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  • Festival de Cannes 2006: premiers échos...

    Comme je vous l’annonçais il y quelques semaines Mon festival du cinéma sera de nouveau au festival de Cannes cette année pour vous en faire un récit aussi exhaustif que possible.

    Pour vous donner une idée de mes tribulations cannoises et retrouver les critiques des films en compétition, vous pouvez relire mon compte-rendu de l’édition 2005 : Compte rendu du festival de Cannes 2005.

     

    Ce que nous pouvons d’ores et déjà vous annoncer avec certitude pour cette édition 2006:

     

     -Le film Paris je t'aime fera l'ouverture de la sélection Un Certain Regard du Festival de Cannes le 18 mai au soir. Produit par Claudie Ossard et Emmanuel Benbihy, Paris je t'aime est une œuvre collective réalisée par une vingtaine de cinéastes internationaux dans autant d'arrondissements de Paris.Synopsis: Un film pour faire le pari(s) de l'amour. Sur vingt arrondissements, l'amour passager, voilé, mimé, vampirisé, malmené ou révélé... Paris réinventé par 20 réalisateurs internationaux : Joel et Ethan Coen (1er arrondissement), Nobuhiro Suwa (2ème arrondissement), Olivier Assayas (3ème arrondissement), Gus Van Sant (4ème arrondissement), Gurinder Chadha (5ème arrondissement), Fred Auburtin et Gérard Depardieu (6ème arrondissement), Sylvain Chomet (7ème arrondissement), Vincenzo Natali (8ème arrondissement), Richard LaGravenese (9ème arrondissement), Tom Tykwer (10ème arrondissement), Raphaël Nadjari (11ème arrondissement), Isabel Coixet (12ème arrondissement), Christopher Doyle (13ème arrondissement), Alexander Payne (14ème arrondissement), Christoffer Boe (15ème arrondissement), Walter Salles (16ème arrondissement), Alfonso Cuaron (17ème arrondissement), Bruno Podalydès (18ème arrondissement), Oliver Schmitz (19ème arrondissement), Wes Craven (20ème arrondissement). Une oeuvre collective autour de l'amour du cinéma.

     

    -Le Da Vinci Code, réalisé par Ron Howard, produit par Brian Grazer et John Calley pour Columbia Pictures et Imagine Entertainment, fera l'ouverture du 59ème Festival de Cannes le mercredi 17 mai 2006. Le film sera présenté Hors Compétition.

     

     

    -Wong Kar Wai sera le président du jury du 59ème Festival de Cannes. Il sera le premier président chinois dans l'histoire du Festival de Cannes. Révélé à Cannes en 1989 avec As Tears Go By, il présente en 1997 Happy Together en sélection officielle, qui sera récompensé par le Prix de la mise en scène. En 2000, In the Mood for Love, sélectionné à Cannes en compétition, est couronné par un succès public et critique mondial. Wong Kar Wai revient en 2004 en sélection officielle avec 2046, qualifié par la critique de « sublime exploration du temps intérieur ».

     

    Marie-Antoinette  de Sofia Coppola sera projeté en compétition officielle, même si la date n’est pas encore connue. Après le sublime Lost in translation, ce film tourné exceptionnellement à Versailles, est très attendu.

     

    - Volver de Pedro Almodovar avec Penelope Cruz et Carmen Maura sera présenté hors compétition officielle et soryira en salles le 17 Mai.

     

    Rumeurs

     

    -Le film de Nicole Garcia, Selon Charlie dans lequel jouent notamment Jean-Pierre Bacri, Benoît Magimel, Vincent Lindon et Benoit Poelvoorde devrait figurer parmi les films en compétition.

     

    - Indigènes, le film de Rachid Bouchareb avec Jamel Debbouze, serait probablement projeté hors compétition.

     

    -Pourraient également être présentés au festival:

    -Shortbus de John Cameron Mitchell

    Le Caïman de Nani Moretti

    -INLAND EMPIRE de David Lynch

    -The Wind that shakes the Barley de Ken Loach

    -Lights in the Dusk d’Aki Kaurismaki

    -Pan’s labyrinth de Guillermo del Toro

    -The Queen de Stepehn Frears

    Babel d’Alejandro Gonzales Inarritu

    -Zidane, un documentaire de 90 minutes dressant le portrait du joueur.

     

    Il est aussi question de Bruno Dumont, Marco Bellochio, Lucas Belvaux…

     

    La liste des films sélectionnés sera annoncée officiellement le 20 Avril.

     

    Pour les éventuelles retardataires, je vous précise également que la date limite des demandes pour les accréditations professionnelles est le 22 Avril…

     

