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  • Critique - LE TEMPS DE L'AVENTURE de Jérôme Bonnell à 20H55 sur Canal plus

    "Le temps de l'aventure" est le 5ème long métrage réalisé par Jérôme Bonnell, six ans après sa belle peinture des âmes, son exquise esquisse de la solitude, « J’attends quelqu’un », qui m’avait fait si forte impression (dans lequel jouait d’ailleurs déjà Emmanuelle Devos), un film sur les savoureuses palpitations de l’attente, le bonheur du possible plutôt que celui de la certitude. La possibilité du bonheur, aussi : ce pourrait être d’ailleurs le titre de ce « Temps de l’aventure ».

    Cela commence à Calais, avant l’entrée sur une scène de théâtre d’Alix, comédienne, (Emmanuelle Devos), qui joue une pièce d’Ibsen. Quelques minutes, palpitantes et angoissantes, à retenir son souffle, avant de se jeter dans l’arène. Avant de mettre le masque. Avant de devenir quelqu’un d’autre. Avant le temps de l’aventure. C’est finalement la métaphore de ce qu’elle sera et vivra le reste du film. Elle prend ensuite un train en direction de Paris. Dans le train, elle échange de furtifs regards avec un homme triste, un Anglais (Gabriel Byrne). A cet instant, il est juste un homme triste. Alix se rend ensuite à une audition (un des deux magistraux plans-séquences du film). Une véritable mise à nu. Puis elle remet le masque du jeu, décide s’en trop savoir pourquoi, aimantée, de retrouver « l’homme du train » dont elle a entendu par hasard la destination, et de jouer, d’oser, de se lancer dans l’aventure, de laisser libre cours à ses désirs…

    Jérôme Bonnell a réussi à retranscrire ce qu’il y a sans doute de plus beau et de plus fragile dans l’existence : ces moments rares et fugaces où n’existe que le temps présent. Le bonheur en somme qui, parfois, surgit aux moments les plus inattendus ou terribles, et en est alors que plus précieux et exalté. Il dresse un magnifique portrait de deux êtres dans une situation de fragilité, « lost in translation », de ces situations qui conduisent aux belles et redoutables audaces, où le passé et l’avenir cèdent devant la force du présent.

    Alix est presque une étrangère dans sa propre ville, perdue et libre à la fois, une actrice dont Paris est alors la nouvelle scène de théâtre, une scène qui la conduira à jouer mais aussi à tomber progressivement le masque. C’est palpitant comme un thriller. Notre souffle est suspendu à leurs regards, à leurs silences, à leurs pas qui peut-être ne se recroiseront plus.

    C’est une belle journée d’été, un soir de fête de la musique et ils sont là et nulle part au milieu de cette frénésie et ce tourbillon. Le temps court mais pour eux il semble s’être arrêté. Le film est d’ailleurs aussi une très belle variation sur le temps, en plus de l’être sur le mensonge et la vérité, et le bonheur. Ce sont effet les « 24 heures de la vie d’une femme » coupée de tout ce qui nous relie habituellement à la réalité ou un semblant de réalité : téléphone, carte bleue et qui, peut-être, nous éloigne de l’essentiel. Ne plus pouvoir utiliser l’un et l’autre l’ancre encore plus dans le temps présent.

    Ce film est plein de fragilité, de sensibilité, à fleur de peau, plein de délicatesse, aussi lumineux et solaire que son actrice principale qui irradie littéralement et dont la caméra de Jérôme Bonnell est amoureuse. Elle arrive à nous faire croire à cette rencontre qui aurait pu être improbable et à la magie éblouissante de l’instant présent (aidée par la qualité de l’écriture, aussi). Face à elle, Gabriel Byrne impose sa belle présence, emmuré dans le silence, parfois peut-être un peu trop mutique mais cela contribue aussi à son charme mystérieux. De leurs faces-à-faces exhale une émotion incandescente.

    Ajoutez à cela une scène aussi hilarante et burlesque que terrible et douloureuse avec la sœur d’Alix et vous obtiendrez un petit bijou non formaté quand le cinéma nous donne de moins en moins d’histoires d’amour ou d’histoires d’amour qui ne soient pas mièvres ou caricaturales et quand le cinéma tend de plus en plus, à mon grand désarroi, à rentrer dans des schémas et quand les médias (les dits traditionnels et les autres d’ailleurs), semblent se contenter d’évoquer ces films-là. Non, il n’y a pas que les profs, gamins et autres amours et turbulences aux titres aussi originaux et subtils que leurs contenus.

