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  • Le film de la semaine : « Match point » de Woody Allen

    Un film de Woody Allen c’est un peu comme l’étaient les films de Melville, de Sautet, de Hitchcock et de quelques autres, aussi diamétralement opposés que soient leurs styles, qu’ils soient excellents (ils le sont presque toujours) ou un peu moins, nous savons d’avance dans quel genre de film, dans quelle forme filmique nous allons nous plonger, avec délectation d’ailleurs, car c’est aussi, surtout, pour cela que nous y allons : le signe distinctif d’un cinéaste immédiatement reconnaissable. Cette fois pourtant, tout en excellant dans son domaine, plus que d’habitude encore peut-être, Woody Allen réussit à nous surprendre, en s’affranchissant des quelques « règles » qui le distinguent habituellement : d’abord en ne se mettant pas en scène, ou en ne mettant pas en scène un acteur mimétique de ses tergiversations existentielles, ensuite en quittant New York qu’il a tant sublimée. Cette fois, il a en effet quitté Manhattan pour Londres, Londres d’une luminosité obscure ou d’une obscurité lumineuse, en tout cas ambiguë…cadre idéalement paradoxal pour ce jeune prof de tennis d’origine modeste embauché dans un club huppé où il sympathise avec le fils d’une riche famille, tout en s’éprenant d’abord de sa sœur, ou du moins en feignant de s’en convaincre, à défaut de nous en convaincre,…avant de rencontrer la fiancée de ce dernier, actrice sans emploi de son état, rencontre qui engendre une passion suffocante. Raconter ainsi « Match point » serait décrire une histoire de passion parmi d’autres (passion dont il filme d’ailleurs et néanmoins brillamment la frénésie claustrophobique que sa caméra épouse, et l’irrationalité ) pourtant dès le début s’immisce une fausse note presque imperceptible, sous la forme d’une récurrente thématique pécuniaire, symbole du mépris insidieux, souvent inconscient, que la situation sociale inférieure du jeune prof de tennis suscite chez sa nouvelle famille, et du sentiment d’infériorité que cela suscite chez lui, fausse note qui va aller crescendo jusqu’à la dissonance paroxystique, dénouement de cet opéra filmique, forcément tragique, forcément grandiloquent.

    C’est aussi le film des choix cornéliens, d’une balle qui hésite entre deux camps : celui de la passion d’un côté, et de l’amour, voire du devoir, de l’autre croit-on d’abord, celui de la passion d’un côté et de la réussite sociale de l’autre réalise-t-on progressivement. C’est aussi donc le match de la raison et de la certitude sociale contre la déraison et l’incertitude amoureuse. A travers le regard de l’étranger à ce monde, Woody Allen dresse le portrait acide de la « bonne » société londonienne avec un cynisme chabrolien auquel il emprunte d’ailleurs une certaine noirceur et une critique de la bourgeoisie digne de  La cérémonie que le dénouement rappelle d’ailleurs.

    Le talent du metteur en scène réside également dans l’identification du spectateur au héros et à son malaise croissant qui, aussi odieuse soit-elle, trouve finalement la résolution du choix cornélien inéluctable. En ne le condamnant pas, en mettant la chance de son côté, la balle dans son camp, c’est finalement notre propre aveuglement ou celui d’une société éblouie par l’arrivisme que Woody Allen stigmatise. Parce-que s’il aime la jeune actrice, il aime plus encore l’image de lui-même que lui renvoie son épouse : celle de son ascension.

    Il y a aussi du Renoir dans ce Woody Allen là qui y dissèque les règles d’un jeu social, d’un match fatalement cruel. Woody Allen signe un film d’une férocité jubilatoire, un film cynique sur l’ironie du destin, l’implication de la chance, chance qui se trouvait déjà au centre de  La fille sur le pont  de Leconte. Le fossé qui sépare le traitement de ce thème dans les deux films est néanmoins immense : le hiatus est ici celui de la morale puisque dans le film de Leconte cette chance était en quelque sorte juste alors qu’elle est ici amorale, voire immorale, …pour notre plus grand plaisir. C’est donc l’histoire d’un crime sans châtiment dont le héros, sorte de double de Raskolnikov, est d’ailleurs un lecteur assidu de Dostoïevsky, tout comme Woody Allen à en croire une partie la trame du récit qu’il lui « emprunte ».

    La réalisation de Woody Allen a ici l’élégance perfide de son personnage principal. Le film, d’une noirceur inhabituelle chez le cinéaste, s’achève par une balle de match grandiose au dénouement d’un rebondissement magistral qui par tout autre serait apparu téléphoné mais qui, par le talent de Woody Allen et de son scénario ciselé, apparaît comme une issue d’une implacable et sinistre logique. Un match palpitant, incontournable, inoubliable. Un chef d’œuvre de cynisme, le témoignage d’un regard désabusé et d’une grande acuité sur les travers de notre époque, cynique parfois malgré elle... Malgré elle ?

