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FESTIVAL DE CANNES 2011 - Page 3

  • Compétition - Critique de "Drive" de Nicolas Winding Refn

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    Drive est l'adaptation du livre éponyme écrit par James Sallis ; c’est  le scénariste Hossein Amini qui a  transformé le roman en scénario.

     C’est l’histoire d’un jeune homme solitaire, "The Driver" (Ryan Gosling),  qui conduit le jour à Hollywood pour le cinéma en tant que cascadeur et la nuit pour des truands. Il a pour « principe » de ne participer aux crimes de ses employeurs qu’en conduisant et de n’être jamais armé. Sa  route croise celle d’Irene (Carey Mulligan) et de son jeune fils, ses voisins, et il succombe rapidement au charme de l’un et l’autre, et réciproquement. Lorsque le mari d’Irene sort de prison et se retrouve enrôlé de force dans un braquage pour s’acquitter d’une dette, il décide pourtant de lui venir en aide. L’expédition tourne mal… Doublé par ses commanditaires, et obsédé par les risques qui pèsent sur Irene, il n’a dès lors pas d’autre alternative que de les traquer un à un…

    Cela commence sur les chapeaux de roue : une mise en scène époustouflante, flamboyante et crépusculaire, qui nous fait ressentir les sensations trépidantes, périlleuses et vertigineuses de ce chauffeur hors pair et  mutique, au sourire retenu, dans une ville de Los Angeles tentaculaire, éblouissante et menaçante. Mais « The Driver » porte un masque, au propre comme au figuré (symbolisme un peu simpliste pour nous dire de nous méfier des apparences qui ne reflètent pas la réalité et pour symboliser la fragile frontière entre cinéma et réalité) et derrière ce chauffeur mutique d’allure plutôt sympathique va se révéler un vengeur impitoyable, sournois et trompeur comme le scorpion qu'il arbore sur sa veste, prêt à tous les excès pour protéger ceux qu’il « aime ».

     La violence psychologique s’annonce palpitante : pris dans un étau, il n’a d’autre solution que de commettre un méfait pour le mari d’Irène, pour sauver celle-ci … malheureusement ce qui dans la première partie s’annonçait comme un film à suspense se transforme en règlement de compte sanguinolent dans lequel l’intrigue devient inexistante et simple prétexte à une suite de scènes sanglantes, invraisemblables et vaines sans parler du personnage féminin totalement velléitaire.

     Là où un cinéaste comme James Gray -même si la mise en scène de Nicolas Winding Refn lorgne plus du côté de celle de Michael Mann- sublime une ville, en l’occurrence New York, et traite lui aussi de vengeance et d’amour, mais sans jamais mettre le scénario de côté, ou sans qu’un de ces aspects prennent le pas sur les autres, Nicolas Winding Refn se laisse entraîner par une sorte de fascination pour la violence (me rappelant ainsi la phrase de Coppola lors de sa master class deauvillaise « Montrer la guerre c’est déjà faire l’éloge de la guerre »), montrant pourtant le temps d’un meurtre sur la plage qu’il savait très bien filmer la mort, avec une force prenante, sans que cela tourne à la boucherie ridicule.

    Ryan Gosling est certes époustouflant (et il a confirmé dans "Crazy, stupid love," la large palette de son jeu et sa capacité à tourner son image en dérision, au passage comédie romantique qui détourne puis respecte habilement les codes du genre) et derrière sa gueule d’ange dissimule une violence froide, se transformant en un vengeur impitoyable qu’il est pourtant difficile de prendre en sympathie ou même en empathie alors que tout au début s'y prêtait pourtant.

    Dommage car la première partie était jubilatoire, réellement, de par la mise en scène qui nous fait éprouver ses sensations de vitesse et de mélancolie vertigineuses (sombre et belle alliance) mais aussi de par les contradictions du personnage principal et des conflits que cela annonçait. Dommage encore car la première partie était particulièrement prometteuse  avec des scènes plus calmes d’une beauté saisissante  comme ce face-à-face entre Irène et The Driver, dans l’appartement d’Irène, scène dans laquelle le temps est suspendu et dans laquelle les échanges évasifs de regards et les silences d’une douce sensualité en disent tellement. Sans parler évidemment d’une bo remarquable qui contribue fortement au caractère jubilatoire de la première partie.