    Un film sur une passion éphémère (ou peut-être pas…) porté par une actrice étincelante et qui nous prouve que le bonheur peut parfois être un présent, un film qui laisse un goût d’éternité et nous donne envie d’arrêter le temps ou en tout cas de croire que le temps parfois peut s’arrêter, même quand, ou a fortiori quand, la réalité est douloureuse et implacable. « Le temps de l’aventure » est un hymne subtile et délicat au présent, au jeu aussi, à la vie qui peut en être un aussi. Un film d’une mélancolie solaire, une belle réflexion sur le bonheur et la vérité, avec un air truffaldien (plane d’ailleurs l’ombre d’un certain Antoine) qui m’a emportée et m’a accompagnée longtemps après le générique de fin avec le goût persistant de cette parenthèse enchantée, de tristesse et d’espoir mêlés. Finalement une sorte de mise en abyme ou de métaphore du cinéma, et de sa magie : l’espace de quelques minutes, nous faire croire au vol du temps suspendu. Et au spectateur de décider s’il veut y croire, si cela modifiera le cours de l’existence (la sienne et celle des personnages) ou non…

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  • Conférence de presse du Festival de Cannes 2014

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    Retrouvez ici, sur mon blog entièrement consacré au Festival de Cannes http://inthemoodforcannes.com  et sur mon site consacré aux festivals de cinéma http://inthemoodforfilmfestivals.com , jeudi prochain, mon compte rendu de la conférence de presse d'annonce de sélection du Festival de Cannes 2014 à laquelle j'assisterai ce 17 Mai 2014 à 11H au cinéma l'UGC Normandy. Retrouvez-moi ensuite en direct de Cannes dès le 12 Mai, jusqu'au 26 Mai pour une couverture complète du Festival de Cannes sur les blogs précités. Si cela capte, je vous commenterai la conférence de presse en direct sur twitter (@moodforcinema et @moodforcannes ). En attendant, vous pouvez toujours retrouver mes récits fictifs du Festival de Cannes...fortement inspirés de la réalité dans mon recueil de nouvelles "Ombres parallèles" à acquérir, ici.

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  • Critique de BLACK SWAN de Darren Aronofsky sur France 4 à 20H50

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    Ce soir, à 20H50, sur France 4, ne manquez pas ce tourbillon fiévreux dont vous ne ressortirez pas indemnes.

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    Nina (Natalie Portman) est ballerine au sein du très prestigieux New York City Ballet. Elle (dé)voue sa vie à la danse et partage son existence entre la danse et sa vie avec sa mère Erica (Barbara Hershey), une ancienne danseuse. Lorsque Thomas Leroy (Vincent Cassel), le directeur artistique de la troupe, décide de remplacer la danseuse étoile Beth Mcintyre (Winona Ryder) pour leur nouveau spectacle « Le Lac des cygnes », Nina se bat pour obtenir le rôle. Le choix de Thomas s’oriente vers Nina même si une autre danseuse, Lily, l’impressionne également beaucoup, Nina aussi sur qui elle exerce à la fois répulsion et fascination.  Pour « Le Lac des cygnes », il faut  une danseuse qui puisse jouer le Cygne blanc, symbole d’innocence et de grâce, et le Cygne noir, qui symbolise la ruse et la sensualité. Nina en plus de l’incarner EST le cygne blanc mais le cygne noir va peu à peu déteindre sur elle et révéler sa face la plus sombre.

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     « Black swan » n’est pas forcément un film d’emblée aimable (ce qui, pour moi, est une grande qualité quand les synopsis des films ressemblent trop souvent à des arguments marketing) : il se confond ainsi avec son sujet, exerçant tout d’abord sur le spectateur un mélange de répulsion et de fascination, entrelaçant le noir et le blanc, la lumière (de la scène ou de la beauté du spectacle, celle du jour étant quasiment absente) et l’obscurité, le vice et l’innocence mais le talent de cinéaste d’Aronofsky, rusé comme un cygne noir, et de son interprète principale, sont tels que vous êtes peu à peu happés, le souffle suspendu comme devant un pas de danse époustouflant.