    Sandra.M

  • « Frankie » de Fabienne Berthaud : le miroir à deux faces

    Frankie a 26 ans. Frankie est mannequin. Son travail exige d’elle qu’elle renvoie une image lisse et parfaite, qu’elle ne laisse entrevoir ni la fragilité ni les fêlures qu’elle dissimule. Oui, Frankie est mannequin, pas un top model qui parcourt le monde mais un mannequin en fin de carrière comme il y en a des milliers d’autres, qui erre d’hôtels médiocres en studios, en bars moroses où, esseulée, elle laisse tomber le masque, et n’en a plus que faire. L’image elle aussi s’est fissurée : plus vraiment belle, plus vraiment jeune selon des critères plus cruels dans son métier qu’ailleurs, où les stigmates du temps, si imperceptibles pourtant, ennemi impitoyable et invincible, sont inexcusables. Seule, surtout. Quand l’image se craquelle, il faut sourire avec plus d’entrain encore, dire bonjour avec plus d’enthousiasme, feindre avec un talent démultiplié. Seulement Frankie n’a plus envie. Elle a perdu l’envie d’avoir envie. L’envie de cacher l’être blessé par un paraître irréprochable. N’être qu’un corps qu’on voit sans le regarder devient insupportable. Frankie (Diane Krüger d’une touchante fragilité) est à fleur de peau, dans cet état où un seul mot prononcé ou oublié, un seul geste déplacé peuvent faire basculer et dériver. Au départ le film est un peu comme cet univers dans lequel elle se perd, celui de faux semblant : superficiel, détaché de nous, lointain comme une image de papier glacé ( l’image du film, très réaliste, est d'ailleurs délibérément ici très éloignée d’une image de papier glacé) puis peu à peu sa solitude, son mal être s’emparent subrepticement de nous grâce à un montage savamment déstructuré et chaotique à l’image de celle dont il reflète l’égarement. Les images de sa décadence se mêlent à celles de son séjour en hôpital psychiatrique. La poésie ne vient pas suffisamment de là où on l’attend. La poésie du désenchantement. Une jolie forme de politesse. Celle d’un ange aux ailes brisées. Elle s’égare, elle vacille comme la caméra de Fabienne Berthaud dont c’est ici le premier long métrage, aux allures de faux documentaire. C’est un film imparfait, mais c’est justement cette imperfection qui le distingue et l’enrichit. Il laisse entrevoir ses fêlures, il se met à nu comme celle qu’il immortalise. Comme si Dorian Gray et son portrait se côtoyaient. Sauf qu’ici ce que dissimule le masque est peut-être finalement plus beau que le masque lui-même ; surtout si un regard bienveillant se pose dessus, comme celui de Tom que je vous laisse découvrir… Finalement dériver permet peut-être de mieux retrouver son chemin ? Il faut parfois avoir le courage de sombrer, de se montrer chancelant pour mieux refaire surface, revenir sans un masque en trompe l’œil, pour que les autres regards n’effleurent pas seulement mais voient réellement. Et savoir ainsi à nouveau admirer le bleu du ciel ou retrouver les ailes d’un ange. Un film cruel et poétique. Mélancolique et drôle. Comme les deux faces d'un même visage. Une fin qui justifie les moyens et qui mérite d’être attentif jusqu’au bout, de ne pas nous aussi céder à la tyrannie du temps, de ne pas nous aussi zapper ce qui n’est pas lisse, immédiat, formaté comme nous y sommes trop souvent habitués et encouragés. La fissure en dit peut-être plus que le masque. Oui, Frankie est mannequin mais elle porte le masque et dissimule les blessures de chacun de nous…

     Sandra.M

  • "Fauteuils d'orchestre" de Danièle Thompson

    Avec La Bûche, Danièle Thompson et Christopher Thompson , son co-scénariste (également pour Décalage horaire et pour Fauteuils d’orchestre) avaient, selon moi, réussi le film choral parfait dans lequel chaque personnage a un rôle d’égale importance, dans lequel chaque personnage constitue un rouage indispensable de l’intrigue ou plutôt des intrigues, dans lequel chaque personnage et chaque intrigue se suivent avec un intérêt égal, avec un dénouement reliant les fils de ces destins blessés, un brillant divertissement au sens noble du terme. Je m’attendais donc à une impression similaire avec Fauteuils d’orchestre, précédé d’un bouche à oreille favorable.

    Dans ce film, choral également donc, une naïve jeune fille de province, Jessica (Cécile de France) monte à Paris pour travailler au café des Théâtres, situé avenue Montaigne, au carrefour des grands hôtels, du théâtre des Champs-Elysées et d’une vente aux enchères d'oeuvres d'art à l'hôtel des ventes Drouot où se côtoient et se croisent plusieurs destins ayant tous en commun de passer par ce café. Jessica, comme sa grand-mère, son modèle qui travaillait au Ritz, (Suzanne Flon dans son ultime rôle) décide de travailler dans le luxe à défaut de pouvoir y vivre. Parmi ces personnages qu’elle croise : un pianiste reconnu qui ne rêve que d’une vie simple, une concierge de théâtre (Dani) confidente des artistes qui a pour habitude de déambuler en chantant dans les couloirs du théâtre, une actrice populaire (interprétée par Valérie Lemercier) qui rêve de tourner avec un grand réalisateur (joué par Sydney Pollack) qui prépare un film sur Simone de Beauvoir, un collectionneur d’art qui décide de tout vendre, le fils de ce collectionneur… Pris individuellement chacun de ces personnages est intéressant mais ce qui les relie est parfois un peu trop artificiel pour que nous y adhérions réellement. Chaque destin esquisse une histoire, aurait pu constituer un film à lui seul mais à vouloir en faire trop, Danièle Thompson n’en raconte finalement aucune entièrement.

     Restent des portraits attachants, au premier rang desquels celui du personnage interprété Claude Brasseur dont la ressemblance vocale avec Pierre Brasseur est de plus en plus frappante. Malgré ses imperfections et ses invraisemblances (si quelqu’un a une explication au mal de dos de Christopher Thompson, qu’il me fasse signe ?) certaines scènes, d’une émouvante drôlerie parviennent à nous les faire oublier. Fauteuils d’orchestre se regarde comme une suite de saynètes et il faut avouer que celle du pianiste qui déshabille son âme devant son public et pas seulement, de l’actrice prête à tout, surtout au ridicule, pour interpréter Simone de Beauvoir, sont assez jubilatoires.

