Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

  • Festival de Cannes 2013 : en route pour mon 13ème Festival de Cannes. Comment me suivre en direct du 66ème Festival de Cannes ?

    Dans quelques heures, je sera à Cannes pour mon 13ème   Festival de Cannes déjà depuis ma participation au prix de la jeunesse qui m’avait permis d’y assister la première fois (un concours destiné aux jeunes européens, leur permettant d’être invités au Festival de Cannes), un 13ème festival, celui pour lequel ma présence fut la plus incertaine, pour des raisons totalement extérieures au cinéma mais la vie malheureusement ne ressemble pas toujours à un film, du moins pas à un film joyeux, même si j’ai souvent trop tendance à souhaiter le croire, des raisons qui font aussi que, cette année plus que jamais, je me laisserai guider par mes envies cinématographiques du jour, totalement libre de mes choix. Bien sûr, il y a les séances que j’attends avec beaucoup d’impatience : « The Immigrant » de James Gray, "A touch of sin" de Jia Zhang Ke, la projection de « Plein soleil » de René Clément, « La Vénus à la fourrure » de Roman Polanski, "La Grande Bellezza" de Paolo Sorrentino, "Jeune et jolie" de François Ozon…et puis, surtout, tous ces films que je n’attends pas par lesquels je me réjouis déjà de me laisser surprendre, souvent aussi dans les sections parallèles (même si je ne vous ai cité ici que la compétition officielle à l'exception de "Plein soleil" évidemment", dans la section Cannes Classics).

     Un bon festival c’est souvent comme un grand film, il vous laisse heureux et exténué, joyeusement nostalgique et doucement mélancolique, riche d’émotions et de réflexions, souvent contradictoires , et il faut souvent un peu de recul pour appréhender ces multiples réflexions et émotions qu’il a suscitées, pour découvrir quelles images auront résisté à l’écoulement du temps, aux caprices de la mémoire, à ce flux et flot d’informations ininterrompues, c’est aussi pourquoi je vous parlerai de certains films en direct de Cannes et de certains autres ensuite, même si Cannes est aussi une course à l’information à laquelle j'essaierai de ne pas céder.

     «Je ne me souviens plus du film, mais je me souviens des sentiments» dit Jean-Louis Trintignant en racontant une anecdote à son épouse dans le sublime film « Amour » de Michael Haneke. C’est aussi ce que j’espère à nouveau me dire de mon film du Festival de Cannes 2013, qu’il me fasse vivre des émotions cinématographiques exaltantes, qu’il m’emporte dans son tourbillon d’images, qu’il me laisse avec de beaux sentiments.

     13 ans et même si (ou même parce que) je connais les pièges et revers de ce théâtre des vanités, cette comédie humaine fascinante et terrifiante, la versatilité des personnalités et avis pour un sursaut de vanité, même si je sais que tant d’illusions s’y fracassent, que Cannes peut encenser, broyer, magnifier, dévaster et en a perdu certains et tant à force de les éblouir, les fasciner, les aliéner, oui, malgré tout cela, j’aime ce festival et tous les cinémas qu’il propose avec autant de folie douce que lors de mon premier Festival de Cannes.

     L’an passé, lors de la clôture Bérénice Béjo parlait d’une « bulle au milieu du monde dans laquelle on se réfugie, on se cache blottie contre un siège rouge dans le noir d’une grande salle », un abri salutaire que je suis impatiente de retrouver même si  cet abri nous confronte aussi paradoxalement à ce monde, ses doutes, ses désespoirs, une parenthèse enchantée qui met souvent en lumière les ombres d’un monde désenchanté, en tout cas l’an passé puisque les films projetés étaient surtout des films dans lesquels les sursauts de l’histoire (« Après la bataille ») mais surtout la crise étaient présents au premier plan ou en arrière-plan (« Killing them softly ») avec des personnages anesthésiés en quête d’une ivresse (« L’ivresse de l’argent »), de désirs (« Cosmopolis »), d’un rêve (« Reality ») ou parfois simplement d’un quotidien meilleur mais surtout d’amour(s). Un monde enragé « à en perdre la raison », avide d’amour(s), qui avait du mal à communiquer, symboliquement enfermé dans l’habitacle aseptisé et clinique d’une voiture (« Holy motors », « Cosmopolis »). Des œuvres pessimistes dont la mort était bien souvent la seule issue et paradoxale respiration. Des œuvres qui s’opposaient aussi dépeignant tantôt un monde sur papier glacé, glaçant, glacial, tantôt des êtres de chair et de sang, ou « de rouille et d’os ». Tantôt des œuvres formellement radicales et des œuvres plus classiques (« Sur la route », « Mud »…). Ou des œuvres qui montraient des mondes qui s’opposaient : deux Egypte dans « Après la bataille », « Trois mondes » dans le film éponyme de Catherine Corsini. Subtile alliance et confrontation de force et de fragilité, de glamour et de cinéma d’auteur que résumait si bien l’affiche de cette 65ème édition. Marilyn, les yeux baissés, comme une invitation douce et langoureuse au rêve. A la fois sophistiquée et simple. Fragile et complexe. Moderne et intemporelle. Elégante et à fleur de peau. Le symbole idéal pour le Festival de Cannes qui concilie si bien ces beaux paradoxes. Tout comme l’est l’affiche de cette année.

