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CRITIQUES DES FILMS A L'AFFICHE EN 2008 - Page 2

  • Critique - « Soul Kitchen » de Fatih Akin

     

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    Un film signé Fatih Akin est déjà une bonne raison d'aller le voir,  d'autant plus qu'avec « Soul Kitchen » ce dernier se lance pour la première fois dans la comédie.

    Zinos (Adam Bousoukos) est un jeune restaurateur d'origine grecque à Hambourg.  Il traverse une période difficile : sa copine Nadine (Pheline Roggan) est partie s'installer à Shanghai, les clients de son restaurant, le Soul Kitchen, boudent la cuisine gastronomique de son nouveau chef, aussi talentueux que caractériel, et des problèmes de dos viennent couronner le tout! Malgré tout, Zinos souhaite rejoindre Nadine en Chine, il confie donc son restaurant à son frère Illias (Moritz Bleibtreu)  , tout juste sorti de prison. Mais rien ne se passera comme prévu surtout qu'un promoteur immobilier (Birol Ünel) est prêt à tout pour acquérir le « Soul Kitchen ».

    Est-ce bien là un film signé par celui qui a écrit « De l'autre côté » ? On se le demande tant ce film, dans son écriture, en est à l'opposé, ce qui n'est certes pas un défaut en soi...

    Si l'idée d'un film à la forme désordonnée qui profite et nous fait profiter de l'instant sans se soucier de la scène suivante est en accord avec le caractère hédoniste du sujet et des personnages, ce caractère justement est censé impliquer que cela procure un certain plaisir au spectateur. Or, je me suis rarement autant ennuyée à l'exception de quelques scènes joyeusement loufoques qui franchissent néanmoins souvent la frontière du ridicule (scène du cimetière).

     Pourtant un film avec de la musique grecque, quand on connaît ma passion inconditionnelle pour ce pays partait avec un apriori plus que positif. Il faut d'ailleurs reconnaître que la bande originale est particulièrement réussie, ce qui parvient à raviver l'intérêt par intermittence. Heureusement, ce qui est rare dans les comédies : la réalisation est plutôt dynamique et inspirée, ce qui permet aussi d'oublier provisoirement les faiblesses, voir l'absence (certes assumée) de scénario (un comble pour celui qui avait obtenu le prix du scénario à Cannes en 2007). Un goût soudain pour la légèreté qui manque réellement de saveur même si on retrouve les thèmes habituels du cinéaste (ici survolés) comme l'intégration ou l'exil.

    Suite de saynètes certes déridant  par moments les zygomatiques, Soul Kitchen possédait en effet tous les ingrédients d'une bonne comédie mais malheureusement la sauce ne prend pas malgré la générosité qui émane de l'ensemble mais qui manque néanmoins de consistance et de ce petit supplément d'âme pour que la recette prenne réellement. Vivement que Fatih Akin revienne au drame!

    Si vous avez envie d'une comédie allez plutôt voir celle-ci.

    « Soul Kitchen » a reçu le prix du jury de la 66ème Mostra de Venise.

    Le reste de l'actualité sur les autres blogs « in the mood » : « In the mood for Cannes », « In the mood for Deauville », « In the mood for luxe ».

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  • Critique- « Tout ce qui brille » de Géraldine Nakache et Hervé Mimran

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    Avec le printemps refleurissent les comédies qui surfent sur la vague d'une saisonnière soif de légèreté et de fraîcheur dont on aspire à ressortir le cœur (et plus rarement le cerveau) alertes. Ayant délibérément choisi de délaisser pour quelques jours les projections presse où, il faut bien le dire, l'assistance est assez souvent blasée, je retrouve donc avec plaisir les joies de la file d'attente et surtout d'une salle qui, quand elle rit, ne le fait pas au détriment du réalisateur (un jour, il faudra que je vous fasse une note sur le sarcasme journalistique). Antoine Duléry (qui a visiblement chipé l'imperméable de Colombo) a choisi la même séance où il aura pu admirer la bande-annonce pleine de délicatesse et de nuance de Camping 2 (je m'exerce au sarcasme journalistique, quoique ... là guère besoin de me forcer). Ces petites extrapolations dîtes, venons-en au film. J'ai souvent tendance à me méfier des films avec deux réalisateurs (si un film est certes un travail collectif, la vision sur la mise en scène doit tout de même être personnelle) mais je me méfie aussi des préjugés, avec raison d'ailleurs en ce qui concerne « Tout ce qui brille ».