    Une bonne comédie à la française avec des dialogues bien écrits qui, de notre fauteuil d’orchestre ou de notre poulailler, nous fait oublier le temps qui passe. La peinture d’un microcosme aux résonances plus larges que celles des pas de ses riches autochtones sur l’avenue Montaigne, une comédie dans laquelle affleure une douce mélancolie, juste esquissée malgré les tourments de l’âme (du pianiste) ou du corps (la maladie du personnage interprétés par Claude Brasseur) eux aussi juste esquissés, la réussite de la diffusion en prime time est en tout cas assurée.

    Cécile de France excelle dans ce rôle d’une jolie candeur, au centre de ce spectacle de la vie parisienne et de cette rue qui la symbolise, qu’elle regarde avec fascination et empathie. Dommage que son rôle se limite à celui de spectatrice insouciante, si bien que même ses scénaristes ne semblent pas savoir qui elle est réellement, nous laissant un peu sur notre faim, ceux-ci préférant terminer par une ellipse l’histoire, peu crédible, entre celle-ci et le professeur (atteint de l’énigmatique mal de dos, interprété par Christopher Thompson), se terminant par des dialogues inaudibles qu’il nous revient de deviner, dont nous avons la charge de combler l’absence, pirouette un peu facile et conclusion un peu décevante d’un film rythmé que l’on aurait aimé voir se terminer par une note plus frappante. Dommage qu’ ici l’ellipse appauvrisse alors que dans un film comme dans le sublime Lost in translation  de Sofia Coppola, par exemple, elle enrichissait et sublimait l’histoire. Et la rendait inoubliable…

    Sandra.M

  • "L'ivresse du pouvoir" de Claude Chabrol: une griserie bien éphémère

    Est-ce la conséquence du financement indispensable des chaînes de télévision, du rôle hégémonique et donc de la sacralisation intéressée de la parole de la télévision dans la production cinématographique française ? Toujours est-il que le cinéma français devient de plus en plus frileux, académique, convenu, uniformisé. Quand on sait que des cinéastes aussi talentueux que Téchiné peinent aujourd’hui à être produits, il y a de quoi être désabusée et/ou révoltée. Que les fictions de TF1 soient toutes construites sur le même modèle pour un public lui aussi être censé toujours construit sur le même modèle et selon les même goûts peut être compréhensible, pas forcément cautionné mais compréhensible, en revanche quand la frilosité se remarque aussi chez des cinéastes auparavant connus pour leur inventivité, leur anticonformisme, leur salutaire ironie, je ne peux m’empêcher d’être déçue. Tel était le cas de Claude Chabrol, cinéaste pourtant parmi les premiers de mon panthéon cinématographique, dont l’air débonnaire avait pour habitude de masquer des films noirs, cyniques, miroirs impitoyables d’une bourgeoisie auscultée avec une froide ironie et une jubilatoire impertinence.

     Avec un thème tel celui choisi dans l’Ivresse du pouvoir, avec pour personnage central Jeanne Charmant Killman (Isabelle Huppert), juge d’instruction chargée de l’affaire de corruption et de détournement de fonds mettant en cause le président d’une grand groupe industriel (François Berléand), je m’attendais donc à une satire sociale et politique jubilatoire, une radiographie ni manichéenne ni poujadiste mais sans concessions du monde politique, de ses malversations, et de ses accointances avec l’univers industriel. Or, si le personnage central est ce juge d’instruction, une femme comme souvent chez Chabrol, interprétée par Isabelle Huppert, également comme souvent chez Chabrol, si cette femme, soudainement devenue « la plus puissante de France » se laisse griser par l’ivresse de son pouvoir, Chabrol, lui en revanche, reste parfaitement maître de son sujet, de ses éventuelles conséquences. Par peur peut-être de quelconques problèmes juridiques ou remontrances, il évoque donc cette affaire en filigrane, à tel point qu’elle en devient totalement incompréhensible et inexistante créant ainsi une distanciation par rapport à son sujet. L’intérêt n’est certes pas là mais comment peut-on suivre ces personnages si leurs motivations, ( certes le pouvoir mais encore faut-il savoir de quel pouvoir exactement il s’agit) n’est pas clairement identifiable par le spectateur. Des personnages apparaissent ainsi puis disparaissent sans crier gare. Berléand (remarquable) en lequel il n’est pas très difficile de reconnaître Loïc Lefloch Prigent disparaît pendant une bonne partie du film pour finalement réapparaître dépressif pour croiser, par un merveilleux hasard, la juge qui l’a fait tomber, elle aussi tombée de son piédestal, dans un couloir d’hôpital.

     Le point de vue est donc celui de la juge alors pourquoi ne pas avoir fait preuve du même courage qu’elle ? Comment croire à ce personnage si son démiurge de réalisateur la dépeint avec frilosité ? A trop vouloir brouiller les pistes le spectateur ne retrouve plus son chemin. Les clins d’œil censés être ironiques deviennent tellement appuyés qu’ils frisent le ridicule : comme cet homme politique avec ce fort accent méditerranéen, aux plaisanteries douteuses engagé dans des affaires tout aussi douteuses avec l’Afrique en lequel on reconnaît aisément un ancien ministre de l’Intérieur, ou bien cet homme politique accompagné de sa maîtresse en lequel on reconnaît un ancien fidèle de François Mitterrand homonyme d’un célèbre écrivain.