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    Sandra Mézière

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  • « Le filmeur » d’Alain Cavalier, film et débat au cinéma Saint-André des Arts

    A une époque où les images qui nous sont proposées, imposées même parfois, sont pléthoriques, souvent vaines et synonymes de vacuité, à une époque de zapping consumériste incessant, le film d’Alain Cavalier devient une promenade lénifiante, nous rassérénant même, et pourtant parfois inquiétante aussi. Certes le chemin est d’abord escarpé pour nos regards habitués à papillonner et à passer d’une image à l’autre à la vitesse de l’éclair, mais peu à peu son univers qui, de prime abord peut agacer, nous aspire ensuite, nous inspire même puisque le spectateur est un peu acteur, un peu « filmeur »lui aussi, lui tellement habitué à une passivité abêtissante,… et finalement nous envoûte. Malgré nos réticences initiales, malgré nos fameuses habitudes consuméristes donc.

     

    Le « filmage » a duré 11 ans, 11 années pendant lesquelles Alain Cavalier a filmé son quotidien, figé un présent normalement condamné à l’évanescence, filmé ces instants de grâce que seule la réalité sait inventer, inviter à nos regards, nos regards au début un peu réticents, qui sont progressivement charmés puis hypnotisés comme des prisonniers de l’obscurité qui peu à peu s’habitueraient à la lumière et ne pourraient finalement plus s’en passer. Instantanés qui se confrontent, se répondent, sous l’œil incisif du filmeur qui, presque 80 ans après, réinvente et modernise ce fameux « homme à la caméra » initié par Vertov. Ce qui aurait pu être impudique, racoleur, narcissique est au contraire une œuvre d’une grande générosité dans laquelle Cavalier nous fait partager la poésie volée au quotidien par l’acuité de son regard. Comme personne il sait déceler la beauté fortuite du quotidien, la singularité derrière l’apparente banalité. L’angoisse aussi, jamais soulignée ou grandiloquente. Non, parfois juste elliptique, parfois dédramatisée par l’humour de Cavalier mais néanmoins là. Par une image allusive parfois ou plus frontale comme celle du père sur son lit de mort. Ou celle du visage rieur de sa mère, omniprésente, ou celle de sa main posée sur la sienne. Vibrant témoignage d’amour à cette dernière, un des fils conducteurs du film. Il sait être judicieusement elliptique là ou d’autres auraient été exagérément insistants. Vie et mort indissociables comme les deux faces d’un même visage, en l’occurrence aussi le sien, opéré, si signifiant sans qu’il soit nécessaire de rajouter un commentaire qui aurait appauvri l’image, son visage lui aussi filmé frontalement, là enfin, là seulement. Gravité et drôlerie s’entrelacent donc constamment : les deux faces de l’existence. Parfois même furtivement, l’angoisse de la réalité nous saisit comme cette page si sombre de l’Histoire à laquelle renvoient quelques pages manuscrites.

     

    Journal filmique intime à la fois intemporel et ancré dans la réalité politique comme lorsque sur les images d’un feu de cheminée les informations télévisées annoncent la mort de Massoud tué par la même caméra (piégée celle-là) que celle avec laquelle Cavalier filme alors. Ironie, cynisme même, du réel qu’une fiction ne saurait inventer. Une œuvre riche, dont l’intensité n’est pas perceptible d’emblée mais vous envahit peu à peu comme s’impose la magie du quotidien par le prisme de sa caméra subjective. Avec évidence. Une mine d’or cinématographique dérobée au quotidien et dont Cavalier est l’insatiable et non moins talentueux chercheur et (car) iconoclaste. Indéniablement.

     

    Vous décrire ces instants immortalisés, ces diamants ciselés dans le quotidien en amoindrirait la beauté fulgurante, je vous invite à les découvrir, et à suivre sa route qui vous conduira de Claude Sautet à Romy Schneider, de poules en écureuils, de chambres d’hôtels en jardins amputés, de fruits frais en fruits pourris, de Bach aux tintements de cloches etc et surtout de la gravité à la légèreté, ou plutôt à la gravité, la profondeur, derrière la légèreté.

     

    Comme chaque soir pendant une semaine à la projection a succédé une rencontre avec le réalisateur. Passionné. Passionnant. Epris de cette liberté dont son mode filmique économique lui permet de jouer et de jouir...et de nous réjouir. Après un débat de plus d’une heure, le silence revient dans la salle, s’impose, comme ces images qui s’imposent au filmeur presque malgré lui, mais nul doute que ce qui a précédé ce silence-là, au moment de faire notre film de la journée, d’en sélectionner nos instantanés mémorables, une fois le soir venu, ces instants y figureront. En première place.

     

    Dépêchez-vous…il vous reste encore quelques jours pour profiter du débat qui succède au film, au cinéma Saint-André des Arts, rue Saint-André des Arts, Paris 6ème.

    Projections de 20H suivies d’un débat avec le réalisateur.

     

    A noter: Alain Cavalier sera le premier invité des "Caméras subjectives", rencontres organisées par les étudiants du Master 2 professionnel scénario, réalisation, production de la Sorbonne, le mardi 29 octobre de 19H à 21H, au centre Saint-Charles, dans le 15ème, rue des Bergers. A noter également que l'invité suivant sera Claude Miller le 6 décembre.

