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FESTIVAL DE CANNES 2012 - Page 4

  • Brad Pitt au 65ème Festival de Cannes pour "Killing them softly": critiques de "Inglourious basterds" et "Babel"

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    (photos ci-dessous copyright inthemoodforcinema )

    Je vous le disais dans un article précèdent sur http://www.inthemoodforcannes.com : Brad Pitt sera de retour à Cannes pour "Killing them soflty" de Andrew Dominik (pour qui il avait déjà interprété l'inoubliable Jesse James) après avoir déjà (notamment) présenté sur la Croisette deux films inoubliables: "Babel" de Alejandro Gonzalez Inarritu et "Inglourious basterds" de Quentin Tarantino. En attendant de vous livrer ici ma critique de "Killing them softly", retour en critiques sur ces deux grands films.

     

    Critique de "Babel" d'Alejandro Gonzalez Inarritu

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    Ci-dessous ma critique publiée suite à la projection de ce film qui avait obtenu le prix de la mise en scène à Cannes, en 2006:

    En plein désert marocain, des enfants jouent avec un fusil que leur père vient d’acheter. Un coup de feu retentit et blesse une touriste américaine dans un bus qui passait sur la route, en contrebas. Les destins de cette femme (Cate Blanchett) et de son mari (Brad Pitt) dont le couple battait de l’aile, les destins des deux enfants responsables du coup de feu, le destin de la nourrice mexicaine des enfants du couple d’Américains, le destin d’une jeune Japonaise, en l’occurrence la fille de l’homme qui a donné le fusil à un Marocain qui l’a revendu au père des deux enfants : ces destins vont tous avoir une influence les uns sur les autres, des destins socialement et géographiquement si éloignés, mais si proches dans l’isolement et dans la douleur.

    Rares sont les films que je retourne voir, mais pour Babel vu au Festival de Cannes 2006 où il a obtenu le prix de la mise en scène et celui du jury œcuménique, c’était une vraie nécessité parce que Babel c’est plus qu’un film : une expérience. Ce film choral qui clôt le triptyque du cinéaste après Amours chiennes et 21 grammes fait partie de ces films après lesquels toute parole devient inutile et impossible, de ces films qui expriment tant dans un silence, dans un geste, qu’aucune parole ne pourrait mieux les résumer. De ces films qui vous hypnotisent et vous réveillent. De ces films qui vous aveuglent et vous éclairent. Donc le même choc, la même claque, le même bouleversement, quelques mois après, l’effervescence, la déraison et les excès cannois en moins. Malgré cela.

    Si la construction n’avait été qu’un vain exercice de style, qu’un prétexte à une démonstration stylistique ostentatoire, l’exercice aurait été alors particulièrement agaçant mais son intérêt provient justement du fait que cette construction ciselée illustre le propos du cinéaste, qu’elle traduit les vies fragmentées, l’incommunicabilité universelle.

    Le montage ne cherche pas à surprendre mais à appuyer le propos, à refléter un monde chaotique, brusque et impatient, des vies désorientées, des destins morcelés. En résulte un film riche, puissant où le spectateur est tenu en haleine du début à la fin, retenant son souffle, un souffle coupé par le basculement probable, soudain, du sublime dans la violence. Du sublime d’une danse à la violence d’un coup de feu. Du sublime d’une main sur une autre, de la blancheur d’un visage à la violence d’une balle perdue et d’une blessure rouge sang. Du sublime du silence et du calme à la violence du basculement dans le bruit, dans la fureur, dans la déraison.

     

    medium_P80601087315038.jpgUn film qui nous emmène sur trois continents sans jamais que notre attention ne soit relâchée, qui nous confronte à l’égoïsme, à notre égoïsme, qui nous jette notre aveuglement et notre surdité en pleine figure, ces figures et ces visages qu’il scrute et sublime d’ailleurs, qui nous jette notre indolence en pleine figure, aussi. Un instantané troublant et désorientant de notre époque troublée et désorientée. La scène de la discothèque est ainsi une des plus significatives, qui participe de cette expérience. La jeune Japonaise sourde et muette est aveuglée. Elle noie son désarroi dans ces lumières scintillantes, fascinantes et angoissantes. Des lumières aveuglantes: le paradoxe du monde, encore. Lumières qui nous englobent. Soudain aveuglés et sourds au monde qui nous entoure nous aussi.

    Le point de départ du film est donc le retentissement d'un coup de feu au Maroc, coup de feu déclenchant une série d'évènements qui ont des conséquences désastreuses ou salvatrices, selon les protagonistes impliqués. Peu à peu le puzzle se reconstitue brillamment, certaines vies se reconstruisent, d’autres sont détruites à jamais.

    Jamais il n’a été aussi matériellement facile de communiquer. Jamais la communication n’a été aussi compliquée, Jamais nous n’avons reçu autant d’informations et avons si mal su les décrypter. Jamais un film ne l’a aussi bien traduit. Chaque minute du film illustre cette incompréhension, parfois par un simple arrière plan, par une simple image qui se glisse dans une autre, par un regard qui répond à un autre, par une danse qui en rappelle une autre, du Japon au Mexique, l’une éloignant et l’autre rapprochant.

    Virtuosité des raccords aussi : un silence de la Japonaise muette qui répond à un cri de douleur de l’américaine, un ballon de volley qui rappelle une balle de fusil. Un monde qui se fait écho, qui crie, qui vocifère sa peur et sa violence et sa fébrilité, qui appelle à l’aide et qui ne s’entend pas comme la Japonaise n’entend plus, comme nous n’entendons plus à force que notre écoute soit tellement sollicitée, comme nous ne voyons plus à force que tant d’images nous soit transmises, sur un mode analogue, alors qu’elles sont si différentes. Des douleurs, des sons, des solitudes qui se font écho, d’un continent à l’autre, d’une vie à l’autre. Et les cordes de cette guitare qui résonnent comme un cri de douleur et de solitude.

    Véritable film gigogne, Babel nous montre un monde paranoïaque, paradoxalement plus ouvert sur l’extérieur fictivement si accessible et finalement plus égocentrique que jamais, monde paradoxalement mondialisé et individualiste. Le montage traduit magistralement cette angoisse, ces tremblements convulsifs d’un monde qui étouffe et balbutie, qui n’a jamais eu autant de moyens de s’exprimer et pour qui les mots deviennent vains. D’ailleurs chaque histoire s’achève par des gestes, des corps enlacés, touchés, touchés enfin. Touchés comme nous le sommes. Les mots n’ont plus aucun sens, les mots de ces langues différentes. Selon la Bible, Babel fut ainsi une célèbre tour construite par une humanité unie pour atteindre le paradis. Cette entreprise provoqua la colère de Dieu, qui pour les séparer, fit parler à chacun des hommes impliqués une langue différente, mettant ainsi fin au projet et répandant sur la Terre un peuple désorienté et incapable de communiquer.

     

    medium_P80601161052655.jpgC’est aussi un film de contrastes. Contrastes entre douleur et grâce, ou plutôt la grâce puis si subitement la douleur, puis la grâce à nouveau, parfois. Un coup de feu retentit et tout bascule. Le coup de feu du début ou celui en pleine liesse du mariage. Grâce si éphémère, si fragile, comme celle de l’innocence de ces enfants qu’ils soient japonais, américains, marocains, ou mexicains. Contrastes entre le rouge des vêtements de la femme mexicaine et les couleurs ocres du désert. Contrastes entres les lignes verticales de Tokyo et l’horizontalité du désert. Contrastes entre un jeu d’enfants et ses conséquences dramatiques. Contraste entre le corps dénudé et la ville habillée de lumière. Contraste entre le désert et la ville. Contrastes de la solitude dans le désert et de la foule de Tokyo. Contrastes de la foule et de la solitude dans la foule. Contrastes entre « toutes les télévisions [qui] en parlent » et ces cris qui s’évanouissent dans le désert. Contrastes d’un côté et de l’autre de la frontière. Contrastes d’un monde qui s’ouvre à la communication et se ferme à l’autre. Contrastes d’un monde surinformé mais incompréhensible, contrastes d’un monde qui voit sans regarder, qui interprète sans savoir ou comment, par le prisme du regard d’un monde apeuré, un jeu d’enfants devient l’acte terroriste de fondamentalistes ou comment ils estiment savoir de là-bas ce qu’ils ne comprennent pas ici.

    medium_P80601693016905.jpgMais toutes ces dissociations et ces contrastes ne sont finalement là que pour mieux rapprocher. Contrastes de ces hommes qui parlent des langues différentes mais se comprennent d’un geste, d’une photo échangée (même si un billet méprisant, méprisable les séparera, à nouveau). Contrastes de ces êtres soudainement plongés dans la solitude qui leur permet finalement de se retrouver. Mais surtout, surtout, malgré les langues : la même violence, la même solitude, la même incommunicabilité, la même fébrilité, le même rouge et la même blancheur, la même magnificence et menace de la nuit au-dessus des villes, la même innocence meurtrie, le même sentiment d’oppression dans la foule et dans le désert.

