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  • "Sur la route de Madison" au théâtre Marigny

    medium_madi5.JPGJ’ai toujours aimé me laisser bercer par ce murmure ensorcelant qui précède les trois coups fatidiques, ce bruissement palpitant avant le lever du rideau, mais hier soir, plus que jamais, cette émotion était au rendez-vous : parce que c’était Sur la route de Madison, dont l’adaptation cinématographique de Clint Eastwood est un indéniable chef d’œuvre et accessoirement un de mes films préférés (voir ici ma critique),  parce que c’était dans ce même théâtre que j’avais vu Variations Enigmatiques et que, hier soir, semblait encore y résonner  le quart d’heure d’applaudissements et de standing ovation auquel cette pièce et la majestueuse interprétation du personnage d’Abel Znorko par Alain Delon avaient donné lieu, parce que j’ai commencé à aimer le cinéma avec les films de Verneuil, Losey, Visconti, Melville, Giovanni, Deray, Clément, et l’interprète qui les a immortalisés et sublimés, parce que le théâtre de Marigny, trônant en bas des Champs Elysées, procure toujours une certaine solennité aux pièces qui y sont jouées.

    D’abord, il me fallait oublier. Oublier Variations Enigmatiques. Oublier le film de Clint Eastwood. Oublier ces spectateurs bavards qui se croient dans leur salon et qui rapportent ainsi le vent glacial de leur réalité dans l’Iowa. Et donc oublier que l’instant n’était visiblement pas magique pour tout le monde. Oublier le froid cinglant pour se retrouver un beau jour d’août, une incandescente journée de 1965 dans l’Iowa. Une phrase extraite du livre de R.J.Waller précède la première scène et nous aide à faire la transition : « Dans un monde de plus en plus inhumain, nous réussissons tous à survivre grâce à la carapace que nous formons peu à peu autour de notre sensibilité. Où commence la mièvrerie et où finit la grande passion : je n’en sais rien. Mais notre tendance à nous moquer de celle-ci et à dire de sentiments vrais et profonds qu’ils sont à « l’eau de rose » rend difficile l’accès au royaume de tendresse où se situe l’histoire de Francesca Johnson et Robert Kincaid ». Puis, Francesca Johnson (Mireille Darc), aux dernière lueurs de son existence apparaît et elle raconte à ses enfants, elle nous raconte aussi : ces quatre jours aux accents d’éternité qui ont bouleversé sa vie, ce jour où un photographe du National Geographic, Robert Kincaid (Alain Delon) est venu lui demander son chemin en quête du pont Roseman alors qu’elle était seule, ses enfants et son mari (Benoist Brione) partis à un concours agricole, ce jour où les carapaces ont volé en éclats.

    medium_madi1.JPGAvec Robert Kincaid, c’est l’ailleurs qui fait immersion dans la vie endormie de Francesca. Il a passé sa vie à voyager au gré de ses désirs. Pour une fois, elle va laisser libre cours aux siens, enfouis, si vivaces pourtant aussi. Il faut être dans les premiers rangs pour déceler les regards esquissés et esquivés puis consumés lorsque Francesca accepte la cigarette que Robert lui offre sans oser la regarder, pour déceler le trouble irrépressible qui s’empare de Francesca. Pour effectuer nous-mêmes ce gros plan que le théâtre ne permet pas. Si les adaptateurs Didier Caron et Dominique  Deschamps, et le metteur en scène, Anne Bourgeois, se sont davantage inspirés du best seller de Robert James Waller (tiré à douze millions d’exemplaires !) que du film de Clint Eastwood la mise en scène n’en demeure pas moins très cinématographique : voix off, transitions, musique… trop cinématographique  peut-être. Parfois, on aurait presque aimé, une table et deux chaises, et ne pas être coupés de l’émotion finalement jamais aussi présente que lorsque la lumière est tamisée, le décor presque invisible et ces deux âmes vibrantes en tête à tête.

    D’ailleurs avec Alain Delon, dont le charisme en dit tant, même dans le silence, qu’il impose par la même à la salle, qu’on le veuille ou non, c’est le cinéma qui entre sur scène.  C’est le prince viscontien. C’est le gangster melvillien. C’est Tancrède, Roch Siffredi, Jeff Costello, Corey, Robert Klein, Roger Sartet, Gino. La confusion entre le théâtre, la réalité, le cinéma devient troublante, presque dérangeante, et d’autant plus bouleversante. Quand Jean Cau dit  « La fièvre, la foi, la foi qui exalte ou dévaste, la foi qui soulève ou qui se hante elle-même de son doute, le mariage éternel de l’ange et du voyou, des élans et des retraits de félin, les rayons et en brutal contraste, les ombres : Alain Delon. », il pourrait parler de Robert Kincaid. Et quand Robert James Waller  dit de Robert Kincaid : « il se considérait pourtant comme une espèce particulière d’animal en voie de disparition dans un monde de plus en plus organisé », « un homme presque irréel », il pourrait parler de Delon. Delon, Kincaid : deux hommes épris de liberté, deux cow-boys, deux félins fascinants, indépendants et insaisissables, dont « jadis » est un des mots préférés et qui promènent leurs regards nostalgiques à la fois ombrageux et enfantins sur un monde qu’ils connaissent et ressentent si bien, douloureusement parfois, et dans lequel ils ne se reconnaissent plus. Alors, est-ce Kincaid ou Delon ? Qu’importe. L’émotion est là. Elle nous submerge. Comme elle submerge Francesca et Robert, ou Darc et Delon. Nous ne savons plus très bien. Oui, peu importe. De là provient aussi la magie.

    medium_madi2.JPG Même si je n’ai pu m’empêcher de regretter l’absence de certaines scènes du film, il est vrai difficilement traduisibles au théâtre, si je n’ai pus m’empêcher de regretter que la Francesca de Mireille Darc ait peut-être moins de fêlures apparentes, d’imperfections, d’amertume que celle de Meryl Streep, j’ai en revanche retrouvé la même poésie, la même langueur mélancolique, la même sensualité notamment lorsque la main de Francesca caresse, d'un geste faussement machinal, le col de la chemise de Robert assis, de dos, tandis qu’elle répond au téléphone; et lorsque la main de Robert, sans qu’il se retourne, se pose sur la sienne. On retrouve ce même dénouement sacrificiel d’une beauté déchirante avec la pluie maussade et inlassable, le blues évocateur, la voix tonitruante de ce mari si « correct » qui ignore que devant lui, pour sa femme, un monde s’écroule et la vie, fugace et éternelle, s’envole avec la dernière image de Robert Kincaid, dans ce lieu d’une implacable banalité (un supermarché) soudainement illuminé puis éteint. A jamais. On retrouve aussi les mêmes questionnements que dans le film et le livre : un tel amour aurait-il survécu aux remords et aux temps ? Son sacrifice en valait-il la peine ? Quatre jours peuvent-ils sublimer une vie ? On retrouve aussi cette même fulgurante évidence qui s’impose à Francesca et Robert. D’emblée. Presque trop vite. Peut-être encore la confusion entre le théâtre et la réalité. Comment imaginer que Kincaid-Delon  Francesca-Darc ne tombent pas amoureux l’un de l’autre ? L’affiche même de la pièce mettant en exergue leurs deux visages ne crée-t-elle pas volontairement la confusion ? L’impression qu’ils se connaissent depuis toujours : après tout, peut-être est-ce aussi celle de Francesca et Robert.

    Alors…tant pis si le cynisme est à la mode. Ne pas appartenir à cette mode-là, si facile à feindre pourtant, ne m’intéresse pas. J’aime croire à la « haute probabilité de l’improbable », à ces « certitudes qui n’arrivent qu’une fois dans une vie », à cette rencontre intemporelle et éphémère, fugace et éternelle, bref j’aime emprunter tous ces chemins, sublimement tortueux,  auxquels nous invite cette Route de Madison.