     Joanne Woodward et Paul Newman sont ainsi à l’honneur, sur l’affiche de cette 66ème édition, avec une photo, d’une beauté étourdissante, prise sur le tournage de « A New Kind of Love » de Melville Shavelson, et qui, cette fois nous invitent à un tourbillon de cinéma, à un désir infini de pellicule, le désir infini…comme celui (de cinéma) que suscite Cannes.  Une affiche qui donne l’illusion du mouvement, de la profondeur, du cinéma donc. Une affiche moderne et intemporelle, d’un noir et blanc joyeusement nostalgique, paradoxale à l’image de tous ces cinémas qui se côtoient à Cannes. Une affiche qui, une fois de plus, nous donne envie de ce tourbillon de (la) vie, d’envies, de cinéma, d’envies de cinéma, un vertig(o)e (presque hitchcockien) troublant et envoûtant qu’est le Festival de Cannes (le tout dans un tendre et parfait équilibre) et que sera indubitablement cette 66ème édition que je me réjouis de vous faire vivre  ici.

     L’an passé, le festival a primé un film sur l’Amour absolu, un cri d’amour ultime et désespéré qui montre ce qui est « caché » avec une infinie pudeur et délicatesse alors que tant, à Cannes, s’enivrent de rencontres et plaisirs éphémères.  Un film tragique, bouleversant, universel qui nous ravage, un film lucide, d’une justesse et d’une simplicité remarquables, tout en retenue. Un film éprouvant et sublime, d’une beauté tragique et ravageuse que vous hante et vous habite longtemps après la projection, après ce dernier plan d’une femme seule dans un appartement douloureusement vide.

     

    Je me souviens aussi du vertige sensoriel devant le film d’Alain Resnais « Vous n’avez encore rien vu » dont je ne peux m’empêcher de vous parler  à nouveau, un film qui avait suscité ce qui arrive parfois au théâtre, cette émotion presque irrationnelle, lorsqu’il y a ce supplément d’âme, de magie, lorsque ce pouvoir des mots vous embarque ailleurs, vous hypnotise, vous fait oublier la réalité, tout en vous ancrant plus que jamais dans la réalité, vous faisant ressentir les palpitations de la vie. Chaque phrase prononcée, d’une manière presque onirique, magique, est d’une intensité sidérante de beauté et de force et exalte la force de l’amour. Mais surtout Alain Resnais nous livre  un film inventif et ludique. Il joue avec. C’est une des plus belles déclarations d’amour au théâtre et aux acteurs qui soit. Ce film est d’ailleurs au-delà des mots auquel il rend pourtant un si bel hommage.

     Mais revenons à cette 66ème édition qui nous réservera sans aucun doute d'aussi belles surprises. Cannes  est aussi la vie en concentré. Plus belle et plus violente. Plus déconcertante et exaltante. Plus dérisoire et urgente. Comme sur l’écran, tout y est plus triste, plus tragique, plus intense, tellement excessif. Chacun se pare d’un masque, souvent de vanité, parfois d’hypocrisie, me faisant songer à cette citation de Molière tellement à propos à Cannes « L’hypocrisie est un vice à la mode et tous les vices à la mode passent pour vertu ».

