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IN THE MOOD FOR CINEMA - Page 401

  • Avant-première – Critique de « Somewhere » de Sofia Coppola : le cinéma de Sofia Coppola, un effet de mode ?

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    Hier soir, au Gaumont Marignan, sur les Champs Elysées avait lieu l’avant-première de « Somewhere » de Sofia Coppola. (La projection était suivie d'un débat avec la cinéaste et son acteur principal, cf mes vidéos en bas de cet article) Quatrième long-métrage de la cinéaste après « Virgin suicides », « Lost in translation » et « Marie-Antoinette », « Somewhere » a reçu le Lion d’or du dernier Festival de Venise « à l’unanimité » selon le président du jury Quentin Tarantino, malgré l’accueil mitigé que le film avait reçu à la Mostra mais Quentin Tarantino (que certains ont accusé de favoritisme, ce dernier ayant été le compagnon de Sofia Coppola) n’en est pas à sa première remise de prix controversée, on se souvient ainsi de la controverse suite à la palme d’or que le jury cannois qu’il présidait avait attribuée à Michael Moore pour « Fahrenheit 9/11 », en 2004.

    Le synopsis de « Somewhere » n’est pas sans rappeler celui de « Lost in translation » :  Johnny Marco (Stephen Dorff), acteur de son état, promène sa lassitude désenchantée dans les couloirs du Château Marmont, célèbre hôtel (réel) de Los Angeles fréquenté par le tout Hollywood, jusqu’au jour où arrive Cléo (Elle Fanning), sa fille de 11 ans.  Avec elle, il va enfin se réveiller et révéler, et cesser de tourner en rond pour retrouver le « droit chemin ».

    La première scène  nous montre ainsi une voiture (la Ferrari rutilante de l’acteur dont on se demande parfois si le film n’en est pas le spot publicitaire même si, certes, elle n’est pas sans symboles, notamment  de son luxueux enfermement ) qui tourne en rond sur un circuit, à l’image de Johnny dans les couloirs du Château Marmont, et de sa vie qui ne semble aller nulle part, et n’être qu’une errance dans les couloirs de l’hôtel où il croise notamment Benicio Del Toro, Aurélien Wiik et Alden Ehrenreich (dont je vous laisse retrouver les très courtes apparitions) mais surtout des silhouettes lascives, fantomatiques et désincarnées quand il n’en ramène pas dans sa chambre, semble-t-il sa seule occupation. Lorsque la gracile, solaire et sage Cléo débarque, il porte un regard nouveau sur ce qui l’entoure, ou même tout simplement il porte un regard, enfin.

     Ce regard c’est celui de la cinéaste, habituée des lieux, gentiment ironique : sur la télévision italienne et ses personnages hauts en couleurs, les conférences de presse aux questions consternantes (dont les questions et la perplexité de l’acteur n’ont pas été sans me rappeler celle-ci, notamment, mais aussi bien d’autres), la promotion contrainte et souvent absurde.

    Si j’ai posé cette question en guise de titre « le cinéma de Sofia Coppola : un effet de mode », thèse que semble d’ailleurs accréditer le public invité hier soir (une majorité de  blogueuses …mode , outre quelques acteurs/trices également à la mode comme notamment Géraldine Nakache), c’est parce que la mode est désormais indissociable de Sofia Coppola. Pas seulement parce que cette dernière figure fréquemment dans les magazines féminins à la rubrique mode mais aussi parce que son cinéma, d’ailleurs qu’il se passe au XVIIIème ou en 2010, semble compiler les effets de mode : musicaux (hier Air, aujourd’hui Phoenix, avec la musique de son compagnon Thomas Mars), géographiques (l’hôtel Château Marmont de Los Angeles) ou visuels ( trèèès longs plans fixes ou plans séquences).