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    Un film à l'opposé de celui d'Almodovar (qui a brillamment raconté une histoire cruelle, terrible, effroyable où toute la finesse de la mise en scène réside justement dans ce qui n’est pas montré et qui n’en a que plus de force) mais qui pourrait être un sérieux concurrent pour le prix de la mise en scène.

    A voir néanmoins pour les amateurs de séries B auxquelles le film rend hommage, pour ceux pour qui la virtuosité de la mise en scène prédomine sur un scénario bancal, voire vide (dans la deuxième partie), ce qui n’enlève certes rien à la force de l’univers visuel de Nicolas Winding Refn mais ce qui pour moi a gâché tout le plaisir engendré par la première partie. La violence absurde et les excès du personnage principal (qui promettait là aussi d'être d'une complexité passionnante), sans parler des réactions invraisemblablement vélléitaires du personnage féminin, le manichéisme des méchants du film, l’ont emporté ainsi sur une première partie prometteuse comme rarement avec des images et une musique qui, encore maintenant, me restent en tête. Un magnifique clip, à défaut du grand film que la première partie annonçait pourtant. Surtout, un beau gâchis.

     
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  • Un Certain Regard - Critique de "L'Exercice de l'Etat" de Pierre Schoeller

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    Hasard ou coïncidence : ce Festival de Cannes 2011 aura été aussi celui du retour des films politiques, à la veille d’une année riche en échéances électorales primordiales. Trois films et trois regards sur la politique.  « Pater » d’Alain Cavalier (en compétition) : une réflexion déroutante et ludique sur le jeu et les jeux de pouvoirs (entre un président de la République et son Premier ministre, entre deux hommes, entre un père et son fils, entre un réalisateur et un acteur mais aussi entre un réalisateur et le spectateur ici allègrement manipulé) qui,  témoigne d’une belle audace et liberté. « La Conquête » de Xavier Durringer, présenté hors compétition, que je n’ai pas vu mais qui me semble tout de même être le contraire du premier, notamment en ce qu’il n’est pas une représentation mais une imitation. Et enfin « L’Exercice de l’Etat » de Pierre Schoeller, présenté dans la sélection Un Certain Regard.

    Olivier Gourmet y incarne le ministre des Transports Bertrand Saint-Jean. Réveillé en pleine nuit par son directeur de cabinet (Michel Blanc) suite à un accident (un car avec des enfants a basculé dans un ravin), il n’a d’autre choix que de se rendre sur les lieux du carnage. C’est le début du parcours d’un homme qui apparaît d’abord guidé par ses convictions mais dans un Etat qui dévore ceux qui le servent, où une urgence et une actualité chassent l’autre, les idéaux sont mis à rude épreuve surtout quand on le choisit, lui, le défenseur du service public, pour réformer les gares et les privatiser.

    Le film débute par une séquence onirique et inquiétante. Une femme se glisse languissamment dans la gueule d’un crocodile qui la dévore, sous les apparats d’un bureau ministériel. L’homme est un animal politique pétri de désirs et de pouvoir(s) qui dévore ce qu’il désire et ce qui l’entrave. Le ton est donné. Bertrand Saint-Jean est alors brusquement sorti de son rêve par son directeur de cabinet. L’actualité fracassante et tonitruante, l’actualité qui ne le lâchera plus le rattrape dans ses évasions nocturnes et prémonitoires.

    Ce film a priori rugueux, qui ne cherche pas à être à tout prix sympathique (au contraire de celui dont il dresse le portrait, manière habile de nous dire ce que doit être la politique ?) est aussi palpitant qu’un thriller. Après tout, l’enjeu aussi est de sauver sa peau. Au prix de ses idéaux. De ses illusions. De la vie des autres.

     Il fallait un acteur de la trempe d’Olivier Gourmet pour incarner ce rôle. Connu mais assez peu pour que sa personnalité ne parasite pas celle de son personnage.  Homme politique complexe (pléonasme) tour à tour mécanique, humain, imbuvable, cynique, altruiste, égoïste, idéaliste, ambitieux et finalement surtout ambitieux, notre attention ne le quitte pas une seconde partagée entre l’empathie, le rejet, l’incompréhension.

    La tension est constante car la caméra traque ses faiblesses et ses sursauts d’humanité, nous fait suivre son parcours qui ne lui laisse, pas plus qu’à nous, aucun répit, guidé par une actualité et un Etat voraces.