    Loin d’être une démonstration stylistique, malgré sa virtuosité scénaristique et de mise en scène Babel est donc un édifice magistral tout entier au service d’un propos qui parvient à nous transmettre l’émotion que ses personnages réapprennent. Notons que malgré la pluralité de lieux, de langues, d'acteurs (professionnels mais souvent aussi non professionnels), par le talent de son metteur en scène, Babel ne perd jamais sa cohérence qui surgit, flagrante, bouleversante, évidente, au dénouement.

    La mise en scène est volontairement déstructurée pour refléter ce monde qu'il met en scène, un monde qui s'égare, medium_P80601398560603.jpget qui, au moindre geste , à la moindre seconde, au moindre soupçon, peut basculer dans la violence irraisonnée, un monde qui n'a jamais communiqué aussi vite et mal, un monde que l'on prend en pleine face, fascinés et horrifiés à la fois, un monde brillamment ausculté, décrit, par des cris et des silences aussi ; un monde qui nous aveugle, nous assourdit, un monde de différences si semblables, un monde d’après 11 septembre.

     

    Babel est un film douloureux et clairvoyant, intense, empreint de la fébrilité du monde qu’il parcourt et dépeint de sa lumière blafarde puis rougeoyante puis nocturne. Un film magnifique et éprouvant dont la mise en scène vertigineuse nous emporte dans sa frénésie d’images, de sons, de violences, de jugements hâtifs, et nous laisse avec ses silences, dans le silence d’un monde si bruyant. Le silence après le bruit, malgré le bruit, le silence de l’harmonie retrouvée, l’harmonie éphémère car il suffirait qu’un coup de feu retentisse pour que tout bascule, à nouveau. La beauté et la douleur pareillement indicibles. Babel, tour de beauté et de douleur. Le silence avant les applaudissements, retentissants, mérités. Si le propre de l’Art c’est de refléter son époque et de l’éclairer, aussi sombre soit-elle, alors Babel est un chef d’œuvre. Une expérience dont on ne peut ressortir indemne ! Mais silencieux, forcément.

    CRITIQUE D'"INGLOURIOUS BASTERDS" DE QUENTIN TARANTINO

     

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    Pitch : Dans la France occupée de 1940, Shosanna Dreyfus assiste à l’exécution de sa famille tombée entre les mains du colonel nazi Hans Landa ( Christoph Waltz). Shosanna (Mélanie Laurent) s’échappe de justesse et s’enfuit à Paris où elle se construit une nouvelle identité en devenant exploitante d’une salle de cinéma. Quelque part, ailleurs en Europe, le lieutenant Aldo Raine (Brad Pitt) forme un groupe de soldats juifs américains pour mener des actions punitives particulièrement sanglantes contre les nazis. « Les bâtards », nom sous lequel leurs ennemis vont apprendre à les connaître, se joignent à l’actrice allemande et agent secret Bridget von Hammersmark (Diane Krüger) pour tenter d’éliminer les dignitaires du troisième Reich. Leurs destins vont se jouer à l’entrer du cinéma où Shosanna est décidée à mettre à exécution une vengeance très personnelle.

    De ce film, très attendu et seul film américain de cette compétition officielle 2009 du Festival de Cannes, avant de l'y découvrir, je n’avais pas lu le pitch, tout juste vu la bande-annonce qui me faisait craindre une grandiloquence maladroite, un humour douteux, voire indécent sur un sujet délicat. Je redoutais, je pensais même détester ce film et ne m’attendais donc pas à ce que la première séquence (le film est divisé en 5 chapitres qui correspondent aux parcours de 5 personnages) me scotche littéralement à l’écran dès la première seconde, à ne plus pouvoir m’en détacher jusqu’à la dernière ligne du générique.

    L’un des premiers plans nous montre une hache dans un univers bucolique que la caméra de Tarantino caresse, effleure, esquisse et esquive : finalement ce simple plan pourrait résumer le ton de ce film, où la menace plane constamment, où le décalage est permanent, où toujours le spectateur est sur le qui-vive, la hache pouvant à chaque instant venir briser la sérénité. Cette première séquence dont nous ne savons jamais si nous devons en rire, ou en frissonner de plaisir (parce qu’elle est jubilatoire à l’image de tout ce film, une première séquence au sujet de laquelle je ne vous en dirai pas plus pour maintenir le suspense et la tension incroyables qui y règne) ou de peur, est sans nul doute une des plus réussies qu’il m’ait été donné de voir au cinéma.

    Chaque séquence au premier rang desquelles la première donc recèle d’ailleurs cette même ironie tragique et ce suspense hitchcockien, le tout avec des plans d’une beauté, d’une inventivité sidérantes, des plans qui sont ceux d’un grand cinéaste mais aussi d’un vrai cinéphile (je vous laisse notamment découvrir ce plan magnifique qui est un hommage à « La Prisonnière du désert » de John Ford, décidément -cf mon article précèdent- ) et d’un amoureux transi du cinéma. Rien que la multitude de références cinématographiques mériterait une deuxième vision tant l’admiration et la surprise lors de la première empêchent de toutes les distinguer.

    Oui, parce que « Inglourious Basterds » est aussi un western. « Inglourious Basterds » appartient en réalité à plusieurs genres… et à aucun : western, film de guerre, tragédie antique, fable, farce, comédie, film spaghetti aussi. En fait un film de Quentin Tarantino . (« Inglourious Basterds » est inspiré d’un film italien réalisé par Enzo G.Castellari). Un genre, un univers qui n’appartiennent qu’à lui seul et auxquels il parvient à nous faire adhérer, quels qu’en soient les excès, même celui de réécrire l’Histoire, même celui de se proclamer chef d’œuvre avec une audace et une effronterie incroyables. Cela commence ainsi comme un conte (« il était une fois »), se termine comme une farce.

    Avec quelle facilité il semble passer d’un ton à l’autre, nous faire passer d’une émotion à une autre, comme dans cette scène entre Mélanie Laurent et Daniel Brühl, dans la cabine de projection, une scène qui, en quelques secondes, impose un souffle tragique poignant, époustouflant, d’un rouge éblouissant. Une scène digne d’une tragédie antique.

    Il y a du Hitchcock dans ce film mais aussi du Chaplin pour le côté burlesque et poétique et du Sergio Leone pour la magnificence des plans, et pour cet humour ravageur, voire du Melville aussi pour la réalisation, Melville à qui un autre cinéaste (Johnnie To) de cette compétition 2009 se référait d’ailleurs. Voilà, en un endroit tenu secret, Tarantino, après les avoir fait kidnapper et fait croire à leurs disparitions au monde entier, a réuni Chaplin, Leone, et Hitchcock et même Melville et Ford, que l’on croyait morts depuis si longtemps et leur a fait réaliser ce film qui mêle avec brio poésie et sauvagerie, humour et tragédie.

    Et puis, il y a en effet le cinéma. Le cinéma auquel ce film est un hommage permanent, une déclaration d’amour passionnée, un hymne vibrant à tel point que c’est le cinéma qui, ici, va sauver le monde, réécrire la page la plus tragique de l’Histoire, mais Tarantino peut bien se permettre : on pardonne tout au talent lorsqu’il est aussi flagrant. Plus qu’un hommage au cinéma c’est même une leçon de cinéma, même dans les dialogues : « J’ai toujours préféré Linder à Chaplin. Si ce n’est que Linder n’a jamais fait un film aussi bon que « Le Kid ». Le grand moment de la poursuite du « Kid ». Superbe . » Le cinéma qui ravage, qui submerge, qui éblouit, qui enflamme (au propre comme au figuré, ici). Comment ne pas aimer un film dont l’art sort vainqueur, dans lequel l’art vainc la guerre, dans lequel le cinéma sauve le monde ?

    Comment ne pas non plus évoquer les acteurs : Mélanie Laurent, Brad Pitt, Diane Krüger, Christoph Waltz, Daniel Brühl y sont magistraux, leur jeu trouble et troublant procure à toutes les scènes et à tous les dialogues (particulièrement réussis) un double sens, jouant en permanence avec le spectateur et son attente. Mélanie Laurent qui a ici le rôle principal excelle dans ce genre, de même que Daniel Brühl et Brad Pitt qui, depuis « L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford », le chef d’œuvre d’Andrew Dominik ne cesse de prendre de l’épaisseur et nous surprendre.

    Que dire de la BO incroyable qui, comme toujours chez Tarantino, apporte un supplément de folie, d’âme, de poésie, de lyrisme et nous achève…

    Quentin Tarantino avec ce septième long-métrage a signé un film audacieux, brillant, insolent, tragique, comique, lyrique, exaltant, décalé, fascinant, irrésistible, cynique, ludique, jubilatoire, dantesque, magistral. Une leçon et une déclaration d’amour fou et d’un fou magnifique, au cinéma. Ce n’est pas que du cinéma d’ailleurs : c’est un opéra baroque et rock. C’est une chevauchée fantastique. C’est un ouragan d’émotions. C’est une explosion visuelle et un ravissement permanent et qui font passer ces 2H40 pour une seconde !

    « Inglourious Basters » était le film le plus attendu de ce festival 2009. A juste titre. Rappelons enfin que Christop Waltz remporta le prix d'interprétation.

