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  • Critique de « Socialisme » de Jean-Luc Godard (Sélection Un Certain Regard du Festival de Cannes 2010)

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    Hier  l'événement c'était  la projection de « Socialisme » de Jean-Luc Godard, en sélection Un Certain Regard. 50 ans après « A bout de souffle », 42 ans après avoir sabordé le festival (en mai 1968), Godard reste un cinéaste incontournable à la modernité et l'inventivité peu égalées.

     A près de 80 ans le cinéaste n'a finalement pas fait le déplacement précisant  : "suite à des problèmes grecs, je ne pourrai être votre obligé à Cannes. Amicalement, Jean-Luc Godard.", la Grèce d'ailleurs très présente dans ce nouveau long-métrage, une symphonie divisée en trois temps, trois mouvements : « Des choses comme ça », « Notre Europe », « Nos humanités ».

    La première partie se déroule en Méditerranée sur un paquebot sur lequel se croisent de multiples langues et de multiples conversations entre des passagers presque tous en vacances parmi lesquels : un vieil homme ancien criminel de guerre, un philosophe français (Alain Badiou), une chanteuse américaine (Patti Smith), un ambassadeur de Palestine, un ancien agent double... Dans la deuxième partie qui se déroule dans un garage, deux enfants demandent des explications sérieuses à leurs parents sur les thèmes de liberté, égalité et fraternité. Enfin, dans la dernière partie intitulée « nos humanités », c'est la visite de six lieux de vraies/fausses légendes : Egypte, Palestine, Odessa, Hellas, Naples et Barcelone.

    Définition du socialisme : « Le socialisme est un type d'organisation sociale basé sur la propriété collective (ou propriété sociale) des moyens de production opposition au capitalisme. Le mouvement socialiste recherche une justice sociale, condamne les inégalités sociales et l'exploitation de l'homme par l'homme, défend le progrès social, et prône l'avènement d'une société égalitaire, sans classes sociales. »

    Intituler un film socialisme, quel ambitieux projet donc ! Un mot malmené, galvaudé, parfois souillé par l'Histoire. Dans la première partie sur le paquebot de croisière tantôt fascinante et effrayante, avec certaines images d'une beauté à couper le souffle, Godard nous montre une société de l'uniformisation  qui aliène plus qu'elle rend libre, qui rend esclave plus que maître de ses mouvements et pensées, indifférente aux autres et à leurs différences plus que solidaire et fraternelle. Bref, l'anti « liberté, égalité, fraternité ». Un mélancolique constat.

     Les destinations desservies par le bateau seront celles évoquées dans la troisième partie : Barcelone, Naples, Odessa, la Palestine, l'Égypte, Hellas (la Grèce). Symboles à la fois de tragédies ou de richesses de l'humanité, symboles aussi de l'éternel et parfois triste recommencement de l'Histoire.

    Dans la deuxième partie, plus linéaire, c'est  l'histoire de la « famille Martin », la plus narrative. Le père et la mère  veulent se présenter aux élections cantonales tandis qu'une équipe de télévision se trouve à leurs côtés et pendant que leurs enfants  exigent d'être reconnus comme citoyen et dont le programme est.  : « Avoir vingt ans. Avoir raison. Garder de l'espoir. Avoir raison quand votre gouvernement a tort. Apprendre à voir avant que d'apprendre à lire. ».

    Comme toutes les œuvres de Godard (et a fortiori celle-ci) « Socialisme » pourra vous agacer ou vous ensorceler, peut-être alternativement les deux comme ce fut mon cas, en tout cas difficilement vous laisser indifférents. Et surtout à une époque où on nous sert de plus en plus des films comme des produits de consommation tout cuits dans lesquels la moindre réflexion est bannie, un film tel que celui-ci est une véritable jubilation. En ressort un vrai sentiment de liberté et de respect pour le spectateur à qui il revient de construire la « construction déconstruite » de Godard et de se faire sa propre interprétation dans ce magma d'images, de sons et de mots. Un magma dense et complexe parfois perturbant, parfois fascinant parsemé de petites touches de rouge pour rappeler que subsistent des parcelles de socialisme éparpillées.