    J’ai eu l’impression derrière chaque réplique, chaque personnage caricaturé, de voir l’œil rieur, narquois et satisfait de Chabrol, heureux de sa plaisanterie, comme cette redondance agaçante de sous-entendus et de jeux de mots liés aux prénoms des personnages de Lebeau, à l’avocat Parlebas, à Delombre dont on nous répète plusieurs fois qu’il est « parti au soleil », « à l’ombre »  au cas où nous n’aurions pas saisi la plaisanterie jusqu’au nom de la protagoniste Jeanne Charmant Killman (charmante « tueuse d’hommes » en anglais).

    Reste le personnage de femme plus nuancé interprété par Isabelle Huppert, comme toujours magistralement, qui théâtralise, met en scène (gants rouges etc) son propre rôle de juge dont l’ivresse que ce pouvoir engendre lui fait oublier la réalité jusqu’à ce qu’elle-même retourne dans l’ombre (au propre comme au figuré dans le dernier plan du film, on ne peut nier à Chabrol le don de la métaphore et de la virtuosité stylistique, remarquables) avant que l’ivresse aboutisse à l’accident inéluctable, avant que l’ ivresse suscitée par son pouvoir se confronte à un autre pouvoir, plus puissant encore. Tout pouvoir est relatif et éphémère. Elle se croit invincible, son pouvoir la fragilise.

    Les autres personnages n’existent pas, ils paraissent seulement, paradent même, comme si Chabrol s’était cantonné à l’image formatée et caricaturale que nous donne la télévision, sans jamais aller au-delà. De lui nous attendions davantage que des réunions d’hommes politiques mafieux et satisfaits, échangeant des plaisanteries douteuses en fumant le cigare, accréditant la thèse du « tous pourris » dangereuse et simpliste de la part d’un tel maître du cinéma. De lui nous attendions qu’il décrypte, qu’il aille au-delà du miroir et non qu’il en imite simplement le reflet. Ainsi, Bruel qui a pourtant prouvé ailleurs son talent d’acteur (notamment dans le film de Dominique Cabrera Le lait de la tendresse humaine dans lequel il jouait d’ailleurs déjà avec Maryline Canto qui interprète ici un juge d’instruction), qui interprète un patron jouant un double jeu, surjoue tellement que son personnage perd toute crédibilité, en devient même risible.

    Jusqu’à la fin, j’ai attendu ce fameux rebondissement chabrolien qui nous fait habituellement subitement et judicieusement basculer dans un délicieux Enfer, mais j’ai finalement succombé à un morne et sobre ennui renforcé par une quantité impressionnante d’ellipses non signifiantes. Dommage… Reste le portrait, esquissé mais intéressant de cette femme ivre de pouvoir puis dégrisée. Un peu trop rapidement. Comme le spectateur…

    Sandra.M

  • Compte-rendu et palmarès du 8ème festival du film asiatique de Deauville 2006

    Jeudi 9 Mars 2006. 10h05. Arrivée à la gare de Trouville-Deauville. Deauville, matin calme. Deauville, pays du matin calme. Du soleil levant aussi. Pour quelques jours seulement. Du 8 au 12 Mars exactement. Je retrouve avec plaisir la rue centrale maintes fois parcourue, encore inanimée, ses restaurants à la mode qui s’éveillent doucement, au spectacle desquels je ne pourrai m’empêcher de contribuer ("nobody’s perfect", et puis c’est ma madeleine de Proust). Je m’étonne que la bannière étoilée ne flotte pas encore avec arrogance. Des drapeaux rouges s’y sont substitués. Certes, une petite brise de révolution souffle sur le Quartier Latin mais si Deauville était révolutionnaire, le devenait, ce serait là déjà en soi une autre révolution. Ah oui! C’est vrai, la bannière étoilée c’est en septembre. Le froid, cinglant, me rappelle que nous sommes en mars. Mars, mois du festival du film asiatique, depuis 8 ans maintenant. Deauville, ce matin est à l’image du cinéma qu’elle célèbre : paisible, ennuyeuse en apparence mais au fond emplie de mélancolie, de poésie, de sens, suscitant de nombreuses émotions, poignantes, profondes. Vivante. Pas tonitruante, exubérante, insolente, superficielle, comme elle le sera en septembre. J’aime ses paradoxes. Mars et septembre. Festival du film asiatique et festival du film américain. L’un se dissimule, l’autre s’exhibe. L’un murmure, l’autre vocifère. L’un suggère, l’autre proclame. L’un poétise, l’autre dramatise. L’un est d’une lenteur signifiante, l’autre d’une vacuité expéditive. Vision caricaturale, je l’admets. D’ailleurs, les festivals sont aussi là pour nous affranchir des clichés et les films indépendants projetés au festival du film américain, ou la section Action Asia au festival du film asiatique en sont de parfaits exemples.  La première projection est à 11H30. Je hâte le pas. Le festivalier, tout adepte du festival du film asiatique qu’il est, ne doit jamais oublier qu’il DOIT avoir l’air surmené, pourtant ce festival-là ne cède pas aux modes, pas à celle-là. Je ralentis. Je règle mon pas sur le pas de mon festival.