     

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  • Critique - "Les Amours imaginaires" de Xavier Dolan et présentation de "Laurence Anyways (Un Certain Regard - Cannes 2012)

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    Je continue mes présentations des films de ce Festival de Cannes 2012 avec "Laurence Anyways", le troisième film du cinéaste Xavier Dolan après "J'ai tué ma mère" et "Les amours imaginaires", également son troisième film sélectionné à Cannes (après la Quinzaine des Réalisateurs pour le premier, et déjà Un Certain Regard pour le deuxième). Tourné au Québec, ce film met en scène Melvil Poupaud (un habitué de la sélection Un Certain Regard) et Nathalie Baye. Egalement au casting : Monia Chokri et Suzanne Clément.
     

    Synopsis: En 1989, Laurence Alia célèbre son 30e anniversaire au restaurant en compagnie de Fred, sa petite copine. Quand il lui révèle son projet le plus secret, le plus brûlant, celui de devenir une femme, leur monde bascule. Après une retraite légitime en famille pour réfléchir, Fred accepte d'accompagner Laurence tout au long de cette métamorphose. En janvier 1990, celui-ci se présente au Cégep où il enseigne la littérature habillé en femme. Une nouvelle vie commence, qui semble débuter dans la tolérance et la simplicité.

    En bonus, retrouvez ma critique du deuxième film de Xavier Dolan "Les amours imaginaires", un film que je vous recommande plus que vivement.

     
    Découvrez cette excellente interview de Xavier Dolan par touscoprod:
     
     

     

    Critique "Les Amours imaginaires" : une grisante fantasmagorie

     

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    Après son arrivée explosive dans le monde du 7ème art avec « J’ai tué ma mère », film qu’il avait réalisé à 17 ans, présenté l’an passé à Cannes, à la Quinzaine des Réalisateurs où il avait obtenu trois prix, film que j’avais ignominieusement manqué, la rencontre de ces amours imaginaires (présenté à Cannes cette année dans la section « Un Certain Regard ») était donc aussi pour moi celle avec l’univers de Xavier Dolan.

    Francis (Xavier Dolan) et Marie (Monia Chokri) sont tous deux amis et épris du même jeune homme rencontré lors d’une soirée, Nicolas (Niels Schneider), et tous les deux bien déterminés à le conquérir, analysant, interprétant, scrutant obsessionnellement le moindre geste ou comportement de leur (obscur) objet du désir.

    Dès les premiers plans se dégage de ce film un charme irrésistible et surtout un ton, un style qui font souffler un vent d’air frais et revigorant sur le cinéma actuel. Xavier Dolan est un vrai cinéphile et son film regorge de références cinématographiques (entre les ralentis langoureux et poétiques à la Wong Kar Waï, les couleurs chatoyantes et la fantaisie jubilatoire à la Almodovar, les plans de dos à la Gus Van Sant, les références à la Nouvelle Vague, au « Mépris » de Godard, un trio à la « Jules et Jim » de Truffaut ou encore des confessions face caméra qui rappellent Woody Allen) mais aussi picturales (Boticelli, Michel Ange) ou littéraire (Musset…).

    Que de brillantes références me direz-vous. Tout cela aurait pu donner un film présomptueux mais Xavier Dolan, d’une part, a su assimiler toutes ces références pour créer son propre univers et d’autre part, y apporter une légèreté masquant savamment la mélancolie sous-jacente (que ne faut-il pas avoir souffert en amour pour faire preuve d’une telle maturité et clairvoyance à seulement 21 ans!), que ce soit par les dialogues, légèrement précieux, souvent hilarants, toujours caustiques ou le jeu des comédiens (à commencer par lui-même mais surtout celui de Monia Chokri absolument irrésistible).

    La caméra de Xavier Dolan est au plus près des visages, ignorant le plus souvent le cadre spatial à l’image de cet amour obsédant qui rend Marie et Francis aveugles au monde qui les entoure. La mise en scène non seulement épouse le propos du film mais devient un élément scénaristique : puisque Marie et Francis se « font des films » (l’un se prenant pour James Dean, l’autre pour Audrey Hepburn), et sont enivrés par leur fantasmagorie amoureuse, par ce destructeur et grisant vertige de l’idéalisation amoureuse, le film en devient lui-même un vertige fantasmatique. Cette soirée aux images syncopées rappelle ce vertige à la fois grisant et déstabilisant, ce manège qui rend si floue la frontière entre enchantement et désenchantement, rêve et illusion. Marie et Francis sont amoureux d’une chimère, d’une image, d’un idéal, d’une illusion, de l’amour même qui prend ici les traits d’un bellâtre ambigu aux allures de Dieu Grec. L’histoire de notre trio est entrecoupée de « témoignages » face caméra de style documentaire de victimes d’illusions amoureuses, là aussi irrésistibles.

    Xavier Dolan a aussi en commun avec quelques uns des plus brillants réalisateurs auxquels il se réfère une bande originale particulièrement soignée, à l’image du film, mêlant modernité, et titres plus anciens, et musique classique : de Dalida qui reprend « Bang Bang » à Indochine jusqu’à « The Knife », « Fever Ray », « Vive la fête » en passant par Bach qui rappelle mélodieusement la douleur de ces irrépressibles et irrationnels élans amoureux, de ces amours qui rongent et enragent.

    Xavier Dolan est un véritable chef d’orchestre qui mêle les couleurs, les références les arts, un prodige du cinéma (à la fois monteur, scénariste, producteur, acteur, s’occupant aussi des costumes) faisant à la fois preuve de l’inventivité et de l’audace de sa jeunesse mais aussi d’une étonnante maturité. Déclaration d’amour au cinéma, déclaration de désespoir d’un amoureux désillusionné sous des allures de fable burlesque et hilarante, « Les amours imaginaires » est un film mélancoliquement caustique.

    Xavier Dolan signe là une fantasmagorie pop, poétique sur la cristallisation amoureuse, sur ces illusions exaltantes et destructrices, sublimes et pathétiques un film enivrant et entêtant comme un amour imaginaire… sans les effets secondaires. A prescrire donc et à très haute dose !

  • "Amour" de Michael Haneke (compétition officielle du Festival de Cannes 2012) et critique du "Ruban blanc" (palme d'or 2009)

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    © Les Films du Losange

    Certains s'offusqueront certainement à nouveau du fait que les mêmes, souvent, sont sélectionnés à Cannes mais comment ne pas sélectionner un film d'un auteur tel que Michael Haneke? Après le grand prix du jury en 2001 (pour "La Pianiste"), le prix de la mise en scène en 2005 (pour "Caché") et la palme d'or en 2009 (pour "Le Ruban blanc" -voir ma critique ci-dessous-), il ne fait aucun doute que Michael Haneke peut encore nous surprendre dans ce film qui signe le grand retour de Jean-Louis Trintignant (qui, en 1966, avait déjà eu les honneurs du festival puisque "Un homme et une femme" de Claude Lelouch avait remporté la palme d'or, un film auquel succéderont 8 autres films en compétition dans lesquels il joue également) qui aura pour partenaire l'inoubliable actrice de "Hiroshima mon amour" d'Alain Resnais (lui aussi en compétition cette année) Emmanuelle Riva.

    Synopsis : Georges et Anne sont octogénaires, ce sont des gens cultivés, professeurs de musique à la retraite.
    Leur fille, également musicienne, vit à l'étranger avec sa famille.
    Un jour, Anne est victime d'un accident.
    L'amour qui unit ce couple va être mis à rude épreuve.

    Avec : Jean-Louis Trintignant, Emmanuelle Riva, Isabelle Huppert

    Sortie en salles : le 24 octobre 2012

     

    Films présentés à Cannes par Michael Haneke

    • 2009 - DAS WEISSE BAND (LE RUBAN BLANC)- En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 2005 - CACHÉ- En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 2003 - LE TEMPS DU LOUP- Hors Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 2001 - LA PIANISTE- En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 2000 - CODE INCONNU- En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 1997 - FUNNY GAMES- En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 1994 - 71 FRAGMENTE EINER CHRONOLOGIE DES ZUFALLS (71 FRAGMENTS D'UNE CHRONOLOGIE DU HASARD)- Section parallèle Réalisation
    • 1992 - BENNY'S VIDEO- Section parallèle Réalisation
    • 1989 - DER 7 KONTINENT (LE SEPTIÈME CONTINENT)- Section parallèle Réalisation

    Le Palmarès de Michael Haneke à Cannes

    • 2009 - Palme d'Or - DAS WEISSE BAND (LE RUBAN BLANC) - Long métrage
    • 2005 - Prix de la mise en scène - CACHÉ - Long métrage
    • 2001 - Grand Prix - LA PIANISTE - Long métrage

    CRITIQUE DU "RUBAN BLANC" DE MICHAEL HANEKE

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    Photo: inthemoodforcannes.com (clôture du Festival de Cannes 2009)

    En raison de l’inimitié ou de la potentielle rancœur subsistant entre Isabelle Huppert et Quentin Tarantino suite à leurs dissensions lors du casting d’ « Inglourious Basterds » et du lien particulier qui unit cette dernière à Haneke ( « La Pianiste » du même Haneke lui a valu un prix d’interprétation cannois), je supposai que « Le ruban blanc » devait être un chef d’œuvre tel que ce prix mettait la présidente du jury 2009 hors du moindre soupçon d’avoir favorisé le réalisateur autrichien, pour des raisons autres que cinématographiques.