     Cannes, « c’est une joie et une souffrance » , pourrais-je dire en paraphrasant Truffaut. La joie de vivre au rythme de sa passion. La souffrance de voir des passions moins nobles l’emporter. La joie de faire taire la réalité. La joie de voir la vie ressembler à du cinéma. La joie d’être immergée dans un monde de cinéma et de se plonger dans des regards et des univers de cinéastes captivants, dérangeants, en tout cas éminemment talentueux. La joie de partager sa passion, de passer ses journées au rythme du cinéma. Oui, vous voyez, la joie l’emporte forcément et largement.

     Une certitude subsiste : que j’aime ce Festival de Cannes et le cinéma à la folie (j’y consacre d’ailleurs quelques unes des nouvelles de mon recueil de nouvelles romantiques et cruelles sur les festivals de cinéma « Ombres parallèles » qui sortira en août prochain), toujours et encore et malgré tout, ce vertige émotionnel et cinématographique qui vous enivre, beaucoup moins ceux qui piétinent les autres et leur orgueil pas même pour un quart d’heure cher à Warhol.

     Qu'importe...Dans quelques heures, je serai à Cannes pour la treizième fois, revenant à mes premières amours, à cette émotion qui ne manque pas de m’étreindre quand je pénètre chaque année pour la première fois dans le Grand Théâtre Lumière, comme une douce et violente réminiscence de ma première émotion cannoise, 13 ans après.

     

    POUR ME SUIVRE EN DIRECT DU 66ème FESTIVAL DE CANNES :

     

    -       Sur http://intemoodforfilmfestivals.com, mon nouveau blog sur lequel vous trouverez d’ores et déjà de nombreuses informations sur le festival, de nombreuses critiques des précédents films des cinéastes en compétition, et des articles quotidiens en direct jusqu’à la clôture, des conférences de presse, des critiques, et de nombreuses informations pratiques.

    - Pour les archives, rendez-vous sur mon ancien blog cannois http://inthemoodforcannes.com sur lequel je publierai les articles en parallèle.

     

    -Sur twitter, sur mon compte dédié au Festival de Cannes @moodforcannes (http://twitter.com/moodforcannes ) et sur mon compte principal @moodforcinema (http://twitter.com/moodforcinema )

     -Sur Facebook (sur ma page principale http://facebook.com/inthemoodforcinema et sur la nouvelle consacrée aux festivals de cinéma http://facebook.com/inthemoodforfilmfestivals .

    -J'aurai également le plaisir d'être partenaire de l'émission cannoise de France Culture "Un autre jour est possible" à retrouver ici.

    ROMAN ET CONCOURS

    Je vous rappelle également que je vous fais gagner une liseuse avec mon roman "Les Orgueilleux" sorti il y a quelques jours. Cliquez ici pour connaître le règlement du concours et pour tout savoir sur le roman, vous retrouverez également mon interview à propos de celui-ci. ici..., un roman qui se déroule d'ailleurs entièrement dans un festival de cinéma et à propos duquel vos avis sont les bienvenus et d'ailleurs récompensés par mon éditeur comme vous le lirez dans l'article précité!

     

    Enfin, si vous avez décidément l'âme joueuse, cliquez sur l'image ci-dessous pour vous rendre sur la page du concours "Trophées influenceurs" puis cliquez sur "Voter pour Sandra Mézière et tenter de remporter un ipad Mini" pour...tenter de remporter un ipad mini!

    tribway3.jpg

    A très bientôt "in the mood for Cannes"!

     

    Lien permanent Imprimer Catégories : FESTIVAL DE CANNES 2013 Pin it! 0 commentaire
  • Critique de TWO LOVERS de James Gray, ce soir, à 20H50, sur Arte

    Ce soir, ne manquez pas "Two lovers" de James Gray, à 20H50, sur Arte, en attendant de retrouver ma critique de "The immigrant", son dernier film en compétition du Festival de Cannes 2013.

     

    Pour mon plus grand plaisir, James Gray sera à nouveau en compétition cette année à Cannes avec, « The immigrant » (auparavant intitulé « Lowlife »), un film dans lequel jouent notamment Marion Cotillard, Joaquin Phoenix et Jeremy Renner. Il sortira en France en novembre 2013. Ce sera ainsi son 4ème film projeté dans le cadre de la compétition après « The Yards » (en 2000),  « La nuit nous appartient » (en 2007) et, enfin, « Two lovers » en 2008.