     A peine les applaudissements avaient-il (trop vite) fini de retentir que la salle s’est vidée à une vitesse fulgurante. L’instant ou l’éternité : les spectateurs avaient déjà malheureusement choisi. Déjà passés à autre chose, comme  dans ce monde auquel Francesca et Robert tentaient d’échapper, comme si leur routine leur manquait déjà, comme si l’éternité, même magnifiquement fugace, ne les intéressaient déjà plus, comme si même les émotions devaient être économisées, étouffées, comme si plus de deux heures leur précieux temps ne pouvait s’arrêter. J’aurais aimé rester encore un peu. Rester dans cette ambiance ensorcelante de l’Iowa. Dehors, en déambulant sur les Champs Elysées étrangement déserts et silencieux, les pensées encore sur le pont Roseman, sur fond de blues nostalgique et envoûtant, le froid tout à l’heure cinglant m’a soudain parue indolore. J’ai songé, à tous ces rêves esquissés ou à faire, aux incertitudes insensées, et aux instants d’éternité que cette pièce a cristallisés, et aux cendres de Francesca et Robert réunies à jamais au-dessus du pont Roseman.

    Je vous engage donc à emprunter cette route, là où s’arrête la mièvrerie et commence « la grande passion », intemporelle  et universelle.  Un moment de cinéma, de poésie, de théâtre, de vie, un peu tout à la fois, un moment certes pas parfait mais traversé par des moments de grâce qui subliment l’humanité d’un monde « de plus en plus inhumain, » si vous acceptez d’oublier le film, si vous acceptez de croire à l’improbable, si vous acceptez de croire que quatre jours ou deux heures peuvent parfois changer  et illuminer une vie.

    Sandra.M

    Renseignements et réservations : http://www.theatremarigny.fr

    Du mardi au samedi : 20h30
    Matinée samedi : 16 h
    Prix des places :
    70 € - 55 €  - 35 €
       (Frais de location inclus)

    Location Marigny
    0 892 222 333 (0,34 €/m)

  • Les nominations aux Oscars et César 2007

    medium_Ces.JPGVoici la liste complète des nommés pour les César et pour les Oscars 2007. La cérémonie des César aura lieu le 24 février 2007, et sera de nouveau présentée par Valérie Lemercier et cette fois  diffusée en clair, sur Canal plus.  La cérémonie des Oscars aura lieu le 25 février 2007.

    Indigènes (également nommé comme meilleur film étranger aux Oscars) avec 9 nominations, Je vais bien ne t’en fais pas (5 nominations), Lady Chatterley  (qui se révèle être la surprise de ces César avec 9 nominations) et Quand j’étais chanteur (7 nominations) figurent en tête du nombre de nominations aux Césars.

    A noter : Cécile de France est nommée deux fois pour la meilleure actrice, une fois pour Quand j’étais chanteur et une fois pour Fauteuils d’orchestre (qui avait un moment figuré dans les nommés pour le meilleur film étranger aux Oscars mais qui ne fait pas partie de la sélection finale).

    Les films pour lesquels j’aurais voté sont soulignés, mon vote étant différent de mes pronostics, j’y reviendrai bientôt. Les critiques des films en gras figurent toutes sur ce blog dans la rubrique Critiques des films à l’affiche, Festival de Cannes 2006, Festival du Cinéma Américain de Deauville 2006 et Festival du Film Britannique de Dinard 2006.  En attendant d’en savoir davantage sur les César 2007, vous pouvez retrouver mon compte-rendu exclusif de retour des César 2006, ici.

    medium_babel.JPGQuant aux Oscars, Dreamgirls avec 8 nominations, Babel (meilleur film de l’année selon les lecteurs de ce blog… et moi-même et également nommé comme meilleur film étranger aux César) avec 7 nominations, Les infiltrés avec 5 nominations font d’ores et déjà figure de favoris.

    Pour l'Oscar du meilleur film étranger, dans notre sondage de la semaine dernière, vous avez été 54, 54 % à voter pour le Lybarinthe de Pan, 27,27% à voter pour Indigènes,  18, 18% à voter pour la vie des autres. L'Académie des Oscars sera-t-elle du même avis? Réponse le 25 février.

    Et vous, quels sont vos pronostics et favoris ?

    LISTE COMPLETE DES NOMINATIONS AUX CESARS

    Meilleur film français :
    INDIGENES de Rachid Bouchareb
    medium_photosordi_843.jpgJE VAIS BIEN, NE T'EN FAIS PAS de Philippe Lioret

    LADY CHATTERLEY de Pascale Ferran
    NE LE DIS A PERSONNE de Guillaume Canet
    QUAND J'ETAIS CHANTEUR de Xavier Giannoli

    Meilleure actrice :
    Cécile de France (QUAND J'ETAIS CHANTEUR)
    Cécile de France (FAUTEUILS D'ORCHESTRE)
    Catherine Frot (LA TOURNEUSE DE PAGES)
    Charlotte Gainsbourg (PRETE-MOI TA MAIN)
    Marina Hands (LADY CHATTERLEY)

    Meilleur acteur :
    Michel Blanc (JE VOUS TROUVE TRES BEAU)
    Alain Chabat (PRETE-MOI TA MAIN)
    François Cluzet (NE LE DIS A PERSONNE)
    Gérard Depardieu (QUAND J'ETAIS CHANTEUR)
    Jean Dujardin (OSS 117 : LE CAIRE, NIDS D'ESPION)

    medium_photosordi_1004.jpgMeilleure actrice dans un second rôle :
    Christine Citti (QUAND J'ETAIS CHANTEUR)
    Dani (FAUTEUILS D'ORCHESTRE)
    Mylène Demongeot (LA CALIFORNIE)
    Bernadette Lafont (PRETE-MOI TA MAIN)
    Valérie Lemercier (FAUTEUILS D'ORCHESTRE)

    Meilleur acteur dans un second rôle
    Dany Boon (LA DOUBLURE)
    François Cluzet (QUATRE ETOILES)
    André Dussolier (NE LE DIS A PERSONNE)

    Guy Marchand (DANS PARIS)
    Kad Merad (JE VAIS BIEN, NE T'EN FAIS PAS)
     
    medium_photosordi_1500.JPGMeilleur espoir féminin

    Déborah François (LA TOURNEUSE DE PAGES)
    Marina Hands (LADY CHATTERLEY)
    Mélanie Laurent (JE VAIS BIEN, NE T'EN FAIS PAS)
    Aïssa Maïga (BAMAKO)
    Maïwenn Le Besco (PARDONNEZ-MOI)
     
    Meilleur espoir masculin :
    Georges Babluani (13 TZAMETI)
    Rasha Bukvic (LA CALIFORNIE)
    Arié Elmaleh (L'ECOLE POUR TOUS)
    Vincent Rottiers (LE PASSAGER)
    James Thierrée (DESACCORD PARFAIT)
    Malik Zidi (LES AMITIES MALEFIQUES)
     
    medium_indigenes.JPGMeilleur réalisateur :
    Rachid Bouchareb (INDIGENES)
    Guillaume Canet (NE LE DIS A PERSONNE)
    Pascale Ferran (LADY CHATTERLEY)
    Philippe Lioret (JE VAIS BIEN, NE T'EN FAIS PAS)
    Alain Resnais (COEURS)
      