    Le film ne s’appelle pas (et à dessein) l’Exercice du pouvoir, mais de l’Etat car il s’agit d’ailleurs plutôt d’un renoncement au premier dévolu à d’autres entités (privé, économie, médias). Le manège qui l’entoure est alors essentiel et en partie responsable : des médias carnassiers, une chargée des communication qui lui dicte aussi bien sa cravate que ses réponses pour créer l’image de cet « objet non identifié », « flou » qui a une histoire à écrire pour un peuple, semble-t-il, avide d’histoires (par exemple celle d’un homme qui survit à un accident –dont il est d’ailleurs en partie responsable, ironie de l’histoire et de l’Histoire-) plus que de compétences. Le tout appuyé par une musique aux sonorités ironiques.

    La réalisation, nerveuse, constamment sous tension, épouse son rythme de vie trépidant, tendu, grisant, vertigineux, périlleux, étouffant aussi. Le piège se referme comme une mâchoire de crocodile. L’obstacle auquel se retrouve confronté l’Exercice de l’Etat n’est pas tant une hiérarchie (quelle qu’elle soit) que l’ambition personnelle qui, forcément semble-t-on nous dire, dicte ses actes à l’homme politique, au mépris de ses convictions, de l’intérêt général, de la sécurité, de ses citoyens instrumentalisés (idée démagogique des chômeurs employés au service des ministères, fascinant personnage du chauffeur qui incarne ce citoyen silencieux partagé entre scepticisme, fascination, désapprobation) .  Les choix s’imposent au ministre plus qu’il ne les impose : c’est cela l’Exercice de l’Etat, ici.

    Dommage  que la conclusion aboutisse à ce constat aux frontières poujadistes (d’autant qu’aucun homme ou parti politique n’est clairement identifiable, et ce qui en fait une qualité du film au début, contribue finalement à cet amer constat ) dont le film avait pourtant brillamment évité l’écueil (nous montrant au départ Saint-Jean dans toute son ambigüité, guidé par ses idéaux qu’il abandonne ensuite par ambition, tout comme il abandonnera son directeur de cabinet et ami lors d’une scène d’autant plus effroyablement cruelle qu’elle se déroule au calme, dans un cadre doré, avec sourires et politesses de rigueur) et surtout que son renoncement semble être la seule solution possible dans un monde politique décrit avec cynisme (« pas là pour refaire les mondes mais pour reprendre 5 points de sondage »,  qui « brasse du vent, n’a rien dans les mains, à part sa petite ambition »).

    Brillant exercice de style ( avec un symbolisme parfois appuyé comme le début ou cette route que Saint-Jean remonte après son accident, comme tout homme politique qui « remonte la pente » parce que « ce qui ne [le] tue pas [le] rend plus fort »), démonstration implacable (mais contestable) du renoncement inéluctable à ses idéaux, de l’ambition dévorante et dévoreuse de l’homme (animal) politique. Le seul qui n’y renoncera pas (très beau personnage de Michel Blanc qui vaut une des plus belles scènes du film, lorsque celui-ci écoute le discours d’André Malraux sur Jean Moulin, presque avec ferveur, comme le témoignage d’un idéalisme révolu) sera broyé avec une ferme et impitoyable douceur.

    Reste un film passionnant, parfois aussi cruel et âpre, cynique ou réaliste, selon les points de vue. Vous aurez compris le mien, sans doute idéaliste mais assumé. Une vision de l’exercice de l’Etat, contestable, mais indéniablement personnelle, et traitée avec rigueur et originalité, à voir en tout cas !

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  • Palmarès de la 50ème Semaine de la Critique du Festival de Cannes 2011

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    Malheureusement, cette année je n'ai vu qu'un film de la Semaine de la Critique, le magnifique "La guerre est déclarée" de Valérie Donzelli dont je vous ai déjà brièvement parlé. En attendant que je vous en dise plus sur ce film, retrouvez, ci-dessous, le palmarès de la Semaine de la Critique 2011.

    PALMARÈS DE LA 50E SEMAINE DE LA CRITIQUE

     Longs métrages

     Grand Prix Nespresso de la Semaine de la Critique

    Jury : Lee Chang-dong (Président) et les critiques de cinéma Scott Foundas (Film Comment Magazine, Etats-Unis), Nick James (Sight and Sound, Royaume-Uni), Cristina Piccino (Il Manifesto, Italie) et Sergio Wolf (El Amante, Argentine).