    Synopsis: 1920, Ewa Cybulski et sa sœur Magda quittent leur Pologne natale pour la terre promise, New York. Arrivées à Ellis Island, Magda est atteinte de tuberculose et est placée en quarantaine. Ewa, seule et désemparée, tombe dans les filets de Bruno, un souteneur sans scrupules et avide de réussite. Pour sauver sa sœur, elle est prête à tous les sacrifices et se livre, la mort dans l’âme, à la prostitution. L’arrivée d’Orlando, illusionniste et cousin de Bruno, lui redonne confiance, mais la jalousie de Bruno va les précipiter dans la folie meurtrière.

    1920, Ewa Cybulski et sa sœur Magda quittent leur Pologne natale pour la terre promise, New York. Arrivées à Ellis Island, Magda est atteinte de tuberculose et est placée en quarantaine. Ewa, seule et désemparée, tombe dans les filets de Bruno, un souteneur sans scrupules et avide de réussite. Pour sauver sa sœur, elle est prête à tous les sacrifices et se livre, la mort dans l’âme, à la prostitution. L’arrivée d’Orlando, illusionniste et cousin de Bruno, lui redonne confiance, mais la jalousie de Bruno va les précipiter dans la folie meurtrière.

    En attendant de découvrir ce film à Cannes et de vous en livrer ma critique, ici, je vous propose, ci-dessous, mes critiques de « La Nuit nous appartient » et « Two lovers ».

    CRITIQUE – LA NUIT NOUS APPARTIENT de James Gray

    8abd9ac9b0acebe5a36c3e94d34f50d4.jpg

    La nuit nous appartient. Voilà un titre très à-propos pour un film projeté en compétition officielle au dernier Festival de Cannes.  Cannes : là où les nuits semblent ne jamais vouloir finir, là où les nuits sont aussi belles et plus tonitruantes que les jours et là où les nuits  s’égarent, délicieusement ou douloureusement, dans une profusion de bruits assourdissants, de lumières éblouissantes, de rumeurs incessantes. Parmi ces rumeurs certaines devaient bien  concerner ce film de James Gray et lui attribuer virtuellement plusieurs récompenses qu’il aurait amplement méritées (scénario, interprétation, mise en scène…) au même titre que « My blueberry nights », mon grand favori, ou plutôt un autre de mes grands favoris du festival, l’un et l’autre sont pourtant repartis sans obtenir la moindre récompense…

    Ce titre poétique (« We own the night » en vo, ça sonne encore mieux en Anglais non ?)  a pourtant une source plus prosaïque qu’il ne le laisserait entendre puisque c’est la devise de l’unité criminelle de la police de New York chargée des crimes sur la voie publique. Ce n’est pas un hasard puisque, dans ce troisième film de James Gray ( « The Yards » son précèdent film avait déjà été projeté en compétition au Festival de Cannes 2000)  qui se déroule à New York, à la fin des années 80,  la police en est un personnage à part entière.  C’est le lien qui désunit puis réunit trois membres d’une même famille :  Bobby Green (Joaquin Phoenix), patron d’une boîte de nuit appartenant à des Russes, à qui la nuit appartient aussi, surtout,  et qui représentent pour lui une deuxième et vraie famille qui ignore tout de la première, celle du sang, celle de la police puisque son père Burt (Robert Duvall) et son frère Joseph (Mark Walhberg) en sont tous deux des membres respectés et même exemplaires. Seule sa petite amie Amada (Eva Mendes), une sud américaine d’une force fragile,  vulgaire et touchante, est au courant. Un trafic de drogue  oriente la police vers la boîte détenue par Bob, lequel va devoir faire un choix cornélien : sa famille d’adoption ou sa famille de sang, trahir la première  en les dénonçant et espionnant ou trahir la seconde en se taisant ou en consentant tacitement à leurs trafics. Mais lorsque son frère Joseph échappe de justesse à une tentative d’assassinat orchestrée par les Russes, le choix s’impose comme une évidence, une nécessité, la voie de la rédemption pour Bobby alors rongé par la culpabilité.