    « Black swan » à l’image de l’histoire qu’il conte (le verbe conter n’est d’ailleurs pas ici innocent puisqu’il s’agit ici d’un conte, certes funèbre) est un film gigogne, double et même multiple. Jeu de miroirs entre le ballet que Thomas met en scène et le ballet cinématographique d’Aronofsky. Entre le rôle de Nina dans le lac des cygnes et son existence personnelle. Les personnages sont ainsi à la fois doubles et duals : Nina que sa quête de perfection aliène mais aussi sa mère qui la pousse et la jalouse tout à la fois ou encore Thomas pour qui, tel un Machiavel de l’art, la fin justifie les moyens.

     Aronofsky ne nous « conte » donc pas une seule histoire mais plusieurs histoires dont le but est une quête d’un idéal de beauté et de perfection. La quête de perfection obsessionnelle pour laquelle Nina se donne corps et âme et se consume jusqu’à l’apothéose qui, là encore, se confond avec le film qui s’achève sur un final déchirant de beauté violente et vertigineuse, saisissant d’émotion.

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    Par une sorte de mise en abyme, le combat (qui rappelle celui de « The Wrestler ») de Nina est aussi celui du cinéaste qui nous embarque dans cette danse obscure et majestueuse, dans son art (cinématographique) qui dévore et illumine (certes de sa noirceur) l’écran comme la danse et son rôle dévorent Nina. L’art, du cinéma ou du ballet, qui nécessite l'un et l'autre des sacrifices. Le fond et la forme s’enlacent alors pour donner cette fin enivrante d’une force poignante à l’image du combat que se livrent la maîtrise et l’abandon, l’innocence et le vice.

    Quel talent fallait-il pour se montrer à la hauteur de la musique de Tchaïkovski (qui décidément inspire ces derniers temps les plus belles scènes du cinéma après « Des hommes et des dieux ») pour nous faire oublier que nous sommes au cinéma, dans une sorte de confusion fascinante entre les deux spectacles, entre le ballet cinématographique et celui dans lequel joue Nina. Confusion encore, cette fois d’une ironie cruelle, entre l'actrice Winona Ryder et son rôle de danseuse qui a fait son temps.  Tout comme, aussi, Nina confond sa réalité et la réalité, l’art sur scène et sur l’écran se confondent et brouillent brillamment nos repères. Cinéma et danse perdent leur identité pour en former une nouvelle. Tout comme aussi la musique de Clint Mansell se mêle à celle de Tchaïkovski pour forger une nouvelle identité musicale.

    La caméra à l’épaule nous propulse dans ce voyage intérieur au plus près de Nina et nous emporte dans son tourbillon. L’art va révéler une nouvelle Nina, la faire grandir, mais surtout réveiller ses (res)sentiments et transformer la petite fille vêtue de rose et de blanc en un vrai cygne noir incarné par une Natalie Portman absolument incroyable, successivement touchante et effrayante, innocente et sensuelle, qui réalise là non seulement une véritable prouesse physique (surtout sachant qu’elle a réalisé 90% des scènes dansées !) mais surtout la prouesse d’incarner deux personnes (au moins...) en une seule et qui mérite indéniablement un Oscar.

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     Un film aux multiples reflets et d’une beauté folle, au propre comme au figuré, grâce à la virtuosité de la mise en scène et de l’interprétation et d’un jeu de miroirs et mise(s) en abyme. Une expérience sensorielle, une danse funèbre et lyrique, un conte obscur redoutablement grisant et fascinant, sensuel et oppressant dont la beauté hypnotique nous fait perdre (à nous aussi) un instant le contact avec la réalité pour atteindre la grâce et le vertige.

    Plus qu’un film, une expérience à voir et à vivre impérativement (et qui en cela m’a fait penser à un film certes a priori très différent mais similaire dans ses effets : « L’Enfer » d’Henri-Georges Clouzot) et à côté duquel le « Somewhere » de Sofia Coppola qui lui a ravi le lion d’or à Venise apparaît pourtant bien fade et consensuel...

