. Ses blessures. Et surtout son amour immodéré pour son métier, sa passion plutôt, en opposition à ses parents, son « contre-modèle ».

    Cette fois, de lettres en lettres, c’est un autoportrait qui s’esquisse. L’enthousiasme. L’élégance. Le mystère. (« Ce qui nous lie : un certain mystère au-delà de nous-mêmes », comme l’écrit joliment Juliette Binoche). L’attention aux autres. Le souci de ne pas blesser. La bienveillante malice. La tendre ironie. « L’intelligence du cœur ». Je ne peux que souscrire aux propos de Youssef Chahine : « J’ai rarement eu l’honneur de rencontrer une personne aussi courtoise et sympathique que vous ». Mais peut-être est-ce Ludivine Piccoli qui a trouvé la meilleure définition : « royal et galopin ». Ou plus tôt encore, Jean Delannoy, dans une lettre de 1972 : « La rigueur de l’analyse et un bonheur des mots qui font mouche sans blesser. » Et Juliette Binoche, encore, qui évoque une « intelligence baignée de bienveillance ». Tout cela avec « l’impartialité stoïque d’un moine tibétain » (magnifique texte d’Alan Parker pour le 45ème anniversaire du festival) pendant ses années à la tête du festival. Ce livre ne brosse pas seulement le portrait de Gilles Jacob mais aussi des destinataires de ses lettres qui se révèlent bien souvent simples, inquiets, touchants, pétris de doutes. Comme lorsque Juliette Binoche écrit : « Je ne suis pas sûre d’avoir choisi le bon métier pour vivre une vie stable et digne des contes pour enfants. Car le rêve, je l’ai. »

    Ce qui frappe surtout, au fil des pages, c’est la manière dont Gilles Jacob répond : avec une justesse, une délicatesse et une attention devenues rares. Ce livre se lit comme un roman. Le roman d’une vie. Un voyage en « Jacobie », néologisme de sa traductrice en mandarin du Dictionnaire amoureux du Festival de Cannes, Yalun Wang. Un univers de discrétion, de malice, de sensibilité. Comme en témoigne si bien la bienveillance avec laquelle il répond à Lars von Trier (qui l’appelle… papa), incapable de venir à Cannes, dévoré d’angoisses. D’autres qui ne comprendraient pas forcément cette anxiété, dont je sais à quel point elle peut compliquer la vie, auraient asséné une réponse cinglante. Gilles Jacob répond avec une affectueuse malice, ceci : « J’ai été fasciné par votre tentative d’explication sur la façon dont vous utilisiez les forces tempétueuses et obscures qui vous assaillent parfois au profit de votre travail », « Je suis absolument convaincu que vous n’êtes pas venu dans le seul but de vous épargner un déjeuner avec moi. » De cette délicatesse témoigne aussi sa manière de dire à Adjani : « Ne soyez pas stressée avec moi au téléphone, je ne vous veux que du bien » Toujours, en filigrane, cet humour discret, cette ironie tendre qui désamorce les tensions sans jamais blesser, une forme de grâce dans l’art de répondre. Reviennent alors les mots d’Alan Parker : « La vanité, tout est vanité, surtout à Cannes. » Une vanité dont Gilles Jacob, lui, a su se tenir à distance, préférant à l’éclat superficiel la fidélité aux œuvres et aux êtres.

    Ce livre éclaire aussi l’histoire du Festival de Cannes. Quelques exemples parmi tant d’autres, passionnants. Jeanne Moreau, en 1995, qui demande quatre femmes dans le jury pour « donner l’exemple ». La polémique après la palme d’or de Kusturica dont Gilles Jacob parle là aussi admirablement : « Lui aussi suscite des explosions en mélangeant des matières détonantes (l’histoire des mentalités de son pays) et il observe le résultat d’un œil provocant ». Le drôle de chantage de Godard pour présider le jury du Festival de Cannes 2006. La sensibilité, la lucidité et l’exaltation avec lesquelles Dominique Blanc évoque son rôle de jurée. Les coulisses du prix du jury de Crash.  