    Beaucoup plus proche de ses « Histoires de cinéma » que d' « A bout de souffle » ou du « Mépris » « Socialisme » est un poème  désenchanté , lucide, parfois caustique, sur les illusions perdues personnelles ou politiques, un voyage dans notre Histoire et nos humanités, notre passé et notre présent avec des images d'une beauté troublante ou d'une âpreté déconcertante, parfois même drôles et surtout un film d'un grand auteur qui signe encore et toujours un cinéma irrévérencieux, singulier et inclassable d'une étonnante modernité qui nous apprend ou du moins nous incite «  à voir » et à « garder espoir », malgré tout.

    (Une critique évidemment trop courte et un simple résumé, faute de temps, pour ce film sin riche sur lequel je reviendrai donc)

    Réactions dans la salle (projection du matin en salle Debussy) :  Timides applaudissements (peu révélateurs néanmoins en l'absence du cinéaste).

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  • Semaine de la Critique (séance spéciale)- « Copacabana » de Marc Fitoussi avec Isabelle Huppert, Lolita Chammah, Aure Atika

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    Alors que « la ville qui ne dort jamais » ( pour reprendre les termes de Kristin Scott Thomas lors de l'ouverture) commence à m'imprégner délicieusement de ce sentiment étrange que cette vie festivalière entre cinéma et réalité, sous un soleil lui aussi irréel, ne s'achèvera jamais, et que ces journées cette année plus que jamais extraordinaires sont parfaitement normales, hier soir, c'est vers un quartier d'une autre ville qui ne semble jamais dormir, Copacabana, que je me suis dirigée. C'est en tout cas ainsi que se nomme le film de Marc Fitoussi présenté dans le cadre de la 49ème Semaine de la Critique avec notamment dans la distribution : Isabelle Huppert (présidente du jury la 62èmé édition du Festival de Cannes qui revient donc ici dans un tout autre rôle), Lolita Chammah, (et en leur présence) Aure Atika.

     Babou (Isabelle Huppert) y incarne une femme joviale, délurée,  qui ne se soucie pas du lendemain. Ce n'est pourtant pas au Brésil qu'elle vit mais à Tourcoing. Quand elle découvre que sa fille a trop honte d'elle pour l'inviter à son mariage, elle décide pourtant de rentrer dans le droit chemin. En plein hiver, elle trouve ainsi un emploi de vente d'appartements en multipropriété à Ostende.

    Le grand atout de ce film c'est le personnage de Babou et évidemment celle qui l'incarne, Isabelle Huppert, qui lui insuffle une folie inhabituelle, loin des rôles en retenue et en silence auxquels elle nous a habitués. Si besoin était ce rôle confirme qu'elle peut tout jouer, y compris donc un personnage joyeusement désinvolte et iconoclaste. Elle est absolument étonnante dans ce rôle aux antipodes de ceux qu'elle a incarnés jusqu'alors. A l'image du film auquel son personnage apporte son extravagante empreinte malgré le cadre  a priori grisâtre (Ostende) d'ailleurs filmé avec une belle luminosité, elle est à la fois fantasque, drôle et touchante. Un véritable arc-en-ciel (que l'on retrouve aussi dans son apparence vestimentaire) que ne reflète malheureusement pas l'affiche du film, sans doute à dessein mais c'est bien dommage...

    Cinquième film du réalisateur Marc Fitoussi qui avait notamment réalisé « La vie d'artiste » dans lequel on trouvait également ce mélange d'émotion et de drôlerie, c'est ici  à une autre artiste finalement que s'intéresse Marc Fitoussi, quelqu'un qui en tout cas refuse les règle, et vit dans une forme de marginalité. Elle préfère d'ailleurs la compagnie de marginaux à celle de sa fille (incarnée par Lolita Chammah, également sa fille dans la réalité loin de démériter face à elle) qui souhaite une vie à l'opposé de cette de sa mère.