    Synopsis : Ely (Géraldine Nakache) et Lila (Leïla Bekhti) sont comme deux sœurs. Elles se connaissent depuis l'enfance, vivent dans la même banlieue à dix minutes de Paris, partagent tout et rêvent ensemble d'une autre vie, à dix minutes de là, là où tout brille. Entre Puteaux et Neuilly, il n'y a finalement qu'un pas... Elles vont tout faire pour entrer dans ce monde qui n'est pas le leur et qui les fascinent. Avec un peu de culot elle vont y arriver... mais leur amitié y résistera-t-elle ?

    Dès les premières minutes, le charme de la complicité du duo opère et nous conquiert. M'a conquise en tout cas. Les dialogues sont rythmés et énergiques sans jamais être vulgaires. Et ce qui saute d'abord aux yeux, c'est le regard, communicatif, tendre et empathique, porté sur les personnages mais aussi sur la banlieue, sans condescendance, misérabilisme ou démagogie. Ce n'est d'ailleurs finalement pas le sujet.

     Ainsi, si Lila, « leadeur » mais finalement aussi la plus fragile du duo, se laisse éblouir, c'est avant tout parce qu'elle a besoin de se griser, d'oublier le rejet de son père, préférant se mentir à elle-même, croire en un amour voué à l'échec pour édulcorer la rudesse de la réalité, pour croire que « tout brille » pour éluder les zones d'ombre de son existence. Pendant ce temps, sa mère attend inlassablement ce dernier, chantant  chaque week end là où ils se sont connus des années auparavant.

     Si les nuits parisiennes ne sont finalement pas (non plus) le sujet principal, entre, notamment, une danseuse en moon boots et une soirée dans un supermarché reconstituée,  « Tout ce qui brille » croque avec ironie  le côté ridicule de certaines soirées prétendues branchées.

    Géraldine Nakache et Hervé Mimran ont réussi une chose rare : une comédie tendre ET drôle ET sans mafieux russe (trouvez-moi une comédie dernièrement qui n'a pas eu son mafieux russe) ET qui ne cherche pas à faire à la manière de... Et c'est sans doute pour cela que ça fonctionne aussi bien, que ces deux filles attachantes nous embarquent dans leurs péripéties dans ce monde de paillettes même si nous nous doutons bien qu'elles découvriront bientôt que tout ce qui brille n'est pas de l'or, et qu'à vouloir « s'élever » socialement, elles risquent de passer à côté de l'essentiel...

    Alors certes, ce film n'est pas dénué de défauts (ainsi dommage que les personnages masculins soient un peu moins travaillés et les intrigues sentimentales plus bâclées) mais les deux réalisateurs n'ont visiblement pas voulu signé une comédie romantique mais une histoire d'amitié d'ailleurs pas si naïve nous parlant notamment d'émancipation, de relations entre parents et enfants et de désirs d'ailleurs.

    Un film joyeux, rafraîchissant, pétillant, lumineux, d'une tendre drôlerie et justesse qui, s'il vous confirmera qu'il ne faut pas vous laisser éblouir par tout ce qui brille, fera au moins briller vos yeux grâce à l'intelligence de son écriture mais aussi de ses trois interprètes ( Géraldine Nakache, Leïla Bekhti et Audrey Lamy, également impayable en prof de sport ). Un film dont vous aurez envie de sortir en faisant le paon et en dansant sur Véronique Sanson (si, si, vous verrez !).

    Et aussi: "In the mood for Cannes", "In the mood for Deauville" , "In the mood for luxe".

