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FESTIVAL DE CANNES 2017 - Page 2

  • Festival de Cannes 2017 (épisode 1) - En toute hâte et myse en abyme

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    Je n'ignore pas vous avoir habitués à de longues et lyriques chroniques et critiques mais le rythme trépidant de ce début de festival ne me laisse le temps d'écrire à l'exception de ces quelques mots avant un article et une critique dignes de ce nom. Quelques mots en toute hâte et avec la hâte, aussi, de vous raconter ces deux premiers jours riches en péripéties et hasards et coïncidences auxquels ceux de mon recueil de nouvelles n'auraient rien eu à envier... Ci-dessous et sur Inthemoodforcannes.com vous pourrez néanmoins trouver déjà de nombreux articles consacrés à cette 70ème édition et surtout vous pouvez me suivre en direct du festival sur Instagram (@sandra_meziere ) et sur twitter (@Sandra_Meziere / @moodforcannes).

    J'ai hâte de vous parler :

    -du film d'ouverture signé Arnaud Despelchin, sublime hymne à l'existence qui entremêle l'art et la vie, rêve et cauchemar, magnifique (re)naissance qui nous donne envie d'embrasser le présent et de savourer chaque instant de cinéma  de ce festival : film idéal pour l'ouverture,

    -de la passionnante conférence de presse du film,

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    -de l'ouverture et de ces extraits des films d'Almodovar, flamboyants et d'une beauté déchirante : toute la magnificence du cinéma et de son cinéma,

    -du tournage avec Télématin, et une équipe d'une gentillesse remarquable, (un grand merci à eux trois et notamment à Laura pour son élégance et sa simplicité),

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    -du concert de Michel Legrand, envoûtant, sublime, inoubliable, sur le toit du palais des festivals, dans un décor très cinématographique, entre airs de jazz (scène digne d'un Woody Allen) et musique des "Parapluies de Cherbourg" (vidéos à retrouver sur mon compte Instagram),

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    Mais voilà...il faudra encore attendre quelques heures parce que comme le disait si bien Truffaut, "la vie a plus d'imagination que le cinéma" et là où ils se confondent à nous plonger dans un délicieux songe, le temps est précieux et me manque...

    Si je vous parle de confusion entre cinéma et réalité c'est aussi parce que j'ai eu le plaisir de poser avec mon roman  "L'amor dans l'âme" (qui raconte, aussi, une mise en abyme) dans la suite "Mélodie en sous-sol" de l'hôtel Majestic, un des lieux où se déroule le roman : mise en abyme de la mise en abyme ! Comment voulez-vous qu'avec tout cela je ne confonde pas cinéma et réalité ?

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    Et en cadeau, pour vous faire patienter, les premières lignes du roman en quesion dans lesquelles il est question de la suite "Mélodie en sous-sol":

    "La Méditerranée, lentement, comme une lancinante et perfide douleur, se retirait de quelques mètres puis, toujours infatigable, implacable, revenait, emportant avec elle d’inoffensifs et impassibles grains de sable alors éparpillés et perdus à jamais dans les abysses. Sur la Croisette qui la surplombait s’éteignaient les derniers feux de la nuit cannoise, impitoyable dévoreuse de rêves et d’innocence. Un incessant tumulte constitué de rageurs et ambitieux excès, de désirs férocement irréfragables, rongeait les frontières, si infimes déjà, entre le cinéma et la réalité, entre le jour et la nuit, entre la fête et la décadence, au péril de la raison, de la lucidité, de la vie même de ceux qui s’y risquaient, ignorant encore le danger qu’ils couraient, que les blessures d’orgueil ou d’indifférence comme nulle part ailleurs pouvaient y être fatales. Les derniers noctambules et les premiers festivaliers du jour s’y croisaient, happés par cette Croisette fascinante, versatile, fantasque et insomniaque, aussi prompte à déifier qu’à piétiner, à encenser qu’à broyer, qui déteindrait sur eux avant de les anéantir à leur tour. Là, une multitude de rêves avaient été esquissés. Plus nombreux encore étaient ceux qui s’étaient fracassés, et pléthore d’illusions avaient à jamais été balayées et enterrées, telles celles de la jeune femme qui n’était désormais plus qu’un corps gisant, ensanglanté, dans la suite Mélodie en sous-sol de l’Hôtel Majestic. Un rai de lumière opportun éclairait la scène, lui procurant une aura presque mystique, comme si un directeur de la photographie en avait ainsi exacerbé la beauté tragique sur les ordres d’un réalisateur désireux d’en souligner le caractère paradoxal et intrinsèquement cinématographique. Le doux soleil levant de mai semblait caresser le beau visage inerte, lui intimer de revenir à la vie. Dans cette chambre d’hôtel au décor luxueux, rien de grave ne semblait pourtant pouvoir survenir. La mer d’huile sur laquelle ouvraient les grandes baies vitrées renforçait encore cette impression de sérénité."

     

  • 70ème Festival de Cannes, j-1 : le programme complet. Suivez-moi en direct du 16 au 29 Mai !

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    Ce sera mon 17ème Festival de Cannes et, pourtant, alors qu’il est de bon ton d’y aller en rechignant  (et d'ignorer la chance et le privilège que sont ces 12 jours au cœur du plus grand festival de cinéma au monde, à vivre au rythme du cinéma), à J-5 de l'ouverture la fébrilité commence à s'emparer de moi et  je sais déjà que l’enthousiasme et l’émotion seront au rendez-vous quand je gravirai les marches en route pour la première projection du matin, quand résonnera Aquarium de Saint Saëns et quand j'entendrai les notes de jazz qui précédent chaque projection (réminiscences sonores qui toute l'année me replongent dans l'atmosphère du festival), et enfin quand apparaîtra le logo du festival sur l'écran et que les premiers plans du premier film projeté dans le Grand Théâtre Lumière me happeront dans leur univers. Alors, la réalité fera une pause, le temps suspendra son vol pendant 12 jours, même si paradoxalement les films du festival braquent souvent leurs projecteurs sur les tourments du monde. Indéniablement, même s’il est chaque année une fenêtre ouverte sur le monde, même s’il se fait l’écho de ses drames, de ses blessures, de ses colères, parallèlement, le festival est aussi une parenthèse dans sa course effrénée.