     

    Vous avez vu ce film et/ou le débat ? N’hésitez pas à laisser vos commentaires

     

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    Sandra Mézière

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  • Nouvelle sélectionnée pour "Lire en fête au cinéma"

    Depuis 8 ans, à l'occasion de l'opération "Lire en fête" organisée par le Ministère de la Culture et de la Communication et en partenariat avec l'AFCAE (Association Française des Cinémas d'Art et d'Essai) est organisé un concours de nouvelles "Lire en fête au cinéma" sur le thème du cinéma . Un certain nombre de cinémas d'art et essai désignent les lauréats qui concourront au jury national.

    Déjà sélectionnée pour concourir au jury national avec ma nouvelle Pris au piège l'an passé, je le suis de nouveau cette année avec Scénario fatal, une nouvelle que j'adapte actuellement en scénario de long-métrage sous le titre d' Eternité fugace.

    A suivre...

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    Sandra.M

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  • Les films de la semaine


    Cette semaine "Mon festival du cinéma" vous recommande tout particulièrement Les noces funèbres de Tim Burton et  L'enfant des frères Dardenne. Pour le premier retrouvez ma critique dans mon compte-rendu du festival du film américain de Deauville 2005 et pour le second retrouvez ma critique dans mon compte-rendu du festival de Cannes 2005.

    Par ailleurs le Centre Wallonie Bruxelles à Paris projette actuellement l'intégrale Dardenne jusqu'au 25 octobre.

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    Sandra.M

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  • Compte-rendu du festival du film britannique de Dinard 2005 : par-delà les nuages…

    Les festivals se suivent et ne se ressemblent pas. Après Deauville en septembre, le mois d’octobre est celui du festival du film britannique de Dinard qui clôt d’ailleurs, magistralement même, la saison festivalière, la mienne en tout cas. L’affiche aurait dû me dissuader : un ciel menaçant semble peser sur Dinard et des oiseaux ressemblant étrangement à ceux du film éponyme d’Hitchcock sont apparemment prêts à se jeter sur moi … Je sais, ce n’est qu’une affiche mais les festivals abolissent la frontière entre fiction et réalité, si faible chez moi déjà. A se jeter sur moi donc disais-je, enfin écrivais-je. Bref, l’affiche aurait dû me dissuader mais à y regarder de plus près je perçois le ciel bleu derrière les nuages, une lumière incandescente qui perce l’obscurité. Ne pas s’arrêter à l’image visible de prime abord. Comme pour ce festival. Pour vous peut-être un petit festival mais si vous vous penchez sur son histoire déjà longue de 16 années, vous verrez que Dinard a reçu les plus grands cinéastes britanniques et pas seulement, en a révélé d’autres (un certain Christopher Nolan a ainsi été primé pour son film Following l’année où j’étais dans le jury) et surtout derrière son air un peu sombre vous découvrirez un festival d’une convivialité unique qui prend chaque année davantage d’ampleur, et qui peut aujourd’hui prétendre égaler, voire devancer, Cognac et Gérardmer. Et puis je me souviens de cette année 1999 où je faisais partie de son jury, de ces instants gravés à jamais dans ma mémoire, si étranges parfois eux aussi, à ces rencontres incroyables qui jalonnèrent ces 4 journées intemporelles, et notamment celle de notre formidable présidente Jane Birkin. Alors y retourner me fait toujours un peu l’effet d’une madeleine de Proust à laquelle il m’est décidément impossible de résister, dussé-je être menacée par les plus dangereux (fictifs certes mais dangereux quand même) des volatiles. Prenant mon courage à deux mains, je me dirigeai donc pour la 6ème fois vers la cité dinardaise et son charme ombrageux.

    Soirée d’ouverture

    Jeudi 6 octobre. Le soleil est au rendez-vous, n’en déplaise aux détracteurs de la Bretagne, les spectateurs aussi. Une agitation inaccoutumée, ou plutôt coutumière une fois par an, s’empare subrepticement de Dinard. C’est l’ouverture. 16ème du nom. Elle commence par les sifflements de festivaliers visiblement exaspérés. Il faut dire qu’une certaine et inhabituelle pagaille a régné à l’extérieur et seuls les plus malins ou les plus privilégiés ont réussi à entrer (vous choisissez dans quelle(s) catégorie(s) m’inclure).Nous nous attendions donc forcément à une salle comble…qui se révèle finalement à moitié vide alors que de nombreux festivaliers possédant pourtant le sésame y donnant accès sont restés à l’extérieur. Certains qui semblaient y aller en rechignant voient soudain leur intérêt s’accroître étrangement à l’idée que d’autres ne puissent pas entrer et sortent brusquement de leur apathie, franchir les portes semble soudain leur être devenu vital. Je doute fort que ces sifflements soient un signe de solidarité envers les refoulés, je pencherais plutôt pour une manifestation d’aigreur de ceux qui croient qu’un badge ou une invitation leur donne tous les droits, à commencer par celui de ne pas respecter le festival qui les accueille. Le festival pas encore déclaré ouvert, les festivaliers (certains) ont donc déjà perdu le sens des réalités et manifestent leur mécontentement avec une vindicative disproportion, comme si l’essentiel était là, être éphémèrement et vainement enorgueilli. Au moins, en redoutant mes oiseaux fictifs, je ne dérangeais personne. Tandis que l’adjointe au maire de la Culture ignore superbement les sifflements, Hussam Hindi, le directeur artistique du festival, renverse magnifiquement la situation en déclarant que les festivaliers de Dinard sont toujours aussi passionnés dans l’amour comme dans la détestation concluant par un grandiloquent et cinématographique« je vous aime » adressé à tous, et mettant ainsi fin aux revendications. Puis, l’acteur et désormais réalisateur Charles Dance(photo ci-contre), président du festival, est appelé sur scène, ainsi que Neil Jordan et Nicolas Roeg, à l’occasion d’un hommage pour le premier, d’une rencontre avec les festivaliers pour le second. Ensuite, les membres du jury sont appelés un à un par leur président Régis Wargnier, (habitué des jurys des festivals, et notamment de Deauville où il fut deux fois président de jurys et où il n’est pas rare de le croiser ): Aure Atika, Bérénice Béjo, Isabelle Carré, Simon Beaufroy, Samuel Le Bihan, John Lynch, Tom Novembre, Timothy Spall, et un cinéphile sélectionné sur concours(une lettre exprimant sa passion pour le cinéma britannique).