    Alors, « un ruban blanc » est-il ce chef d’œuvre irréfutable faisant de cette palme d’or une évidence ?

     

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    Haneke est aussi outrancier dans l’austérité que Tarantino l’est dans la flamboyance. Leurs cinémas sont à leurs images, extrêmes. Alors difficile de comparer deux films aussi diamétralement opposés même si pour moi l’audace, l’inventivité, la cinéphilie de Tarantino le plaçaient au-dessus du reste de cette sélection 2009. Audace, inventivité, cinéphilie : des termes qui peuvent néanmoins tout autant s’appliquer à Haneke même si pour moi « Caché » (pour lequel il avait reçu un prix de la mise en scène en 2005) méritait davantage cette palme d’or (et celui-ci un Grand Prix) qui, à défaut d’être une évidence, se justifie et se comprend aisément.

     

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    Synopsis : Un village de l’Allemagne du Nord à la veille de la Première Guerre Mondiale. Un instituteur raconte l’histoire d’étranges incidents qui surviennent dans la petite communauté protestante formée par les élèves et leurs familles. Peu à peu, d’autres accidents surviennent et prennent l’allure d’un rituel primitif.

    Quel qu’en soit l’enjeu et aussi âpre soit-elle, Haneke a le don de créer une atmosphère quasi hypnotique, et de vous y plonger. L’admiration pour la perfection formelle l’emporte toujours sur le rejet de l’âpreté, sur cette froideur qui devrait pourtant nous tenir à distance, mais qui aiguise notre intérêt, notre curiosité. La somptuosité glaciale et glaçante de la réalisation, la perfection du cadre et des longs plans fixes où rien n’est laissé au hasard sont aussi paralysants que l’inhumanité qui émane des personnages qui y évoluent.

    Derrière ce noir et blanc, ces images d’une pureté étrangement parfaite, à l’image de ces chérubins blonds symboles d’innocence et de pureté (que symbolise aussi le ruban blanc qu’on leur force à porter) se dissimulent la brutalité et la cruauté.

    L’image se fige à l’exemple de cet ordre social archaïquement hiérarchisé, et de cette éducation rigoriste et puritaine dont les moyens sont plus cruels que les maux qu’elle est destinée prévenir et qui va provoquer des maux plus brutaux encore que ceux qu’elle voulait éviter. La violence, au lieu d’être réprimé, s’immisce insidieusement pour finalement imposer son impitoyable loi. Cette violence, thème cher à Haneke, est toujours hors champ, « cachée », et encore plus effrayante et retentissante.

    Ce ruban blanc c’est le symbole d’une innocence ostensible qui dissimule la violence la plus insidieuse et perverse. Ce ruban blanc c’est le signe ostentatoire d’un passé et de racines peu glorieuses qui voulaient se donner le visage de l’innocence. Ce ruban blanc, c’est le voile symbolique de l’innocence qu’on veut imposer pour nier la barbarie, et ces racines du mal qu’Haneke nous fait appréhender avec effroi par l’élégance moribonde du noir et blanc.

    Ces châtiments que la société inflige à ses enfants en évoquent d’autres que la société infligera à plus grande échelle, qu’elle institutionnalisera même pour donner lieu à l’horreur suprême, la barbarie du XXème siècle. Cette éducation rigide va enfanter les bourreaux du XXème siècle dans le calme, la blancheur immaculée de la neige d’un petit village a priori comme les autres.

    La forme démontre alors toute son intelligence, elle nous séduit d’abord pour nous montrer toute l’horreur qu’elle porte en elle et dissimule à l’image de ceux qui portent ce ruban blanc.

    Que dire de l’interprétation ? Elle est aussi irréprochable. Les enfants jouent avec une innocence qui semble tellement naturelle que l’horreur qu’ils recèlent en devient plus terrifiante encore.

    Avec une froideur et un ascétisme inflexibles, avec une précision quasi clinique, avec une cruauté tranchante et des dialogues cinglants, avec une maîtrise formelle fascinante, Haneke poursuit son examen de la violence en décortiquant ici les racines du nazisme, par une démonstration implacable et saisissante. Une œuvre inclassable malgré ses accents bergmaniens.

    Un film à voir absolument. L'oeuvre austère, cruelle, dérangeante, convaincante, impressionnante d'un grand metteur en scène.

     

  • Présentation de "Like someone in love" de Abbas Kiarostami et critique de "Copie conforme" de Abbas Kiarostami

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    Jusqu'à l'ouverture du festival, le 16 mai, je vous présenterai régulièrement des films au programme de cette édition 2012 du Festival de Cannes et en particulier les que j'attends tout particulièrement. Je commence avec "Like someone in love" de l'Iranien Abbas Kiarostami, peut-être celui que j'attends le plus (avec trois autres films dont je vous parlerai les jours prochains), une envie de découvrir ce film accrue par cette bande-annonce.

    En bonus, à la fin de cette note, vous retrouverez ma critique de "Copie conforme", film en compétition à Cannes, en 2010 , et pour lequel Juliette Binoche avait reçu le prix d'interprétation (amplement mérité!).

    Kiarostami est parti tourner "Like someone in love" au Japon. Ce sera la 5ème sélection du cinéaste en compétition, à Cannes. Il avait même obtenu la palme d'or en 1997 pour "Le goût de la cerise" (Nanni Moretti faisait partie du jury cette année-là!).

    Synopsis: De nos jours dans une grande ville du Japon. Un vieil universitaire très érudit, garant des traditions ; une jeune et séduisante étudiante, qui doit vendre ses charmes pour payer ses études ; un jeune homme jaloux, dont la violence ne demande qu’à exploser : entre ces trois-là, se nouent en une journée des relations inattendues, qui changeront leurs vies à jamais.

    Avec, Ryo Kase, Denden, Rin Takanashi, Tadashi Okuno

    Films présentés à Cannes

    • 2010 - COPIE CONFORME- En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 2007 - CHACUN SON CINÉMA- Hors Compétition Réalisation
    • 2007 - MAN OF CINEMA: PIERRE RISSIENT (HOMME DE CINEMA : PIERRE RISSIENT)- Cannes Classics Images, Interprète
    • 2004 - 10 ON TEN- Un Certain Regard Réalisation
    • 2004 - FIVE- Hors Compétition Réalisation
    • 2003 - TALAYE SORGH (SANG ET OR)- Un Certain Regard Scénario & Dialogues
    • 2002 - TEN- En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues
    • 2001 - A.B.C AFRICA- Hors Compétition Réalisation, Montage
    • 1997 - TA'M E GUILASS (LE GOÛT DE LA CERISE)- En Compétition Réalisation, Montage
    • 1994 - ZIRE DARAKHTAN ZEYTON (AU TRAVERS DES OLIVIERS)- En Compétition Réalisation, Scénario & Dialogues, Montage
    • 1992 - ZENDEGI EDAME DARAD (ET LA VIE CONTINUE)- Un Certain Regard Réalisation, Scénario & Dialogues, Montage

    Le Palmarès

    • 1997 - Palme d'Or - TA'M E GUILASS (LE GOÛT DE LA CERISE) - Long métrage

    Membre du Jury

    • 2005 - Caméra d’Or - Président
    • 2002 - Courts métrages Cinéfondation - Membre
    • 1993 - Sélection officielle - Membre

    Critique de "Copie conforme" de Abbas Kiarostami

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    La sélection de ce film a suscité quelques remous avant même son annonce officielle en raison de la présence de Juliette Binoche au casting également sur l'affiche officielle du 63ème Festival de Cannes parce que ce serait susceptible sans doute d'influer sur le vote du jury. Vaine polémique (mais Cannes aime, aussi, les polémiques surtout quand elles sont vaines) à laquelle son jeu magistral est une cinglante réponse.

     

    « Copie conforme » est le premier film du cinéaste iranien tourné hors de ses frontières, un film qu'il a écrit pour Juliette Binoche.

     

    Face à James (William Shimell), un écrivain quinquagénaire anglo-saxon qui donne en Italie, à l'occasion de la sortie de son dernier livre, une conférence ayant pour thème les relations étroites entre l'original et la copie dans l'art elle est une jeune femme d'origine française, galeriste qu'il rencontre. Ils partent ensemble pour quelques heures à San Gimignano, petit village près de Florence. Comment distinguer l'original de la copie, la réalité de la fiction ? Ils nous donnent ainsi d'abord l'impression de se rencontrer puis d'être en couple depuis 15 ans.