     Moins léger qu'il n'y paraît cette comédie est aussi le moyen de dénoncer une société qui exploite, broie, cherche à formater ceux pour qui  un travail devient une nécessité vitale, peu en importe le prix, parfois même celui de leur dignité et liberté.

     A signaler également Aure Atika une nouvelle fois formidable avec un rôle très différent de celui qu'elle incarnait dans « Melle Chambon » dans lequel elle excellait également.

    La vitalité de l'impétueux personnage d'Isabelle Huppert pour qui la vie est un jeu nous fait oublier les imperfections scénaristiques qui à l'image des défauts de cette dernière rendent ce film ludique, attachant et jubilatoire et font souffler un vent de gaieté brésilienne et de liberté salvateur.

    Présentation du film par ses actrices: (en m'excusant pour les problèmes de visibilité dus à des passages inopinés devant la caméra).

     

    Bonus: Critique de "La vie d'artiste" de Marc Fitoussi

    « La vie d’artiste » qu’est-ce donc alors ? (voir pitch ici).  Ici, en tout cas, ce sont : le plaisir viscéral d’exercer son art, la rage (de dire, d’écrire, chanter, jouer … ou de paraître) les amitiés intéressées  feintes avec tellement d’habileté, les rancœurs assassines, les coups du destin (oui, encore), les concessions à ses idéaux, les vicissitudes de la chance,  un directeur de casting arrogant, des applaudissements qui résonnent comme des coups de poignard ou comme des regrets amers, des regards qui se détournent  ou captivés en fonction d’un succès ou d’un échec,  des situations cocasses,  la duplicité de ceux qui la méprisent ou feignent de la mépriser, des masques de  jalousies si réussis. C’est oublier un peu la vie, l’autre, celle que certains disent la vraie. C’est un désir avoué ou inavoué, un regret, un remords. La vie d’artiste, c’est ce qui altère les comportements de ceux qui la vivent, de ceux qui  les côtoient ou  ceux qui les regardent plus encore. Si certaines situations sont prévisibles, elles n’en demeurent pas moins très justes. « La vie d’artiste » me fait penser à cette phrase de Martin Scorsese lors du dernier Festival de Cannes : pour faire un film il faut le vouloir plus que toute autre chose au monde. La vie d’artiste c’est le vouloir plus que toute autre chose au monde. Une nécessité impérieuse. Parfois, au détriment des autres. La vie d’artiste, c’est être parfois égocentrique à moins que ce ne soit être injustement jugé comme tel. La vie d’artiste c’est être aveugle au monde extérieur. A moins que ce ne soit un moyen de l’oublier ou de le sublimer ou de le regarder. Autrement. Dommage que les passions des trois protagonistes, ou de qui devraient être leurs passions ( le personnage de Denis Poladydès semble ainsi davantage être guidé par l’envie  de reconnaissance que par celle d’écrire) semblent vécues davantage comme un poids que comme une libération. La passion : poids ou liberté (ou libération) : hein, je vous le demande… J’ai bien ma petite idée… Dommage que certains personnages soient aussi caricaturaux (certes délibérément, comme ressorts de la comédie  que ce film est avant tout) comme celui d’Aure Atika non moins irrésistible en patronne d’Hippopotamus irascible, ou comme celui de Valérie Benguigui jalouse de la passion, de la « vie d’artiste « de son amant qui le lui vole. La vie d’artiste c’est surtout  ce qui donne cette petite flamme dans les yeux et la vie de ceux qui la vivent ou y aspirent. La petite lueur dans les yeux du spectateur au dénouement de ce film drôle et prometteur qui explore toutes les situations ou sensations insolites (souvent), magiques (presque pas, pas suffisamment) que suscitent la « vie d’artiste ». La vie, passionnément. Plus intensément. Un désir ardent que le film ne reflète peut-être pas suffisamment ayant néanmoins ainsi gagné en comédie et drôlerie ce qu’il perd en profondeur.

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