    J’ai du mal à croire qu’il s’agira déjà de mon 17ème Festival de Cannes depuis ma première participation grâce au prix de la jeunesse en 2001.  Je me souviens encore de mon émotion  indicible lorsque j’étais entrée dans le Grand Théâtre Lumière la première fois, une émotion qui, aujourd'hui encore, m'étreint. Depuis, à Cannes, tant d’autres émotions, tant de souvenirs inénarrables, tant d'incroyables découvertes cinématographiques. Je me souviens encore des mémorables festivités du 60ème et du 65ème…et je ne doute pas que celles du 70ème seront à la hauteur. 

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    Vous pourrez ainsi me suivre en direct du festival sur mes blogs Inthemoodforcinema.com et Inthemoodforfilmfestivals.com et bien sûr surtout sur mon blog consacré au Festival de Cannes Inthemoodforcannes.com sur lequel vous pouvez d’ores et déjà trouver de nombreuses informations sur le festival, et de nombreuses critiques de films liées au programme de cette 70ème édition. Vous pourrez aussi me suivre en direct du festival sur mes réseaux sociaux : twitter (@Sandra_Meziere /@moodforcannes), instagram (@sandra_meziere), et sur la page Facebook Inthemoodforcannes.com (http://facebook.com/inthemoodforcannes.com). Vous pourrez enfin me retrouver sur d'autres médias mais je vous en parlerai ultérieurement. Je vous réserve en tout cas de belles surprises à suivre ici et sur les réseaux sociaux précités.

    Vous pouvez aussi d’ores et déjà plonger dans l’atmosphère du festival avec mon premier roman « L’amor dans l’âme » publié aux Editions du 38 et dont l’intrigue se déroule dans le cadre du Festival de Cannes et mon recueil de 16 nouvelles sur les festivals de cinéma « Les illusions parallèles » qui comprend aussi deux nouvelles sur Cannes, publié par le même éditeur. Ici, quelques critiques qui, peut-être, sauront vous convaincre de découvrir ces livres qui sont aussi et avant tout des déclarations d'amour au cinéma, aux festivals et évidemment au Festival de Cannes. Puisque de livres il est question, sachez également que pour sa 70ème édition, le festival publie "Ces années-là", l'histoire du festival racontée par des critiques de cinéma du monde entier. Un livre écrit sous la direction de Thierry Frémaux avec une préface de Pierre Lescure. A paraître le 10 mai 2017 aux Editions Stock.

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    Couverture et quatrième de couverture Les illusions parallèles (2)

    Quatrième de couverture et couverture L'amor dans l'âme

    Programme de la 70ème édition

    Comme chaque année, devant un parterre de journalistes impatients et de toutes nationalités, c’est au délégué général du festival Thierry Frémaux et au président Pierre Lescure qu'était revenue la tâche de révéler la sélection officielle, depuis l'UGC Normandie,  sur les Champs-Élysées, le mois dernier.

    Pierre Lescure a d’abord rappelé que ce festival serait comme toujours « un moment suspendu », cette édition ayant en effet lieu entre l’élection présidentielle et les législatives. « Ce sera un moment politique », a-t-il ajouté. « Cette 70ème édition va se trouver dans un contexte historique français et international intéressant ». Il a également souhaité une édition « stable, festive » tandis que Thierry Frémaux a prôné un festival 2017 « joyeux, collectif, humain ».  A propos de politique, rôle et résonance qu’on attribue toujours au festival (et ce fut d’ailleurs à nouveau le cas avec la palme d’or 2016), Thierry Frémaux a tenu à préciser : « On dit souvent que le festival est politique. Ce n'est pas nous qui sommes politiques mais les auteurs qui le sont ».  Le « Festival de Cannes reste dédié à l'art et au 7ème art.  Mais c'est aussi une  promesse du vivre ensemble » a également ajouté Thierry Frémaux.

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    Ce dernier a également évoqué le cornélien puzzle qu’a représenté la constitution de cette sélection officielle 2017. «  Quand on construit une compétition avec une part non négligeable de gens habitués, quand ils sont moins nombreux, vous ne trouvez pas de quoi faire une compétition du niveau de celle de Cannes. » «Cette année, la compétition s'est dessinée tardivement » a-t-il également précisé ajoutant que « sont beaucoup évoqués dans les films l'exaltation et le manque du vivre ensemble ». « Ce festival, on avait l'intention qu'il soit sinon une parenthèse, au moins une respiration » a également insisté Pierre Lescure.

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    Nous savions déjà que cette édition se déroulerait du 17 au 28 Mai 2017, que le cinéaste espagnol Pedro Almodovar en serait le président du jury (lui qui n’a jamais eu la palme d’or et l’aurait méritée tant de fois), que la tourbillonnante affiche mettait en scène la somptueuse et lumineuse actrice Claudia Cardinale, que Monica Bellucci serait la maîtresse des cérémonies du Festival, que  Sandrine Kiberlain présiderait le jury de la Caméra d'or et Cristian Mungiu celui de la compétition des courts métrages et de la Cinéfondation (toujours présidée par Gilles Jacob qui l'a fondée, l'occasion de vous recommander son excellent livre "Un homme cruel").

    Après la conférence de presse, nous avons appris que l'actrice Uma Thurman présiderait le jury Un Certain Regard et que Pedro Almodovar serait entouré du prestigieux jury suivant : Jessica Chastain - Comédienne, Maren Ade - Réalisatrice, Fan Bingbing - Actrice, Agnès Jaoui - Actrice, Park Chan-Wook - Réalisateur, Will Smith - Acteur, Paolo Sorrentino - Réalisateur, Gabriel Yared - Compositeur.