     

    Selon James, lors de sa conférence, une bonne copie peut valoir un original et tout le film semble en être une illustration. James et la jeune femme semblent jouer à « copier » un couple même si la réponse ne nous est jamais donnée clairement. Peut-être est-elle folle ? Peut-être entre-t-elle dans son jeu ? Peut-être se connaissent-ils réellement depuis 15 ans ? Ce doute constitue un plaisir constant pour le spectateur qui devient alors une sorte d'enquêteur cherchant dans une phrase, une expression une explication. Il n'y en aura pas réellement et c'est finalement tant mieux.

     

    Ainsi Kiarostami responsabilise le spectateur. A lui de construire son propre film. Les personnages regardent souvent face caméra en guise de miroir, comme s'ils se miraient dans les yeux du spectateur pour connaître leur réelle identité. « Copie conforme » est donc un film de questionnements plus que de réponses et c'est justement ce qui le rend si ludique, unique, jubilatoire. Le jeu si riche et habité de Juliette Binoche, lumineuse et sensuelle, peut ainsi se prêter à plusieurs interprétations.

     

    Un film qui nous déroute, un film de contrastes et contradictions, un film complexe derrière une apparente simplicité. A l'image de l'art évoqué dans le film dont l'interprétation dépend du regard de chacun, le film est l'illustration pratique de la théorie énoncée par le personnage de James. De magnifiques et longs plans-séquences, des dialogues brillants, une mise en scène d'une redoutable précision achèvent de faire de ce film en apparence si simple une riche réflexion sur l'art et sur l'amour.

     

    William Shimell (chanteur d'opéra dont c'est le premier rôle) et Juliette Binoche excellent et sont aussi pour beaucoup dans cette réussite. Un film sur la réflexivité de l'art qui donne à réfléchir. Un dernier plan délicieusement énigmatique et polysémique qui signe le début ou le renouveau ou la fin d'une histoire plurielle. Un très grand film à voir absolument. Un vrai coup de cœur.

     

    « Copie conforme » est le 9ème film présenté à Cannes par Kiarostami qui a par ailleurs été membre du jury longs métrages en 1993, du jury de la Cinéfondation en 2002 et Président du jury de la Caméra d'Or en 2005. Enfin, il a remporté la Palme d'Or en 1997 pour "Le goût de la cerise."

     

    Juliette Binoche raconte ainsi sa rencontre avec Kiatostami: "Je suis partie en Iran rencontrer Abbas (je l'avais croisé à Cannes, à l'Unesco, chez Jean-Claude Carrière). Il m'a dit "Viens à Téhéran !". Je l'ai cru, j'y suis allée, deux fois. Un soir il m'a raconté l'histoire que nous avons tourné ensemble cet été, il m'a raconté chaque détail, le soutien-gorge, le restaurant, l'hôtel, bref, il m'a dit que c'était une histoire qui lui était arrivée. A la fin, après avoir parlé pendant 45 minutes dans un anglais impeccable, il m'a demandé : "Tu me crois ?". Je lui ai dit : "Oui". Il m'a dit : "Ce n'est pas vrai !". Je suis partie d'un éclat de rire qui lui a donné envie de faire ce film, je crois !", explique-t-elle.

  • Avant-première – « Une journée particulière - Histoires de festival N°4 » de Gilles Jacob et Samuel Faure (sélection officielle hors compétition du Festival de Cannes 2012 – Séance spéciale du 20 mai, diffusion sur Canal + et Arte)

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    Jeudi dernier, lors de la conférence de presse du Festival de Cannes (pour lire mon article détaillé sur la sélection officielle 2012, cliquez ici), Gilles Jacob annonçait la projection de  « ce petit travail d’artisan»,  cette Histoire de Festival numéro 4, son quatrième documentaire sur l’histoire du festival, un documentaire sur l’anniversaire des 60 ans du festival qui sera présenté le jour de l’anniversaire du festival (65 ans, cette fois), en séance spéciale, le 20 mai, en salle Debussy (et diffusé le 20 mai, à 22H10, sur Canal + cinéma et le 27 mai, à 16H20, sur Arte) sous le titre « Une journée particulière », un documentaire que j’ai découvert avec plaisir vendredi dernier, d’autant plus que j’avais vécu cette journée en tant que festivalière dans le grand Théâtre Lumière. Je me souviens avoir été submergée par l’émotion (je crois bien n’avoir pas été la seule) lors de cette journée indéniablement particulière, sans aucun doute un de mes plus beaux souvenirs en 12 ans de Festival de Cannes.

     

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    Il était en effet difficile de rester insensible face à ces 34 déclarations d’amour au cinéma  ( « Chacun son cinéma »  regroupe 33 courts-métrages pour 35 cinéastes –puisqu’il y a les frères Coen et les frères Dardenne- auxquels il faut ajouter le court-métrage de David Lynch  présenté en ouverture du festival), ces mises en abymes  qui avaient achevé de détruire la mince frontière qui sépare le cinéma de la réalité, si mince à Cannes plus qu’ailleurs. Le cinéma d'hier y côtoie celui d'aujourd'hui, le cinéma d'aujourd'hui célèbre celui d'hier, après une montée des marches rythmée par la voix de Frédéric Mitterrand, voix off intemporelle,  réminiscence si symbolique de l'âge d'or du festival, ballet magique où le Cannes d'hier semblait brusquement ressurgir, avec son aura mythique, avant qu’une autre voix inimitable, celle de l’éblouissante Juliette Binoche, n’annonce tous ces grands cinéastes sur scène.  Je me souviens de  la folie paradoxalement joyeuse et presque solennelle qui a régné ce soir-là. Je me souviens que le couple lui aussi mythique du chef d’œuvre de Visconti «Le Guépard », Angelica et Tancrède, Claudia Cardinale et Alain Delon, était reconstitué et fut le plus applaudi, 44 ans plus tard (« Le Guépard » fut d’ailleurs projeté en copie restaurée à Cannes, il y a deux ans, en leur présence, autre moment magique et unique). Ce soir-là, sur les marches, sous mes yeux, éblouis, par le soleil, par la magie du cinéma,  s'était déroulé un pan de l'histoire du cinéma en accéléré.

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    (photo ci-dessus copyright inthemoodforcinema.com )

    Ce soir-là, le palais des festivals avait réuni un plateau unique et exceptionnel. Un générique inouï. Et l’émotion provenait autant de ce générique, tous ces créateurs rassemblés dont tant étaient à l’origine de ma passion pour le cinéma, dans ce lieu qui l’a exacerbée, que de ce film qui, justement, rendait hommage à cette passion, montrant à quel point, Cannes est "une fenêtre ouverte sur le monde"…et sur le cinéma (et inversement), un monde dont ce festival met si bien en lumière les ombres et les blessures.

    Comme l’a dit Gilles Jacob, lors de la conférence du festival, jeudi, « ce qui n’a pas changé et ne changera pas, c’est ce que sont les créateurs qui font Cannes et non pas l’éphémère ni l’écume des choses ». En effet, si  Cannes est parfois versatile, prompte à magnifier ou détruire, à déifier ou piétiner, si des rêves y achoppent, des illusions s’y brisent, des projets s'y esquissent,  des carrières s'y envolent, si des films nous y éblouissent, l’essentiel est que des cinéastes émergent, se révèlent au monde, nous révèlent un monde. Le leur. Le nôtre. Cannes, c’est le miroir grossissant et informant du monde, déroutant parfois aussi. Le reflet de ses colères, de ses blessures, de sa poésie.

    J’étais donc curieuse de me remémorer ces instants et de découvrir un peu de l’envers du décor de cette journée si « particulière » dont Gilles Jacob avait été l’initiateur, projet fou, ambitieux, audacieux me rappelant cette phrase de son livre « La vie passera comme un rêve »,  « Il faut être vraiment fou pour continuer à relever ce défi : révéler, surprendre, faire rêver ». Une folie bienheureusement douce, et même salutaire.

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    Le titre est bien entendu un clin d’œil à Ettore Scola mais aussi à la particularité de cette journée pour laquelle les 35 réalisateurs de « Chacun son cinéma » (et non des moindres !) étaient venus à Cannes en 2007. Gilles Jacob avait  en effet commandé (et produit) l’œuvre collective « Chacun son cinéma » à trente-cinq des plus grands cinéastes internationaux, sur le thème de la salle de cinéma.

    Cette journée particulière est celle au cours de laquelle ces trente-cinq réalisateurs ont été suivis dans les différents rites cannois : arrivée, photocall, conférence de presse, montée des marches, répétition de leur parcours sur la croisette, cuisines, feu d’artifice… S’y côtoient, entre autres : David Lynch, Aki Kaurismäki, Roman Polanski, Nanni Moretti, Ken Loach, Raymond Depardon, Olivier Assayas, Alejandro Gonzalez Iñárritu, Michael Cimino, Wong Kar-wai, Manoel de Oliveira, les frères Dardenne, Amos Gitaï, Youssef Chahine, David Cronenberg et Jane Campion. 35 réalisateurs venus de 25 pays différents et signant un film de 3 minutes chacun (avec 25000 euros de budget). Nous les suivons ainsi dans les rituels cannois, des rituels futiles et nécessaires, dérisoires et essentiels.

