Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Festival Paris Cinéma- Avant-première : critique de « Amore » (Io sono l’amore) de Luca Guadagnino avec Tilda Swinton, Marisa Berenson…

amore2.jpg

pariscinema3 043.JPG

amore1.jpgAu programme de ma journée d’hier, en plus de la passionnante master class de Jane Fonda, deux avant-premières : « Amore » de Luca Guadagnino et « Les Amours imaginaires » de Xavier Dolan (dont je vous parlerai ultérieurement mais que je vous recommande d’ores et déjà). Pour la première avant-première publique du festival, les organisateurs nous avaient réservé une belle surprise avec ce film italien qui débute dans la demeure des Recchi, grande famille industrielle lombarde, à l’heure d’un tournant pour la famille puisque le fondateur de l’entreprise lègue l’affaire familiale à son fils Tancredi et à l’un de ses petits fils, Edouardo. Emma (Tilda Swinton), l’épouse de Tancredi, qui l’a épousé des années auparavant pour échapper à sa vie en Russie, rencontre Antonio, un cuisinier, ami de son fils par lequel elle va être immédiatement attirée…

Dès les premiers plans : la ville de Milan alors inhabituellement grisâtre et enneigée, ce repas aux rituels et au rythme d’un autre temps, les plans silencieux et les couloirs interminables qui évoquent la monotonie suffocante de l’existence d’Emma…, Luca Guadagnino nous plonge dans une atmosphère d’une intemporelle étrangeté. Elégante, digne, laissant à peine affleurer sa  mélancolie, Emma semble être à la fois présente et absente, un peu différente (malgré son souci apparent des conventions sociales). Sa rencontre avec Edouardo, et d’abord avec sa cuisine filmée avec sensualité qu’elle déguste avec gourmandise, va progressivement la transformer. Une passion irrépressible va s’emparer d’elle : pour cette cuisine qui réveille ses sens et pour Antonio, le jeune cuisinier.

« Amore » est un film foisonnant : de références, de sensations, d’intentions, de styles. Brillantes références puisque « Amore » cite ostensiblement  «Le  Guépard » de Visconti que ce soit par le nom d’un des personnages « Tancredi » qui rappelle Tancrède (le personnage d’Alain Delon dans « Le Guépard ») , la famille Recchi rappelant celle des Salina, mais aussi par l’opportunisme et la fin d’une époque que symbolise Tancredi qui vend son entreprise pour cause de globalisation à des Indiens pour qui « Le capitalisme c’est la démocratie » tout comme le Prince de Salina laissait la place à Tancrède et à une nouvelle ère dans « Le Guépard ». A ce capitalisme cynique et glacial s’oppose la cuisine généreuse et colorée par laquelle Emma est tellement séduite.

 Puis de Visconti nous passons à Hitchcock. Le film glisse progressivement vers un autre genre. La musique de John Adams se fait plus présente, la  réalisation plus nerveuse. Emma arbore un chignon rappelant celui de Kim Novak dans « Vertigo » auquel une scène fait explicitement référence. La neige laisse place à un éblouissant soleil. Emma est transfigurée, libérée, moins lisse mais enfin libre comme sa fille qui comme elle échappera aux archaïques principes familiaux et sera transformée par l’amour.

Malgré ses maladresses (métaphore florale un peu trop surlignée à laquelle Jean Renoir –comme bien d’autres- avait déjà pensé dans « Une Partie de campagne »), ce film m’a littéralement happée dans son univers successivement étouffant puis lumineux, elliptique et énigmatique et même onirique. Il est porté par Tilda Swinton, qui interprète avec retenue et classe ce personnage mystérieux que la passion va faire revivre, renaitre, retrouver ses racines, sa personnalité enfouies et par la richesse de son personnage qui va se libérer peu à peu de toutes contraintes : vestimentaires, physiques, familiales, sociales.