    Quant à la sélection de la Quinzaine des réalisateurs, vous pouvez la retrouver en cliquant ici et celle de la Semaine de la critique en cliquant là.

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    Le festival a reçu (et visionné) cette année 1930 longs-métrages parmi lesquels (au moment de la conférence de presse) ont été sélectionnés 49 longs métrages provenant  de 29 pays différents et 9 premiers films en sélection officielle. 12 réalisatrices figurent également dans la sélection, a précisé Thierry Frémaux, devançant les habituelles remarques à ce sujet.

    Concernant les évènements liés à cet anniversaire, Cannes classics offrira une programmation dédiée à des films et documentaires en lien avec l’histoire du festival…et vous savez à quel point j’aime cette section du festival. Cette année, je la couvrirai tout particulièrement. « Une grande partie des films sélectionnés pour Cannes Classics font partie de l'histoire du festival, à commencer par La bataille du rail », a également annoncé le délégué général du festival lors de la conférence.

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    18 films seront en lice pour la palme d’or et pour succéder à « Moi Daniel Blake » de Ken Loach, des films réalisés par : Michael Haneke, François Ozon, Michel Hazanavicius, Jacques Doillon, Sofia Coppola, Fatih Akin, Noah Baumbach, Bong Joon-Ho, Robin Campillo, Todd  Haynes, Hong Sangsoo, Naomi Kawase, Yorgos Lanthimos, Sergei Loznitsa, Kornel Mundruczo,Lynne Ramsay, Benny Safdie et Josh Safdie, Andrey Zvyangintsev. THE SQUARE de Ruben ÔSTLUND a été ajouté à la liste après la conférence de presse.

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    Thierry Frémaux a d’abord annoncé que pour la première fois le festival programmerait un  film en réalité virtuelle de quelques minutes, « Chair et sable », réalisé par Alejandro Gonzalez Inarritu. Cette technique emmènera le spectateur  "vers des espaces imaginaires et des mondes différents" promet Thierry Frémaux. « À partir de faits bien réels, les lignes qui semblent habituellement séparer le sujet observé de son observateur se trouvent ici brouillées quand chacun est invité à se déplacer à l’intérieur d’un vaste espace, en suivant des réfugiés et en en vivant intensément une partie de leur périple. « CARNE Y ARENA » utilise ainsi de façon totalement inédite la technologie virtuelle la plus sophistiquée pour créer un espace infini de narrations multiples peuplé de personnages réels. Installation expérimentale et visuelle, « CARNE Y ARENA » est une expérience à vivre en solo pendant 6 minutes 30. Elle est proposée par Alejandro G. Iñárritu et son équipe de fidèles collaborateurs parmi lesquels son directeur de la photographie déjà récompensé de trois Oscars Emmanuel Lubezki, la productrice Mary Parent ou l’équipe de ILMxLAB. » Après « The Revenant », nous attendons avec impatience cette nouvelle réalisation qui promet d’être singulière.

     Au programme également cette année, des séries  avec d’abord « Top of the Lake » de Jane Campion, l’occasion de retrouver à Cannes la seule femme ayant obtenu la palme d’or (en 1993 pour "La leçon de piano"), mais aussi deux épisodes de la troisième saison tant attendue de « Twin Peaks » de David Lynch. «C'est parce que ces deux séries sont signées Lynch et Campion que nous montrons leurs films, c'est une façon de donner des nouvelles de quelques cinéastes qui nous sont chers», a ainsi déclaré Thierry Frémaux.

    Thierry Frémaux a également annoncé des « séances plus spéciales », car liées au 70ème anniversaire parmi lesquelles un hommage à Wajda (avec notamment la présence de Lech Walesa), la présentation d’un film posthume d’Abbas Kiarostami. Kristen Stewart, quant à elle, montrera un court-métrage qu'elle a réalisé, intitulé « Come Swim ». Ces séances sont annoncées comme des événements du 70ème anniversaire ainsi que les séries précédemment évoquées.

    les fantômes d'ismaël

    C’est le nouveau film d’Arnaud Desplechin, « Les Fantômes d’Ismaël », avec Charlotte Gainsbourg et Marion Cotillard, qui ouvrira ce 70ème festival, hors compétition, après le réjouissant « Café Society » de Woody Allen l’an passé (retrouvez également ma critique de Café Society sélectionnée comme critique du mois sur le site officiel de Canal +). Synopsis : Ismaël Vuillard fabrique des films. Celui qu’il invente en ce moment est le portrait d’Ivan, un diplomate atypique inspiré de son frère. Avec Bloom, son maître et beau-père, Ismaël pleure encore la mort de Carlotta, disparue il y a vingt ans. Aux côtés de Sylvia, Ismaël s’est inventé une nouvelle vie, lumineuse; mais un jour, Carlotta, déclarée officiellement morte, revient. Sylvia s’enfuit ; Ismaël rejette Carlotta. Sa raison semble vaciller et il quitte le tournage pour retrouver sa maison familiale à Roubaix. Là, il s’enferme, assailli par ses fantômes. Jusqu’à ce que la vie s’impose à lui…

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    Avec « Happy end », un titre quelque peu ironique quand on connaît le cinéma du réalisateur autrichien, Michael Haneke pourrait obtenir une troisième palme d’or après celles obtenues pour « Le ruban blanc » en 2009 et « Amour » en 2012 et  pour ce qui est annoncé comme un drame sur les migrants de Calais dans lequel jouent notamment Jean-Louis Trintignant, Mathieu Kassovitz et Isabelle Huppert, plus précisément le portrait d’une famille bourgeoise française installée à Calais, non loin d’un camp de migrants.

    De retour également sur la Croisette, le Russe Andrey Zvyagintsev avec « Loveless » mais aussi le Grec Yorgos Lanthimos qui nous avait tant décontenancé et enthousiasmé en 2015 avec "The Lobster ". Son film s’intitule cette fois « Mise à mort du cerf sacré »  et mettra à nouveau en scène Colin Farrell.