     

     

     

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  • Critique de UN BARRAGE CONTRE LE PACIFIQUE de Rithy Panh, ce soir, à 20H45, sur France Ô

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    Indochine, 1931. Dans le Golfe du Siam, au bord de l’Océan Pacifique, une mère (jamais nommée car vivant par, pour, à travers ses enfants, incarnée par Isabelle Huppert) survit tant bien que mal avec ses deux enfants, Joseph (20 ans) –Gaspard Ulliel- et Suzanne (16 ans)-Astrid Bergès-Frisbey-, qu’elle voit grandir et dont elle sait le départ inéluctable. Abusée par l’administration coloniale, elle a investi toutes ses économies dans une terre régulièrement inondée, donc incultivable. Se battant contre les bureaucrates corrompus qui l’ont escroquée, et qui menacent à présent de l’expulser, elle met toute son énergie dans un projet fou : construire un barrage contre la mer avec l’aide des paysans du village.  Alors que la mère est ruinée et obsédée par son entreprise arrive le mystérieux M.Jo (Randal Douc), fils d’un riche homme d’affaires chinois qui s’éprend de Suzanne. La famille va tenter d’en tirer profit.

    Difficile d’adapter au cinéma Marguerite Duras (« Un barrage contre le Pacifique » est son premier roman paru au printemps 1950, adapté de son enfance coloniale, tout comme « L’Amant ») quand on sait qu’elle était tellement mécontente de l’adaptation de « L’amant » par Jean-Jacques Annaud dont, malade, elle n’a pu suivre la fin de l’élaboration du scénario qu’en guise de revanche elle en a sorti sa propre version scénaristique. « Un barrage contre le Pacifique » est certainement très différent d’un film réalisé par Marguerite Duras, éloigné de son style expérimental  notamment basé sur le décalage entre l’image et le son comme elle les affectionnait, comme ce qu’elle mit en œuvre dans ses propres films. Aurait-elle renié cette adaptation-ci ? Pas sûr…

    Difficile aussi en raison de son style littéraire difficilement adaptable même si « Un barrage contre le Pacifique » est certainement le plus classique de ses romans (d’ailleurs déjà adapté au cinéma, en 1958, par René Clément, sous le titre « Barrage contre le Pacifique ») , ce qui explique aussi le classicisme que certains ont reproché au film de Rithy Panh, un film dans lequel, pourtant, le délitement du temps, le refus de tout spectaculaire et de toute dramatisation auxquels le sujet se prêtait si bien ne sont d’ailleurs pas si académiques. Un cinéaste qui laisse le temps au temps, laisse aussi le soin au spectateur de remplir les ellipses et les non dits : voilà qui est plutôt destiné à me plaire et je trouve que beaucoup de critiques ont été bien injustes.

    La lenteur, ce refus de la grandiloquence et donc la forme reflètent judicieusement la fin des illusions de la mère qui expire finalement tout au long du film. Ce qu’on lui a reproché aussi, sans doutes, c’est de filmer avec distance et donc sans passions des sentiments passionnels et extrêmes (l’amour, la passion, le désir, l’injustice, la mort, le mensonge, la violence…), mais c’est là justement, dans ce décalage, que réside tout l’intérêt du film et l’univers que lui a apporté Rithy Panh.

     Filmé tout en douceur malgré la violence des sentiments, en lenteur, en simplicité malgré l’ambiguïté des personnages,  le film de Rithy Panh nous imprègne progressivement, sans fracas mais peut-être avec d’autant plus de force comme cette révolte contre le colonialisme qui s’empare progressivement de la mère.

    Et puis il y a les paysages, la nature récalcitrante et sauvage que Rithy Panh n’enjolive pas mais filme dans sa beauté brute et d'autant plus fascinante.

    Isabelle Huppert incarne merveilleusement cette femme aride comme la terre qu’elle tente vainement d’exploiter, provocatrice et indomptable, qui aime un peu trop son fils, qui rudoie un peu trop sa fille avec lesquels elle entretient des rapports plus qu’ambigus à l’image de ceux de Suzanne avec le troublant et ambivalent M.Jo, ce qui donne à l’ensemble une opacité salutaire dans un cinéma qui veut de plus en plus aller à l’essentiel (et d’ailleurs l’oubliant et le niant ainsi).  Un film à la fois simple et hermétique comme un livre de Duras.

    Gaspard Ulliel et Astrid Berges-Frisbey, quant à eux, manient savamment force et douceur, innocence et sensualité et sont aussi pour beaucoup dans la réussite de ce film que, vous l’aurez compris, In the mood for cinema vous recommande.

     « Un Barrage contre le Pacifique » a été présenté au Festival de Rome 2008.

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