     

    AV, film chinois de Pang Ho-Cheung, premier film de la compétition. Pour la poésie, il me faudra patienter. La patience est une des principales et indispensables vertus du festivalier, je patiente donc. Alors ! Alors quoi ? Ah oui ! AV. A dire vrai je ne me souviens que de ma quête inassouvie de poésie, d’un film s’apparentant à un film d’étudiants, une blague même, un court métrage devenu un long soporifique. Je l’oublie, l’ai déjà oublié.

     

    Je passe au suivant : Yumeno, film japonais également en compétition de Yoshitaka Kamada qui nous fait suivre les parcours distincts de trois personnages que le dénouement réunira : le premier, Yoshiki, vraiment malchanceux, vient d’attaquer une femme sans savoir qu’elle était une des petites amies… d’un yakusa. Afin de le punir, ce dernier lui demande un million de yens qu’il devra remettre dans trois jours. Pris de panique, Yoshiki s’introduit dans l’appartement de Yumeno, deuxième personnage, une jeune fille qu’il a connue récemment. Il tue ses parents, un enfant (troisième personnage) le verra enfouir le corps. Le film ne devient réellement intéressant que vers son dénouement lorsque ces trois personnages se trouvent réunis, lorsque ces trois destins égarés se rejoignent. Le film aurait peut-être dû commencer  là où il s'achève pour que ce soit réellement intéressant. Les flash-backs qui précèdent paraissent artificiels (caricaturalement américains si vous voulez) inutiles à l’intrigue finalement. Un film sur les conséquences inconsidérées d’actes irraisonnés, sur l’inerte aussi. Intéressant mais inégal.

     

    Le film suivant du coréen Hur Jin-ho a déjà un titre en forme de promesse poétique : April snow. In-su et Seo-young se rendent à l’hôpital car ils viennent d’apprendre que leurs conjoints respectifs ont eu un grave accident de voiture. Alors que ces derniers sont dans un coma profond, In-su et seo-young découvrent qu’ils entretenaient une relation extraconjugale. Leur souffrance, leur désir de vengeance vont peu à peu les rapprocher…ou peut-être l’amour, un amour irrationnel (pléonasme après tout), qui en tout cas surgit à un moment inattendu. La neige d’Avril nous le dira. Si l’ensemble est certes assez prévisible, on se laisse néanmoins envoûter et emporter par cette neige d’avril, par ces personnages désorientés par l’incompréhension, désespérés, désillusionnés, écartelés entre leurs désirs et leur culpabilité dans une société moderne mais encore moralisatrice. On les suit avec empathie dans leur douleur intransmissible et ineffable. Puis dans leur idylle balbutiante. Comme cette chanson qu’écoute In-Su « thrown away the sadness, life is beautiful », de celle-ci va renaître l’espoir symbolisé, cristallisé par la pureté, la blancheur des flocons.

     

    Cette première journée de festival s’achève pour moi par la projection de Citizen dog du thaïlandais Wisit Sasanatieng qui nous dessine un univers délicieusement surréaliste peuplé de personnages truculents. Avant, je ne savais pas. Je ne savais pas que je pourrais un jour croiser un ours en peluche parlant abandonné qui devient SDF alcoolique. Je ne savais pas qu’une grand-mère transformée en crapaud pouvait sauver un jeune homme du suicide. Je ne savais pas qu’il existait des averses de casques. La magie du cinéma, du cinéma de Sasanatieng, un vrai cinéaste avec son propre univers, alter ego thaïlandais de Tim Burton, qui sait nous embarquer dans son univers aussi improbable puisse-t-il être, seule peut nous y faire croire. Une œuvre rafraîchissante mais pas seulement car pas totalement dénuée de sens comme cette gigantesque montagne de bouteilles en plastique finalement et malheureusement moins absurde qu’elle n’y paraît, faisant écho à des préoccupations bien actuelles, comme le réchauffement de la planète donc. Citizen dog sortira bientôt en France, distribué par Europacorp.

     

    4 :30. Non pas l’heure indue de la projection suivante mais le titre du film suivant, film du singapourien Royston Tan, heure cruciale pour le protagoniste, Xiao Wu, qui partage son temps entre l’école, un appartement vacant et une consommation excessive de nouilles instantanées. Un jour, l’arrivée d’un nouveau locataire, un jeune Coréen suicidaire, vient bouleverser la routine du jeune garçon. Ce dernier va essayer de capter son attention par tous les moyens, la nôtre va s’accroître en tout cas. Ainsi résumé, d’autant plus qu’il est quasi muet, ce film pourrait paraître ennuyeux, pourtant on suit ce jeune garçon comme si le rythme était aussi trépidant que celui d’un thriller. On s’y perd comme dans un tableau qui nous enchante et qu’on ne se lasse pas d’admirer, même s’il est parfois aux frontières de l’abstraction. On s’y perd avec délice même s’il nous parle de rêves déchus. Oui, il nous parle forcément à tous lorsque le jeune garçon noircit le tableau immaculé de ses rêves. Une crainte ou une réalité, c’est selon. Ce jeune Coréen suicidaire, c’est Xiao Wu, l’enfant rêveur qui regarde l’adulte désenchanté qu’il est devenu avec circonspection, puis amusement, puis amertume. Avec curiosité. Effroi aussi. Une belle parabole, universelle. Parce que nous avons tous été des enfants rêveurs. Et ne le sommes pas forcément tous restés. Comme avec 15  qui fut prix du jury du festival en 2004, Roston Tan aurait de nouveau mérité de figurer au palmarès.