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    Parmi les autres films attendus, celui de Sofia Coppola, « Les Proies » (The Beguiled), une adaptation du roman de Thomas Cullinan, avec Colin Farrell, Nicole Kidman, Elle Fanning et Kirsten Dunst.

    Le cinéma américain sera représenté par Sofia Coppola mais aussi par Noah Baumbach (« The Meyerowitz Stories » acquis par Netflix), Todd Haynes pour « Wonderstruck » et les frères Safdie pour « Good Time » avec Robert Pattinson une « histoire de braquage » a annoncé Thierry Frémaux.

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    Côté films français, la sélection est particulièrement prestigieuse et alléchante avec le retour à Cannes de François Ozon avec « L’Amant double » que j'attends tout particulièrement (après « Frantz » LE film de l’année 2016 dont vous pouvez retrouver ma critique, ici), en compétition pour la troisième fois à Cannes (après « Swimming Pool » et « Jeune et jolie »), avec un thriller « hitchcockien », " entre  De Palma et Cronenberg ", selon les termes de Thierry Frémaux,  un film interprété par Marine Vacth, Jérémie Rénier et Jacqueline Bisset. Le film raconte l’histoire de Chloé, une jeune femme fragile et dépressive, qui entreprend une psychothérapie et tombe amoureuse de son psy. Quelques mois plus tard, ils s’installent ensemble mais elle découvre que son amant lui a caché une partie de son identité.

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    Michel Hazanavicius sera également de retour avec « Le Redoutable » (dans lequel Louis Garrel interprète le rôle de Jean-Luc Godard) après « The Search » en 2014 et « The Artist » en 2009 (prix d’interprétation masculine pour Dujardin). Robin Campillo sera également en lice avec « 120 Battements par minute ». Robin Campillo est scénariste et monteur notamment de la palme d’or réalisée par Laurent Cantet, « Entre les murs ». Il met ici en scène Adèle Haenel dans ce qui est annoncé comme une chronique du combat d’Act Up dans la France des années 90 au pic de l’épidémie du sida.

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     Enfin, Jacques Doillon sera de retour à Cannes avec le très attendu « Rodin », un biopic sur le sculpteur interprété par Vincent Lindon, prix d’interprétation du Festival de Cannes 2015 pour " La loi du marché" de Stéphane Brizé.

    Côté cinéma asiatique nous retrouverons la cinéaste japonaise Naomi Kawase et les Coréens Hong Sang-soo et Bong Joon-ho.

     

    Fouleront notamment le tapis rouge :  Nicole Kidman (incontournable avec 4 films cette année dont « Les Proies » de Sofia Coppola,  « How to Talk to Girls at Parties » de John Cameron Mitchell et la deuxième saison de la série de Jane Campion « Top of the Lake »),  Robert Pattinson, Vincent Lindon, Isabelle Huppert, Jean-Louis Trintignant, Louis Garrel, Adèle Haenel, Joaquin Phoenix, Colin Farrell, Julianne Moore, Kirsten Dunst, Elle Fanning…

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    Ce 70ème anniversaire nous promet aussi une belle sélection de documentaires qu’il me tarde également de découvrir. Hors compétition, Agnès Varda et le plasticien JR présenteront  ainsi « Visages, villages ». Raymond Depardon montrera en séance spéciale son documentaire « Douze Jours » sur l’internement d’office, Claude Lanzmann présentera « Napalm », un film sur la Corée du Nord et enfin Al Gore proposera son nouveau film sur le climat intitulé «  An Inconvenient Sequel. »

    Dans la section «Un Certain regard» seront programmés : Cecilia Atan et Valeria Pivato,  Kantemir Balagov, Kaouther Ben Hania, Laurent Cantet, Sergio Castellitto, Michel Franco, Valeska Grisebach, Stephan Komandarev, Gyorgy Krystof, Kiyoshi Kurosawa, Karim MoussaouiMohammad Rasoulof, Léonor Serraille, Taylor Sheridan, Annarita Zambrano.

    Le nouveau film réalisé par Mathieu Amalric sera projeté en ouverture. Il s'intitule «  Barbara », un film sur un metteur en scène qui veut faire un film sur la chanteuse Barbara.

    Le film projeté le dernier dimanche soir du festival sera, comme l’an passé, la palme d’or.

    Compléments de sélection (annoncés après la conférence de presse)

    Commençons par les annonces les plus récentes ou plutôt les surprises de la grille de programmation publiée hier : une leçon de cinéma de Clint Eastwood en salle Bazin le 21 Mai à 16h et une leçon de cinéma d'Alfonso Caron le 24 Mai à 16H30. Parmi les ajouts de la grille de programmation, nous noterons également une mystérieuse soirée des 70 ans le 23 Mai, au Grand Théâtre Lumière.

    Un nouveau film en compétition s'est ainsi ajouté à la liste, il s'agit de THE SQUARE de Ruben ÔSTLUND. "Un directeur de musée ambitieux prépare une exposition dont l'impact va être puissant", nous indique simplement le synopsis.

    Hors compétition, nous aurons le plaisir de découvrir le nouveau film de Roman Polanski "D'après une histoire vraie" avec Emmanuelle Seigner et Eva Green. "Adaptation du roman homonyme de Delphine de Vigan centré sur l'histoire d'une romancière qui traverse un passage à vide après la parution de son dernier livre."

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    Deux films ont également été ajoutés au programme de Un Certain Regard:

    "La Cordillera" de Santiago Mitre : "Le film raconte, à la manière d’un thriller fantastique, un scandale politique et familial touchant le président de la République argentin et sa fille, durant le sommet des présidents latino-américains à Santiago du Chili. "

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    -"Walking past the future" de LI Ruijun

    Deux films ont également été ajoutés en séances spéciales :

    "Le Vénérable W." de Barbe Schroeder : en Birmanie, le « Vénérable W. » est un moine bouddhiste très influent. Sortie en France en salles : le 7 juin 2017

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    "Carré 35" d'Eric Caravaca :

    Carré 35 est un lieu qui n’a jamais été nommé dans ma famille ; c’est l’emplacement de la concession où se trouve le caveau de ma sœur aînée, morte à l’âge de trois ans. Cette sœur dont on ne m’a rien dit ou presque, et dont mes parents n’avaient curieusement gardé aucune photographie. C’est pour combler cette absence d’image que j’ai entrepris ce film. Croyant simplement dérouler le fil d’une vie oubliée, j’ai ouvert une porte dérobée sur un vécu que j’ignorais, sur cette mémoire inconsciente qui est en chacun de nous et qui fait ce que nous sommes." 