    Dédié à Theo Angelopoulos et Raoul Ruiz, ce film possède la simplicité, l’élégance et l’humilité de son auteur défini comme un « gentleman old school » par un des cinéastes ou comme  le « chef de village » d’un “petit port de pêcheurs isolé au sud de la France ”, dans le film (très drôle) de Walter Salles. Ce qui en émane, c’est son amour immodéré pour les créateurs. Son documentaire possède le même atout que ses ouvrages : il en dit beaucoup sans écorner le mystère, sans jamais être impudique ou indiscret.  Et surtout il témoigne d’un amour fou et communicatif pour le cinéma et, peut-être plus encore, pour ceux qui le font.  Ainsi débute-t-il : «  Mon nom est Gilles Jacob. Petit, je rêvais d’être capitaine de pompiers, ado j’ai été projectionniste au Festival de Cannes, c’est moi qui passais les films en tombant amoureux des belles actrices, dans ce palais où l'on célèbre les réalisateurs du monde entier. »

    Gilles Jacob, en voix off, explique aussi que « Etourdiment, nous visions le record du film le plus prestigieux, de la photo de groupe la plus mirobolante. Mais obtenir l’accord d’autant de grands artistes ne fut pas mince affaire. Finalement, c’est la séduction cannoise qui l’emporta. »   Cette voix off se superpose sur les images de l’un de ces films, celui de Gus Van Sant. Une autre histoire de séduction… et s’il est bien un festival séduisant,  irrésistible, aussi périlleux que prestigieux, c’est Cannes...

    Les images des films (18 extraits) alternent avec celles de cette journée hors du commun. La caméra débusque subrepticement les sourires, une mélancolie qui affleure, un instant insolite, mais surtout le plaisir d’être ensemble et la complicité de ces « 35 mousquetaires ». Elle  s’attarde sur les regards et les mains, la beauté de  « la géographie d’un visage », des visages, ceux des artistes. Bel écho avec les extraits des films qui eux-mêmes se concentrent surtout sur les visages et les rites cinématographique comme une mise en abyme de la mise en abyme. Au détour d’un plan, on devine la malice juvénile de Gilles Jacob comme dans la façon de filmer ce mimétisme burlesque dans les gestes des frères Dardenne ou dans la manière de filmer des spectatrices en bas des marches mais le regard est toujours tendre, bienveillant, jamais méprisant ou condescendant. Une malice juvénile qui me fait  penser à celle de Woody Allen qu’il a cité en présentant le film mais aussi à Alain Resnais qui, il y a trois ans, à Cannes avait présenté le film  finalement le plus jeune, fou et audacieux de cette édition,  « Les herbes folles » et qui , je l’espère, continuera de m’enchanter et me surprendre cette année avec son « Vous n’avez encore rien vu » que j’attends avec énormément d’impatience.

    Quel dommage d’ailleurs que Woody Allen ne figure pas dans ces courts-métrages lui, qui avec sa « Rose pourpre du Caire », nous avait justement si bien parlé de la magie du cinéma et de cette fragile frontière entre cinéma et réalité.

    C’est un bonheur de revoir ces images, de constater une nouvelle fois ce qui caractérise un grand cinéaste, un auteur : le caractère immédiatement identifiable de son regard sur le monde et de son univers comme celui de Wong Kar-Wai, avec sa langueur poétique, envoûtante, sensuelle aux couleurs chatoyantes. Celui d’Elia Suleiman avec son humour burlesque. Comme la façon inimitable de Lelouch de filmer et faire jouer les acteurs (dans un film émouvant qui rend sublimement hommage au cinéma, et à ses parents). Comme la composition des plans et la manière de filmer la jeunesse si reconnaissable de Gus Van Sant... Et quand Atom Egoyan filme deux jeunes filles qui dialoguent par SMS tout en regardant des films et notamment « La Passion de Jeanne d'Arc » de Dreyer, la passion du cinéma s’allie subtilement à une dénonciation des dérives de notre époque (le meilleur film sur le sujet de ce monde qui n’a jamais communiqué aussi vite et mal restant d’ailleurs pour moi « Babel » de Inarritu ).

    Le film s’achève par la musique de « La vie est belle » de Roberto Benigni (dont vous pouvez d’ailleurs retrouver ma critique ici, un film tellement indissociable de Cannes), une excellente idée en guise de conclusion et qui aurait d’ailleurs aussi pu être le titre de ce film. Si, comme le disait Gilles Jacob dans « La vie passera comme un rêve »,  « Cannes n’est pas un paradis pour les âmes sensibles », il l’est pour les amoureux du cinéma. Si Cannes peut encenser, broyer, magnifier, dévaster et en a perdu certains et tant à force de les éblouir, les fasciner, les aliéner ; si, là plus qu'ailleurs, les personnalités peuvent prendre des reflets changeants, finalement éclairants, révélant le portrait de Dorian Gray en chacun ; si Cannes s'enivre de murmures, se grise de lumières éphémères,  s'en étourdit oubliant presque celles du Septième Art ; si le cinéma est parfois éclipsé derrière tous ceux qui font le leur, Cannes reste le plus grand festival de cinéma au monde, la plus grande déclaration d’amour au cinéma (et aux cinéastes) qui y règne en maître, lequel finalement toujours sort vainqueur comme dans ce documentaire,  bel hommage à Cannes, au cinéma, aux créateurs.

     A n’en pas douter ce 20 mai sera à nouveau une journée exceptionnelle et il se pourrait que, à nouveau, un générique exceptionnel vienne saluer cette projection que je vous recommande (et que je ne manquerai pas). Seul regret : que ces 53 minutes en compagnie de ces grands cinéastes et de leurs univers soient trop courtes mais, à peine la projection terminée, cela nous donne finalement envie de revoir « Chacun son cinéma » (disponible en DVD). Alors, rendez-vous le 20 mai pour les festivaliers et pour les abonnés de Canal plus, et le 27 mai sur Arte. Vous n’aurez aucune excuse pour l’avoir manqué… Et surtout, pour paraphraser le titre du film d’Alain Resnais « Vous n’avez encore rien vu… ».

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    J’en profite également pour vous recommander le dernier ouvrage de Gilles Jacob «Le Fantôme du Capitaine »,  une correspondance imaginaire, une soixantaine de lettres comme autant de nouvelles que j’ai dévorées comme un roman  une évasion pleine de fantaisie dans le cinéma et la cinéphilie, la littérature, l'imaginaire, et en filigrane une réflexion sur l'art, qui réjouira tous ceux qui aiment passionnément le cinéma et la littérature, et aiment s'y perdre délicieusement, au point parfois de les confondre ou même les préférer à la réalité, un livre dans lequel Gilles Jacob, vous fait voyager avec élégance, avec savoureuse et malicieuse (auto)dérision, entre mensonge et vérité, imaginaire et réalité qu'il interroge et manipule, et qui exhale un enivrant parfum de vérité, la plus troublante et réjouissante des illusions, une illusion rassurante pour l'incurable rêveuse que je suis. (suite de mon article à ce sujet ici)

  • Conférence de presse et programme de la sélection officielle du 65ème Festival de Cannes

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    Ce matin, la rue Scribe se donnait des airs de Croisette. Au Grand Hôtel Intercontinental où se déroulait la conférence de presse du 65ème Festival de Cannes, les médias du monde entier s’étaient donné rendez-vous pour écouter l’annonce tant attendue de la sélection par le Président du festival, Gilles Jacob, et par son délégué général, Thierry Frémaux. La campagne électorale s’est éclipsée quelques heures pour laisser place à cette autre compétition, moins rude mais tout aussi palpitante et qui, sans doute, nous en dira au moins aussi long sur l’état du monde et de notre société, sur ses maux, ses craintes, ses révoltes, ses aspirations. Ce sera déjà mon 12ème Festival de Cannes et pourtant l’impatience est la même, accrue par la fébrilité et l’effervescence qui règnaient dans la majestueuse salle de l’Intercontinental et qui, dans une délicieuse confusion de mon imaginaire galopant et impatient, m’ont donné l’impression d’être déjà un peu à Cannes…

    L’annonce de la sélection a été précédée d’un discours de Gilles Jacob présentant notamment « ce petit travail d’artisan » comme il l’a humblement défini, cette Histoire de Festival numéro 4, un documentaire sur l’anniversaire des 60 ans du festival qui sera présenté le jour de l’anniversaire du festival (65 ans cette fois), sous le titre Une journée particulière, un documentaire que je suis d’autant plus impatiente de découvrir que j’avais vécu cette journée parmi les festivaliers et que j’en garde le souvenir d’un moment magique. Le titre est bien entendu un clin d’œil à Ettore Scola mais aussi à la particularité de cette journée pour laquelle les 35 réalisateurs de « Chacun son cinéma » (et non des moindres !) étaient venus à Cannes en 2007. C’est le 20 mai en salle Debussy que sera projeté ce film prometteur.