    Le film commence vraiment dans la boîte de nuit de Bobby, là où il est filmé comme un dieu, dominant et regardant l’assemblée en plongée, colorée, bruyante, gesticulante, là où il est un dieu, un dieu de la nuit. Un peu plus tard, il se rend à la remise de médaille à son père, au milieu de la police de New York, là où ce dernier et son frère sont des dieux à leur tour, là où il est méprisé,  considéré comme la honte de la famille, là où son frère en est la fierté, laquelle fierté se reflète dans le regard de leur père alors que Bobby n’y lit que du mépris à son égard. C’est avec cette même fierté que le « parrain » (les similitudes sont nombreuses avec le film éponyme ou en tout cas entre les deux mafias et notamment dans le rapport à la famille) de la mafia russe, son père d’adoption, regarde et s’adresse à Bobby. Le  décor est planté : celui d’un New York dichotomique, mais plongé dans la même nuit opaque et pluvieuse, qu’elle soit grisâtre ou colorée. Les bases de la tragédie grecque et shakespearienne, rien que ça, sont aussi plantées et même assumées voire revendiquées par le cinéaste, de même que son aspect mélodramatique (le seul bémol serait d’ailleurs les mots que les deux frères s’adressent lors de la dernière scène, là où des regards auraient pu suffire…)

    Les bons et les méchants.  L’ordre et le désordre. La loi et l’illégalité. C’est très manichéen  me direz-vous. Oui et non. Oui, parce que ce manichéisme participe de la structure du film et du plaisir du spectateur. Non, parce que Bobby va être écartelé,  va évoluer,  va passer de l’ombre à la lumière, ou plutôt d’un univers obscur où régnait la lumière à un univers normalement plus lumineux dominé par des couleurs sombres. Il va passer d’un univers où la nuit lui appartenait à un autre où il aura tout à prouver. Une nuit où la tension est constante, du début et la fin, une nuit où nous sommes entraînés, immergés dans cette noirceur à la fois terrifiante et sublime, oubliant à notre tour que la lumière reviendra un jour, encerclés par cette nuit insoluble et palpitante, guidés par le regard lunatique (fier puis désarçonné, puis déterminé puis dévasté de Joaquin Phoenix, magistral écorché vif, dont le jeu est d’ailleurs un élément essentiel de l’atmosphère claustrophobique du film). James Gray a signé là un film d’une intensité dramatique rare qui culmine lors d’une course poursuite d’anthologie, sous une pluie anxiogène  qui tombe impitoyablement, menace divine et symbolique d’un film qui raconte aussi l’histoire d’une faute et d’une rédemption et donc non dénué de références bibliques. La scène du laboratoire (que je vous laisse découvrir) où notre souffle est suspendu à la respiration haletante et au regard de Bob est aussi d’une intensité dramatique remarquable.

    « La nuit nous appartient », davantage qu’un film manichéen est donc un film poignant constitué de parallèles et de contrastes (entre les deux familles, entre l’austérité de la police et l’opulence des Russes,-le personnage d’Amada aussi écartelé est d’ailleurs une sorte d’être hybride, entre les deux univers, dont les formes voluptueuses rappellent l’un, dont la mélancolie rappelle l’autre- entre la scène du début et celle de la fin dont le contraste témoigne de la quête identitaire et de l’évolution, pour ne pas dire du changement radical mais intelligemment argumenté tout au long du film, de Bob) savamment dosés, même si la nuit brouille les repères, donne des reflets changeants aux attitudes et aux visages.  Un film noir sur lequel plane la fatalité :  fatalité du destin, femme fatale, ambiance pluvieuse. James Gray dissèque aussi les liens familiaux, plus forts que tout : la mort, la morale, le destin, la loi.

    Un film lyrique et parfois poétique, aussi : lorsque Eva Mendes déambule nonchalamment dans les brumes de fumées de cigarette dans un ralenti langoureux, on se dit que Wong Kar-Wai n’est pas si loin… même si ici les nuits ne sont pas couleur myrtille mais bleutées et grisâtres. La brume d’une des scènes finales rappellera d’ailleurs cette brume artificielle comme un écho à la fois ironique et tragique du destin.