  • "Bus Palladium" de Christopher Thompson

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    Alors qu'il a toujours baigné dans l'univers cinématographique, entre son grand-père Gérard Oury et sa mère Danièle Thompson (avec laquelle il a coécrit plusieurs scénarii), Christopher Thompson a attendu d'avoir presque quarante ans pour passer derrière la caméra. Un premier film est souvent le plus personnel, celui qui porte le plus l'empreinte de son réalisateur. Christopher Thompson, lui, a choisi de nous parler de musique et d'amitié à travers une bande de jeunes musiciens...

    Lucas, (Marc-André Grondin), Manu (Arthur Dupont), Philippe (Abraham Belaga), Jacob (Jules Pelissier) et Mario (François Civil) s'aiment depuis l'enfance. Ils ont du talent et de l'espoir. Ils rêvent de musique et de gloire. Leur groupe de rock, LUST, connaît un succès grandissant, mais les aspirations de chacun rendent incertain leur avenir commun. L'arrivée de Laura (Elisa Sednaoui) dans leur vie va bousculer un peu plus ce fragile équilibre.

    Cela débute sur le sublime air de « Let it loose » des Stones et pour moi c'était déjà une bonne raison d'aimer ce film ( vous saurez désormais comment me corrompre... : -)). Et ensuite ? Ensuite, « Bus Palladium » pâtit un peu de cette brillante référence avant de nous embarquer dans sa propre musique. Plus lisse, plus douce mais non dénuée de rugosité et d'amertume. Christopher Thompson fait commencer son film dans un joyeux désordre imprégné de l'enthousiasme de ce groupe qui débute. Puis, des personnages se distinguent : Lucas et Manu surtout, définis autant par l'amitié qui les lie que par leur rapport à leurs mères. La mère de Lucas est psy, réfléchie et compréhensive. Celle de Manu est très jeune, hôtesse de l'air, elle est indépendante, libre, et vit avec son fils comme avec un colocataire, dans un incessant tourbillon. Le premier est aussi équilibré que le second vit sur le fil et en déséquilibre. Et c'est là la grande force de ce premier film qui nous en fait dépasser les faiblesses : le caractère attachant de ses personnages dont Christopher Thompson (et Thierry Klifa, son coscénariste) brosse subtilement les portraits, à travers leurs relations avec leurs parents (mère dans le cas des deux précités ou grand-mère dans le cas de Babcia la grand-mère de Jacob qui ne parle que Yiddish.) Il sait singulariser ses personnages, les distinguer, nous les rendre familiers, particulièrement aidé en cela par trois acteurs exceptionnels. D'abord, la découverte Arthur Dupont qui interprète l'écorché vif Manu qui joue la comédie avec un air de Romain Duris et chante avec la voix de De Palmas. Ensuite Marc-André Grondin qui de nouveau en est au « premier jour du reste de sa vie ». et Elisa Sednaoui, séductrice et forte avec juste ce qu'il faut de fragilité qui affleure.

    Ces trois-là nous valent de suivre le film avec intérêt, leurs relations parfois troubles, surtout fortes, leur douloureux et définitif adieu à l'adolescence et le cruel renoncement à leurs rêves. Dommage alors que le reste soit si peu « rock », si peu à l'image du nom du groupe « Lust » (qui signifie luxure), que tout semble tellement lisse, que le Bus Palladium et certains personnages (au contraire de ces trois-là qui en ont tant) manquent  de caractère, que le film ait refusé de se situer vraiment dans une époque pour malheureusement ne pas parvenir non plus à être intemporel ( l'intrigue se déroule dans les années 80 avec des références vestimentaires des années 1970  et un vocabulaire des années 2000 « taf », « buzz » sans oublier la nourriture venant de chez Quick...).

    Malgré cela, émanent de ces trois personnages  principaux un tel charisme et une belle fragilité qu'on les quitte avec regret même s'ils nous laissent, comme Rizzo (lumineuse Naomi Greene)qui, dans le dernier plan, regarde à travers une vitre baignée de soleil, avec le bel espoir et la force d'un avenir (plus) radieux. Allez-y ne serait-ce que pour ces trois-là qui crèvent l'écran... Une première réalisation imparfaite mais attachante avec quelques beaux plans qui reflètent bien le tourbillon d'effervescence et de mélancolie mêlées de cette période charnière de leurs existences.

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