     

    Le film suivant du taïwanais Cheng Weng-tang m’entraîne dans un Blue chacha, endiablé, diaboliquement pessimiste surtout. A-Yu, une jeune femme qui vient juste de sortir de prison, tombe ainsi amoureuse de deux hommes mais l’amour s’estompe bientôt, malgré leurs promesses et leurs discours, et A-yu ne le supporte pas. Ce film vaut surtout par le mystère qui auréole la protagoniste et son passé, l’étrangeté de ses réactions que le dénouement nous permettra de reconstituer.

     

    La séance suivante est consacrée à Ryuichi Hiroki à qui le festival rend hommage après l’avoir primé deux fois, une fois pour  Tokyo Trash Baby en 2000 et une fois en 2004 en lui attribuant le trophée du meilleur scénario pour Vibrator. Second hommage du festival après celui rendu à Chen Kaige lors de l’ouverture. Pour l’occasion, le festival projette son dernier film It’s only talk qui, s’il avait été en compétition, aurait amplement mérité le lotus de « la faute à pas de chance », bref la palme du pessimisme. Yuo, célibataire maniaco-dépressive sans travail, partage son temps entre plusieurs hommes qui ont des personnalités très différentes…mais qui sont eux aussi tous dépressifs. Le portrait de cette jeune femme oscille constamment entre euphorie et désespoir et se perd et nous perd dans une spirale inextricable qui, après un sursaut d’espoir, s’achèvera par un nouveau drame irréversible.

     

    Retour à la compétition avec Midnight my love, du Thaïlandais Kongdej Jaturanrasmee, dans lequel Bati, la quarantaine, travaille comme chauffeur de taxi à Bangkok. Lors d’une course, il tombe amoureux de Nual, une prostituée qui décide de le prendre comme taxi chaque soir en rentrant du « travail »… De rêve il est encore question. Dans ses rêves Bati s’isole, se camoufle, se drape, s’enfuit et s’enfouit si bien que lorsqu’un de ses rêves devient réalité, il prend peur . Bati vit dans le passé et par procuration. Il s’évade de la réalité en écoutant la radio qui passe de vieux disques et en regardant des soap-operas dont il s’imagine être le héros. Le silence, le monde dans lequel il s’enferme le relie finalement un temps à Nual lorsqu’ils effectuent leur trajet. Bati, c’est un enfant d’une fragile innocence, inadapté au monde moderne. Nual le prend par la main au supermarché, le materne. Il est perdu dans cette ville tentaculaire et ombrageuse dont l’image contraste d’ailleurs avec celle, lumineuse, colorée, surréaliste, donnée dans Citizen dog. Il se refuse à la technologie et la violence qui le rattrapent finalement dans une scène qui crée d’ailleurs une rupture de ton dommageable dans un film qui, comme son personnage principal, était empreint d’une grâce intemporelle. La société aura finalement perverti cet homme fondamentalement bon, d'ailleurs magistralement interprété par Petchai Wongkamiao qui donne à son personnage une vraie grâce enfantine.

     

    De « love » il est encore question le lendemain, du moins dans le titre, celui du film du Taïwanais Wang Ming-tai , Falling…in love  qui nous fait suivre la chute vertigineuse d’Alan qui tombe en enfer après être « tombé » amoureux, un amour déçu. Alan et Angel sont en effet maladivement amoureux. Belle, qui a été l’amour de jeunesse d’Alan, sort d’un mariage raté et loue une chambre à côté de celle d’Angel. Les deux jeunes femmes deviennent amies intimes et se racontent leurs vies amoureuses. Nous suivons donc l’errance et cette descente dans les bas-fonds de l'âme d’Alan qui ne parvient pas à oublier son amour pour Belle, tandis que Angel, comme son nom l’indique, l’attend sagement. Les couleurs sombres font écho au drame obscur qui se trame, à sa déchéance progressive, jusqu’à la chute fatale. Un film confus,  glauque et désespérant.

     

    Il pourrait d’ailleurs être comparé au film suivant, également en compétition : The Peter Pan Formula, du Coréen Cho Chang-ho qui nous fait également suivre une autre déchéance, celle de Han-Soo, un lycéen promis à un grand avenir de nageur professionnel, qui abandonne sa passion et sa joie de vivre le jour où sa mère tombe dans le coma après une tentative de suicide. Se retrouvant seul au monde, il commence à braquer des magasins afin de payer les frais d’hospitalisation de sa mère. Il développe aussi une véritable obsession pour la femme de son voisin, qui aurait l’âge d’être sa mère. Comme son titre l’indique, Han-Soo ne veut pas grandir mais l’implacable réalité le plonge de force dans l’âge adulte, souillant son innocence, celui-ci perdant son enfance et ses illusions, tentant vainement d'abord de noyer son désespoir, dans tous les sens du terme.