    Le problème c’est qu’à force d’être « à la mode », Sofia Coppola nous donne l’impression de regarder la couverture glacée d’un magazine (à moins que ce ne soit délibéré que nous ne voyions rien comme Johnny aveugle à ce qui l’entoure). Le Château Marmont est un lieu décadent nous dit-elle, mais son regard semble s’arrêter à l’apparence, à cette première page sans jamais en franchir réellement le seuil. A l’image du premier plan et de son protagoniste, le cinéma de Sofia Coppola semble par ailleurs tourner en rond : le cadre, les personnages, la fin rappellent ceux de « Lost in translation » (notamment avec ses paroles inaudibles),  et on retrouve ses thématiques récurrentes : personnages esseulés, en transition, célébrité.

     Là où « Lost in translation » était avant tout centré sur le scénario (recevant un Oscar, mérité, pour celui-ci), « Somewhere » ressemble davantage à un exercice de style imprégné de cinéma d’auteur français  et de Nouvelle Vague(jusqu’au prénom Cléo, probablement en référence à Varda) ou de cinéastes américains comme Gus Van Sant, mais je ne vois toujours pas ce que ce film a de plus qu’un grand nombre de films indépendants américains (notamment ceux projetés en compétition dans le cadre du Festival du Cinéma Américain de Deauville, au moins aussi bons) et donc ce qui justifie son prix à la Mostra.

    Finalement ce film est à l’image de sa réalisatrice qui dégage un charme discret et dont on ne sait si on la trouve charmante à force qu’on nous ait rabâché qu’elle l’était ou si elle l’est réellement. J’avoue n’avoir toujours pas réussi à trancher, et à savoir si son film lui aussi est juste une image ou si il a une réelle consistance. Ou s’il n’est qu’un masque comme celui que Johnny est contraint de porter (au propre comme au figuré). Cela me rappelle d’ailleurs cette anecdote significative, Sofia Coppola passagère connue et anonyme dans un bus et que j’étais la seule à remarquer, témoignant du fait qu’on ne la remarque comme une icône de mode que parce que les magazines nous la désignent comme telle, et je me demande ainsi si ce n’est pas à l’image de son cinéma qui serait « remarquable » car « à la mode ». En tout cas, et pour mon plus grand plaisir, n'a-t-elle pas cédé à une mode: celle des films avec dialogues (quand il y en a) et rythme effrénés pour vous empêcher de réflèchir (ce qui, en général, serait fortement nuisible aux films en question).

    « Somewhere », à la fois très dépouillé et stylisé (qualité et défaut d’un premier film dont il a les accents), n’est donc néanmoins pas dénué de charme ou de grâce (par exemple le temps d’un survol en hélicoptère où Johnny prend la mesure de la beauté du monde, en tout cas de son monde, d’une danse aérienne sur la glace, ou d’une caméra qui s’éloigne lentement, prenant du recul comme Johnny va le faire progressivement), et son ironie désenchantée est plutôt réjouissante. La photographie langoureuse d’Harris Savides (notamment chef opérateur de « Gerry », "Elephant", "Whatever works", "The Game", ou « The Yards »), les plans lancinants souvent intelligemment métaphoriques retiennent notre attention et, malgré la lenteur, ne laissent jamais l’ennui s’installer mais nous permettent au contraire de nous laisser porter par l’atmosphère du Château Marmont et, comme Johnny d’en éprouver les facéties étouffantes. Stephen Dorff est parfaitement crédible en acteur débraillé, lucide, blasé et passif que tout le monde trouve en pleine forme, et la jeune Elle Fanning dégage une grâce, une maturité et une justesse rares qui illuminent le film et promettent une jolie carrière. Ils forment un duo tendre et attachant, crédible.

     Malgré cela, ce « Somewhere » certes indéniablement plein de charme, m’a laissée sur ma faim, et je m’interroge encore pour savoir si cette longue route droite mène réellement quelque part et si, plus encore qu’intimiste, ce film n’en est pas démesurément personnel, voire narcissique, pour oublier d’être ce qu’est tout grand, voire tout bon film, et ce qu’étaient à mon sens les excellents « Lost in translation » et « Marie-Antoinette » : universels.