    Je voudrais arrêter là la course effrénée du temps, c’est le début du festival, un début de festival, c’est un avenir, de quatre jours en l’occurrence, empli de promesses de surprises cinématographiques, mais mes revendications, silencieuses celles-là, ne sont pas entendues et encore une fois la salle éclairée devient obscure pour mettre en lumière le premier film du festival Yes de Sally Potter, précédé d’un court-métrage Letters of service de Duncan Wellaway ayant obtenu le prix Kodak qui nous plonge dans le passé trouble d’un patient psychiatrique centenaire.

    Film d’ouverture

    Après le passé place au présent tourmenté, après le silence place à la musique des mots avec Yes de Sally Potter. Dans Yes Sally Potter nous raconte une histoire d’amour passionnée entre Elle, une scientifique Américaine dont le mari est un politicien qui la trompe allègrement, et Lui, un Libanais, chirurgien dans son pays qu’il a quitté pour s’exiler à Londres, une histoire dans laquelle les personnages sont confrontés aux conflits de notre génération : conflits politiques, sentimentaux ou religieux… Tout cela se déroule sous le regard ironique de la femme de ménage philosophe qui ramasse la saleté symptomatique du chagrin et des secrets que les protagonistes laissent derrière eux. Cette histoire les mènera de Londres à Belfast, de Beyrouth à La Havane. Yes est très certainement un OFNI (Objet Filmique Non Identifié) et les OFNI sont suffisamment rares pour être appréciés, malgré leur opacité, salutaire ici. La passion est bien souvent irrationnelle et par conséquent bien difficile à retranscrire au cinéma. Comment montrer l’indescriptible, l’incompréhensible parfois ? Sally Potter y parvient admirablement en donnant par ailleurs une portée universelle à ce Yes, (universalité que désigne également le titre du film) notamment en ne donnant pas de prénoms à ses deux personnages principaux qui restent Lui et Elle, emblèmes de l’Orient pour Lui et de l’Occident pour Elle, tous deux en quête d’amour et de vérité. La passion éclôt, vit, explose surtout, sous nos yeux, nos yeux qui, comme ceux de Sally Potter, ont aussi vu, effarés, les avions s’abattre sur les Twin Towers, une image inconcevable après laquelle rien ne peut plus être pareil. Après la passion, non plus, cela ne peut plus l’être. Ces deux « images » chocs, ces deux (ir)réalités s’entrechoquent. La réalité justement, les différences, le présent les rattrapent furieusement, et surtout la distance croissante entre l’Orient et l’Occident les sépare bientôt, inéluctablement...mais peut-être pas irrémédiablement. Une réalité sublimée par Sally Potter et son étrange univers, d’abord en recourant à des vers (pentamètres auxquels recourait également Shakespeare) pour les dialogues entre les deux amants, ce qui les fait raisonner comme une chanson enivrante et ce qui procure également un lyrisme singulier à ce film inclassable et pluriel. Elle sait aussi instaurer de l’ironie dans la gravité par le truchement du personnage de la femme de ménage et de son regard incisif. Un peu comme avec l’affiche du festival dont les nuages laissent entrevoir le soleil, le lyrisme masque la tragédie qui finit par éclater, le Yes cache « le néant qui n’existe pas ». Un poème filmique, polysémique aussi, déchirant dont on ressort légers avec l’envie de le relire. Un Yes si simple et si lourd de conséquences à la fois, qui peut faire basculer une existence, et qui j’espère fera basculer les spectateurs les plus récalcitrants. Une « chanson » que l’on fredonne encore longtemps après le générique de fin parce-qu’elle ne ressemble à aucune autre…