    Et puis il y a ceux dont les voix sont plongées dans le silence comme Kiarostami décédé le 4 juillet 2016 à Paris. C’est l’Histoire tout court qui traverse ces lettres quand ce même Kiarostami (né le même jour que Gilles Jacob, à dix ans d’écart) évoque son pays, l’Iran, et le fait que « la violence et la brutalité dont ce gouvernement peut faire preuve sont difficilement prévisibles », ou encore quand Walter Salles évoque les attentats du 15 janvier à Paris, ou quand Gilles Jacob parle de l’assassinat d’Yitzhak Rabin ou, des années plus tard, de la pandémie de Covid-19.

    Mais surtout, comme dans chacun de ses livres, ce qui transpire, c’est l’envie de transmettre la passion du cinéma, et même tout simplement la passion du beau. Les exemples sont innombrables. Je ne veux pas vous gâcher le plaisir de la découverte. Je n’en citerai que quelques-uns. Son émotion après avoir vu Les Moissons du ciel de Terrence Malick dans une lettre de 1978 à Barry Diller, président de Paramount, pour le convaincre de donner le feu vert pour présenter le film à Cannes, qui sera finalement en compétition l’année suivante. Son admiration pour le jeu de Juliette Binoche dans Bleu : « Je pense que rarement au cinéma la traduction physique du fond du désespoir n’a été rendue à ce niveau d’intensité. » Sa jubilation à voir On connaît la chanson dont il témoigne dans une lettre à Resnais, qualifiant son film de « drame gai » et de « tragédie drôlissime ». Il nous donne envie de redécouvrir ces films, comme tous ceux de Kaurismäki, ou encore Une partie de campagne de Renoir (déjà évoqué dans ses précédents livres) ou In the mood for love dont il remarque qu’il « n’a pas pris une ride » se demandant « d’où vient le charme paisible qui se dégage de cette œuvre mélancolique. » Ou encore Quai d'Orsay qu’il éprouve tant de bonheur à revoir comme il l’écrit à Bertrand Tavernier : « Ce genre de satire proche de la réalité fait du bien et manque cruellement ». Et que dire de sa magnifique lettre à Mélanie Thierry saluant à juste titre son interprétation dans La Princesse de Montpensier ? Gilles Jacob sait traduire son admiration sans être flagorneur.

    C’est tout aussi instructif quand ce sont les cinéastes eux-mêmes qui évoquent leurs films comme Loznitsa à propos de Deux procureurs : « Lorsque j’ai conçu le film, j’ai pensé à Robert Bresson. » J’en profite pour vous conseiller (une fois de plus) de voir cet immense film, tristement intemporel, d’une intelligence rare contenue dans la perfection de chaque plan. Une fable oppressante, cruellement burlesque et glaçante qui se termine comme elle avait débuté : par la porte d’une prison qui s’ouvre et qui se referme, tel un piège inextricable. Celui du totalitarisme et de sa logique absconse, inhumaine, dédale terrifiant, déshumanisant et déshumanisé que le cinéaste ausculte avec une ironie dévastatrice. Un film d’une beauté formelle admirable qui rend la démonstration d’autant plus accablante.

    L’inélégance est parfois de mise, comme celle de Chéreau qui, bien que ravi de se voir confier la présidence du jury 2003, lors d’une interview croisée dans le bureau de Gilles Jacob, tient à dire que le Festival de Berlin est le meilleur festival de cinéma au monde. Ce n’est cependant pas ce qu’on retient, plutôt la gratitude, cette « vertu assez rare » comme l’écrit Laura Morante. Une gratitude dont témoigne la lettre de Jean Rochefort, la seule d’un membre du jury cette année-là (2003). Et l’esprit des lettres les plus réjouissantes. Celles de Françoise Sagan, Xavier Giannoli, Emma Thompson (sa grande amie qui ne participera jamais au jury…ce n’est pas faute de lui avoir proposé !), Lars von Trier, Sophie Marceau. Celle qu’il écrit à Louis Malle, remplie d’affection, en 1995, peu de temps avant sa mort. Ou encore ses échanges presque quotidiens, déchirants et tragi-comiques, avec son ami hospitalisé, Francis Boespflug.