    Meilleur premier film
    13 TZAMETI de Gela Babluani
    LES FRAGMENTS D'ANTONIN de Gabriel Le Bomin
    JE VOUS TROUVE TRES BEAU de Isabelle Mergault
    MAUVAISE FOI de Roschdy Zem
    PARDONNEZ-MOI de Maïwen Le Besco
     
    Meilleur scénario original :
    medium_photosordi_1389.JPGXavier Giannoli (QUAND J'ETAIS CHANTEUR)
    Olivier Lorelle, Rachid Bouchareb (INDIGENES)
    Isabelle Mergault (JE VOUS TROUVE TRES BEAU)

    Danièle Thompson, Christopher Thompson (FAUTEUILS D'ORCHESTRE)
    Laurent Tuel, Christophe Turpin (JEAN-PHILIPPE)

    Meilleure adaptation
    Guillaume Canet, Philippe Lefèbvre (NE LE DIS A PERSONNE)
    Pascale Ferran, Roger Bohbot, Pierre Trividic (LADY CHATTERLEY)
    Jean-François Halin, Michel Hazanavicius (OSS 117 : LE CAIRE, NID D'ESPIONS)
    Philippe Lioret, Olivier Adam (JE VAIS BIEN, NE T'EN FAIS PAS)
    Jean-Michel Ribes (COEURS)

    Meilleure musique écrite pour un film
    Armand Amar (INDIGENES)
    Mathieu Chedid (NE LE DIS A PERSONNE)
    Jérôme Lemonnier (LA TOURNEUSE DE PAGES)
    Mark Snow (COEURS)
    Gabriel Yared (AZUR ET ASMAR)

    Meilleur court-métrage
    BONBON AU POIVRE de Mars Fitoussi
    FAIS DE BEAUX REVES de Marilyne Canto
    LA LEÇON DE GUITARE de Martin Rit
    LE MAMMOUTH POBALSKI de Jacques Mitsch
    LES VOLETS de Lyèce Boukhitine

    Meilleure photo :
    Patrick Blossier (INDIGENES)
    Éric Gautier (COEURS)
    Julien Hirsch (LADY CHATTERLEY)
    Christophe Offenstein (NE LE DIS A PERSONNE)
    Guillaume Schiffman (OSS 117 : LE CAIRE, NID D'ESPIONS)

    Meilleurs décors :  
    Dominique Douret (INDIGENES)
    Maamar Ech Cheikh (OSS 117 : LE CAIRE, NID D'ESPIONS)
    Jean-Luc Raoul (LES BRIGADES DU TIGRE)
    François-Renaud Labarthe (LADY CHATTERLEY)
    Jacques Saulnier (COEURS)


    Meilleur son :  
    Jean-Marie Blondel, Thomas Desjonquères, Gérard Lamps (COEURS)
    Jean-Jacques Ferran, Nicolas Moreau, Jean-Pierre Laforce (LADY CHATTERLEY)
    Pierre Gamet, Jean Goudier, Gérard Lamps (NE LE DIS A PERSONNE)
    Olivier Hespel, Olivier Walczak, Franck Rubio, Thomas Gauder (INDIGENES)
    François Musy, Gabriel Hafner (QUAND J'ETAIS CHANTEUR)


    Meilleur montage
    Martine Giordano (QUAND J'ETAIS CHANTEUR)
    Yannick Kergoat (INDIGENES)
    Sylvie Landra (FAUTEUILS D'ORCHESTRE)
    Hervé de Luze (COEURS)
    Hervé de Luze  (NE LE DIS A PERSONNE)

    Meilleurs costumes :
    Marie-Claude Altot (LADY CHATTERLEY)
    Jackie Budin (COEURS)
    Charlotte David pour (OSS 117 : LE CAIRE, NID D'ESPIONS)
    Pierre-Jean Larroque (LES BRIGADES DU TIGRE)
    Michèle Richer (INDIGENES)

    medium_photosordi_914.jpgMeilleur film étranger
    BABEL de Alejandro Gonzalez Inarritu
    LITTLE MISS SUNSHINE de Valerie Faris et Jonathan Dayton

    LE SECRET DE BROKEBACK MOUNTAIN de Ang Lee
    THE QUEEN de Stephen Frears
    VOLVER de Pedro Almodovar


    Meilleur film documentaire :
    DANS LA PEAU DE JACQUES CHIRAC de Karl Zéro et Michel Royer
    LA FILLE DU JUGE de William Karel
    ICI NAJAC, A VOUS LA TERRE de Jean-Henri Meunier
    LA-BAS de Chantal Akerman
    ZIDANE, UN PROTRAIT DU XXIEMES SIECLE de Philippe Parreno et Douglas Gordon

    LISTE COMPLETE DES NOMINATIONS AUX OSCARS

    Meilleur film de l’année :
    BABEL
    LES INFILTRES
    LETTRES D'IWO JIMA
    LITTLE MISS SUNSHINE
    THE QUEEN


    Meilleur acteur dans un 1er rôle :
    Leonardo DiCaprio (BLOOD DIAMOND)
    Ryan Gosling(HALF NELSON)
    Peter O'Toole (VENUS)
    Will Smith (LA POURSUITE DU BONHEUR)
    Forest Whitaker (LE DERNIER ROI D'ECOSSE)

    Meilleur actrice dans un 1er rôle :
    Penélope Cruz (VOLVER)
    Judi Dench (CHRONIQUE D'UN SCANDALE)
    Helen Mirren (THE QUEEN)
    Meryl Streep (LE DIABLE S'HABILLE EN PRADA)
    Kate Winslet (LITTLE CHILDREN)


    Meilleur acteur dans un 2d rôle :
    Alan Arkin (LITTLE MISS SUNSHINE)
    Jackie Earle Haley (LITTLE CHILDREN)

    Djimon Hounsou (BLOOD DIAMOND)
    Eddie Murphy (DREAMGIRLS)
    Mark WAHLBERG (LES INFILTRES)

    Meilleur actrice dans un 2d rôle :
    Adriana Barraza (BABEL)
    Cate Blanchett (CHRONIQUE D'UN SCANDALE)
    Abigail Breslin (LITTLE MISS SUNSHINE)
    Jennifer Hudson (DREAMGIRLS)
    Rinko Kikuchi (BABEL)

    Meilleure réalisation :
    Clint Eastwood (LETTRES D'IWO JIMA)
    Stephen Frears (THE QUEEN)
    Paul Greengrass (VOL 93)
    Alejandro Gonzalez Inarritu (BABEL)
    Martin Scorsese (LES INFILTRES)

    Meilleur scénario original :
    BABEL
    LETTRES D'IWO JIMA
    LITTLE MISS SUNSHINE
    LE LABYRINTHE DE PAN
    THE QUEEN


    Meilleur scénario adapté :
    BORAT
    LES FILS DE L'HOMME
    LES INFILTRES
    LITTLE CHILDREN
    CHRONIQUE D'UN SCANDALE

    Meilleur photographie :
    LE DAHLIA NOIR 
    LES FILS DE L'HOMME
    THE ILLUSIONIST
    LE LABYRINTHE DE PAN
    LE PRESTIGE


    Meilleur montage :
    BABEL
    BLOOD DIAMOND
    LES FILS DE L'HOMME
    LES INFILTRES
    VOL 93

    Meilleure direction artistique :
    DREAMGIRLS
    THE GOOD SHEPERD
    LE LABYRINTHE DE PAN
    PIRATES DES CARRAIBES, LE SECRET DU COFFRE MAUDIT
    LE PRESTIGE

    Meilleurs costumes :
    LA CITE INTERDITE
    LE DIABLE S'HABILLE EN PRADA
    DREAMGIRLS
    MARIE-ANTOINETTE
    THE QUEEN