    Films en compétition

    Le premier film de la compétition auquel j’assiste s’intitule Gypo, réalisé par Jan Dunn. Helen est mariée à Paul depuis 25 ans. Sa vie est monotone et glaciale. Elle est désespérée, blessée et aspire au renouveau… Paul est au bord du gouffre, lassé de se retrouver dans l’engrenage de la pauvreté. Amer, hypocrite et sectaire, Paul redoute le changement plus que tout. Puis, Tasha, une réfugiée Rom de Tchéquie fait irruption dans leur vie. Elle est en attente de son passeport britannique, son passeport pour la liberté avant tout... Comme Sally Potter dans Yes, Jan Dunn nous parle elle aussi des conséquences d’une guerre si lointaine et si proche dont l’écho est bien entendu plus vibrant que jamais après les tragiques évènements londoniens de juillet.
    Ce film est rempli de bonnes intentions, c’est indéniable, dommage qu’elles soient aussi appuyées, qu’elles soient filmées et écrites de manière aussi scolaire : d’abord la forme tripartite, et les 3 lectures différentes du film par ses 3 personnages principaux, fausse originalité qui n’apporte pas grand-chose au récit. Ensuite le fond avec une histoire tellement dans l’air du temps que l’on doute de sa sincérité, que cela en devient une caricature du film social. N’est pas Leigh ou Loach qui veut. L’histoire se suit néanmoins avec plaisir malgré des couchers de soleil transitoires tellement répétitifs qu’ils en deviennent exaspérants. Soyons néanmoins indulgents pour un film réalisé en 12 jours dont nous ne pouvons par ailleurs nier l’excellente direction d’acteurs.

    Vient ensuite la projection de Colour me Kubrick (Appelez-moi Kubrick), réalisé par Brian Cook, l’histoire vraie et rocambolesque d’un imposteur qui se fit passer pour le cinéaste Stanley Kubrick sur le tournage de son dernier film, Eyes Wide Shut, même s’il ignorait presque tout de son œuvre, et même s’il ne lui ressemblait pas du tout. Le réalisateur connaît d’autant mieux son sujet qu’il a travaillé pendant 30 ans avec Kubrick, le vrai, comme assistant réalisateur notamment. Là, à première vue, le film s’annonce ludique et original, malheureusement cette fois-ci mieux aurait valu rester à distance. D’abord, parce-que lorsque l’on découvre que John Malkovich interprète le rôle principal on se dit qu’il devait déjà bien avoir utilisé son talent schizophrénique avec Being John Malkovich et que cela aurait dû lui ôter tout désir de se faire passer pour Kubrick. Ensuite, parce-que lorsque l’on s’inspire d’une histoire vraie intrinsèquement originale le réalisateur doit redoubler d’inventivité pour que son film le soit sous sa propre impulsion…et ici l’inventivité fait malheureusement cruellement défaut. Nous avons davantage l’impression d’assister à des saynètes répétitives, certes parfois amusantes, sans lien ni enjeu qu’à une intrigue. Et puis, même si c’est un film dont le sujet tourne autour de Kubrick, il serait bien que les cinéastes cessent enfin de reprendre les musiques employés dans ses films comme un clin d’œil tellement usité qu’il devient un véritable panneau clignotant et qu’ils cessent de « paraphraser » l’ellipse la plus célèbre de l’Histoire du cinéma, celle de 2001, Odyssée de l’espace, comme c’est également le cas ici. Reste un agréable divertissement, un personnage, détestable et/ou fascinant, pitoyable aussi, à l’image de ses victimes dont la crédulité et l’aveuglement nous paraissent sidérants à l’image d’une société qui glorifie et qui s’incline devant une célébrité déifiée sans en distinguer les fondements et la qualité.


    Le film suivant s’intitule Festival et est réalisé par Annie Griffin. Il ne se déroule pas au mois d’octobre à Dinard comme nous aurions pu le croire ou le craindre mais au mois d’Août à Edimbourg. A cette époque, en effet, la population de la capitale historique écossaise se voit gonflée par des acteurs, des metteurs en scène, des artistes de rue, des comiques, des grands noms des médias et des spectateurs. C’est dans ce récit grinçant sur les espoirs, rêves et appréhensions découlant de ce festival de comédiens que les vies d’une douzaine de personnes se télescopent. Je suis bien placée pour savoir à quel point un festival est un film en lui-même, à quel point il recèle un potentiel dramatique, à quel point cela peut être aussi théâtral, plus même, que le spectacle lui-même, à quel point tout prend une importance démesurée, à quel point les comportements sont modifiés, les réactions exacerbées et les orgueils gonflés par les feux de la rampe ou leurs reflets, à quel point la réalité même semble pouvoir basculer dans la tragédie ou la comédie d’une seconde à l’autre...et d’autant plus que j’écris actuellement un scénario sur ce même sujet (avis aux producteurs, titre provisoire Eternité fugace …) Je suis donc probablement moins objective que jamais pour donner mon opinion sur ce film. Davantage qu’à son histoire, c’est sur la caractérisation de ses personnages que s’est concentrée Annie Griffin, elle-même artiste de one-woman show, à leurs fêlures, leurs petitesses, leurs angoisses, leurs folies, leurs excès, tous se trouvant réunis lors de la remise du prix final pour lequel ils concourent ou jugent. Un film qui mêle vivacité, humour, dérision, vulgarité parfois et qui a touché le jury par « l’humanité profonde de ses personnages », dommage peut-être que ces derniers ne soient qu’esquissés, et qu’ils manquent de profondeur, ce qui aurait donné une certaine densité à ce film qui a d’ailleurs plongé dans l’ennui grand nombre de festivaliers…