    Au fil des pages, vous croiserez aussi Federico Fellini, Francis Ford Coppola, Martin Scorsese, Catherine Deneuve (qui, dès 1968, après un article qu’il avait écrit, le remercie de l’avoir « comprise et devinée »), Pedro Almodovar, Stanley Kubrick, Agnès Varda, Jean-Luc Godard, Ingmar Bergman, Sergio Leone, Jean-Loup Dabadie, Steven Spielberg… Soixante-dix années de cinéma défilent ainsi, non comme une chronologie figée, mais comme un roman vivant, vibrant, où chaque lettre est une scène de vie. Des lettres aussi parsemées de passionnantes réflexions sur la vie ou l’art, comme celle de Pavel Lounguine en 1991 : « L’art aide à comprendre la vie, à mordre un morceau de cette masse visqueuse et dense, à la digérer et à se voir soi-même. »

    Beaucoup de pudeur émane de ces lettres aussi comme lors de sa dernière année au festival, quand Gilles Jacob demande à Abbas Kiarostami de présider le jury de la Cinéfondation (qu’il avait créée avec Pierre Viot en 1998) et à Jane Campion de présider le jury, écrivant alors : « Je ne veux donc pas d’adieux, mais uniquement de la joie, des amis et de l’amour du cinéma. »

    Si Gilles Jacob est toujours resté très discret sur ce qu’il pense désormais du Festival de Cannes depuis son départ, sa lettre à Thomas Sotinel est éclairante. « Aujourd'hui, accorder ne serait-ce qu'une seule place de la compétition pour d'autres motifs que la qualité artistique d'un film devient plus que jamais un coup porté au cinéma en tant qu'art, et ce, à une époque où il est en danger pour différentes raisons. Si les grands festivals ne se soucient pas de ce danger, alors ils dépériront eux aussi en même temps que l'art qu'ils prétendent soutenir. Pour des raisons faciles à comprendre, je ne souhaite pas m'exprimer publiquement. Mais veiller à l'intégrité de la compétition des grands festivals paraît une preuve de salut public ».

    Quiconque douterait encore de l’empreinte qu’il a laissée devrait écouter ceux qui lui doivent tant. Ferid Boughedir, d’abord, qui définit très bien ce qu’il a fait de Cannes : « Gilles Jacob a réussi une œuvre unique au monde : un festival qui redonne, comme il l’a si bien dit, leur dignité aux auteurs, qu’ils soient « accessibles », fous, ou expérimentaux, offrant ainsi l’exposition mondiale la plus large aux cinéastes les plus « difficiles », et qui, plus que nulle part ailleurs, est parvenu à concilier cela avec tous les aspects du cinéma, magie, paillettes, et business, permettant à tous les genres de survivre. » Mais aussi Assayas : « Sans la visibilité, l’ouverture sur le monde que vous avez donné à mes films, je n’aurais pas fait ce chemin, et j’aurais peut-être été un autre cinéaste, un cinéaste qui n’aurait sans doute pas su faire Sils Maria. » Ou encore Desplechin : « Vous avez changé ma vie. Des pieds à la tête, vous êtes un homme de cinéma. Et je ne désire rien d’autre que de m’approcher de la malice et de l’éthique qui vous ont conduit. », « C’est vous, cher Gilles, qui m’avez inventé comme cinéaste. » Ou, de nouveau, Laura Morante ; « L’amour du cinéma n’a plus le devant de la scène, comme c’était le cas quand le Festival avait votre empreinte. »

    Alors comment ne pas être révoltée et émue quand il écrit : « D'ailleurs, je ne suis pas invité, pas grave » effaçant cette inélégance du festival par une pirouette en se disant « trop vieux et trop chancelant » pour venir. Et c’est précisément là que surgit autre chose, presque en contrepoint : non pas l’amertume, mais toujours l’humour et la délicatesse plutôt que la tentation du ressentiment. Il n’oublie pas non plus celles et ceux qui œuvrent dans l’ombre, comme Nicole Petit, son assistante au Festival de Cannes, qu’il remercie saluant à la fois sa grande compétence professionnelle et la douceur de son caractère, preuve supplémentaire de cette attention aux autres, constante, essentielle.