     

    Avec Perhaps love du Hongkongais Peter Chan Ho-sun le "perhaps" me fait craindre que ma quête de poésie ne soit encore qu’une illusion déçue, comme si ma réalité festivalière rejoignait un des thèmes principaux des films projetés. Peut-être… D’emblée les premières minutes du film me rassurent m’entraînant dans un univers chatoyant, enchanté et enchanteur. Pékin, il y a longtemps…Lin Jiang Dong souhaite faire carrière dans le cinéma quand il tombe amoureux de la jolie Sun Na, danseuse dans un bar. Elle aussi espère un jour briller à l’écran… Avec cette comédie musicale romantique et virevoltante, au rythme soutenu, Peter Ho-Sun Chan a su nous éblouir sans nous aveugler ou nous tromper, ayant construit un véritable scénario dont la fin peut rappeler celle du sublime Casablanca de Michael Curtiz dont les amateurs ne pourront qu’être charmés mais aussi les amoureux du septième art puisque Perhaps love est aussi une mise en abyme lyrique. Au palmarès des applaudissements de ce 8ème festival, Perhaps love, ses amours contrariés , son rythme époustouflant, ressortent incontestablement vainqueur. A juste titre.

     

    Les deux films suivants, projetés le dernier jour du festival, Shangaï dreams de Wang Xiaoshuaï et Dam street de Li Yu se ressemblent beaucoup. De par leur nationalité d’abord. Ce sont en effet deux films chinois.  Ensuite, par le climat social répressif que l’un et l’autre relatent, cette vie quotidienne en apparence tranquille, en réalité suffocante. Le producteur de Dam street a d’ailleurs insisté sur le fait que la censure ne s’y était pas opposée, notable avancée, pour un pays qui , il y a peu de temps encore, aurait refusé ce film qui ne le glorifie pas vraiment.

     

    Dans Dam street il s’agit donc de Xiao-Yun, une lycéenne de 16 ans qui vit dans une petite ville de Chine confrontée au climat social répressif des années 80. Elle est expulsée de l’école lorsqu’elle découvre qu’elle est enceinte mais elle décide néanmoins d’accoucher. La jeune réalisatrice nous dépeint les destins croisés de cette lycéenne dix ans plus tard et de l’enfant qu’elle ignore être le sien et qu’elle croyait mort. Des liens ambigus vont se tisser entre ces deux personnages en mal d’amour et de repères jusqu’à ce que la vérité éclate et rende cette belle relation impossible. Malgré la noirceur du sujet, Xiao-Yun a réussi un film empreint d’humanité mais surtout d’humour. Un portrait de femme et de la Chine émouvant et particulièrement réussi. Un film tout en nuances. A voir absolument.

     

    Le second film chinois, présenté dans le Panorama, dont je vous avais déjà parlé lors du festival de Cannes 2005 et où lui avait d’ailleurs été décerné le prix du jury nous montre aussi un visage peu glorieux de son pays. Wang Xiaoshuai s’est ainsi réjoui qu « avec tous les changements en cours en Chine dans le milieu du cinéma les censeurs aient accepté son film ». Là aussi il s’agit d’une jeune fille, Qing Hong, qui habite dans la province de Guizhou avec ses parents et son frère. C’est là qu’elle a grandi, où vivent ses amis, où elle connaît son premier amour. Shangaï dreams, tel est donc le titre. Un peu d’onirisme enfin en perspective, du moins est-ce ce que laisse présager le titre…mais les rêves ici sont plutôt ceux qui achoppent dans la rude réalité du quotidien. En effet, dans les années 60, sur les recommandations du gouvernement, de nombreuses familles ont quitté les grandes villes chinoises pour s’établir dans des régions pauvres, afin d’y développer l’industrie locale. Son père pense que leur avenir est à Shangaï. On songe à l’héroïne japonaise de  Bashing, elle aussi prisonnière dans son propre pays. Ici aussi elle est prisonnière, prisonnière de l’étroitesse des conventions, une prison que désignent les barreaux de la fenêtre de sa chambre derrière lesquels elle est filmée comme un oiseau épris de liberté et enfermé et que désignent aussi les longues et silencieuses séquences : un silence assourdissant de mal être, d’espoir déchu. Seuls quelques sons brisant le silence reviennent comme un refrain lancinant : le tic tac de l’horloge ou les vrombissements de l’usine comme pour lui rappeler constamment ce présent auquel elle tente d’échapper. Un immense fossé sépare les deux générations avec, paradoxalement, les enfants qui veulent rester d’un côté et les parents qui veulent partir de l’autre. Le fossé devient bientôt un gouffre infranchissable. La tension monte peu à peu, jusqu’à l’explosion fatale, le drame inéluctable dans cette ville maussade où l’amour semble voué à l’échec. La fin est bouleversante d’intensité retenue et rien que pour cela ces rêves là méritent qu’on prenne le temps de les regarder s’envoler.

     

    Arrive enfin l'heure fatidique de la cérémonie de clôture plutôt sinistre,  le jury de la compétition officielle (composé de Florence Thomassin, Jean-Marie Duprez, François Guérif, Bernard Rapp, Romain Slocombe, Maryline Canto, Benoît Cohen), divisé, du propre aveu du président Jacques Weber, a donc annoncé les noms des lauréats sans le moindre commentaire et avec un entrain à faire pâlir de jalousie les personnages de It’s only talk.  (voir palmarès ci-dessous).