    « À nous d’affirmer la persistance d’un cinéma différent cher au Président du Jury comme à celui du Festival» a ensuite poursuivi Gilles Jacob « car ce qui n’a pas changé et ne changera pas, c’est ce que sont les créateurs qui font Cannes et non pas l’éphémère ni l’écume des choses. Dans ce monde qui sacrifie au superficiel, au zapping, à la banalisation, à la fin du débat d’idées par indifférence, ce qui compte, ce qui fait notre force, c’est l’enracinement dans une passion pour le cinéma et pour ceux qui la portent : les grands auteurs. » Et il est vrai que, à Cannes, le rythme devient tout autre. Les débats passionnés et passionnants, exaltés et exaltants, s’inscrivent dans un temps que l’on voudrait éternité qui nous donne à voir des auteurs dont la singularité, la lenteur parfois salutaire, nous rassurent dans une course souvent carnassière et vaine aux images.

    « La chance de Cannes, c'est sa faculté de rassembler dans l’instant privilégié de la découverte d'un film. Un film qui, en un clin d'oeil, invente, réveille, bouleverse, consacre. On vient du monde entier pour retrouver l'élan créateur, cette concentration magique irremplaçable. Les nouvelles technologies, Internet, le piratage, les sorties mondiales simultanées, les nouveaux formats, et tout ce qui viendra ensuite, n'y pourront rien car la passion collective réunificatrice est logée là, c'est ainsi» a-t-il conclu.

    « Concentration magique irremplaçable » et « passion collective réunificatrice », voilà qui définit parfaitement cette atmosphère particulière qu’est celle de Cannes qui brouille délicieusement nos repères censés habituellement distinguer le cinéma de la réalité, qui nous plonge dans un bain cinématographique réconfortant (ou parfois salutairement choquant, dérangeant), dans un cinéma éclectique qui concilie et réconcilie cinéphiles et amateurs d’un cinéma plus grand public et de glamour que symbolise aussi Cannes (comme s’il fallait d’ailleurs les opposer.) Et cette année ne devrait pas déroger à la règle… Il se pourrait même qu’elle égale voire surpasse la surprenante et magnifique édition 2011 qui a vu éclore tant de grands films.

    Thierry Frémaux (qui a terminé sa sélection -dont on imagine à quel point elle doit être un passionnant casse-tête- la nuit dernière !) a ensuite annoncé la sélection officielle tout en spécifiant au préalable que « Quiconque fait un film sur cette planète peut postuler au Festival de Cannes", voilà qui devrait faire taire ceux qui estiment que les mêmes sont toujours sélectionnés (16 des 22 sélectionnés de cette année ont déjà concouru pour la palme d’or et 4 l’ont d’ailleurs déjà obtenue –Mungiu, Haneke, Loach, Kiarostami- mais, après tout, comment ne pas sélectionner un film d’Haneke ou Kiarostami alors que ce sont toujours ou presque de grands films ?) . Il a également précisé que « Le festival ne décide jamais préalablement de donner telle ou telle couleur à la sélection mais reflète état de la création".

    Plus de films ont été soumis au festival cette année : 1779 (1715 l’an passé). 26 pays représentés. 54 longs-métrages ont ainsi été annoncés aujourd’hui. D’autres seront annoncés la semaine prochaine (trois ou quatre). Peut-être le film de François Ozon, par exemple, dont certains regrettent l’absence ? 22 films sont ainsi en lice pour la palme d’or. Pour l’annonce du jury, il faudra attendre quelques jours, en début de semaine prochaine.

    Thierry Frémaux a également souligné que « le cinéma américain revient en force résumé ni à un cinéma indépendant ni à un cinéma de studio ».

    Trois films de réalisateurs français sont en lice pour la Palme d'or : "Vous n'avez encore rien vu" de Alain Resnais, "De rouille et d'os" de Jacques Audiard et "Holly Motors" de Leos Carax. Deux films français figurent également dans la section "Un certain regard": "Le grand soir" de Benoît Delépine et Gustave Kervern, et "Confessions d'un enfant du siècle" de Sylvie Verheyde.

    La conférence de presse s’est achevée par quelques questions. Une journaliste a ainsi demandé pourquoi Wong Kar Wai n’était pas sélectionné, ce à quoi Thierry Frémaux à répondu « Wong Kar Wai met du temps à terminer les films, c'est pourquoi nous n'avons pas pu le voir" .

    Une alléchante sélection entre nouveaux cinéastes et, surtout, cinéastes confirmés qui ne devraient pas moins nous surprendre, selon Thierry Frémaux qui a ainsi paraphrasé le titre du film d’Alain Resnais, « Vous n’avez encore rien vu ».

    Enfin, c’est le scénariste et réalisateur américain Philip Kaufman, qui donnera la leçon de cinéma après Martin Scorsese, Stephen Frears, Nanni Moretti, Wong Kar Wai ou Sydney Pollack. A cette occasion, le Festival présentera son nouveau film : Hemingway & Gellhorn, présenté en Sélection Officielle Hors Compétition, un film produit par HBO, avec Nicole Kidman et Clive Owen qui relate l’histoire passionnée et tumultueuse du grand écrivain et de sa troisième épouse, célèbre correspondante de guerre.

    Nombreux sont les films que j’attends avec énormément d’impatience : le film de Catherine Corsini à Un Certain Regard que Thierry Frémaux a défini comme un " film policier qu'on pourrait dire inspiré par Claude Sautet ». Evidemment le film d’Alain Resnais (accessoirement un de mes cinéastes de prédilection) qui avec « Les herbes folles » avait montré la jeunesse, la vitalité, l’inventivité de son cinéma, la curiosité aiguisée de son regard et qui avec « Vous n’avez encore rien vu » devrait à nouveau le démontrer. Evidemment, j’attends avec impatience « Like someone in love » de Kiarostami (compétition officielle) après un de mes grands chocs cinématographiques que fut son « Copie conforme » (pour lequel Juliette Binoche avait reçu un prix d’interprétation amplement mérité), le nouveau film de Jacques Audiard « De rouille et d’os » ( de retour à Cannes après son grand prix du jury avec « Un Prophète » au Festival de Cannes 2009), le film du petit génie Xavier Dolan « Laurence Anyways » après sa grisante fantasmagorie « Les amours imaginaires » déjà en sélection à Un Certain Regard, le film de Andrew Dominik « Killing them softly » de nouveau avec Brad Pitt déjà époustouflant dans le chef d’œuvre de ce même cinéaste « L’assassinat de Jesse James par le lâche Robert Ford », le nouveau film de Michael Haneke « Amour » , de retour en compétition officielle trois ans après sa palme d’or pour l'oeuvre austère, cruelle, dérangeante, convaincante, et surtout impressionnante qu’est « Le Ruban blanc ». « Après la bataille » de Yousry Nasrallah sur le printemps égyptien s’annonce également passionnant, et tant d’autres entre lesquels il me sera bien difficile de choisir… et à vrai dire je pourrais vous citer tous les films ou presque de cette sélection même si, sans doute, attendrai-je un peu moins la « comédie musicale violente japonaise », en séance de minuit, de Takeshi Miike qui prouve néanmoins une nouvelle fois l’éclectisme de cette sélection.

    Les amateurs de montées des marches pourront se réjouir d’y voir (probablement) Nicole Kidman, Brad Pitt, Marion Cotillard, Robert Pattinson, Kristen Stewart, Bérénice Béjo, Pete Doherty, Tom Hardy, Jessica Chastain, Kylie Minogue, Eva Mendès… parmi tant d’autres.

    Précisons encore que le film de Wes Anderson dont nous savions qu’il ferait l’ouverture du festival sera également en compétition, que « Thérèse Desqueyroux », l’adaptation du roman éponyme par Claude Miller fera la clôture du festival, que Bérénice Béjo présentera les cérémonies d’ouverture et de clôture, que Nanni Moretti est toujours président du jury, Tim Roth celui du jury Un Certain Regard, que Jean-Pierre Dardenne est président du jury de la Cinéfondation et des courts-métrages, un jury composé de cinq personnalités du cinéma et de la littérature : Arsinée KHANJIAN (actrice canadienne), Karim AÏNOUZ (réalisateur et scénariste brésilien), Emmanuel CARRÈRE (écrivain, scénariste et réalisateur français) et YU Lik-wai (directeur de la photographie et réalisateur chinois).

    Je vous donne rendez-vous chaque jour jusqu’au festival sur http://www.inthemoodforcannes.com mais aussi sur http://www.inthemoodforcinema.com et http://inthemoodlemag.com pour découvrir mes articles sur le festival.

    Sur inthemoodforcannes, chaque jour, je vous présenterai un film de la sélection en détails. Bien entendu, vous y trouverez prochainement le jury et la suite de la sélection…en attendant d’y suivre le festival en direct du 16 au 27 mai.