    Ci-dessous, la bande-annonce très réussie, avec, comme toujours chez Sofia Coppola, une idée de la BO elle aussi très réussie:

    Vidéos du débat avec Sofia Coppola et Stephen Dorff, après la projection du film:

    D'autres vidéos de ce débat seront prochainement mises en ligne...

     

    Lien permanent Imprimer Catégories : AVANT-PREMIERES, CRITIQUES DES FILMS A L'AFFICHE EN 2010 Pin it! 4 commentaires
  • Vidéos: Sofia Coppola présente "Somewhere"

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    En attendant que soient publiées d'autres vidéos du débat avec Sofia Coppola et Stephen Dorff et ma critique, regardez Sofia Coppola présenter son nouveau film "Somewhere", avant la projection, puis évoquer la genèse du film, après la projection.

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  • Ouverture du Cycle Melville à la Cinémathèque avec Michel Piccoli et projection du « Cercle rouge »

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    (Une autre vidéo de cette soirée- sa présentation par Costa-Gavras- sera bientôt mise en ligne)

    Jean-Pierre Melville. Alfred Hitchcock. Claude Sautet. Luchino Visconti.  Jean Renoir. Tels sont les cinq (s’il fallait n’en choisir que cinq, sinon la liste serait évidemment très longue) principaux  cinéastes à l’origine de ma passion pour le cinéma. Je vous avais déjà dit quel événement ce fut pour moi de voir « Le Guépard » de Luchino Visconti sur grand écran lors du dernier Festival de Cannes (je vous en reparlerai d’ailleurs puisque la sortie du DVD le 1er décembre sera pour moi l’occasion de le voir une deuxième fois sur grand écran cette année), en présence de deux de ses protagonistes et non des moindres. Vous imaginez donc quel pouvait être mon enthousiasme à l’idée de voir « Le Cercle rouge » dans la salle Langlois de la Cinémathèque, en présence d’Alain Delon comme cela était initialement annoncé. Celui-ci a annulé sa venue trois jours avant pour un déplacement à l’étranger (vous verrez la réaction agacée de Costa-Gavras sur la vidéo mise en ligne ci-dessus) et passée la déception de cet énième rendez-vous manqué avec un Delon éternelle étoile filante (dont je ne désespère toujours pas en incorrigible utopiste -ou inconsciente?- de pouvoir lui transmettre directement mon scénario), déception de ne pas l’entendre parler de celui qu’il cite constamment parmi ses maîtres et dont il parle toujours avec passion et émotion;   le plaisir communicatif d’entendre notamment Costa-Gavras, Serge Toubiana, Michel Piccoli (qui a remplacé Alain Delon-voir vidéo ci-dessus-, et qui tourna avec Melville dans une scène  du « Doulos » et à qui la Cinémathèque consacrera bientôt une rétrospective) ou encore le compositeur de la musique du film Eric Demarsan parler de Melville, l’a emporté.

     En véritable temple du cinéma à la (prestigieuese) réputation non usurpée, la Cinémathèque résonnait hier des voix passionnées des amoureux du cinéma et de celui de Melville. De Piccoli qui nous a parlé de ce « passionnel fou émerveillé du cinéma » au caractère certes difficile à Eric De Marsans (photo ci-dessus), compositeur de la musique du « Cercle rouge » et de « L’armée des ombres » en passant par Rémi Grumbach et Laurent Gousset, les deux neveux de Melville mais aussi Jean-François Delon (assistant de Melville sur un flic) chaque intervention a permis de dresser le portrait de ce génie du cinéma.