    Meilleure musique originale :
    BABEL
    THE GOOD GERMAN
    CHRONIQUE D'UN SCANDALE
    LE LABYRINTHE DE PAN
    THE QUEEN


    Meilleure chanson originale :
    "I need to wake up" de Melissa Etheridge (UNE VERITE QUI DERANGE)
    "Listen" de Henry Krieger, Scott Cutler, Anne Preven (DREAMGIRLS)
    "Love you i do" de Henry Krieger, Siedah Garrett (DREAMGIRLS)
    "Our Town" de Randy Newman (CARS)
    "Patience" de Henry Krieger, Willie Reale (DREAMGIRLS)

    Meilleur maquillage :
    APOCALYPTO
    CLICK
    LE LABYRINTHE DE PAN
     
    Meilleur son :
    APOCALYPTO
    BLOOD DIAMOND
    DREAMGIRLS
    MEMOIRES DE NOS PERES
    PIRATES DES CARRAIBES, LE SECRET DU COFFRE MAUDIT

    Meilleur montage son :
    APOCALYPTO
    BLOOD DIAMOND
    MEMOIRES DE NOS PERES
    LETTRES D'IWO JIMA
    PIRATES DES CARRAIBES, LE SECRET DU COFFRE MAUDIT

    Meilleurs effets spéciaux :
    PIRATES DES CARRAIBES, LE SECRET DU COFFRE MAUDIT
    POSEIDON
    SUPERMAN RETURNS

    Meilleur film d’animation :
    CARS
    HAPPY FEET
    MONSTER HOUSE

    Meilleur film étranger :
    AFTER THE WEDDING (Danemark)
    INDIGENES (France)
    LA VIE DES AUTRES (Allemagne)
    LE LABYRINTHE DE PAN (Mexique)
    WATER (Canada)

    Meilleur film documentaire :
    DELIVER US FROM EVIL
    UNE VERITE QUI DERANGE
    IRAQ IN FRAGMENTS
    JESUS CAMP
    MY COUNTRY MY COUNTRY

    Meilleur court métrage documentaire:
    THE BLOOD OF YINGZHOU DISTRICT
    RECYCLED LIFE
    REHEARSING A DREAM
    TWO HANDS

    Meilleur court métrage d’animation :
    THA DANISH POET
    LIFTED
    THE LITTLE MATCHGIRL
    MAESTRO
    NO TIME FOR NUTS 


    Meilleur court métrage :
    BINTA Y LA GRAN IDEA
    ERAMOS POCOS
    HELMER & SON
    THE SAVIOUR
    WEST BANK STORY

     

     

    Sandra.M

  • "Babel" et "Little miss sunshine", films de l'année des lecteurs In the mood for cinema

    Vous avez élu Little miss sunshine de Jonathan Dayton et Babel de Alejandro González Iñárritu  films de l’année 2006 ex aequo.

     Ce choix  me ravit puisque je vous avais vivement recommandé ces deux films : Little miss sunshine lorsqu’il avait été projeté en compétition officielle  au dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville  où il avait reçu le Grand prix, après un accueil très chaleureux en salles aux Etats-Unis, fait rarissime pour un film indépendant.

    Quant à Babel,  je vous en avais longuement parlé lors de sa projection, également en compétition officielle  au Festival de Cannes 2006 où il avait reçu le prix de la mise en scène. 7 fois nommé aux Golden Globes, il y a obtenu le prix du meilleur film. Les Golden Globes préfigurant souvent les résultats des Oscars, espérons qu’il y recevra le succès mérité!

    Ci-dessous, vous trouverez mes critiques de ces deux films écrites lors des Festivals de Cannes et de Deauville. 

                                                     Critique de Babel de Alejandro González Iñárritu  

    medium_18680421.jpgAvant-première à L’UGC Odéon

    En plein désert marocain, des enfants jouent avec un fusil que leur père vient d’acheter. Un coup de feu retentit et blesse une touriste américaine dans un bus qui passait sur la route, en contrebas. Les destins de cette femme (Cate Blanchett) et de son mari (Brad Pitt) dont le couple battait de l’aile, les destins des deux enfants responsables du coup de feu, le destin de la nourrice mexicaine des enfants du couple d’Américains, le destin d’une jeune Japonaise, en l’occurrence la fille de l’homme qui a donné le fusil à un Marocain qui l’a revendu au père des deux enfants : ces destins vont tous avoir une influence les uns sur les autres, des destins socialement et géographiquement si éloignés, mais si proches dans l’isolement et dans la douleur.

    Rares sont les films que je retourne voir, mais pour Babel vu au dernier festival de Cannes où il a obtenu le prix de la mise en scène et celui du jury œcuménique, c’était une vraie nécessité parce que Babel c’est plus qu’un film : une expérience.  Ce film choral qui clôt le triptyque du cinéaste après Amours chiennes et 21 grammes fait partie de ces films après lesquels toute parole devient inutile et impossible, de ces films qui expriment tant dans un silence, dans un geste, qu’aucune parole ne pourrait mieux les résumer. De ces films qui vous hypnotisent et vous réveillent. De ces films qui vous aveuglent et vous éclairent. Donc le même choc, la même claque, le même bouleversement, quelques mois après, l’effervescence, la déraison et les excès cannois en moins. Malgré cela.

    Si la construction n’avait été qu’un vain exercice de style, qu’un prétexte à une démonstration stylistique ostentatoire, l’exercice  aurait été alors particulièrement agaçant mais son intérêt provient justement du fait que cette construction ciselée illustre le propos du cinéaste, qu’elle traduit les vies fragmentées, l’incommunicabilité universelle.

    Le montage alterné ne cherche pas à surprendre mais à appuyer le propos, à refléter un monde chaotique, brusque et impatient, des vies désorientées, des destins morcelés. En résulte un film riche, puissant où le spectateur est tenu en haleine du début à la fin, retenant son souffle, un souffle coupé par le basculement probable, soudain, du sublime dans la violence. Du sublime d’une danse à la violence d’un coup de feu. Du sublime d’une main sur une autre, de la blancheur d’un visage à la violence d’une balle perdue et d’une blessure rouge sang. Du sublime  du silence et du calme à la violence du basculement dans le bruit, dans la fureur, dans la déraison.

    medium_P80601087315038.jpgUn film qui nous emmène sur trois continents sans jamais que notre attention ne soit relâchée, qui nous confronte à l’égoïsme, à notre égoïsme, qui nous jette notre aveuglement et notre surdité en pleine figure, ces figures et ces visages qu’il scrute et sublime d’ailleurs, qui nous jette notre indolence en pleine figure, aussi. Un instantané troublant et désorientant de notre époque troublée et désorientée.  La scène de la discothèque est ainsi une des plus significatives, qui participe de cette expérience. La jeuneJaponaise sourde et muette est aveuglée. Elle noie son désarroi dans ces lumières scintillantes, fascinantes et angoissantes.  Des lumières aveuglantes: le paradoxe du monde, encore. Lumières qui nous englobent. Soudain aveuglés et sourds au monde qui nous entoure nous aussi.

    Le point de départ du film est donc le retentissement d'un coup de feu au Maroc, coup de feu déclenchant une série d'évènements, qui ont des conséquences désastreuses ou salvatrices, selon les protagonistes impliqués. Peu à peu le puzzle se reconstitue brillamment, certaines vies se reconstruisent, d’autres sont détruites à jamais. Jamais il n’a été aussi matériellement facile de communiquer. Jamais la communication n’a été aussi compliquée, Jamais nous n’avons reçu autant d’informations et avons si mal su les décrypter. Jamais un film ne l’a aussi bien traduit. Chaque minute du film illustre cette incompréhension, parfois par un simple arrière plan, par une simple image qui se glisse dans une autre, par un regard qui répond à un autre, par une danse qui en rappelle une autre, du Japon au Mexique, l’une éloignant et l’autre rapprochant.