     

    En Compétition

    Film d'ouverture

       
         

    Wes ANDERSON

    MOONRISE KINGDOM

    1h34

         
     

    ***

     
         

    Jacques AUDIARD

    DE ROUILLE ET D'OS

    1h55

         

    Leos CARAX

    HOLY MOTORS

    1h50

         

    David CRONENBERG

    COSMOPOLIS

    1h45

         

    Lee DANIELS

    THE PAPERBOY

    1h41

         

    Andrew DOMINIK

    KILLING THEM SOFTLY

    1h40

         

    Matteo GARRONE

    REALITY

    1h50

         

    Michael HANEKE

    AMOUR

    2h06

         

    John HILLCOAT

    LAWLESS

    1h55

         

    HONG Sangsoo

    DA-REUN NA-RA-E-SUH
    (IN ANOTHER COUNTRY)

    1h28

         

    IM Sang-soo

    DO-NUI MAT

    (THE TASTE OF MONEY)

    1h53

         

    Abbas KIAROSTAMI

    LIKE SOMEONE IN LOVE

    1h49

         

    Ken LOACH

    THE ANGELS' SHARE
    (LA PART DES ANGES)

    1h46

         

    Sergei LOZNITSA

    V TUMANE

    (DANS LA BRUME)

    2h07

         

    Cristian MUNGIU

    BEYOND THE HILLS

    2h35

         

    Yousry NASRALLAH

    BAAD EL MAWKEAA

    (APRES LA BATAILLE)

    1h56

         

    Jeff NICHOLS

    MUD

    2h15

         

    Alain RESNAIS

    VOUS N'AVEZ ENCORE RIEN VU

    1h55

         

    Carlos REYGADAS

    POST TENEBRAS LUX

    1h40

         

    Walter SALLES

    ON THE ROAD

    (SUR LA ROUTE)

    2h20

         

    Ulrich SEIDL

    PARADIES : Liebe
    (PARADIS : Amour)

    2h00

         

    Thomas VINTERBERG

    JAGTEN

    (THE HUNT)

    1h46

         
         
     

    ***

     

    Film de clôture

       
         

    Claude MILLER

    THÉRÈSE DESQUEYROUX (H.C.)

    1h50

    Un Certain Regard

    Ashim AHLUWALIA

    MISS LOVELY 1er film

    1h50

         

    Juan Andrés ARANGO

    LA PLAYA 1er film

    1h30

         

    Nabil AYOUCH

    LES CHEVAUX DE DIEU

    1h55

         

    Catherine CORSINI

    TROIS MONDE

    1h40

         

    Brandon CRONENBERG

    ANTIVIRAL 1er film

    1h50

         

    Benicio DEL TORO,
    Pablo TRAPERO,
    Julio MEDEM,
    Elia SULEIMAN,
    Juan Carlos TABIO,
    Gaspard NOÉ et
    Laurent CANTET

    7 DIAS EN LA HABANA

    2h05

         

    Benoit DELÉPINE,
    Gustave KERVERN

    LE GRAND SOIR

    1h32

         

    Xavier DOLAN

    LAURENCE ANYWAYS

    2h41

         

    Michel FRANCO

    DESPUÉS DE LUCIA

    1h33

         

    Joachim LAFOSSE

    À PERDRE LA RAISON

    1h54

         

    Darezhan OMIRBAYEV

    STUDENT

    1h30

         

    Moussa TOURE

    LA PIROGUE

    1h27

         

    Pablo TRAPERO

    ELEFANTE BLANCO

    2h00

         

    Sylvie VERHEYDE

    CONFESSION OF A CHILD OF THE CENTURY
    (CONFESSION D'UN ENFANT DU SIECLE)

    2h05

         

    Koji WAKAMATSU

    11.25 THE DAY HE CHOSE HIS OWN FATE

    2h00

         

    LOU Ye

    MYSTERY

    1h30

         

    Benh ZEITLIN

    BEASTS OF THE SOUTHERN WILD 1er film
    (LES BÊTES DU SUD SAUVAGE)

    1h32

         

     


    Hors Compétition

     

    Bernardo BERTOLUCCI

    IO E TE

    1h37

         

    Eric DARNELL, Tom MCGRATH

    MADAGASCAR 3, EUROPE'S MOST WANTED

    (MADAGASCAR 3, BONS BAISERS D'EUROPE)

    1h30

         

    Philip KAUFMAN

    HEMINGWAY & GELLHORN

    2h34

         
         

    Séances de minuit

       
         

    Dario ARGENTO

    DARIO ARGENTO'S DRACULA

    1h46

         

    Takashi MIIKE

    AI TO MAKOTO

    2h14

         
         

    65e anniversaire

       
         
     

    UNE JOURNÉE PARTICULIÈRE de Gilles Jacob

    et Samuel Faure

    53'

     


    Séances Spéciales

    Fatih AKIN

    DER MÜLL IM GARTEN EDEN

    1h25

         

    Laurent BOUZEREAU

    ROMAN POLANSKI : A FILM MEMOIR

    1h34

         

    Ken BURNS,
    Sarah BURNS,
    David MCMAHON

    THE CENTRAL PARK FIVE

    2h00

         

    Sébastien LIFSHITZ

    LES INVISIBLES

    1h55

         

    Claudine NOUGARET,
    Raymond DEPARDON

    JOURNAL DE FRANCE

    1h40

         

    Nelson
    PEREIRA DOS SANTOS

    A MUSICA SEGUNDO TOM JOBIM

    1h30

         

    Gonzalo TOBAL

    VILLEGAS 1er film

    1h36

         

    Apichatpong
    WEERASETHAKUL

    MEKONG HOTEL
  • Bérénice Béjo maîtresse de cérémonie de l'ouverture et de la clôture du 65ème Festival de Cannes

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    Photo ci-dessus : crédits inthemoodforcinema.com . Conférence de presse du Festival de Cannes 2011 du film "The Artist".

     

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    Photo ci-dessus : crédits inthemoodforcinema.com . Conférence de presse du Festival de Cannes 2011 du film "The Artist".

    Puisque, après une fuite dans la presse, cela a été confirmé par l'agent de l'actrice puis officiellement par le festival (alors que l'annonce ne devait être faîte que demain, lors de la conférence de presse du festival), je peux également vous annoncer que Bérénice Béjo sera la maîtresse de cérémonie de l'ouverture et de la clôture de ce 65ème Festival de Cannes, après Mélanie Laurent, maîtresse de cinéma enjouée qui avait même esquissé quelques pas de danse, l'an passé.

    Après une année remarquable propulsée par la découverte de "The Artist" à Cannes, Bérénice Béjo la termine donc en beauté là où tout avait commencé. Nommée comme meilleur second rôle aux Oscars, elle a également reçu le César de la meilleure actrice 2012.

    La première fois que je l'avais réellement remarquée, c'était dans un très beau film intitulé "Sans elle" signé Anna de Palma et dans lequel cette dernière et Aurélien Wiik irradiaient l'écran.

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    Pour l'occasion, ci-dessous, je vous propose 2 critiques de films dans lesquels elle joue : "The Artist", évidemment et "L'enfer" ainsi que sa filmographie.

    Cliquez ici pour lire ma critique de "The Artist" de Michel Hazanavicius

    Cliquez ici pour lire ma critique de "L'Enfer" de Henri-Georges Clouzot

    Filmographie de Bérénice Béjo

    1998 : Les Sœurs Hamlet de Abdelkrim Bahloul

    1999 : Passionnément de Bruno Nuytten

    2000 : Meilleur Espoir féminin de Gérard Jugnot

    2000 : La Captive de Chantal Akerman

    2001 : Chevalier de Brian Helgeland

    2001 : 24 heures de la vie d'une femme de Laurent Bouhnik

    2002 : Comme un avion de Marie-France Pisier

    2003 : Une petite fée (court métrage) de Jerome Genevray

    2003 : Dans le rouge du couchant de Edgardo Cozarinsky

    2003 : Sans elle (Sem ela) de Anna da Palma

    2003 : Ciao bambino (court métrage) de Pascal Chauveau

    2004 : Dissonances de Jérôme Cornuau

    2004 : Le Grand Rôle de Steve Suissa

    2004 : Sans douleur (court métrage) de Eric Paccoud

    2005 : Cavalcade de Steve Suissa

    2006 : OSS 117 : Le Caire, nid d'espions de Michel Hazanavicius

    2007 : La Pomme d'Adam de Jerome Genevray

    2007 : La Maison de Manuel Poirier

    2007 : 13 m² de Barthélémy Grossman

    2008 : Modern Love de Stéphane Kazandjian

    2008 : Bouquet final de Michel Delgado

    2009 : L'Enfer d'Henri-Georges Clouzot de Serge Bromberg et Ruxandra Medrea (reconstitutions).

    2011 : La Traque de Antoine Blossier

    2011 : The Artist de Michel Hazanavicius

    2012 : Populaire de Regis Roinsard

    2012 : Au bonheur des ogres de Nicolas Bary

  • Programme et sélection officielle du 65ème Festival de Cannes : la conférence de presse du 19 Avril 2012 en direct

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    C'est ce jeudi 19 avril que se tiendra la conférence de presse de ce 65ème Festival de Cannes au cours de laquelle sera annoncée la sélection officielle.

    Comme l'an passé, j'aurai le plaisir d'y être. J'essaierai de vous annoncer la sélection en direct sur twitter sur mon compte principal http://twitter.com/moodforcinema depuis l'hôtel Intercontinental de Paris où se déroulera la conférence, à partir de 11H.

    Bien entendu, vous retrouverez ensuite ici ainsi que sur http://www.inthemoodforcannes.com et http://inthemoodlemag.com la sélection complète et un article détaillé à ce sujet.