    Tel ne fut pas le cas de In my father’s den , coproduction britannique et néo-zélandaise de Brad Mc Gann, unanimement apprécié, et récompensé par le jury et par le public. Paul est un photographe de guerre désabusé. Il revient en Nouvelle-Zélande dans la région isolée de son enfance, à la mort de son père, et se retrouve ainsi confronté au passé qu’il avait tenté de fuir et d’enfouir 17 ans plus tôt… Le titre qui signifie « dans l’antre de mon père » nous plonge d’emblée dans une ambiance intrigante de silence et de secret, le secret d’une âme blessée comme celles des êtres qu’il immortalise dans des pays en guerre. Lui aussi est en guerre, contre ce passé qui menace de resurgir à tout instant et de balayer la face apparemment lisse du présent. Les indices sont distillés pour que nous reconstituions les évènements qui ont bouleversé ces destins, et ce qui débute comme un drame familial devient progressivement un polar palpitant. L’antre est ici à la fois le lieu du refuge et de l’ignominie et détient la clef du mystère, le secret du lien qui unit ces personnages aux destins entrelacés, mêlés par la tragédie et l’innommable, broyés aussi. Le récit n’est pas linéaire non par volonté de faire une démonstration didactique de virtuosité scénaristique mais en contraire pour complexifier intelligemment et enrichir le récit. Paradoxalement cela contribue même à sa limpidité. Chaque personnage a une double personnalité et un lien familial et sentimental ambigu vis-à-vis des autres et tous se révèlent bientôt être une pièce du puzzle de l’âme déchirée de Paul. Le rythme est particulièrement soutenu, la tension se fait de plus en plus angoissante jusqu’à la révélation finale paroxystique, une intense confrontation entre le passé et le présent. Le tout est servi par une photographie qui évolue au gré des transformations des personnages, des personnages aux caractères ciselés, et aux sentiments partagés judicieusement dépeints. Montage, photographie, direction d’acteurs, scénario, tout concourt à faire de ce film un petit bijou du cinéma britannique, un antre dans lequel je vous engage à vous réfugier...et vous risquer.

    Dans Opal dream de Peter Cattaneo le refuge est plus imaginaire, l’imaginaire d’une petite fille de 7 ans inséparable de ses amis fictifs Pobby et Dingan. Même si certains se moquent et si son frère a parfois honte de cette sœur fantasque, tout le monde se prête au jeu de son imagination débordante…mais un jour Pobby et Dingan disparaissent. Pour sa famille, c’est enfin l’occasion de passer à autrechose mais la mélancolie s’empare de la petite fille à un point tel que son frère part à la recherche de Pobby et Dingan, s’engouffrant ainsi dans son rêve et son imaginaire. Ce qui à la lecture du synopsis pourrait paraître mièvre se révèle à l’écran particulièrement prenant et poignant et surtout d’une portée universelle. De ce film se dégage en effet une magie qui relève autant des contes de l’enfance que des rêves engloutis ou persévérants des adultes. Les 4 membres de la famille ont tous un rêve, qu’il soit déchu, omnipotent, exaltant ou destructeur et surtout le rêve de la petite fille est tellement prégnant que nous-même finissons par croire en la réalité de ses personnages imaginaires, comme son père croit fermement qu’un jour il trouvera cette pierre d’opale. Opal dream est un hymne enchanteur à ces rêves que nous façonnons comme une pierre précieuse et qui façonnent notre existence, des rêves éternels en lesquels il suffit finalement de croire pour qu’ils accèdent au rang de réalité, celle des rêveurs en tout cas. Avec Opal dream Peter Cattaneo a signé une magnifique adaptation du roman de Ben Rice, une véritable pépite d’or incitatrice aux rêves les plus fous en laquelle l’incurable rêveuse que je suis a trouvé un formidable écho… Et puis qu’importe finalement que les rêves ne se réalisent pas, l’essentiel est peut-être d’y avoir cru, d’avoir osé y croire… Certains cyniques trouveront probablement ce film naïf, les autres seront certainement touchés par sa profonde humanité, par sa photographie flamboyante, et par ses jeunes comédiens incroyablement dirigés. Dommage que ce film n’ait pas figuré au palmarès. Gageons que Peter Cattaneo obtiendra avec ce film un succès aussi considérable que celui qu’il avait obtenu avec The Full Monty qui fut d’ailleurs présenté en avant-première à Dinard et récompensé du Hitchcock d’or 1997.