    Et si ces lettres émeuvent autant, c’est aussi parce qu’elles révèlent une qualité devenue rare : une attention véritable aux autres. Non pas une politesse de façade, mais une écoute, une délicatesse, une justesse qui se ressentent dans le moindre mot. En miroir, elles révèlent souvent chez leurs interlocuteurs la même humanité.  Dans l’une des lettres les plus récentes, Claude Lelouch l’invite à découvrir son tout nouveau Ciné-Bistrot après avoir cru l’apercevoir sur le port de Trouville. Peu importe qu’il se soit trompé ou que ce soit un prétexte aussi malicieux que l’est son destinataire : il a pensé à lui.

    Loznitsa a raison : « Quelle belle idée, l’histoire du cinéma en lettres ! ». Mais ce livre n’est pas seulement l’histoire du cinéma en lettres, c’est aussi le portrait d’un homme qui a traversé l’histoire du cinéma, et y a tant contribué. Une leçon de cinéma, bien sûr, mais surtout une leçon de regard, d’attention, de fidélité. Le portrait d’un homme et de ceux qui l’ont côtoyé, qui apparaissent dans leur fragilité mais aussi dans leur profondeur, leur humour et leur lucidité. Une leçon de cinéma et de vie. La persistance des liens, malgré le temps, malgré les épreuves. Peut-être la meilleure définition est-elle celle dans une lettre de Labro qui avait adoré son livre La Vie passera comme un rêve : « C’est cela que je retiens, sans doute, au-delà des évènements, des lieux, des gens, - de ton ouvrage : il y a de l’amour, et il est salvateur et revigorant – face à la laideur et à la médiocrité actuelles. »

    Alors que si nombreux sont ceux qui jugent les êtres à l’aune de leur rang social, Gilles Jacob appartient à une catégorie rare : celle des personnes qui savent combien la vie est imprévisible, et que seule compte, au fond, la vérité des êtres. Cette correspondance nous rappelle à quel point l’amitié sincère est un rempart, une force « salvatrice et revigorante », « face à la laideur et à la médiocrité actuelles. » Cette phrase qui clôt une lettre adressée à l’épouse de Jacques Deray, Agnès Vincent-Deray, en 2005, deux ans après la mort du cinéaste, est particulièrement symptomatique de la sensibilité qui irrigue chaque page : « Les gens qu’on a aimés, on peut aussi les revoir en fermant les yeux ». Ou en relisant leurs lettres. Ainsi, Gilles Jacob n’a pas seulement soutenu le septième art, il a aussi veillé sur ceux qui le font, avec une élégance et une bienveillance qui font figure d’exception. L’écriture de lettres est presque un acte de résistance. Elle permet de retenir les êtres que l’on aime au bord du gouffre de l’oubli et de les maintenir dans la lumière de nos jours. C’est aussi le don de son temps et de son attention, à une époque où ils se dispersent tant.  Cette correspondance en est le témoignage. Elle nous offre le portrait d’une âme, noble et espiègle, qui fut et restera celle du Festival de Cannes, et le miroir délicat de ses fidèles amitiés, dans une passionnante plongée au cœur de l’histoire du cinéma. La couverture avec Romy Schneider rayonnante et le regard, respectueux, admiratif et complice, que Gilles Jacob porte sur elle, en est la parfaite entrée en matière. Une invitation à entrer dans la danse des mots. Acceptez sans hésiter !