    Une séance des enfants a également été ajoutée au programme:

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    -Zombillénum de Arthur de Pins et Alexis Ducord : Dans le parc d’attractions d’épouvante Zombillénium, les monstres ont le blues. Non seulement, zombies, vampires, loups garous et autres démons sont de vrais monstres dont l’âme appartient au Diable à jamais, mais en plus ils sont fatigués de leur job, fatigués de devoir divertir des humains consuméristes, voyeuristes et égoïstes, bref, fatigués de la vie de bureau en général, surtout quand celle-ci est partie pour durer une éternité... Jusqu'à l'arrivée d'Hector, un humain, contrôleur des normes de sécurité, déterminé à fermer l’établissement. Francis, le Vampire qui dirige le Parc, n’a pas le choix : il doit le mordre pour préserver leur secret. Muté en drôle de monstre, séparé de sa fille Lucie, et coincé dans le parc, Hector broie du noir... Et si il devenait finalement la nouvelle attraction phare de Zombillénium ?  

    Enfin, à l'occasion du 70ème anniversaire :

    -Une séance hommage à André Téchiné avec une présentation de son nouveau film "Nos années folles". Adapté de l'histoire vraie d'un soldat qui déserte et qui, pour se cacher, aidé par sa compagne, se travestit en femme. 

    -Un évènement ciné-concert  de Tony Gatlif avec la projection de DJAM au cinéma de la plage

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    Comme annoncé lors de la conférence de presse officielle du festival le mois dernier, le programme de Cannes Classics 2017 sera dédié en grande partie à l'histoire du festival. Comme chaque année, cette sélection permettra d'afficher le travail de valorisation du patrimoine effectué par les sociétés de production, les ayants-droit,  les cinémathèques ou les archives nationales à travers le monde.

    Cannes classics permet ainsi de revoir des chefs-d'œuvre de l'histoire du cinéma en copies restaurées. Le programme de l'édition de Cannes Classics 2017 se compose de 24 séances, un court-métrage et cinq documentaires. Les films seront projetés dans le Palais des Festivals, en présence de ceux qui les ont restaurés et lorsqu'ils sont encore parmi nous de ceux qui les ont réalisés.

    Seront ainsi projetés 16 films ayant marqué l'histoire du festival  de 1946 à 1992 :

    1946 : La Bataille du Rail de René Clément (France) : Grand Prix International de la mise en scène et Prix du Jury International

    • 1953 : Le Salaire de la peur de Henri-Georges Clouzot (1952, France, Italie) : Grand Prix
    • 1956 : Un petit carrousel de fête de Zoltán Fábri (1955, Hongrie) : en Compétition
    • 1957 : Vers l’inconnu ? de Georges Nasser (Liban) : en Compétition
    • 1967 : J’ai même rencontré des Tziganes heureux d'Aleksandar Petrović (Serbie) : en Compétition, Grand Prix Spécial du Jury, Prix de la Critique Internationale - FIPRESCI ex-aequo
    • 1967 : Blow-up de Michelangelo Antonioni (1966, Royaume-Uni, Italie, ÉtatsUnis) : Grand Prix International du Festival
    • 1969 : Matzor (Siège) de Gilberto Tofano (Israël) : en Compétition
    • 1970 : Soleil O de Med Hondo (Mauritanie, France) : Semaine de la Critique
    • 1976 : Babatu, les trois conseils de Jean Rouch (Niger, France) : en Compétition
    • 1976 : L’Empire des sens de Nagisa Oshima (France, Japon) : Quinzaine des Réalisateurs
    • 1980 : All that Jazz (Que le spectacle commence) de Bob Fosse (1979, ÉtatsUnis) : Palme d’or
    • 1981 : L’Homme de fer d'Andrzej Wajda (Pologne) : Palme d’or
    • 1982 : La Permission de Yilmaz Güney, réalisé par Serif Gören (Suisse) : Palme d’or ex-aequo, Prix de la Critique Internationale - FIPRESCI
    • 1983 : La Ballade de Narayama de Shôhei Imamura (Japon) : Palme d’or
    • 1992 : El sol del membrillo (Le Songe de la lumière) de Victor Erice  (Espagne) : Compétition, Prix du Jury ex-aequo, Prix de la Critique Internationale - FIPRESCI
    • 1951-1999 : Une brève histoire des courts métrages présentés par le Festival de Cannes. Un programme présenté par Christian Jeune et Jacques Kermabon.

    D'autres évènements, d'autres films restaurés, d'autres invités :

     
             . Madame de… de Max Ophüls (1953, France) : Séance proposée en hommage à Danielle Darrieux à l’occasion de son anniversaire, et présentée par Dominique Besnehard, Pierre Murat et Henri-Jean Servat qui présentera la dernière interview filmée de Danielle Darrieux.
    • L’Atalante de Jean Vigo (1934, France) en copie restaurée 35mm
    • Native Son (Sang noir) de Pierre Chenal (1951, Argentine)
    • Paparazzi de Jacques Rozier (1963, France)
    • Belle de jour de Luis Buñuel (1967, Espagne, France)
    • Et au milieu coule une rivière de Robert Redford (1992, États-Unis)
    • Lucía de Humberto Solas (1968, Cuba)

    Documentaires sur le Cinéma :

    • La belge histoire du festival de Cannes de Henri de Gerlache (2017, Belgique)
    • Filmworker de Tony Zierra (2017, États-Unis)
    • Becoming Cary Grant (Cary Grant - de l’autre côté du miroir) de Mark Kidel (2017,France)
    • Jean Douchet, l’enfant agité de Fabien Hagège, Guillaume Namur, Vincent Haasser (2017, France)

    Au regard de l’actualité (le gouvernement sera annoncé deux jours avant l’ouverture et le nouveau gouvernement sera tout juste nommé), et de l’anniversaire que célébrera Cannes, cette édition sera forcément et comme toujours singulière. Et comme toujours également, j’ai hâte de vibrer pour les films qui seront projetés et de vous faire partager mon enthousiasme "in the mood for Cannes" !