     TAKE SHELTER Jeff Nichols

     Mention spéciale du Président

     SNOWTOWN Justin Kurzel

     Prix SACD

    Jury : Laurent Heynemann, Gérard Krawczyk, Christine Laurent, Benjamin Legrand et Bertrand Tavernier, cinéastes de la SACD.

     TAKE SHELTER Jeff Nichols

     Soutien ACID/CCAS

    Jury : Gilles Porte, Chiara Malta, Roberto Garzelli, Claude Duty et Sophie Letourneur (cinéastes membres de ACID (Association du cinema Indépendant pour sa Diffusion) et Anna Defendini (représentante de la CCAS).

     LAS ACACIAS Pablo Giorgelli

     Prix OFAJ de la (Toute) jeune Critique

    Jury : 24 lycéens français et allemands qui participent à l’atelier d’apprentissage de la critique de cinéma.

    LAS ACACIAS Pablo Giorgelli

     Courts métrages

    Grand Prix Canal+ du court métrage

    BLUE Stephan Kang

     Prix Découverte Kodak du court métrage

    Jury : Jerzy Skolimowski (Président), Gitanjali Rao (réalisatrice, Inde), Àlvaro Brechner (réalisateur, Uruguay) Sylvie Pras (Responsable des Cinémas du Centre Pompidou, France) et Huh Moonyung (programmateur au Festival international du Film de Busan, Corée du Sud).

     DIMANCHES Valéry Rosier

    Mention spéciale

    Jury : Laurent Heynemann, Gérard Krawczyk, Christine Laurent, Benjamin Legrand et Bertrand Tavernier, cinéastes de la SACD.

     ALEXIS IVANOVITCH VOUS ÊTES MON HÉROS Guillaume Gouix

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  • Festival de Cannes 2011 : Lars von Trier, Almodovar en bref et la conférence de presse de « Pater » d’Alain Cavalier avec Vincent Lindon

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    Cette année, j’ai été plus avare d’articles que jamais, non pas parce que je n’avais rien à raconter mais, au contraire, parce que les évènements, projections, conférences de presse, soirées s’enchaînent sans que je puisse trouver le temps de vous les relater en m’y consacrant comme je le souhaiterais, également sans doute aussi parce que les émotions tumultueuses et contradictoires engendrées par ce festival annihilent le recul nécessaire pour écrire, ou peut-être aussi parce que cela les exacerbe, et que j’ai envie de trier ce que je peux vous raconter ou non, et que je n’ai surtout pas envie de  tomber dans la facilité des phrases lapidaires, finalement imprécises, peut-être aussi parce que, pour une fois, j’ai -un peu seulement- décidé de préférer la vie au cinéma (ou plutôt de la privilégier, non de la préférer) même si je continue à penser comme Truffaut que, le plus souvent, « Les films sont plus harmonieux que la vie » (mais recherchons-nous l’harmonie, vaste question que j’aurai encore moins le temps de développer ici), mais, rassurez-vous, tout est mémorisé et je vous raconterai tout la semaine suivant la fin du festival, du petit-déjeuner en présence de Thierry Frémaux, en passant par ma soirée dans les coulisses du Grand Journal, sans oublier l’essentiel : mes critiques de films mais aussi mes très nombreuses vidéos et photos que je n’ai pas eu le temps de mettre en ligne. Je vous parlerai également plus tard du film d’Almodovar vu hier, un film horriblement fascinant, avec une réalisation incroyablement maîtrisée (comme toujours chez Almodovar) et qui pourrait à nouveau lui valoir un prix (interprétation pour Banderas particulièrement inquiétant ? Un prix de la mis en scène ? Un prix du jury ?) mais sans doute pas la palme d’or qu’il n’a toujours pas réussi à obtenir malgré ses nombreuses sélections à Cannes  et ses nombreux prix.

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    Je vous parlerai également du film de cette édition 2011 qui m’a le plus marquée et dont j’espère qu’il ne sera pas éclipsé par les sinistres déclarations de son réalisateur Lars von Trier. « Melancholia » est ainsi de ces (rares) films qui vous scotchent à votre siège tant ce qui se déroule sur l’écran est une explosion  (implosion serait d’ailleurs peut-être plus juste)  d’une beauté, d’une cruauté, d’une lucidité remarquables. Au contraire de pas mal de festivaliers qui se sont ennuyés, j’ai été totalement captivée par cette allégorie éblouissante, audacieuse, pessimiste et cruelle sur la mélancolie (au sens clinique et non romantique du terme) dont le dernier plan à lui seul mériterait une récompense. Le festival a eu la judicieuse idée de séparer l’œuvre de son réalisateur pour reprendre les termes de Gilles Jacob et en demandant à Lars von  Trier de quitter Cannes, de permettre ainsi au film de rester en compétition. Il serait vraiment étonnant qu’il ne soit pas présent au palmarès à moins que les déclarations désastreuses de Lars von Trier ne dissuadent le jury de lui attribuer un prix. Je vous livrerai demain soir mes pronostics et mon bilan de cette compétition 2011. En attendant, retrouvez ci-dessous, mon résumé de la conférence de presse de « Pater » (LE film de cette compétition 2011 que je souhaite rattraper, espérons que ce sera possible dimanche).