    Avec Stoned de Stephen Woolley, c’est dans un tout autre univers que nous sommes plongés : une chronique de la vie sordide et de la mort mystérieuse du cofondateur des Rolling Stones, Brian Jones (Leo Gregory), qui fut retrouvé mort au fond de sa piscine quelques jours à peine après avoir été évincé du groupe. Un film qui se veut « sexe, drogue et rock’n roll » et qui n’est malheureusement que cela, dans le fond en tout cas, la forme étant particulièrement conventionnelle et même convenue. Evidemment si nous comparons Stoned à une autre adaptation de la vie d’une rock star au cinéma, à savoir celle de Curt Cobain dans Last days de Gus Van Sant, le film de Stephen Woolley fait bien pâle figure. Blême figure même. Là où Van Sant témoignait d’un véritable point de vue de cinéaste (longs et silencieux plans séquences, personnages filmés de dos etc), Stephen Woolley se distingue par son effacement devant son sujet. S’appuyant notamment sur les déclarations d’une ex-petite amie du guitariste, Stephen Woolley accrédite la thèse selon laquelle Brian Jones ne serait pas mort accidentellement mais aurait été assassiné par une entrepreneur en bâtiment travaillant dans sa maison et qui fut autant le témoin, l’admirateur et aussi parfois la victime des excentricités de Brian Jones. On ne peut être que déçus de n’entendre aucune musique du groupe. Cela ne relevait d’ailleurs pas de problèmes de droits d’auteurs, comme l’a expliqué le réalisateur avant la projection mais d’un choix qui consistait à privilégier les musiques que Jones jouait auparavant ou qui l’inspiraient, insistant sur le fait qu’il s’agit d’un film sur un homme « stoned » et non sur les Stones. Etrange choix du cinéaste quand on voit avec quel acharnement il a essayé de donner à son image un grain suranné, façon sixties, et donc réaliste. Le dénouement est néanmoins plus intéressant, se regardant comme un polar se terminant par la mort d’un homme, mort auréolée de mystère qui, dans le parti pris (le seul) de Stephen Woolley n’en est finalement plus un.

    Séance spéciale

    Cette année le festival a décidé de projeter en séance spéciale, Palais royal de Valérie Lemercier, une coproduction franco-britannique dont une partie se déroule d’ailleurs en Angleterre, telles sont en tout cas les raisons invoquées pour la projection du film dans le cadre du festival. Après tout une comédie est plutôt appréciable dans une sinistre actualité que la majorité des films reflète d’ailleurs. A voir la présentation du film par sa réalisatrice Valérie Lemercier, visiblement au comble de l’angoisse, je commence à douter du caractère comique de son film. L’histoire est celle d’Armelle (Valérie Lemercier), orthophoniste peu dégourdie, mariée à Arnaud (Lambert Wilson), jeune frimeur et frère cadet du roi André et de la reine Eugénia (Catherine Deneuve). A la mort accidentelle du roi, contre toute attente, le couple va devoir lui succéder et remplacer Alban, le fils aîné, dans ses obligations royales. Le ressort de la comédie est là : une personne ordinaire placée dans une situation extraordinaire mais étrangement ce sont les scènes qui précèdent cette situation extraordinaire qui prêtent davantage à détendre les zygomatiques, les miennes en tout cas, pourtant de bonne composition, après être restées figées lors des précédentes projections. La seule véritable surprise provient de Lambert Wilson, qui se moque de lui-même avec un plaisir tel que nous ne pouvons que le partager. Sa liaison avec le personnage interprété par Mathilde Seigner (la femme de son meilleur ami, ô que c’est original…) est bientôt laissé de côté (dommage d’ailleurs car sa trop courte apparition démontre encore une fois le ressort comique de son jeu) pour que le film ne se concentre ensuite que sur le personnage d’Armelle et le film devient alors « la revanche d’une brune au palais royal », ou « Frénégonde malgré elle » ou « Colour me Diana ». Valérie Lemercier semble en effet prendre ici autant de plaisir à s’embellir qu’elle en avait eu à s’enlaidir dans sa précédente réalisation Le derrière. On finit même par se demander si ce n’est pas le principal objectif du film, si elle n’a pas davantage cherché à se faire plaisir qu’à faire plaisir aux spectateurs, et leurs zygomatiques donc. Dommage que le rythme et le résultat final soient aussi inégaux… Singulier et rare choix de commencer et terminer une comédie par un enterrement, conclusion amère d’une critique acerbe ou qui se voudrait telle, des limites et ambivalences de la charité(charity business) dont les rapports avec l’intérêt personnel et lucratif sont aujourd’hui si souvent flous. Finalement peut-être Palais Royal vise-t-il davantage la critique ironique, voire cynique, que la comédie. Cet objectif là est davantage atteint et tant pis pour mes zygomatiques…