De chronique sociale, le film se transforme en thriller dont on sait le drame imminent mais qui ne nous surprend pas moins. Les dix dernières minutes sont réellement sublimes et d’une intensité inouïe. Riches de symboles (comme cette chaussure que Tancrèdi remet à Emma, la renvoyant à cette contrainte sociale, alors que Edouardo lui avait enlevé avec sensualité l’y faisant échapper),  de douleurs sourdes (d’Emma mais aussi du troisième enfant de la famille, que la caméra comme le reste de la famille tient à l’écart), de révoltes contenues que la musique (qui rappelle alors celle d’Hermann dans les films d’Hitchcock), les mouvements de caméra saccadés, les visages tendus portent à leur paroxysme, nous faisant retenir notre souffle.

La caméra d’abord volontairement distante puis sensible puis sensuelle de Guadagnino épouse les atermoiements du cœur d’Emma et crée intelligemment une empathie du spectateur pour cette dernière. Un film de sensations (visuelles, sonores -que ce soit dans l’utilisation judicieuse de la musique ou des silences-, et presque gustatives) visuellement magnifique, envoûtant, sensible, sensuel, onirique,  prenant, l’œuvre d’un cinéphile et d’un cinéaste qui nous enserre dans son univers avec une rare maestria. A voir absolument.

Sortie nationale : 22/09/2010

 

Commentaires

  • bravo pour votre article dont je partage totalement le point de vue. j'ai moi aussi été envoutée durant toute la projection, par l'image, le scénario, la mise en scène qui suggère si bien et avec tellement d'intelligence.
    seul bémol, la morale sous-jacente, qui malgré la scène finale présentée comme une ouverture, où l'on voit Emma rejoindre son amant dans une étreinte, montre une fois de plus et comme trop souvent une émancipation féminine se terminant fatalement et de manière dramatique.
    oui Emma s'est émancipée, mais à quel prix!

  • Un film de sortie d'école, aucune subtilité dans les citations d'auteur (oui, une scène fait référence très explicitement à Hitchcock, ce qui flatte sans doute le spectateur lambda capable de la reconnaître, sans parler des lourdes références à Visconti en effet, le nom de Tancrede, le leitmotiv du "il faut que tout change pour que rien ne change" du Guépard, le grand-père tradi et les petits fils néo-capitalistes...soit, soit mais c'est déjà fait et en mieux).
    Le genre de film où tout est signifiant: l'entreprise va fermer, donc il faut qu'une femme de ménage ferme la porte, mais la vie continue, donc une autre porte s'entrouvre...d'une lourdeur effarante! Et oui, le climat vient souligner le passage d'une vie sociale étouffante, enneigée, à la liberté accordée par l'amour, avec le soleil. (Mon dieu, ce réalisateur est un génie!!)
    La vérité c'est qu'on s'ennuie à mourir, les dialogues sont d'une platitude...(la bourgeoisie c'est chiant, regardez...), aucune empathie pour cette femme qui anonne trois mots d'italien et réagit comme un automate...
    Rien, rien et rien à tirer de ce film. Même son côté esthétisant, c'est tellement travaillé que cela n'a aucune grâce. Quant au montage elliptique, c'est juste raté, ses découpes son mal faites, enfin globalement on sent la direction d'acteurs, les intentions théoriques, mais le résultat n'est pas là. Sensation d'avoir perdu son temps.

  • @Julia: Ravie que ce sublime film (je persiste et signe) vous ait aussi plu, mais je ne vois pas la fin comme une fin morale. Je pense surtout qu'elle est beaucoup plus "cinématographique" qu'une fin heureuse et que cela s'inscrit dans les références de l'auteur.
    @Eva: Quel(s) talent(s) vous devez avoir pour juger avec autant de condescendance non seulement le film et son réalisateur mais surtout les spectateurs qui l'ont aimé... J'ai trouvé ce film absolument magnifique, certes bourré de références mais c'est le cas de tous les grands cinéastes (tel est aussi le cas des "Amours imaginaires" par exemple actuellement à l'affiche) et à mon avis cela enrichit davantage le film que cela nuit au sujet...

Les commentaires sont fermés.