    C’est épuisés que nous ressortons de cette tragédie, heureux de retrouver la lumière du jour, sublimée par cette plongée nocturne. « La nuit nous appartient » ne fait pas  partie de ces films que vous oubliez sitôt le générique de fin passé (comme celui que je viens de voir dont je tairai le nom) mais au contraire de ces films qui vous hantent, dont les lumières crépusculaires ne parviennent pas à être effacées par les lumières éblouissantes et incontestables, de la Croisette ou d’ailleurs…

    CRITIQUE – TWO LOVERS de James Gray

    lovers4.jpg

    Direction New York, ville fétiche du cinéma de James Gray, où, après avoir tenté de se suicider,  un homme hésite entre suivre son destin et épouser la femme que ses parents ont choisie pour lui, ou se rebeller et écouter ses sentiments pour sa nouvelle voisine, belle, fragile et inconstante, dont il est tombé éperdument amoureux, un amour dévastateur et irrépressible.

    L’intérêt de « Two lovers » provient avant tout des personnages, de leurs contradictions, de leurs faiblesses. Si James Gray est avant tout associé au polar, il règne ici une atmosphère de film noir et une tension palpable liée au désir qui s’empare du personnage principal magistralement interprété par Joaquin Phoenix avec son regard mélancolique, fiévreux, enfiévré de passion, ses gestes maladroits, son corps même qui semble  crouler sous le poids de son existence, sa gaucherie adolescente.

    Ce dernier interprète le personnage attachant et vulnérable de Leonard Kraditor (à travers le regard duquel nous suivons l’histoire : il ne quitte jamais l’écran), un homme, atteint d’un trouble bipolaire (mais ce n’est pas là le sujet du film, juste là pour témoigner de sa fragilité) qui, après une traumatisante déception sentimentale, revient vivre dans sa famille et fait la rencontre de deux femmes : Michelle, sa nouvelle voisine incarnée par Gwyneth Paltrow, et Sandra, la fille d’amis de ses parents campée par l’actrice Vinessa Shaw. Entre ces deux femmes, le cœur de Leonard va balancer…

    Il éprouve ainsi un amour obsessionnel, irrationnel, passionnel pour Michelle. Ces « Two lovers » comme le titre nous l’annonce et le revendique d’emblée ausculte  la complexité du sentiment amoureux, la difficulté d’aimer et de l’être en retour, mais il ausculte aussi les fragilités de trois êtres qui s’accrochent les uns aux autres, comme des enfants égarés dans un monde d’adultes qui n’acceptent pas les écorchés vifs. Michelle et Leonard ont, parfois, « l’impression d’être morts », de vivre sans se sentir exister, de ne pas trouver « la mélodie du bonheur ».

    Par des gestes, des regards, des paroles esquissés ou éludés, James Gray  dépeint de manière subtile la maladresse touchante d’un amour vain mais surtout la cruauté cinglante de l’amour sans retour qui emprisonne ( plan de Michelle derrière des barreaux de son appartement, les appartements de Leonard et Michelle donnant sur la même cour rappelant ainsi « Fenêtre sur cour » d’Hitchcock de même que la blondeur toute hitchcockienne de Michelle), et qui exalte et détruit.

    James Gray a délibérément choisi une réalisation élégamment discrète et maîtrisée et un scénario pudique et  la magnifique photographie crépusculaire de Joaquin Baca-Asay qui procurent des accents lyriques à cette histoire qui aurait pu être banale,  mais dont il met ainsi en valeur les personnages d’une complexité, d’une richesse, d’une humanité bouleversantes.  James Gray n’a pas non plus délaissé son sujet fétiche, à savoir la famille qui symbolise la force et la fragilité de chacun des personnages (Leonard cherche à s’émanciper, Michelle est victime de la folie de son père etc).

    Un film d’une tendre cruauté, d’une amère beauté, et parfois même d’une drôlerie désenchantée,  un thriller intime d’une vertigineuse sensibilité à l’image des sentiments qui s’emparent des personnages principaux, et de l’émotion qui s’empare du spectateur. Irrépressiblement. Ajoutez à cela la bo entre jazz et opéra ( même influence du jazz et même extrait de l’opéra de Donizetti, L’elisir d’amore, « Una furtiva lagrima » que dans  le chef d’œuvre de Woody Allen « Match point » dans lequel on retrouve la même élégance dans la mise en scène et la même « opposition » entre la femme brune et la femme blonde sans oublier également la référence commune à Dostoïevski… : les ressemblances entre les deux films sont trop nombreuses pour être le fruit du hasard ), et James Gray parvient à faire d’une histoire a priori simple un très grand film d’une mélancolie d’une beauté déchirante qui nous étreint longtemps encore après le générique de fin. Trois ans après sa sortie : d’ores et déjà un classique du cinéma romantique.