     Douzième film de Melville qui en réalisé seulement 13, à l’instar d’autres grands maîtres du cinéma, comme Bresson Demy, Becker (comme l’a signalé hier Serge Toubiana); « Le Cercle rouge » est avec « Le Samouraï » et « L’armée des ombres » (cliquez ici pour lire mon analyse de "L'armée des ombres") le meilleur film de Melville et            accessoirement un de mes films préférés que je regardais à l’âge où d’autres se gavent de  dessins animés (vous connaissez maintenant l’origine de mon délicieux mal cinématographique, heureusement incurable ).  Et bien que je le connaisse par cœur, dès les premiers plans, je me suis une nouvelle fois et plus que jamais laissée emporter dans ce cercle fatal et sombre et par la qualité de la mise en scène et des silences (pourrait-on aujourd’hui produire un film avec 25 minutes sans dialogues, aussi magistrales soient-elles ?), les visages à demi plongés dans la pénombre magistralement filmés évoquant cette part d’ombre de ces hommes « tous coupables », le jeu de Montand (ex-flic rongé par l’alcool qui recouvre la confiance), Bourvil,( bouleversant commissaire Mattei qui va perdre son dernier espoir sur l’humanité), Delon (en Corey, gangster hiératique), François Perrier (en traitre) y étant plus flagrants et captivants sur grand écran. De ces rares films qu’on ne se lasse jamais de revoir, aussi sombre, désespéré que brillant et jubilatoire, de ces films  que des cinéastes ne cessent de citer ou imiter sans jamais les égaler (on se souvient de l’assez déplorable remake du « Samouraï » par Johnny To, et récemment encore, comme l’a souligné Costa-Gavras de « The American » dans lequel le personnage de Clooney fait évidemment penser à celui de Delon dans le Samouraï).

    Après le Festival Premiers Plans d’Angers qui avait donc fait une rétrospective en janvier, c’est donc au tour de la Cinémathèque de proposer une rétrospective, notamment à l’occasion de la sortie du livre collectif « Riffs pour Melville ».

    Ne manquait à cette passionnante ouverture que la présence de Delon qui, comme dans « Le Cercle rouge » a  illuminé la soirée de son silence mais peut-être finalement la plus belle manière d’être présent, comme l’est l’inoubliable Corey qu’il a immortalisé comme tant d’autres personnages cultes : Tancrède, Roch Siffredi, Jeff Costello,  Robert Klein, Roger Sartet, Gino.

    Vous pourrez revoir « Le Cercle rouge », à la Cinémathèque, le 7 novembre à 20H, et « L’armée des ombres »  le 6 novembre à 21H et le 13 novembre à 21h. Pour en savoir plus sur le programme, cliquez ici.

    Je vous rappelle enfin qu'un concours exceptionnel et exclusif vous permet actuellement de remporter un coffret Melville sur inthemoodforcinema. Règlement du concours en cliquant ici.

    Cliquez ici pour lire ma critique complète du « Cercle rouge » de Jean-Pierre Melville ».

    Autres articles consacrés à Alain Delon sur inthemoodforcinema.com :

    Projection du "Guépard" dans le cadre du Festival de Cannes: critique du film, vidéos de l'événement, et reportage.

    Retrouvez également les critiques des films suivants:

      La Piscine », « Borsalino », « Le Guépard », « Monsieur Klein »,  « Le Cercle rouge », "Le Professeur", "Plein soleil"

    Critique de pièces de théâtre avec Alain Delon:

    "Lovers letters"

    "Sur la route de Madison"

    Autre:

    Mireille Darc met en scène Alain Delon pour l'opération "plus de vie"

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  • Vidéo: Denzel Washington parle de Barack Obama (conférence de presse d' "Unstoppable")

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    Vous pouvez retrouver mes autres vidéos de la conférence de presse de Denzel Washington pour "Unstoppable" de Tony Scott, en cliquant ici (d'autres y seront prochainement mises en ligne). En attendant, écoutez Denzel Washington parler des élections américaines et de Barack Obama.

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  • Vidéos de Denzel Washington: conférence de presse de "Unstoppable" de Tony Scott

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    Hier, à l'hôtel Bristol, avait lieu la conférence de presse de Denzel Washington pour "Unstoppable" de Tony Scott, un film qui sort en salles la semaine prochaine et dont je vous reparlerai à cette occasion. Ci-dessous, vous trouverez la première de mes 8 vidéos de cette conférence. Dans les suivantes prochainement mises en ligne, vous pourrez notamment l'entendre parler d'Audiard et d'Obama même si beaucoup de questions (il est vrai parfois consternantes et apparemment très "françaises") l'ont laissé plutôt perplexe, ce dernier étant finalement plus bavard quand il s'agissait de parler de politique que de cinéma, mais néanmoins très habile pour tenter de tout ramener à "Unstoppable", un film dont il avait aimé le scènario qu'il avait d'ailleurs apporté à Tony Scott.

