Clandestin d'Eliette Abécassis: un livre filmique palpitant
"Le temps de la traversée d'un quai, un homme tente d'échapper à son destin: aux frontières de l'intime et de l'identité. Eliette Abécassis explore le sentiment amoureux et le vertige de la rencontre."
"Clandestin" , c'est un gros plan sur la rencontre bouleversante de deux destins que rien ne devait relier a priori. Une rencontre vertigineuse et singulière. Une rencontre sublime et sublimée par sa soudaineté, son incongruité. Il est clandestin, elle est énarque. Il va à l’encontre de la loi, elle est supposée la faire respecter. La frontière entre eux aurait dû être infranchissable…et pourtant, pourtant aucune frontière n’a probablement été aussi étanche. Le temps de la traversée du quai il va tenter d’échapper à un destin (clan-destin ?) qui va le rattraper inéluctablement. La montée progressive de la tension par le truchement d’ un espace-temps très limité donne à ce livre un rythme très cinématographique, une fulgurance à l’image de cette passion. L’unité de lieu, de temps et d’action contribuent à créer une atmosphère haletante, et exacerbent encore l’intensité de l’histoire. Le style d’Eliette Abécassis n’y est pas non plus étranger : précis, limpide, semblant rythmer les battements frénétiques des cœurs des deux personnages. Avec cette écriture ciselée Eliette Abécassis nous emmène donc avec ses personnages dans cette rencontre furtive, intense, incandescente, palpitante sur fond d’actualité à laquelle fait référence le titre éponyme, celle des « clandestins », des sans-papiers. En ce sens c’est un livre de société mais pas un livre didactique, dans lequel ce sujet serait ostentatoirement désigné. Il est la toile de fond de cette histoire. Certains regretteront que cela ne soit pas davantage mis en exergue mais cette situation du personnage est pourtant implicitement présente dans chaque ligne, chaque mot, chaque seconde contribuant à faire de chaque instant un moment, crucial, vital. La peur, l’angoisse, la honte connues par le protagoniste exacerbent la beauté de cet instant d’éternité fugace. Cela renforce par ailleurs l’empathie pour ce personnage, puisqu’on ne sait pas vraiment qui il est ni d’où il vient, un clandestin, un anonyme auquel le lecteur s’identifie encore plus facilement. Cela vaut toutes les argumentations, toutes les démonstrations, le lecteur s’identifiant forcément à ce personnage soudainement épris, majestueusement épris. C’est aussi une écriture très cinématographique, une sorte de panoramique ou de travelling avant sur un quai fatidique balayé par un regard d'une sensibilité, d'une précision, d’une acuité indéniables. L’alliance de ce style et de cette histoire contribuent à créer un rythme haletant et à inciter à le lire avec avidité, comme si nous aussi étions irréversiblement engagés sur ce quai et ne pouvions, ne voulions plus faire marche arrière. C'est beau et universel comme l'instant évanescent et immortel d'une rencontre. Un train que j’engage vivement à prendre tous ceux qui sont épris de littérature et de liberté...aussi fatale soit son arrivée. Sandra.M
Clandestin. Eliette Abécassis. Editions Albin Michel. 2003.




De mémoire de delonophile, je me souvenais l’avoir vu poignant, bouleversant (notamment dans « Variations énigmatiques » d’Eric Emmanuel Schmitt, à ce jour mon plus beau souvenir de spectatrice de théâtre : un texte brillant que je me lasse pas de relire-et que je vous recommande vivement !- pour un acteur alors au sommet de son art…dans un rôle ambigu, un personnage inoubliable ) , je me souvenais l’ avoir vu susciter et interpréter toutes les palettes de l’émotion à l’exception d’une seule : l’humour . Un regard mélancolique et captivant, une aura indéniable, un charisme de monstre sacré du cinéma, un regard qui vous happe dans des profondeurs d’émotion eh oui, et pourtant… l’interprète inoubliable de Visconti, Verneuil, Losey, Clément et tant d’autres n’avait jamais fait rire… Je le soupçonnais pourtant d’être très loin d’être dénué d’humour, me souvenant l’avoir vu rire aux éclats lors du festival du film policier de Cognac 2002, là, à deux mètres de moi,(j’étais alors membre d’un jury de cinéphiles) lors d’une soirée organisée par le festival, où il arriva tel un fauve majestueux, impérial et admiré, imposant un silence respectueux et moi n’en croyant pas mes yeux d’être assise si proche de celui qui m’avait fait aimer le cinéma de « la piscine » au « cercle rouge » à « M.Klein », tous ces chefs d’œuvre qui jalonnent cette carrière exemplaire. Alors non pas qu’il n’y parvenait pas mais on l’apprécie dans le mystère, dans l’indicible comme dans « Le Samouraï », dans ces films où il n’a pas besoin de parler pour être, ou de démontrer pour montrer. C’est donc un des intérêts des « Montagnes russes » de nous montrer Alain Delon drôle, humain (trop humain ?), interprétant un personnage presque pitoyable, et le spectateur presque déçu d’y croire là encore, là aussi… Eh oui Alain Delon peut être humain nous qui le croyions surhumain. La pièce vaut aussi le déplacement pour la remarquable interprétation et l’énergie incontestable d’Astrid Veillon…