    Pour d'autres informations: consultez l'excellent site officiel du Festival de Cannes.

    Retrouvez mon compte rendu du Festival de Cannes 2016, ici.

    Retrouvez toutes mes bonnes adresses à Cannes pour préparer au mieux votre séjour, ici.

     La sélection officielle du 70ème Festival de Cannes

    Compétition officielle

    competition

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  • Cannes 2017 - Critique de SOMEWHERE de Sofia Coppola (en attendant LES PROIES)

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    Parmi les films attendus de ce 70ème Festival de Cannes figure ainsi celui de Sofia Coppola (en compétition officielle), « Les Proies » (The Beguiled), une adaptation du roman de Thomas Cullinan, avec Colin Farrell, Nicole Kidman, Elle Fanning et Kirsten Dunst. En attendant de le découvrir sur la Croisette, je vous propose ma critique de SOMEWHERE de Sofia Coppola.

    Critique de SOMEWHERE de Sofia Coppola

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     Quatrième long-métrage de la cinéaste après « Virgin suicides », « Lost in translation » et « Marie-Antoinette », « Somewhere » a reçu le Lion d’or du Festival de Venise « à l’unanimité » selon le président du jury Quentin Tarantino, malgré l’accueil mitigé que le film avait reçu à la Mostra mais Quentin Tarantino (que certains ont accusé de favoritisme, ce dernier ayant été le compagnon de Sofia Coppola) n’en est pas à sa première remise de prix controversée, on se souvient ainsi de la controverse suite à la palme d’or que le jury cannois qu’il présidait avait attribuée à Michael Moore pour « Fahrenheit 9/11 », en 2004.

    Le synopsis de « Somewhere » n’est pas sans rappeler celui de « Lost in translation » :  Johnny Marco (Stephen Dorff), acteur de son état, promène sa lassitude désenchantée dans les couloirs du Château Marmont, célèbre hôtel (réel) de Los Angeles fréquenté par le tout Hollywood, jusqu’au jour où arrive Cléo (Elle Fanning), sa fille de 11 ans.  Avec elle, il va enfin se réveiller et révéler, et cesser de tourner en rond pour retrouver le « droit chemin ».

    La première scène  nous montre ainsi une voiture (la Ferrari rutilante de l’acteur dont on se demande parfois si le film n’en est pas le spot publicitaire même si, certes, elle n’est pas sans symboles, notamment  de son luxueux enfermement ) qui tourne en rond sur un circuit, à l’image de Johnny dans les couloirs du Château Marmont, et de sa vie qui ne semble aller nulle part, et n’être qu’une errance dans les couloirs de l’hôtel où il croise notamment Benicio Del Toro, Aurélien Wiik et Alden Ehrenreich (dont je vous laisse retrouver les très courtes apparitions) mais surtout des silhouettes lascives, fantomatiques et désincarnées quand il n’en ramène pas dans sa chambre, semble-t-il sa seule occupation. Lorsque la gracile, solaire et sage Cléo débarque, il porte un regard nouveau sur ce qui l’entoure, ou même tout simplement il porte un regard, enfin.

     Ce regard c’est celui de la cinéaste, habituée des lieux, gentiment ironique : sur la télévision italienne et ses personnages hauts en couleurs, les conférences de presse aux questions consternantes (dont les questions et la perplexité de l’acteur n’ont pas été sans me rappeler celle-ci, notamment, mais aussi bien d’autres), la promotion contrainte et souvent absurde.

     Le cinéma de Sofia Coppola, d’ailleurs qu’il se passe au XVIIIème ou en 2010, semble compiler les effets de mode : musicaux (hier Air, aujourd’hui Phoenix, avec la musique de son compagnon Thomas Mars), géographiques (l’hôtel Château Marmont de Los Angeles) ou visuels ( trèèès longs plans fixes ou plans séquences).

    Le problème c’est qu’à force d’être « à la mode », Sofia Coppola nous donne l’impression de regarder la couverture glacée d’un magazine (à moins que ce ne soit délibéré que nous ne voyions rien comme Johnny aveugle à ce qui l’entoure). Le Château Marmont est un lieu décadent nous dit-elle, mais son regard semble s’arrêter à l’apparence, à cette première page sans jamais en franchir réellement le seuil. A l’image du premier plan et de son protagoniste, le cinéma de Sofia Coppola semble par ailleurs tourner en rond : le cadre, les personnages, la fin rappellent ceux de « Lost in translation » (notamment avec ses paroles inaudibles),  et on retrouve ses thématiques récurrentes : personnages esseulés, en transition, célébrité.

     Là où « Lost in translation » était avant tout centré sur le scénario (recevant un Oscar, mérité, pour celui-ci), « Somewhere » ressemble davantage à un exercice de style imprégné de cinéma d’auteur français  et de Nouvelle Vague(jusqu’au prénom Cléo, probablement en référence à Varda) ou de cinéastes américains comme Gus Van Sant, mais je ne vois toujours pas ce que ce film a de plus qu’un grand nombre de films indépendants américains (notamment ceux projetés en compétition dans le cadre du Festival du Cinéma Américain de Deauville, au moins aussi bons) et donc ce qui justifie son prix à la Mostra.