    Mes autres vidéos seront prochainement publiées ici. Retrouvez également ma vidéo de Denzel Washington évoquant Barack Obama en cliquant ici.

    Retrouvez également la bande-annonce du film, ci-dessous.

     

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  • Centenaire Jean-Louis Barrault : projection de "Drôle de drame" de Marcel Carné à la Cinémathèque

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    Avant de vous reparler de la passionnante ouverture du cycle Melville, hier soir à la Cinémathèque, sachez  qu'à l'occasion du centenaire Jean-Louis Barrault, le 15 novembre à 20H, y sera proposée une soirée hommage avec la projection de "Drôle de drame" de Marcel Carné dont je vous propose de retrouver ma courte présentation ci-dessous. Cliquez ici pour plus de renseignements sur cette séance.

    • Lors de sa sortie en 1937,  Drôle de drame  est un échec, le public étant désorienté par son ton acéré et par son synopsis rocambolesque que la précision de son écriture rend néanmoins parfaitement compréhensible.
    •  L’intrigue se déroule ainsi à Londres en 1900. Elle met en scène le professeur de botanique Molyneux (Michel Simon) qui écrit en cachette des romans policiers sous le pseudonyme de  Félix Chapel. Son cousin Soper, évêque de Bedford (interprété par Louis Jouvet) qui a lancé une véritable croisade contre ces livres « impies » s’invite à dîner chez Molyneux ignorant qu’il s’agit aussi de Felix Chapel.  La cuisinière ayant déserté le domicile, les Molyneux préfèrent eux aussi quitter le domicile en le laissant seul plutôt que d’avouer que c’est Mme Margaret Molyneux(Françoise Rosay) qui a fait la cuisine. Persuadé que Molyneux a tué sa femme, l’évêque alerte alors la police. Déguisé en Chapel, arborant une fausse barbe Molyneux est contraint de revenir sur les lieux « du crime » pour effectuer un reportage, lieux alors occupés par la presse et encerclés par une foule furibonde. Pendant ce temps William Kramps (Jean Louis Barrault) l’assassin de boucher décide de tuer Chapel et tombe amoureux de Mme Molyneux tout en sympathisant avec Mr Molyneux...ignorant qu’il s’agit aussi de Chapel. Tout dégénère dans la folie  générale et dans la loufoquerie. Le boucher avoue finalement le meurtre qu’il n’a pas commis et Molyneux est contraint d’être Chapel à vie, sacrifiant ainsi sa véritable identité et assumant jusqu’à la fin de ses jours sa fonction d’escroc littéraire. 
    • Carné et Prévert qui désiraient à nouveau collaborer ensemble avaient d’abord songé à s’inspirer d’un fait divers sur un bagne d’enfants de Belle-île-en mer. La censure s’y opposa et le producteur prévu, le commandant d’aviation Coriglion Molinier, ami d’André Malraux, leur propose alors deux sujets dont il avait acquis les droits  dont le roman de J. Storer-Clouston  The lunatic at large or his first offence  paru en France sous le titre de  La mémorable et tragique aventure de Mr Irwyn Molyneux.  Carné, Prévert et l’équipe technique s’étaient tant amusés à réaliser le film qu’ils étaient persuadés qu’il en irait de même pour le spectateur. Ce film qui se voulait avant tout ludique ne séduisit pourtant pas du tout le public qui le jugea aussi « bizarre, bizarre » que la réplique qui l’a immortalisé.  