    Virtuosité des raccords aussi : un silence de la Japonaise muette qui répond à un cri de douleur de l’américaine, un ballon de volley qui rappelle une balle de fusil. Un monde qui se fait écho, qui crie, qui vocifère sa peur et sa violence et sa fébrilité, qui appelle à l’aide et qui ne s’entend pas comme la Japonaise n’entend plus, comme nous n’entendons plus à force que notre écoute soit tellement sollicitée, comme nous ne voyons plus à force que tant d’images nous soit transmises, sur un mode analogue, alors qu’elles sont si différentes. Des douleurs, des sons, des solitudes qui se font écho, d’un continent à l’autre, d’une vie à l’autre. Et les cordes de cette guitare qui résonnent comme un cri de douleur et de solitude. 

     Véritable film gigogne, Babel nous montre un monde paranoïaque,  paradoxalement plus ouvert sur l’extérieur fictivement si accessible et finalement plus égocentrique que jamais,  monde paradoxalement mondialisé et individualiste. Le montage traduit magistralement cette angoisse, ces tremblements convulsifs d’un monde qui étouffe et balbutie, qui n’a jamais eu autant de moyens de s’exprimer et pour qui les mots deviennent vains. D’ailleurs chaque histoire s’achève par des gestes, des corps enlacés, touchés, touchés enfin. Touchés comme nous le sommes. Les mots n’ont plus aucun sens, les mots de ces langues différentes. Selon la Bible, Babel fut  ainsi une célèbre tour construite par une humanité unie pour atteindre le paradis. Cette entreprise provoqua la colère de Dieu, qui pour les séparer, fit parler à chacun des hommes impliqués une langue différente, mettant ainsi fin au projet et répandant sur la Terre un peuple désorienté et incapable de communiquer.

    medium_P80601161052655.jpgC’est aussi un film de contrastes. Contrastes entre douleur et grâce, ou plutôt la grâce puis si subitement la douleur, puis la grâce à nouveau, parfois. Un coup de feu retentit et tout bascule. Le coup de feu du début ou celui en pleine liesse du mariage.  Grâce si éphémère, si fragile, comme celle de l’innocence de ces enfants qu’ils soient japonais, américains, marocains, ou mexicains. Contrastes entre le rouge des vêtements de la femme mexicaine et les couleurs ocres du désert. Contrastes entres les lignes verticales de Tokyo et l’horizontalité du désert. Contrastes entre un jeu d’enfants et ses conséquences dramatiques. Contraste entre le corps dénudé et la ville habillée de lumière. Contraste entre le désert et la ville.   Contrastes de la solitude dans le désert et de la foule de Tokyo. Contrastes de la foule et de la solitude dans la foule. Contrastes entre « toutes les télévisions [qui] en parlent » et ces cris qui s’évanouissent dans le désert.  Contrastes d’un côté et de l’autre de la frontière.  Contrastes d’un monde qui s’ouvre à la communication et se ferme à l’autre. Contrastes d’un monde surinformé mais incompréhensible, contrastes d’un monde qui voit sans regarder, qui interprète sans savoir ou comment, par le prisme du regard d’un monde apeuré, un jeu d’enfants devient l’acte terroriste de fondamentalistes ou comment ils estiment savoir de là-bas ce qu’ils ne comprennent pas ici.

    medium_P80601693016905.jpgMais toutes ces  dissociations et ces contrastes ne sont finalement là que pour mieux rapprocher.   Contrastes de ces hommes qui parlent des langues différentes mais se comprennent d’un geste, d’une photo échangée (même si un billet méprisant, méprisable les séparera, à nouveau). Contrastes de ces êtres soudainement plongés dans la solitude qui leur permet finalement de se retrouver. Mais surtout, surtout, malgré les langues : la même violence, la même solitude, la même incommunicabilité, la même fébrilité, le même rouge et la même blancheur, la même magnificence et menace de la nuit au-dessus des villes, la même innocence meurtrie, le même sentiment d’oppression dans la foule et dans le désert. 

     Loin d’être une démonstration stylistique, malgré sa virtuosité scénaristique et de mise en scène Babel est donc un édifice magistral tout entier au service d’un propos qui parvient à nous transmettre l’émotion que ses personnages réapprennent.  Notons que malgré la pluralité de lieux, de langues, d'acteurs (professionnels mais souvent aussi non professionnels), par le talent de son metteur en scène, Babel ne perd jamais sa cohérence qui surgit, flagrante, bouleversante, évidente, au dénouement.

    La mise en scène est volontairement déstructurée pour refléter ce monde qu'il met en scène, un monde qui s'égare, medium_P80601398560603.jpget qui, au moindre geste , à la moindre seconde, au moindre soupçon, peut basculer dans la violence irraisonnée, un monde qui n'a jamais communiqué aussi vite et mal, un monde que l'on prend en pleine face, fascinés et horrifiés à la fois, un monde brillamment ausculté, décrit,  par des cris et des silences aussi ; un monde qui nous aveugle, nous assourdit, un monde de différences si semblables, un monde d’après 11 septembre. 

     Babel est un film douloureux et clairvoyant, intense, empreint de la fébrilité du monde qu’il parcourt et dépeint de sa lumière blafarde puis rougeoyante puis nocturne. Un film magnifique et éprouvant dont la mise en scène vertigineuse nous emporte dans sa frénésie d’images, de sons, de violences, de jugements hâtifs, et nous laisse avec ses silences, dans le silence d’un monde si bruyant. Le silence après le bruit, malgré le bruit, le silence de l’harmonie retrouvée, l’harmonie éphémère car il suffirait qu’un coup de feu retentisse pour que tout bascule, à nouveau. La beauté et la douleur pareillement indicibles. Babel, tour de beauté et de douleur. Le silence avant les applaudissements, retentissants, mérités. Si le propre de l’Art c’est de refléter son époque et de l’éclairer, aussi sombre soit-elle, alors Babel est un chef d’œuvre. Une expérience dont on ne peut ressortir indemne ! Mais silencieux, forcément.

    Cet article a été repris sur Agoravox et sur Yahoo Actualités.

    Critique de Little miss sunshine de Jonathan Dayton

    Enfin, Little miss sunshine  de Jonathan Dayton et Valérie Faris, le grand prix de cette 32ème édition, le film qui a medium_af1bis.jpgilluminé et ensoleillé le festival dont la projection deauvillaise fut même parsemée et ponctuée d’applaudissements effrénés. Toute la famille Hoover met le cap vers la Californie pour accompagner Olive, la benjamine de 7 ans, sélectionnée pour concourir à Little Miss Sunshine, un concours de beauté ubuesque et ridicule de  fillettes permanentées, « collagènées » (ah, non, ça pas encore). Ils partent à bord de leur van brinquebalant et commencent  un voyage tragi comique de 3 jours. La première qualité du film est que chaque personnage existe, enfin plus exactement tente d’exister. Il y a le frère suicidaire spécialiste de Proust, le fils, Dwayne qui a fait vœu de silence nietzschéen et qui a ainsi décidé de se taire jusqu’à ce qu’il entre à l’Air Force Academy, le père qui a écrit une méthode de réussite…qui ne se vend pas, le grand père cocaïnomane. On l’aura deviné en voyant la jeune Olive au physique ingrat mais non moins charmante, la fin du voyage n’est qu’un prétexte, belle parabole de l’existence et du thème du film, ode épicurien à l’opposé des principes du père qui déifie la réussite. Trois jours peuvent changer une existence, et malgré une mort et des rêves qui s’écroulent qui jalonnent leur parcours nous continuons à rire avec eux. Ces trois jours vont changer l’existence de cette famille et de ses truculents membres qui à réapprennent à vivre, vibrer, à parler, à être, à se regarder, à profiter de l’instant présent, et qui vont peu à peu laisser entrevoir leurs failles. Progressivement,  l’humour, parfois délicieusement noir, laisse place à l’émotion qui s’empare du spectateur. Cette « carpe diem attitude » atteignant son paroxysme dans la jubilatoire scène du concours de miss qui a suscité les applaudissements spontanés des spectateurs deauvillais. Ce voyage initiatique d’une tendre causticité est aussi un road movie fantaisiste et poétique dans lequel l’émotion affleure constamment, vous envahit subrepticement jusqu’au bouquet final, un film dont je vous invite à prendre immédiatement la route. Une belle leçon de vie qui a insufflé un vent d’optimisme sur une sélection bien morose, des personnages attachants, un film qui surpassait de loin le reste de la sélection, une réussite d’autant plus louable lorsqu’on sait que le film a mis cinq ans à se monter, que tous les studios de Los Angeles et New York l’avaient auparavant refusé,  lorsqu’on sait enfin sa réussite inattendue aux box-office américain !