    Finalement ce film est à l’image de sa réalisatrice qui dégage un charme discret et dont on ne sait si on la trouve charmante à force qu’on nous ait rabâché qu’elle l’était ou si elle l’est réellement. J’avoue n’avoir toujours pas réussi à trancher, et à savoir si son film lui aussi est juste une image ou si il a une réelle consistance. Ou s’il n’est qu’un masque comme celui que Johnny est contraint de porter (au propre comme au figuré). Cela me rappelle d’ailleurs cette anecdote significative, Sofia Coppola passagère connue et anonyme dans un bus et que j’étais la seule à remarquer, témoignant du fait qu’on ne la remarque comme une icône de mode que parce que les magazines nous la désignent comme telle, et je me demande ainsi si ce n’est pas à l’image de son cinéma qui serait « remarquable » car « à la mode ». En tout cas, et pour mon plus grand plaisir, n'a-t-elle pas cédé à une mode: celle des films avec dialogues (quand il y en a) et rythme effrénés pour vous empêcher de réflèchir (ce qui, en général, serait fortement nuisible aux films en question).

    « Somewhere », à la fois très dépouillé et stylisé (qualité et défaut d’un premier film dont il a les accents), n’est donc néanmoins pas dénué de charme ou de grâce (par exemple le temps d’un survol en hélicoptère où Johnny prend la mesure de la beauté du monde, en tout cas de son monde, d’une danse aérienne sur la glace, ou d’une caméra qui s’éloigne lentement, prenant du recul comme Johnny va le faire progressivement), et son ironie désenchantée est plutôt réjouissante. La photographie langoureuse d’Harris Savides (notamment chef opérateur de « Gerry », "Elephant", "Whatever works", "The Game", ou « The Yards »), les plans lancinants souvent intelligemment métaphoriques retiennent notre attention et, malgré la lenteur, ne laissent jamais l’ennui s’installer mais nous permettent au contraire de nous laisser porter par l’atmosphère du Château Marmont et, comme Johnny d’en éprouver les facéties étouffantes. Stephen Dorff est parfaitement crédible en acteur débraillé, lucide, blasé et passif que tout le monde trouve en pleine forme, et la jeune Elle Fanning dégage une grâce, une maturité et une justesse rares qui illuminent le film et promettent une jolie carrière. Ils forment un duo tendre et attachant, crédible.

     Malgré cela, ce « Somewhere » certes indéniablement plein de charme, m’a laissée sur ma faim, et je m’interroge encore pour savoir si cette longue route droite mène réellement quelque part et si, plus encore qu’intimiste, ce film n’en est pas démesurément personnel, voire narcissique, pour oublier d’être ce qu’est tout grand, voire tout bon film, et ce qu’étaient à mon sens les excellents « Lost in translation » et « Marie-Antoinette » : universels.

  • Critique de HUMAN de Yann Arthus-Bertrand ( Semaine du Cinéma Positif - Cannes 2017)

    Dans le cadre de la Semaine du Cinéma Positif (dont je vous ai parlé, ici) sera projeté le film HUMAN de Yann Arthus-Bertrand, le 22 mai, en présence de ce dernier, de Jacques Attali et du Maire de Cannes, David Lisnard. Retrouvez ma critique du film, ci-dessous.

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    Après avoir été présenté au siège des Nations Unies à New York, à la Mostra de Venise (hors compétition) et à la Fête de l’humanité, le même jour et dans sa version cinématographique, ainsi que dans 500 cinémas en France, « Human », le documentaire de Yann Arthus-Bertrand a été diffusé le 29 septembre, à 20H55, sur France 2. C’est cette version (plus courte que la version cinématographique mais non moins intense) dont je vous parle aujourd'hui.

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    « Home », le précédent film de Yann Arthus-Bertrand sorti en 2009 était un hymne à la terre qui nous expliquait que, en 200 000 ans d’existence, l’Homme avait rompu un équilibre fait de près de 4 milliards d’années d’évolution. Certaines images restent encore gravées dans ma mémoire : ces tours insolentes et dévastatrices qui conquièrent le ciel de Shanghai (3000 tours érigées en 20 ans), ces villes tentaculaires qui se gorgent d’eau face à ces étendues asséchées, dans d’autres endroits de la planète, où elle est une quête quotidienne et vitale (500 millions d’Hommes habitent ainsi des contrées désertiques !), cette sidérante standardisation, jusqu’aux pavillons de Pékin qui ressemblent à s’y méprendre à ceux de Palm Springs, autant de témoignages de la construction à outrance, comme encore la monstruosité bétonnée de Dubaï qui contraste tellement avec l’image sublimement   simple et rare qui lui succède, celle d’une baleine qui nage dans la mer. Je me souviens aussi de l’exemple très parlant de l’île de Pâques où la civilisation n’a pas survécu après avoir été exploitée jusqu’au bout, autrefois une des plus brillantes.   Plus manichéen que « Human », « Home » opposait ainsi la culture dévastatrice à la nature bienveillante, une opposition alors appuyée par une musique angoissante lorsqu’étaient montrées des mégalopoles ou une musique lénifiante et rassurante quand il s’agissait des paysages vierges de toute habitation.

    Six ans plus tard sort donc « Human », un projet salutairement fou, incroyablement ambitieux, utopiste, (planétaire !), dont la réalisation a nécessité 3 ans, 110 tournages dans 65 pays, pour recueillir 2020 récits de vie dans pas moins de 63 langues grâce à une équipe de 16 journalistes, 20 chefs-opérateurs, 5 monteuses et 12 personnes pour la production.

    Quels que soient le pays, les cultures, l’âge ou les religions, les personnes qui ont recueilli les témoignages ont soumis aux participants les mêmes questions essentielles autour de la condition humaine, ces questions que nous préférons en général ne pas nous poser car elles nous mettent face à la vanité, peut-être la vacuité, en tout cas la finitude de nos existences :

    Vous sentez-vous libre ? Quel est le sens de la vie ? Quelle est l’épreuve la plus difficile que vous avez dû affronter et qu’en avez-vous appris ? Quel est votre message pour les habitants de la planète ?…

    Ces témoignages sont entrecoupés d’images aériennes inédites d’une beauté vertigineuse, fulgurante, étourdissante qui subliment la planète ou parfois mettent l’accent sur ses drames écologiques.