Le film a même été accueilli par des sifflets et un véritable chahut et au Colisée où il passait en exclusivité il fut accueilli par des « Idiot », « On se fout de nous » particulièrement encourageants…  En province il fut même présenté  avec le slogan « le film le plus idiot de l’année. »   Le public  d’Outre-Manche sera beaucoup plus sensible au film présenté au nom de « Bizarre…bizarre ! » Son caractère théâtral lui fut également reproché  faisant dire à certains que le véritable « réalisateur » n’était pas Carné mais son scénariste Jacques Prévert , Carné n’ayant alors fait, selon ses détracteurs,  que transcrire le texte en film. Certaines critiques furent alors aussi acerbes que les propos du film : « Marcel Carné a essayé, c’est visible, de transposer dans le style français cette loufoquerie arbitraire et clownesque, qui nous ravit tant dans les films américains. Il n’est parvenu qu’à une sorte de violent vaudeville théâtral, au dessin caricaturalement stylisé(…) »  (Les Beaux Arts du 29.10.1937)[1]ou encore dans  Candide , du 28 octobre 1937 Jean Fayard écrivit : « tout cela est trop compliqué, trop verbeux, trop appuyé, trop voulu » même si d’autres reconnaissaient déjà  qu’il n’y avait « pas une faute à relever dans cette comédie échevelée. »[2] 
    • Ce qui déconcerte peut-être davantage encore le public ce sont probablement les personnages, aucun n’étant véritablement innocent à commencer par les traditionnels amoureux des films de Prévert ici inspirateurs des romans infâmes de Chapel et qui reçoivent « la première pierre de celui qui n’a jamais pêché », probablement le seul personnage véritablement innocent du film. Le balayeur n’est pas plus innocent (« C’est justement les affaires des autres qui m’intéressent ») que le gardien de prison qui n’hésite pas, moyennant finance, à fermer les yeux sur le baiser échangé par les amoureux à travers les grilles de la cellule. Les personnages sont même parfois d’un véritable cynisme comme ce curieux noceur interprété par Marcel Duhamel qui prend le deuil des morts qu’il ne connaît pas afin de se sentir « moins seul dans la vie. » 
    • Drôle de drame  est en effet une véritable critique sociale où le paraître prime sur l’être et engendre cette folie et ce quiproquo généralisé entre petits mimosas carnivores et évêque gastronome. Personne n’échappe à la critique ou à l’ironie cinglante : pas plus la bourgeoisie et ses mensonges sociaux qui préfère passer pour criminelle plutôt que pour « des imbéciles » en manquant aux usages. Ce sont aussi les délires d’une vieille tante qui n’a jamais pu supporter sa famille, l’exagération de la presse à sensation, les délires moralisateurs d’un homme d’Eglise finalement ridiculisé d’un kilt et même accusé du meurtre qu’il avait dénoncé, l’incompétence de la police qui se laisse entraîner dans cette histoire rocambolesque sans vraiment se poser de questions etc.
    •  Le peuple n’a d’ailleurs probablement pas apprécié l’image que le film lui renvoyait. Il est en effet dépeint  comme versatile. Ainsi, après avoir réclamé la tête de Molyneux puis celle de sa femme et celle de l’évêque, il exige finalement celle de William Kramps. La bourgeoisie n’a pas plus apprécié cet humour ravageur qui souligne  son souci des convenances. Cette critique passe également par des dialogues avec des expressions du langage courant qui prennent ici un tout autre sens comme l’inspecteur qui dit à Molyneux déguisé en Chapel et revenant sur les lieux du crime : « Considérez-vous ici comme chez vous. » Ces dialogues furent aussi jugés trop travaillés : « Là où il y a contrepoison il y a poison »  ou encore le célèbre « mimétisme du mimosa » de Michel Simon. On y retrouve pourtant les décors de Trauner, les images de Schufftan qui avaient contribué au succès des films du réalisme poétique.
    • Il semble donc qu’on ne puisse pas rire de tout en 1937, que par un drôle de drame on ne puisse faire oublier qu’une drôle de guerre se profile. Le film connaîtra néanmoins un véritable triomphe lors de sa reprise nationale en 1952, peut-être le public avait-il alors davantage le goût de rire de tout...
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  • Découvrez deux titres de la Bande-Originale du Film "Potiche" de François Ozon dont un duo inédit entre Catherine Deneuve et Benjamin Biolay

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