    Sandra.M

  • L'autre campagne électorale: plus que quelques heures pour voter!

     Ajout à la note- 21.01.2007: Le concours est terminé. Merci à chacun des votants. J'espère surtout que ce concours aura permis à de nouveaux internautes de découvrir "In the mood for cinema"...

    medium_18429553.JPGBien que l’autre, la grande, l’essentielle, celle du 22 Avril me passionne, et me désole parfois aussi, ce n’est pas de celle-ci dont je viens vous parler mais de celle, beaucoup plus futile et donc  nécessaire du concours de blogs du Festival de Romans. Quoi donc? Que vois-je ? Que deviné-je ? Vous n’avez pas encore voté pour « In the mood for cinema » ? Si vous voulez accomplir votre devoir civique cinématographique et défendre ce blog, et lui permettre ainsi de faire partie des 10 finalistes et ainsi lui permettre aussi d’être lu par un jury de professionnels, c’est sur le lien ci-dessous qu'il faut cliquer, cela vous prendra deux clics et deux secondes :

    Accéder directement à la page qui permet de voter pour « In the mood for cinema ».

     

    Si vous n’êtes pas du genre à voter aveuglément, pour en savoir plus sur ce blog, ses raisons d’exister, ses objectifs et sur ce concours, cliquez sur le lien ci-dessous :

     

                                        En savoir plus sur « In the mood for cinema » et le concours de blogs

    Difficile de rivaliser avec des blogs qui comptabilisent plusieurs milliers de visiteurs par jour mais si quelques uns d’entre vous ont découvert ce blog et ont eu envie de fréquenter davantage les salles obscures ou de découvrir un film grâce à ce concours, j’en serai déjà ravie. Alors, si vous voulez que d’autres le découvrent à leur tour et lui donner un plus large écho : à vos votes et vos souris. Vous avez jusqu’à ce soir minuit pour voter!

    Enfin si vous n’êtes pas lassés de ces sollicitations électorales et si vous voulez continuer à vous entraîner pour le 22 Avril (je vous rassure : le destin de la France n’en dépend pas), jusqu’au dimanche 21 janvier minuit, vous pouvez aussi voter pour le film de l’année en cliquant ici :

                                                 Film de l’année du blog In the mood for cinema.

    Sandra.M

  • Bilan du 1er Salon du Cinéma à Paris

    medium_salon1.2.JPG
    Alors, ce salon du cinéma ? Paris avait son salon de l’agriculture, du chocolat, du thermalisme, et tant d’autres encore, il lui fallait, semble-t-il son salon du cinéma. Animal étrange, gourmandise délectable, cure de jouvence, après tout n’est-il pas tout cela aussi ? En manque de frénésie festivalière, janvier étant un mois bien frileux en manifestations cinématographiques, je ne pouvais donc pas manquer ce rendez-vous parisien. Arrivée de bonne heure le jour J, comme toute festivalière assidue qui se respecte, je dois attendre (jolies réminiscences de mes pérégrinations festivalières) que les portes s’ouvrent… vingt minutes après l’heure prévue. Des techniciens collent encore les affiches, et notamment celle du salon, je ne m’arrête pas à cette impression première d’amateurisme. Le cinéphile sait que si tout peut se jouer dans les premières minutes, il faut toujours aussi attendre la dernière seconde pour se faire une impression. Une porte qui imite vaguement un décor medium_salon3.JPGmarocain procure à ce salon des allures du parc à la célèbre souris aux grandes oreilles ici en manque de moyens. Avec témérité, je poursuis néanmoins mon chemin, et déambule dans les allées encore presque vides, l’occasion d’observer de près le carrosse du film Marie-Antoinette de Sofia Coppola, vestige esseulé d’une autre et fastueuse époque, si banal de près, et sans grand intérêt si ce n’est peut-être de rendre hommage à la talentueuse réalisatrice qui a magnifié ce décor d’Anne Seibel. Un peu plus loin se trouve le stand du Maroc, puis celui de Bollywood, des aigles au regard menaçant en attente de spectateurs … ou de proies, un stand Virgin, le disproportionné stand de la SNCF, un stand Unifrance, un stand de coussins (si, si) un stand du Forum des Images qui nous apprend que la déjà fameuse bibliothèque n’ouvrira qu’à l’automne, quelques stands d’écoles de cinéma, et partout des stands d’une boisson alcoolisée. Pour un peu, je me serais demandée si je ne m’étais pas trompée de salon et si je ne m’étais pas retrouvée à celui de l’alcool.   Un mélange incohérent dont le cinéma est vaguement le fil directeur. Tout cela ressemble plutôt à une vaste foire, à moins que ce ne soit un hommage conceptuel aux origines du septième art et au spectacle de foire qu’il était alors.