    Conférence de presse de « Pater » d’Alain Cavalier avec Alain Cavalier, Vincent Lindon…

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    C’est une des bizarreries cannoises : alors que pour la conférence de presse de « Pirate des Caraïbes » il était impossible d’entrer (c’est le cas, la plupart du temps, des conférences de presse de films américains), pour celle de « Pater » et alors que je venais simplement attendre pour la conférence suivante (celle de « La Conquête » que je vous raconterai ultérieurement), et alors que celle de « Pater » était déjà commencé, on m’a fait entrer dans la salle ...car quasiment vide et c’est bien dommage car cette conférence était réellement passionnante, et n’a fait qu’accroître mon envie de découvrir le film d’Alain Cavalier. Vincent Lindon s’est révélé passionné, engagé même en parlant du film, mais aussi touchant, drôle, sincère, à fleur de peau.

    Vincent Lindon a notamment parlé d’économie du cinéma, un sujet qui le passionne, rappelant que la qualité d’une scène ou d’un film n’était pas affaire de budget prenant pour exemple la scène d’ « Itinéraire d’un enfant gâté » dont tout le monde se souvient, celle du face-à-face  entre Belmondo et Anconina dans une chambre de bonne et au cours de laquelle il lui apprend à ne pas être surpris, ou celle de Titanic « avec la buée sur la vitre », des films qui ont coûté très chers et dont les scènes les plus mémorables sont les moins coûteuses.

    Vincent Lindon a déclaré que c’était la première fois qu’il voyait le film sur grand écran : « Tous les gens attendaient un OVNI. On confond bizarre avec chiant » a-t-il dit.

    « On ne faisait qu’une prise et si elle ne fonctionnait pas, elle n’était pas dans le film ».

    Cavalier : « On prenait la caméra et on continuait une sorte de conversation. »

    Vincent Lindon a également révélé avoir été très touché par l’accueil dans le Grand Théâtre Lumière (le film le plus applaudi de cette sélection 2011 ) : « Cela faisait 25 ans que j’attendais ce moment, ce n’était pas un bon accueil mais un accueil incroyable. » « Je l’aurai en souvenir toute ma vie. » « On prenait la caméra et on continuait une sorte de conversation. »  « J’adore qu’on m’aime, j’adore qu’on aime ce que je fais quand j’aime autant ce que je fais. » Quant à Cavalier : « Le fait d’être aimé régulièrement dans la vie n’est pas mon problème. » Concernant les artistes, d’après Cavalier : « On ne s’aime pas tellement que ça et on s’abrite derrière ce qu’on fait. »

    Pour Cavalier, concernant les citations du film se rapprochant de citations réelles : « Je sais tout sur ceux qui ont le pouvoir mais c’est moi qui avais le pouvoir. Les citations étaient inconscientes. »

    Pour Vincent Lindon : « On passe son temps à vouloir plaire ou déplaire à son papa ou sa maman, toujours en réaction ».

    Pour lui ce film a changé son regard sur son métier : «  Je crois que, Alain, est en train de m’influencer sur une chose et une idée est en train de naitre » se déclarant las de tout ce qui précède habituellement le tournage (attente, maquillage, répétitions…), ce qui n’était pas le cas pour « Pater ». « Je pense que j’arrêterai ce métier plus tôt que prévu car je n’ai pas envie de devenir un vieil acteur. C’est ça qui a changé chez moi, je ne prends rien au sérieux, tout au tragique ».

    Sur ces paroles péremptoires et finalement très justes me rappelant la devise crétoise « tout est grave, rien n’est sérieux », je vous laisse pour partir vers de nouvelles aventures …un peu frustrée de ne pas avoir le temps de vous en raconter davantage…

     
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