    D’abord, d’emblée, se succèdent des visages sur fond noir face caméra que cette sobriété met en relief. Autant de regards. D’histoires. D’expressions. Des parcours de vie. Un visage sur lequel coule une larme. Des yeux qui se ferment. Qui ouvrent sur un paysage désertique d’une beauté époustouflante. Tel un rêve. Des hommes gravissent ensuite cette montagne désertique sur laquelle apparaît le titre « Human » comme une parabole de toutes ces destinées éprouvées mais combattives qui vous nous happer dans leurs récits et face auxquelles, cette fois, nous ne pourrons détourner le regard. Une musique qui fend l’âme parachève l’ensemble.

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    Puis cela commence réellement par le témoignage bouleversant d’un homme qui fut battu par son père : « Je me souviens… ». « Pendant de nombreuses années j’ai cru que l’amour devait faire mal. » Je vous laisse découvrir son poignant témoignage comme le seront tous ceux qui vont lui succéder exacerbés par ce dispositif qui donne l’impression que chacun d’entre eux s’adresse directement à nous, qui renforce la résonance de certains drames ou bonheurs, qui renforce la force des mots, des visages, des regards, des silences, annihilant les différences pour souligner les peurs, les révoltes, les aspirations communes. Comme un miroir des nôtres. Des moments de vérité face auxquels il est impossible de rester insensible qui nous bousculent, nous heurtent, pansent -un peu- ou avivent nos plaies par l’écho ou la prise de conscience qu’ils provoquent.

    Ce dispositif singulier nous contraint judicieusement à regarder, à affronter le regard de l’autre alors que notre attention est sans cesse sollicitée, dispersée, aveuglée nous faisant éluder les questions essentielles auxquelles ces témoignages nous confrontent. Pendant les témoignages, d’autres visages défilent sur l’écran, soulignant ainsi l’universalité des propos.

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    Les images aériennes inédites sublimées par une musique ensorcelante signée Armand Amar créent une respiration entre les témoignages et soulignent la beauté sidérante et hétérogène du monde. Le reflet du ciel dans les rizières. Le soleil qui se réverbère dans le bleu azuré de la mer. La spectaculaire et terrifiante fureur des océans. Les méandres improbables et fascinants du salar d’Uyuni en Bolivie. Ces enfants qui chevauchent dans les steppes mongoles. Des images poétiques, envoûtantes, lyriques qui ressemblent parfois à des tableaux abstraits comme un contrepied au réalisme et à la sobriété des témoignages.

    Ces images sont aussi parfois tristement absurdes quand l’humanité et la singularité s’égarent dans l’uniformité que ce soit celle de cette vague humaine de Chinois à Chengdu avec leurs bouées colorées ou celle qui lui succède de cette multitude de mariés en noir et blanc. Comme un écho à ce building avec tous ces bureaux uniformes. Derrière une vitre y apparaît ainsi un homme seul au téléphone. Lui succède l’image d’un homme lui aussi seul sur une montagne dans le désert. Des multitudes. Des solitudes. Par-delà les océans et les frontières. Les disparités et les paradoxes du monde sont alors flagrants et parfois dans un même pays comme le souligne le témoignage de cet homme qui raconte comment, en Inde, ceux qui ont fui à cause de la crise de l’eau se retrouvent, dans le même pays, à construire des buildings avec des piscines à chaque étage rivalisant de gigantisme et de luxe ostentatoires.

    Tant d’images, de visages mais de mots aussi qui vous bousculeront longtemps après la projection  comme ceux de cet enfant, « Je n’ai pas peur de la mort si c’est pour la Syrie », Comme cette femme qui crie « on est train de mourir. Mais personne ne nous écoute. » Et tant d’autres : « Tout cela a fait naître en moi l’amour de la haine, l’amour de la vengeance. L’homme ne nait pas avec ces sentiments-là, ils s’installent avec le temps, avec ce qu’on vit. » A hauteur d’hommes, les témoignages soulignent l’absurdité des conflits récurrents qui déchirent la planète à l’image du conflit israélo-palestinien lorsqu’un Palestinien puis un Israélien témoignent de la mort de leurs filles qu’il a provoquée et appellent pareillement au pardon et à la paix.

    « Human » possède la vertu inestimable de donner du temps à la parole et aux silences quand le fonctionnement médiatique actuel, dans l’urgence et dans l’immédiateté, condamne la première à être si souvent résumée, caricaturée, interrompue et le second à être banni alors qu’il peut être, comme il l’est parfois dans ce documentaire, si bavard et riche de sens.

    Bien plus qu’un documentaire et un projet salutairement naïf et pharaonique, « Human » est un voyage émotionnel d’une force redoutable, une démonstration implacable de la réitération des erreurs de l’humanité, une radiographie saisissante du monde actuel, un plaidoyer pour la paix, pour l’écoute des blessures de la planète et de l’être humain dans toutes leurs richesses et leurs complexités, une confrontation clairvoyante, poignante au monde contemporain et à ceux qui le composent.

    Si je ne devais retenir que deux phrases, ce seraient sans doute celles-ci, un appel à l’humanité et aux réminiscences d’enfance, que nous portons tous en nous :

    -« N’oubliez pas qui vous êtes et souriez toujours car sourire est le seul langage universel. »

    -« La vie c’est comme porter un message de l’enfant que tu as été au vieillard que tu seras. Il faut faire en sorte que ce message ne se perde pas en route. »

    Un documentaire nécessaire, d’une bienveillance, d’une empathie et d’une utopie salutaires quand le cynisme ou l’indifférence sont trop souvent glorifiés, et parfois aussi la cause des tourments et les ombres du monde que « Human » met si bien en lumière. Préparez-vous à être emportés par ce torrent d’émotions.  A voir absolument !

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