    Ayant fait le tour en quelques minutes (le salon se réduisant à la moitié du hall 6 du parc des expositions), j’en profite pour me rendre au stand de l’UGS et acheter ma gazette adorée, trésor inestimable car difficilement trouvable. Je reste tout de même pour la conférence des scénaristes où il est avant tout question d’audace et de persévérance. D’ailleurs d’audace et de persévérance il sera question à chaque conférence sur les métiers du cinéma. Je ne peux qu’abonder dans leur sens.  Au milieu de ce brouhaha, je perçois néanmoins quelques étincelles passionnées dans les yeux des intervenants. Certains parlent de chance aussi. Je ne crois pas. Ou alors si infime ou alors une chance qui se fabrique. Des étincelles donc. Dans les yeux de Philippe Lioret avant tout. Qui parle de sa passion du scénario. De son admiration pour Claude medium_salon2.JPGSautet. De quelques jours avec moi et du Mauvais fils. De cette influence flagrante dans chacun de ses films. De son bonheur quand une spectatrice lui dit qu’il arrête le temps. Oui, c’est ça « arrêter le temps », une de mes expressions favorites, récurrente sur ce blog. Créer une dimension parallèle, faire oublier, transcender la réalité, aussi. Il parle aussi de cette poignante chanson Lili qui a sublimé ce film. Et puis il parle de persévérance et d’audace lui aussi. Lui succède Isild Le Besco venue parler de Charlie, le film dont elle vient de terminer le montage et dans lequel son frère tient le rôle principal. Le sujet me rappelle le magnifique film d’Emmanuelle Bercot, Clément. La réalisatrice semble avoir influencé son actrice fétiche. Un peu ailleurs, voire totalement absente. Le lendemain ,c’est au tour de Danièle Thompson. De parler. Longtemps et le regard étincelant aussi. De persévérance et,  paraphrasant Suzanne Flon dans Fauteuils d’orchestre, de prise de risques, aussi. Un instant je retrouve cette indécence involontaire des festivals quand un homme, fébrile, et déjà plus si jeune, lui rappelle avec orgueil qu’il a « tourné sous sa direction », je me dis que s’il avait tourné avec elle, elle s’en souviendrait, avouant qu’il était figurant (bah tiens) parlant de lui, de son fils star en devenir car quand même "premier rôle d’une série",  l’oubliant elle, imperturbable d’ailleurs, ne s’arrêtant plus, spécifiant qu’il était l’ami (intime hein)d’un autre figurant, que ledit figurant la remerciait etc. Un scénariste qui aurait voulu illustrer la vanité (dans les deux sens du terme) n’aurait pas mieux fait.  Touchant de pathétisme.  Pendant ce temps Niels Tavernier tourne un court métrage faisant participer le public. Et des bandes annonces passent. Et une autre conférence se déroule à côté.  Et des aigles impatients se font entendre. Ils ne manquent pourtant pas de proies, le salon a même dû momentanément fermer ses portes pour faire face à l’affluence. Et des courts métrages en sélection pour les César. J’en aperçois un : Les Volets. Cruel. Intéressant. Je n’aime pas apercevoir un film. J’aime le savourer. J’aurais plutôt dû venir au salon du chocolat. Et des démonstrations de kung fu et d’effets spéciaux. Et tout cela ne ressemble plus à rien. Si : à ce à quoi on veut assimiler le cinéma : une marchandise comme les autres. On incite à zapper, à passer d’un stand à un autre, d’un film à l’autre, à regarder sans voir, à entendre sans écouter. Plus loin, un scénariste raconte : pour écrire un film par exemple sur un chauffeur de taxi il faut forcément avoir été taxi au moins quelques temps soi-même, assène-t-il fièrement devant un public admiratif et conquis. Et pour écrire un film de truands il faut avoir braquer combien de banques ? Je me dis que, dans ce cas, Schoendoerffer ne doit alors pas être très fréquentable. Je me dis que décidément on entend n’importe quoi. Alors je repars, me souvenant néanmoins de la petite étincelle, faisant écho à la mienne, à ma persévérance, à mon envie insatiable d’écriture et d’arrêter le temps, encore et encore. Je repars laissant un public déchaîné écouter Michaël Youn (mon sens du sacrifice pour vous a ses limites) me promettant de relire sa « filmographie » certaine d’avoir raté un chef d’oeuvre du septième art au regard de sa fierté, je n’ose dire prétention. Bon, si, je le dis.

    L’objectif de ce premier  salon est paraît-il dès l’an prochain (hum)  d’être l’équivalent pour le public du Festival de Cannes pour les professionnels. De Cannes qui rappelons-le a 60 ans cette année. De Cannes qui rappelons-le a quand même célébré et fait émerger parmi les plus grands chefs d’œuvre du septième art. L’équivalent de Cannes donc. Je vous laisse juges.

    L’objectif des 50000 visiteurs a été dépassé. Profusion de bruit et de spectateurs. Faire entrer le public dans les coulisses : génération télé réalité pour qui il faut tout démythifier. En tout cas cela prouve  que la demande du public est là, qu’un festival de cinéma manque à Paris. Je vous renvoie à mon idée, peut-être pas si absurde, de création d’un festival à Paris : ici.

    Je vous rappelle que "In the mood for cinema" participe au concours du Festival de la création sur internet. Si vous aimez ce blog, si vous souhaitez qu'il soit ensuite soumis au vote des professionnels, il vous suffit pour cela de vous rendre sur la page suivante http://www.festivalderomans.com/detail.php?id_part=142&cat_part=7   et de voter en deux secondes et en un clic. Pour l'instant je ne pense pas avoir le nombre suffisant de voix, la vôtre fera peut-être la différence... alors n'hésitez pas à en parler autour de vous, il ne reste plus que 4 jours pour voter!

    Sandra.M

  • Les sorties de la semaine du 17 janvier : « Les Climats » de Nuri Bilge Ceylan et « L’illusionniste » de Neil Burger

     medium_climats.JPGDemain sortiront deux films dont je vous avais déjà parlé en avant-première lorsqu’ils furent présentés dans des medium_illusionniste.JPGfestivals de cinéma.

    Il s’agit d’abord du film de Nuri Bilge Ceylan, Les Climats qui était en compétition au dernier Festival de Cannes. Pour lire ma critique cannoise de ce film, cliquez ici

    Il s’agit ensuite de L’illusionniste de Neil Burger qui avait fait l’ouverture du dernier Festival du Cinéma Américain de Deauville, un autre film sur la magie quelques semaines après la sortie du Prestige de Christopher Nolan que je vous avais vivement recommandé.  Pour lire la critique deauvillaise et le récit de la conférence de presse de l’Illusionniste, cliquez ici.

    Je vous rappelle que "In the mood for cinema" participe au concours du Festival de la création sur internet. Si vous aimez ce blog, si vous souhaitez qu'il soit ensuite soumis au vote des professionnels, il vous suffit pour cela de vous rendre sur la page suivante http://www.festivalderomans.com/detail.php?id_part=142&cat_part=7 et de voter en deux secondes et en un clic. Pour l'instant je ne pense pas avoir le nombre suffisant de voix, la vôtre fera peut-être la différence... alors n'hésitez pas à en parler autour de vous, il ne reste plus que 4 jours pour voter!

    Sandra.M

  • "Le Guépard", la fresque somptueuse de Luchino Visconti (1963)

    medium_guepard.JPGPeu enthousiasmée par les films sortis en salles récemment, je préfère aujourd’hui vous parler de l’un de ceux qui sont à l’origine de ma passion pour le cinéma, et que je ne me lasse jamais de revoir, ou plutôt d’admirer : Le Guépard de Luchino Visconti.

    En 1860, en Sicile, tandis que Garibaldi et ses chemises rouges débarquent pour renverser la monarchie des Bourbons de Naples et l’ancien régime, le prince Don Fabrizio Salina (Burt Lancaster) ainsi que sa famille et son confesseur le Père Pirrone (Romolo Valli), quitte ses domaines pour son palais urbain de Donnafigata, tandis que son neveu Tancrède rejoint les troupes de Garibaldi. Tancrède s’éprend d’Angelica, (Claudia Cardinale), la fille du riche maire libéral  de Donnafugata : Don Calogero. Le Prince Salina s’arrange pour qu’ils puissent se marier. Après l’annexion de la Sicile au royaume d’Italie, Tancrède qui s’était engagé aux côtés des Garibaldiens les abandonne pour rejoindre l’armée régulière…

    Les premiers plans nous montrent une allée qui mène à une demeure, belle et triste à la fois. Les allées du pouvoir. Un pouvoir beau et triste, lui aussi. Triste car sur le déclin, celui de l’aristocratie que symbolise le Prince Salina. Beau car fascinant comme l’est le prince Salina et l’aristocratie digne qu’il représente. Ce plan fait écho à celui de la fin : le prince Salina avance seul, de dos, dans des ruelles sombres et menaçantes puis il s’y engouffre comme s’il entrait dans son propre tombeau. Ces deux plans pourraient résumer l’histoire, l’Histoire, celles d’un monde qui se meurt. Les plans suivants nous emmènent à l’intérieur du domaine, nous offrant une vision spectrale et non moins sublime de cette famille. Seuls des rideaux blancs dans lesquels le vent s’engouffre apportent une respiration, une clarté dans cet univers somptueusement sombre. Ce vent de nouveauté annonce l’arrivée de Tancrède, Tancrède qui apparaît dans le miroir dans lequel Salina se mire.  Son nouveau visage. Le nouveau visage du pouvoir. Le film est à peine commencé et déjà son image est vouée à disparaître. Déjà la fin est annoncée. Le renouveau aussi.