     

     

    Lien permanent Imprimer Catégories : A VOIR A LA TELEVISION : CRITIQUES DE FILMS Pin it! 0 commentaire
  • L'affiche du Festival International des Jeunes Réalisateurs de Saint-Jean-de-Luz 2013

    18FIJR(affiche).jpg

    Je vous parle depuis 3 ans de ce festival…LE festival pour (re) découvrir de talentueux cinéastes puisque le festival propose des premiers et deuxièmes films dans une atmosphère très conviviale, un lieu idyllique et animé par de vrais passionnés et amoureux du cinéma et de ceux qui le font. En attendant de vous en dire plus sur cette édition 2013, je vous propose de découvrir la très belle affiche de cette édition, déjà la 18ème! Je vous en parlerai plus longuement au retour de Cannes. En attendant, retrouvez les premières informations sur cette édition 2013 et l’affiche avec la très belle Sarah Kazemy, (mémorable dans « En secret », projeté il y a 2 ans en compétition au festival),  très glamour, une invitation au rêve, à l’évasion…et évidemment au cinéma! Retrouvez mon compte-rendu de l’édition 2012 en cliquant ici et mon compte-rendu de l’édition 2011 en cliquant là.

    > LES DATES 2013
     
    Les 18 ans du Festival International des Jeunes Réalisateurs de Saint-Jean-de-Luz seront célébrés du 8 au 12 octobre 2013, au cinéma Le Select.
    Cette année encore, le public pourra découvrir les nouveaux talents du cinéma à travers une compétition de 1ers et 2èmes films, courts et longs-métrages, et d’avant-premières nationales.
    Les équipes des films concernés viendront à la rencontre des spectateurs et un jury de personnalités partagera ses coups de cœur lors de la remise des prix, les Chisteras, en fin de festival.
     
     
    > L’AFFICHE 2013
     
     
     
    Adossée au mur d’enceinte de la plage de Saint-Jean-de-Luz, sous les étoiles de la nuit basque, une jeune femme rêve de cinéma… Pour ses 18 ans, le Festival International des Jeunes Réalisateurs joue résolument la carte du glamour !
    Réalisée à Saint-Jean-de-Luz, cette photographie est l’oeuvre de Maxime Bruno, avec la complicité de la comédienne Sarah Kazemy.
     
    Sarah Kazemy
    Comédienne d’origine iranienne et algérienne, Sarah Kazemy a été découverte dans le film indépendant iranien En Secret de Maryam Keshavarz. Elle a d’ailleurs accompagné le film à Saint-Jean-de-Luz lors de la 16e édition du festival, où celui-ci était présenté en compétition.
    On retrouvera prochainement Sarah Kazemy au cinéma dans le nouveau long-métrage de Claude Lelouch, Salaud on t’aime, aux côtés de Johnny Hallyday, Sandrine Bonnaire et Eddy Mitchell.
     
    Maxime Bruno
    Après des études de photographie et de cinéma à l’Institut Saint-Luc en Belgique, Maxime Bruno débute sa carrière de photographe à Paris. Depuis plus de dix ans, il collabore avec plusieurs agences et clients, dont le groupe Canal +.
    Il réalise en parallèle différentes séries photo qui mettent en scène les coulisses du monde du cinéma et de la mode.
    Il développe également des séries plus personnelles, telles Hands qui a été exposée au 64e Festival de Cannes, au 16e Festival International des Jeunes Réalisateurs de Saint-Jean-de-Luz et à Paris, au Cinéma des Cinéastes, en 2013.
     
     
    Rendez-vous sur la Côte Basque !
     
    18e Festival International des Jeunes Réalisateurs
    Saint-Jean-de-Luz – du 8 au 12 octobre 2013
    Lien permanent Imprimer Catégories : ACTUALITÉ DES FESTIVALS DE CINÉMA Pin it! 0 commentaire