     

    Heureusement le festival s’est achevé par un film magnifique et contrairement à son réalisateur, le coréen Chung Yoon-chui qui a déclaré qu’il aurait "préféré aller courir sur les Planches plutôt que de le présenter", ce film ne nous a pas fait regretter d’être là. Dans Marathon donc, vingt ans après sa naissance Cho-won, autiste, possède le niveau intellectuel d’un garçon de cinq ans. Sa mère se bat corps et âme afin d’insérer son fils dans la société et pense détenir la clef en découvrant sa passion pour la course à pied. Son ambition de voir un jour son fils courir un marathon la pousse à engager un célèbre entraîneur, autrefois champion du monde de la discipline. Cette décision marquera une rupture dans la relation fusionnelle entre cette mère et son fils. Ce film particulièrement émouvant a transformé le CID en une véritable fontaine lacrymale. Vous vous dîtes peut-être que c’est un remake de Forrest Gump et Rain man mélangés. Non, la bannière étoilée, c’est en septembre rappelez-vous. Détrompez-vous tout d’abord parce qu’il s’agit d’une histoire inspirée d’un fait réel. Ensuite, là où le cinéma américain aurait sorti les violons, ce film coréen vous charme insidieusement comme une petite musique ensorcelante, comme cet antihéros si attachant magistralement interprété qui ne devient pas superman mais obtient des victoires retentissantes dans la vie de tous les jours.  On rit aussi, beaucoup, mais on ne rit pas de lui mais avec lui. Jamais le réalisateur ne tombe dans les clichés liés à l’autisme tout en analysant les ravages que cela peut engendrer sur l’entourage. Ce personnage cherche avant tout à exister plutôt qu'à réussir à tout prix. En tout cas, il existe sous nos yeux avec une véracité étonnante. Un film bouleversant à la projection duquel je vous engage vivement à courir lors de sa sortie.

     

    Deauville.  Lundi matin, 13 mars 2006. Les Planches sont désertes. Je repense à tous ces films qui semblaient se répondre comme une longue complainte. Celles de personnages qui n’arrivent pas à communiquer, qui errent égarés, qui courent après des rêves déchus, qui étouffent dans leur quotidien, autistes dans tous les sens du terme (deux films abordent même le thème de l’autisme au sens littéral !), un monde souvent irrationnel, hostile, déshumanisé, un monde d’après 11 septembre auquel un des personnages de It’s only talk a d'ailleurs fait allusion. La bannière étoilée, même remplacée, n’est finalement jamais bien loin. Comme si le manque d’espoir était lui aussi victime de la mondialisation.  Ne connaissant décidément pas de frontières. Retour sur les Planches. Mer et ciel brillent à l’unisson. Je respire en me souvenant que, malgré tout, il existe encore des ours qui parlent, des perhap’s love et des neiges d’avril. Encore des lueurs d’espoir, un peu perdues certes mais d’autant plus remarquables et étincelantes dans ce flot de noirceur. Je laisse Deauville et ses Planches d'une revogirante mélancolie. A dans 6 mois, pour son autre festival et un autre drapeau.

     

    A noter:

     

    -Mes coups de coeur du festival du film asiatique de Deauville 2006: April snow, Citizen dog, 4:30, Perhaps love, Dam street, Shangaï dreams, Marathon.

     

    -Ce festival du film asiatique de Deauville 2006 proposait cette année également un Village Asia, d'accès libre et gratuit,  (avec exposition de mangas etc), véritable village consacré à la découverte du continent asiatique, qui sera renouvelé et enrichi l'an prochain.

     

    - Si vous aimez le cinéma asiatique, du 14 au 28 Mars 2006, se déroulent les Reflets du cinéma coréen en Mayenne où vous pourrez notamment (re)voir le sublime Locataires de Kim Ki Duk projeté au festival du film asiatique de Deauville 2005, mais aussi des films projetés au festival 2006 comme April snow.

     

    - Prochains festivals à suivre sur "Mon festival du cinéma":

    Festival de Cannes 2006  qui se déroulera du 17 au 28 Mai 2006, au sujet duquel vous trouverez bientôt de nombreuses informations, sur ce blog.

    Festival du film américain de Deauville 2006 qui se déroulera du  1er au 10 septembre 2006.

     

    -Site officiel du festival du film asiatique de Deauville

     

    PALMARES DU FESTIVAL DU FILM ASIATIQUE DE DEAUVILLE 2006

     

    -Le jury présidé par Jacques Weber et entouré de Marilyne Canto, Benoît Cohen, Jean-Marie Duprez, François Guérif, Bernard Rapp, Romain Slocombe et Florence Thomassin a décerné les prix suivants :

     LOTUS DU MEILLEUR FILM - Grand Prix / Great Prize : DAM STREET de/by Li Yu (Chine / China)

     LOTUS DU JURY - Prix du Jury / Jury's Prize : THE PETER PAN FORMULA de/by CHO Chang-ho (Corée du Sud / South Korea)

    LOTUS DU MEILLEUR SCENARIO - Prix du Groupe Lucien Barrière / Best Script Prize : MIDNIGHT MY LOVE de/by Kongdej Jaturanrasmee (Thaïlande / Thailand)

    -Le jury composé de journalistes a décerné le prix suivant :

    LOTUS AIR FRANCE - Prix de la Critique / Critic's Prize : CITIZEN DOG de/by Wisit Sasanatieng (Thaïlande / Thailand)

    -Le jury Action Asia présidé par Jérôme Paillard, entouré de Ida Daussy, Julie Gayet, Olivier Megaton et Linh-Dan Pham a décerné le :

     LOTUS ACTION ASIA - Grand Prix Action Asia, parrainé par la chaîne 13ème Rue / Action Asia Prize : A BITTERSWEET LIFE de/by KIM Jee-woon (Corée du Sud / South Korea))

    Sandra.M