    Carte Blanche à Régis Wargnier

    Chaque année, le festival donne carte blanche à un réalisateur, cette année le président du jury, Régis Wargnier, qui a apporté dans ses bagages deux de ses films dont le dernier Man to man que je n’avais pas eu l’occasion de voir lors de sortie. Inconditionnelle de ce réalisateur, je ne pouvais pas manquer la projection malgré l’heure tardive et l’exiguïté de la salle dans laquelle il était projeté.
    1870. Le docteur Jamie Dodd (Joseph Fiennes) est fou de joie : il vient enfin de réussir à capturer deux pygmées. Il les amène en Ecosse avec l’aide d’Elena Van den Ende (Krisin Scott Thomas), une aventurière qui vend des animaux sauvages aux zoos d’Europe. Dodd et ses collègues anthropologues sont persuadés d’avoir trouvé le fameux chaînon manquant : découverte qui pourra les rendre célèbres…Mais Jamie est bien décidé à prouver que ce sont des êtres humains à part entière et non des animaux à exhiber dans des zoos.
    Régis Wargnier aime mêler drames intimes et fresques historiques, et ce Man to man s’inscrit parfaitement dans sa filmographie précédente même s’il se rapproche peut-être finalement davantage de Je suis le seigneur du château (film d’ailleurs judicieusement oppressant que je recommande à tous ceux qui le taxeraient de classicisme) que d’Indochine. On retrouve néanmoins ici son goût pour les paysages grandioses, en l’occurrence ceux de l’Afrique et de l’Ecosse, néanmoins ici filmés avec davantage de réalisme, l’âpreté du sujet et des caractères des personnages principaux ne se prêtant pas à des fantaisies photographiques. Les deux jeunes pygmées sont enfermés dans une cage comme le décor tout entier le suggère, suffocant, que ce soit par son enfermement ou sa démesure. Dans ce cadre évoluent Elena Van Ende, fière, altière, versatile (peut-être trop, son comportement changeant tellement souvent que ce personnage reste insaisissable) et Jamie Dodd qui rapidement découvre l’absurdité de ses théories et se fait l’avocat passionné des deux jeunes pygmées. La passion, là encore, certainement le caractère commun de tous ses films, Régis Wargnier aimant disséquer les tourments ou l’exaltation qu’elle suscite, l’exaltation en l’occurrence, qui imprègne tout le film d’une force épique portée par le souffle d’une belle gravité pour cette œuvre pédagogique et historique, humaniste aussi, prenant toujours la distance nécessaire pour ne pas tomber dans le pathos qui aurait desservi le sujet. Nous attendons le prochain film avec impatience, en l'occurrence une adaptation d'un roman de Fred Vargas !

    Clôture et palmarès

    Voila, j’ai désespérément tenté de freiner l’irréfragable écoulement du temps, l’heure du palmarès est finalement arrivée. Cette année le festival s’est à nouveau distinguée par sa convivialité, la quantité de films projetés dans un (trop) petit laps de temps (même si le festival a cette année ouvert une nouvelle salle Hitchcock la bien nommée) et l’accessibilité des professionnels invités, je vous invite donc vivement à le découvrir l’année prochaine… En plus des films commentés ci-dessus le festival proposait également de nombreuses avant-premières, des hommages, une compétition de courts-métrages…malheureusement 4 journées sont trop courtes pour pouvoir assister à tout, je vous renvoie donc au site officiel du festival du film britannique pour obtenir davantage d’informations sur les films que vous ne trouverez pas commentés ici.

    Après quelques interventions ubuesques des divers remettants, et notamment celle d’un exploitant qui semblait tout droit sorti du film Festival d’Annie Griffin, avec le professionnalisme qui le caractérise, Régis Wargnier a énoncé les noms des lauréats explicitant les choix  du jury avec enthousiasme et…sans aide scripturale, ce qui est assez rare pour être souligné !

    Le palmarès de la 16ème édition

    -Le Grand prix du Festival, le Hitchcock d’or,
    le prix du meilleur Directeur de la Photo, le Prix Kodak limited
    décernés par le jury ont été attribué à
    In my father’s Den de Brad McGann.

    -Le prix du meilleur scénario, le Trophée Grand Marnier,
    décerné par le jury, a été attribué à
    Festival d’Annie Griffin.

    -Le prix Première du public a été attribué à
    In my father’s Den de Brad McGann.

    -Le prix Entente Cordiale du British Council a été attribué à
    X-Mass de Scott Flockhart.

    -Le prix Cinécinécourt de CinéCinéma a été attribué à
    Du soleil en hiver de Samuel Collardey.

    Les films projetés au festival du film britannique de Dinard 2005 vus et recommandés par « Mon festival du cinéma » :
    -In my father’s Den de Brad McGann
    -Opal dream de Peter Cattaneo
    -Yes de Sally Potter
    -Man to man de Régis Wargnier

    Pour débattre du festival du film britannique n’hésitez pas à participer au forum ou à laisser vos commentaires ci-dessous.

    Par ailleurs, vous pouvez toujours voter pour "Mon festival du cinéma" qui participe au concours du "meilleur blog cinéma". Ce concours proposé par HautetFort implique néanmoins de créer un nouveau blog avec Blogspirit, par conséquent pour voter rendez-vous sur le blog suivant : In the mood for cinema dont le contenu est similaire à celui de "Mon festival du cinéma"  puis cliquez sur "Notez ce blog" en haut de la page d'accueil. Cela ne vous prendra que 5 secondes!  "Mon festival du cinéma" comptabilise aujourd'hui plus de 6000 visites par mois.  Il ne dépend que de vous qu'il prenne encore davantage d'ampleur...

    En attendant de prochains festivals, ce site continuera à être enrichie de critiques de films et d’évènements cinématographiques divers. La semaine prochaine retrouvez d’ores et déjà mon compte-rendu de la rencontre avec les frères Dardenne qui aura lieu lundi prochain…

    En attendant le récit de mes prochaines pérégrinations cinématographiques vos commentaires restent les bienvenus…

    ©Sandra Mézière

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