    Fidèle adaptation d’un roman écrit en 1957 par Tomasi di Lampedusa, Le Guépard témoigne d’une époque représentée par cette famille aristocrate pendant le Risorgimento, « Résurrection » qui désigne le mouvement nationaliste idéologique et politique qui aboutit à la formation de l’unité nationale entre 1859 et 1870. Le Guépard est avant tout l’histoire du déclin de l’aristocratie et de l’avènement de la bourgeoisie, sous le regard et la présence félins, impétueux, dominateurs du Guépard, le prince Salina. Face à lui, Tancrède est un être audacieux, vorace, cynique, l’image de cette nouvelle ère qui s’annonce.

    medium_guepard4.JPGLa scène du fastueux bal qui occupe un tiers du film est aussi la plus célèbre, la plus significative, la plus fascinante. Elle marque d'abord par sa magnificence et sa somptuosité :  somptuosité des décors, soin du détail du Maestro Visconti qui tourna cette scène en huit nuits parmi 300 figurants. Magnificence du couple formé par Tancrède et Angelica, impériale et rayonnante dans sa robe blanche. Rayonnement du couple qu’elle forme en dansant avec Salina, aussi.  La fin du monde de Salina est proche mais le temps de cette valse, dans ce décor somptueux, le temps se fige. Ils nous font penser à cette réplique de Salina à propos de la Sicile : "cette ombre venait de cette lumière". Tancrède regarde avec admiration, jalousie presque, ce couple qui représente pourtant la déchéance de l’aristocratie et l’avènement de la bourgeoisie. Un suicide de l'aristocratie même puisque c’est Salina qui scelle l’union de Tancrède et Angelica, la fille du maire libéral, un mariage d’amour mais aussi et avant tout de raison entre deux univers, entre l'aristocratie et la bourgeoisie. Ces deux mondes se rencontrent et s’épousent donc aussi le temps de la valse d’Angelica et Salina. Là, dans le tumulte des passions, un monde disparaît et un autre naît. Ce bal est donc aussi remarquable par ce qu’il symbolise : Tancrède, autrefois révolutionnaire, se rallie à la prudence des nouveaux bourgeois tandis que Salina, est dans une pièce à côté, face à sa solitude, songeur,  devant un tableau de Greuze, la Mort du juste, faisant « la cour à la mort » comme lui dira ensuite magnifiquement Tancrède.

    Angelica, Tancrède et Salina se retrouvent ensuite dans cette même pièce face à ce tableau morbide alors qu’à côté se fait entendre la musique joyeuse et presque insultante du bal. L’aristocratie vit ses derniers feux mais déjà la fête bat son plein. Devant les regards attristés et admiratifs de Tancrède et Angelica, Salina s’interroge sur sa propre mort. Cette scène est pour moi une des plus intenses de ce film qui en comptent pourtant tant qui pourraient rivaliser avec elle. Les regards lourds de signification qui s’échangent entre eux trois, la sueur qui perle sur les trois visages, ce mouchoir qu’ils s’échangent pour s’éponger en font une scène d’une profonde cruauté et sensualité où entre deux regards et deux silences, devant ce tableau terriblement prémonitoire de la mort d’un monde et d’un homme, illuminé par deux bougies que Salina a lui-même allumées comme s’il admirait, appelait, attendait sa propre mort, devant ces deux êtres resplendissants de jeunesse, de gaieté, de vigueur, devant Salina las mais toujours aussi majestueux, plus que jamais peut-être, rien n’est dit et tout est compris.

    medium_guepard3.JPG Les décors minutieusement reconstitués d’ une beauté visuelle sidérante, la sublime photo de Giuseppe Rotunno, font de ce Guépard une véritable fresque tragique, une composition sur la décomposition d’un monde, dont chaque plan se regarde comme un tableau, un film mythique à la réputation duquel ses voluptueux plans séquences (notamment la scène du dîner pendant laquelle résonne le rire interminable et strident d’Angelica comme une insulte à l’aristocratie décadente, au cour duquel se superposent des propos, parfois à peine audibles, faussement anodins, d’autres vulgaires, une scène autour de laquelle la caméra virevolte avec virtuosité, qui, comme celle du bal, symbolise la fin d’une époque), son admirable travail sur le son donc, son travail sur les couleurs (la séquence dans l’Eglise où les personnages sont auréolés d’une significative lumière grise et poussiéreuse ) ses personnages stendhaliens, ses seconds rôles judicieusement choisis (notamment Serge Reggiani en chasseur et organiste), le charisme de ses trois interprètes principaux, la noblesse féline de Burt Lancaster, la majesté du couple Delon-Cardinale, la volubilité, la gaieté et le cynisme de Tancrède formidablement interprété par Alain Delon, la grâce de Claudia Cardinale, la musique lyrique, mélancolique et ensorcelante de Nino Rota ont également contribué à faire de cette fresque romantique, engagée, moderne, un chef d’œuvre du septième Art. Le Guépard a ainsi obtenu la Palme d’or 1963… à l’unanimité.

     La lenteur envoûtante dont est empreinte le film métaphorise la déliquescence du monde qu’il dépeint. Certains assimileront à de l’ennui ce qui est au contraire une magistrale immersion  dont on peinera ensuite à émerger hypnotisés par l’âpreté lumineuse de la campagne sicilienne, par l’écho du pesant silence, par la beauté et la splendeur stupéfiantes de chaque plan. Par cette symphonie visuelle cruelle, nostalgique et sensuelle l’admirateur de Proust qu’était Visconti nous invite à l’introspection et à la recherche du temps perdu.

    La personnalité du Prince Salina devait beaucoup à celle de Visconti, lui aussi aristocrate, qui songea même à l’interpréter lui-même, lui que cette aristocratie révulsait et fascinait à la fois et qui, comme Salina, aurait pu dire : « Nous étions les Guépards, les lions, ceux qui les remplaceront seront les chacals, les hyènes, et tous, tant que nous sommes, guépards, lions, chacals ou brebis, nous continuerons à nous prendre pour le sel de la terre ».

    Que vous fassiez partie des guépards, lion, chacals ou brebis, ce film est un éblouissement inégalé par lequel je vous engage vivement à vous laisser hypnotiser...

    Je vous rappelle que "In the mood for cinema" participe au concours du Festival de la création sur internet. Si vous aimez ce blog, si vous souhaitez qu'il soit ensuite soumis au vote des professionnels, il vous suffit pour cela de vous rendre sur la page suivante http://www.festivalderomans.com/detail.php?id_part=142&cat_part=7 et de voter en deux secondes et en un clic. Pour l'instant je ne pense pas avoir le nombre suffisant de voix, la vôtre fera peut-être la différence... alors n'hésitez pas à en parler autour de vous, il ne reste plus que 5 jours pour voter!

    Sandra.M

  • Stephen Frears: président du 60ème Festival de Cannes!

    medium_queen.JPGNous venons de l'apprendre: Stephen Frears sera le président de la 60ème édition du Festival de Cannes qui se déroulera du 16 au 27 Mai 2007. Il succédera ainsi à Wong Kar-Wai . "In the mood for cinema" devrait y être de nouveau pour vous en faire un compte rendu exclusif. En attendant, retrouvez mes comptes rendus sur l'édition 2005 et l'édition 2006. Son dernier film The Queen avait ainsi fait l'ouverture du dernier Festival du Film Britannique de Dinard.